Pourquoi cette étape ?
Pot-Bouille · commentaire du texte 3
Du texte au commentaire
Regarde toute l’explication se construire. Ici, tu ne choisis aucune brique : la démonstration se déroule seule.
Extrait entier · trois mouvements · neuf appuis · accompagnement continu facultatif
Avant de commencer : que se passe-t-il ?
Au retour d’une soirée où un mariage a encore échoué, madame Josserand reprend Berthe. La mère enseigne des gestes de séduction, obtient le soutien du père et finit par gifler sa fille en pleurs.
Prête : un clic lance toute la démonstration. Aucun son au chargement.
Vérification de l’accompagnement continu.
La démonstration construit cet appui.
Retrouver les étapes déjà montrées de cet appui
La musique accompagne toute la démonstration et gagne en ampleur avec la construction. Pause coupe aussi le son ; « Avec musique » et le volume restent réglables. Le jeu est séparé. Cette animation couvre le texte 3 ; les dix textes du dossier en ont chacun une.
Lire tout l’extrait : §150 à §163, sans coupe intérieure
Témoin : Charpentier, 1883, transcription ancrée homologuée. Première publication du roman : 1882. L’extrait est copié sans coupe intérieure. Lire dans le texte intégral
§150
— Ce qu’il faut faire ! elle demande ce qu’il faut faire !… Eh ! ne vous ai-je pas dit cent fois le ridicule de vos effarouchements. Vous êtes appelée à vivre dans le monde. Quand un homme est brutal, c’est qu’il vous aime, et il y a toujours moyen de le remettre à sa place d’une façon gentille… Pour un baiser, derrière une porte ! en vérité, est-ce que vous devriez nous parler de ça, à nous, vos parents ? Et vous poussez les gens contre un meuble, et vous ratez des mariages !
§151
Elle prit un air doctoral, elle continua :
§152
— C’est fini, je désespère, vous êtes stupide, ma fille… Il faudrait tout vous seriner, et cela devient gênant. Puisque vous n’avez pas de fortune, comprenez donc que vous devez prendre les hommes par autre chose. On est aimable, on a des yeux tendres, on oublie sa main, on permet les enfantillages, sans en avoir l’air ; enfin, on pêche un mari… Si vous croyez que ça vous arrange les yeux, de pleurer comme une bête !
§153
Berthe sanglotait.
§154
— Vous m’agacez, ne pleurez donc plus… Monsieur Josserand, ordonnez donc à votre fille de ne pas s’abîmer le visage à pleurer ainsi. Ce sera le comble, si elle devient laide !
§155
— Mon enfant, dit le père, sois raisonnable, écoute ta mère qui est de bon conseil. Il ne faut pas t’enlaidir, ma chérie.
§156
— Et ce qui m’irrite, c’est qu’elle n’est pas trop mal, quand elle veut, reprit madame Josserand. Voyons, essuie tes yeux, regarde-moi comme si j’étais un monsieur en train de te faire la cour… Tu souris, tu laisses tomber ton éventail, pour que le monsieur, en le ramassant, effleure tes doigts… Ce n’est pas ça. Tu te rengorges, tu as l’air d’une poule malade… Renverse donc la tête, dégage ton cou : il est assez jeune pour que tu le montres.
§157
— Alors, comme ça, maman ?
§158
— Oui, c’est mieux… Et ne sois pas raide, aie la taille souple. Les hommes n’aiment pas les planches… Surtout, s’ils vont trop loin, ne fais pas la niaise. Un homme qui va trop loin, est flambé, ma chère.
§159
Deux heures sonnaient à la pendule du salon ; et, dans l’excitation de cette veille prolongée, dans son désir devenu furieux d’un mariage immédiat, la mère s’oubliait à penser tout haut, tournant et retournant sa fille comme une poupée de carton. Celle-ci, molle, sans volonté, s’abandonnait ; mais elle avait le cœur très gros, une peur et une honte la serraient à la gorge. Brusquement, au milieu d’un rire perlé que sa mère la forçait à essayer, elle éclata en sanglots, le visage bouleversé, balbutiant :
§160
— Non ! non ! ça me fait de la peine !
§161
Madame Josserand demeura une seconde outrée et stupéfaite. Depuis sa sortie de chez les Dambreville, sa main était chaude, il y avait des claques dans l’air. Alors, à toute volée, elle gifla Berthe.
§162
— Tiens ! tu m’embêtes à la fin !… Quel pot ! Ma parole, les hommes ont raison !
§163
Dans la secousse, son Lamartine, qu’elle ne lâchait pas, était tombé. Elle le ramassa, l’essuya, et sans ajouter une parole, traînant royalement sa robe de bal, elle passa dans la chambre à coucher.
Retrouver le sens d’ensemble
Au retour d’une soirée où un mariage a encore échoué, madame Josserand reprend Berthe. La mère enseigne des gestes de séduction, obtient le soutien du père et finit par gifler sa fille en pleurs.
Le mariage sert de justification à une séduction enseignée comme technique. La mère dispose des yeux, de la main, du cou et de la taille de Berthe ; la comparaison avec la poupée expose cette prise de possession. Le refus souffrant de la fille conduit à la gifle, tandis que le livre et la robe préservent la majesté maternelle.
Le mariage sert de justification à une séduction enseignée comme technique. La mère dispose des yeux, de la main, du cou et de la taille de Berthe ; la comparaison avec la poupée expose cette prise de possession. Le refus souffrant de la fille conduit à la gifle, tandis que le livre et la robe préservent la majesté maternelle. Le parcours « Dévoiler les rouages de la société » prend ici une forme précise : les paroles et les gestes permettent de suivre les rapports entre les personnes au contact de leur place dans la maison. La scène de Marie et des Vuillaume, C04 P045–P053, donne une autre forme à la formation des filles : les lectures et les fenêtres y sont contrôlées. Comparer ces deux éducations par leurs gestes et leurs effets précis.