Pourquoi cette étape ?
Pot-Bouille · commentaire du texte 6
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Extrait entier · trois mouvements · neuf appuis · accompagnement continu facultatif
Avant de commencer : que se passe-t-il ?
Au chapitre XI, le père Vabre agonise. Ses enfants et leurs conjoints se rangent autour du lit après une dispute sur l’héritage. Le silence laisse circuler soupçons et calculs ; la présence du petit-fils et l’existence d’un testament préoccupent la famille.
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Lire tout l’extrait : §50 à §61, sans coupe intérieure
Témoin : Charpentier, 1883, transcription ancrée homologuée. Première publication du roman : 1882. L’extrait est copié sans coupe intérieure. Lire dans le texte intégral
§50
Et elles en venaient à des mots plus vifs, elles s’accusaient réciproquement de vouloir mettre la main sur l’héritage, lorsque, toujours maussade et calme, Auguste les rappela au respect.
§51
— Taisez-vous ! Vous aurez le temps. Ce n’est pas convenable, à cette heure.
§52
Alors, la famille, se rendant à la justesse de cette observation, prit place autour du lit. Un grand silence tomba, on entendit de nouveau le râle, dans la chambre moite. Berthe et Auguste étaient aux pieds du mourant ; Valérie et Théophile, arrivés les derniers, avaient dû se mettre assez loin, près de la table ; tandis que Clotilde occupait le chevet, ayant son mari derrière elle ; et, au bord même des matelas, elle poussait son fils Gustave, que le vieillard adorait. Tous se regardaient maintenant, sans une parole. Mais les yeux clairs, les lèvres pincées disaient les réflexions sourdes, les raisonnements pleins d’inquiétude et d’irritation, qui passaient dans ces têtes pâles d’héritiers, aux paupières rougies. La vue du collégien, si près du lit, exaspérait surtout les deux jeunes ménages ; car, c’était visible, les Duveyrier comptaient sur la présence de Gustave pour attendrir le grand-père, s’il recouvrait sa connaissance.
§53
Même cette manœuvre était une preuve qu’il ne devait pas exister de testament ; et les regards des Vabre allaient furtivement à un vieux coffre-fort, la caisse de l’ancien notaire, qu’il avait apportée de Versailles et fait sceller dans un coin de sa chambre. Il y enfermait, par manie, tout un monde d’objets. Sans doute les Duveyrier s’étaient empressés de fouiller cette caisse, pendant la nuit. Théophile rêvait de leur tendre un piège, pour les faire parler.
§54
— Dites donc, vint-il murmurer enfin à l’oreille du conseiller, si l’on avertissait le notaire… Papa peut vouloir changer ses dispositions.
§55
Duveyrier n’entendit pas d’abord. Comme il s’ennuyait beaucoup dans cette chambre, il avait laissé toute la nuit sa pensée retourner vers Clarisse. Décidément, le plus sage serait de se remettre avec sa femme ; mais l’autre était si drôle, quand elle envoyait sa chemise par-dessus sa tête, d’un geste de gamin ; et, les yeux vagues, fixés sur le moribond, il la revoyait ainsi, il aurait tout donné pour la posséder encore, rien qu’une fois. Théophile dut répéter sa question.
§56
— J’ai interrogé monsieur Renaudin, répondit alors le conseiller effaré. Il n’y a pas de testament.
§57
— Mais ici ?
§58
— Pas plus ici que chez le notaire.
§59
Théophile regarda Auguste : était-ce évident ? les Duveyrier avaient fouillé les meubles. Clotilde saisit ce regard et s’irrita contre son mari. Qu’avait-il donc ? est-ce que la douleur l’endormait ? Et elle ajouta :
§60
— Papa a fait ce qu’il a dû faire, bien sûr… Nous le saurons toujours trop tôt, mon Dieu !
§61
Elle pleurait. Valérie et Berthe, gagnées par sa douleur, se mirent aussi à sangloter doucement. Théophile avait regagné sa chaise sur la pointe des pieds. Il savait ce qu’il voulait savoir. Certainement, si son père reprenait connaissance, il ne laisserait pas les Duveyrier abuser de leur galopin de fils, pour se faire avantager. Mais, comme il s’asseyait, il vit son frère Auguste s’essuyer les yeux, et cela l’émut tellement, qu’à son tour il étrangla : l’idée de la mort lui venait, il mourrait peut-être de cette maladie, c’était abominable. Alors, toute la famille fondit en larmes. Seul, Gustave ne pouvait pleurer. Ça le consternait, il regardait par terre, réglant sa respiration sur le râle, pour s’occuper à quelque chose, comme on leur faisait marquer le pas, pendant les leçons de gymnastique.
Retrouver le sens d’ensemble
Au chapitre XI, le père Vabre agonise. Ses enfants et leurs conjoints se rangent autour du lit après une dispute sur l’héritage. Le silence laisse circuler soupçons et calculs ; la présence du petit-fils et l’existence d’un testament préoccupent la famille.
Le rappel à la convenance reporte la querelle sans retirer l’intérêt financier. Les places, les regards et les questions discrètes poursuivent une enquête sur l’héritage. Les larmes finales se propagent avec la peur de sa propre mort, tandis que l’enfant règle sa respiration sur le râle. Le respect visible laisse coexister calcul et émotion.
Le rappel à la convenance reporte la querelle sans retirer l’intérêt financier. Les places, les regards et les questions discrètes poursuivent une enquête sur l’héritage. Les larmes finales se propagent avec la peur de sa propre mort, tandis que l’enfant règle sa respiration sur le râle. Le respect visible laisse coexister calcul et émotion. Le parcours « Dévoiler les rouages de la société » prend ici une forme précise : les paroles et les gestes permettent de suivre les rapports entre les personnes au contact de leur place dans la maison. Le coffre sera ouvert plus loin dans le chapitre XI, P194. Lire ce prolongement séparément permet de mesurer l’écart entre la fortune imaginée par les héritiers et les objets conservés par le vieillard, sans annoncer ce résultat comme déjà connu ici.