Classement
Un exercice Bac dans le dossier Musset
Document remis par le professeur
Le sujet
Racine, Bajazet (1668), acte III, scène 7 (extrait).
Roxane, seuleDe tout ce que je vois que faut-il que je pense ?
Tous deux à me tromper sont-ils d’intelligence ?
Pourquoi ce changement, ce discours, ce départ ?
N’ai-je pas même entre eux surpris quelque regard ?
Bajazet interdit ! Atalide étonnée !
Ô ciel ! À cet affront m’auriez-vous condamnée ?
De mon aveugle amour seraient-ce là les fruits ?
Tant de jours douloureux, tant d’inquiètes nuits,
Mes brigues, mes complots, ma trahison fatale,
N’aurais-je tout tenté que pour une rivale !
Mais peut-être qu’aussi trop prompte à m’affliger,
J’observe de trop près un chagrin passager.
J’impute à son amour l’effet de son caprice.
N’eut-il pas jusqu’au bout conduit son artifice ?
Prêt à voir le succès de son déguisement,
Quoi, ne pouvait-il pas feindre encore un moment ?
Non, non, rassurons-nous. Trop d’amour m’intimide.
Et pourquoi dans son cœur redouter Atalide ?
Quel serait son dessein ? Qu’a-t-elle fait pour lui ?
Consigne : « Dans un paragraphe argumenté, vous montrerez que Roxane est émue. »
Travail de l’élève
La copie notée 15/20
15/20
Roxane est émue. En effet, Roxane est confuse de voir celui qu’elle aime et Atalide échanger un regard, comme le souligne l’interrogation « que faut-il que je pense ? » (v. 1). Elle commence à réfléchir autour de cette interaction. Le groupe nominal « tous deux […] sont-ils d’intelligence ? » suggère une première réflexion de la part de Roxane. Elle se demande si Bajazet et Atalide sont complices.
L’énumération « ce changement, ce discours, ce départ » indique que Roxane se rend compte que les seules paroles de Bajazet n’étaient que des mensonges. Cette énumération montre aussi que Bajazet joue avec les émotions de Roxane. L’adverbe de quantité « tant » caractérise Bajazet de toutes ses accusations et l’incrimine. Cette caractéristique est accentuée par l’interjection « Ô ciel », le nom [passage corrigé peu lisible] et l’adjectif [passage corrigé peu lisible]. En effet, ces procédés suggèrent une intervention divine face à la tristesse de Roxane.
En outre, Roxane ressent une douleur profonde. Le groupe nominal « aveugle amour » et la gradation « mes brigues, mes complots, ma trahison fatale » insistent sur le fait que Roxane a été victime de sa passion. De plus, l’adverbe « tout » accentue la gradation et énumère que Roxane a tout tenté, sacrifié pour Bajazet. La structure binaire « Tant de jours douloureux, tant d’inquiètes nuits » crée un effet de pitié chez le lecteur. Il comprend la douleur de Roxane.
Enfin, après la phase de douleur, elle essaye de se réconforter en disant qu’elle a jugé Bajazet et Atalide trop vite, mais la réalité la rattrape. En effet, « Mais peut-être qu’aussi trop prompte à m’affliger » et les mots « artifice » et « déguisement » révèlent la vérité. Roxane est trahie par Bajazet, elle est bouleversée.
Transcription de consultation : les deux segments devenus illisibles sous les corrections sont signalés entre crochets. La photographie reste la pièce d’autorité.
Comprendre la note
Ce qu’Edgar réussit et ce qu’il peut préciser
Ce qui est déjà solide
- Le paragraphe suit un fil clair : confusion, douleur, tentative de réconfort.
- Les citations sont nombreuses et généralement bien choisies.
- Edgar comprend que le doute commande le raisonnement de Roxane.
- La fin revient bien à l’émotion du personnage.
Les corrections décisives
- « Tous deux à me tromper sont-ils d’intelligence ? » est une interrogation directe avec inversion du sujet, et non un groupe nominal.
- « Ce changement, ce discours, ce départ » accumule des indices ; le vers ne prouve pas encore que Bajazet a menti.
- La reprise de « tant » amplifie la durée de la souffrance ; elle ne caractérise pas Bajazet.
- « Ô ciel ! » fait entendre un cri de détresse, mais ne produit pas une intervention divine.
- « Mes brigues, mes complots, ma trahison fatale » forme une accumulation ternaire plutôt qu’une gradation certaine.
- Dans « N’aurais-je tout tenté », « tout » est un pronom indéfini, non un adverbe.
- « Artifice » et « déguisement » appartiennent à l’hypothèse par laquelle Roxane tente de se rassurer ; ils ne révèlent pas une vérité établie.
- Les trois questions finales doivent être commentées : elles montrent que le doute revient.
Méthode du commentaire
Comprendre d’abord, analyser ensuite
L’explication très simple du passage
Roxane vient de surprendre un regard entre Bajazet et Atalide. Elle rassemble plusieurs indices et se demande s’ils la trompent. Cette possibilité lui fait mesurer tout ce qu’elle a sacrifié pour Bajazet. Elle essaie ensuite de se convaincre qu’il jouait seulement un rôle, mais ses dernières questions montrent que son inquiétude revient. Son émotion naît donc de son oscillation entre le soupçon, la douleur et une tentative d’apaisement.
Le mouvement de l’émotion
Citation : « que faut-il que je pense ? », « sont-ils d’intelligence ? »
Analyse : chaque question ajoute un indice et reproduit une pensée qui ne parvient pas à se fixer.
Effet : le spectateur suit l’agitation de Roxane.
Interprétation : Racine fait naître sous nos yeux son soupçon amoureux.
Citation : « Tant de jours douloureux, tant d’inquiètes nuits ».
Analyse : le parallélisme et la reprise de « tant » étendent la souffrance aux jours comme aux nuits.
Effet : le spectateur mesure la durée et le poids de cette douleur.
Interprétation : Roxane craint d’avoir tout sacrifié pour une rivale.
Citation : « Mais peut-être », « rassurons-nous », puis « pourquoi […] redouter Atalide ? »
Analyse : la modalisation et l’impératif marquent une tentative de reprise en main, aussitôt défaite par le retour des questions.
Effet : le spectateur perçoit l’oscillation de la pensée.
Interprétation : Roxane ne maîtrise pas son émotion.
Dans chaque phrase : idée → citation exacte → procédé formel → analyse → effet → interprétation.
Proposition de correction
Un paragraphe visant 20/20
Roxane est émue, et son monologue fait entendre une émotion qui se transforme au fil de la scène. D’abord, la succession des interrogations directes — « que faut-il que je pense ? », « sont-ils d’intelligence ? », « Pourquoi ce changement, ce discours, ce départ ? » et « N’ai-je pas même entre eux surpris quelque regard ? » (v. 1-4) — reproduit une pensée qui cherche fébrilement à interpréter les indices. L’énumération ternaire « ce changement, ce discours, ce départ » accumule ces signes ; le spectateur suit ainsi la naissance du soupçon et perçoit la confusion jalouse de Roxane. Cette inquiétude reste-t-elle une simple réflexion ? Les phrases nominales exclamatives « Bajazet interdit ! Atalide étonnée ! », puis l’interjection « Ô ciel ! » (v. 5-6), rompent le raisonnement par des éclats brefs : elles font entendre le choc de Roxane, qui ressent la possible trahison comme un « affront ». Sa douleur s’amplifie ensuite dans le parallélisme anaphorique « Tant de jours douloureux, tant d’inquiètes nuits » (v. 8) : la répétition de « tant » et l’opposition des « jours » et des « nuits » étendent sa souffrance à la totalité du temps. L’accumulation ternaire « Mes brigues, mes complots, ma trahison fatale » (v. 9), structurée par la répétition des possessifs « mes » et « ma », dresse le bilan de ses sacrifices. Le spectateur en mesure le poids et comprend le désespoir contenu dans la phrase interrogative ponctuée par l’exclamation : « N’aurais-je tout tenté que pour une rivale ! » (v. 10). Roxane parvient-elle alors à maîtriser son trouble ? Le connecteur adversatif « Mais », le modalisateur « peut-être » (v. 11) et l’impératif « rassurons-nous » (v. 17) montrent qu’elle tente de reprendre le contrôle en supposant que Bajazet a feint. Cependant, les interrogations finales « pourquoi dans son cœur redouter Atalide ? », « Quel serait son dessein ? » et « Qu’a-t-elle fait pour lui ? » (v. 18-19) relancent aussitôt l’incertitude. Le spectateur assiste donc à l’oscillation de Roxane entre soupçon, souffrance et apaisement impossible : Racine rend son émotion sensible par la syntaxe, la ponctuation et les revirements de sa pensée.
Pièces de vérification


