Philosophie — Terminale · une des notions
La science
La science — connaissances rationnelles obtenues par observation, démonstration et expérimentation — cherche l’objectivité, la cohérence et la vérification. Mais découvre-t-elle le réel ou le construit-elle ? Ses vérités, de Newton à Einstein, restent provisoires ; ses faits, dit Bachelard, sont construits ; et Rabelais avertit déjà que « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».
Problématique générale
- La science permet-elle d’atteindre la vérité ?
- Les vérités scientifiques sont-elles définitives ?
- La science découvre-t-elle le réel ou le construit-elle ?
- Les sciences humaines sont-elles vraiment des sciences ?
Définitions à connaître
Les grandes positions
| Position | Auteur principal |
|---|---|
| La science permet d’atteindre la vérité | Descartes ; Platon |
| Les vérités scientifiques restent provisoires | Hume ; Popper ; Kuhn |
| Les faits scientifiques sont construits | Bachelard |
| La science progresse historiquement | Duhem ; Kuhn |
| La raison possède des limites | Kant ; Pascal |
| Les sciences humaines peuvent être scientifiques | Durkheim |
Les auteurs essentiels
PlatonLa raison permet d’accéder à la vérité intelligible.
- Les sens trompent.
- La raison accède à l’essence des choses.
- La science véritable dépasse les apparences sensibles.
L’âme raisonne le plus parfaitement quand ne viennent la perturber ni audition, ni vision, ni douleur, ni plaisir aucun.Phédon, 65c.
Limite. Vision éloignée de l’expérience concrète.
René DescartesLa science doit suivre une méthode rationnelle.
- La raison permet des vérités certaines.
- Les mathématiques servent de modèle scientifique.
- La méthode critique les préjugés.
Je pense, donc je suis.Discours de la méthode (1637), IV.
Limite. Difficulté à appliquer cette certitude à tous les domaines.
Albert EinsteinLes théories scientifiques sont des constructions de l’esprit.
- La science produit des modèles explicatifs.
- Les concepts scientifiques sont créés par l’esprit.
- La connaissance du réel reste indirecte.
Les concepts physiques sont des créations libres de l’esprit humain.Einstein et Infeld, L’Évolution des idées en physique (1938).
Limite. Risque de relativiser excessivement les vérités scientifiques.
Claude BernardLa méthode expérimentale fonde la science moderne.
- L’expérience vérifie les hypothèses.
- Le scientifique doit interroger la nature.
- La science repose sur des procédures rigoureuses.
L’observateur écoute la nature ; l’expérimentateur l’interroge et la force à se dévoiler.Cuvier, cité dans l’Introduction à l’étude de la médecine expérimentale (1865).
Limite. Toutes les sciences ne fonctionnent pas exactement sur ce modèle.
David HumeAucune certitude absolue n’est possible à partir de l’expérience.
- Toute connaissance vient de l’expérience.
- Le futur n’est jamais garanti.
- La causalité repose sur une habitude mentale.
« Le soleil ne se lèvera pas demain » n’est pas une proposition moins intelligible.Enquête sur l’entendement humain (1748), IV, 1.
Limite. Difficulté à expliquer les lois scientifiques universelles.
Gaston BachelardLa science progresse contre les évidences immédiates.
- L’opinion constitue un obstacle.
- Le savoir scientifique est construit.
- La science progresse historiquement.
L’opinion pense mal ; elle ne pense pas.La Formation de l’esprit scientifique (1938).
Limite. Vision exigeante et abstraite de la science.
Karl PopperUne théorie scientifique doit être réfutable.
- Une théorie n’est jamais définitivement vraie.
- La science progresse par élimination des erreurs.
- La critique est essentielle à la science.
Une théorie qui n’est réfutable par aucun événement qui se puisse concevoir est dépourvue de caractère scientifique.Conjectures et réfutations (1963).
Limite. Certaines sciences ne sont pas facilement falsifiables.
Thomas KuhnLa science progresse par révolutions.
- Chaque époque possède son paradigme.
- Les crises scientifiques provoquent des ruptures.
- Les théories changent historiquement.
Les révolutions scientifiques sont les compléments destructeurs de la tradition scientifique.La Structure des révolutions scientifiques (1962).
Limite. Risque de relativisme scientifique.
Pierre DuhemLes théories scientifiques représentent le réel sans l’expliquer totalement.
- Une théorie physique organise les phénomènes.
- Les mathématiques jouent un rôle central.
- La science vise la cohérence plus que l’explication ultime.
Une théorie physique n’est pas une explication ; c’est un système de propositions mathématiques.La Théorie physique (1906).
Limite. Séparation parfois trop forte entre science et réalité.
Émile DurkheimLes faits sociaux peuvent être étudiés scientifiquement.
- Les comportements collectifs obéissent à des régularités.
- Les faits sociaux doivent être étudiés objectivement.
- La sociologie peut devenir une science.
Il faut considérer les faits sociaux comme des choses.Les Règles de la méthode sociologique (1895).
Limite. Difficulté à objectiver totalement l’être humain.
Karl JaspersL’existence humaine échappe partiellement à l’objectivation scientifique.
- L’homme possède une conscience libre.
- L’existence humaine ne peut devenir un simple objet.
- Les sciences humaines rencontrent des limites.
La philosophie de l’existence est la pensée qui utilise tout savoir objectif mais le dépasse, par laquelle l’homme veut devenir lui-même.Introduction à la philosophie (1950).
Limite. Difficulté à définir précisément ces limites.
Emmanuel KantLa connaissance dépend des structures de l’esprit humain.
- Nous connaissons les phénomènes et non les choses en soi.
- L’esprit structure l’expérience.
- La raison possède des limites.
Nous ne connaissons des choses a priori que ce que nous y mettons nous-mêmes.Critique de la raison pure (1787), préface de la seconde édition.
Limite. Distinction complexe entre phénomène et noumène.
Blaise PascalCertaines vérités échappent à la raison scientifique.
- La raison possède des limites.
- Certaines vérités sont intuitives.
- La science ne répond pas à toutes les questions humaines.
Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point.Pensées, L. 423 / Br. 277.
Limite. Perspective fortement religieuse.
Henri BergsonLa science saisit difficilement le mouvement vivant.
- L’intelligence découpe le réel.
- Le vivant est un mouvement continu.
- L’intuition saisit mieux la durée.
L’intelligence est caractérisée par une incompréhension naturelle de la vie.L’Évolution créatrice (1907), ch. II.
Limite. Difficulté à définir précisément l’intuition.
François RabelaisLe savoir doit rester lié à la sagesse.
- La connaissance sans discernement est dangereuse.
- La science doit rester humaine.
- Le savoir ne suffit pas sans jugement moral.
Science sans conscience n’est que ruine de l’âme.Pantagruel (1532), VIII.
Limite. Réflexion davantage humaniste que scientifique au sens moderne.
Tableau des citations essentielles
| Auteur | Citation | Source | Explication |
|---|---|---|---|
| Galilée | « La philosophie est écrite dans cet immense livre — l’univers — écrit en langue mathématique, dont les caractères sont triangles, cercles et autres figures »Italien — La filosofia è scritta in questo grandissimo libro… in lingua matematica | Il Saggiatore (1623). | La nature n’est intelligible que mathématisée : acte de naissance de la science moderne. |
| Newton | « Je ne feins pas d’hypothèses »Latin — Hypotheses non fingo | Principia (1687), Scholie général. | La science s’en tient aux phénomènes et aux lois, sans spéculations métaphysiques. |
| Descartes | « Je pense, donc je suis »Latin — Cogito, ergo sum | Discours de la méthode (1637), IV. | La méthode rationnelle conduit à des vérités certaines, modèle de la rigueur scientifique. |
| Cuvier (cité par Claude Bernard) | « L’observateur écoute la nature ; l’expérimentateur l’interroge et la force à se dévoiler » | Introduction à l’étude de la médecine expérimentale (1865). | La méthode expérimentale exige hypothèses, vérification et confrontation au réel. |
| Hume | « « Le soleil ne se lèvera pas demain » n’est pas une proposition moins intelligible »Anglais — That the sun will not rise tomorrow is no less intelligible a proposition | Enquête sur l’entendement humain (1748), IV, 1. | L’induction ne permet jamais une certitude absolue : les vérités scientifiques restent probables. |
| Kant | « Nous ne connaissons des choses a priori que ce que nous y mettons nous-mêmes »Allemand — von den Dingen nur das a priori erkennen, was wir selbst in sie legen | Critique de la raison pure (1787), préface, B XVIII. | La connaissance dépend des structures de l’esprit humain : nous connaissons les phénomènes, non les choses en soi. |
| Bachelard | « L’opinion pense mal ; elle ne pense pas » | La Formation de l’esprit scientifique (1938). | La science doit rompre avec les préjugés et les évidences immédiates pour construire un savoir rigoureux. |
| Popper | « Une théorie qui n’est réfutable par aucun événement qui se puisse concevoir est dépourvue de caractère scientifique »Anglais — A theory which is not refutable by any conceivable event is non-scientific | Conjectures et réfutations (1963). | Une théorie scientifique doit pouvoir être mise à l’épreuve et éventuellement réfutée. |
| Kuhn | « Les révolutions scientifiques sont les compléments destructeurs de la tradition scientifique »Anglais — tradition-shattering complements to the tradition-bound activity of normal science | La Structure des révolutions scientifiques (1962). | La science progresse par changements de paradigmes qui bouleversent les anciennes théories. |
| Duhem | « Une théorie physique n’est pas une explication ; c’est un système de propositions mathématiques » | La Théorie physique (1906). | Une théorie scientifique vise surtout à représenter mathématiquement les phénomènes. |
| Poincaré | « On fait la science avec des faits comme une maison avec des pierres ; mais une accumulation de faits n’est pas plus une science qu’un tas de pierres n’est une maison » | La Science et l’Hypothèse (1902). | La science n’est pas collection de faits mais construction théorique qui les organise. |
| Einstein | « Les concepts physiques sont des créations libres de l’esprit humain »Anglais — Physical concepts are free creations of the human mind | Einstein et Infeld, L’Évolution des idées en physique (1938). | Les théories scientifiques sont des constructions destinées à expliquer le réel, non des copies parfaites du monde. |
| Durkheim | « Il faut considérer les faits sociaux comme des choses » | Les Règles de la méthode sociologique (1895). | Les phénomènes humains et sociaux peuvent être étudiés scientifiquement de manière objective. |
| Jaspers | « La philosophie de l’existence est la pensée qui utilise tout savoir objectif mais le dépasse, par laquelle l’homme veut devenir lui-même »Allemand — Existenzphilosophie ist das alle Sachkunde nutzende, aber überschreitende Denken | Introduction à la philosophie (1950). | L’être humain possède une liberté et une subjectivité qui résistent à une objectivation totale. |
| Pascal | « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point » | Pensées, L. 423 / Br. 277. | La science ne répond pas à toutes les questions humaines : certaines vérités sont intuitives. |
| Rabelais | « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » | Pantagruel (1532), VIII. | Le savoir doit rester lié à une formation humaine et morale. |
Exemples « hors champ »
Des récits — histoire, sciences, art, vie — pour l’accroche et l’argumentation.
1Le médecin qui s’est inoculé le choléra (Max von Pettenkofer, 1892)
Le 7 octobre 1892, à Munich, le médecin allemand Max von Pettenkofer, 73 ans, avale devant ses collègues horrifiés une culture de bacilles du choléra. Il ne croit pas à la théorie microbienne de Pasteur : pour lui, le choléra naît du sol, des égouts, de la saleté. Il veut prouver que le bacille seul ne suffit pas à tuer. Il tombe malade — diarrhées, vomissements, fièvre — mais survit, et publie un article triomphant : « Le bacille ne tue pas. J’en suis la preuve. » Il avait raison sur un détail : le bacille seul ne suffit pas toujours. Il avait tort sur l’essentiel : le bacille tue quand même.
Auteurs associés : Popper
La science progresse par la mort des théories. Von Pettenkofer a risqué sa vie pour défendre la sienne — mais une théorie ne se prouve pas par un sacrifice de soi : elle se prouve, ou se réfute, par des expériences testables.
2L’astronome qui a vu des canaux sur Mars (Giovanni Schiaparelli, 1877)
En 1877, à Milan, l’astronome Giovanni Schiaparelli observe Mars et y voit des lignes fines, droites : des « canali » (chenaux). Les journaux traduisent « canaux » — le public comprend : artificiels, donc des Martiens. Pendant trente ans, les astronomes cherchent, voient et dessinent des canaux. En 1907, Edward Maunder fait dessiner Mars de mémoire à des enfants ayant vu un disque parsemé de taches : ils tracent des lignes. Les « canaux » n’existent pas — ce sont des illusions d’optique. Schiaparelli a vu ce qu’il voulait voir.
Auteurs associés : Bachelard
Il n’y a pas de faits bruts, mais des faits construits. Schiaparelli a « construit » des canaux : il les a vus parce qu’il croyait qu’ils devaient être là. Bachelard le dit : la science doit se méfier de ses propres désirs.
3La physicienne oubliée de la fission (Lise Meitner, 1938)
Le 17 décembre 1938, la physicienne autrichienne Lise Meitner reçoit une lettre de son collègue Otto Hahn : en bombardant de l’uranium avec des neutrons, il a obtenu du baryum — plus léger que l’uranium. Impossible, selon la physique de l’époque : un atome ne peut se casser. Meitner sort marcher dans la neige, réfléchit — et comprend : l’uranium s’est divisé. La fission nucléaire est née. Hahn seul recevra le Nobel ; Meitner, juive et exilée, sera oubliée. « N’êtes-vous pas amère ? » — « La vérité est sa propre récompense. »
Auteurs associés : Bachelard
La science ne regarde pas l’origine des savants, elle regarde les résultats. Meitner a fait une découverte majeure ; son nom manque aux manuels. La science est injuste — mais la vérité reste.
4Le bouledogue de Darwin (Thomas Huxley, 1860)
Le 30 juin 1860, à Oxford, le biologiste Thomas Henry Huxley, « le bouledogue de Darwin », affronte l’évêque Wilberforce. L’évêque raille : « Est-ce par votre grand-père ou votre grand-mère que vous descendez du singe ? » Huxley se lève : « Je préfère être le petit-fils d’un singe que l’héritier d’un homme qui use de son talent pour ridiculiser la science. » La salle explose, les étudiants applaudissent. Désormais, la science peut parler de l’origine de l’homme sans se référer à la Bible.
Auteurs associés : Weber
La science a « désenchanté le monde ». Huxley a brisé le monopole religieux sur la vérité : l’origine de l’homme n’est plus un mystère sacré, c’est un problème scientifique.
5La découverte par hasard — mais par un regard (Alexander Fleming, 1928)
Le 3 septembre 1928, à Londres, le bactériologiste Alexander Fleming rentre de vacances et retrouve une boîte de Petri oubliée : une moisissure s’y est développée, et autour d’elle les bactéries ont disparu. Il comprend : la moisissure produit une substance qui tue les bactéries. Il la nomme « pénicilline ». La découverte est accidentelle — mais elle sauvera des millions de vies. « Quel est votre secret ? » — « Je n’ai pas de secret. Je regarde. »
Auteurs associés : Bachelard
La science n’est pas seulement une méthode : c’est aussi une attention. Fleming a vu ce que d’autres avaient vu sans rien remarquer. La science est une question de regard.
6Le médecin qui a tué au nom de la « science » (Josef Mengele, 1943)
En 1943, à Auschwitz, le médecin nazi Josef Mengele sélectionne des jumeaux, leur injecte le typhus, prélève des organes sans anesthésie, dissèque des vivants — pour « prouver » la supériorité de la race aryenne. Ses atrocités se donnent des airs de science : il mesure, note, photographie, publie dans des revues. La science, comme instrument, n’a pas de conscience : ce sont les scientifiques qui en ont une. Mengele n’en avait pas. Après la guerre, il fuit en Amérique du Sud et meurt noyé en 1979. La science ne l’a pas jugé ; l’histoire, si.
Auteurs associés : Weber, Arendt
La science peut être mise au service de la barbarie. Mengele était un savant : il publiait, il mesurait, il « appliquait la méthode ». Mais il n’avait pas de conscience — Arendt dirait : la banalité du mal.
7Le prêtre qui a inventé le Big Bang (Georges Lemaître, 1931)
En 1931, à Bruxelles, un prêtre belge de 37 ans, Georges Lemaître, propose une idée scandaleuse : l’univers a commencé par un « atome primitif » — ce qu’on appellera le Big Bang. Einstein, consulté, lâche : « Vos calculs sont justes, mais votre physique est abominable. » Lemaître répond : « Je suis physicien, pas théologien. Peu m’importe que mon univers ressemble à la Genèse. Ce qui m’importe, c’est qu’il soit vrai. » Plus tard, Einstein reconnaîtra son erreur.
Auteurs associés : Koyré
La science n’est pas une religion, mais elle peut entrer en résonance avec elle. Lemaître croyait en Dieu et en la physique. La science ne tue pas la métaphysique : elle la déplace.
8La photo 51 et le prix manqué (Rosalind Franklin, 1953)
Le 6 mai 1952, à Londres, la chimiste Rosalind Franklin prend la « photo 51 », une image par diffraction des rayons X de l’ADN où se lit une double hélice. Prudente, exigeante, elle veut d’autres preuves. En janvier 1953, son collègue Wilkins montre la photo à Watson et Crick, sans son autorisation ; ceux-ci publient la structure de l’ADN en avril et reçoivent le Nobel en 1962. Franklin, morte en 1958, ne l’aura jamais. « Et si elle avait publié la première ? » — « Elle était trop rigoureuse. Elle voulait des preuves. Nous, on voulait le prix. »
Auteurs associés : Bachelard
La science est aussi une course. Franklin a été doublée parce qu’elle était trop exigeante : la rigueur se fait parfois devancer par l’ambition. La vérité n’a pas toujours le dernier mot.
9La femme qui a dit non à la thalidomide (Frances Oldham Kelsey, 1960)
En 1960, à la FDA, la pharmacologue Frances Oldham Kelsey examine une demande d’autorisation pour un nouveau médicament : la thalidomide. Quelque chose cloche — les données montrent que le produit traverse le placenta. Elle exige des tests supplémentaires ; le laboratoire s’impatiente, fait pression ; elle refuse. En 1961, on découvre que la thalidomide provoque de terribles malformations : en Europe, 10 000 enfants naissent sans bras ni jambes. Aux États-Unis, aucun — parce qu’une femme a dit non.
Auteurs associés : Jonas
La science a besoin d’une éthique de la responsabilité. Kelsey n’a pas fait avancer la science : elle a protégé la vie. Jonas dirait qu’il faut penser aux générations futures avant d’agir — elle y a pensé.
10Le chimiste guillotiné (Antoine Lavoisier, 1794)
Lavoisier fonde la chimie moderne : il montre que « rien ne se perd, rien ne se crée », pèse la matière, nomme l’oxygène. Fermier général sous l’Ancien Régime, il est guillotiné le 8 mai 1794. « La République n’a pas besoin de savants », aurait lancé le juge. Lagrange dira : « Il a suffi d’un instant pour faire tomber cette tête, et cent années peut-être ne suffiront pas pour en reproduire une semblable. »
Auteurs associés : Bachelard, Kuhn
La science mesure, pèse et refuse les qualités floues. Mais Lavoisier rappelle aussi que le savant reste un homme, exposé aux fureurs de son temps.
11Le berger sauvé de la rage (Louis Pasteur, 1885)
Le 6 juillet 1885, Louis Pasteur — qui n’est pas médecin — inocule pour la première fois à un enfant mordu par un chien enragé, Joseph Meister, un vaccin encore expérimental. L’enfant survit. Auparavant, Pasteur avait ruiné la croyance en la « génération spontanée » par une expérience décisive.
Auteurs associés : Claude Bernard, Popper
La science ne se contente pas d’observer : elle expérimente, prévoit, agit. Mais oser inoculer un vaccin non éprouvé pose aussi la question de ses limites morales.
12Deux fois Nobel, et la mort au bout (Marie Curie, 1903-1911)
Marie Curie découvre, avec Pierre, la radioactivité et de nouveaux éléments, le polonium et le radium. Elle reçoit deux prix Nobel — physique en 1903, chimie en 1911 —, cas unique. Elle manipule pendant des années des substances dont elle ignore le danger : la radioactivité qui l’a rendue célèbre finira par la tuer.
Auteurs associés : Bachelard, Kuhn
La science ouvre des pouvoirs qu’elle ne maîtrise pas d’emblée. Curie incarne à la fois la grandeur de la découverte et le prix parfois payé pour l’arracher au réel.
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1. La science se définit comme un ensemble de connaissances rationnelles obtenues par :
Le mémo définit la science par sa méthode : des connaissances rationnelles établies par observation (recueillir les faits), démonstration (les enchaîner rigoureusement) et expérimentation (les mettre à l’épreuve). Elle cherche l’objectivité, la cohérence et la vérification. Ce qui la distingue de la révélation, de la tradition ou de l’autorité — qui ne se vérifient pas —, de la foi, et du simple consensus d’opinion : une vérité scientifique ne se vote pas, elle se prouve.
2. La « falsifiabilité » (Popper) est le critère selon lequel une théorie est scientifique si :
Popper cherche ce qui sépare la science de la pseudo-science. Sa réponse : une théorie est scientifique non parce qu’elle est prouvée — c’est impossible —, mais parce qu’elle est réfutable : on peut imaginer une observation qui la contredirait, et donc la tester. Une théorie qui explique tout, qu’aucun fait ne pourrait démentir, n’est pas scientifique. Ce n’est ni l’absence de contestation, ni la capacité à tout expliquer, ni l’ancienneté qui font la science : c’est l’exposition au test.
3. Un « paradigme » (Kuhn) désigne :
Kuhn appelle paradigme le cadre partagé par une communauté scientifique à une époque : théories admises, méthodes, problèmes jugés légitimes, exemples de solutions. La « science normale » travaille à l’intérieur de ce cadre ; quand les anomalies s’accumulent, une « révolution scientifique » le remplace par un autre (Ptolémée → Copernic, Newton → Einstein). Le paradigme n’est donc ni une erreur, ni un instrument, ni une loi isolée : c’est tout l’horizon théorique d’une époque.
4. L’« obstacle épistémologique » (Bachelard) désigne :
Pour Bachelard, l’esprit qui aborde une science n’est pas vierge : il est encombré d’évidences premières, d’images familières, d’opinions — autant d’obstacles épistémologiques qui font écran à la connaissance. « L’opinion pense mal ; elle ne pense pas. » La science doit rompre avec ces habitudes pour construire ses objets. L’obstacle n’est donc pas matériel (un appareil, un budget) ni une loi physique : c’est un obstacle intérieur, dans la tête du chercheur, qu’il faut surmonter.
5. L’« induction » (passage du particulier au général) pose problème parce que :
« Tous les cygnes observés sont blancs » — donc tous les cygnes sont blancs ? L’induction généralise à partir de cas observés, mais aucun nombre de cas ne garantit la loi : il suffit d’un cygne noir (il en existe) pour la ruiner. Hume l’a montré : rien ne prouve que le futur ressemblera au passé. L’induction reste indispensable — la science ne peut s’en passer —, mais ses résultats demeurent probables, non certains. Elle n’est ni interdite, ni toujours fausse, ni magique : elle est faillible.
6. Pour Descartes, la science modèle sa rigueur sur :
Descartes fait des mathématiques le modèle de toute science : leur enchaînement de vérités évidentes et démontrées montre ce que la raison bien conduite peut atteindre. Sa méthode — doute, évidence, ordre, dénombrement — vise à étendre cette rigueur à tous les domaines. Les sens trompent, l’opinion et la tradition transmettent des préjugés : c’est justement contre eux que la méthode est dirigée. La certitude scientifique vient donc de la raison méthodique, non de l’expérience sensible seule, ni de l’opinion, ni de la tradition.
7. Pour Bachelard, « les faits scientifiques sont construits » signifie que :
« Rien n’est donné, tout est construit » : Bachelard ne dit pas que les savants trichent, mais que le fait scientifique n’est jamais brut. On n’observe l’électron qu’à travers des appareils ; une théorie décide de ce qui compte comme fait et de la manière de le mesurer. L’observation est orientée par les instruments et les cadres théoriques. Cela ne signifie ni fabrication de faux résultats, ni inexistence des faits, ni relativisme (« tout se vaut ») : la construction est rigoureuse et contrôlée.
8. Pour Popper, « Newton remplacé par Einstein » illustre que :
La physique de Newton régna deux siècles, superbement confirmée — puis la relativité d’Einstein en montra les limites et la dépassa. C’est le cœur de la thèse de Popper : aucune théorie n’est prouvée pour toujours ; la mieux établie reste provisoire, corroborée jusqu’à preuve du contraire. La science progresse en éliminant les erreurs. Cela ne veut pas dire qu’elle stagne (au contraire), ni que Newton « avait tout faux » (sa physique reste valable dans son domaine), ni qu’Einstein serait à son tour indépassable.
9. Pour Kant, « nous ne connaissons des choses que ce que nous y mettons nous-mêmes » : la connaissance :
Kant opère une « révolution » : ce n’est pas l’esprit qui se règle sur les objets, mais les objets qui se règlent sur les structures de notre esprit (espace, temps, catégories). Nous connaissons donc les phénomènes — les choses telles qu’elles nous apparaissent, mises en forme par nous —, jamais les noumènes, les choses en soi. La connaissance n’est ni une copie fidèle du réel indépendant, ni impossible (les phénomènes sont connaissables), ni purement sensible : elle unit sensibilité et entendement.
10. Pour Duhem, une théorie physique est avant tout :
Duhem distingue expliquer et représenter : une théorie physique ne dévoile pas l’essence cachée du réel, elle organise et prévoit les phénomènes au moyen d’un système mathématique cohérent. Elle vise la cohérence et l’économie plus que l’explication ultime. C’est une position instrumentaliste : la théorie est un outil de représentation, non une métaphysique. Ce n’est donc ni l’explication complète du réel, ni une simple opinion, ni une fiction : c’est une construction mathématique rigoureuse et efficace.
11. Pour Durkheim, « il faut considérer les faits sociaux comme des choses » signifie que :
Durkheim fonde la sociologie comme science : les faits sociaux — taux de suicide, croyances, institutions — ne sont pas de simples idées, ils existent hors des individus, s’imposent à eux et obéissent à des régularités observables. Les traiter « comme des choses », c’est les étudier avec la même objectivité que les faits naturels, sans préjugés. Cela ne réduit pas les hommes à des objets sans valeur, ne rend pas la sociologie impossible (au contraire) et n’efface pas la société : cela la rend connaissable scientifiquement.
12. Pour Jaspers, l’existence humaine « échappe partiellement à l’objectivation » parce que :
Jaspers marque la limite des sciences humaines : on peut étudier objectivement bien des aspects de l’homme, mais l’existence — la liberté de devenir soi-même, la subjectivité vécue — ne se laisse jamais entièrement transformer en objet mesurable. « L’homme veut devenir lui-même » : il déborde toute description. Ce n’est pas dire que l’homme est inconnaissable, ni que les sciences humaines sont inutiles ou interdites : c’est reconnaître qu’une part échappe à l’objectivation totale.
13. Pour Rabelais, « science sans conscience n’est que ruine de l’âme » : le savoir :
Cette formule humaniste avertit : la connaissance, coupée de toute conscience morale, se retourne contre l’homme. Le savoir n’est pas mauvais en soi — Rabelais est un homme de la Renaissance, avide de connaître —, mais il doit s’accompagner de discernement et de sagesse, sous peine de « ruiner l’âme ». Les expériences de Mengele en donnent l’illustration extrême. Il ne s’agit donc ni de condamner la science, ni de séparer science et morale, ni de croire que savoir rend automatiquement bon : il faut les unir.
14. Le débat « la science découvre-t-elle ou construit-elle le réel ? » oppose :
Une grande alternative structure la notion. Réalisme : le réel existe indépendamment de nous, et la science le découvre tel qu’il est (Platon, le sens commun). Constructivisme : les faits scientifiques dépendent des cadres théoriques et des instruments — l’esprit met en forme ce qu’il connaît (Kant, Bachelard). Popper et Kuhn portent plutôt sur le caractère provisoire des théories ; Durkheim et Jaspers sur les sciences humaines ; Descartes et Newton ne s’opposent pas sur ce point.
15. Von Pettenkofer buvant le choléra pour réfuter Pasteur montre que :
Persuadé que le microbe seul ne suffit pas, von Pettenkofer avale des bacilles, tombe malade, survit, et crie victoire. Il avait raison sur un détail (le terrain compte) mais tort sur l’essentiel (le bacille tue). Sa démarche illustre Popper a contrario : l’héroïsme ne fait pas la preuve ; seule compte l’expérience reproductible et testable, offerte à la réfutation. Le courage n’établit pas une vérité, Pasteur n’avait pas tort sur le rôle du microbe, et le choléra n’est évidemment pas inoffensif.
16. Les « canaux » de Mars de Schiaparelli, en réalité inexistants, illustrent (Bachelard) :
Pendant trente ans, des astronomes ont vu, dessiné et cartographié des canaux martiens qui n’existaient pas — jusqu’à ce que Maunder montre, avec des enfants, que l’œil transforme des taches en lignes. Schiaparelli « a vu ce qu’il voulait voir » : l’exemple confirme Bachelard, il n’y a pas de faits bruts, l’attente et le désir construisent l’observation. La science doit se méfier de ses propres désirs. Ni Martiens, ni inutilité des instruments, ni disqualification de l’astronomie.
17. Lise Meitner, écartée du Nobel de la fission, illustre l’idée que :
Meitner comprend la fission nucléaire à partir des résultats de Hahn ; c’est lui, seul, qui reçoit le Nobel, tandis qu’elle, juive et exilée, tombe dans l’oubli. « La vérité est sa propre récompense », répond-elle. L’exemple sépare deux choses : la reconnaissance sociale, qui peut être injuste, et la vérité scientifique, qui ne dépend pas de l’origine du savant. La science regarde les résultats, non les personnes. Ni incapacité des femmes (Meitner prouve l’inverse), ni inexistence de la fission, ni justice parfaite du Nobel.
18. La pénicilline découverte par Fleming « par hasard » montre que la science est aussi :
Fleming n’a pas cherché la pénicilline : il a remarqué, sur une boîte oubliée, que les bactéries mouraient autour d’une moisissure. « Je n’ai pas de secret. Je regarde. » Le hasard a offert l’occasion, mais il fallait le regard exercé qui interprète l’anomalie au lieu de la jeter — ce que Pasteur résumait : « le hasard ne favorise que les esprits préparés ». La science n’est donc pas pure chance, ni inutile sans hasard, ni opposée à la méthode : elle joint méthode et attention.
19. Les expériences de Mengele à Auschwitz, « scientifiques » dans la forme, montrent que :
Mengele mesurait, notait, publiait : la forme de la science, sans sa conscience. L’exemple dissocie radicalement la méthode et la morale — la science, comme outil, peut servir la connaissance ou la barbarie ; ce sont les scientifiques qui portent la responsabilité morale. C’est l’avertissement de Rabelais poussé à l’extrême, et la « banalité du mal » d’Arendt. La science n’est donc pas morale en soi, mesurer ne suffit pas à bien agir, et la barbarie n’a rien de scientifique : elle en usurpe les apparences.
20. Lemaître, prêtre et inventeur du Big Bang, illustre que :
Lemaître propose l’« atome primitif » et répond à Einstein : « Je suis physicien, pas théologien. Peu m’importe que mon univers ressemble à la Genèse ; ce qui m’importe, c’est qu’il soit vrai. » Il sépare nettement les plans : sa physique se juge sur ses calculs, non sur sa foi. L’exemple montre que science et religion peuvent cohabiter sans se confondre ni se prouver l’une l’autre. La science ne prouve pas la religion, ni l’inverse, et un croyant peut parfaitement être un grand savant.
21. Rosalind Franklin, doublée pour la structure de l’ADN, illustre que :
Franklin, prudente et exigeante, veut d’autres preuves avant de conclure ; sa « photo 51 » est montrée sans son accord à Watson et Crick, qui publient et obtiennent le Nobel. « Elle voulait des preuves ; nous, on voulait le prix. » L’exemple révèle une tension : la science idéale exige la rigueur, mais la science réelle est aussi une compétition où l’ambition peut doubler la prudence. La vérité n’a pas toujours le dernier mot — ni tout de suite. Ni prudence toujours récompensée, ni inutilité des preuves, ni victoire rapide garantie.
22. Frances Kelsey bloquant la thalidomide à la FDA illustre (Jonas) :
Face aux pressions, Kelsey exige des tests supplémentaires et refuse d’autoriser la thalidomide ; l’Europe comptera 10 000 enfants malformés, les États-Unis aucun. Elle n’a pas « fait avancer la science » : elle a protégé la vie, en pensant aux conséquences futures — ce que Jonas nomme le principe responsabilité, penser aux générations à venir avant d’agir. Le contrôle et le doute ne sont pas des freins mais des garde-fous. Il ne faut donc pas autoriser vite sans preuves ; le doute est ici une vertu, non un défaut.
23. Lavoisier, fondateur de la chimie moderne et guillotiné en 1794, rappelle que :
Lavoisier pèse la matière, énonce la conservation, nomme l’oxygène — une science exacte, qui refuse les qualités floues. Pourtant, fermier général, il est guillotiné : « La République n’a pas besoin de savants », aurait lancé le juge. Lagrange déplore qu’un instant ait suffi à faire tomber une telle tête. L’exemple rappelle que la rigueur scientifique ne met pas le savant à l’abri des fureurs de l’histoire. La science ne protège pas de la politique ; la phrase du juge est citée comme une aberration, non une vérité ; et la chimie n’est pas en cause.
24. Pasteur inoculant à Joseph Meister un vaccin non éprouvé illustre :
Pasteur, qui n’est pas médecin, ose inoculer à un enfant mordu par un chien enragé un vaccin encore expérimental : Meister survit. La science, ici, ne se contente pas d’observer — elle expérimente, prévoit, agit (Claude Bernard, Popper). Mais agir sur un être humain avec un remède non éprouvé soulève une vraie question éthique sur les limites de l’expérimentation. L’exemple ne recommande pas de « tester sur les enfants », rappelle au contraire que Pasteur n’était pas médecin, et montre que l’observation seule ne suffit pas.
25. Marie Curie, deux fois Nobel et tuée par la radioactivité, illustre que :
Curie découvre la radioactivité, le polonium, le radium, et reçoit deux Nobel — cas unique. Mais elle manipule des années durant des substances dont le danger est inconnu, et cette radioactivité finira par la tuer. L’exemple montre l’ambivalence de la découverte : la science arrache au réel des pouvoirs nouveaux avant d’en mesurer les risques — grandeur et prix se paient ensemble. Ni innocuité de la radioactivité, ni incapacité des femmes (Curie prouve l’inverse), ni superstition sur le Nobel.
26. « La table du physicien » (exemple bac) illustre la différence entre :
L’exemple classique (Eddington) : la table paraît, à nos sens, pleine, continue, solide ; la physique la décrit comme un nuage d’atomes essentiellement vides, parcouru de forces. Deux « tables » coexistent — celle du sens commun et celle de la science —, et elles ne coïncident pas. L’exemple illustre que la science construit un réel qui déborde et corrige la perception ordinaire (Bachelard, Kant). Il ne s’agit ni de meubles, ni du jour et de la nuit, ni de bricolage : de deux niveaux de réalité.
27. « Galilée et l’héliocentrisme » (exemple bac) illustre :
En soutenant, preuves à l’appui, que la Terre tourne autour du Soleil, Galilée heurte l’autorité de l’Église, qui le condamne en 1633. L’exemple illustre le conflit entre une science qui cherche la vérité par l’observation et le calcul (« la nature est écrite en langue mathématique ») et une croyance établie qui se réclame d’un autre ordre de vérité. Ce n’est pas une erreur de Galilée (il avait raison), ni un accord parfait science/foi (c’est un conflit), ni l’inutilité du télescope (il fut décisif).
28. La distinction entre sciences de la nature et sciences humaines tient surtout à ce que :
Sciences de la nature (physique, chimie, biologie) et sciences humaines (sociologie, psychologie, économie) partagent l’exigence de méthode et d’objectivité. Mais leur objet diffère : l’homme est libre, conscient, il interprète et peut se savoir étudié. Durkheim montre qu’on peut néanmoins dégager des régularités sociales ; Jaspers rappelle qu’une part — l’existence, la subjectivité — résiste à l’objectivation. Ce n’est pas que les sciences humaines n’aient pas de méthode, ni que les sciences de la nature soient fausses, ni que seules les mathématiques comptent.
29. Le « cygne noir » (exemple bac) sert à critiquer :
Des siècles durant, les Européens tenaient pour évident que « tous les cygnes sont blancs » — jusqu’à la découverte de cygnes noirs en Australie. L’exemple illustre la critique humienne de l’induction : aucune accumulation d’observations conformes ne prouve une loi universelle, et un seul contre-exemple suffit à la réfuter (ce que Popper systématisera). C’est un argument sur la logique de la preuve, non sur l’élevage, sans rapport avec la relativité, et il vise l’induction empirique plutôt que la méthode déductive de Descartes.
30. La grande alternative de la notion oppose :
Toute la notion se tient entre deux pôles. D’un côté, la confiance : la science atteint des vérités objectives par la méthode (Descartes), l’expérimentation (Claude Bernard), la mathématisation (Galilée, Newton). De l’autre, la lucidité critique : ses vérités sont provisoires (Hume, Popper, Kuhn), ses faits construits (Bachelard, Kant), et elle rencontre des limites — la raison (Kant, Pascal), le vivant (Bergson), l’existence humaine (Jaspers), la conscience morale (Rabelais). Ni corps/esprit, ni art/technique, ni passé/avenir.