Le bac par Patrick

Hélène Dorion · Mes forêts · Explication 5/10

Avant la nuit

Question de lecture. Comment l’inventaire biographique fait-il d’une enfance singulière une strate de l’histoire commune ?

13 étapes parlées9 prises9 tiroirs

L’explication à côté de toi

Le fil parlé

Treize étapes pour comprendre, dire et retenir avant d’ouvrir le dossier de l’épreuve.

Étape 01

Tu n’y comprends rien ? C’est normal

Un poème qui n'est qu'une liste : un jouet, une piscine, du sable, des cris, des goélands. Tu peux te demander où est le poème.

Il est dans l'ordre et dans l'absence de points. Cette liste est une enfance entière, versée d'un coup, sans hiérarchie : les bonheurs et les blessures sur la même ligne. Personne ne trie. C'est ça qui fait mal.

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Étape 02

D’abord, de quoi ça parle ?

Qui parle ? Une voix qui se souvient, mais qui ne dit jamais « je me souviens ».

De quoi ça parle ? Deux êtres se croisent, et des histoires commencent. Puis viennent les choses : un jouet collé au palais, des étés à la mer, une piscine minuscule, un carré de sable dans le jardin, la solitude, les cris des parents, des goélands au-dessus des marées, des châteaux cassés, l'odeur de la nuit. Et les jours qui s'ajoutent.

Que veut faire comprendre l'auteure ? Qu'une vie se raconte aussi bien par ses objets que par ses événements — et que les objets, eux, ne mentent pas.

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Étape 03

Où on se trouve dans le livre

On est dans le livre du côté des poèmes de l'enfance, ceux où l'intime devient nettement biographique.

Ce qu'il faut savoir : le titre, « Avant la nuit », donne l'heure du poème. Ce n'est pas encore la nuit, ce n'est plus le jour. Dans le livre, ce moment revient souvent : c'est celui où l'on fait le compte.

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Étape 04

Ton introduction : comment tu ouvres

Ton introduction peut tenir en six phrases, dans cet ordre.

  • Situe l'auteure : Hélène Dorion, poète québécoise contemporaine, qui mêle l'histoire d'une famille à celle d'un paysage.
  • Nomme l'œuvre et sa date, 2021, et le genre : un recueil de poèmes.
  • Dis où l'on en est : un poème d'enfance, construit comme un inventaire.
  • Annonce ton parcours en trois arrêts : d'abord une rencontre minuscule qui met tout en marche, ensuite des objets qui déposent une mémoire, enfin des jours qui s'additionnent avec ce qu'ils ont coûté.
  • Pose ta question, dans les termes du dossier : « Comment l’inventaire biographique fait-il d’une enfance singulière une strate de l’histoire commune ? »
  • Referme en annonçant que tu suivras l'ordre des vers.
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Étape 05

Premier moment : Une rencontre minuscule déclenche le récit

Le premier moment tient dans une phrase presque abstraite : « Le plus grand a croisé le plus petit et ». Deux comparatifs, aucun nom. On ne sait pas qui, on ne sait pas quoi.

Et le vers se termine sur un « et » — la conjonction est laissée en l'air, comme une porte qu'on n'a pas refermée.

Puis : « d'autres histoires ont commencé ». Le pluriel est important. Ce n'est pas une naissance, c'est un embranchement. Tout ce qui suivra vient de ce croisement.

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Étape 06

Deuxième moment : Les objets déposent une mémoire sans ponctuation

Le deuxième moment est l'inventaire, et il commence par une image physique : « le jouet d'enfant collé au palais ». Collé au palais, dans la bouche. Un souvenir qui a un goût.

Puis les vers défilent sans un seul signe de ponctuation : « les étés à la mer la piscine minuscule », « dans le jardin le carré de sable ».

Et au milieu de ces choses douces, dans la même liste, du même ton : « la solitude et les cris des parents ». Rien ne les sépare. Le poème refuse de mettre une virgule entre le bonheur et le reste — parce que dans un souvenir d'enfant, il n'y en a pas.

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Étape 07

Troisième moment : Les jours s’additionnent avec leurs blessures

Le troisième moment élargit et referme. « les goélands au-dessus des marées » : le regard quitte le jardin pour l'horizon, et le temps devient celui de la mer, qui monte et redescend.

Puis « les châteaux cassés l'odeur de la nuit ». Les châteaux de sable, forcément. Ils sont faits pour être détruits — et le mot « cassés » est celui de toute l'œuvre.

Le dernier vers additionne : « un deuxième et les autres jours ». On ne compte plus, on ajoute. C'est ainsi qu'une vie se fait, dit le poème : par accumulation, pas par récit.

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Étape 08

Alors, qu’est-ce que ça raconte vraiment ?

En une phrase : une enfance entière donnée sous forme de liste, sans ponctuation et sans tri.

Ce que le poème établit, c'est que l'intime chez Dorion passe par les choses. Si on te demande pourquoi il n'y a pas de virgules, réponds que la virgule choisirait — et que ce poème a décidé de ne rien classer.

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Étape 09

Ton ouverture : la porte qui s’ouvre

Pour ouvrir, tu peux dire ceci : les châteaux de sable cassés répondent à la branche qui casse. Le même verbe traverse le recueil, du végétal à l'enfance.

Une seconde ouverture : le parcours s'appelle « La poésie, la nature, l'intime ». Ce poème montre le troisième terme — et il montre que l'intime, chez Dorion, n'est jamais une confidence : c'est un inventaire.

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Étape 10

Tu vois ? Tu sais le comprendre et le dire

Reprends : les deux comparatifs, le « et » suspendu, les histoires au pluriel ; puis le jouet au palais, les étés, le sable, les cris ; enfin les goélands, les châteaux cassés, les jours qui s'ajoutent. Trois temps.

Tu sais nommer ce que tu vois : deux comparatifs employés sans nom, une conjonction laissée en fin de vers, une accumulation sans ponctuation, une image qui donne un goût à un souvenir, une addition qui remplace un récit. Cinq choses, cinq citations.

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Étape 11

Et les petites questions de grammaire

Trois constructions à savoir sur ce passage.

« Le plus grand a croisé le plus petit » — deux superlatifs employés comme noms, sans que rien ne dise de qui il s'agit. La langue reste au plus général : le poème parle d'une rencontre avant de parler de personnes.

« les étés à la mer la piscine minuscule » — plusieurs groupes nominaux juxtaposés, sans verbe et sans virgule. On appelle ça l'asyndète quand les liens sont supprimés. L'effet : tout arrive en même temps, comme dans une mémoire.

« un deuxième et les autres jours » — un adjectif numéral suivi d'un indéfini pluriel. On commence à compter, on renonce. La phrase mime le passage d'un temps mesuré à un temps qui s'écoule.

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Étape 12

Ce soir, tu peux fermer le cahier

Ce soir, tu peux fermer le cahier. Tu as compris que la liste est une forme, et que l'absence de ponctuation est un choix qui refuse de trier. C'est l'essentiel.

Si tu veux garder une seule image en t'endormant, garde celle-ci : un château de sable qu'on a mis une heure à faire, et qui n'a pas passé la marée.

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Étape 13

Terre ferme : tu peux t’arrêter là

Terre ferme : tu peux t'arrêter là. Le dossier de l'épreuve t'attend quand tu voudras, avec ses neuf tiroirs. Ce soir, tu en sais assez pour en parler.

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Fin de l’explication accompagnée

La voix change

La voix qui t’accompagnait s’efface : finie la lettre, place au dossier de travail.

Je m’arrête iciJ’ouvre le dossier

Le dossier de l’épreuve

La même explication, classée pour la révision

Neuf tiroirs : comprendre, préparer l’oral, contrôler les preuves.

01Le texte, dit simplementLe raisonnement sans jargon.

Idée générale. Dans ce poème, une enfance se raconte par objets et sensations, sans phrases construites — et sans se donner pour exceptionnelle.

Situation simple. Le poème énumère : un jouet, des étés à la mer, une piscine, un carré de sable, des cris, des goélands, des châteaux cassés, des jours d'école.

Mouvement I. Dans ce mouvement, le plus grand a croisé le plus petit. D'autres histoires ont commencé. Et il y a le jouet d'enfant collé au palais. L'idée importante est que cette histoire n'est pas la seule.

Mouvement II. Dans ce mouvement, il y a les étés à la mer, la piscine minuscule, dans le jardin le carré de sable, la solitude et les cris des parents. L'idée importante est que rien n'est hiérarchisé.

Mouvement III. Dans ce mouvement, il y a les goélands au-dessus des marées, les châteaux cassés, l'odeur de la nuit, un deuxième et les autres jours. L'idée importante est que la liste ne se ferme pas.

Pour finir. La leçon du poème est qu'on peut dire une vie sans la raconter, en déposant ce qui en reste.

02L’introduction rédigéeSix étapes, une question directrice.

Étape 1 : Hélène Dorion est une poète québécoise contemporaine.

Étape 2 : Mes forêts, paru en 2021, mêle la nature, l'intime et l'histoire.

Étape 3 : L'extrait est un inventaire d'enfance, déposé sans ponctuation ni récit continu.

Étape 4 : Le poème s'organise en trois temps — la rencontre initiale, les objets déposés, les jours qui s'additionnent.

Étape 5 : On se demandera comment l'inventaire biographique fait d'une enfance singulière une strate de l'histoire commune.

Étape 6 : On suivra d'abord l'ouverture indéterminée, puis la juxtaposition, enfin la série ouverte.

03L’explication linéaireTrois mouvements, neuf prises de lecture.

I. Une rencontre minuscule déclenche le récit

Le premier mouvement fait naître un récit d'une rencontre minuscule. « Le plus grand a croisé le plus petit et » : les comparatifs substantivés ne disent pas encore ce qu'ils désignent, et le « et » final laisse la phrase ouverte comme une porte. Le pluriel indéfini qui suit — « d'autres histoires ont commencé » — empêche l'autobiographie de se croire origine : elle n'est qu'une parmi d'autres. Puis la mémoire prend un corps, et c'est un corps d'enfant : « le jouet d'enfant collé au palais », saisi par une sensation buccale que le participe rend persistante.

★ I.a. Échelle suspendue

« Le plus grand a croisé le plus petit et » DO-E-1155

Comparatifs substantivés. Les comparatifs substantivés ne disent pas encore ce qu’ils désignent. Le « et » final laisse le vers ouvert : la rencontre cosmique ou biologique attend sa conséquence narrative.

★ I.b. Pluralité des commencements

« d’autres histoires ont commencé » DO-E-1156

Pluriel indéfini. Le pluriel indéfini « d’autres histoires » empêche l’autobiographie de se croire origine absolue. Le passé composé inscrit un seuil : une rencontre produit plusieurs récits simultanés.

★ I.c. Mémoire corporelle

« le jouet d’enfant collé au palais » DO-E-1159

Participe de persistance. L’objet minuscule est saisi par une sensation buccale. Le participe « collé » conserve la persistance physique du souvenir, plus sûrement qu’une date ou qu’un commentaire rétrospectif.

II. Les objets déposent une mémoire sans ponctuation

Le deuxième mouvement dépose des objets sans les relier. La ponctuation manque, et cette absence fait toucher ce qui ne devrait pas se toucher : « les étés à la mer la piscine minuscule », où le pluriel ample rencontre l'exiguïté sans transition. La géométrie d'enfance emboîte ensuite les lieux — un jardin, un carré, du sable — et transforme l'espace en réduction successive. Le mouvement se referme sur une coordination qui met sur le même plan un état intérieur et une violence sonore : « la solitude et les cris des parents ». Rien ne hiérarchise, et c'est ce qui blesse.

★ II.a. Grand large et réduction

« les étés à la mer la piscine minuscule » DO-E-1160

Juxtaposition sans ponctuation. Sans ponctuation, la mer et la piscine se touchent. Le pluriel ample des « étés » rencontre l’adjectif « minuscule » : la mémoire rapproche des échelles que le récit ordinaire séparerait.

◆ II.b. Emboîtement des lieux

« dans le jardin le carré de sable » DO-E-1161

Emboîtement des lieux. Le jardin contient un carré, qui contient à son tour du sable. Cette géométrie d’enfance transforme l’espace domestique en modèle réduit de paysage et de rivage.

★ II.c. Affect et bruit

« la solitude et les cris des parents » DO-E-1163

Coordination sans hiérarchie. La coordination met sur un même plan l’état intérieur et la violence sonore. Le complément « des parents » attribue les cris sans expliquer leur cause : la mémoire garde l’impact plutôt que le dossier familial.

III. Les jours s’additionnent avec leurs blessures

Le troisième mouvement laisse la série ouverte. Les goélands « au-dessus des marées » forment un groupe nominal sans verbe, image conservée plutôt que scène racontée. Puis les châteaux « cassés » portent déjà la ruine, et l'odeur rend la nuit matérielle : le poème additionne des sensations au lieu de composer un souvenir. La fin ne conclut pas — « un deuxième et les autres jours » — où l'article passe de l'indéfini au pluriel : les jours s'accumulent, et le compte s'arrête faute de fin, non par achèvement.

◆ III.a. Verticale marine

« les goélands au-dessus des marées » DO-E-1164

Groupe nominal sans verbe. Le groupe nominal sans verbe fonctionne comme une image conservée. « au-dessus » superpose vol et mouvement d’eau ; le souvenir respire par cette distance verticale.

★ III.b. Ruine et sensation

« les châteaux cassés l’odeur de la nuit » DO-E-1165

Participe et notation olfactive. Les châteaux de sable portent déjà la cassure, tandis que l’odeur rend la nuit matérielle. Le montage associe disparition visible et trace olfactive persistante.

★ III.c. Série ouverte

« un deuxième et les autres jours » DO-E-1169

Série ouverte. Après « le premier jour d’école », l’article passe au singulier indéfini puis au pluriel. La syntaxe mime l’entrée dans la répétition : l’événement inaugural devient durée scolaire.

04La conclusion rédigéeRépondre, puis prolonger dans l’œuvre.

1. Récapitulation. Le poème dépose une vie sans la raconter. Il commence par un rapport plutôt que par des personnes — « le plus grand a croisé le plus petit » — et le pluriel indéfini qui suit empêche l'autobiographie de se croire origine : cette histoire est une strate parmi d'autres. La mémoire se loge alors dans la bouche, avec un jouet « collé au palais ». Le deuxième temps supprime la ponctuation et fait toucher ce qui ne devrait pas se toucher, la mer et la piscine ; il emboîte les lieux jusqu'au grain de sable, et coordonne sans hiérarchie un affect et des cris. Le troisième conserve des images sans verbe, saisit la nuit par une odeur, et laisse la série ouverte : « un deuxième et les autres jours ».

2. Ouverture. Cette manière de faire d'une enfance une strate rejoint le geste du recueil entier, où la forêt superpose les temps. Le parcours « la poésie, la nature, l'intime » y trouve son articulation : l'intime n'est pas un privilège, c'est une couche.

05Le mémo de l’oralLes appuis indispensables et les prolongements possibles.

Auteur : Hélène Dorion.

Œuvre : Mes forêts, 2021.

Extrait : « Avant la nuit », inventaire d'une enfance.

Objet d'étude : La poésie du XIXᵉ siècle au XXIᵉ siècle.

Parcours : La poésie, la nature, l'intime.

Situation : Poème du recueil où une biographie se dépose par objets et sensations, sans récit continu.

Problématique : Comment l'inventaire biographique fait-il d'une enfance singulière une strate de l'histoire commune ?

Plan : Une rencontre minuscule déclenche le récit ; les objets déposent une mémoire sans ponctuation ; les jours s'additionnent avec leurs blessures.

Citations, procédés et interprétations essentiels : ★ indique les appuis à ne pas omettre ; ◆ propose les prolongements à choisir selon le temps disponible.

★ I.a : « Le plus grand a croisé le plus petit et ». Comparatifs substantivés. Les comparatifs substantivés ne disent pas encore ce qu’ils désignent.

★ I.b : « d’autres histoires ont commencé ». Pluriel indéfini. Le pluriel indéfini « d’autres histoires » empêche l’autobiographie de se croire origine absolue.

★ I.c : « le jouet d’enfant collé au palais ». Participe de persistance. L’objet minuscule est saisi par une sensation buccale.

★ II.a : « les étés à la mer la piscine minuscule ». Juxtaposition sans ponctuation. Sans ponctuation, la mer et la piscine se touchent.

◆ II.b : « dans le jardin le carré de sable ». Emboîtement des lieux. Le jardin contient un carré, qui contient à son tour du sable.

★ II.c : « la solitude et les cris des parents ». Coordination sans hiérarchie. La coordination met sur un même plan l’état intérieur et la violence sonore.

◆ III.a : « les goélands au-dessus des marées ». Groupe nominal sans verbe. Le groupe nominal sans verbe fonctionne comme une image conservée.

★ III.b : « les châteaux cassés l’odeur de la nuit ». Participe et notation olfactive. Les châteaux de sable portent déjà la cassure, tandis que l’odeur rend la nuit matérielle.

★ III.c : « un deuxième et les autres jours ». Série ouverte. Après « le premier jour d’école », l’article passe au singulier indéfini puis au pluriel.

Appuis ★ repris : I.a I.b I.c II.a II.c III.b III.c

06Le tableau des procédésComparer les fonctions des neuf appuis.
Procédé désignéAnalyse dans le texteEffet sur le lecteurInterprétation
★ Comparatifs substantivés (I.a)Les comparatifs substantivés ne disent pas encore ce qu’ils désignent.Le lecteur reçoit deux tailles sans savoir de qui il s'agit.Substantiver les comparatifs sans nommer les personnes fait de la rencontre une relation pure : Dorion commence par un rapport, non par des individus.
★ Pluriel indéfini (I.b)Le pluriel indéfini « d’autres histoires » empêche l’autobiographie de se croire origine absolue.Le lecteur voit une histoire parmi d'autres.Le pluriel indéfini empêche l'autobiographie de se croire origine absolue : cette vie est une strate parmi d'autres, ce qui est le principe du recueil.
★ Participe de persistance (I.c)L’objet minuscule est saisi par une sensation buccale.Le lecteur sent un jouet collé au palais.Le participe « collé » conserve la persistance de la sensation : la mémoire, ici, se loge dans la bouche avant de se loger dans le récit.
★ Juxtaposition sans ponctuation (II.a)Sans ponctuation, la mer et la piscine se touchent.Le lecteur voit la mer et une piscine se toucher.L'absence de ponctuation fait toucher la mer et la piscine ; l'enfance n'établit pas d'échelles, et le poème refuse de les rétablir après coup.
◆ Emboîtement des lieux (II.b)Le jardin contient un carré, qui contient à son tour du sable.Le lecteur voit l'espace se réduire par emboîtement.L'emboîtement transforme l'espace en réduction successive : un jardin, un carré, du sable — la géométrie d'enfance rétrécit jusqu'au grain.
★ Coordination sans hiérarchie (II.c)La coordination met sur un même plan l’état intérieur et la violence sonore.Le lecteur reçoit une solitude et des cris sur le même plan.Mettre sur un même plan un affect et un bruit, c'est refuser de les hiérarchiser : la solitude et les cris arrivent ensemble, comme dans la mémoire.
◆ Groupe nominal sans verbe (III.a)Le groupe nominal sans verbe fonctionne comme une image conservée.Le lecteur reçoit une image conservée, sans verbe.Le groupe nominal sans verbe conserve l'image au lieu de la raconter : l'inventaire biographique de Dorion ne narre pas, il dépose.
★ Participe et notation olfactive (III.b)Les châteaux de sable portent déjà la cassure, tandis que l’odeur rend la nuit matérielle.Le lecteur voit des châteaux déjà cassés et sent la nuit.Les châteaux « cassés » portent déjà leur ruine, et l'odeur rend la nuit matérielle : le souvenir n'est pas reconstitué, il est saisi par des sensations.
★ Série ouverte (III.c)Après « le premier jour d’école », l’article passe au singulier indéfini puis au pluriel.Le lecteur voit les jours s'ajouter sans fin.Le passage de l'indéfini au pluriel laisse la série ouverte : le compte s'arrête faute de fin, non par achèvement — et c'est ainsi que le poème refuse le bilan.
07Le tableau de couvertureRetrouver chaque sous-partie dans le mémo.
Prise ★RangDans le mémo
I.a★oui
I.b★oui
I.c★oui
II.a★oui
II.c★oui
III.b★oui
III.c★oui
Sous-partieProcédé principalDans le mémo ?
I.aComparatifs substantivésoui
I.bPluriel indéfinioui
I.cParticipe de persistanceoui
II.aJuxtaposition sans ponctuationoui
II.cCoordination sans hiérarchieoui
III.bParticipe et notation olfactiveoui
III.cSérie ouverteoui

Les 7 appuis marqués ★ couvrent les trois mouvements et sont tous repris dans le mémo : résultat 7/7. Ce décompte atteste la couverture, non la qualité générale de la page.

08Les erreurs rédhibitoiresLes contresens propres à ce passage.

A. Erreurs de fond

Erreur à ne pas commettrePourquoi c'est une erreurFormulation correcte à retenir
Le poème raconte une enfance.Il dépose des objets et des sensations, sans récit continu.C'est un inventaire, non une narration.
L'absence de ponctuation est une facilité.Elle fait toucher la mer et la piscine sans transition.La suppression produit un effet d'échelle.
Le poème est nostalgique.Les cris des parents figurent au même plan que la solitude.La mémoire y arrive sans hiérarchie ni tri.
L'autobiographie est le sujet.« D'autres histoires ont commencé » la relativise d'emblée.Cette vie est une strate parmi d'autres.
La fin conclut.« Un deuxième et les autres jours » laisse la série ouverte.Le compte s'arrête faute de fin.

B. Erreurs de méthode à l'oral

Erreur de méthodeCorrection attendue
Rétablir la ponctuation en lisant.L'absence est le procédé : la lire, c'est la faire entendre.
Chercher un fil narratif.Le poème dépose ; il ne raconte pas.
Traiter les comparatifs comme des personnes nommées.Ils installent un rapport avant toute identité.
Annoncer des numéros de page.Annoncer les vers par leurs ancres éditoriales.

C. Formulations à proscrire

MaladroitCorrect
Dorion se souvient de son enfance.Elle dépose ce qui en reste, sans le reconstituer.
Le poème est touchant.Il refuse la hiérarchie des affects, ce qui est plus dur et plus juste.
L'enfance est heureuse.Les cris et la solitude y figurent au même rang que la mer.
09L’analyse grammaticaleTrois constructions distinctes, trois leçons.
  1. Question grammaticale 1
  2. Question grammaticale 2
  3. Question grammaticale 3

Phrase 1 : Comparatifs substantivés par l'article défini

Phrase étudiée : « Le plus grand a croisé le plus petit »

Question : Analysez la construction du fragment et justifiez votre réponse.

Réponse : « le plus grand » et « le plus petit » sont des adjectifs substantivés par l’article défini. Le premier est sujet, le second COD du verbe au passé composé « a croisé ».

Phrase 2 : Groupes nominaux juxtaposés sans ponctuation

Phrase étudiée : « le jouet d’enfant collé au palais »

Question : Analysez la construction du fragment et justifiez votre réponse.

Réponse : « collé au palais » est un groupe participial épithète de « jouet ». Le complément « au palais » indique le lieu d’adhérence ; « d’enfant » complète le nom « jouet ».

Phrase 3 : Article indéfini puis déterminant pluriel dans une série

Phrase étudiée : « un deuxième et les autres jours »

Question : Analysez la construction du fragment et justifiez votre réponse.

Réponse : L’adjectif ordinal « deuxième » est substantivé : le nom « jour » est sous-entendu. La coordination avec « les autres jours » fait passer de l’ellipse singulière à la série explicite. Ce que l’on peut soutenir à l’oral