GRAMMAIRE DANS LE RÉCIT
La phrase comme scène
La construction se lit comme une action : elle distribue les voix, les circonstances et les effets avant que l’on nomme la notion.
Français · Musset · Commentaire linéaire 2
Acte I, scène 2
Alfred de Musset, On ne badine pas avec l’amour
Comment le Baron met-il en scène une réunion familiale que les corps et les répliques défont presque aussitôt ?
Treize tiroirs racontent l’explication avant d’en donner la forme scolaire.
Un père réunit deux jeunes gens pour les marier, et il n'arrive rien. Ils ne se parlent presque pas. On sort de la scène en se demandant ce qu'on vient de lire.
Ce n'est pas toi le problème : c'est justement cela, la scène. Musset a écrit un échec, et il l'a écrit avec des corps plutôt qu'avec des mots. Cherche ce que font les personnages pendant qu'ils parlent — où ils se placent, ce qu'ils regardent — et la scène devient très parlante.
Qui parle ? Le Baron surtout, qui organise ; puis Camille et Perdican, qui ne se répondent guère ; et un abbé, Bridaine, qu'on écoute à peine.
De quoi ça parle ? Le Baron veut marier son fils et sa nièce. Il coupe court à une conversation gênante, vante la vertu d'un abbé, fait venir les deux jeunes gens. Ils échangent trois phrases. Ils se tournent le dos.
Que veut faire comprendre l'auteur ? Qu'on n'organise pas des retrouvailles comme on range un salon.
On est encore au premier acte, juste après la scène de la place. Les deux jeunes gens reviennent, l'un du collège, l'autre du couvent, après des années d'absence.
Ce qu'il faut savoir : ils ont été élevés ensemble enfants, puis séparés. Le Baron a préparé ce mariage de longue date et il le croit acquis. Toute la pièce viendra de cette certitude d'un homme qui n'a rien vu venir.
Ton introduction peut tenir en six phrases, dans cet ordre.
La didascalie ferme l'espace : on passe de la place publique au « salon du baron ». Le maître de maison croit pouvoir y ordonner les gens comme les meubles, et la scène va démontrer le contraire.
Sa manière de gouverner tient en un mot : « Brisons là ». Il coupe ce qui le dérange au lieu d'y répondre — c'est déjà l'aveu d'une autorité fragile. Puis il produit un certificat de vertu où les mots riment entre eux : « pleine d'onction et de componction ». La rime fait basculer l'éloge dans le comique. Et pose-toi la question : pourquoi jurer qu'une vertu est hors d'atteinte, si personne ne la vise ?
Le deuxième moment est celui de la rencontre, et il faut l'écouter phrase à phrase. Camille dit : « Je me tais ; la reconnaissance me ferme la bouche. » La phrase est trop bien balancée pour être sincère : c'est une politesse de couvent, apprise par cœur.
Puis Perdican regarde une jeune fille qu'il ne reconnaît pas, et il s'embrouille dans les jours : « mercredi, je crois, ou mardi ». Il cherche l'enfance et ne la retrouve pas. Le temps a passé, et personne dans la pièce ne sait comment le dire.
Le troisième moment est le plus fort, et il ne comporte presque pas de paroles. Le Baron se met à l'écart et parle à l'abbé : les adultes commentent les jeunes gens à trois pas d'eux. Retiens ce dispositif, il commande toute la pièce.
Puis il constate : « les voilà qui se tournent le dos ». Deux dos, et rien d'autre. Aucune injonction ne les fera se retourner. Enfin, sommé de dire quelque chose, Perdican montre une plante et la nomme : « c'est un héliotrope ». Nommer une plante au lieu de répondre — c'est sa première dérobade, et il en fera bien d'autres.
En une phrase : un projet de mariage défait par deux corps qui se tournent le dos.
Ce que la scène établit, c'est qu'il y a deux régimes dans cette pièce : ce que les adultes organisent, et ce que les jeunes gens font. Les deux ne se rencontrent jamais. Si on te demande pourquoi cette scène est importante, réponds qu'elle installe le malentendu qui tuera Rosette à la fin.
Pour ouvrir, tu peux dire ceci : chaque tentative de rapprochement, dans cette pièce, passera par un détour — une fleur, une lettre, une déclaration adressée à quelqu'un d'autre. La scène que tu viens de lire fournit le premier détour.
Une seconde ouverture : les adultes qui observent à trois pas ici seront ceux qui, à l'acte II, rapporteront de travers ce qu'ils auront à moitié entendu. Le poste d'observation est déjà en place.
Reprends : le salon fermé, l'interruption, le certificat qui rime ; puis la phrase apprise, la question sur les corps, les repères qui vacillent ; enfin l'aparté, les dos tournés, l'héliotrope. Trois temps.
Tu sais nommer ce que tu vois : une didascalie qui ferme un espace, un impératif qui coupe, une rime interne qui fait rire, une phrase trop équilibrée, une adresse latérale, un présentatif qui montre. Six choses, six citations.
Trois constructions à savoir sur ce passage.
Les questions de Perdican — il en pose plusieurs à la suite, sans attendre les réponses. Ce n'est pas de la curiosité : c'est quelqu'un qui cherche à retrouver une personne et qui ne la reconnaît pas.
« te voilà métamorphosée en femme » — remarque le petit mot « te », placé avant le verbe. Il rapproche, il tutoie, il traite l'autre en enfant qu'on a connu. Et c'est justement ce qui ne passe plus.
« Voilà une fleur charmante… C'est un héliotrope » — deux présentatifs de suite. Le premier montre, le second nomme. Entre les deux, Perdican a changé de sujet sans que personne l'ait remarqué.
GRAMMAIRE DANS LE RÉCIT
La construction se lit comme une action : elle distribue les voix, les circonstances et les effets avant que l’on nomme la notion.
GRAMMAIRE DANS LE RÉCIT
La construction se lit comme une action : elle distribue les voix, les circonstances et les effets avant que l’on nomme la notion.
GRAMMAIRE DANS LE RÉCIT
La construction se lit comme une action : elle distribue les voix, les circonstances et les effets avant que l’on nomme la notion.
Ce soir, tu peux fermer le cahier. Tu as compris que la scène se joue dans les corps et non dans les mots, et que le Baron ne voit rien. C'est l'essentiel.
Si tu veux garder une seule image en t'endormant, garde celle-ci : deux jeunes gens qui se tournent le dos pendant qu'un père explique à un abbé comment les marier.
Terre ferme : tu peux t'arrêter là. Le dossier de l'épreuve t'attend quand tu voudras, avec ses neuf tiroirs. Ce soir, tu en sais assez pour en parler.
Le même passage est maintenant nommé, découpé, classé et vérifié dans le registre de l’exercice.
Ouvrir directement l’analyseNeuf tiroirs froids pour préparer la copie et l’oral.
Idée générale. Dans cette scène, un père organise les retrouvailles de deux jeunes gens qu'il veut marier, et rien ne se passe comme prévu.
Situation simple. Dans le salon du Baron. Il coupe court à une discussion, vante la vertu d'un abbé, puis fait venir Camille et Perdican. Ils ne se parlent pas.
Mouvement I. Dans ce mouvement, la scène se passe dans le salon du baron. Il dit : brisons là, cela est impossible. Et il vante une vertu pleine d'onction et de componction. L'idée importante est qu'il croit pouvoir tout ordonner.
Mouvement II. Dans ce mouvement, Camille dit que la reconnaissance lui ferme la bouche. On lui demande si une femme ne peut admirer ce qu'elle comprend. Perdican s'étonne de la voir métamorphosée en femme. L'idée importante est que les retrouvailles échouent.
Mouvement III. Dans ce mouvement, le Baron parle à Bridaine à l'écart. Il constate : les voilà qui se tournent le dos. Et Perdican désigne une fleur : c'est un héliotrope. L'idée importante est que l'échec se voit sans se dire.
Pour finir. La leçon de la scène est qu'on ne met pas des sentiments en scène comme on range un salon.
Étape 1 : Alfred de Musset est un écrivain romantique du XIXᵉ siècle, auteur d'un théâtre destiné d'abord à la lecture.
Étape 2 : On ne badine pas avec l'amour, publié en 1834, est un proverbe dramatique où le jeu amoureux conduit à une catastrophe.
Étape 3 : L'extrait est la scène des retrouvailles : le Baron réunit Camille et Perdican dans son salon.
Étape 4 : La scène s'organise en trois temps — le salon qui transforme les personnes en dossiers, les cousins qui déjouent la reconnaissance, le constat d'échec.
Étape 5 : On se demandera comment le Baron met en scène une réunion familiale que les corps et les répliques défont presque aussitôt.
Étape 6 : On suivra d'abord l'autorité du lieu, puis l'échec de la rencontre, enfin le tableau final.
Tu ne sais pas par où commencer ? Suis le texte. Dans chaque prise, dis d’abord ce qui se passe, choisis une citation courte, nomme le procédé qui la construit, puis explique son fonctionnement. Distingue enfin ce que le lecteur ressent de ce que le passage signifie. La question finale t’emmène vers la prise suivante : ce cadre est un chemin, pas une liste à réciter.
Dans l’intérieur du Baron, l’exposition passe des corps caricaturés aux titres, vertus et compétences que le maître veut additionner. Le salon substitue à la place ouverte un espace de maîtrise domestique. L’ordre « Brisons là » tente de fermer une discussion avant l’entrée de Pluche ; la didascalie coupe pourtant la réplique et impose un événement que le Baron doit aussitôt convertir en interrogation. La « vertu inattaquable » de Camille est ensuite certifiée par Blazius dans un vocabulaire absolu, redoublé comiquement par la paronomase « onction » et « componction ». Cette accumulation de garanties montre que le projet matrimonial naît de notices sur les jeunes gens, non de leur désir. Le Baron distribue des valeurs comme des pièces d’un raisonnement : un docteur pour une dévote, une maison pour un mariage. Le plateau va précisément éprouver ce calcul.
Phrase d’orientation. Le salon devient un espace clos que le Baron croit pouvoir entièrement gouverner.
Citation : « (Le salon du baron.) »
Procédé principal : didascalie de lieu.
Analyse. Le salon ferme l’espace autour du maître de maison : le Baron croit pouvoir y ordonner personnes, nouvelles et alliance à venir.
Effet sur le lecteur. Le lecteur voit l'espace se refermer autour du maître de maison.
Interprétation. Le salon ferme l'espace autour du Baron : il croit pouvoir y ordonner les personnes comme les nouvelles, et la scène va démontrer le contraire.
Phrase de liaison. Comment la scène conduit-elle alors vers « Brisons là » ?
Phrase d’orientation. Le Baron interrompt ce qui le dérange au lieu d'examiner ce qu'on lui rapporte.
Citation : « Brisons là »
Procédé principal : impératif.
Analyse. L’impératif « Brisons » cherche à fermer l’échange sur l’ivresse de Blazius. Le Baron répète son refus de croire Bridaine au lieu d’examiner l’indice de l’odeur de vin. L’entrée de Pluche coupe cette discussion et les questions déplacent l’attention vers l’arrivée de Camille. Elles n’obligent pas le Baron à reconnaître le fait qu’il vient de nier : elles changent l’objet de la conversation. La didascalie montre comment une nouvelle présence peut suspendre une enquête. L’autorité du maître organise la circulation des nouvelles sans garantir la justesse de ses jugements.
Effet sur le lecteur. Le lecteur entend une conversation coupée par autorité.
Interprétation. L'impératif cherche à clore ce qui dérange ; le Baron gouverne par interruption, ce qui est déjà l'aveu d'une autorité fragile.
Phrase de liaison. Que révèle ensuite la prise « Onction et componction » ?
Phrase d’orientation. L'éloge religieux de Camille devient si appuyé qu'il éveille déjà le soupçon.
Citation : « Pleine d’onction et de componction, maître Bridaine ; sa vertu est inattaquable. »
Procédé principal : paronomase.
Analyse. La rime interne d’« onction » et « componction » épaissit le certificat religieux jusqu’à la caricature ; « inattaquable » refuse par avance toute enquête sur Camille.
Effet sur le lecteur. Le lecteur entend un certificat de vertu tourner à la caricature.
Interprétation. La rime interne épaissit le certificat religieux jusqu'à la caricature : « inattaquable » dit assez que quelqu'un attaque.
Transition vers le mouvement II. Une fois ce premier mouvement éclairé, comment le texte ouvre-t-il « La reconnaissance me ferme la bouche » ?
La reconnaissance attendue comme effusion devient dialogue heurté où souvenirs, questions et dénégations refusent l’image composée par les adultes. Le silence annoncé par Camille est paradoxalement commenté : « la reconnaissance me ferme la bouche » donne à l’émotion une formule si nette qu’elle semble apprise. Perdican répond au raisonnement de Bridaine par une question qui défend le droit d’une femme à admirer ce qu’elle comprend ; le tutoiement de « D’où sortez-vous » attaque la logique cléricale plutôt que Camille. Puis la chronologie se brouille : « mercredi… ou mardi », « hier », « dix ans » ailleurs. La métamorphose physique est interrogée des deux côtés, comme si chacun hésitait à reconnaître dans l’adulte l’enfant mémorisé. Les pronoms « te », « je », « moi » cherchent une proximité que le souvenir n’assure plus. Le Baron voulait une identité continue ; les cousins découvrent une distance.
Phrase d’orientation. La réponse parfaitement réglée de Camille laisse entendre l'éducation du couvent.
Citation : « Je me tais ; la reconnaissance me ferme la bouche. »
Procédé principal : juxtaposition de deux propositions indépendantes.
Analyse. La phrase donne une cause noble au silence, mais son balancement trop achevé fait entendre le code de la jeune fille élevée à parler de vertu.
Effet sur le lecteur. Le lecteur entend une phrase trop bien faite pour être sincère.
Interprétation. La phrase est trop achevée pour être vraie : Camille récite une convenance de couvent, et Musset fait entendre l'éducation sous la parole.
Phrase de liaison. Quel déplacement la prise « Admirer ce qu'elle comprend » introduit-elle alors ?
Phrase d’orientation. L'échange montre que les adultes manient la parole comme une arme mondaine.
Citation : « ne voulez-vous pas qu’une femme admire ce qu’elle comprend ? »
Procédé principal : interrogation rhétorique.
Analyse. L’interrogation « ne voulez-vous pas » renverse l’argument de Bridaine : comprendre n’exclut pas admirer. Le reproche vise un raisonnement, non une nature féminine.
Effet sur le lecteur. Le lecteur voit un argument retourné par une question.
Interprétation. Retourner l'argument par une question montre que la parole, ici, est une arme mondaine — les adultes s'en servent mieux que du sentiment.
Phrase de liaison. Comment la prise intitulée « Te voilà métamorphosée » fait-elle avancer l’explication ?
Phrase d’orientation. Les retrouvailles révèlent que le temps a transformé les corps autant que les relations.
Citation : « Je suis donc un homme, moi ? »
Procédé principal : pronom tonique détaché.
Analyse. Les repères vacillants et les questions sur les corps mettent l’enfance à portée sans la restituer ; le pronom tonique « moi » marque la surprise d’être devenu autre.
Effet sur le lecteur. Le lecteur voit l'enfance approchée sans être retrouvée.
Interprétation. Les repères vacillants et le regard sur les corps mettent l'enfance à portée sans la rendre : le temps a passé, et personne ne sait le dire.
Transition vers le mouvement III. Après ce deuxième mouvement, que découvre-t-on avec « Le Baron, à maître Bridaine » ?
Apartés, orientations de regard et fleur observée composent un tableau où le Baron doit commenter des gestes qui n’obéissent plus. La simple adresse didascalique « Le Baron, à maître Bridaine » isole un circuit de commentaire adulte en marge des cousins. L’impératif « Dites-leur » délègue à l’abbé une tentative de rapprochement ; le présentatif « les voilà » fixe aussitôt l’image contraire, deux corps qui se tournent le dos. Le théâtre rend visible l’échec du projet familial. Perdican répond ensuite à son père en désignant une fleur et en donnant son nom, « héliotrope ». Ce geste associe une connaissance précise et le plaisir de regarder. Dans l’échange voisin, Camille admire le portrait d’Isabelle. Le Baron découvre donc deux attentions séparées là où il attendait l’union des cousins.
Phrase d’orientation. Les adultes observent les jeunes gens à distance plutôt que de leur demander ce qu'ils veulent.
Citation : « Le Baron, à maître Bridaine. »
Procédé principal : didascalie d’adresse.
Analyse. L’adresse latérale crée un petit poste d’observation : les adultes parlent des jeunes gens à quelques pas d’eux au lieu de leur demander ce qu’ils veulent.
Effet sur le lecteur. Le lecteur voit les adultes commenter à deux pas des jeunes gens.
Interprétation. L'adresse latérale crée un poste d'observation : les adultes parlent des jeunes gens à quelques pas d'eux, ce qui est la structure même de la pièce.
Phrase de liaison. Que permet maintenant de comprendre la prise « Les voilà qui se tournent le dos » ?
Phrase d’orientation. Les deux dos tournés rendent visible l'échec du rapprochement préparé par le Baron.
Citation : « Dites-leur quelques mots ; les voilà qui se tournent le dos. »
Procédé principal : présentatif.
Analyse. Le présentatif traduit la défaite en tableau visible. L’injonction à parler ne peut annuler deux dos tournés, signes muets plus forts que la médiation de Bridaine.
Effet sur le lecteur. Le lecteur voit l'échec devenir un tableau : deux dos tournés.
Interprétation. Le présentatif traduit la défaite en tableau : deux dos tournés valent plus que toutes les répliques, et aucune injonction ne les retournera.
Phrase de liaison. À quelle signification nouvelle la prise « C'est un héliotrope » conduit-elle ?
Phrase d’orientation. La fleur offre à Perdican une échappatoire au moment où chacun attend qu'il parle à Camille.
Citation : « Voilà une fleur charmante, mon père. C’est un héliotrope. »
Procédé principal : présentatifs successifs.
Analyse. Perdican répond à son père en désignant une fleur puis en donnant son nom. Le présentatif « Voilà » accompagne une attention portée à l’objet, tandis que « charmante » exprime le plaisir de l’observer. Le terme « héliotrope » manifeste une connaissance précise dans un geste de contemplation. Cette conduite répond au portrait religieux admiré par Camille sans reprendre son objet. Le Baron attend un rapprochement entre les cousins et découvre deux attentions séparées. La scène distribue leurs univers sensibles au lieu de faire prononcer à Camille les paroles de son cousin.
Effet sur le lecteur. Le lecteur voit une fleur nommée là où l'on attendait une réponse.
Interprétation. Nommer une fleur au lieu de répondre est la première dérobade de Perdican ; la précision botanique remplace l'échange qu'on attendait.
Phrase de liaison vers la conclusion. Comment ces neuf prises permettent-elles désormais de répondre à la problématique ?
1. Récapitulation. La scène oppose un projet à des corps. Le salon referme l'espace autour du Baron, qui gouverne par interruption — « brisons là » — et par certificats : « onction » et « componction » riment jusqu'à la caricature, et s'il faut préciser qu'une vertu ne peut pas être attaquée, c'est qu'on l'attaque déjà. Puis la rencontre échoue dans le détail : Camille récite une convenance de couvent trop bien tournée, un adulte retourne l'argument par une question, et Perdican regarde des corps qu'il ne reconnaît plus, avec des repères de temps qui vacillent. Le troisième temps place les adultes à l'écart, où ils commentent à deux pas ; le présentatif traduit alors la défaite en tableau — « les voilà qui se tournent le dos » — et Perdican répond par une fleur.
2. Ouverture. Ce projet contrarié dès la première rencontre commande toute la pièce, où chaque tentative de rapprochement passera par un détour. Le parcours « les jeux du cœur et de la parole » se joue ici entre deux dos tournés et un nom d'héliotrope.
Auteur : Alfred de Musset.
Œuvre : On ne badine pas avec l'amour, 1834.
Extrait : « Les retrouvailles organisées par le Baron », acte I.
Objet d'étude : Le théâtre du XVIIᵉ siècle au XXIᵉ siècle.
Parcours : Les jeux du cœur et de la parole.
Situation : Le Baron réunit dans son salon Camille et Perdican, ses deux jeunes gens, avec l'intention de les marier.
Problématique : Comment le Baron met-il en scène une réunion familiale que les corps et les répliques défont presque aussitôt ?
Plan : Le salon transforme les personnes en dossiers ; les cousins déjouent la reconnaissance prévue ; le metteur en scène familial constate son échec.
Citations, procédés et interprétations essentiels : ★ indique les appuis à ne pas omettre ; ◆ propose les prolongements à choisir selon le temps disponible.
◆ I.a : « (Le salon du baron.) ». Didascalie de lieu clos. Le salon ferme l’espace autour du maître de maison : le Baron croit pouvoir y ordonner personnes, nouvelles et alliance à venir.
◆ I.b : « Brisons là ; je vous répète que cela est impossible. (Entre dame… ». Impératif de clôture. L’impératif « Brisons » cherche à fermer l’échange sur l’ivresse de Blazius.
★ I.c : « Pleine d’onction et de componction, maître Bridaine ; sa vertu est… ». Rime interne caricaturale. La rime interne d’« onction » et « componction » épaissit le certificat religieux jusqu’à la caricature ; « inattaquable » refuse par avance toute enquête sur Camille.
★ II.a : « Je me tais ; la reconnaissance me ferme la bouche. ». Phrase balancée de convenance. La phrase donne une cause noble au silence, mais son balancement trop achevé fait entendre le code de la jeune fille élevée à parler de vertu.
★ II.b : « Raison de plus, ne voulez-vous pas qu’une femme admire ce qu’elle… ». Interrogation renversant l'argument. L’interrogation « ne voulez-vous pas » renverse l’argument de Bridaine : comprendre n’exclut pas admirer.
★ II.c : « Mercredi, je crois, ou mardi. Comme te voilà métamorphosée en… ». Repères vacillants et pronom tonique. Les repères vacillants et les questions sur les corps mettent l’enfance à portée sans la restituer ; le pronom tonique « moi » marque la surprise d’être devenu autre.
★ III.a : « Le Baron, à maître Bridaine. ». Adresse latérale. L’adresse latérale crée un petit poste d’observation : les adultes parlent des jeunes gens à quelques pas d’eux au lieu de leur demander ce qu’ils veulent.
★ III.b : « Dites-leur quelques mots ; les voilà qui se tournent le dos. ». Présentatif traduisant l'échec. Le présentatif traduit la défaite en tableau visible.
★ III.c : « Voilà une fleur charmante, mon père. C’est un héliotrope. ». Présentatif et nomination. Perdican répond à son père en désignant une fleur puis en donnant son nom.
Appuis ★ repris : I.c II.a II.b II.c III.a III.b III.c
| Procédé désigné | Analyse dans le texte | Effet sur le lecteur | Interprétation |
|---|---|---|---|
| ◆ didascalie de lieu (I.a) | Le salon ferme l’espace autour du maître de maison : le Baron croit pouvoir y ordonner personnes, nouvelles et alliance à venir. | Le lecteur voit l'espace se refermer autour du maître de maison. | Le salon ferme l'espace autour du Baron : il croit pouvoir y ordonner les personnes comme les nouvelles, et la scène va démontrer le contraire. |
| ◆ impératif (I.b) | L’impératif « Brisons » cherche à fermer l’échange sur l’ivresse de Blazius. | Le lecteur entend une conversation coupée par autorité. | L'impératif cherche à clore ce qui dérange ; le Baron gouverne par interruption, ce qui est déjà l'aveu d'une autorité fragile. |
| ★ paronomase (I.c) | La rime interne d’« onction » et « componction » épaissit le certificat religieux jusqu’à la caricature ; « inattaquable » refuse par avance toute enquête sur Camille. | Le lecteur entend un certificat de vertu tourner à la caricature. | La rime interne épaissit le certificat religieux jusqu'à la caricature : « inattaquable » dit assez que quelqu'un attaque. |
| ★ juxtaposition de deux propositions indépendantes (II.a) | La phrase donne une cause noble au silence, mais son balancement trop achevé fait entendre le code de la jeune fille élevée à parler de vertu. | Le lecteur entend une phrase trop bien faite pour être sincère. | La phrase est trop achevée pour être vraie : Camille récite une convenance de couvent, et Musset fait entendre l'éducation sous la parole. |
| ★ interrogation rhétorique (II.b) | L’interrogation « ne voulez-vous pas » renverse l’argument de Bridaine : comprendre n’exclut pas admirer. | Le lecteur voit un argument retourné par une question. | Retourner l'argument par une question montre que la parole, ici, est une arme mondaine — les adultes s'en servent mieux que du sentiment. |
| ★ pronom tonique détaché (II.c) | Les repères vacillants et les questions sur les corps mettent l’enfance à portée sans la restituer ; le pronom tonique « moi » marque la surprise d’être devenu autre. | Le lecteur voit l'enfance approchée sans être retrouvée. | Les repères vacillants et le regard sur les corps mettent l'enfance à portée sans la rendre : le temps a passé, et personne ne sait le dire. |
| ★ didascalie d’adresse (III.a) | L’adresse latérale crée un petit poste d’observation : les adultes parlent des jeunes gens à quelques pas d’eux au lieu de leur demander ce qu’ils veulent. | Le lecteur voit les adultes commenter à deux pas des jeunes gens. | L'adresse latérale crée un poste d'observation : les adultes parlent des jeunes gens à quelques pas d'eux, ce qui est la structure même de la pièce. |
| ★ présentatif (III.b) | Le présentatif traduit la défaite en tableau visible. | Le lecteur voit l'échec devenir un tableau : deux dos tournés. | Le présentatif traduit la défaite en tableau : deux dos tournés valent plus que toutes les répliques, et aucune injonction ne les retournera. |
| ★ présentatifs successifs (III.c) | Perdican répond à son père en désignant une fleur puis en donnant son nom. | Le lecteur voit une fleur nommée là où l'on attendait une réponse. | Nommer une fleur au lieu de répondre est la première dérobade de Perdican ; la précision botanique remplace l'échange qu'on attendait. |
| Prise ★ | Rang | Dans le mémo |
|---|---|---|
| I.c | ★ | oui |
| II.a | ★ | oui |
| II.b | ★ | oui |
| II.c | ★ | oui |
| III.a | ★ | oui |
| III.b | ★ | oui |
| III.c | ★ | oui |
| Sous-partie | Procédé principal | Dans le mémo ? |
|---|---|---|
| I.c | paronomase | oui |
| II.a | juxtaposition de deux propositions indépendantes | oui |
| II.b | interrogation rhétorique | oui |
| II.c | pronom tonique détaché | oui |
| III.a | didascalie d’adresse | oui |
| III.b | présentatif | oui |
| III.c | présentatifs successifs | oui |
Les 7 appuis marqués ★ couvrent les trois mouvements et sont tous repris dans le mémo : résultat 7/7. Ce décompte atteste la couverture, non la qualité générale de la page.
| Erreur à ne pas commettre | Pourquoi c'est une erreur | Formulation correcte à retenir |
|---|---|---|
| Camille est froide par caractère. | Sa phrase trop achevée fait entendre une éducation de couvent. | La convenance parle à sa place. |
| Perdican esquive par indifférence. | Il nomme une fleur au lieu de répondre : c'est une dérobade précise. | Le détour botanique remplace l'échange. |
| Le Baron est ridicule. | Il gouverne par interruption et par certificats, ce qui décrit une autorité fragile. | Son ridicule est une méthode qui échoue. |
| Les dos tournés sont un détail. | Le présentatif en fait le tableau de l'échec. | Les corps disent ce que les répliques taisent. |
| La scène est une simple exposition. | Elle installe le dispositif de la pièce : les adultes observent à deux pas. | L'observation latérale est structurelle. |
| Erreur de méthode | Correction attendue |
|---|---|
| Négliger l'adresse latérale du Baron. | Elle crée le poste d'observation qui commande toute la pièce. |
| Traiter la rime interne d'« onction » et « componction » comme un hasard. | Elle épaissit le certificat jusqu'à la caricature. |
| Résumer l'intrigue amoureuse. | Situer en deux phrases et entrer dans le salon. |
| Annoncer des numéros de page. | Annoncer les répliques par leurs ancres éditoriales. |
| Maladroit | Correct |
|---|---|
| Les jeunes gens ne s'aiment pas. | Ils ne se reconnaissent pas ; l'amour n'est pas encore en question. |
| Musset critique les mariages arrangés. | Il montre un projet défait par des corps, sans le commenter. |
| Le Baron veut leur bonheur. | Il organise une réunion et en constate l'échec, sans le comprendre. |
Phrase étudiée : « Vous voilà… ? Ma nièce est sans doute avec vous ? »
Question : Analysez la construction du fragment et justifiez votre réponse.
Réponse : « Vous voilà… ? Ma nièce est sans doute avec vous ? » enchaîne une reconnaissance et une supposition : l’entrée de Pluche oblige le Baron à convertir son savoir attendu en enquête.
Phrase étudiée : « Comme te voilà… Je suis donc un homme, moi ? »
Question : Analysez la construction du fragment et justifiez votre réponse.
Réponse : Dans « Comme te voilà… Je suis donc un homme, moi ? », le tutoiement rapproche les cousins tandis que le pronom tonique détache un moi adulte devenu étrange à lui-même.
Phrase étudiée : « Les voilà qui se tournent le dos »
Question : Analysez la construction du fragment et justifiez votre réponse.
Réponse : « Les voilà qui se tournent le dos » associe présentatif et relative périphrastique : le Baron ne décrit pas une disposition stable, mais un geste en train de contredire son plan.
Alfred de Musset, On ne badine pas avec l’amour / parcours : les jeux du cœur et de la parole.
Programme national d’œuvres pour l’enseignement de français pour l’année scolaire 2026-2027, Bulletin officiel n° 30 du 24 juillet 2025, note de service du 4 juillet 2025, NOR : MENE2518792N. Lire le texte officiel complet. Vérifié le 2026-08-15.
Le texte inscrit l’œuvre et son parcours au programme ; il ne fournit ni découpage du passage, ni problématique, ni interprétation.
La page propose une explication linéaire, des outils de méthode et des questions de grammaire. Ces analyses relèvent du travail pédagogique, pas du Bulletin officiel.