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Le Bac par Patrick · Philosophie

Philosophie — Terminale · une des notions

L’inconscient

L’inconscient désigne tout ce qui, en nous, échappe à la conscience : désirs refoulés, souvenirs oubliés, automatismes. Découvrir qu’une part de nous agit à notre insu bouleverse l’idée d’un sujet transparent et maître de lui-même. Mais si l’inconscient nous détermine, sommes-nous encore libres et responsables de nos actes ?

Problématique générale

Définitions à connaître

InconscientEnsemble des phénomènes psychiques qui échappent à la conscience.
Inconscient psychiqueChez Freud : désirs, pulsions et souvenirs refoulés qui continuent d’agir sur nous.
Inconscient cognitifAutomatismes et mécanismes inconscients (habitudes, réflexes).
RefoulementMécanisme par lequel un désir est rejeté hors de la conscience — sans être détruit : il continue d’agir.
Petites perceptionsPerceptions trop faibles pour devenir conscientes (Leibniz : bruit de la mer, du moulin).
Contenu manifeste / latentLe rêve tel qu’on s’en souvient (manifeste) cache le véritable désir inconscient (latent) — Freud.
Ça / Moi / SurmoiÇa : pulsions inconscientes ; Moi : médiateur avec la réalité ; Surmoi : interdits et morale intériorisés (Freud).
Mauvaise foiSe mentir à soi-même pour fuir sa liberté (Sartre).

Les grandes positions

PositionAuteur principal
Une partie de notre vie psychique est inconscienteLeibniz ; Freud
L’inconscient détermine largement nos actesFreud ; Schopenhauer
La conscience peut retrouver une part de maîtriseFreud ; Ricœur
L’inconscient ne doit pas supprimer la responsabilitéSartre
L’inconscient existe aussi sous forme d’automatismesBergson ; Janet

Les auteurs essentiels

SpinozaUne grande partie de notre vie psychique et corporelle nous échappe.
déterminismecorpscausalité
  • Nous ignorons les causes qui nous déterminent.
  • Le corps possède des puissances inconnues.
  • La liberté passe par la connaissance des causes.
On ne sait pas ce que peut le corps.Éthique (1677), III, 2, scolie.

Limite. Fragilise l’idée d’un libre arbitre absolu.

LeibnizIl existe des perceptions inconscientes.
petites perceptionsaperceptioncontinuité
  • Nous percevons plus de choses que nous ne croyons.
  • La conscience naît progressivement.
  • Les petites perceptions influencent nos comportements.
Il y a à tout moment une infinité de perceptions en nous, mais sans aperception et sans réflexion.Nouveaux essais sur l’entendement humain (1704), Préface.

Limite. Un inconscient surtout perceptif, non pulsionnel.

SchopenhauerLa conscience n’est que la surface de l’esprit.
volontéprofondeurinconscient
  • Nos désirs profonds nous échappent.
  • La volonté inconsciente dirige nos actes.
  • La conscience ne voit que les résultats.
L’homme peut faire ce qu’il veut, mais il ne peut pas vouloir ce qu’il veut.Essai sur le libre arbitre (1839).

Limite. Vision pessimiste de la liberté humaine.

Henri BergsonLa conscience sélectionne ce qui est utile à l’action.
mémoiresouvenirsautomatisme
  • Une grande partie des souvenirs reste inconsciente.
  • Les habitudes réduisent la conscience active.
  • Les souvenirs peuvent réapparaître soudainement.
La conscience ne retient du passé que ce qui peut éclairer l’action présente.Matière et mémoire (1896).

Limite. Difficile de distinguer mémoire inconsciente et inconscient psychique.

Sigmund FreudL’inconscient psychique dirige une partie de nos actes.
refoulementrêvesÇa / Moi / Surmoipulsions
  • Les désirs refoulés continuent d’agir.
  • L’interprétation des rêves donne accès à l’inconscient.
  • Les symptômes révèlent des conflits psychiques cachés.
Le Moi n’est pas maître dans sa propre maison.Une difficulté de la psychanalyse (1917).

Limite. Théorie difficilement falsifiable scientifiquement.

Paul RicœurLa psychanalyse peut restaurer une part de liberté.
interprétationcompréhensionliberté retrouvée
  • Comprendre son inconscient permet de mieux se connaître.
  • Le sujet doit interpréter ses propres symboles.
  • La conscience de soi demande un travail.
Le sujet n’est jamais donné d’abord à lui-même.De l’interprétation. Essai sur Freud (1965).

Limite. La transparence totale à soi-même reste impossible.

Jean-Paul SartreL’inconscient ne doit pas supprimer la responsabilité.
mauvaise foilibertéresponsabilité
  • L’homme reste responsable de ses choix.
  • Se cacher derrière l’inconscient peut devenir une excuse.
  • La liberté demeure fondamentale.
La psychanalyse substitue à la notion de mauvaise foi l’idée d’un mensonge sans menteur.L’Être et le Néant (1943).

Limite. Sous-estime peut-être le poids réel des déterminismes psychiques.

AristoteL’inconscience n’efface pas toujours la responsabilité.
ignorancevolontéresponsabilité
  • Une action involontaire peut être excusée.
  • On reste responsable si l’on est cause de son ignorance.
  • La conscience joue un rôle moral essentiel.
L’ignorance excuse parfois l’action involontaire.Éthique à Nicomaque, III, 1.

Limite. Difficile de mesurer la responsabilité réelle.

NietzscheLa conscience n’est qu’une petite partie du vivant.
instinctconscienceorganisme
  • Les instincts jouent un rôle fondamental.
  • La conscience est tardive et superficielle.
  • Le psychisme dépasse largement la pensée consciente.
La conscience est le dernier et le plus tardif développement de l’organique.Le Gai savoir (1882), §11.

Limite. Risque de minimiser le rôle de la réflexion consciente.

Pierre JanetCertains comportements fonctionnent automatiquement.
automatismesubconscientdissociation
  • Certaines actions échappent au contrôle conscient.
  • Les automatismes psychologiques existent.
  • La conscience peut se fragmenter.
Il existe des phénomènes psychologiques automatiques échappant à la conscience.L’Automatisme psychologique (1889).

Limite. Théories aujourd’hui partiellement dépassées.

Jacques LacanL’inconscient fonctionne comme un langage.
langagesymbolesignifiant
  • L’inconscient suit des mécanismes symboliques.
  • Les rêves et lapsus fonctionnent comme des discours.
  • Le sujet est structuré par le langage.
L’inconscient est structuré comme un langage.Le Séminaire, Livre XI (1964).

Limite. Théorie complexe et difficile à vérifier empiriquement.

Tableau des citations essentielles

AuteurCitationSourceExplication
Spinoza« On ne sait pas ce que peut le corps »Latin — Quid corpus possit, nemo hucusque determinavitÉthique (1677), III, 2, scolie (trad. Pautrat, Seuil).Une grande partie de notre vie corporelle et psychique échappe à la conscience claire.
Leibniz« Il y a à tout moment une infinité de perceptions en nous, mais sans aperception et sans réflexion »Nouveaux essais sur l’entendement humain (1704), Préface.De nombreuses perceptions existent sans devenir conscientes : les « petites perceptions » influencent notre comportement.
Schopenhauer« Tu peux faire ce que tu veux ; mais tu ne peux, à chaque instant, vouloir qu’une seule chose déterminée »Allemand — Du kannst tun, was du willst…Essai sur le libre arbitre (1839).Nos désirs profonds échappent à la conscience et limitent notre liberté réelle.
Bergson« La conscience ne retient du passé que ce qui peut éclairer l’action présente »Matière et mémoire (1896).Une grande partie de nos souvenirs reste inconsciente ; la conscience sélectionne ce qui est utile à l’action.
Freud« Le Moi n’est pas maître dans sa propre maison »Allemand — Das Ich ist nicht Herr im eigenen HausUne difficulté de la psychanalyse (1917).La conscience n’est qu’une petite partie du psychisme ; l’inconscient influence nos pensées et nos actes.
Freud« L’interprétation des rêves est la voie royale qui mène à la connaissance de l’inconscient »Allemand — die Via regia zur Kenntnis des UnbewußtenL’Interprétation des rêves (1900).Les rêves révèlent, sous une forme déguisée, des désirs refoulés.
Freud« Là où était le Ça, le Je doit advenir »Allemand — Wo Es war, soll Ich werdenNouvelles conférences sur la psychanalyse (1933), 31e leçon.Le but de la cure : étendre le domaine du moi conscient sur les forces inconscientes.
Ricœur« Le sujet n’est jamais donné d’abord à lui-même »De l’interprétation. Essai sur Freud (1965).La conscience de soi n’est pas immédiate : elle passe par un travail d’interprétation.
Sartre« La psychanalyse substitue à la notion de mauvaise foi l’idée d’un mensonge sans menteur »L’Être et le Néant (1943).Sartre refuse un inconscient qui supprimerait la responsabilité : invoquer l’inconscient peut devenir une excuse.
Aristote« L’ignorance excuse parfois l’action involontaire »Grec — τὸ δὲ δι’ ἄγνοιαν…Éthique à Nicomaque, III, 1.Agir sans conscience peut diminuer la responsabilité — mais on reste responsable si l’on est cause de son ignorance.
Janet« Il existe des phénomènes psychologiques automatiques échappant à la conscience »L’Automatisme psychologique (1889).Certains comportements et pensées fonctionnent sans contrôle conscient (« subconscient »).
Lacan« L’inconscient est structuré comme un langage »Le Séminaire, Livre XI (1964).L’inconscient suit des mécanismes comparables au langage : déplacements, substitutions, symboles.

Exemples « hors champ »

Des récits — histoire, sciences, art, vie — pour l’accroche et l’argumentation.

1La femme qui parlait en dormant (Anna O., 1880-1882)

De 1880 à 1882, à Vienne, Bertha Pappenheim (surnommée Anna O.), 21 ans, développe d’étranges symptômes : paralysie du bras droit, contracture du cou, troubles de la vue, hallucinations. Son médecin, Josef Breuer, découvre que lorsqu’elle raconte ses rêves et ses souvenirs sous hypnose, un symptôme disparaît. Anna ne savait pas pourquoi elle était paralysée ; son corps, lui, le savait. Breuer appelle cela « la cure par la parole ».

Auteurs associés : Freud, Breuer

Des souvenirs enfouis (inconscients) peuvent produire des symptômes physiques ; les faire revenir à la conscience les dissout.

2L’homme qui confondait trois médecins (Freud, vers 1895)

Vers 1895, Freud veut conseiller à un patient : « Consultez le docteur X. » Mais il dit « le docteur Y », se reprend, puis laisse échapper « ou le docteur Z ». En analysant son erreur, il découvre que Z a mauvaise réputation… et que Y, c’est lui-même. Son inconscient voulait garder le patient : le lapsus a trahi ce désir.

Auteurs associés : Freud

Les erreurs, oublis et lapsus ne sont pas des hasards : ce sont des formations de l’inconscient qui révèlent ce que la conscience cache.

3Le rêve qui déplaçait la faute (Freud, 1895)

Dans la nuit du 23 au 24 juillet 1895, Freud rêve qu’il examine une patiente, Irma : dans le rêve, plusieurs médecins découvrent qu’un collègue lui a fait une injection mal préparée. Au réveil, Freud analyse : dans la réalité, une patiente ne guérissait pas et il se sentait coupable. Le rêve a déplacé la faute sur un autre, et réalisé un désir : être innocent.

Auteurs associés : Freud

Le rêve est la réalisation déguisée d’un désir inconscient : le contenu manifeste cache un contenu latent. C’est la « voie royale » vers l’inconscient.

4Le garçon qui avait peur des chevaux (le petit Hans, 1908)

En 1908, à Vienne, Herbert Graf (« le petit Hans »), 5 ans, développe une peur panique des chevaux : il hurle à leur vue, redoute qu’ils tombent. Freud ne l’examine jamais ; il lit les notes de son père et propose une interprétation : Hans a peur de son père, mais ne peut pas le dire — alors il déplace cette peur sur l’animal le plus proche du père, le cheval.

Auteurs associés : Freud

Une phobie peut être le déguisement d’un conflit inconscient : le symptôme a un sens et protège le sujet d’une vérité qu’il ne veut pas voir.

5L’oubli du nom de Signorelli (Freud, 1898)

En 1898, Freud veut citer le peintre Luca Signorelli : le nom ne vient pas. Il pense à Botticelli, à Lotto, mais pas à Signorelli. En analysant, il comprend : « Signor » renvoie à « Herr » (monsieur, en allemand), qui lui rappelle « Tod » (la mort) — or il venait d’apprendre la mort d’un patient. L’inconscient avait écarté le nom qui conduisait à la mort.

Auteurs associés : Freud

L’oubli n’est jamais innocent : il obéit à une logique inconsciente. Ce qui est oublié est souvent ce qui déplaît.

6L’homme qui voyait sans voir (syndrome de Charles Bonnet, 1760)

En 1760, à Genève, Charles Lullin, 89 ans, devenu aveugle, « voit » pourtant des tapisseries, des personnages, des paysages. Il sait qu’il est aveugle et que ces images sont irréelles. Le médecin Charles Bonnet nomme ce phénomène : privé de stimuli visuels, le cerveau continue de produire des images, inconsciemment.

Auteurs associés : Freud, Bergson

L’inconscient n’est pas seulement un réservoir de souvenirs refoulés : c’est aussi une fabrique d’images, un rêveur éveillé.

7Le pianiste qui jouait sans mémoire (Clive Wearing, 1985)

Le 27 mars 1985, à Londres, Clive Wearing, 47 ans, chef d’orchestre, contracte une encéphalite qui détruit ses hippocampes. Il ne peut plus former aucun nouveau souvenir : sa vie se réduit à un présent de 30 secondes. Pourtant, il peut encore jouer du piano : ses doigts trouvent les notes, sans qu’il se souvienne d’avoir jamais appris. Son corps a gardé la musique que sa conscience a perdue.

Auteurs associés : Freud, Bergson

L’inconscient n’est pas seulement psychique : il est aussi corporel. Savoirs moteurs, habitudes et automatismes sont une forme d’inconscient.

8Le dormeur qui récitait une langue oubliée (Penfield, vers 1937)

Vers 1937, à Boston, Wilder Penfield observe un patient épileptique endormi qui marmonne… du latin : des vers précis, un texte ancien. Le lendemain, le patient affirme, sans mentir : « Je n’ai jamais appris le latin. » Son cerveau avait enregistré des bribes à son insu ; son inconscient les avait gardées.

Auteurs associés : Freud

L’inconscient est une mémoire colossale : il enregistre tout, même ce que la conscience n’a jamais remarqué.

9La voix sans mémoire (Françoise Dolto, années 1970)

Dans les années 1970, à Paris, une jeune femme accusée d’un infanticide ne se souvient de rien. La psychanalyste Françoise Dolto la reçoit ; en entretien, la jeune femme parle de son enfance. Puis un jour, sa voix change et elle dit : « Je l’ai tué. » Aussitôt elle reprend sa voix normale — et ne se souvient de rien de ce qu’elle vient de dire. Une autre voix avait parlé à sa place.

Auteurs associés : Freud, Dolto

Dans les états de dissociation, l’inconscient peut parler à la place du sujet : une autre « personnalité » émerge, dont le sujet n’a pas conscience.

10Les leçons du mardi à la Salpêtrière (Charcot, années 1880)

Chaque mardi, à l’hôpital de la Salpêtrière, le neurologue Jean-Martin Charcot met en scène, devant médecins et curieux, des patientes dites « hystériques » plongées sous hypnose : d’un mot, il déclenche paralysies et crises, puis les fait disparaître. Le jeune Freud assiste à ces séances en 1885 et en repart convaincu qu’une part du psychisme échappe à la volonté.

Auteurs associés : Freud, Pierre Janet

Sous hypnose, le corps obéit à des ordres que la conscience ignore. Charcot rend visible l’idée d’une vie psychique souterraine, avant même le mot « inconscient ».

11La commission qui enterra le magnétisme (Franklin, Lavoisier, 1784)

En 1784, Louis XVI charge une commission de savants — l’astronome Bailly, Benjamin Franklin, le chimiste Lavoisier — d’examiner le « magnétisme animal » du docteur Mesmer, qui prétend guérir par un fluide invisible. Verdict : aucun fluide n’existe ; les crises et guérisons viennent de l’imagination et de la suggestion des malades.

Auteurs associés : Freud, Bernheim

En niant le fluide, la commission découvre autre chose : le pouvoir de la suggestion. Ce qu’on croyait venir du dehors venait d’une force intérieure inaperçue.

12Le patient qui agissait sans le savoir (Pierre Janet, 1889)

À la fin du XIXe siècle, le psychologue Pierre Janet observe des patientes qui écrivent des phrases entières ou exécutent des gestes complexes tout en parlant d’autre chose, sans en garder aucun souvenir : des actes accomplis « à côté » de la conscience. Il forge pour cela le terme de « subconscient » et parle d’automatisme psychologique.

Auteurs associés : Freud, Charcot

Une partie de nous agit pendant que « je » regarde ailleurs. La conscience n’est pas maîtresse dans sa maison : d’autres foyers d’action coexistent en elle.

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1. Le refoulement consiste à :

Le refoulement n’est pas un simple oubli. Oublier, c’est perdre un souvenir ; refouler, c’est repousser hors de la conscience un désir jugé inacceptable. Mais ce désir n’est pas détruit : il continue d’agir en secret et peut ressurgir sous forme de lapsus, de rêve ou de symptôme. C’est pourquoi Freud dit que l’inconscient « travaille » : ce qu’on chasse par la porte revient par la fenêtre.

2. Dans un rêve, le « contenu latent » désigne :

Freud distingue deux niveaux dans le rêve. Le contenu manifeste, c’est le rêve tel qu’on s’en souvient au réveil, souvent absurde. Le contenu latent, c’est le désir inconscient caché derrière ces images, que le rêve déguise pour tromper la censure. Interpréter un rêve, c’est donc remonter du manifeste au latent : le rêve n’est pas un désordre, c’est un message chiffré à déchiffrer.

3. Le « Ça », chez Freud, désigne :

Freud décrit le psychisme en trois instances. Le Ça est le réservoir des pulsions inconscientes : il ne connaît ni le temps ni la morale et réclame satisfaction. Le Moi cherche à composer avec la réalité ; le Surmoi impose les interdits. Le Ça n’est donc ni la conscience ni la morale : c’est la part la plus profonde et la plus « sauvage » de nous, celle qui nous pousse sans que nous le sachions.

4. Le « Surmoi » représente :

Dans le modèle freudien, le Surmoi est la voix des interdits et des valeurs que nous avons intériorisés, souvent depuis l’enfance et l’autorité des parents. Il juge, il interdit, il fait culpabiliser. Il s’oppose au Ça (les pulsions) et pèse sur le Moi, pris entre les deux. Ce n’est donc ni la conscience claire ni une simple perception : c’est notre conscience morale intériorisée, en partie inconsciente.

5. Les « petites perceptions » (Leibniz) sont :

Bien avant Freud, Leibniz remarque que nous percevons une foule de choses sans nous en rendre compte : dans le grondement de la mer, chaque petite vague fait un bruit que nous n’entendons pas isolément, mais dont l’ensemble nous parvient. Ce sont les « petites perceptions » : trop faibles pour devenir conscientes, elles agissent pourtant sur nos humeurs et nos actes. La conscience n’est donc pas transparente.

6. Quand Spinoza écrit « on ne sait pas ce que peut le corps », il veut dire que :

Quand Spinoza écrit « on ne sait pas ce que peut le corps », il veut dire que nous ignorons la plupart des causes qui nous font agir : notre corps et notre esprit obéissent à des mécanismes qui nous échappent. Se croire libre, c’est souvent ignorer ce qui nous détermine. La vraie liberté, pour lui, commence par la connaissance de ces causes cachées, non par l’illusion d’un pur libre arbitre.

7. Selon Schopenhauer, « on peut faire ce qu’on veut mais non vouloir ce qu’on veut » : nos actes sont :

Schopenhauer distingue faire et vouloir. Je peux faire ce que je veux (agir selon mon désir), mais je ne choisis pas mes désirs eux-mêmes : ils montent en moi d’une « volonté » profonde et inconsciente. Mes actes sont donc déterminés par une force qui me dépasse et que ma conscience ne fait que constater. Ce n’est ni le hasard ni la société qui décident, mais une volonté intérieure, aveugle, qui limite ma liberté.

8. Contre Freud, Sartre soutient surtout que :

Sartre se méfie de l’inconscient freudien. Selon lui, dire « c’est mon inconscient, je n’y peux rien » peut devenir une mauvaise foi : une façon de se mentir à soi-même pour ne pas assumer sa liberté et sa responsabilité. Il ne nie pas que nous nous cachions des choses, mais refuse d’en faire une excuse qui effacerait le choix. Pour lui, même se fuir reste, au fond, une manière de choisir.

9. Pour Ricœur, « le sujet n’est jamais donné d’abord à lui-même » signifie que :

Pour Ricœur, « le sujet n’est jamais donné d’abord à lui-même » : je ne me connais pas immédiatement, comme par un simple regard intérieur. Entre moi et moi, il y a mes rêves, mes symptômes, mes actes manqués — des signes à déchiffrer. Se connaître demande donc un travail d’interprétation, souvent avec l’aide d’un autre. La conscience de soi n’est pas un point de départ, mais une conquête.

10. « L’inconscient est structuré comme un langage » est la thèse de :

La formule « l’inconscient est structuré comme un langage » est de Lacan. Elle signifie que l’inconscient n’est pas un simple magma de pulsions : il fonctionne selon des règles proches de celles du langage, avec des déplacements et des substitutions (une image, un mot en remplace un autre). Rêves et lapsus se lisent alors comme des messages. Ce n’est ni Freud, ni Bergson, ni Janet qui l’affirme ainsi, mais Lacan.

11. Si l’inconscient nous détermine à notre insu, la principale menace pèse sur :

Si une part de moi agit à mon insu, alors je ne suis peut-être pas le maître de mes actes que je crois être. C’est cela que l’inconscient menace en premier : l’idée d’un sujet libre, transparent, qui déciderait de tout en pleine lumière. Il ne remet en cause ni l’existence du corps, ni la mémoire, ni la perception : il vise ma prétention à me posséder entièrement moi-même.

12. Pour Freud, un lapsus doit être compris comme :

Pour Freud, un lapsus n’est ni une simple erreur de langue ni un manque de mots : c’est une formation de l’inconscient. En croyant nous tromper, nous laissons échapper un désir que nous refoulions. L’exemple typique : donner le nom d’une personne qu’on voudrait garder près de soi à la place d’une autre. Le lapsus trahit ce que la conscience voulait cacher : il a un sens, il n’est pas un hasard.

13. Dire que « le Moi n’est pas maître dans sa propre maison », c’est refuser l’idée :

« Le Moi n’est pas maître dans sa propre maison » : par cette formule, Freud refuse l’idée, héritée de Descartes, selon laquelle le sujet se connaîtrait entièrement lui-même. Une grande partie de ce qui nous fait agir nous échappe. La phrase ne nie ni la morale, ni la liberté d’agir, ni la mémoire : elle vise précisément la transparence à soi, l’illusion que rien, en nous, ne se cacherait à nous-mêmes.

14. Pour Bergson, beaucoup de souvenirs restent inconscients parce que :

Pour Bergson, si tant de souvenirs restent inconscients, ce n’est pas parce qu’ils seraient refoulés par la morale, mais parce que la conscience est tournée vers l’action : elle ne garde à sa surface que ce qui sert le présent et laisse le reste dans l’ombre. La mémoire complète est là, mais « en réserve ». Cet inconscient est donc surtout une immense mémoire, différente de l’inconscient pulsionnel de Freud.

15. La cure, selon Freud (« Là où était le Ça, le Je doit advenir »), vise à :

La formule « Là où était le Ça, le Je doit advenir » résume le but de la cure psychanalytique. Il ne s’agit pas de supprimer la conscience ni de refouler davantage, mais d’étendre le domaine du Moi conscient sur des forces inconscientes qui, jusque-là, agissaient seules. En prenant conscience de ce qui le déterminait, le sujet gagne une part de maîtrise. La psychanalyse vise donc plus de liberté, pas moins.

16. Le cas d’Anna O. (symptômes qui disparaissent quand elle parle sous hypnose) montre que :

Anna O. souffre de paralysies et de troubles sans cause physique visible ; or, lorsqu’elle parvient à raconter sous hypnose les souvenirs liés à chaque symptôme, celui-ci disparaît. Cela montre que des souvenirs inconscients, refoulés, peuvent se traduire dans le corps par de vrais symptômes. Les ramener à la conscience et les mettre en mots (la « cure par la parole ») suffit à les dissoudre : le corps disait ce que l’esprit taisait.

17. Le petit Hans, qui déplace sur le cheval la peur de son père, illustre :

Le petit Hans a peur des chevaux, mais Freud interprète cette peur comme le déguisement d’un conflit inconscient : Hans redoute en réalité son père, sans pouvoir se l’avouer, et déplace cette peur sur un animal proche. La phobie n’est donc pas absurde : c’est un symptôme qui a un sens, et qui protège l’enfant d’une vérité trop difficile à regarder en face. Le symptôme cache et révèle à la fois.

18. Clive Wearing, sans mémoire nouvelle mais capable de jouer du piano, montre que l’inconscient est aussi :

Clive Wearing a perdu la mémoire des faits : il ne retient plus rien au-delà de quelques secondes. Pourtant, il joue encore parfaitement du piano, sans se souvenir d’avoir appris. C’est la preuve qu’il existe une mémoire du corps, faite de gestes et d’automatismes, distincte de la mémoire consciente. L’inconscient n’est donc pas seulement psychique et refoulé : il est aussi corporel, inscrit dans nos savoir-faire.

19. L’oubli du nom « Signorelli » par Freud illustre que :

Freud n’arrive plus à retrouver le nom du peintre Signorelli. En analysant cet oubli, il met au jour une chaîne d’associations qui mène à la mort d’un patient, sujet qu’il voulait éviter. L’oubli n’était donc pas un simple trou de mémoire : l’inconscient avait écarté le nom parce qu’il conduisait à une pensée pénible. Oublier obéit souvent à une logique cachée, et ce qu’on oublie est fréquemment ce qui déplaît.

20. Le rêve d’Irma (Freud se disculpe en rêve) est interprété comme :

Dans son propre rêve, Freud se voit innocenté : c’est un autre médecin qui aurait mal soigné sa patiente Irma. Or, dans la réalité, Freud se sentait coupable de cet échec. Le rêve a donc déplacé la faute et réalisé un désir : celui d’être hors de cause. C’est l’exemple qui fonde sa thèse : le rêve est l’accomplissement déguisé d’un désir, et son sens véritable (latent) se cache sous les images (manifeste).

21. Pour Aristote, invoquer son ignorance pour s’excuser :

Pour Aristote, l’ignorance peut atténuer la responsabilité : celui qui agit sans savoir n’est pas coupable comme celui qui agit exprès. Mais l’excuse a une limite : si je suis moi-même la cause de mon ignorance — parce que je me suis mis en état de ne plus savoir —, je reste responsable. L’ignorance n’efface donc pas toujours la faute. C’est une position nuancée, entre l’excuse totale et la condamnation.

22. Le somnambule qui agit sans conscience pose surtout la question :

Le somnambule marche, parfois agit, sans en avoir conscience et sans s’en souvenir. Son cas pose une question morale et juridique : peut-on être tenu responsable d’un acte accompli sans conscience ? Il ne s’agit pas ici de l’existence de l’âme, ni de la vérité des rêves, mais du lien entre conscience et responsabilité. Si agir suppose de savoir ce qu’on fait, l’absence de conscience semble diminuer la faute.

23. « La connaissance de soi rend plus libre » (Spinoza, Freud, Ricœur) parce que :

Spinoza, Freud et Ricœur se rejoignent sur un point : mieux se connaître peut rendre plus libre. Non pas en supprimant l’inconscient d’un coup, mais en comprenant les causes cachées qui nous font agir. Celui qui repère ses mécanismes — ses peurs, ses habitudes, ses désirs refoulés — cesse d’en être le jouet aveugle et gagne une part de maîtrise. La liberté n’est donc pas ignorance des causes, mais connaissance de celles-ci.

24. Le principal danger de l’idée d’inconscient, selon Sartre, est :

Sartre voit un danger dans l’idée d’inconscient : elle peut servir d’alibi. Dire « je n’ai pas pu m’en empêcher, c’est plus fort que moi » revient à se déclarer non responsable, à fuir sa liberté. C’est ce qu’il appelle la mauvaise foi. Le risque n’est pas que l’inconscient rende trop libre, ni qu’il nie le corps : c’est qu’il devienne une excuse commode pour ne pas assumer ses choix.

25. Reconnaître un inconscient qui nous détermine tout en voulant rester responsables, c’est tenir ensemble :

La difficulté propre à la notion, c’est de tenir deux idées à la fois : d’un côté, une part de nous nous détermine à notre insu (déterminisme psychique) ; de l’autre, on veut continuer à répondre de nos actes (exigence de liberté et de responsabilité). Tout le débat entre Freud et Sartre est là. Reconnaître l’inconscient sans en faire une excuse : voilà l’équilibre difficile que la dissertation doit chercher.

26. La commission de 1784 (Franklin, Lavoisier) sur Mesmer découvre surtout :

Chargée d’examiner le « fluide magnétique » de Mesmer, la commission de 1784 conclut qu’aucun fluide n’existe. Mais elle découvre autre chose de décisif : les guérisons et les crises viennent de l’imagination et de la suggestion des malades. Autrement dit, une force intérieure, inaperçue, agit sur le corps. Ce qu’on croyait venir du dehors venait de l’esprit lui-même : une première reconnaissance du pouvoir de l’inconscient.

27. Charcot, à la Salpêtrière, rend visible avant Freud :

À la Salpêtrière, Charcot montre que, sous hypnose, on peut déclencher puis faire disparaître d’un mot des paralysies chez des patientes. Le corps obéit donc à des ordres que la conscience ignore. Sans employer encore le mot « inconscient », Charcot rend visible l’idée d’une vie psychique souterraine — et c’est en assistant à ses leçons que le jeune Freud se convainc qu’une part du psychisme échappe à la volonté.

28. Janet forge le mot « subconscient » pour désigner :

Janet observe des patientes qui écrivent des phrases ou font des gestes complexes tout en parlant d’autre chose, sans en garder le moindre souvenir. Pour désigner ces actes accomplis « à côté » de la conscience, il forge le mot « subconscient » et parle d’automatisme psychologique. Il ne s’agit ni de morale intériorisée, ni de pulsions sexuelles : simplement d’une part de nous qui agit pendant que « je » regarde ailleurs.

29. Les algorithmes qui « devinent » nos envies (réseaux sociaux) peuvent illustrer :

Les applications qui « devinent » nos envies s’appuient sur des comportements que nous répétons souvent sans y penser : clics, temps passé, réactions automatiques. Elles révèlent ainsi des désirs et des automatismes qui échappent en partie à notre conscience. Loin de prouver que l’inconscient a disparu ou que notre volonté serait toute-puissante, cet exemple actuel montre au contraire combien une part de nous agit à notre insu.

30. Opposer « psychanalyse » et « existentialisme » sur l’inconscient, c’est opposer :

Sur l’inconscient, deux camps s’opposent. La psychanalyse (Freud) insiste sur un psychisme qui nous détermine en profondeur, souvent malgré nous. L’existentialisme (Sartre) répond que l’homme reste libre et responsable, et que l’inconscient ne doit pas servir d’excuse. Les opposer, ce n’est pas opposer le corps et l’esprit, ni Dieu et la nature : c’est opposer le déterminisme du psychisme et l’affirmation de la liberté.