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L'essentiel · Première · Bac de français

Réduire un texte au quart sans lui faire dire autre chose

La contraction de texte, exercice de l'épreuve écrite


Dans le journal du vendredi, l'exercice tient en une page : parler à la place de l'auteur, garder l'ossature, jeter le reste. Ici, on reprend tout depuis le début, règles écrites à l'appui, avec les tournures interdites et l'exemple des machines décortiqué.


Quatre fois moins de mots, tout l'esprit

C'est l'exercice sur lequel on t'aide le moins, et c'est pourtant le seul dont les règles sont écrites noir sur blanc. Voilà de quoi se rassurer d'emblée : la contraction de texte ressemble à une distillation. On chauffe un liquide abondant, on ne recueille que quelques gouttes, et ces gouttes contiennent tout l'esprit du produit de départ. Rien d'autre à inventer : l'alambic a ses règles, elles sont publiées, et cette page te les donne toutes.

Ce qu'on verse dans l'alambic

On te donne un texte d'environ sept cent cinquante mots, un peu moins de deux pages : c'est la mesure fixée par la note de service du 23 juillet 2020, celle qui régit l'exercice. Si tu croises en ligne le chiffre de mille mots, méfie-toi : il vient d'une ressource de 2019 fondée sur une note abrogée, et il circule encore à tort. Le texte versé dans l'alambic est toujours un texte où quelqu'un défend une idée ; jamais une histoire, jamais un poème. Et la consigne tient en une ligne : le réécrire quatre fois plus court, soit environ cent quatre-vingt-dix mots, avec une marge de plus ou moins dix pour cent. Ce taux est une règle écrite, ni négociable ni approximative.

Le principe de la distillation

Voici le point que presque personne ne saisit la première fois : tu ne parles pas du texte, tu parles à sa place. Tu prends la place de celui qui l'a écrit. Tu dis ce qu'il dit, dans l'ordre où il le dit, mais en quatre fois moins de mots ; tu ne juges pas, tu ne commentes pas, tu ne dis pas ce que tu en penses. L'ordre aussi est imposé : tu suis le texte du début à la fin, et réorganiser les idées est une erreur, même quand ton plan te paraît meilleur. La distillation change le volume, jamais la nature : ce qui sort de l'alambic est le même esprit, concentré.

Parler à la place, jamais au-dessus

C'est pour cette raison que certaines tournures sont interdites. Le document officiel qui explique l'exercice les nomme et demande de les proscrire, c'est-à-dire de ne jamais les employer : « l'auteur écrit que », « le texte parle de », « dans ce passage, il montre ». Si tu écris l'une de ces formules, tu parles du texte de l'extérieur ; ce n'est plus une contraction, c'est un commentaire, et l'exercice est manqué, même si tout le reste est juste. La bonne manière ne demande aucune formule. Le texte dit : « Il est absurde de croire que les machines nous libèrent du travail. » Tu écris : « Croire que les machines nous libèrent du travail est absurde. » Rien de plus : tu as parlé à sa place. Une exception, et une seule : si l'auteur écrit je, tu gardes je.

Ce que l'alambic retient

Un texte d'idées est fait de deux choses très différentes : ce qu'il affirme, et ce qui sert à le faire admettre. Tu gardes le premier, et d'abord la thèse : c'est ce que l'auteur veut te faire admettre, une phrase, deux au plus ; si tu ne sais pas la dire à voix haute, il est trop tôt pour écrire. Tu gardes ensuite les étapes : un texte d'idées avance, il pose, il objecte, il tranche, et ces étapes sont ta colonne vertébrale ; si tu les perds, ton résumé devient une liste d'affirmations sans lien. Tu gardes aussi les mots qui tiennent le texte debout : mais, donc, pourtant, en effet, or. Ce sont eux qui montrent que l'auteur raisonne. Tu gardes enfin le ton : si l'auteur est ironique, c'est-à-dire s'il dit le contraire de ce qu'il pense pour s'en moquer, ton résumé doit rester ironique.

Ce qui s'évapore en chauffant

Tout le reste part en vapeur, et il faut le laisser partir. Jette les exemples : c'est le plus gros gisement de mots, et c'est presque toujours par là qu'il faut commencer ; trois exemples qui illustrent la même idée deviennent zéro exemple. Jette les répétitions : un auteur reformule souvent la même chose deux ou trois fois pour se faire comprendre, et tu n'as la place que d'une seule. Jette les parenthèses : les remarques de côté, les précisions, les rappels historiques, tout ce qu'on peut retirer sans que le raisonnement boite. Une seule chose échappe toujours à l'évaporation : une étape du raisonnement, même courte, ne se jette jamais.

L'esprit du texte, au quart juste

Résume la distillation en une image : sept cent cinquante mots environ entrent dans l'alambic, cent quatre-vingt-dix environ en sortent, et la marge de plus ou moins dix pour cent borne le flacon. Dedans : la thèse, les étapes, les connecteurs, le ton. Dehors : les exemples, les redites, les à-côtés, et tout jugement de ta part. L'épreuve d'authenticité est simple : celui qui lirait ta contraction sans connaître le texte devrait pouvoir en restituer le raisonnement, dans l'ordre, sans deviner une seule fois ton avis.

Le jour de l'épreuve, devant l'alambic

Le sujet fait une partie du travail à ta place : il porte le nombre de mots du texte, le nombre demandé et les deux limites de la marge. Recopie ces trois nombres en haut de ton brouillon avant d'écrire une seule phrase. Sache aussi que la page de garde interdit le dictionnaire et la calculatrice : si un mot te manque, tu le contournes, et cela se travaille avant, pas le jour même. Garde enfin des forces : la contraction est suivie d'un essai, noté sur dix lui aussi, qui porte sur une question que le texte partage avec ton œuvre.

Éteindre le feu

L'alambic est simple, au fond : on garde l'esprit, on laisse la vapeur. Entraîne-toi sur un texte, puis deux, et le geste deviendra machinal ; le jour venu, il ne restera qu'à chauffer doucement.