GRAMMAIRE DANS LE RÉCIT
La phrase comme scène
La construction se lit comme une action : elle distribue les voix, les circonstances et les effets avant que l’on nomme la notion.
Français · Musset · Commentaire linéaire 9
Acte III, scène 3
Alfred de Musset, On ne badine pas avec l’amour
Comment le dispositif de l’écoute cachée transforme-t-il une déclaration à Rosette en arme adressée à Camille ?
Treize tiroirs racontent l’explication avant d’en donner la forme scolaire.
Un homme dit à une paysanne qu'il l'aime, lui pose une chaîne au cou, et sort avec elle. On peut croire à une scène d'amour.
Ce n'en est pas une. Toute la scène est jouée pour quelqu'un qui écoute derrière un arbre. Chaque mot est vrai peut-être, mais chaque mot est calculé pour blesser une absente. Une fois que tu as vu le dispositif, tu ne peux plus lire cette page autrement.
Qui parle ? Camille d'abord, avec un paysan ; puis Perdican avec Rosette ; et Camille, cachée, qui commente.
De quoi ça parle ? Camille intercepte une lettre destinée à quelqu'un d'autre, renvoie le porteur, et se cache. Perdican arrive avec Rosette, s'assied avec elle, parle à voix haute, lui offre une chaîne, l'oppose aux femmes du couvent, puis sort à son bras. Camille voit sa bague partir dans l'eau.
Que veut faire comprendre l'auteur ? Que ces deux-là ne savent plus se parler qu'à travers une troisième personne — et que cette personne existe.
On est au troisième acte, après la scène de la fontaine. Camille avait fait porter une lettre ; Perdican l'a lue ; il organise sa riposte.
Ce qu'il faut savoir : Rosette est la sœur de lait de Camille, une paysanne du village. Elle ne joue aucun jeu, elle. Elle est la seule des trois à croire ce qu'on lui dit — c'est pour cela qu'elle mourra.
Ton introduction peut tenir en six phrases, dans cet ordre.
Le premier moment met en place le piège. « Je te dis de me la donner » : un ordre répété, adressé à un paysan. Camille exige un objet qu'elle ne nomme même pas.
Le paysan obéit et demande sa sortie : « Grand merci ; je m'en vais, n'est-ce pas ? » Il a compris son rôle avant qu'on le lui explique. Il a servi de facteur, il sert maintenant de témoin à renvoyer.
Ce papier va donner à Camille ce qu'aucun personnage n'a jusqu'ici : le programme de ce qui va se passer. Elle saura, elle regardera, et elle ne sera pas vue.
Le deuxième moment est le plus glaçant, et tout tient dans les indications de mise en scène. Perdican et Rosette entrent, s'assoient : le tableau du couple est en place avant qu'un mot soit dit.
Puis Musset écrit ceci : « Perdican, à haute voix, de manière que Camille l'entende. » La consigne dit l'essentiel. Rosette reçoit les mots ; Camille reçoit le coup.
Et il y ajoute un objet : « Il lui pose sa chaîne sur le cou. » Une parole portée, un bijou visible, un corps engagé. Rosette est parée pour un public dont elle ignore l'existence.
Le troisième moment fait la blessure. « Il a jeté ma bague dans l'eau » : quatre mots pour dire qu'un lien vient d'être défait, et Camille les prononce seule, sans que personne les entende.
Perdican promet alors à Rosette : « tu m'aimeras mieux, tout docteur que je suis et toute paysanne que tu es, que ces pâles statues fabriquées par les nonnes. » Il prétend effacer la différence de rang au moment même où il l'énonce. Et il change Camille en objet de pierre, sous son écoute.
Puis il sort avec Rosette. La scène ne se contente pas de dire l'exclusion : elle la joue, en emmenant l'une et en laissant l'autre.
En une phrase : une déclaration d'amour sert d'arme, et celle qui la reçoit n'est pas celle à qui elle est destinée.
Ce que la scène établit, c'est que la cruauté n'a pas besoin de mensonge : il suffit de choisir son public. Si on te demande ce qui rend Perdican coupable, ce n'est pas ce qu'il dit à Rosette, c'est pourquoi il le lui dit.
Pour ouvrir, tu peux dire ceci : chaque geste de cette scène aura une réponse. Camille, à son tour, cachera Rosette derrière une tapisserie. Le dispositif se retournera.
Une seconde ouverture : la seule qui n'a rien organisé ici est Rosette. Elle est parlée, parée, emmenée. Deux scènes plus loin, on entendra son cri derrière un autel.
Reprends : l'ordre répété au paysan, la lettre prise, le témoin renvoyé ; puis l'entrée du couple, la voix portée, la chaîne posée ; enfin la bague dans l'eau, les concessives, la sortie à deux. Trois temps.
Tu sais nommer ce que tu vois : un impératif qui exige, une question qui cherche confirmation, une indication de jeu qui désigne un second destinataire, un geste qui expose un corps, une comparaison qui déshumanise. Cinq choses, cinq citations.
Trois constructions à savoir sur ce passage.
« Je te dis de me la donner » — deux pronoms compléments avant même que l'objet soit nommé. La langue montre l'urgence : ce qui compte, c'est le transfert, pas la chose.
« à haute voix, de manière que Camille l'entende » — une subordonnée de but, dans une didascalie. Musset écrit noir sur blanc l'intention. C'est rare, et c'est ce qui rend la scène impardonnable.
« tout docteur que je suis et toute paysanne que tu es » — deux propositions concessives symétriques. Elles servent à dire que le rang ne compte pas ; en le répétant deux fois, elles ne parlent que de lui.
GRAMMAIRE DANS LE RÉCIT
La construction se lit comme une action : elle distribue les voix, les circonstances et les effets avant que l’on nomme la notion.
GRAMMAIRE DANS LE RÉCIT
La construction se lit comme une action : elle distribue les voix, les circonstances et les effets avant que l’on nomme la notion.
GRAMMAIRE DANS LE RÉCIT
La construction se lit comme une action : elle distribue les voix, les circonstances et les effets avant que l’on nomme la notion.
Ce soir, tu peux fermer le cahier. Tu as compris que la scène a deux destinataires, et que le vrai est celui qui se tait. C'est l'essentiel.
Si tu veux garder une seule image en t'endormant, garde celle-ci : une bague au fond de l'eau, et personne pour la reprendre.
Terre ferme : tu peux t'arrêter là. Le dossier de l'épreuve t'attend quand tu voudras, avec ses neuf tiroirs. Ce soir, tu en sais assez pour en parler.
Le même passage est maintenant nommé, découpé, classé et vérifié dans le registre de l’exercice.
Ouvrir directement l’analyseNeuf tiroirs froids pour préparer la copie et l’oral.
Idée générale. Dans cette scène, Perdican fait la cour à Rosette en sachant que Camille écoute — et tout ce qu'il dit est en réalité pour elle.
Situation simple. Camille obtient une lettre d'un paysan et se cache. Perdican arrive avec Rosette. Il parle fort, lui donne une chaîne, jette une bague dans l'eau, et sort avec elle.
Mouvement I. Dans ce mouvement, Camille entre avec un paysan. Elle répète : je te dis de me la donner. Et il comprend qu'il doit partir. L'idée importante est qu'elle organise sa cachette.
Mouvement II. Dans ce mouvement, Perdican et Rosette entrent et s'assoient. Une didascalie précise qu'il parle à haute voix, pour que Camille l'entende. Et il pose sa chaîne sur le cou de Rosette. L'idée importante est que tout est calculé.
Mouvement III. Dans ce mouvement, Camille constate qu'il a jeté sa bague dans l'eau. Perdican promet à Rosette un amour meilleur, tout docteur qu'il est. Et il sort avec elle. L'idée importante est que la blessure est fabriquée exprès.
Pour finir. La leçon de la scène est qu'on peut se servir de quelqu'un comme d'un instrument sans jamais lui mentir.
Étape 1 : Alfred de Musset est un écrivain romantique du XIXᵉ siècle, auteur d'un théâtre destiné d'abord à la lecture.
Étape 2 : On ne badine pas avec l'amour, publié en 1834, est un proverbe dramatique où le jeu amoureux conduit à une catastrophe.
Étape 3 : L'extrait est la scène de l'écoute cachée : Perdican courtise Rosette en sachant que Camille l'entend.
Étape 4 : La scène s'organise en trois temps — la place cachée préparée, la mise en scène réglée, la blessure fabriquée.
Étape 5 : On se demandera comment le dispositif de l'écoute cachée transforme une déclaration à Rosette en arme adressée à Camille.
Étape 6 : On suivra d'abord l'obtention de la lettre, puis les didascalies, enfin la bague et la sortie.
Tu ne sais pas par où commencer ? Suis le texte. Dans chaque prise, dis d’abord ce qui se passe, choisis une citation courte, nomme le procédé qui la construit, puis explique son fonctionnement. Distingue enfin ce que le lecteur ressent de ce que le passage signifie. La question finale t’emmène vers la prise suivante : ce cadre est un chemin, pas une liste à réciter.
L’impératif arrache un objet au paysan, puis le remerciement ambigu organise le retrait de celui qui a servi de relais. L’entrée de Camille avec le paysan fait apparaître un circuit de transmission populaire. « Je te dis de me la donner » répète l’ordre et enchâsse le pronom objet avant même que la lettre soit nommée : l’enjeu matériel commande la relation. Le paysan répond par « Grand merci » puis demande s’il doit partir ; la question-écho « n’est-ce pas ? » sollicite la confirmation d’un rôle déjà compris. Camille transforme ainsi un tiers en facteur puis en témoin à écarter. La lettre, invisible dans ces citations brèves, reconfigure pourtant tout l’espace : elle informe Camille de la venue de Perdican et lui permet d’organiser une écoute. Le savoir précède le spectacle qui sera joué pour elle.
Phrase d’orientation. L'entrée de Camille et du paysan place d'emblée la lettre sous le signe de l'inégalité sociale.
Citation : « Entrent Camille et Le Paysan. »
Procédé principal : didascalie d’entrée.
Analyse. La didascalie place une jeune aristocrate et un paysan dans le même mouvement d’entrée ; la lettre à obtenir explique leur association momentanée.
Effet sur le lecteur. Le lecteur voit deux conditions entrer ensemble.
Interprétation. Faire entrer ensemble une aristocrate et un paysan installe le rapport de force que la lettre à obtenir va exploiter.
Phrase de liaison. Comment la scène conduit-elle alors vers « Je te dis de me la donner » ?
Phrase d’orientation. Camille impose sa volonté au paysan avec l'autorité qu'elle reprochait jusque-là aux autres.
Citation : « Je te dis de me la donner. »
Procédé principal : répétition.
Analyse. La répétition « je te dis » renforce l’ordre et le double pronom distribue pouvoir, relais et objet avant toute justification.
Effet sur le lecteur. Le lecteur entend un ordre répété sans justification.
Interprétation. La répétition de l'ordre et le double pronom distribuent pouvoir, relais et objet avant toute justification : Camille prend ici les manières qu'elle reprochait aux autres.
Phrase de liaison. Que révèle ensuite la prise « Je m'en vais, n'est-ce pas ? » ?
Phrase d’orientation. Le paysan comprend que sa disparition fait encore partie du service qu'on lui commande.
Citation : « Grand merci ; je m’en vais, n’est-ce pas ? »
Procédé principal : interrogation directe.
Analyse. Le remerciement peut être poli ou ironique ; la question finale montre surtout que le paysan comprend sa sortie comme partie du service demandé.
Effet sur le lecteur. Le lecteur voit un homme comprendre qu'il doit disparaître.
Interprétation. Le paysan comprend sa sortie comme faisant partie de l'ordre : dans cette pièce, les subalternes savent toujours quand disparaître.
Transition vers le mouvement II. Une fois ce premier mouvement éclairé, comment le texte ouvre-t-il « Perdican et Rosette s'assoient » ?
L’entrée du couple visible, la voix portée vers Camille et la chaîne posée au cou de Rosette transforment l’adresse amoureuse en composition calculée. La didascalie fait entrer Perdican et Rosette ensemble et les fait asseoir : le tableau de proximité est installé avant la parole. L’indication « à haute voix » sépare le destinataire grammatical du destinataire stratégique ; la subordonnée de but « de manière que Camille l’entende » nomme explicitement le double jeu. Le geste de la chaîne ajoute un objet visible au son porté. Poser le bijou « sur le cou » engage le corps de Rosette dans une démonstration dont elle ne maîtrise pas le public. Perdican ne ment pas nécessairement dans chaque mot, mais il organise leur réception comme une arme. La scène donne ainsi une syntaxe matérielle à la cruauté : entrer, s’asseoir, hausser la voix, parer.
Phrase d’orientation. Perdican et Rosette forment un couple visible, mais Camille cachée occupe la troisième place décisive.
Citation : « (Entrent Perdican et Rosette, qui s’assoient.) »
Procédé principal : didascalie d’entrée.
Analyse. Le pluriel de l’entrée et le verbe pronominal installent un couple apparent ; Camille, cachée, occupe pourtant la troisième place décisive du tableau.
Effet sur le lecteur. Le lecteur voit se former un couple qui n'en est pas un.
Interprétation. Le verbe pronominal installe un couple apparent, mais Camille cachée occupe la troisième place : rien de ce qui se dit n'est adressé à qui l'entend.
Phrase de liaison. Quel déplacement la prise « À haute voix, pour que Camille l'entende » introduit-elle alors ?
Phrase d’orientation. La déclaration adressée à Rosette vise en réalité la destinataire secrète qui l'écoute.
Citation : « Perdican, à haute voix, de manière que Camille l’entende. »
Procédé principal : didascalie d’adresse.
Analyse. L’incise didascalique révèle le destinataire secret. La voix n’est pas seulement forte : elle est calibrée pour franchir l’écran de la cachette.
Effet sur le lecteur. Le lecteur apprend à qui la voix s'adresse vraiment.
Interprétation. L'incise didascalique est la clé de la scène : la voix est calibrée pour franchir une cloison, et le théâtre montre ici son propre mécanisme.
Phrase de liaison. Comment la prise intitulée « La chaîne posée sur le cou » fait-elle avancer l’explication ?
Phrase d’orientation. La chaîne touche le corps de Rosette tout en cherchant le regard de Camille.
Citation : « (Il lui pose sa chaîne sur le cou.) »
Procédé principal : didascalie gestuelle.
Analyse. Le pronom « lui » désigne Rosette comme bénéficiaire du geste, mais la chaîne est simultanément signe offert au regard de Camille.
Effet sur le lecteur. Le lecteur voit un cadeau destiné à un regard caché.
Interprétation. La chaîne est offerte à Rosette et destinée au regard de Camille : le geste a deux adresses, et la seconde est la vraie.
Transition vers le mouvement III. Après ce deuxième mouvement, que découvre-t-on avec « Il a jeté ma bague dans l'eau » ?
Camille nomme depuis sa cachette la disparition de son objet ; Perdican exalte ensuite Rosette contre les femmes du couvent avant de sortir avec elle. La phrase « Il a jeté ma bague dans l’eau » rassemble sujet masculin, possessif blessé et élément de la fontaine. L’objet d’un lien ancien est retiré à Camille sans parole directe. Perdican répond à Rosette par une comparaison asymétrique : le futur « tu m’aimeras » est posé comme promesse, puis les concessives « tout docteur… toute paysanne… » prétendent abolir le rang tout en le nommant. L’opposition aux « pâles statues » fabriquées par les nonnes transforme Camille en type déshumanisé sous son écoute. Enfin la sortie avec Rosette donne au discours une conséquence spatiale : Perdican emporte la destinataire visible, laissant Camille avec les signes qu’elle devait recevoir. La déclaration agit donc par exclusion autant que par amour proclamé.
Phrase d’orientation. La bague reprise sans explication transforme un objet retrouvé en blessure muette.
Citation : « Il a jeté ma bague dans l’eau. »
Procédé principal : déterminant possessif.
Analyse. Le possessif « ma » concentre la blessure : la bague perdue dans l’eau est moins un objet détruit qu’un lien repris sans confrontation.
Effet sur le lecteur. Le lecteur voit une bague perdue dans l'eau.
Interprétation. Le possessif concentre la blessure : la bague n'est pas détruite, elle est reprise sans phrase — et c'est ce silence qui blesse.
Phrase de liaison. Que permet maintenant de comprendre la prise « Tout docteur que je suis » ?
Phrase d’orientation. La déclaration prétend dépasser les rangs sociaux au moment même où elle les nomme.
Citation : « tu m’aimeras mieux, tout docteur que je suis et toute paysanne que tu es »
Procédé principal : futur simple.
Analyse. Le futur promet un amour meilleur, tandis que les deux concessives affichent les rangs qu’elles prétendent dépasser. Rosette est louée contre une caricature de Camille.
Effet sur le lecteur. Le lecteur entend deux rangs affichés pour être dépassés.
Interprétation. Les concessives affichent les rangs qu'elles prétendent dépasser ; Rosette est aimée à voix haute, dans des termes qui la maintiennent à sa place.
Phrase de liaison. À quelle signification nouvelle la prise « Il sort avec Rosette » conduit-elle ?
Phrase d’orientation. La sortie du couple visible prolonge dans l'espace le message destiné à Camille.
Citation : « (Il sort avec Rosette.) »
Procédé principal : didascalie de sortie.
Analyse. La sortie clôt le tableau par un déplacement réel : la parole dirigée vers la cachette se prolonge dans l’éloignement du couple visible.
Effet sur le lecteur. Le lecteur voit la scène se prolonger dans un départ.
Interprétation. La sortie prolonge dans l'espace la parole dirigée vers la cachette : Perdican n'a pas fini de parler à Camille, il continue en s'éloignant.
Phrase de liaison vers la conclusion. Comment ces neuf prises permettent-elles désormais de répondre à la problématique ?
1. Récapitulation. La scène est un théâtre dans le théâtre, et son mécanisme est écrit dans les didascalies. Camille prépare d'abord sa place : elle obtient une lettre par un ordre répété, sans justification, et le paysan comprend seul qu'il doit disparaître. Perdican et Rosette entrent ensuite comme un couple, mais la troisième place est occupée : l'incise didascalique — « à haute voix, de manière que Camille l'entende » — révèle le vrai destinataire, et la chaîne posée sur un cou a deux adresses. Le dernier temps fabrique la blessure : la bague jetée sans phrase, et une promesse d'amour dont les concessives maintiennent Rosette au rang qu'elles prétendent dépasser. La sortie prolonge la parole dans l'espace.
2. Ouverture. Rosette, instrument de cette scène, en mourra à l'acte suivant : c'est elle qui paiera le duel des deux autres. Le parcours « les jeux du cœur et de la parole » désigne ici exactement le badinage du titre, et son prix.
Auteur : Alfred de Musset.
Œuvre : On ne badine pas avec l'amour, 1834.
Extrait : « Perdican parle à Rosette pour atteindre Camille », acte III.
Objet d'étude : Le théâtre du XVIIᵉ siècle au XXIᵉ siècle.
Parcours : Les jeux du cœur et de la parole.
Situation : Camille s'est cachée pour écouter ; Perdican, sachant qu'elle écoute, fait la cour à Rosette.
Problématique : Comment le dispositif de l'écoute cachée transforme-t-il une déclaration à Rosette en arme adressée à Camille ?
Plan : Camille obtient la lettre et prépare sa place cachée ; la mise en scène règle volume, regard et bijoux ; la bague jetée et la déclaration fabriquent une blessure.
Citations, procédés et interprétations essentiels : ★ indique les appuis à ne pas omettre ; ◆ propose les prolongements à choisir selon le temps disponible.
◆ I.a : « Entrent Camille et Le Paysan. ». Didascalie d'entrée contrastée. La didascalie place une jeune aristocrate et un paysan dans le même mouvement d’entrée ; la lettre à obtenir explique leur association momentanée.
★ I.b : « Je te dis de me la donner. ». Répétition d'ordre et double pronom. La répétition « je te dis » renforce l’ordre et le double pronom distribue pouvoir, relais et objet avant toute justification.
◆ I.c : « Grand merci ; je m’en vais, n’est-ce pas ? ». Question de congé. Le remerciement peut être poli ou ironique ; la question finale montre surtout que le paysan comprend sa sortie comme partie du service demandé.
★ II.a : « (Entrent Perdican et Rosette, qui s’assoient.) ». Didascalie de couple apparent. Le pluriel de l’entrée et le verbe pronominal installent un couple apparent ; Camille, cachée, occupe pourtant la troisième place décisive du tableau.
★ II.b : « Perdican, à haute voix, de manière que Camille l’entende. ». Incise didascalique de destination. L’incise didascalique révèle le destinataire secret.
★ II.c : « (Il lui pose sa chaîne sur le cou.) ». Geste offert au regard tiers. Le pronom « lui » désigne Rosette comme bénéficiaire du geste, mais la chaîne est simultanément signe offert au regard de Camille.
★ III.a : « Il a jeté ma bague dans l’eau. ». Possessif de blessure. Le possessif « ma » concentre la blessure : la bague perdue dans l’eau est moins un objet détruit qu’un lien repris sans confrontation.
★ III.b : « Oui, comme tu pourras ; et tu m’aimeras mieux, tout docteur que je… ». Futur et concessives corrélées. Le futur promet un amour meilleur, tandis que les deux concessives affichent les rangs qu’elles prétendent dépasser.
★ III.c : « (Il sort avec Rosette.) ». Sortie qui prolonge la scène. La sortie clôt le tableau par un déplacement réel : la parole dirigée vers la cachette se prolonge dans l’éloignement du couple visible.
Appuis ★ repris : I.b II.a II.b II.c III.a III.b III.c
| Procédé désigné | Analyse dans le texte | Effet sur le lecteur | Interprétation |
|---|---|---|---|
| ◆ didascalie d’entrée (I.a) | La didascalie place une jeune aristocrate et un paysan dans le même mouvement d’entrée ; la lettre à obtenir explique leur association momentanée. | Le lecteur voit deux conditions entrer ensemble. | Faire entrer ensemble une aristocrate et un paysan installe le rapport de force que la lettre à obtenir va exploiter. |
| ★ répétition (I.b) | La répétition « je te dis » renforce l’ordre et le double pronom distribue pouvoir, relais et objet avant toute justification. | Le lecteur entend un ordre répété sans justification. | La répétition de l'ordre et le double pronom distribuent pouvoir, relais et objet avant toute justification : Camille prend ici les manières qu'elle reprochait aux autres. |
| ◆ interrogation directe (I.c) | Le remerciement peut être poli ou ironique ; la question finale montre surtout que le paysan comprend sa sortie comme partie du service demandé. | Le lecteur voit un homme comprendre qu'il doit disparaître. | Le paysan comprend sa sortie comme faisant partie de l'ordre : dans cette pièce, les subalternes savent toujours quand disparaître. |
| ★ didascalie d’entrée (II.a) | Le pluriel de l’entrée et le verbe pronominal installent un couple apparent ; Camille, cachée, occupe pourtant la troisième place décisive du tableau. | Le lecteur voit se former un couple qui n'en est pas un. | Le verbe pronominal installe un couple apparent, mais Camille cachée occupe la troisième place : rien de ce qui se dit n'est adressé à qui l'entend. |
| ★ didascalie d’adresse (II.b) | L’incise didascalique révèle le destinataire secret. | Le lecteur apprend à qui la voix s'adresse vraiment. | L'incise didascalique est la clé de la scène : la voix est calibrée pour franchir une cloison, et le théâtre montre ici son propre mécanisme. |
| ★ didascalie gestuelle (II.c) | Le pronom « lui » désigne Rosette comme bénéficiaire du geste, mais la chaîne est simultanément signe offert au regard de Camille. | Le lecteur voit un cadeau destiné à un regard caché. | La chaîne est offerte à Rosette et destinée au regard de Camille : le geste a deux adresses, et la seconde est la vraie. |
| ★ déterminant possessif (III.a) | Le possessif « ma » concentre la blessure : la bague perdue dans l’eau est moins un objet détruit qu’un lien repris sans confrontation. | Le lecteur voit une bague perdue dans l'eau. | Le possessif concentre la blessure : la bague n'est pas détruite, elle est reprise sans phrase — et c'est ce silence qui blesse. |
| ★ futur simple (III.b) | Le futur promet un amour meilleur, tandis que les deux concessives affichent les rangs qu’elles prétendent dépasser. | Le lecteur entend deux rangs affichés pour être dépassés. | Les concessives affichent les rangs qu'elles prétendent dépasser ; Rosette est aimée à voix haute, dans des termes qui la maintiennent à sa place. |
| ★ didascalie de sortie (III.c) | La sortie clôt le tableau par un déplacement réel : la parole dirigée vers la cachette se prolonge dans l’éloignement du couple visible. | Le lecteur voit la scène se prolonger dans un départ. | La sortie prolonge dans l'espace la parole dirigée vers la cachette : Perdican n'a pas fini de parler à Camille, il continue en s'éloignant. |
| Prise ★ | Rang | Dans le mémo |
|---|---|---|
| I.b | ★ | oui |
| II.a | ★ | oui |
| II.b | ★ | oui |
| II.c | ★ | oui |
| III.a | ★ | oui |
| III.b | ★ | oui |
| III.c | ★ | oui |
| Sous-partie | Procédé principal | Dans le mémo ? |
|---|---|---|
| I.b | répétition | oui |
| II.a | didascalie d’entrée | oui |
| II.b | didascalie d’adresse | oui |
| II.c | didascalie gestuelle | oui |
| III.a | déterminant possessif | oui |
| III.b | futur simple | oui |
| III.c | didascalie de sortie | oui |
Les 7 appuis marqués ★ couvrent les trois mouvements et sont tous repris dans le mémo : résultat 7/7. Ce décompte atteste la couverture, non la qualité générale de la page.
| Erreur à ne pas commettre | Pourquoi c'est une erreur | Formulation correcte à retenir |
|---|---|---|
| Perdican ment à Rosette. | Il ne lui dit rien de faux ; il s'adresse à quelqu'un d'autre. | Il se sert d'elle sans lui mentir, ce qui est pire. |
| Camille surprend une scène. | Elle l'a organisée : lettre obtenue, paysan congédié, place prise. | La cachette est préparée. |
| Les didascalies sont secondaires. | L'incise dit le destinataire réel de toute la scène. | Le mécanisme est écrit dans les didascalies. |
| La chaîne est un cadeau. | Elle est simultanément offerte et exhibée. | Le geste a deux adresses, et la seconde est la vraie. |
| Les concessives élèvent Rosette. | Elles affichent les rangs qu'elles prétendent dépasser. | Elle est aimée à voix haute et maintenue à sa place. |
| Erreur de méthode | Correction attendue |
|---|---|
| Traiter la scène comme un dialogue d'amour. | Elle a trois personnages, dont un caché. |
| Négliger l'entrée du paysan. | Elle installe le rapport de force que Camille exploite. |
| Prendre la bague jetée pour un mouvement d'humeur. | Le silence du geste est ce qui blesse. |
| Annoncer des numéros de page. | Annoncer les répliques par leurs ancres éditoriales. |
| Maladroit | Correct |
|---|---|
| Perdican se venge. | Il fabrique une blessure, avec un volume de voix et un bijou. |
| Rosette est naïve. | Elle est instrumentalisée, ce qui n'engage pas son intelligence. |
| Camille espionne. | Elle a organisé une scène pour l'entendre : ce n'est pas la même chose. |
Phrase étudiée : « Je te dis de me la donner »
Question : Analysez la construction du fragment et justifiez votre réponse.
Réponse : Dans « Je te dis de me la donner », le verbe de parole régit l’infinitif ; les pronoms successifs font du paysan l’agent et de Camille la destinataire de l’objet.
Phrase étudiée : « De manière que Camille l’entende »
Question : Analysez la construction du fragment et justifiez votre réponse.
Réponse : « De manière que Camille l’entende » commande le subjonctif dans le témoin de 1884 : le volume de la voix est orienté vers un résultat recherché, non un hasard d’acoustique.
Phrase étudiée : « Tout docteur que je suis et toute paysanne que tu es »
Question : Analysez la construction du fragment et justifiez votre réponse.
Réponse : « Tout docteur que je suis et toute paysanne que tu es » maintient les identités sociales au moment de prétendre qu’elles ne feront pas obstacle à l’amour.
Alfred de Musset, On ne badine pas avec l’amour / parcours : les jeux du cœur et de la parole.
Programme national d’œuvres pour l’enseignement de français pour l’année scolaire 2026-2027, Bulletin officiel n° 30 du 24 juillet 2025, note de service du 4 juillet 2025, NOR : MENE2518792N. Lire le texte officiel complet. Vérifié le 2026-08-15.
Le texte inscrit l’œuvre et son parcours au programme ; il ne fournit ni découpage du passage, ni problématique, ni interprétation.
La page propose une explication linéaire, des outils de méthode et des questions de grammaire. Ces analyses relèvent du travail pédagogique, pas du Bulletin officiel.