Le bac par Patrick

Hélène Dorion · Mes forêts · Explication 3/10

Mes forêts sont un champ silencieux

Question de lecture. Comment la forêt devient-elle une archive matérielle où naître, mourir et écrire appartiennent au même cycle ?

13 étapes parlées9 prises9 tiroirs

L’explication à côté de toi

Le fil parlé

Treize étapes pour comprendre, dire et retenir avant d’ouvrir le dossier de l’épreuve.

Étape 01

Tu n’y comprends rien ? C’est normal

Encore un poème qui commence par « Mes forêts sont ». Tu peux te dire que c'est le même que le premier.

Ce n'est pas le même, et c'est justement l'intérêt. La formule revient, mais elle ne mène plus au même endroit : ici, la forêt garde des naissances et des morts, et le poème finit sur un matin qui hésite. On est passé de la mémoire à l'archive, et de l'archive à l'écriture.

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Étape 02

D’abord, de quoi ça parle ?

Qui parle ? La même voix, celle qui dit « mes ».

De quoi ça parle ? Le poème place la forêt de l'autre côté de la nuit, y range des naissances et des morts, suit le temps à travers le tronc, la branche, la racine, traverse le feuillage du jour, nomme une solitude répandue partout, puis finit sur des traits de craie noire et sur un matin qui n'ose pas venir.

Que veut faire comprendre l'auteure ? Que naître, mourir et écrire sont trois formes du même mouvement — et que l'arbre les tient ensemble.

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Étape 03

Où on se trouve dans le livre

On est dans le livre, un peu après le poème d'ouverture. La formule qui donne son titre au recueil revient ici, comme elle reviendra plusieurs fois.

Ce qu'il faut savoir : ces reprises ne sont pas des répétitions. Dans le livre, chaque « Mes forêts sont » relance la définition ailleurs. C'est un procédé de composition : la même phrase sert de porte à des pièces différentes.

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Étape 04

Ton introduction : comment tu ouvres

Ton introduction peut tenir en six phrases, dans cet ordre.

  • Situe l'auteure : Hélène Dorion, poète québécoise contemporaine, dont l'écriture avance par reprises.
  • Nomme l'œuvre et sa date, 2021, et le genre : un recueil de poèmes.
  • Dis où l'on en est : un des poèmes qui reprennent la formule du titre pour la conduire ailleurs.
  • Annonce ton parcours en trois arrêts : d'abord une nuit qui ouvre un cycle, ensuite le temps qui entre dans le bois, enfin une écriture noire devant un matin incertain.
  • Pose ta question, dans les termes du dossier : « Comment la forêt devient-elle une archive matérielle où naître, mourir et écrire appartiennent au même cycle ? »
  • Referme en annonçant que tu suivras l'ordre des vers.
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Étape 05

Premier moment : La nuit ouvre un champ de cycles

Le premier moment déplace tout de suite le lieu : « de l'autre côté de la nuit ». La forêt n'est pas là où l'on croit ; il faut traverser quelque chose pour y arriver.

Et ce qu'on y trouve, ce ne sont pas des arbres : « de naissances et de morts ». Le poème range dans une forêt ce qu'on range d'habitude dans un registre d'état civil.

Puis « qui se lèvent et retombent » — deux verbes contraires, sans point entre eux. Ce n'est pas une histoire avec un début et une fin, c'est un mouvement qui recommence.

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Étape 06

Deuxième moment : Le temps s’immisce dans l’anatomie végétale

Le deuxième moment fait entrer le temps dans le bois lui-même : « à travers tronc branche racine ». Trois mots à la file, sans virgule et sans article. La langue devient aussi nue que ce qu'elle nomme.

Et l'ordre compte : on descend du visible vers le caché.

Puis « elles traversent le feuillage du jour » — le jour a des feuilles, donc de l'ombre et des trous de lumière. Enfin « elles sont la solitude disséminée » : le mot dit une chose semée un peu partout. La solitude n'est pas un endroit où l'on est seul, c'est ce qui se répand.

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Étape 07

Troisième moment : L’écriture noire affronte un matin encore inconnu

Le troisième moment donne son âge et sa main à l'arbre. « qui savent les âges mes forêts » : un savoir sans école, celui des cernes qu'on compte quand un tronc est coupé.

Puis l'image qui change tout : « sont des traits de craie noire ». La forêt devient trace écrite. La craie s'efface, et elle est noire — deux fois le contraire de ce qu'on attend d'une écriture qui durerait.

Et le dernier vers laisse tout ouvert : « inconnus d'un matin qui hésite à venir ». Le poème ne finit pas sur une aube, il finit sur une aube qui n'est pas sûre d'elle.

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Étape 08

Alors, qu’est-ce que ça raconte vraiment ?

En une phrase : une forêt qui tient les naissances, les morts et les traces, et qui écrit à la craie devant un jour incertain.

Ce que le poème établit, c'est que l'arbre est un document. Si on te demande pourquoi la nature intéresse Dorion, réponds qu'elle y trouve une mémoire matérielle : quelque chose qui garde le temps sans le raconter.

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Étape 09

Ton ouverture : la porte qui s’ouvre

Pour ouvrir, tu peux dire ceci : les traits de craie noire, ce sont aussi les vers du poème, écrits sur la page. Le livre parle de lui-même en parlant des arbres.

Une seconde ouverture : ce matin qui hésite à venir revient sous d'autres formes dans le recueil, jusqu'au dernier poème où les oiseaux recommencent à voler. Dorion ne promet rien, mais elle n'interdit rien non plus.

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Étape 10

Tu vois ? Tu sais le comprendre et le dire

Reprends : l'autre côté de la nuit, les naissances et les morts, les verbes contraires ; puis le tronc la branche la racine, le feuillage du jour, la solitude répandue ; enfin les âges, la craie noire, le matin qui hésite. Trois temps.

Tu sais nommer ce que tu vois : un complément de lieu qui déplace le poème, une énumération sans ponctuation, deux verbes opposés qui font un cycle, un participe qui répand, une image qui change l'arbre en écriture. Cinq choses, cinq citations.

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Étape 11

Et les petites questions de grammaire

Trois constructions à savoir sur ce passage.

« à travers tronc branche racine » — trois noms sans déterminant ni virgule. L'absence d'article rend les mots génériques, presque des espèces plutôt que des objets. Et l'ordre descend : c'est un trajet, pas une liste.

« qui se lèvent et retombent » — deux verbes coordonnés de sens contraire, tous deux au présent. Le présent ici n'est pas un moment : il dit ce qui a toujours lieu.

« sont des traits de craie noire » — encore le verbe des définitions, mais le complément a changé de monde : on passe du végétal au scriptural. C'est une métaphore, et elle fait du poème lui-même le sujet du poème.

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Étape 12

Ce soir, tu peux fermer le cahier

Ce soir, tu peux fermer le cahier. Tu as compris que la forêt garde le temps comme une archive, et qu'écrire en fait partie. C'est l'essentiel.

Si tu veux garder une seule image en t'endormant, garde celle-ci : de la craie noire sur un tableau, et un jour qui n'ose pas encore se lever.

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Étape 13

Terre ferme : tu peux t’arrêter là

Terre ferme : tu peux t'arrêter là. Le dossier de l'épreuve t'attend quand tu voudras, avec ses neuf tiroirs. Ce soir, tu en sais assez pour en parler.

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Fin de l’explication accompagnée

La voix change

La voix qui t’accompagnait s’efface : finie la lettre, place au dossier de travail.

Je m’arrête iciJ’ouvre le dossier

Le dossier de l’épreuve

La même explication, classée pour la révision

Neuf tiroirs : comprendre, préparer l’oral, contrôler les preuves.

01Le texte, dit simplementLe raisonnement sans jargon.

Idée générale. Dans ce poème, la forêt est un lieu où naître, mourir et écrire font partie du même mouvement.

Situation simple. Le poème part de l'autre côté de la nuit. Il décrit un champ silencieux de naissances et de morts, puis le temps qui passe dans le bois, puis des mots écrits en noir.

Mouvement I. Dans ce mouvement, on passe de l'autre côté de la nuit. Le champ est fait de naissances et de morts. Et les saisons se lèvent et retombent. L'idée importante est que tout y est cyclique.

Mouvement II. Dans ce mouvement, le temps passe à travers tronc branche racine. Les forêts traversent le feuillage du jour. Et elles sont la solitude disséminée. L'idée importante est que le temps entre dans le bois comme dans un corps.

Mouvement III. Dans ce mouvement, des roches savent les âges. Les mots sont des traits de craie noire. Et ils sont inconnus d'un matin qui hésite à venir. L'idée importante est que le poème ne conclut pas.

Pour finir. La leçon du poème est qu'écrire, dans ce recueil, appartient au même cycle que naître et mourir.

02L’introduction rédigéeSix étapes, une question directrice.

Étape 1 : Hélène Dorion est une poète québécoise contemporaine.

Étape 2 : Mes forêts, paru en 2021, construit un recueil sur la reprise et la variation.

Étape 3 : L'extrait est le poème du champ silencieux, où la forêt devient une archive.

Étape 4 : Le poème s'organise en trois temps — la nuit franchie, le temps dans l'anatomie végétale, l'écriture face au matin.

Étape 5 : On se demandera comment la forêt devient une archive matérielle où naître, mourir et écrire appartiennent au même cycle.

Étape 6 : On suivra d'abord le cycle, puis la circulation du temps, enfin l'inscription finale.

03L’explication linéaireTrois mouvements, neuf prises de lecture.

I. La nuit ouvre un champ de cycles

Le premier mouvement franchit une limite sans l'effacer. « De l'autre côté de la nuit » ouvre un après, mais le complément spatialise la nuit au lieu de la dissoudre : on la traverse, on ne la quitte pas. Le champ qui apparaît alors est « silencieux », et ce qu'il contient est coordonné au pluriel — « de naissances et de morts » — sans qu'aucune des deux bornes ne l'emporte. La relative achève d'installer un régime cyclique : les saisons « se lèvent et retombent », et les verbes pronominaux dessinent une pulsation verticale qui n'attend rien.

★ I.a. Franchissement

« de l’autre côté de la nuit » DO-E-0298

Complément de franchissement. Le complément ouvre le passage sur un après sans effacer la nuit traversée. « côté » spatialise l’obscurité : sortir de la nuit devient un déplacement, non une illumination soudaine.

★ I.b. Cycle sans hiérarchie

« de naissances et de morts » DO-E-0300

Coordination des contraires. Le complément du « champ silencieux » coordonne les deux bornes de la vie au pluriel. La préposition unique les place sur le même sol et refuse un récit linéaire allant simplement de l’une à l’autre.

◆ I.c. Saisons respirées

« qui se lèvent et retombent » DO-E-0302

Verbes pronominaux en pulsation. La relative reprend les saisons ; les verbes pronominaux dessinent une pulsation verticale. Le préfixe de « retombent » inscrit la répétition : toute élévation contient sa nouvelle chute.

II. Le temps s’immisce dans l’anatomie végétale

Le deuxième mouvement fait entrer le temps dans le corps du végétal. « À travers tronc branche racine » : l'asyndète et l'absence de déterminants donnent trois coupes successives, et le temps y circule comme dans une anatomie. Le verbe « traversent » revient ensuite mais inverse le rapport — ce sont les forêts qui traversent « le feuillage du jour », et non l'inverse. Le mouvement se referme sur une formule qui universalise puis disperse : « elles sont la solitude disséminée », où l'article défini donne un affect commun que le participe distribue aussitôt dans l'espace.

★ II.a. Anatomie sans articles

« à travers tronc branche racine » DO-E-0304

Asyndète sans déterminants. L’asyndète et l’absence de déterminants donnent trois coupes successives du végétal. Le temps traverse une matière entière, du tronc à la racine, sans que la syntaxe établisse de hiérarchie.

◆ II.b. Jour feuillu

« elles traversent le feuillage du jour » DO-E-0305

Inversion du rapport traversant. Le verbe « traversent » reprend la dynamique précédente mais inverse le rapport : les forêts sont désormais sujets. « feuillage du jour » matérialise la lumière en strates filtrantes.

★ II.c. Intime pluriel

« elles sont la solitude disséminée » DO-E-0307

Article défini universalisant. L’article défini « la » universalise un affect que « disséminée » disperse aussitôt. La forêt ne représente pas une solitude enfermée : elle en distribue les particules dans le monde.

III. L’écriture noire affronte un matin encore inconnu

Le troisième mouvement fait de l'écriture une opération de la forêt. Le relatif attribue d'abord un savoir aux roches, et l'apostrophe retardée — « qui savent les âges mes forêts » — brouille l'attribution : on ne sait plus qui sait. Puis l'inscription se dit à contre-emploi : la craie, qui marque en clair, est ici « noire », et le trait s'inverse. Le poème s'achève sur des mots « inconnus d'un matin qui hésite à venir » : l'avenir est personnifié, et son hésitation laisse au poème une fin qui ne conclut pas.

★ III.a. Savoir déplacé

« qui savent les âges mes forêts » DO-E-0310

Apostrophe retardée. Le relatif attribue un savoir aux roches, puis l’apostrophe retardée « mes forêts » brouille l’attache syntaxique. Les âges sont connus par la matière avant de l’être par le sujet humain.

★ III.b. Inscription paradoxale

« sont des traits de craie noire » DO-E-0311

Inversion de l'attente chromatique. La craie évoque normalement une marque claire ; l’adjectif « noire » inverse l’attente. Ces traits écrivent moins une leçon qu’ils ne rendent visible la difficulté même de lire le temps.

★ III.c. Avenir hésitant

« inconnus d’un matin qui hésite à venir » DO-E-0313

Personnification de l'avenir. « inconnus » qualifie les mots désarticulés, tandis que la relative personnifie le matin. L’avenir n’est pas absent : il hésite, suspendu entre la promesse de venue et la mémoire des ossements.

04La conclusion rédigéeRépondre, puis prolonger dans l’œuvre.

1. Récapitulation. Le poème fait de la forêt une archive, et de l'écriture un de ses gestes. Il franchit d'abord une limite sans l'effacer : « de l'autre côté de la nuit » spatialise ce qu'on traverse, et le champ qui apparaît coordonne « de naissances et de morts » sans hiérarchie, sous une pulsation de saisons qui n'attend rien. Le temps entre ensuite dans le végétal — « à travers tronc branche racine », sans déterminants, comme trois coupes d'anatomie — et le rapport s'inverse : ce sont les forêts qui traversent le jour. « La solitude disséminée » universalise un affect et le disperse aussitôt. Le dernier temps brouille l'attribution du savoir, inverse la craie en noir, et laisse l'avenir hésiter.

2. Ouverture. Cette écriture qui appartient au cycle plutôt qu'elle ne le commente est ce que le recueil élabore de poème en poème. Le parcours « la poésie, la nature, l'intime » trouve ici son point d'équilibre : la nature n'est ni sujet ni décor, elle est le milieu où l'on écrit.

05Le mémo de l’oralLes appuis indispensables et les prolongements possibles.

Auteur : Hélène Dorion.

Œuvre : Mes forêts, 2021.

Extrait : « Mes forêts sont un champ silencieux », poème de la nuit traversée.

Objet d'étude : La poésie du XIXᵉ siècle au XXIᵉ siècle.

Parcours : La poésie, la nature, l'intime.

Situation : Poème du recueil où la forêt devient une archive matérielle des naissances et des morts.

Problématique : Comment la forêt devient-elle une archive matérielle où naître, mourir et écrire appartiennent au même cycle ?

Plan : La nuit ouvre un champ de cycles ; le temps s'immisce dans l'anatomie végétale ; l'écriture noire affronte un matin encore inconnu.

Citations, procédés et interprétations essentiels : ★ indique les appuis à ne pas omettre ; ◆ propose les prolongements à choisir selon le temps disponible.

★ I.a : « de l’autre côté de la nuit ». Complément de franchissement. Le complément ouvre le passage sur un après sans effacer la nuit traversée.

★ I.b : « de naissances et de morts ». Coordination des contraires. Le complément du « champ silencieux » coordonne les deux bornes de la vie au pluriel.

◆ I.c : « qui se lèvent et retombent ». Verbes pronominaux en pulsation. La relative reprend les saisons ; les verbes pronominaux dessinent une pulsation verticale.

★ II.a : « à travers tronc branche racine ». Asyndète sans déterminants. L’asyndète et l’absence de déterminants donnent trois coupes successives du végétal.

◆ II.b : « elles traversent le feuillage du jour ». Inversion du rapport traversant. Le verbe « traversent » reprend la dynamique précédente mais inverse le rapport : les forêts sont désormais sujets.

★ II.c : « elles sont la solitude disséminée ». Article défini universalisant. L’article défini « la » universalise un affect que « disséminée » disperse aussitôt.

★ III.a : « qui savent les âges mes forêts ». Apostrophe retardée. Le relatif attribue un savoir aux roches, puis l’apostrophe retardée « mes forêts » brouille l’attache syntaxique.

★ III.b : « sont des traits de craie noire ». Inversion de l'attente chromatique. La craie évoque normalement une marque claire ; l’adjectif « noire » inverse l’attente.

★ III.c : « inconnus d’un matin qui hésite à venir ». Personnification de l'avenir. « inconnus » qualifie les mots désarticulés, tandis que la relative personnifie le matin.

Appuis ★ repris : I.a I.b II.a II.c III.a III.b III.c

06Le tableau des procédésComparer les fonctions des neuf appuis.
Procédé désignéAnalyse dans le texteEffet sur le lecteurInterprétation
★ Complément de franchissement (I.a)Le complément ouvre le passage sur un après sans effacer la nuit traversée.Le lecteur passe de l'autre côté sans que la nuit disparaisse.Spatialiser la nuit au lieu de l'effacer, c'est refuser la consolation d'un passage : on est de l'autre côté, et la nuit reste derrière, entière.
★ Coordination des contraires (I.b)Le complément du « champ silencieux » coordonne les deux bornes de la vie au pluriel.Le lecteur reçoit naissances et morts sur le même plan.Coordonner naissances et morts au pluriel supprime la hiérarchie : le champ n'est pas un cimetière, c'est une archive où les deux bornes ont le même statut.
◆ Verbes pronominaux en pulsation (I.c)La relative reprend les saisons ; les verbes pronominaux dessinent une pulsation verticale.Le lecteur suit une pulsation verticale des saisons.Les verbes pronominaux dessinent une pulsation qui n'attend rien : le cycle de Dorion n'a pas de finalité, il a un rythme.
★ Asyndète sans déterminants (II.a)L’asyndète et l’absence de déterminants donnent trois coupes successives du végétal.Le lecteur reçoit trois coupes du végétal, sans articles.Supprimer les déterminants donne trois coupes successives du végétal ; le temps y circule comme dans une anatomie, ce qui est la définition de l'archive matérielle.
◆ Inversion du rapport traversant (II.b)Le verbe « traversent » reprend la dynamique précédente mais inverse le rapport : les forêts sont désormais sujets.Le lecteur voit les forêts traverser le jour.Inverser le rapport — les forêts traversent le jour — retire au regard humain sa position centrale : le poème déplace le sujet de l'observation.
★ Article défini universalisant (II.c)L’article défini « la » universalise un affect que « disséminée » disperse aussitôt.Le lecteur reçoit une solitude commune et dispersée.« La solitude disséminée » universalise un affect puis le disperse : la forêt ne guérit pas la solitude, elle la répartit, ce qui est plus juste et moins consolant.
★ Apostrophe retardée (III.a)Le relatif attribue un savoir aux roches, puis l’apostrophe retardée « mes forêts » brouille l’attache syntaxique.Le lecteur ne sait plus qui possède le savoir.L'apostrophe retardée brouille l'attribution du savoir entre les roches et les forêts : Dorion refuse de désigner un sujet connaissant.
★ Inversion de l'attente chromatique (III.b)La craie évoque normalement une marque claire ; l’adjectif « noire » inverse l’attente.Le lecteur voit une craie qui marque en noir.La craie noire inverse l'attente : la trace ne s'ajoute pas au fond, elle s'y creuse — et l'écriture devient une opération de la matière.
★ Personnification de l'avenir (III.c)« inconnus » qualifie les mots désarticulés, tandis que la relative personnifie le matin.Le lecteur voit un matin hésiter à venir.Personnifier le matin en le faisant hésiter laisse au poème une fin ouverte : l'avenir n'est ni promis ni refusé, il tarde.
07Le tableau de couvertureRetrouver chaque sous-partie dans le mémo.
Prise ★RangDans le mémo
I.a★oui
I.b★oui
II.a★oui
II.c★oui
III.a★oui
III.b★oui
III.c★oui
Sous-partieProcédé principalDans le mémo ?
I.aComplément de franchissementoui
I.bCoordination des contrairesoui
II.aAsyndète sans déterminantsoui
II.cArticle défini universalisantoui
III.aApostrophe retardéeoui
III.bInversion de l'attente chromatiqueoui
III.cPersonnification de l'aveniroui

Les 7 appuis marqués ★ couvrent les trois mouvements et sont tous repris dans le mémo : résultat 7/7. Ce décompte atteste la couverture, non la qualité générale de la page.

08Les erreurs rédhibitoiresLes contresens propres à ce passage.

A. Erreurs de fond

Erreur à ne pas commettrePourquoi c'est une erreurFormulation correcte à retenir
La nuit est dépassée.Le complément la spatialise : on la traverse, elle reste.Le franchissement n'efface rien.
Le champ est un cimetière.Naissances et morts y sont coordonnées sans hiérarchie.C'est une archive, non un lieu de mort.
La forêt console la solitude.« Disséminée » la disperse au lieu de la guérir.Elle la répartit, ce qui est autre chose.
La craie noire est une image gratuite.Elle inverse l'attente : la trace se creuse au lieu de s'ajouter.L'écriture devient une opération de la matière.
Le poème conclut sur un espoir.Le matin « hésite à venir ».L'avenir n'est ni promis ni refusé.

B. Erreurs de méthode à l'oral

Erreur de méthodeCorrection attendue
Rétablir les déterminants manquants.Leur absence donne trois coupes successives du végétal.
Traiter « traversent » comme une répétition.Le second emploi inverse le rapport.
Attribuer le savoir aux forêts.L'apostrophe retardée brouille précisément l'attribution.
Annoncer des numéros de page.Annoncer les vers par leurs ancres éditoriales.

C. Formulations à proscrire

MaladroitCorrect
La nature est éternelle.Le poème donne un cycle sans finalité, ce qui n'est pas l'éternité.
Dorion écrit sur la forêt.Elle écrit dans un milieu qui inclut l'écriture.
Le poème est obscur.Il retire des articles et des attributions ; c'est une méthode, pas une obscurité.
09L’analyse grammaticaleTrois constructions distinctes, trois leçons.
  1. Question grammaticale 1
  2. Question grammaticale 2
  3. Question grammaticale 3

Phrase 1 : Relative en « qui » avec verbes pronominaux coordonnés

Phrase étudiée : « de naissances et de morts »

Question : Analysez la construction du fragment et justifiez votre réponse.

Réponse : Les deux noms sont coordonnés à l’intérieur d’un même complément du nom « champ ». Le pluriel et l’article zéro donnent aux événements une valeur répétée et non biographique.

Phrase 2 : Groupes nominaux juxtaposés sans déterminants

Phrase étudiée : « à travers tronc branche racine »

Question : Analysez la construction du fragment et justifiez votre réponse.

Réponse : « à travers » est une locution prépositive. Elle introduit trois noms juxtaposés, employés sans déterminant ; cette parataxe condense les parties de l’arbre en matière continue.

Phrase 3 : Relative personnifiant un nom de temps

Phrase étudiée : « un matin qui hésite à venir »

Question : Analysez la construction du fragment et justifiez votre réponse.

Réponse : La relative « qui hésite à venir » complète « un matin ». « qui » est sujet de « hésite » ; le groupe infinitif « à venir » complète le verbe « hésiter ». Ce que l’on peut soutenir à l’oral