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Le saviez-vous ? · Première · Bac de français

Pourquoi le village l'appelle-t-il Reine Sans Nom ?

Simone Schwarz-Bart, Pluie et vent sur Télumée Miracle (1972)

Parcours : « tisser les mémoires, habiter le monde »

Le parcours de l'œuvre


Dans le journal du vendredi, l'histoire du surnom tient en quelques lignes. Ici, on assiste à la cérémonie entière : d'où vient ce nom, ce qu'il consacre, et pourquoi il commande tout le roman, jusqu'à son titre. Les citations sont situées dans le livre, pour que tu puisses tout retrouver.


Un nom qui n'existe pas ? On le forge sous tes yeux

Il y a dans ce roman un moment que peu de livres offrent : on y voit naître un nom. Pas un surnom moqueur, pas un sobriquet de cour de récréation : un titre, inventé par tout un village parce qu'aucun mot existant ne suffisait. Si tu comprends ce baptême, tu tiens la clé du livre entier, y compris de son titre. Alors approche, la cérémonie commence.

Ce qui s'est passé avant le sacre

Trois questions pour situer l'affaire. Qui est nommée ? Toussine Lougandor, la future grand-mère de Télumée, la narratrice. Qu'a-t-elle traversé ? Le pire : un incendie a emporté l'une de ses filles, et la maison s'est refermée sur son deuil pendant des années. Qu'a-t-elle fait ? Elle a reparu, droite, et remis son jardin en état. C'est pour ce relèvement, et pour rien d'autre, que le nom lui sera remis : ni pour une victoire, ni pour une richesse, mais pour avoir tenu debout.

Le moment du livre où le nom se donne

Nous sommes dans la première partie du roman, celle que Télumée consacre aux siens avant de raconter sa propre vie. Le jour du baptême de sa fille Victoire, les habitants de L'Abandonnée viennent saluer Toussine, et la parole collective tombe : « nous t'appellerons : Reine Sans Nom » (première partie, chapitre premier). Regarde la construction du titre qu'ils inventent. Reine, parce qu'elle en a la tenue. Sans Nom, parce qu'aucun nom ne se hisse à sa hauteur. Le paradoxe est somptueux : la communauté nomme en avouant que nommer est impossible, et cet aveu est la plus haute des consécrations. Une couronne remise à une paysanne, par les seuls juges qui comptent : les siens.

Ce que la couronne engage : une parole qui tient debout

Le nom n'est pas une décoration : il engage. Devenue grand-mère, Reine Sans Nom recueille Télumée et lui transmet ce qui l'a fait tenir. D'abord une manière de se définir contre l'évidence du malheur : « je suis née négresse à chance, et je mourrai négresse à chance » (deuxième partie, chapitre premier), chuchote-t-elle au premier soir passé avec l'enfant. Pèse la symétrie de la phrase : née, mourrai ; la chance n'y est pas un fait, c'est une déclaration, prononcée par une femme qui a tout perdu. Ensuite une doctrine, donnée comme sa devise de conteuse : « avec une parole, on empêche un homme de se briser » (deuxième partie, chapitre III). Le verbe « briser » fait de l'homme un objet fragile ; la parole est ce qui le consolide. Voilà pourquoi le roman est plein de contes, de proverbes et de chansons : chez les Lougandor, la parole n'est pas un ornement, c'est un outil de survie, et le surnom en est la forme la plus concentrée.

L'héritière : de Reine Sans Nom à Télumée Miracle

Le baptême de Toussine n'est pas un épisode isolé : il installe une loi du roman, et cette loi se vérifie d'un bout à l'autre du livre. L'amie de la grand-mère, man Cia, remet à l'enfant une image qui vaut un programme : « sois une vaillante petite négresse, un vrai tambour à deux faces, laisse la vie frapper, cogner, mais conserve toujours intacte la face du dessous » (deuxième partie, chapitre II). Télumée passera sa vie à éprouver cette image : les coups tombent sur la peau exposée, la face du dessous reste sienne. Et à la fin du roman, après avoir veillé jusqu'à sa mort l'homme qui avait voulu la perdre, elle reçoit à son tour son nom de gloire : Télumée Miracle. Les deux baptêmes encadrent l'œuvre et prouvent que la lignée a tenu : la petite-fille est nommée comme l'avait été la grand-mère, par la communauté, pour ce qu'elle a réellement traversé.

Ce que le surnom couronne, au juste

Recule d'un pas et regarde ce que cette manière de nommer accomplit. Être nommé par les siens, dans ce roman, c'est recevoir une place que personne ne pourra plus vous reprendre : le nom devient un abri. Et cette invention a une profondeur historique que le livre porte sans discours : les ancêtres de Télumée furent esclaves, c'est-à-dire privés jusqu'à leurs noms. Une communauté qui forge elle-même des titres de noblesse pour les siens reprend exactement ce qui avait été confisqué. Le baptême de Reine Sans Nom est donc un acte de mémoire autant qu'un acte d'amour : il tisse, pour le dire avec le parcours, la mémoire des siens dans le nom d'une seule.

Porter le nom plus loin : l'œuvre et ton parcours

Pour une copie, ce fil des noms est un des plus sûrs du programme. Le parcours s'appelle « tisser les mémoires, habiter le monde » : montre que les surnoms font les deux à la fois. Ils tissent les mémoires, puisque le nom raconte l'épreuve traversée et la transmet ; ils permettent d'habiter le monde, puisque être nommé, c'est avoir sa place. Suis la chaîne dans l'ordre : le sacre de Toussine, la devise de la conteuse, le tambour à deux faces, le titre final de Télumée. Quatre citations situées, et tu tiens un axe entier de dissertation ; tu tiens aussi l'explication du titre du roman, ce qui fait toujours son effet à l'oral.

Referme le livre, le nom te reste

Tu es venu chercher l'histoire d'un surnom, tu repars avec la loi du roman : on est nommé pour ce qu'on a traversé, et la parole des siens est ce qui tient une vie debout. C'est une idée simple, portée par un des plus beaux livres du programme. Garde-la ; elle se cite en une ligne, et elle se comprend pour longtemps.