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Méthode · Première · Épreuve écrite
Le même voyage, un sac quatre fois plus petit.
Les chiffres de l'épreuve et leur source sont sur la fiche. Ici, on travaille.
Le voici, et il est court : soixante-dix-huit mots. Le jour de l'épreuve, le tien en fera environ sept cent cinquante, mais le geste est exactement le même, et il vaut mieux l'apprendre sur une distance qu'on peut tenir des yeux d'un seul coup.
On répète volontiers que la lecture recule. Le chiffre des livres vendus baisse, c'est vrai, et l'on en conclut aussitôt que les jeunes gens ne lisent plus. Mais le raisonnement est court. Un adolescent d'aujourd'hui lit des messages, des articles, des sous-titres, des notices : il lit du matin au soir. Ce qui a changé n'est pas la quantité lue, c'est la forme du support. Le déplorer revient à confondre un objet, le livre, avec une pratique, la lecture. 78 mots. Au quart, cela fait 20 mots, et la marge de dix pour cent ouvre de 18 à 22.
Prends une feuille et un crayon avant de continuer, ce n'est pas une formule de politesse. On va faire cette contraction ensemble, du premier coup d'œil jusqu'au compte final, et à chaque étape je te donnerai la phrase que j'écrirais à ta place. Tu ne liras pas plus vite que tu n'écris. C'est voulu.
Regarde le texte ci-dessus une minute, sans rien faire d'autre. La première fois, on a toujours la même réaction : tout paraît nécessaire. Chaque phrase semble tenir à la précédente, et l'idée d'en jeter les trois quarts ressemble à une mutilation.
Moi aussi, la première fois. Et voilà ce qui rassure : dans un texte d'idées, ce ne sont jamais les trois quarts des idées qu'on jette. Ce sont les trois quarts des mots. La différence est énorme. Un auteur qui veut convaincre dit la même chose plusieurs fois, donne trois exemples là où un suffirait, précise, nuance, revient. Tout cela sert à te faire admettre quelque chose. Une fois que tu l'as admis, tu n'en as plus besoin.
Ton correcteur, lui, ne cherche pas une belle page. Il cherche une seule chose : est-ce qu'un lecteur qui n'a jamais vu le texte de départ peut suivre le raisonnement complet en te lisant. Si oui, tu as la note. C'est tout.
Qui parle ? Quelqu'un qui défend une idée. Pas un narrateur, pas un poète : quelqu'un qui veut avoir raison. Ici, on ne connaît pas son nom, et cela n'a aucune importance.
Contre qui ? C'est la question la plus utile de toutes, et presque personne ne la pose. Un texte d'idées est toujours écrit contre quelque chose. Ici, contre ceux qui répètent que la lecture recule. Le premier mot du texte le dit : on répète volontiers. Ce « on », c'est l'adversaire.
Qu'est-ce qu'il veut te faire admettre ? Que la lecture n'a pas reculé, et que ceux qui le croient confondent deux choses. Tu tiens déjà le cœur du texte, et tu l'as trouvé en trois questions, sans méthode compliquée.
L'épreuve dure quatre heures, et elle porte deux exercices : cette contraction, notée sur dix, puis un essai, noté sur dix lui aussi. Ils pèsent donc exactement le même poids.
Retiens ce chiffre-là, parce qu'il se paie cher : la contraction ne doit pas te prendre plus de la moitié du temps. Une heure quarante-cinq, deux heures au grand maximum, recopiage compris. Chaque année, des copies portent une contraction impeccable suivie d'un essai bâclé en quarante minutes. Dix points parfaits et quatre points sur dix font quatorze. Deux exercices honnêtes en font seize.
Et il y a une bonne nouvelle dans ce partage : le texte que tu contractes est celui sur lequel l'essai va s'appuyer. Le temps que tu passes à le comprendre n'est jamais perdu, il est payé deux fois.
Voici ce que tu fais avant d'écrire une seule phrase de contraction. Quinze minutes, montre en main, et tu ne rédiges rien.
Un, tu recopies tes trois nombres. En haut de ton brouillon, entourés, bien visibles : le nombre de mots demandé, la limite basse, la limite haute. Ils sont imprimés sur ton sujet, tu n'as rien à calculer, et c'est heureux puisque la calculatrice est interdite. Sur notre petit texte, ce serait 20 mots, de 18 à 22.
✍ Ce que tu écris, tout en haut, et rien d'autre pour l'instant : 20 · de 18 à 22.
Deux, tu lis le texte en entier, deux fois. Sans crayon la première fois. Le crayon à la main la seconde. La tentation est de commencer à découper dès la première ligne : c'est ainsi qu'on sacrifie la fin du texte, qui arrive quand la place est déjà prise. Un texte se comprend en entier ou pas du tout.
Trois, tu numérotes les étapes dans la marge. Pas les paragraphes : les étapes. Ce n'est pas la même chose, et nous allons le voir tout de suite.
Voilà. Ton quart d'heure est passé, tu n'as pas écrit une ligne, et tu es en avance. Maintenant on entre dans le texte, et à chaque arrêt je te montre ce qu'il faut voir, puis je te donne la phrase que j'écrirais.
La thèse, c'est ce que l'auteur veut te faire admettre. Une phrase, deux au plus. Si tu ne sais pas la dire à voix haute, il est trop tôt pour écrire, et tout ce que tu écriras sera à refaire.
Cherche-la dans notre texte. Elle n'est pas au début : le début donne l'opinion adverse. Elle arrive après le « mais », et elle est dite deux fois. Une première fois par un exemple : il lit du matin au soir. Une seconde fois en clair : ce qui a changé n'est pas la quantité lue, c'est la forme du support.
C'est cette seconde formulation que tu gardes, parce qu'elle est la seule qui se tienne debout toute seule. Un exemple ne remplace jamais une thèse : il en dépend.
✍ Au brouillon, en une ligne : ce qui a changé, c'est le support, pas la quantité lue. Onze mots. Tu as déjà plus de la moitié de ta contraction.
Un texte d'idées avance, il ne se contente pas d'affirmer. Il pose, il objecte, il tranche. Ces trois temps sont ton armature, et ils comptent autant que la thèse : c'est par eux que ton lecteur comprendra qu'il lit un raisonnement et non une liste.
Dans notre texte, ils tiennent en trois mouvements très nets. On pose l'opinion adverse : la lecture recule, la preuve, les ventes baissent. On la refuse : le raisonnement est court. On donne la vraie explication : ce n'est pas la quantité qui a changé, c'est le support.
Et regarde le mot qui articule tout cela : mais. Trois lettres. Retire-le, et ton résumé devient deux affirmations posées côte à côte, dont le lecteur de ta copie ne saura pas laquelle tu défends. Les liens logiques sont les derniers mots à couper, jamais les premiers. C'est même l'inverse de ce que fait tout le monde : on commence par jeter les petits mots parce qu'ils paraissent négligeables, et on garde les exemples parce qu'ils paraissent concrets.
✍ Au brouillon, à côté de ta thèse, les trois temps en trois mots : on croit que · mais · en réalité. Cette colonne-là ne sera pas recopiée, elle sert à tenir ta phrase droite.
Nous y voilà. C'est ici que se gagne la place, et c'est ici que se perdent les copies. Compte avec moi ce que notre texte de soixante-dix-huit mots consacre à ses exemples : des messages, des articles, des sous-titres, des notices. Quatre exemples pour une seule idée, celle qu'un adolescent lit toute la journée. Ils occupent près d'un dixième du texte, et à eux quatre ils n'apportent qu'une chose, qui tient en aucun mot du tout puisque l'idée est dite juste après.
La règle est plus fine qu'un simple « on jette les exemples », et il faut la connaître exactement. Un exemple qui illustre une idée déjà dite se retire sans dommage. Un exemple qui porte l'argument, celui sans lequel la démonstration s'écroule, se garde et se réduit à quelques mots. Pose-toi la question dans cet ordre : si je retire cet exemple, est-ce que le raisonnement tient encore ? S'il tient, il part.
Partent aussi les redites, et notre texte en a une belle : c'est vrai, cette concession de trois mots par laquelle l'auteur donne raison à l'adversaire avant de le contredire. C'est une politesse d'écrivain, pas une étape. Partent enfin les remarques de côté, les incises, les rappels, tout ce qu'on retire sans que la phrase boite. Notre dernière phrase en est une : le déplorer revient à confondre un objet, le livre, avec une pratique, la lecture. Elle est jolie, elle reformule ce qui vient d'être dit, et elle ne dit rien de neuf. Elle reste sur le lit.
Ce qui ne part jamais, en revanche : une étape du raisonnement, même quand elle tient en quatre mots. Mais le raisonnement est court pèse cinq mots et vaut plus que les quatre exemples réunis.
C'est le conseil le plus utile de toute cette page, et celui que personne ne suit : au moment de rédiger, tu ne regardes plus le texte de départ. Retourne ta feuille de sujet.
La raison est mécanique et elle n'a rien à voir avec la volonté. En gardant le texte sous les yeux, ta main recopie. Elle prend un bout de phrase ici, un bout là, elle les recoud, et tu obtiens ce que les lecteurs de copies appellent un montage de citations : un devoir qui ne ressemble à rien, ni au texte ni à toi, et qui se voit à la première ligne. En fermant le texte, tu es forcé de dire ce que tu as compris. C'est exactement ce qu'on te demande.
Et souviens-toi du point qui décide de tout : tu ne parles pas du texte, tu parles à sa place. Tu prends la position de celui qui l'a écrit. Tu dis ce qu'il dit, dans l'ordre où il le dit, mais en quatre fois moins de mots. Tu ne juges pas, tu ne commentes pas, tu ne dis pas ce que tu en penses.
C'est pour cela que trois tournures sont proscrites, et le document officiel qui décrit l'exercice les nomme une à une : l'auteur écrit que…, le texte parle de…, dans ce passage, il montre…. Si tu écris l'une de ces formules, tu regardes le texte de l'extérieur. Ce n'est plus une contraction, c'est un commentaire, et l'exercice est manqué même si tout le reste est juste. Une seule exception, et elle est stricte : si l'auteur écrit je, tu écris je.
Alors rédige, d'un trait, sans compter. Voici ce que donne notre texte.
✍ La contraction : La baisse des ventes de livres ne prouve pas un recul de la lecture : le support a changé, non la pratique.
Relis-la en pensant à quelqu'un qui n'a jamais vu le texte de départ. Il apprend qu'on invoque une baisse des ventes, que cette baisse ne prouve pas ce qu'on lui fait dire, et où se trouve la vraie explication. L'opinion adverse est là, le refus est là dans le ne… pas, la thèse est là. Les trois étapes tiennent. Rien n'a été jugé. Personne n'a écrit « l'auteur montre que ».
Ta contraction finie, l'essai commence, et il porte sur la question que ce texte partage avec l'œuvre que tu as étudiée dans l'année. C'est écrit noir sur blanc dans la définition de l'épreuve, et c'est une aide considérable pour qui l'a compris.
Cela veut dire que le texte que tu viens de contracter n'est pas un obstacle posé au hasard devant toi. Il a été choisi parce qu'il dialogue avec ton œuvre. Le travail que tu viens de faire, repérer une thèse, suivre un raisonnement, distinguer un argument d'un exemple, est très exactement le travail que l'essai va te demander, cette fois sur tes propres idées.
Et l'essai te demandera de t'appuyer sur trois choses : ton œuvre, ce texte-ci, et ce que tu as lu par ailleurs. La deuxième, tu la connais par cœur depuis vingt minutes. C'est le seul exercice du bac où l'on te donne un matériau et le temps de l'apprendre avant de t'en servir.
Reprends les deux textes et pose-les côte à côte. Soixante-dix-huit mots d'un côté, vingt et un de l'autre. Et pourtant rien de ce qui compte n'a disparu : on sait ce qu'on prétendait, on sait pourquoi c'est faux, on sait ce qui a réellement changé.
Ce que tu viens de faire n'a rien d'un tour de main réservé aux bons élèves. Tu as posé trois questions, gardé une thèse, gardé trois étapes, retiré quatre exemples et une redite, puis écrit une phrase. Sur sept cent cinquante mots, ce sera plus long, il y aura quatre ou cinq étapes au lieu de trois, et tu écriras cinq ou six phrases au lieu d'une. Le geste ne change pas d'un millimètre.
Il reste une chose à faire, elle rapporte des points gratuits, elle prend deux minutes, et elle se perd chaque année sur des copies qui valaient mieux : compter tes mots, et écrire ce que tu as compté.
Ce n'est pas une politesse, c'est une obligation. Le document officiel est net : ne pas indiquer le nombre exact de mots doit être sanctionné. Le sujet, lui, demande en plus un repère tous les cinquante mots dans ta copie, un simple trait.
Comptons ensemble, une fois, parce qu'il y a deux pièges dedans. Un mot, dans cet exercice, est ce que le texte officiel appelle une unité typographique signifiante : un groupe de lettres qui veut dire quelque chose tout seul.
La 1 · baisse 2 · des 3 · ventes 4 · de 5 · livres 6 · ne 7 · prouve 8 · pas 9 · un 10 · recul 11 · de 12 · la 13 · lecture 14 · le 15 · support 16 · a 17 · changé 18 · non 19 · la 20 · pratique 21.
Vingt et un. La fourchette allait de dix-huit à vingt-deux : nous sommes dedans, et un peu au-dessus du chiffre visé, ce qui est la situation normale et confortable.
Premier piège, la ponctuation ne compte pas. Ni les deux-points, ni les virgules, ni les guillemets. Seuls les mots.
Second piège, le trait d'union ne colle pas automatiquement les mots. Le texte officiel donne l'exemple qui tranche : c'est-à-dire compte pour quatre mots, parce que chacun de ses morceaux veut dire quelque chose. En revanche aujourd'hui ne compte que pour un, parce que « hui » ne veut plus rien dire tout seul, et socio-culturel pour un aussi. Une date, un chiffre, un nom propre, un pourcentage : un mot chacun.
Et si tu es hors de la fourchette, cela se rattrape, à condition de compter avant la dernière minute. Trop long, c'est le cas le plus fréquent : ne rogne pas des mots ici et là, tu abîmes tes phrases sans rien gagner. Cherche un exemple qui a survécu, ou une idée que tu as dite deux fois, et retire la phrase entière. Trop court, c'est plus rare, et cela signifie presque toujours qu'une étape du raisonnement a sauté. Relis le texte de départ et cherche ce qui manque, plutôt que de rallonger ce que tu as déjà écrit.
Beau travail. Tu es entré dans cette page devant un texte dont il fallait jeter les trois quarts sans savoir par où commencer, et tu en sors avec une phrase qui dit la même chose, qui tient dans la fourchette, et dont tu peux justifier chaque coupe.
À bientôt. La prochaine fois, ce sera un vrai texte de sept cent cinquante mots, et tu verras que le sac est plus grand mais qu'on le fait de la même manière.