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Méthode · Première · Bac de français
Simone Schwarz-Bart, Pluie et vent sur Télumée Miracle (1972)
Parcours : « tisser les mémoires, habiter le monde »
Dans le journal du vendredi, les sept conseils tiennent en colonne serrée. Ici, chacun devient un geste précis, avec les citations situées qui vont avec : de quoi monter, démonter et remonter ta lignée de femmes sur n'importe quel sujet.
Dans ce roman, les maisons voyagent. Celle de Reine Sans Nom, juchée sur des tringles roulantes après la mort de la grand-mère, « se mit en route et traversa le village » (deuxième partie, chapitre XI) : la maison suit la vie, elle se déplace avec la personne. Prends cette image pour méthode. Ce que tu prépares sur la lignée des femmes Lougandor doit être une case démontable, faite de peu de matériaux, que tu sauras remonter sur le terrain de n'importe quel sujet. Cette page fait l'inventaire du chantier, pièce par pièce.
Il te faut peu de choses, et c'est une bonne nouvelle. Quatre noms dans l'ordre ; deux surnoms et leurs baptêmes ; des lieux précis ; deux ou trois citations courtes, situées dans le livre. Tout tient sur une fiche, et tout se combine : selon le sujet, tu assembleras les mêmes pièces autrement. Voyons chaque pièce, puis la manière de monter l'ensemble.
Apprends les quatre noms dans l'ordre : Minerve, Toussine, Victoire, Télumée. Une lignée citée juste prouve en une seule ligne que tu as lu le livre : quatre mots, quatre preuves. Ajoute les surnoms, car ils sont la signature du roman. Toussine, relevée de trois années de deuil, reçoit du village son titre : « nous t'appellerons : Reine Sans Nom » (première partie, chapitre premier) ; Télumée, au bout du livre, recevra le sien dans les mêmes termes : « nous t'appellerons : Télumée Miracle » (deuxième partie, chapitre XIV). Le surnom montre que c'est la communauté qui nomme, et que le nom vient de ce qu'on a réellement traversé, non de l'état civil. Les deux baptêmes, aux deux bouts du livre, sont tes poteaux maîtres : cite-les ensemble et la charpente tient.
Pour un sujet sur la mémoire, sers-toi du plan du roman lui-même. La première partie, intitulée « Présentation des miens », raconte les aïeules ; la seconde seulement raconte la vie de Télumée. Dire d'où l'on vient précède le reste : c'est un argument de composition, toujours bien vu, parce qu'il prouve que tu as regardé comment le livre est bâti et pas seulement ce qu'il raconte. En copie, une phrase suffit : le roman place la lignée avant l'héroïne, et cet ordre est déjà une thèse sur la mémoire.
Pour un sujet sur la nature, choisis toujours un lieu précis : le jardin, le flamboyant, le champ de canne. Chaque lieu correspond à un état précis de la vie de Télumée, et le nommer installe ton propos dans le livre plutôt qu'au-dessus. Évite le mot exotique : il place le lecteur au-dehors, alors que le roman est écrit du dedans. Nomme plutôt la Guadeloupe, Fond-Zombi, le morne La Folie. Le roman lui-même fait d'habiter une cérémonie : le soir de la mise en case de Télumée et d'Élie, la grand-mère allume le feu, fait rôtir des épis de maïs et prononce la formule rituelle : « Maintenant qu'il y a eu du feu et de la nourriture cuite, vous pouvez prendre possession de votre case » (deuxième partie, chapitre VI). Un lieu, dans ce livre, se gagne ; ta copie doit le savoir.
Un piège classique consiste à écrire que Télumée subit tout. Elle perd beaucoup et se relève chaque fois : c'est ce mouvement qu'on te demande de décrire, pas à pas. Le roman te donne les deux images pour le faire, et elles se répondent exactement. Au temps du bonheur, la grand-mère enseigne que « les cases ne sont rien sans les fils qui les relient les unes aux autres » (deuxième partie, chapitre VII) ; au temps de la chute, Télumée constate qu'« aucun fil ne reliait plus ma case aux autres cases » (deuxième partie, chapitre IX). Tissé, défait, retissé : cite les deux phrases ensemble et tu tiens la structure d'un devoir entier. Le malheur, dans ce livre, est une déliaison ; le relèvement, un fil renoué.
Dernier conseil, valable pour toutes les œuvres du programme : cite court. Une phrase de six mots, bien placée, pèse toujours plus lourd qu'un long paragraphe recopié de mémoire. Exemple aux dimensions exactes : « les Lougandor ont toujours aimé survoler » (première partie, chapitre II). Six mots, et tu as la devise de la lignée, prononcée par le doyen du village pour faire taire les mauvaises langues. Une citation courte se vérifie, se retient et s'encastre dans ta phrase sans la faire plier : c'est le matériau de construction idéal.
Le parcours s'appelle « tisser les mémoires, habiter le monde », et ta fiche y répond pièce par pièce : la lignée et les surnoms tissent les mémoires ; les lieux nommés et la case disent comment on habite le monde. Le jour venu, l'assemblage tient en trois gestes : une ligne pour la lignée, une citation située, un lieu précis. Et si le sujet réclame une conclusion, la narratrice t'en offre une taillée d'avance : « J'ai transporté ma case à l'orient et je l'ai transportée à l'occident » (deuxième partie, chapitre XV) ; une vie entière de déplacements, et une identité que rien ne disperse.
La méthode tient dans les trois gestes du roman : démonter, déplacer, remonter. Tes matériaux sont prêts et ils voyagent bien ; la case suivra ta vie de candidat, de la dissertation à l'entretien de l'oral. Bon chantier.