Objet d’étude · Musset · document du professeur d’Edgar

Le dossier photographié, sans remise en ordre

La feuille autonome du « Texte 1 », puis les six pages du professeur dans leur ordre documentaire. Les coupures, crochets, flèches, résumés et repères « Texte 1 », « Texte 2 » et « Texte 3 » sont conservés.

Transcription fidèle · coupures conservées · une note de méthode séparée

Règle documentaire

On garde le document tel qu’il a été donné

Aucune correction pédagogique à ce stade. La Maison met en page ; elle ne complète pas les scènes, ne rétablit pas les passages supprimés et ne transforme pas les indications du professeur en commentaire linéaire. Les mentions placées entre crochets appartiennent au document, sauf la mention explicite « fin de la feuille photographiée ».
Note de la Maison · Comment comprendre rationnellement ce dossier ?

Ce dossier réunit en réalité deux objets différents : une feuille autonome portant un extrait continu de l’acte I, scène 1, puis six pages qui ne constituent pas un texte littéraire suivi.

Ces six pages ressemblent à une trame de cours préparatoire à la lecture de l’œuvre. Le professeur y combine quatre matériaux : des titres de scènes, de courts résumés, des répliques choisies et des indications d’interprétation placées entre crochets ou après une flèche. Les signes […] montrent que de nombreuses répliques de Musset ont été volontairement supprimées.

Les mentions « Texte 1 », « Texte 2 » et « Texte 3 » semblent désigner trois passages destinés à un travail particulier. Seul le « Texte 1 » est fourni sur une feuille autonome. Pour les deux autres, les photographies donnent seulement leur emplacement dans le déroulement de la pièce ; elles ne permettent pas d’en reconstituer honnêtement les bornes exactes.

La solution documentaire la plus sûre consiste donc à conserver ce montage tel quel, page après page, puis à revenir plus tard sur son usage pédagogique. C’est pourquoi la transcription ci-dessous ne comble aucun blanc et laisse visibles toutes les coupures du professeur.

Feuille autonome · Texte 1

Le texte remis à Edgar

Alfred de Musset, On ne badine pas avec l’amour (1834), (I, 1)

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Maître Blazius, Dame Pluche, le Chœur.

Une place devant le château.

LE CHŒUR. Doucement bercé sur sa mule fringante, messer Blazius s’avance dans les bleuets fleuris, vêtu de neuf, l’écritoire au côté. Comme un poupon sur l’oreiller, il se ballotte sur son ventre rebondi, et les yeux à demi fermés, il marmotte un Pater noster dans son triple menton. Salut, maître Blazius ; vous arrivez au temps de la vendange, pareil à une amphore antique.

MAÎTRE BLAZIUS. Que ceux qui veulent apprendre une nouvelle d’importance m’apportent ici premièrement un verre de vin frais.

LE CHŒUR. Voilà notre plus grande écuelle ; buvez, maître Blazius ; le vin est bon ; vous parlerez après.

MAÎTRE BLAZIUS. Vous saurez, mes enfants, que le jeune Perdican, fils de notre seigneur, vient d’atteindre à sa majorité, et qu’il est reçu docteur à Paris. Il revient aujourd’hui même au château, la bouche toute pleine de façons de parler si belles et si fleuries, qu’on ne sait que lui répondre les trois quarts du temps. Toute sa gracieuse personne est un livre d’or ; il ne voit pas un brin d’herbe à terre qu’il ne vous dise comment cela s’appelle en latin ; et quand il fait du vent ou qu’il pleut, il vous dit tout clairement pourquoi. Vous ouvririez des yeux grands comme la porte que voilà de le voir dérouler un des parchemins qu’il a coloriés d’encres de toutes couleurs de ses propres mains et sans rien en dire à personne. Enfin c’est un diamant fin des pieds à la tête, et voilà ce que je viens annoncer à Monsieur le Baron. Vous sentez que cela me fait quelque honneur, à moi, qui suis son gouverneur depuis l’âge de quatre ans ; ainsi donc, mes bons amis, apportez une chaise, que je descende un peu de cette mule-ci sans me casser le cou ; la bête est tant soit peu rétive, et je ne serais pas fâché de boire encore une gorgée avant d’entrer.

LE CHŒUR. Buvez, maître Blazius, et reprenez vos esprits. Nous avons vu naître le petit Perdican, et il n’était pas besoin, du moment qu’il arrive, de nous en dire si long. Puissions-nous retrouver l’enfant dans le cœur de l’homme !

[Le document photographié s’arrête ici.]

Voir la photographie de la feuille autonome
Feuille autonome du texte 1 de Musset remise à Edgar
Photographie source · feuille autonome du « Texte 1 ».

Cours du professeur · page 1 sur 6

Acte I · scènes 1 à 3

Alfred de Musset, On ne badine pas avec l’amour (1834).

Acte I :

Scène 1 : Une place devant le château. Maître Blazius, Dame Pluche, Le Chœur.

(Texte 1)

Scène 2 : Le salon du Baron. Entrent le Baron, Maître Bridaine et Maître Blazius.

Le Baron : J’ai formé le dessein de marier mon fils avec ma nièce ; c’est un couple assorti ; leur éducation me coûte six mille écus.

Le Baron : Mes deux enfants arrivent en même temps ; voilà la combinaison la plus heureuse. […] Ces enfants s’aimaient d’ailleurs fort tendrement dès le berceau.

[…]

Perdican : ma sœur bien-aimée !

[…]

Perdican : Comme te voilà grande, Camille ! et belle comme le jour.

[…]

Perdican : Comme te voilà métamorphosée en femme ! Je suis donc un homme, moi !

[…]

Perdican : Regardez donc mon père comme Camille est jolie !

Perdican : Si ma cousine recule quand je lui tends la main, je vous dirai à mon tour : « Excusez-moi ! » ; l’amour peut voler un baiser, mais non pas l’amitié.

[…]

Camille : L’amitié ni l’amour ne doivent recevoir que ce qu’ils peuvent rendre.

[…]

Camille [regardant la tapisserie] C’est ma grand-tante Isabelle. Comme ce costume religieux lui va bien !

[…]

Perdican : Voilà une fleur charmante […]. C’est un héliotrope.

Perdican : Je trouve qu’elle sent bon, voilà tout.

Scène 3 : Devant le château. Entre Le Chœur.

⇒ Monologue du Chœur.

Ils sortent. Entrent le Baron et Dame Pluche.

Le Baron : mon dessein était de marier mon fils avec ma nièce ; — cela était résolu, — convenu, — j’en avais parlé à Bridaine, — et je vois, je crois voir, que ces enfants se parlent froidement ; ils ne se sont pas dit un mot.

Il se retire avec dame Pluche. Entrent Camille et Perdican.

Perdican : Sais-tu que cela n’a rien de beau, Camille, de m’avoir refusé un baiser ?

Camille : Je suis comme cela ; c’est ma manière.

Perdican : Cela ne te ferait pas plaisir de revoir la prairie ? […]

Camille : Je n’en ai nulle envie.

Perdican : Quoi ! pas un souvenir, Camille ? pas un battement de cœur pour notre enfance, pour tout ce pauvre temps passé, si bon, si doux, si plein de niaiseries délicieuses ?

Perdican : Cela t’ennuie ?

Camille : Oui, cela m’ennuie.

Perdican : Pauvre enfant ! Je te plains sincèrement.

Ils sortent chacun de leur côté.

Le Baron, rentrant avec dame Pluche : je m’attendais à la plus suave harmonie, et il me semble assister à un concert où le violon joue « Mon cœur soupire » pendant que la flûte joue « Vive Henri IV ». Songez à la discordance affreuse qu’une pareille combinaison produirait. Voilà pourtant ce qui se passe dans mon cœur.

[Dame Pluche prend le parti de Camille. Le Baron la traite de « Pécore »]

Voir la photographie de la page 1
Cours du professeur de Musset, page 1
Photographie source · page 1 sur 6.

Cours du professeur · page 2 sur 6

Acte I · scènes 4 et 5 ; acte II · scènes 1 à 3

Scène 4 : Une place. Le Chœur, Perdican.

Perdican : Voilà donc ma chère vallée ! mes noyers, mes sentiers verts, ma petite fontaine ; voilà mes jours passés encore tout pleins de vie, voilà le monde mystérieux des rêves de mon enfance ! ⇒ Lire note p. 28 (Romantisme de Perdican)

Perdican : Les sciences sont une belle chose, mes enfants ; ces arbres et ces prairies enseignent à haute voix la plus belle de toutes, l’oubli de ce qu’on sait.

Le Chœur : C’est Rosette, la sœur de lait de votre cousine Camille.

Perdican : Il n’y a pas dans le village de plus jolie fille que toi. Nous te marierons, mon enfant.

[Perdican l’embrasse, l’invite à se changer et à venir souper au château]

Scène 5 : Une salle. Entrent le Baron et Maître Blazius.

[Perdican fait des ricochets avec des jeunes du village ; il est avec une « jeune paysanne » (Rosette)] ⇒ inquiétudes du Baron (relire la fin de la scène).

Acte II :

Scène 1 : Un jardin. Entrent Maître Blazius et Perdican.

Perdican : Je vous répète que je ne demande pas mieux que d’épouser Camille. Allez trouver le Baron et dites-lui cela.

Il sort. Entre Camille.

Perdican : J’en suis toujours pour ce que je t’ai dit hier ; tu es jolie comme un cœur.

Camille : Parlons sérieusement Perdican.

Perdican : tant pis pour moi si je vous déplais.

Camille : Pas plus qu’un autre ; je ne veux pas me marier ; il n’y a rien là dont votre orgueil puisse souffrir.

Camille : Je n’aime pas les attouchements.

Perdican, lui prenant la main : Donne-moi ta main, Camille. [Rappel : la mère de Camille a souhaité ce mariage dans son testament.]

Camille : Je suis bien aise que mon refus soit indifférent.

Perdican : Il ne m’est pas indifférent, Camille. Ton amour m’eût donné la vie, mais ton amitié m’en consolera. […] Laisse-moi espérer que notre vie passée n’est pas morte à jamais dans ton cœur.

Perdican : En aimes-tu un autre que moi ?

Camille : Non.

Scène 2 : La salle à manger — On met le couvert. Entre Maître Bridaine.

[Monologue comique ; thème de la nourriture et de la boisson.]

Scène 3 : Un champ devant une petite maison. Entrent Rosette et Perdican.

Rosette : Croyez-vous que cela me fasse du bien tous ces baisers que vous me donnez ?

Perdican : Quel mal y trouves-tu ? Je t’embrasserais devant ta mère. N’es-tu pas la sœur de Camille ? Ne suis-je pas ton frère comme je suis le sien ?

Rosette : Des mots sont des mots, et des baisers sont des baisers. Je n’ai guère d’esprit, et je m’en aperçois bien sitôt que je veux dire quelque chose. Les belles dames savent leur affaire, selon qu’on les baise la main droite ou la main gauche ; leurs pères les embrassent sur le front, leurs frères sur la joue, leurs amoureux sur les lèvres ; moi, tout le monde m’embrasse sur les deux joues, et cela me chagrine.

Perdican : Que tu es jolie, mon enfant !

Voir la photographie de la page 2
Cours du professeur de Musset, page 2
Photographie source · page 2 sur 6.

Cours du professeur · page 3 sur 6

Suite de l’acte II ; début de l’acte III

Rosette : […] Comme vous paraissez triste ce matin ! Votre mariage est donc manqué ?

Perdican : Les paysans de ton village se souviennent de m’avoir aimé ; les chiens de la basse-cour et les arbres du bois s’en souviennent aussi ; mais Camille ne s’en souvient pas.

Rosette : Parlons du temps qu’il fait, de ces fleurs que voilà, de vos chevaux et de mes bonnets.

Perdican : de tout ce qui te plaira, de tout ce qui peut passer sur tes lèvres sans leur ôter ce sourire céleste que je respecte plus que ma vie.

Il l’embrasse.

Rosette : Vous respectez mon sourire, mais vous ne respectez guère mes lèvres, à ce qu’il me semble. […]

Perdican : Pardonne-moi.

Rosette : Que vous ai-je fait, pour que vous pleuriez ?

Ils sortent.

Scène 4 : Au château. Entrent Maître Blazius et le Baron.

[Scène comique. Maître Blazius raconte au Baron la dispute entre Dame Pluche et Camille à propos d’une lettre à porter à un homme. Le Baron : Aimerait-elle un gardeur de dindons ?]

Scène 5 : Une fontaine dans un bois. Entre Perdican, lisant un billet.

⇒ Scène à relire. [Camille a demandé à Perdican de se rendre à la fontaine.]

Camille : J’ai cru m’apercevoir, à tort ou à raison, que vous me quittiez tristement ce matin. Vous m’avez pris la main malgré moi, je viens de vous demander de me donner la vôtre. Je vous ai refusé un baiser, le voilà. (Elle l’embrasse).

Camille : Trouvez-vous que j’ai raison de me faire religieuse ?

Perdican : Ne m’interrogez pas là-dessus car je ne me ferai jamais moine.

Camille : Dites-moi, avez-vous eu des maîtresses ? [Relire la scène]

Acte III :

Scène 1 : Devant le château. Entrent le Baron et Maître Blazius.

[…]

Il sort ; maître Blazius le suit.

Entre Perdican.

Perdican : Je voudrais bien savoir si je suis amoureux. […] Je l’aime, cela est sûr. […] il est clair qu’elle ne se soucie pas de moi […] Je n’ai qu’à n’y plus penser ; il est clair que je ne l’aime pas. Cela est certain qu’elle est jolie ; mais pourquoi cette conversation d’hier ne veut-elle pas me sortir de la tête ?

Scène 2 : Un chemin. Entre Maître Bridaine.

Entre Maître Blazius.

[…]

Il [Maître Bridaine] sort en courant.

Maître Blazius, seul : […] (Passe dame Pluche portant une lettre.) Pluche, donnez-moi cette lettre.

Ils se battent. Entre Perdican.

Dame Pluche : C’est une lettre de Camille, seigneur, de votre fiancée.

Maître Blazius : C’est un billet doux à un gardeur de dindons. […]

Perdican : Donnez-moi cette lettre ; […] en qualité de fiancé de Camille, je m’arroge le droit de la lire. (Il lit.) […] Mon cœur bat avec force, et je ne sais ce que j’éprouve. […]

Sortent Maître Blazius et dame Pluche.

Perdican : Suis-je donc amoureux ? Quel empire a donc pris sur moi cette singulière fille pour que les trois mots écrits sur cette adresse me fassent trembler la main ? [⇒ Expression non verbale de son amour] (Il ouvre la lettre et lit.)

« […] ce pauvre jeune homme a le poignard dans le cœur, il ne se consolera pas de m’avoir perdue. Cependant, j’ai fait tout au monde pour le dégoûter de moi. Dieu me pardonnera de l’avoir réduit au désespoir par mon refus. […] »
Voir la photographie de la page 3
Cours du professeur de Musset, page 3
Photographie source · page 3 sur 6.

Cours du professeur · page 4 sur 6

Acte III · scènes 2 à 6

Perdican : quelle honte peut-il y avoir à aimer ? […] Quel intérêt peut-elle avoir à inventer un roman pareil ? […] elle a résolu et décrété qu’elle me laisserait au désespoir. […] Non, non, Camille, je ne t’aime pas ; je ne suis pas au désespoir. Je n’ai pas le poignard dans le cœur et je te le prouverai. Oui, tu sauras que j’en aime une autre avant de partir d’ici. [Il donne à un paysan un billet à transmettre à Camille ; il va chercher Rosette pour une promenade]

Je veux faire la cour à Rosette devant Camille elle-même.

Scène 3 : Le petit bois. Entrent Camille et le Paysan. (Texte 2)

Scène 4 : Entre le Chœur.

Le Chœur : Camille a refusé d’épouser Perdican ; elle doit retourner aujourd’hui au couvent dont elle est venue. Mais je crois que le seigneur son cousin s’est consolé avec Rosette. Hélas ! la pauvre fille ne sait pas quel danger elle court, en écoutant les discours d’un jeune et galant seigneur.

[Dame Pluche arrive ; Camille lui apprend qu’elle diffère son départ]

Scène 5 : Entrent le Baron et Maître Bridaine.

[Scène comique. Maître Blazius raconte au Baron la dispute entre Dame Pluche et Camille à propos d’une lettre à porter à un homme. Le Baron : Aimerait-elle un gardeur de dindons ?]

Scène 6 : La chambre de Camille. Entrent Camille et Dame Pluche.

[Dame Pluche informe Camille que Perdican s’est chargé de poster la lettre. Camille lui demande de dire à Perdican qu’elle l’attend au salon.]

Camille : Il a lu ma lettre, cela est certain ; sa scène du bois est une vengeance, comme son amour pour Rosette. Il a voulu me prouver qu’il en aimait une autre que moi, et jouer l’indifférent malgré son dépit. Est-ce qu’il m’aimerait, par hasard ? (Elle lève la tapisserie.)

[Dialogue avec Rosette]

Camille : Le seigneur Perdican ne te fait-il pas la cour ? […] Il t’a fait de beaux discours, n’est-ce pas ? Gageons qu’il t’a promis de t’épouser. […] crois-tu à ses promesses, Rosette ?

Rosette : Comment n’y croirais-je pas ? Il me tromperait donc ? Pour quoi faire ?

Camille : Perdican ne t’épousera pas, mon enfant. […] Tu l’aimes, pauvre fille ; il ne t’épousera pas, et la preuve, je vais te la donner ; rentre derrière ce rideau, tu n’auras qu’à prêter l’oreille et à venir quand je t’appellerai.

Rosette sort.

Camille : Moi qui croyais faire un acte de vengeance, ferais-je un acte d’humanité ? La pauvre fille a le cœur pris. (Entre Perdican.)

Perdican : Quelle toilette, Camille !

[Camille dit ne pas être allée au rendez-vous mais Perdican l’a vue.]

Camille : J’aime la discussion ; je ne suis pas bien sûre de ne pas avoir eu envie de me quereller encore avec vous.

Perdican : À quoi sert de se quereller, quand le raccommodement est impossible ? Le plaisir des disputes, c’est de faire la paix.

Camille : Je ne vous aime pas, moi ; je n’ai pas été chercher par dépit cette malheureuse enfant au fond de sa chaumière, pour en faire un appât, un jouet ; je n’ai pas répété imprudemment devant elle des paroles brûlantes adressées à une autre ; […] je ne lui ai pas mis ma chaîne au cou ; je ne lui ai pas dit que je l’épouserais.

Camille : [Elle reconnaît être venue à la fontaine] Que feras-tu […] quand elle viendra, avec tes baisers ardents sur les lèvres, te montrer en pleurant la blessure que tu lui as faite ? Tu as voulu te venger de moi […] et me punir d’une lettre écrite à mon couvent ? [Métaphore de la « flèche empoisonnée » [flèche de l’amour] qui traverse Rosette pour atteindre Camille]

Je m’étais vantée de t’avoir inspiré quelque amour, de te laisser quelque regret. Cela t’a blessé dans ton noble orgueil ? […] Apprends-le de moi, tu m’aimes, entends-tu, mais tu épouseras cette fille, ou tu n’es qu’un lâche !

Perdican : Oui, je l’épouserai.

Camille : Et tu feras bien.

Perdican : Très bien, et beaucoup mieux qu’en t’épousant toi-même.

[…]

Voir la photographie de la page 4
Cours du professeur de Musset, page 4
Photographie source · page 4 sur 6.

Cours du professeur · page 5 sur 6

Acte III · scène 7

Perdican : tu as voulu me prouver que j’avais menti une fois dans ma vie ; cela est possible, mais je le trouve hardie de décider à quel instant.

Scène 7 : Entrent le Baron et Camille.

Camille : dites-lui nettement que ce mariage vous déplaît. Croyez-moi, c’est une folie, et il ne résistera pas.

[Inquiétude de Camille ; elle veut mener l’action ; pour le public : signe de son amour pour Perdican.]

Camille : C’est un coup de tête qu’il a fait ; peut-être n’est-il déjà plus temps ; s’il en a parlé, il le fera.

[Chagrin du Baron] Il sort.

[…]

Entre Perdican.

Camille : Cousin, à quand le mariage ? [ton sarcastique (elle pense qu’il n’épousera pas Rosette)]

Perdican : Le plus tôt possible ; j’en ai déjà parlé au notaire, au curé, et à tous les paysans.

[…]

Perdican : Il me plaît d’épouser cette fille ; c’est une idée que je vous dois, et je m’y tiens.

[…] Elle est jeune et jolie et elle m’aime.

Camille : vous faites très bien de l’épouser. […] Mais je suis fâchée pour vous d’une chose : c’est qu’on dira que vous l’avez fait par dépit.

[Répétition de « fâchée » dans les répliques des deux personnages ⇒ Badinage.]

[Camille prend conscience que Perdican a vraiment décidé d’épouser Rosette ⇒ Doute]

Camille : Mais vous n’y pensez pas ; c’est une fille de rien.

Perdican : Elle sera donc quelque chose, lorsqu’elle sera ma femme. [⇒ badinage, maîtrise de la rhétorique des personnages.]

Perdican : quand une femme est douce et sensible, franche, bonne et belle, je suis capable de me contenter de cela, oui, en vérité, jusqu’à ne pas me soucier de savoir si elle parle latin.

Camille : Combien de temps durera cette plaisanterie ? [⇒ Doute de Camille ; recherche de la vérité]

Perdican : Quelle plaisanterie ?

Camille : Votre mariage avec Rosette.

Perdican : […] trente ou quarante ans, tout au plus.

[Perdican reproche à Camille son « ton de persiflage ». [⇒ L’agressivité de Camille peut s’interpréter comme un reproche au « menteur » (au « joueur ») si Perdican renonce à épouser Rosette ; son attitude révèle aussi son inquiétude et sa jalousie si Perdican épouse Rosette.]

Entre Rosette.

Rosette, se mettant à genoux : Tous les gens du village […] m’ont dit que vous aimiez votre cousine, et que vous ne m’avez fait la cour que pour vous divertir tous deux ; […] je ne pourrai plus trouver de mari dans le pays, après avoir servi de risée à tout le monde. [Doute et désarroi de Rosette]

[Elle veut lui rendre son collier mais Camille lui dit de le garder ; elle lui promet de lui trouver un mari ⇒ Camille veut maîtriser l’action ; elle agit comme si Perdican n’allait pas épouser Rosette.]

Perdican : Allons, Rosette, viens, que je te mène à mon père.

Camille : Pourquoi ? Cela est inutile. [implicite : puisque vous ne l’épousez pas]

Perdican : oui, vous avez raison, mon père nous recevrait mal. [Son père est au courant : III5] Je trouve plaisant qu’on dise que je ne t’aime pas quand je t’épouse. [Badinage ? orgueil ? sincère quant à sa décision de l’épouser mais doute quant à son amour pour elle.]

Il sort avec Rosette.

Camille : Que se passe-t-il donc en moi ? Il l’emmène d’un air bien tranquille [son calme (non verbal) exprime la sincérité de ses paroles pour Camille]. Cela est singulier. Il me semble que la tête me tourne [manifestation physique de son inquiétude et expression de son amour pour Perdican ; émotion de Camille.]

[Elle demande à un valet d’aller chercher Perdican]

Rentre Perdican.

Perdican : Vous m’avez demandé, Camille ?

Camille : Non, — non. [Trouble révélateur de son amour]

Perdican : En vérité, vous voilà pâle ; qu’avez-vous à me dire ? Vous m’avez fait rappeler pur me parler.

[Attente de Perdican : Va-t-elle lui dire (paroles) qu’elle l’aime (sentiment) ?]

Voir la photographie de la page 5
Cours du professeur de Musset, page 5
Photographie source · page 5 sur 6.

Cours du professeur · page 6 sur 6

Acte III · scène 8

Camille : Non, non. — Ô ! Seigneur Dieu ! [Trouble de Camille qui ne peut pas lui dire qu’elle l’aime ; orgueil de Camille déchirée entre sa décision (refuser le mariage) et la prise de conscience de son amour pour lui]

Elle sort.

Scène 8 : Un oratoire. Entre Camille ; elle se jette au pied de l’autel.

Camille : quand j’ai refusé de devenir l’épouse d’un autre que vous [Dieu], j’ai cru parler sincèrement.

[Elle est consciente d’aimer Perdican.] Pourquoi faites-vous mentir la vérité elle-même ? pourquoi suis-je si faible. [implicite : faible face à l’évidence de l’amour ; l’amour est une force.]

Entre Perdican.

Perdican : [Il voit Camille prier] Orgueil, le plus fatal des conseillers humains, qu’es-tu venu faire entre cette fille et moi ? […] Elle aurait pu m’aimer, et nous étions nés l’un pour l’autre ; qu’es-tu venu faire, orgueil, lorsque nos mains allaient se joindre ? [Perdican est conscient de leurs jeux ; vérité de la réciprocité de leur amour, des sentiments.]

[Camille l’entend]

(Texte 3)

Voir la photographie de la page 6
Cours du professeur de Musset, page 6
Photographie source · page 6 sur 6.