Pourquoi cette étape ?
Pot-Bouille · commentaire du texte 5
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Extrait entier · trois mouvements · neuf appuis · accompagnement continu facultatif
Avant de commencer : que se passe-t-il ?
Au chapitre IX, Octave expose à madame Hédouin un projet d’agrandissement du Bonheur des Dames. Elle s’intéresse au commerce ; il prend cet intérêt pour une ouverture à la séduction et tente un rapprochement physique. Elle refuse et reprend son registre.
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Lire tout l’extrait : §92 à §103, sans coupe intérieure
Témoin : Charpentier, 1883, transcription ancrée homologuée. Première publication du roman : 1882. L’extrait est copié sans coupe intérieure. Lire dans le texte intégral
§92
C’était l’affaire d’audace qu’il cherchait. Il s’agissait d’acheter la maison voisine, sur la rue Neuve-Saint-Augustin, de donner congé à un marchand d’ombrelles et à un bimbelotier, puis d’agrandir les magasins, où l’on pourrait créer de vastes rayons. Et il s’échauffait, se montrait plein de mépris pour l’ancien commerce, au fond de boutiques humides, noires, sans étalage, évoquait du geste un commerce nouveau, entassant tout le luxe de la femme dans des palais de cristal, remuant les millions au plein jour, flambant le soir ainsi qu’une fête de gala princier.
§93
— Vous tuerez le commerce du quartier Saint-Roch, disait-il, vous attirerez à vous les petites clientèles. Ainsi, la maison de soierie de monsieur Vabre vous fait du tort aujourd’hui ; développez vos vitrines sur la rue, créez un rayon spécial, et vous le réduisez à la faillite avant cinq ans… Enfin, il est toujours question d’ouvrir cette rue du Dix-Décembre, qui doit aller du nouvel Opéra à la Bourse. Mon ami Campardon m’en parle quelquefois. Cela peut décupler le mouvement d’affaires du quartier.
§94
Madame Hédouin, le coude sur un registre, sa belle tête grave appuyée dans la main, l’écoutait. Elle était née au Bonheur des Dames, fondé par son père et son oncle, elle aimait la maison, elle la voyait s’élargir, dévorer les maisons voisines, étaler une façade royale ; et ce rêve allait à son intelligence vive, à sa volonté droite, à l’intuition délicate de femme qu’elle avait du nouveau Paris.
§95
— Jamais l’oncle Deleuze ne voudra, murmura-t-elle. Puis, mon mari est trop souffrant.
§96
Alors, la voyant ébranlée, Octave prit sa voix de séduction, une voix d’acteur, douce et chantante. Il la chauffait en même temps de ses yeux couleur de vieil or, que des femmes disaient irrésistibles. Mais, le bec de gaz avait beau brûler près de sa nuque, elle restait sans une chaleur à la peau, elle tombait seulement dans une rêverie, sous l’étourdissement des paroles intarissables du jeune homme. Il en était arrivé à étudier l’affaire au point de vue des chiffres, à établir déjà un devis approximatif, de l’air passionné dont un page romantique aurait déclaré un amour longtemps contenu. Lorsque, brusquement, elle sortit de ses réflexions, elle se trouva dans ses bras. Il la poussait sur le canapé, croyant qu’elle cédait enfin.
§97
— Mon Dieu ! c’était pour ça ! dit-elle avec un accent de tristesse, en se débarrassant de lui comme d’un enfant importun.
§98
— Eh bien ! oui, je vous aime, cria-t-il. Oh ! ne me repoussez pas. Avec vous, je ferai de grandes choses…
§99
Et il alla ainsi jusqu’au bout de la tirade, qui sonnait faux. Elle ne l’interrompit pas, elle s’était remise à feuilleter le registre, debout. Puis, quand il se tut :
§100
— Je sais tout ça, on me l’a déjà dit… Mais je vous croyais plus intelligent que les autres, monsieur Octave. Vous me faites de la peine, vraiment, car j’avais compté sur vous. Enfin, tous les jeunes gens manquent de raison… Nous avons besoin de beaucoup d’ordre, dans une maison telle que la nôtre, et vous commencez par vouloir des choses qui nous dérangeraient du matin au soir. Je ne suis pas une femme ici, j’ai trop d’affaires… Voyons, vous qui êtes si bien organisé, comment n’avez-vous pas compris que jamais je ne ferai ça, parce que c’est bête d’abord, inutile ensuite, et que, heureusement pour moi, je n’en ai pas la moindre envie !
§101
Il l’aurait préférée dans une colère d’indignation, étalant de grands sentiments. Sa voix calme, son tranquille raisonnement de femme pratique, sûre d’elle-même, le déconcertaient. Il se sentait devenir ridicule.
§102
— Ayez pitié, madame, balbutia-t-il encore. Voyez ce que je souffre.
§103
— Non, vous ne souffrez pas. En tout cas, vous guérirez… Tenez ! on frappe, vous feriez mieux d’ouvrir la porte.
Retrouver le sens d’ensemble
Au chapitre IX, Octave expose à madame Hédouin un projet d’agrandissement du Bonheur des Dames. Elle s’intéresse au commerce ; il prend cet intérêt pour une ouverture à la séduction et tente un rapprochement physique. Elle refuse et reprend son registre.
Le commerce nouveau est présenté comme une expansion spectaculaire et conquérante. Octave transforme cette adhésion professionnelle en scénario amoureux, que le récit compare à une tirade jouée. Madame Hédouin en refuse le principe et lui oppose ses affaires, sa raison et son absence d’envie ; la porte finale rend la tentative à un geste de travail.
Le commerce nouveau est présenté comme une expansion spectaculaire et conquérante. Octave transforme cette adhésion professionnelle en scénario amoureux, que le récit compare à une tirade jouée. Madame Hédouin en refuse le principe et lui oppose ses affaires, sa raison et son absence d’envie ; la porte finale rend la tentative à un geste de travail. Le parcours « Dévoiler les rouages de la société » prend ici une forme précise : les paroles et les gestes permettent de suivre les rapports entre les personnes au contact de leur place dans la maison. Rapprocher ce passage de la leçon de Berthe, C02 P150–P163 : dans les deux scènes, les gestes de séduction sont réglés par un objectif. Ici, la femme sollicitée refuse le rôle qu’Octave lui attribue et énonce ses propres priorités.