Il faut distinguer la plaisanterie des personnages et l’ironie du narrateur.
Dissertation n° 10
Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle.
Parcours associé : « Dévoiler les rouages de la société ».
Le rire zolien rend-il la critique plus sévère ?
Émile Zola, Pot-Bouille (1882)
Le rire zolien rend-il la critique plus sévère ?
Du parcours à la dissertation
Une question, trois déplacements, neuf preuves
Les situations du parcours thématique deviennent des preuves choisies pour répondre à ce sujet. Le comique du roman atteint effectivement des personnages dont il révèle la mécanique. Il se retourne contre ceux qui rient, et il atteint parfois des victimes. Un rire qui frappe des innocents ne peut pas être tenu pour une simple arme critique.
Une idée répond au sujet ; « car » explique pourquoi elle est soutenable. La justification développe cette raison, la preuve la vérifie et son explication établit ce qu’elle démontre. Le bilan rattache cet acquis à la question posée.
Première voie · L’accompagnement narratif
Comprendre comment la dissertation se met en mouvement
Ici, on prend l’élève par la main. Le sujet devient une question vivante, le plan se construit comme une action et chaque preuve trouve sa place. Cette voie peut s’arrêter sur un mot, une image ou un geste pour faire comprendre le raisonnement : elle explique la fabrication de la copie, elle n’est pas encore la copie.
1. Pourquoi une dissertation ?Transformer une question en jugement construit
Une dissertation construit une réponse au sujet, l’éprouve sur des situations précises et en mesure les limites. Le récit des événements ne suffit pas : chaque scène doit soutenir une idée discutable. Ici, le point de départ est la notion « rire » et la difficulté que le sujet fait apparaître dans la maison de la rue de Choiseul.
Lis d’abord l’énoncé entier. Note une réponse provisoire, puis cherche ce qui pourrait la nuancer. Les trois parties ci-dessous ne juxtaposent pas trois thèmes du cours : elles déplacent progressivement la réponse. Tu peux suivre l’accompagnement pour comprendre les choix, puis ouvrir la copie formelle pour voir leur réalisation.
2. Comprendre le sujetRecopier la question, puis faire parler chacun de ses termes
Le rire zolien rend-il la critique plus sévère ?
Le jugement porte sur des rapports sociaux autant que sur des fautes individuelles.
Comparer la force de la satire à celle de la souffrance racontée évite de tout confondre.
Le rire désigne ici plusieurs registres que le roman distingue : la plaisanterie des personnages, le grotesque d’une silhouette, l’ironie du narrateur. La critique nomme le jugement porté sur une société, ses règles et ses conduites. Plus sévère suppose une comparaison : la satire frapperait-elle plus fort que ne le ferait un tableau sérieux ? Le sujet demande si le comique augmente la force du jugement, ou s’il la partage avec autre chose.
Le comique du roman atteint effectivement des personnages dont il révèle la mécanique. Il se retourne contre ceux qui rient, et il atteint parfois des victimes. Un rire qui frappe des innocents ne peut pas être tenu pour une simple arme critique.
Comment Zola fait-il du rire un instrument de jugement qui atteint aussi ceux qui en usent ?
La problématique formule la difficulté propre à cet énoncé. Elle doit permettre de relier les neuf preuves et de reconnaître pourquoi une réponse immédiate serait insuffisante. Le plan indiquera les étapes de cette enquête ; il ne remplacera pas cette question directrice.
3. L’introduction en sept mouvementsSept fonctions distinctes, toujours dans le même ordre
- Amorce. Pot-Bouille, paru en 1882, mêle à son tableau d’un immeuble bourgeois les plaisanteries d’un oncle ivre et les rires d’un office.
- Sujet. Le rire zolien rend-il la critique plus sévère ?
- Analyse des termes. Le rire désigne ici plusieurs registres que le roman distingue : la plaisanterie des personnages, le grotesque d’une silhouette, l’ironie du narrateur. La critique nomme le jugement porté sur une société, ses règles et ses conduites. Plus sévère suppose une comparaison : la satire frapperait-elle plus fort que ne le ferait un tableau sérieux ? Le sujet demande si le comique augmente la force du jugement, ou s’il la partage avec autre chose.
- Chemin vers la difficulté. Le comique du roman atteint effectivement des personnages dont il révèle la mécanique. Il se retourne contre ceux qui rient, et il atteint parfois des victimes. Un rire qui frappe des innocents ne peut pas être tenu pour une simple arme critique.
- Problématique. Comment Zola fait-il du rire un instrument de jugement qui atteint aussi ceux qui en usent ?
- Annonce affirmative du plan. Le comique des corps et des postures fera d’abord saisir la force du jugement porté sur ce milieu. Les rires des personnages montreront ensuite qu’ils se retournent contre ceux qui les poussent. Le sort réservé aux victimes de ces plaisanteries établira enfin la limite de cette arme.
- Passage vers la première partie. Le salon des Josserand offre d’abord au regard ces corps saisis en pleine manœuvre.
Les sept fonctions sont distinguées ici pour apprendre leur rôle. Dans l’introduction rédigée, elles forment un seul bloc. Une question pose la problématique ; trois étapes affirmatives annoncent la progression. L’annonce garde une langue naturelle et ne révèle pas à l’avance les conclusions du devoir.
4. Trouver un plan progressifTrois actes, chacun nécessaire au suivant
Un plan progressif conserve la même question en changeant ce qui permet d’y répondre. Chaque partie possède trois arguments : vérifie qu’ils éclairent tous son titre et que la partie suivante apporte une difficulté nouvelle.
Le comique des corps met à nu une mécanique sociale
Zola surprend ses personnages dans des postures que leur discours cache. L’image obtenue vaut démonstration, sans qu’aucun jugement soit énoncé.
Ces rires se retournent contre ceux qui les poussent
Le roman ne laisse jamais rire impunément. Ceux qui plaisantent se trouvent atteints par leur propre plaisanterie, ou rient de ce qui les menace.
Le rire atteint aussi ceux qui ne peuvent pas se défendre
La satire aurait ses victimes désignées. Celle-ci déborde : la cour des cuisines rit d’une femme malade, et le roman rapporte sa réponse.
Le comique des corps et des postures fera d’abord saisir la force du jugement porté sur ce milieu. Les rires des personnages montreront ensuite qu’ils se retournent contre ceux qui les poussent. Le sort réservé aux victimes de ces plaisanteries établira enfin la limite de cette arme.
Comparer ces étapes aux deux transitions permet de vérifier la concordance : le lecteur doit retrouver dans le devoir le chemin promis par l’introduction.
5. Le paragraphe en cinq tempsUn argument en « car », puis sa démonstration complète
- Argument. Une idée répond au sujet ; une seule raison l’articule après « car », précédé d’une virgule.
- Justification. « En effet, » développe la raison avec des personnages, des relations et des décisions précises. Les dix mots-repères rendent visible ce développement.
- Preuve. Une citation exacte, introduite et localisée dans le roman, donne prise à la vérification.
- Explication de la preuve. Situe ce qui arrive, précise ce que la parole ou le geste établit et relie sa portée à l’argument. Il s’agit d’éclairer la preuve pour le raisonnement, pas de produire un commentaire linéaire miniature.
- Bilan. « Par conséquent, » recueille l’acquis du paragraphe et le rattache au sujet.
Le narrateur surprend les visages des mères en pleine rêverie, car leur convoitise se lit sur des traits que la bienséance ne gouverne plus.
Octave cesse d’écouter le morceau et regarde l’assemblée, où le récit décrit une détente de gens rendus à eux-mêmes. Les mères rêvent le mariage de leurs filles, et leurs visages le montrent sans qu’elles le sachent. La preuve tient à cet abandon que le narrateur dit inconscient : elles ne jouent rien, elles se laissent voir. La portée pour l’argument est là : le comique naît de l’écart entre la tenue d’un salon et la voracité qui transparaît sur des traits que la bienséance ne gouverne plus, et ce rire donne du mariage des filles une image exacte plutôt qu’un commentaire.
Dans le devoir rédigé, ces cinq fonctions composent un paragraphe continu. Leur distinction sert au contrôle ; elle ne doit pas transformer la lecture en cinq blocs indépendants.
6. Liaisons et transitionsSix liaisons brèves, deux transitions développées
La liaison relie deux sous-parties d’une même partie. Elle recueille l’acquis précédent et pose la difficulté suivante. Deux liaisons par partie donnent six questions brèves.
La transition ferme une partie et ouvre la suivante. Elle exprime ce qui est établi, ce qui reste à examiner et le déplacement nécessaire. Deux transitions développées correspondent aux trois parties.
Ce procédé atteint-il aussi les hommes du salon ?
Des mères saisies en pleine convoitise, un oncle qui danse, un valet qui compare les maîtres à ses souliers : le comique démontre sans discourir. Les rires des personnages montrent ensuite qu’ils se retournent contre ceux qui les poussent.
Place ces éléments entre les paragraphes : ils ne remplacent ni l’explication de la preuve ni le bilan. L’annonce du plan et les transitions doivent conserver le même ordre de progression.
7. Le vocabulaire de l’œuvreChoisir les mots qui rendent la pensée précise
Les mots doivent rendre les relations sociales intelligibles. Distingue réputation et conduite, service et simple présence, alliance et sentiment, hiérarchie et différence individuelle. La façade, le palier, l’office et la cour désignent des lieux dont les usages comptent pour la preuve.
Il faut distinguer la plaisanterie des personnages et l’ironie du narrateur.
Le jugement porte sur des rapports sociaux autant que sur des fautes individuelles.
Comparer la force de la satire à celle de la souffrance racontée évite de tout confondre.
Reprends les noms des personnages et les situations avant d’employer une notion générale. Le vocabulaire de l’œuvre apporte de la précision quand il explique un rapport observable, et perd cette fonction lorsqu’il remplace le travail de preuve.
8. La conclusion en trois mouvementsRéponse, récapitulatif, ouverture littéraire
- Réponse. Formule ce que les neuf arguments permettent de conclure, en tenant compte des limites rencontrées.
- Récapitulatif. Rassemble les trois déplacements sans recopier les titres ni recommencer la démonstration.
- Ouverture littéraire. Propose une comparaison dont le lien avec le sujet est explicite. Elle ouvre une réflexion, sans poser une question artificielle.
Le rire de Pot-Bouille sert bien la critique, et il la sert par l’image plutôt que par le discours : la bouche fendue des mères, la danse indécente d’un oncle, les souliers auxquels une servante compare les maîtres démontrent plus vite qu’une page de raisonnement. Il se retourne ensuite contre ceux qui en usent, puisque la plaisanterie d’Octave devient son destin, que le rire de Berthe mesure son dressage et que le mot de ridicule frappe plus fort dans ce ménage que le reproche d’être malhonnête. Il atteint enfin ceux qui ne peuvent rien, quand la cour des cuisines accable une femme qui vient d’accoucher seule et qui répond en promettant d’aller danser devant leurs morts. Ce rire aiguise la critique et en devient l’objet autant que l’arme, puisque le roman finit par le montrer comme un des usages de cette société. Dans L’Assommoir, Zola faisait déjà de la fête et de la blague un moment de la chute ; la comparaison ferait mesurer ce que le rire d’un escalier bourgeois ajoute à celui d’une cour ouvrière.
L’ouverture ne répare pas une réponse inachevée. Vérifie que le premier mouvement répond déjà à la problématique et que les trois parties ont réellement fourni ses raisons.
9. Écrire avec clartéUn seul articulateur interne : « car »
- Dans la phrase d’argument, conserve une idée, une virgule et une raison après car.
- Ouvre la justification par En effet, et le bilan par Par conséquent,.
- Nomme les personnes et ce qu’elles font : une généralité ne remplace pas une situation.
- Explique pourquoi la citation établit la raison formulée, sans la commenter pour elle-même.
- Réserve les déplacements du raisonnement aux six liaisons et aux deux transitions.
Relis le paragraphe comme un bloc : l’argument doit conduire jusqu’au bilan sans laisser au lecteur le soin de deviner le lien. L’annonce du plan reste affirmative et sans marques personnelles du rédacteur ; sa fonction est de rendre le chemin lisible, avec une formulation naturelle.
10. Ce que le correcteur attendNeuf arguments vérifiables, neuf preuves expliquées
Le correcteur doit reconnaître neuf unités de raisonnement distinctes. Il attend une réponse au sujet, des raisons développées, des citations exactes et une explication qui en établit la portée. Une preuve peut affiner ou limiter l’idée initiale : cette précision renforce le jugement au lieu de l’affaiblir.
Vérifie séparément la vérité de la situation citée et sa pertinence. Retrouver les mots dans le roman ne suffit pas si leur attribution est fausse, si la chronologie change ou si l’argument leur fait soutenir davantage qu’ils ne permettent. Le titre de chaque sous-partie doit correspondre à la conclusion de son paragraphe.
La lisibilité compte également : une introduction continue, des paragraphes cohérents et une progression annoncée puis tenue donnent accès au travail de pensée.
11. Sécuriser sa copieLe contrôle Chrétien avant de rendre le devoir
Une case cochée est un geste de relecture, pas une preuve de conformité. Reviens au passage du roman lorsqu’un doute demeure sur une parole, un personnage ou une décision.
Seconde voie · Le dossier formel
Tu as vu le geste. Voici maintenant la copie.
Ce qui précède raconte comment le raisonnement se construit. Ce qui suit montre la dissertation dans la langue attendue à l’épreuve. La voix d’accompagnement disparaît : chaque paragraphe avance selon la règle Chrétien — argument articulé par « car », justification ouverte par « En effet », preuve, explication et bilan ouvert par « Par conséquent ».
Dans l’accompagnementOn peut observer longuement une scène pour comprendre.
Dans la copie formelleOn ne retient que ce qui prouve l’argument et répond au sujet.
La démonstration complète en trois parties
12. Introduction rédigéeLes sept mouvements dans leur ordre exact
Pot-Bouille, paru en 1882, mêle à son tableau d’un immeuble bourgeois les plaisanteries d’un oncle ivre et les rires d’un office. Le rire zolien rend-il la critique plus sévère ? Le rire désigne ici plusieurs registres que le roman distingue : la plaisanterie des personnages, le grotesque d’une silhouette, l’ironie du narrateur. La critique nomme le jugement porté sur une société, ses règles et ses conduites. Plus sévère suppose une comparaison : la satire frapperait-elle plus fort que ne le ferait un tableau sérieux ? Le sujet demande si le comique augmente la force du jugement, ou s’il la partage avec autre chose. Le comique du roman atteint effectivement des personnages dont il révèle la mécanique. Il se retourne contre ceux qui rient, et il atteint parfois des victimes. Un rire qui frappe des innocents ne peut pas être tenu pour une simple arme critique. Comment Zola fait-il du rire un instrument de jugement qui atteint aussi ceux qui en usent ? Le comique des corps et des postures fera d’abord saisir la force du jugement porté sur ce milieu. Les rires des personnages montreront ensuite qu’ils se retournent contre ceux qui les poussent. Le sort réservé aux victimes de ces plaisanteries établira enfin la limite de cette arme. Le salon des Josserand offre d’abord au regard ces corps saisis en pleine manœuvre.
13. I — Le comique des corps met à nu une mécanique socialeLes mères rêvent leur chasse aux maris · Un oncle ivre danse au milieu du bal · Un valet compare les maîtres à des souliers
Le comique des corps met à nu une mécanique sociale
Zola surprend ses personnages dans des postures que leur discours cache. L’image obtenue vaut démonstration, sans qu’aucun jugement soit énoncé.
Les mères rêvent leur chasse aux maris
Le narrateur surprend les visages des mères en pleine rêverie, car leur convoitise se lit sur des traits que la bienséance ne gouverne plus.
En effet, la fatigue de la soirée remonte aux visages. Les mères font visiblement le même rêve. Elles marient leurs filles en pensée. La bouche est dite fendue, les dents féroces. L’abandon où le narrateur les saisit est qualifié d’inconscient. Le salon continue sa musique et ses politesses. Le narrateur les observe à l’instant où la fatigue relâche leur maintien, et il ne leur prête aucune parole qui contredirait cette image.
Le narrateur décrit ces visages : « la bouche fendue, les dents féroces, dans un abandon inconscient » (chapitre 3, §102).
Octave cesse d’écouter le morceau et regarde l’assemblée, où le récit décrit une détente de gens rendus à eux-mêmes. Les mères rêvent le mariage de leurs filles, et leurs visages le montrent sans qu’elles le sachent. La preuve tient à cet abandon que le narrateur dit inconscient : elles ne jouent rien, elles se laissent voir. La portée pour l’argument est là : le comique naît de l’écart entre la tenue d’un salon et la voracité qui transparaît sur des traits que la bienséance ne gouverne plus, et ce rire donne du mariage des filles une image exacte plutôt qu’un commentaire.
Par conséquent, l’image comique obtient ici ce qu’un discours moral aurait mis une page à établir.
Ce procédé atteint-il aussi les hommes du salon ?
Un oncle ivre danse au milieu du bal
Bachelard s’exhibe devant les invités, car l’ivresse défait la tenue d’un homme que sa fortune faisait respecter.
En effet, l’oncle s’est achevé au buffet pendant la soirée. Il risque ce que le narrateur nomme une idée gaie. On l’aperçoit brusquement dansant un pas de la dernière indécence. Des serviettes garnissent les devants de son habit boutonné. Le bal entier en est troublé au moment où il devrait se clore. Le narrateur rapporte ensuite l’embarras des maîtres de maison, occupés à faire disparaître l’homme avant que la scène se prolonge.
Le narrateur décrit la scène : « on l’avait aperçu dansant devant Gueulin un pas de la dernière indécence » (chapitre 8, §177).
La fin du bal est troublée par l’oncle Bachelard, qui s’est achevé au buffet et s’est fabriqué une gorge de nourrice avec des serviettes roulées et deux oranges. Le récit le fait apercevoir par un témoin qu’il ne nomme pas, ce qui donne à la scène le caractère d’un spectacle surpris. La preuve tient à l’emprunt que le narrateur fait à la langue des convenances pour décrire ce qui les détruit. La portée pour l’argument est nette : l’homme ainsi montré est celui qui devait fournir la dot et ne la fournira pas, et le grotesque atteint le point exact où la famille avait placé son espérance.
Par conséquent, le grotesque frappe le personnage dont dépendait tout l’édifice des alliances.
Qui, dans la maison, formule le jugement le plus net ?
Un valet compare les maîtres à des souliers
Hippolyte juge les ménages réconciliés par une image de propreté feinte, car son travail lui donne la mesure de ce qui se lave et de ce qui reste.
En effet, le valet des Duveyrier lave la robe de sa maîtresse dans la cour des cuisines. Une bonne vient de demander si les maîtres sont tous recollés ensemble. Il répond en leur déniant tout cœur, ses souliers servant de terme de comparaison. Le crachat échangé devient le produit dont ils se débarbouillent. La propreté obtenue est faite de ce qui salissait. Quelques lignes plus loin, saisi par le rire de la cour, il déchire la robe qu’il lavait.
Le valet juge la réconciliation : « Quand ils se sont craché à la figure, ils se débarbouillent avec » (chapitre 18, §112).
La phrase vient d’un valet qui lave et décrotte les affaires de ces gens, à l’heure où l’office commente la réconciliation de la veille. Sa comparaison part de ses souliers et finit sur une toilette faite avec ce qu’elle devrait ôter. La preuve tient à la provenance du jugement : celui qui parle tire son image du travail que ces ménages lui donnent, et le roman lui fait déchirer leur linge un instant plus tard, dans le même mouvement de gaieté. La portée pour l’argument est nette : la mesure de ce qui se lave et de ce qui reste appartient à l’office, et le rire le plus sévère du chapitre se prononce d’en bas.
Par conséquent, le comique le plus dur du roman procède du savoir concret des personnes qui servent.
14. II — Ces rires se retournent contre ceux qui les poussentUn nouveau venu plaisante sur ce qui l’attend · Une femme rit de l’homme qu’elle va épouser · On traite de ridicule ce dont on vit
Ces rires se retournent contre ceux qui les poussent
Le roman ne laisse jamais rire impunément. Ceux qui plaisantent se trouvent atteints par leur propre plaisanterie, ou rient de ce qui les menace.
Un nouveau venu plaisante sur ce qui l’attend
Octave feint de s’étonner comme en pays de Cocagne, car il ignore que la maison lui donnera exactement ce qu’il demande en riant.
En effet, le jeune homme remercie ses hôtes et s’étonne de son accueil. La comparaison qu’il emploie évoque le pays de Cocagne. Sa plaisanterie porte sur une femme et sur cent mille francs de rente. Les deux l’attendent dans sa chambre, dit-il en riant. Le roman lui accordera la femme et un magasin avant sa dernière page, et laissera la rente à la plaisanterie. La phrase est prononcée le jour de son arrivée, devant des hôtes qui rient avec lui sans y entendre autre chose qu’une politesse.
Le nouveau venu plaisante : il demande s’il n’allait pas trouver « une femme et cent mille francs de rente dans sa chambre » (chapitre 1, §98).
La coordination d’une femme et d’une rente dans la même énumération produit le comique, puisqu’elle range une personne parmi les revenus. Le mode interrogatif et le contexte de plaisanterie protègent celui qui parle, qui n’avance rien qu’il ait à soutenir. Or le roman réalisera la moitié de cette phrase : Octave épousera sa patronne et prendra place dans son magasin, quand les cent mille francs de rente en resteront au registre du mot d’esprit. La plaisanterie du premier chapitre devient ainsi le programme du dernier, et le rire du personnage se retourne en prophétie que le lecteur seul peut mesurer.
Par conséquent, la plaisanterie d’un personnage énonce à son insu la loi qui le gouvernera.
Ceux qui plaisantent sont-ils épargnés ?
Une femme rit de l’homme qu’elle va épouser
Berthe s’égaie d’une plaisanterie d’Auguste, car la scène de séduction réussit au moment précis où elle devient risible.
En effet, un rire éclate alors qu’un silence se faisait dans le salon. Berthe s’égaie d’une plaisanterie d’Auguste. Elle a échauffé le sang pauvre de son interlocuteur. Le prétendant en vient à dire des choses qu’il ne dit pas d’ordinaire. La leçon maternelle produit ici son effet devant témoins. Le prétendant rit de sa propre audace, et la mère observe la scène depuis l’autre bout du salon sans intervenir.
Le narrateur décrit la scène : « C’était Berthe, qui s’égayait d’une plaisanterie d’Auguste » (chapitre 5, §107).
Un rire traverse le salon au moment où les conversations s’apaisent, et le récit l’attribue après coup à Berthe, que réjouit une plaisanterie d’Auguste. L’ordre des informations détache un instant ce rire de la personne et en fait un événement de la pièce. La preuve tient à ce que le lecteur a suivi la leçon de madame Josserand au chapitre deux et reconnaît ici l’exécution du programme. La portée pour l’argument est là : le rire de la jeune fille est un geste appris, la séduction réussit au moment précis où elle devient risible, et le comique se retourne contre celle qui l’obtient.
Par conséquent, le rire qui paraît marquer un succès enregistre en réalité le résultat d’un dressage.
Le rire d’une jeune fille signifie-t-il autre chose ?
On traite de ridicule ce dont on vit
Josserand reproche à sa femme ses soirées ridicules, car l’arme du ridicule sert dans ce ménage à désigner la dépense que l’on ne peut plus payer.
En effet, l’homme reproche à sa femme de mettre les maris en fuite. Il vise ses toilettes et ses soirées. L’adjectif qu’il emploie est ridicules. Madame Josserand en demeure suffoquée et bégaie le mot. La dispute porte en réalité sur l’argent que ces réceptions consomment sans résultat. La querelle porte depuis un quart d’heure sur des dettes et des dots, et c’est ce mot-là qui l’arrête net.
Le père lance son reproche : « c’est vous qui mettez les maris en fuite, avec vos toilettes et vos soirées ridicules ! » (chapitre 2, §99).
La dispute éclate entre les époux Josserand sur le compte des soirées qu’ils donnent pour marier leurs filles. Le père impute à sa femme la fuite des prétendants et vise les toilettes et les réceptions. La preuve tient à la réaction de celle qui reçoit le coup : elle laisse l’accusation de côté, reprend le seul mot de ridicule et le répète en bégayant. La portée pour l’argument est là : le reproche désigne une dépense devenue inefficace, et l’arme choisie touche plus sûrement qu’une accusation de malhonnêteté. Ce milieu range le ridicule au-dessus de la faute, et le roman fait de cette hiérarchie l’un de ses ressorts les plus constants.
Par conséquent, le ridicule fonctionne dans ce monde comme une sanction plus redoutée que le reproche moral.
15. III — Le rire atteint aussi ceux qui ne peuvent pas se défendreLes domestiques accablent une camarade souffrante · La victime demande grâce dans la langue de ses bourreaux · La réponse de la victime conserve la violence du rire
Le rire atteint aussi ceux qui ne peuvent pas se défendre
La satire aurait ses victimes désignées. Celle-ci déborde : la cour des cuisines rit d’une femme malade, et le roman rapporte sa réponse.
Les domestiques accablent une camarade souffrante
L’office rit d’Adèle au lendemain de son accouchement, car le groupe poursuit ses plaisanteries sans savoir ce qu’elle vient de traverser.
En effet, les autres éclatent de rire dans la cour. Le narrateur parle d’une nouvelle poussée d’ordures qui déborde. La malheureuse est dite épouvantée par le narrateur. Elle bégaie sa réponse. Son état demeure inconnu de ses camarades, qui la croient seulement malade. La scène se passe au petit matin, dans la cour où toutes les fenêtres de cuisine se font face et ne perdent rien de ce qui se dit.
Le narrateur décrit la scène : « une nouvelle poussée d’ordures déborda » (chapitre 18, §107).
La cour rit d’Adèle au lendemain de la nuit où elle a accouché seule, et le récit traite les plaisanteries comme une matière qui déborde. Le même mot sert aux propos et aux déchets que ce puits reçoit, ce qui fait de la scène une seule évacuation. La preuve tient à la position du lecteur : il a assisté à l’accouchement quelques pages plus tôt, et les rieuses ignorent ce qu’elles achèvent. La portée pour l’argument est entière, puisque le comique reste intact pour le groupe et devient insoutenable pour celui qui sait, et cette dissymétrie constitue le procédé le plus dur du chapitre.
Par conséquent, le rire du groupe frappe une personne dont le lecteur seul connaît la situation.
Que redoute-t-on le plus dans ce milieu ?
La victime demande grâce dans la langue de ses bourreaux
Adèle supplie ses camarades de ne pas l’achever, car elle ne dispose pour se défendre que des mots employés contre elle.
En effet, la servante demande qu’on se taise. Elle qualifie les propos de vilaines choses. Elle se déclare assez malade pour qu’on la laisse. Sa question porte sur le fait de l’achever. Le verbe choisi appartient au vocabulaire de la mise à mort, et sa formule cherche l’accord de ceux-là mêmes qui l’attaquent. La prière obtient un répit : les rieuses se détournent vers les maîtres, et le narrateur donne pour motif qu’on se tenait trop entre soi pour lui faire arriver des ennuis.
La servante supplie : « Vous n’allez pas m’achever, n’est-ce pas ? » (chapitre 18, §108).
Adèle répond aux rieuses depuis l’état où la nuit l’a laissée, et le lecteur seul peut prendre au sens propre le verbe qu’elle emploie. Sa phrase sollicite un assentiment par une formule de politesse, dans une situation qui n’en comporte aucune. La preuve tient à ce qu’elle n’a pas d’autre langue que celle de la cour : elle demande grâce en s’excusant de déranger. La portée pour l’argument est là, au point limite du rire zolien, qui cesse de servir d’instrument à une critique et devient le fait social que le roman met sous les yeux.
Par conséquent, le comique cesse d’être une arme critique dès qu’il s’exerce sur une personne sans ressource.
Ce rire épargne-t-il ceux qui n’ont rien ?
La réponse de la victime conserve la violence du rire
Adèle promet d’aller danser devant leurs morts, car elle reprend à son compte la cruauté qu’elle vient de subir.
En effet, la servante finit par répondre à ses camarades. Elle les traite de sans-cœur. La menace qu’elle forme porte sur leur mort. Elle promet d’aller danser devant elles. La danse évoquée reprend le geste des fêtes. Sa réplique emprunte ainsi la forme même de la plaisanterie qui l’a blessée. Le narrateur ne lui accorde ni triomphe ni consolation, et Lisa enchaîne aussitôt sur le départ de Julie.
La servante réplique : « Vous êtes des sans-cœur… Quand vous mourrez, j’irai danser devant vous » (chapitre 18, §117).
Adèle répond aux plaisanteries après avoir traversé seule l’accouchement. Elle accuse ses camarades de manquer de cœur et leur promet la réjouissance qu’elles semblent prendre à sa souffrance. Sa riposte donne à entendre le coût du rire pour celle qui en devient la cible. Le roman n’oppose pourtant pas une victime muette à un groupe abstrait : il conserve cette réponse violente, née dans les relations mêmes de la cour. Le cas renforce l’argument en montrant que la cruauté du milieu atteint les personnes et leur fournit aussi la forme de leur défense. Le rire est alors l’un des comportements sociaux soumis au jugement du lecteur, autant qu’un moyen de la satire.
Par conséquent, le rire circule dans ce monde comme une violence dont personne n’est exempt, pas même les victimes.
16. Conclusion rédigéeRéponse, récapitulatif, ouverture littéraire
Le rire de Pot-Bouille sert bien la critique, et il la sert par l’image plutôt que par le discours : la bouche fendue des mères, la danse indécente d’un oncle, les souliers auxquels une servante compare les maîtres démontrent plus vite qu’une page de raisonnement. Il se retourne ensuite contre ceux qui en usent, puisque la plaisanterie d’Octave devient son destin, que le rire de Berthe mesure son dressage et que le mot de ridicule frappe plus fort dans ce ménage que le reproche d’être malhonnête. Il atteint enfin ceux qui ne peuvent rien, quand la cour des cuisines accable une femme qui vient d’accoucher seule et qui répond en promettant d’aller danser devant leurs morts. Ce rire aiguise la critique et en devient l’objet autant que l’arme, puisque le roman finit par le montrer comme un des usages de cette société. Dans L’Assommoir, Zola faisait déjà de la fête et de la blague un moment de la chute ; la comparaison ferait mesurer ce que le rire d’un escalier bourgeois ajoute à celui d’une cour ouvrière.
17. Le dernier regardCe que la copie doit laisser au lecteur
Le sujet demande un jugement fondé sur les relations que le roman fait apparaître. Les neuf preuves doivent garder leur situation propre et participer à une réponse commune. La force du devoir se mesure à cette continuité, à ses nuances et à la concordance du chemin annoncé avec le chemin effectivement parcouru.