Le Bac par Patrick · Pluie et vent sur Télumée Miracle · seuil
Pluie et vent sur Télumée Miracle
Reine Sans Nom raconte une histoire à Télumée et Élie. Un homme dégoûté par la méchanceté humaine préfère sa jument à toute autre compagnie. Peu à peu, elle décide de ses trajets. Après le conte, la grand-mère tresse les cheveux de Télumée et lui en donne une clé. Ce passage permet d’entrer dans un enjeu central du roman : comment une parole reçue dans l’enfance peut-elle devenir une force pour vivre ?
La formule d’ouverture demande si la cour dort ; les enfants répondent qu’elle écoute. L’auditeur participe donc à l’événement. La parole ne descend pas simplement d’une autorité vers des récepteurs passifs. Elle crée un moment partagé, avec ses réponses et son attention. Le roman conserve cette forme orale dans l’écriture pour nous faire entendre aussi la présence des enfants autour de la conteuse.
Wvabor ne supporte plus les hommes. Leur méchanceté l’empêche même d’admirer les fleurs et d’entendre la beauté de la rivière. La réaction déborde sa cause : ce qui le blesse colore toute son expérience. Le conte ne nie pas le mal rencontré. Il montre le danger de lui abandonner la totalité du regard, jusqu’à ne plus pouvoir recevoir ce qui reste vivant et désirable.
La jument reçoit des droits extravagants dans la maison. Ce traitement fait sourire et donne au conte sa liberté imaginaire. Il révèle surtout un déséquilibre : une seule relation occupe désormais tout l’espace. Le nom de la monture, Mes Deux Yeux, souligne la substitution. L’homme risque de ne plus voir le monde qu’à travers ce qui devait seulement l’aider à le traverser.
L’homme découvre des lieux extraordinaires sans retrouver la capacité d’être touché. Le conte distingue ainsi déplacement matériel et transformation intérieure. Voyager ne peut pas, à lui seul, remettre de l’ordre dans la relation au monde. La peine l’accompagne parce qu’elle commande son regard. Les merveilles traversées deviennent la mesure de ce qu’il ne parvient plus à recevoir.
La rencontre d’une femme lui donne envie de mettre pied à terre. Quelque chose l’appelle de nouveau vers la vie humaine. Mais le désir ne suffit plus : la monture s’y oppose. Le conte montre ainsi un retard possible dans la reprise de soi. Une habitude ou un refuge trop longtemps laissé maître peut empêcher d’aller vers ce que l’on désire maintenant.
La formule qui fait de la bête le maître renverse la relation initiale. Ce qui aidait à avancer décide désormais de la destination. On peut comprendre l’image avant de lui donner un seul sens moral : la douleur, le ressentiment ou le renoncement peuvent jouer ce rôle. Le roman nous invite à retrouver plus tard cette structure dans une expérience, plutôt qu’à apprendre une morale détachée du conte.
La grand-mère prétend avoir entendu le galop tout près de la case et avoir été renvoyée à sa berceuse par une ruade. Le conte se raccorde plaisamment au présent. Cette invention appartient à sa manière de raconter ; elle n’est pas une preuve d’une jument surnaturelle dans la vie de Télumée. L’effet sur Élie montre la puissance sensible de la parole et le plaisir mêlé de peur qu’elle produit.
Après le départ d’Élie, Toussine fait les nattes de Télumée. Le conseil ne vient donc pas comme une sentence abstraite. Il se dépose dans un moment de proximité, de douceur et d’odeur familière. L’enfant écoute sans tout comprendre. La transmission n’exige pas une maîtrise immédiate : une image et une présence peuvent rester disponibles jusqu’au moment où une expérience leur donnera sens.
La grand-mère sait qu’une peine peut en suivre une autre. Elle ne promet pas de les empêcher. Son conseil vise la relation que l’on entretient avec elles : ne pas leur céder toute la conduite de sa vie. C’est une force majeure du roman. Les mots transmis ne remplacent ni le secours matériel ni l’affection ; ils aident Télumée à penser un appui, à reconnaître un danger et à recommencer.
Simone Schwarz-Bart, Pluie et vent sur Télumée Miracle / parcours : tisser les mémoires, habiter le monde.
Programme national d’œuvres pour l’enseignement de français pour l’année scolaire 2026-2027, Bulletin officiel n° 30 du 24 juillet 2025, note de service du 4 juillet 2025, NOR : MENE2518792N. Lire le texte officiel complet. Vérifié le 29 septembre 2026.
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