Le Bac

Pot-Bouille · commentaire du texte 9

Du texte au commentaire

Regarde toute l’explication se construire. Ici, tu ne choisis aucune brique : la démonstration se déroule seule.

Extrait entier · trois mouvements · neuf appuis · accompagnement continu facultatif

Avant de commencer : que se passe-t-il ?

Au chapitre XVIII, les invités écoutent Duveyrier raconter le procès d’une ancienne locataire, une piqueuse de bottines condamnée après un infanticide. Trublot commente sa majesté judiciaire ; la conversation des dames revient à la moralité des domestiques. Le narrateur fournit des faits que ces discours laissent de côté.

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Vérification de l’accompagnement continu.

La parole du juge pose une digue au milieu du salon.

Pourquoi cette étape ?

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La musique accompagne toute la démonstration et gagne en ampleur avec la construction. Pause coupe aussi le son ; « Avec musique » et le volume restent réglables. Le jeu est séparé. Cette animation couvre le texte 9 ; les dix textes du dossier en ont chacun une.

Lire tout l’extrait : §77 à §82, sans coupe intérieure

Témoin : Charpentier, 1883, transcription ancrée homologuée. Première publication du roman : 1882. L’extrait est copié sans coupe intérieure. Lire dans le texte intégral

§77

En effet, ces messieurs passaient de la politique à la morale. Ils écoutaient Duveyrier donner des détails sur une affaire dans laquelle on avait beaucoup remarqué son attitude. On allait même le nommer président de chambre et officier de la Légion d’honneur. Il s’agissait d’un infanticide remontant déjà à plus d’un an. La mère dénaturée, une véritable sauvagesse, comme il le disait, se trouvait être précisément la piqueuse de bottines, son ancienne locataire, cette grande fille pâle et désolée, dont le ventre énorme indignait M. Gourd. Et stupide avec ça ! car, sans même s’aviser que ce ventre la dénoncerait, elle s’était mise à couper son enfant en deux, pour le garder ensuite au fond d’une caisse à chapeau. Naturellement, elle avait raconté aux jurés tout un roman ridicule, l’abandon d’un séducteur, la misère, la faim, une crise folle de désespoir devant le petit qu’elle ne pouvait nourrir : en un mot, ce qu’elles disaient toutes. Mais il fallait un exemple. Duveyrier se félicitait d’avoir résumé les débats avec cette clarté saisissante, qui parfois déterminait le verdict du jury.

§78

— Et vous l’avez condamnée ? demanda le docteur.

§79

— À cinq ans, répondit le conseiller de sa voix nouvelle, comme enrhumée et sépulcrale. Il est temps d’opposer une digue à la débauche qui menace de submerger Paris.

§80

Trublot poussait le coude d’Octave, tous deux au courant d’ailleurs du suicide manqué.

§81

— Hein ? vous l’entendez ? murmura-t-il. Sans blague, ça lui arrange la voix : elle vous remue davantage, n’est-ce pas ? elle va au cœur, maintenant… Et si vous l’aviez vu, debout, drapé dans sa grande robe rouge, avec sa gueule de travers ! Ma parole ! il m’a fait peur, il était extraordinaire, oh ! vous savez, un chic dans la majesté à vous donner la petite mort !

§82

Mais il se tut, il prêta l’oreille à la conversation des dames, qui reprenait sur les domestiques, dans le salon. Madame Duveyrier, le matin même, avait donné à Julie ses huit jours : sans doute, elle ne disait rien contre la cuisine de cette fille ; seulement, la bonne conduite passait avant tout à ses yeux. La vérité était que, prévenue par le docteur Juillerat, inquiète pour la santé de son fils dont elle tolérait les farces chez elle, afin de les mieux surveiller, elle avait eu une explication avec Julie, malade depuis quelque temps ; et celle-ci, en cuisinière distinguée, dont le genre n’était pas de se quereller chez les maîtres, avait accepté ses huit jours, dédaignant même de répondre que, si elle se conduisait mal, elle ne souffrirait tout de même pas ce qu’elle souffrait, sans la malpropreté de monsieur Gustave, le fils de madame. Tout de suite, madame Josserand partagea l’indignation de Clotilde : oui, il fallait être absolument intraitable sur la question de moralité ; par exemple, si elle gardait son torchon d’Adèle malgré sa crasse et sa bêtise, c’était à cause de l’honnêteté profonde de cette cruche-là. Oh ! sur ce chapitre, rien à lui reprocher !
Retrouver le sens d’ensemble

Au chapitre XVIII, les invités écoutent Duveyrier raconter le procès d’une ancienne locataire, une piqueuse de bottines condamnée après un infanticide. Trublot commente sa majesté judiciaire ; la conversation des dames revient à la moralité des domestiques. Le narrateur fournit des faits que ces discours laissent de côté.

Le récit judiciaire discrédite les raisons de l’accusée et valorise l’autorité du conseiller. La grandeur de cette posture est déplacée par les apartés de Trublot, puis contredite par les informations sur Julie et Gustave. Le jugement moral des maîtres s’appuie sur une sélection des faits qui protège leur propre maison.

Le récit judiciaire discrédite les raisons de l’accusée et valorise l’autorité du conseiller. La grandeur de cette posture est déplacée par les apartés de Trublot, puis contredite par les informations sur Julie et Gustave. Le jugement moral des maîtres s’appuie sur une sélection des faits qui protège leur propre maison. Le parcours « Dévoiler les rouages de la société » prend ici une forme précise : les paroles et les gestes permettent de suivre les rapports entre les personnes au contact de leur place dans la maison. Lire l’accouchement d’Adèle, C18 P014–P018, comme une autre situation de maternité solitaire. Ce rapprochement aide à interroger ce que le discours judiciaire réduit à un récit ridicule, sans assimiler les deux femmes ni les deux actes.

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