Seconde partie Chapitre I Pour passer à l'Autre Bord, il faut une main au câble et une main à l'enfant : l'aïeule fait franchir à Télumée le seuil de son nouveau monde Deux ans après la mort d'Angebert, un étranger venu de la Côte-sous-le-vent, Haut-Colbi, fait halte à L'Abandonnée et séduit Victoire. Pour protéger sa fille de dix ans, Victoire l'envoie à Fond-Zombi chez Reine Sans Nom, qui l'emmène en bénissant sa mère. Après une longue marche et le passage du pont de l'Autre Bord, l'enfant découvre la dernière case du village, adossée à la montagne, et l'aïeule qui l'accueille comme une chance. Le chapitre installe la vie quotidienne à Fond-Zombi : petits métiers, lessive à la rivière où la Reine arrache l'enfant aux paroles qui désespèrent, soirs de tresses et de chants d'esclaves. Il se clôt sur un compliment de l'aïeule à son « petit verre de cristal ».
Chapitre II De la buvette où l'on colporte la légende de man Cia à la clairière où elle parle, l'enfant monte vers ceux qui savent : c'est là que l'esclavage cesse d'être un conte. Installée à Fond-Zombi, Télumée apprend le village par l'oreille, à la boutique du père Abel, où circulent les récits des hommes, dont celui de l'estafilade que man Cia, changée en bête, aurait infligée au boutiquier. Reine Sans Nom refuse de juger son amie et conduit l'enfant jusqu'à la case gardée de man Cia. La rencontre, faite de bénédictions, de peur, de rêves et d'un repas où le mari défunt a sa part, bascule quand l'enfant demande ce qu'est un esclave. Les deux vieilles répondent par des images et des proverbes, et l'enfant, seule sous le bambou, comprend que cette histoire s'est passée ici.
Chapitre III Entre le Bassin bleu et le fanal de la Reine, les jeudis font l'enfance entière : l'amour d'Élie d'un côté, la parole qui apprend à tenir les brides de l'autre. Victoire passe une dernière fois avant de fuir vers la Dominique, et Régina, des années plus tard, ne reconnaîtra plus sa sœur. Seule avec Reine Sans Nom, Télumée grandit au bord de la forêt, jusqu'au jour où Élie surgit en riant sur le sentier de la rivière. L'école de La Ramée, les midis sous le flamboyant, les jeudis au Bassin bleu font naître un amour que le village commente et que les aînés bénissent. Chaque jeudi s'achève à la veillée, où la Reine raconte le conte de l'Homme qui vivait à l'odeur et en tire une maxime : c'est à Télumée de conduire le cheval.
Chapitre IV Lâchée comme un cerf-volant par la Reine, Télumée descend des mornes vers Belle-Feuille : elle entre chez les descendants des maîtres, mais la parole de l'aïeule tient encore le fil. L'école a ouvert ses vannes : à quatorze ans, Télumée entre dans une jeunesse qui se jette à la vie, tandis qu'Élie échappe à la canne en partant scier dans les bois avec Amboise. Leurs dimanches au Bassin bleu disent un amour qui lie et effraie, jusqu'à la fuite de Télumée. La maladie de la Reine vide la bourse : l'aïeule négocie seule une place chez les Desaragne, à Belle-Feuille, et lâche sa petite-fille comme un cerf-volant. Servante à l'essai, Télumée tient bon en se faisant pierre sous l'eau et tambour à deux faces, et, chaque mardi, conduit son cheval en chantant.
Chapitre V Racontée à Fond-Zombi, la maison des maîtres rapetisse jusqu'au dé à coudre : le rire de la Reine et le fruit à pain cuit au bois rendent à Télumée sa personne. Servante à Belle-Feuille, Télumée traverse les réceptions des maîtres en se gardant intacte, puis gagne chaque dimanche Fond-Zombi, où la troupe du hameau et Reine Sans Nom l'attendent. Le récit qu'elle fait de la maison des Blancs se dissout dans le rire de la Reine, qui oppose le fruit à pain cuit au bois à la béchamel des maîtres. Autour d'elle reviennent les familiers, Amboise, Filao, Adriana, et la parole circule comme une richesse. Le soir, Élie décrit la case qu'il bâtit ; le lundi matin, la voix de Mme Desaragne rompt ce songe sur la pelouse.
Chapitre VI Il faut du feu, de la nourriture cuite et le rire du village pour qu'une case devienne une maison : Télumée y monte en femme, par l'échelle et non par la porte de service. À l'approche de Noël, Télumée, retenue à Belle-Feuille, entend les maîtres la traiter en objet et repousse, par la parole et la menace, la visite nocturne de M. Desaragne. Le chant d'Élie dans la nuit la décide : à l'aube elle prend congé et, au lieu de rentrer à Fond-Zombi, monte vers les bois où Élie scie avec Amboise. Leur union, dite par des images d'envol, fait d'elle une femme ; Élie se présente alors en homme devant Reine Sans Nom, qui répond par la devise des Lougandor. Le soir même, avec le père Abel et le village qui rient, la Reine allume le feu devant la case neuve et le couple en prend possession au crépuscule.
Chapitre VII Une case n'est rien sans les fils qui la relient aux autres : la Reine dessine dans la poussière le village qui accueille Télumée, avant que ne vienne l'épreuve. Au premier matin dans sa case, Télumée se sent à sa place exacte ; les laveuses l'acceptent, et la Reine lui dessine dans la terre la toile de fils qui relie les cases de Fond-Zombi. À la buvette du père Abel, les amis d'Élie le mettent à l'épreuve, et sa réponse fait du couple une nouvelle qui transfigure le village. Vient une époque de prospérité où Élie scie et chante et où Télumée tient sa maison, jusqu'au jour où Laetitia, à la rivière, puis dans la rue, sème le doute par l'image de la canne congo. Télumée répond, et Élie, tirant ses planches, retourne l'image en chanson.
Chapitre VIII Quand plus rien ne se bâtit à Fond-Zombi, le bois qui faisait la fierté d’Élie devient le mur qui le sépare de Télumée : la ruine du monde entre dans le couple. Au sommet de son bonheur avec Élie, Télumée pressent la chute, et la Reine lui apprend qu’il faut briller tant qu’on le peut. Un hivernage ravageur puis un carême torride ruinent Fond-Zombi : plus personne ne bâtit, les planches d’Élie s’entassent invendues. Élie, privé de son métier de scieur, rejoint les désœuvrés des vérandas, se heurte à la sagesse d’Amboise, puis se met à battre Télumée. La pluie revient sur le village mais pas sur le couple : Élie erre à cheval de section en section, et Télumée, soignée chaque soir par la Reine, devient aux yeux du voisinage une présence absente, une femme zombi.
Chapitre IX Chassée de sa propre case, Télumée n’emporte que la nappe de la Reine : entre la maison perdue et le pont, sa fuite devient le premier pas vers l’autre rive. Abandonnée par Élie, qui ne revient plus que pour la railler et la battre, Télumée s’enferme dans sa case et apprend à « planer » pour ne plus rien sentir. Reine Sans Nom la soigne, lui parle de l’écume du bouillon et tente de désenchanter la case par des fumées que l’homme disperse à coups de pied. À l’approche de Noël, le village répond par une présence silencieuse, puis Adriana et les commères, assises face à sa cour, annoncent qu’elle « abordera ». Chassée de sa case par Élie et Laetitia, Télumée s’enfuit avec la nappe de la Reine jusqu’au pont de l’Autre Bord, sombre dans l’hébétude, puis la piqûre d’aiguille de la Reine la rend à son corps et à la rivière.
Chapitre X La Reine morte, Fond-Zombi ne se tait pas : assemblé en cercle jusqu’au matin, le village cherche à dire de quel poids elle a pesé sur la terre. Les visites et les présents du village achèvent de guérir Télumée, tandis que Reine Sans Nom, déjà affaiblie, lui fabrique « du vent pour ses voiles » : on déménagera la case au morne La Folie. Couchée pour ne plus se relever, l’aïeule confie que Jérémie veille à son chevet, fait promettre à Télumée de quitter Fond-Zombi, chante la chanson de Minerve et lui laisse ses dernières paroles sur la vie. Elle fait elle-même sa toilette de morte et s’éteint doucement, la tête sur les genoux de sa petite-fille. La veillée rassemble le village : prières, jeux de roche, café, parole de man Cia sur la Reine jeune, controverse avec Mme Brindosier, puis des chants jusqu’au matin, avant un coucher de soleil sur la mer.
Chapitre XI Entre le lopin qu'elle arrache seule à la forêt et les bois où l'attend une amie devenue chien, Télumée traverse chaque dimanche la vallée qui appartient à l'Usine. Après les neuf nuits de veillée de la Reine, Télumée suit un temps man Cia dans ses bois, puis redescend et accepte l'offrande silencieuse d'Amboise. Elle fait transporter la case de sa grand-mère sur le morne La Folie, terre des Déplacés et des Égarés, où la flûte de Tac-Tac parle chaque matin. La semaine, elle arrache un jardin à la forêt ; le dimanche, elle traverse la vallée de l'Usine pour rejoindre man Cia, qui l'initie aux plantes et lui annonce qu'elle ira « en chien ». La vieille femme revient sous forme de chien noir, puis disparaît pour toujours.
Chapitre XII Du jardin où la houe reste plantée aux cheminées de l'Usine, le chapitre descend une seule pente : Télumée y quitte sa solitude en prenant rang parmi les coupeurs. Privée de man Cia, Télumée comprend que l'appui de la Reine morte ne suffit plus et que la faim la pousse vers la canne. Olympe, qui la nourrissait en secret, l'accueille, lui donne braises et conseils, et la mène aux champs de l'Usine où Télumée apprend la coupe jusqu'à s'y endurcir. Les dimanches au Bourg avec la confrérie des Déplacés l'étourdissent ; Amboise l'aborde, se retire, puis relance le chant dans la canne. Sous le fromager, après des jours de silence et un paquet de cannes offert, il demande à vivre avec elle, et elle accepte en connaissance de cause.
Chapitre XIII Sur le jardin gagné à deux, tout paraît acquis ; mais la cheminée reste en vue, et c'est par le sentier de la vallée que la parole viendra chercher Amboise. Amboise vient à Télumée au soir de la lune montante, dans une fête de tambour où Olympe danse puis où Télumée, poussée dans le cercle, danse à son tour jusqu'à l'aube. Suivent de longues années de bonheur sur un jardin en pente, dont le propriétaire prend la moitié, faites de travail partagé, de repas lents et de paroles. Télumée raconte aussi le passé d'Amboise, entre Pointe-à-Pitre, la prison, sept ans en France et la tentation de tuer, dont il est revenu. Quand une grève gagne les campagnes, Amboise accepte de porter la parole des trois communes devant l'Usine, et il y meurt ; Télumée, après des mois à vivre avec lui en rêve, finit par le délier.
Chapitre XIV Entre la cabane vide et la route par où l’enfant est partie, Télumée se tient droite : c’est cette tenue, plus que le malheur, que le village nomme Miracle. Après la Grève à la Mort, Télumée, que le village prend malgré elle pour une guérisseuse, reçoit d’une mère épuisée une fillette malade, Sonore, qu’elle soigne et élève comme sa fille. L’enfant la protège à son tour des rumeurs du morne. Un errant, Médard, s’installe par la pitié de Télumée, gagne l’enfant par des présents et des calomnies, puis l’emmène. Une nuit, ivre, il force la porte ; Télumée ne bouge pas, et c’est une chute qui le tue. Elle veille sur son agonie en lui tenant la main, et à l’aube le village lui donne le nom de Télumée Miracle.
Chapitre XV Entre la route qui mène Élie au cimetière et le jardin où elle se tient droite, une haie : Télumée a manqué un mot, jamais sa tenue. Devenue très vieille, Télumée vit seule à La Ramée, bourg perché près de la mer, où elle grille et vend des cacahuètes après avoir erré sans trouver de havre depuis le départ de Sonore. Le soir, elle médite sur la vie des siens et sur l’esclavage qui survit dans les âmes, mais voit aussi qu’on ne s’y est pas noyé. Élie, revenu mourir au bourg, vient à sa haie lui demander un mot, et elle ne sait lui répondre qu’une formule résignée, seul regret de sa vie. À son glas, pourtant, la lumière change le deuil en paix, et Télumée finit sur la résolution de mourir debout dans son jardin.