Ce site est en construction.

Leçon ① · Le verbe

La marmite

Que fait le verbe, et quand le fait-il ?

← L’antre du dragon

Écouter la leçon : Le verbe

Grame Maire te la dit en cinq fois. Tu peux n’en écouter qu’une.

Le souvenirce que tu sais déjà sans le savoirTélécharger « Le souvenir » pour l’écouter hors ligne
Le gestece qu’il faut faire, une fois pour toutesTélécharger « Le geste » pour l’écouter hors ligne
L’erreurcelle que tout le monde fait, toi comprisTélécharger « L’erreur » pour l’écouter hors ligne
Le renversementle moment où ça bascule et où tu comprendsTélécharger « Le renversement » pour l’écouter hors ligne
La preuvede quoi le montrer au correcteurTélécharger « La preuve » pour l’écouter hors ligne

Les mots de la leçon, et ceux du bac

ce que tu voisle mot du bac
le moment où tu regardesle temps
où en est la cuissonl'aspect
la marmite retirée du feul'accompli
la marmite qui mijotel'inaccompli
ce qu'on dit de la soupele mode
qui a allumé le feu, et si on le ditla voix

Éprouvée sur le cas retors — « il avait mangé » : tu regardes dans le passé, et la marmite était déjà retirée avant ce moment-là. L'image tient, et elle explique le plus-que-parfait mieux que la règle.

Celle-ci est la plus longue, alors installe-toi. Mais je te promets une chose : tu sais déjà tout faire. On va seulement mettre des noms sur ce que tu fais quinze fois par jour sans y penser.

1 · La marmite

Illustration de la leçon
Le geste de la leçon, avant les mots.

Chez moi, il y avait toujours une marmite sur le feu. Et quand tu entrais dans la cuisine, tu voulais savoir trois choses — toujours les mêmes trois, et dans cet ordre.

Quand est-ce que tu regardes ? Hier ? Maintenant ? Demain ? Où en est la cuisson quand tu regardes ? Ça n'a pas commencé, ça mijote, ou c'est fini ? Et qu'est-ce qu'on dit de cette soupe ? Qu'elle est prête ? Qu'elle serait prête si on attendait ? Qu'elle soit prête, pour l'amour du ciel ?

Voilà. Un verbe ne fait rien d'autre que répondre à ces trois questions.

Le moment où tu regardes, ça s'appelle le TEMPS. Où en est la cuisson, ça s'appelle l'ASPECT. Ce qu'on dit de la soupe, ça s'appelle le MODE.

Trois questions, trois mots. Le reste de cette leçon ne fait que les détailler.

2 · Le temps · quand tu regardes

Illustration de la leçon
Le geste de la leçon, avant les mots.

C'est le plus facile, et c'est celui que tout le monde connaît. Hier — je mangeais, j'ai mangé. Maintenant — je mange. Demain — je mangerai.

Attention quand même à un piège : le temps du verbe n'est pas toujours le moment de l'histoire. — « Demain, je pars. » Le verbe est au présent, et pourtant c'est demain. Le français fait ça tout le temps. Retiens seulement : on regarde le verbe, mais on vérifie sur la phrase.

3 · L'aspect · où en est la cuisson

Illustration de la leçon
Le geste de la leçon, avant les mots.

[DESSIN 1 — les deux marmites · à gauche]

Voilà le mot qu'on ne t'a jamais expliqué, et c'est pourtant le plus utile de la leçon. Écoute la différence, elle est énorme :

« Je faisais mes devoirs. » — la marmite mijote. On est dedans, on ne voit pas le fond. « J'ai fait mes devoirs. » — la marmite est retirée du feu. C'est terminé, on peut en parler comme d'un bloc.

Ta mère ne réagit pas pareil aux deux, et tu le sais très bien. C'est ça, l'aspect : non pas quand, mais où on en est.

Deux mots à connaître, et ils sont transparents :

L'ACCOMPLI — c'est fini, on regarde le résultat. — « il a mangé », « il eut mangé », « il aura mangé ». L'INACCOMPLI — c'est en cours, on est dedans. — « il mange », « il mangeait ».

Et l'imparfait a une manie qu'il faut connaître : il aime les habitudes. « Tous les dimanches, elle faisait de la soupe » — la marmite revient chaque semaine.

4 · Le mode · ce qu'on dit de la soupe

Là, on ne parle plus du temps du tout. On parle de la façon dont celui qui parle pose la chose. Est-ce qu'il l'affirme ? Est-ce qu'il l'imagine ? Est-ce qu'il l'exige ?

L'INDICATIF — il l'affirme. « La soupe est prête. » C'est le mode du réel, et le plus courant de tous. LE CONDITIONNEL — il l'imagine, sous condition. « La soupe serait prête si tu avais attendu. » LE SUBJONCTIF — il ne l'affirme pas : il la souhaite, la craint, la commande. « Je veux que la soupe soit prête. » L'IMPÉRATIF — il l'ordonne. « Mange. »

### Le mode ne dit pas quand. Il dit comment celui qui parle s'engage. Et dans un texte, c'est de l'or : le mode te dit ce que le personnage tient pour sûr, et ce qu'il n'ose qu'espérer.

5 · Et une quatrième chose, qui rapporte gros

[DESSIN 2 — la fenêtre cassée · à droite]

Qui a mis la marmite sur le feu ? Et est-ce qu'on le dit ?

« Le vent a cassé la fenêtre. » — on nomme le coupable. Voix active. « La fenêtre a été cassée par le vent. » — le coupable passe derrière. Voix passive. « La fenêtre s'est cassée. » — tiens donc. Toute seule ?

La voix passive est l'art de ne pas dire qui a fait. Tu t'en sers déjà, et tu sais très bien pourquoi. Un écrivain aussi.

6 · On le fait ensemble

[DESSIN 3 — le narrateur sur l'autre rive · à gauche]

Voilà la phrase. Le narrateur parle de Lancelot, qui va traverser le pont.

« Il ne sera pas indemne ni entier quand il parviendra de l'autre côté ! Mais il se sera bien tenu sur l'épée, plus tranchante qu'une faux, à mains nues et déchaussé. » (v. 3098-3101)

« Il ne sera pas indemne » et « quand il parviendra » — quand ? Après. Ce sont deux futurs. Le narrateur parle de la traversée avant qu'elle ait eu lieu.

« Il se sera bien tenu » — et là, tout change. La marmite est déjà retirée du feu — mais dans le futur. C'est un futur antérieur : on se place après, et on regarde en arrière une chose déjà faite.

Et alors ?

Le narrateur s'est placé sur l'autre rive avant Lancelot.

De là où il parle, la traversée est finie, elle est même déjà racontée. Il sait qu'il passera. Et il te le dit avec un seul temps de verbe, sans jamais l'annoncer.

### Ce qui reste à découvrir, ce n'est donc pas s'il y arrive. C'est ce que ça lui coûte. Regarde comme le suspense change de place : tu ne trembles plus pour l'issue, tu trembles pour le prix. C'est le futur antérieur qui a fait ça, à lui tout seul.

7 · Les trois bêtises

Tu confonds le temps et le moment de l'histoire. « Demain je pars » est au présent.

Tu dis « c'est du passé » et tu t'arrêtes. Lequel ? Et surtout : la marmite mijote-t-elle, ou est-elle retirée ? C'est là qu'est le point.

Tu vois « serait » et tu cries « conditionnel ! » sans regarder à quoi il sert. Il peut poser une condition, mais aussi une information non vérifiée — « le pont serait infranchissable ». Ce n'est pas la même chose du tout.

Au guichet

Un verbe conjugué porte trois séries de valeurs : temporelles, aspectuelles et modales.

Les valeurs temporelles situent le procès par rapport au moment de l'énonciation (passé, présent, futur). Les valeurs aspectuelles envisagent le déroulement interne du procès : accompli / inaccompli, et sécant / global. Les valeurs modales expriment l'attitude de l'énonciateur (indicatif, subjonctif, conditionnel, impératif).

On distingue en outre la voix active et la voix passive.

Ta réponse, en deux minutes :

« Les deux premiers verbes sont au futur simple ; le troisième, « il se sera tenu », est au futur antérieur, qui présente le procès comme accompli dans l'avenir. Le narrateur adopte ainsi un point de vue postérieur à la traversée : l'issue est acquise, et l'attente du lecteur se déplace de l'issue vers son prix. »

### Si tu ne retiens qu'une chose : quand tu regardes, où en est la cuisson, et ce qu'on en dit. Et si tu en retiens deux : un temps de verbe peut te dire où se tient le narrateur — et donc ce qu'il sait déjà.

Source de la citation, ouverte et lue le 11 août 2026 : https://lebacparpatrick.fr/chretien_charrette_texte — vers 3098-3101.

Si tu ne retiens qu’une chose : refais le geste montré par la leçon.