I. Télumée accomplit des gestes singuliers de reprise
Réparer suppose d’abord des gestes que Télumée accomplit elle-même. Défendre son corps, quitter Belle-Feuille et habiter le temps du jardin marquent trois reprises qu’aucun autre ne peut effectuer à sa place.
I.a. La riposte face à M. Desaragne : reprendre possession de son corps
Le geste de défense de Télumée rétablit singulièrement la limite de son corps, car le présentatif implicite, le diminutif et le déictique « ici » rapprochent immédiatement la parole de l’action défensive.
Dans le passage qui éclaire l’articulation entre réparation personnelle et réparation collective, Monsieur Desaragne entre dans la chambre et Télumée lui oppose une parole puis un geste de défense. Dans cette lecture de l’articulation entre réparation personnelle et réparation collective, le procédé décisif est le suivant : le présentatif implicite, le diminutif et le déictique « ici » rapprochent immédiatement la parole de l’action défensive. L’argument peut alors s’énoncer clairement : Le geste de défense de Télumée rétablit singulièrement la limite de son corps. Toutefois, le recul de l’agresseur ne supprime pas le rapport racial et social qui a rendu l’agression possible ; cette réserve borne l’affirmation « Le geste de défense de Télumée rétablit singulièrement la limite de son corps ».
Schwarz-Bart écrit : « j’ai un petit couteau ici » (§ 295).
Pour préciser l’articulation entre réparation personnelle et réparation collective, la formule « j’ai un petit couteau ici » appelle une observation : le présentatif implicite, le diminutif et le déictique « ici » rapprochent immédiatement la parole de l’action défensive. Ce travail de la langue rend défendable la proposition suivante : Le geste de défense de Télumée rétablit singulièrement la limite de son corps. Les mots choisis donnent ainsi une forme concrète à l’articulation entre réparation personnelle et réparation collective. La preuve garde toutefois une frontière précise : le recul de l’agresseur ne supprime pas le rapport racial et social qui a rendu l’agression possible ; elle borne la proposition « Le geste de défense de Télumée rétablit singulièrement la limite de son corps ».
Par conséquent, le geste de défense de Télumée rétablit singulièrement la limite de son corps.
Comment la route hors de Belle-Feuille permet de laisser les paroles perdre leur emprise ?
I.b. La route hors de Belle-Feuille : laisser les paroles perdre leur emprise
La marche hors de Belle-Feuille constitue une décision que personne ne prend à sa place, car le sujet double et la progression « puis » font du paysage une force qui emporte Télumée hors du domaine.
Pour approfondir l’articulation entre réparation personnelle et réparation collective, le récit revient à un moment précis : la route éloigne Télumée du domaine pendant que les paroles de Mme Desaragne perdent progressivement leur emprise. Pour examiner l’articulation entre réparation personnelle et réparation collective, le point d’appui se trouve dans la langue du passage : le sujet double et la progression « puis » font du paysage une force qui emporte Télumée hors du domaine. Cette observation conduit à l’idée suivante : La marche hors de Belle-Feuille constitue une décision que personne ne prend à sa place. Une réserve demeure : le départ reconquiert une direction sans abolir les violences et les dominations déjà subies ; elle empêche de généraliser la proposition « La marche hors de Belle-Feuille constitue une décision que personne ne prend à sa place ».
Schwarz-Bart écrit : « l’allée d’hibiscus, puis la route m’emportaient loin de Belle-Feuille » (§ 249).
Dans l’étude de l’articulation entre réparation personnelle et réparation collective, les mots « l’allée d’hibiscus, puis la route m’emportaient loin de Belle-Feuille » organisent la preuve : le sujet double et la progression « puis » font du paysage une force qui emporte Télumée hors du domaine. Le procédé donne ainsi une assise textuelle à l’idée suivante : La marche hors de Belle-Feuille constitue une décision que personne ne prend à sa place. Le détail de la phrase rattache directement la preuve à l’articulation entre réparation personnelle et réparation collective. Cette lecture rencontre une réserve : le départ reconquiert une direction sans abolir les violences et les dominations déjà subies ; l’idée « La marche hors de Belle-Feuille constitue une décision que personne ne prend à sa place » demeure ainsi fidèle à sa situation.
Par conséquent, la marche hors de Belle-Feuille constitue une décision que personne ne prend à sa place.
Comment la dernière parole dans le jardin permet de demeurer debout avec les morts ?
I.c. La dernière parole dans le jardin : demeurer debout avec les morts
La position debout dans le jardin affirme une manière personnelle d’habiter le temps, car le parallélisme des deux moments du jour et le verbe « glissent » condensent le passage continu du temps.
La réflexion sur l’articulation entre réparation personnelle et réparation collective prend appui sur une scène nettement située : la narratrice âgée regarde les morts, les luttes futures, le cycle des jours et sa propre disparition depuis le jardin. Rapporté à l’articulation entre réparation personnelle et réparation collective, ce moment tire sa force d’un élément précis : le parallélisme des deux moments du jour et le verbe « glissent » condensent le passage continu du temps. L’analyse établit ainsi la proposition suivante : La position debout dans le jardin affirme une manière personnelle d’habiter le temps. Il faut cependant conserver cette nuance : la station debout n’est ni une victoire totale ni la réparation rétrospective de toutes les pertes ; elle mesure la conclusion « La position debout dans le jardin affirme une manière personnelle d’habiter le temps ».
Schwarz-Bart écrit : « Soleil levé, soleil couché, les journées glissent » (§ 744).
Rapportée à l’articulation entre réparation personnelle et réparation collective, la citation « Soleil levé, soleil couché, les journées glissent » tire sa force d’un procédé : le parallélisme des deux moments du jour et le verbe « glissent » condensent le passage continu du temps. L’effet obtenu conduit à cette lecture : La position debout dans le jardin affirme une manière personnelle d’habiter le temps. Le mouvement du passage précise de cette façon l’articulation entre réparation personnelle et réparation collective. La nuance reste indispensable : la station debout n’est ni une victoire totale ni la réparation rétrospective de toutes les pertes ; elle empêche de simplifier la conclusion « La position debout dans le jardin affirme une manière personnelle d’habiter le temps ».
Par conséquent, la position debout dans le jardin affirme une manière personnelle d’habiter le temps.
Défendre son corps, quitter Belle-Feuille et habiter le temps du jardin marquent trois reprises qu’aucun autre ne peut effectuer à sa place. Cette autonomie ne naît pourtant pas dans l’isolement. Pourquoi la réparation individuelle demeure-t-elle impossible sans adresses et savoirs partagés ?