II. La domination agit matériellement sur le corps et les gestes
La domination ne se limite toutefois pas aux mots qui humilient. Elle use les poignets de Victoire, menace le corps de la jeune domestique et soumet les travailleurs à la cadence de l’Usine.
II.a. Petite mère Victoire au travail : tenir dignement dans le travail
Le service et la fatigue disciplinent le corps sans abolir la dignité de Victoire, car le verbe « usait », la métonymie des poignets et la dureté minérale rendent visible le coût corporel du travail.
Au seuil de cette étape consacrée à la préservation de soi sous le regard des maîtres, le portrait de Victoire lavandière associe les poignets, le linge, le ballot, le chant et la maxime. Dans la perspective de la préservation de soi sous le regard des maîtres, l’argument repose sur un constat : le verbe « usait », la métonymie des poignets et la dureté minérale rendent visible le coût corporel du travail. La scène permet d’affirmer ceci : Le service et la fatigue disciplinent le corps sans abolir la dignité de Victoire. Cette lecture ne vaut qu’à une condition : l’énergie de Victoire ne fait disparaître ni la peine physique ni la dépendance économique ; au-delà, la proposition « Le service et la fatigue disciplinent le corps sans abolir la dignité de Victoire » serait forcée.
Schwarz-Bart écrit : « elle usait ses poignets aux roches plates des rivières » (§ 63).
Pour éclairer la préservation de soi sous le regard des maîtres, la citation « elle usait ses poignets aux roches plates des rivières » ne se réduit pas à l’événement raconté : le verbe « usait », la métonymie des poignets et la dureté minérale rendent visible le coût corporel du travail. L’analyse des mots confirme alors cette proposition : Le service et la fatigue disciplinent le corps sans abolir la dignité de Victoire. La construction observée inscrit l’exemple dans la préservation de soi sous le regard des maîtres. La citation ne prouve pas davantage : l’énergie de Victoire ne fait disparaître ni la peine physique ni la dépendance économique ; cette borne maintient dans le texte l’affirmation « Le service et la fatigue disciplinent le corps sans abolir la dignité de Victoire ».
Par conséquent, le service et la fatigue disciplinent le corps sans abolir la dignité de Victoire.
Comment la riposte face à M. Desaragne permet de reprendre possession de son corps ?
II.b. La riposte face à M. Desaragne : reprendre possession de son corps
L’agression inscrit directement la domination dans le corps de la jeune domestique, car la sécheresse des verbes d’action et les compléments corporels nomment l’agression sans l’atténuer.
L’enjeu de la préservation de soi sous le regard des maîtres se précise lorsque Monsieur Desaragne entre dans la chambre et Télumée lui oppose une parole puis un geste de défense. Pour comprendre la préservation de soi sous le regard des maîtres, un fait de langue importe : la sécheresse des verbes d’action et les compléments corporels nomment l’agression sans l’atténuer. Le passage soutient dès lors cette lecture : L’agression inscrit directement la domination dans le corps de la jeune domestique. La portée du passage reste mesurée : le recul de l’agresseur ne supprime pas le rapport racial et social qui a rendu l’agression possible ; cette précision protège l’idée « L’agression inscrit directement la domination dans le corps de la jeune domestique ».
Schwarz-Bart écrit : « il posa ses mains sous ma jupe » (§ 295).
L’enjeu de la préservation de soi sous le regard des maîtres se lit dans l’expression « il posa ses mains sous ma jupe » : la sécheresse des verbes d’action et les compléments corporels nomment l’agression sans l’atténuer. La forme choisie permet d’établir l’idée suivante : L’agression inscrit directement la domination dans le corps de la jeune domestique. L’effet produit rend sensible l’enjeu de la préservation de soi sous le regard des maîtres. Il subsiste une limite : le recul de l’agresseur ne supprime pas le rapport racial et social qui a rendu l’agression possible ; elle donne sa valeur exacte à la proposition « L’agression inscrit directement la domination dans le corps de la jeune domestique ».
Par conséquent, l’agression inscrit directement la domination dans le corps de la jeune domestique.
Comment la coupe de la canne permet de faire tomber la peine dans le chant ?
II.c. La coupe de la canne : faire tomber la peine dans le chant
L’organisation de l’Usine règle les gestes, la cadence et jusqu’à la perception de soi, car la métaphore spatiale du « cœur » et le participe « plongée » donnent à l’exploitation la forme d’un enfermement.
Le récit met la préservation de soi sous le regard des maîtres à l’épreuve dans un épisode où la coupe rassemble cadence, piquants, mains fendues, chaleur, rhum, répétition et chant collectif sous l’ordre de l’Usine. Au regard de la préservation de soi sous le regard des maîtres, la portée de l’épisode vient d’un mécanisme net : la métaphore spatiale du « cœur » et le participe « plongée » donnent à l’exploitation la forme d’un enfermement. Il rend manifeste l’idée suivante : L’organisation de l’Usine règle les gestes, la cadence et jusqu’à la perception de soi. Une limite s’impose néanmoins : le chant partage la peine mais ne rachète ni les blessures ni l’exploitation imposée par l’Usine ; elle interdit de transformer en règle absolue l’affirmation « L’organisation de l’Usine règle les gestes, la cadence et jusqu’à la perception de soi ».
Schwarz-Bart écrit : « plongée au cœur de la malédiction » (§ 641).
Au regard de la préservation de soi sous le regard des maîtres, le fragment « plongée au cœur de la malédiction » construit son effet avec précision : la métaphore spatiale du « cœur » et le participe « plongée » donnent à l’exploitation la forme d’un enfermement. Le passage soutient de cette manière l’affirmation suivante : L’organisation de l’Usine règle les gestes, la cadence et jusqu’à la perception de soi. Le procédé fait apparaître la tension propre à la préservation de soi sous le regard des maîtres. Le passage conserve pourtant une tension : le chant partage la peine mais ne rachète ni les blessures ni l’exploitation imposée par l’Usine ; le raisonnement « L’organisation de l’Usine règle les gestes, la cadence et jusqu’à la perception de soi » doit la prendre en charge.
Par conséquent, l’organisation de l’Usine règle les gestes, la cadence et jusqu’à la perception de soi.
Elle use les poignets de Victoire, menace le corps de la jeune domestique et soumet les travailleurs à la cadence de l’Usine. La riposte restitue à Télumée une position d’où parler, partir et se tenir debout. Quelle riposte permet de reconquérir une position sans faire disparaître la domination ?