Le bac par Patrick

Émile Zola · Thérèse Raquin · Explication 10/10

Explication 10 · Le poison et le couteau sous le regard de la lampe

Question de lecture. Comment la symétrie des projets meurtriers conduit-elle à une dernière reconnaissance ?

13 étapes parlées9 prises9 tiroirs

L’explication à côté de toi

Le fil parlé

Treize étapes pour comprendre, dire et retenir avant d’ouvrir le dossier de l’épreuve.

Étape 01

Tu n’y comprends rien ? C’est normal

Un couple qui s'assoit, qui parle de se coucher, qui prend une carafe : la dernière page du roman a l'air d'une soirée ordinaire. Et pourtant chacun des deux a préparé la mort de l'autre.

Ce n'est pas toi le problème. Zola a écrit une fin où rien ne s'annonce, parce que tout se voit dans les corps : une pâleur, un frisson, une main qui prend un objet. Suis les gestes, pas les mots — et tu verras la scène basculer sans qu'une phrase l'ait dit.

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Étape 02

D’abord, de quoi ça parle ?

Qui parle ? Le narrateur, qui décrit des corps ; et la vieille paralytique, qui ne dit rien mais regarde.

De quoi ça parle ? Un soir, les deux époux s'assoient sans se regarder. L'un propose d'aller dormir. L'autre frissonne. Il lui prend la carafe des mains. Et au même instant, leurs deux têtes se tournent l'une vers l'autre : chacun vient de comprendre.

Que veut faire comprendre l'auteur ? Qu'à force de vivre côte à côte avec le même secret, on finit par se deviner sans un mot — et que cette découverte est mortelle.

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Étape 03

Où on se trouve dans le livre

C'est la fin du roman. Les nuits sont devenues invivables, les disputes quotidiennes, et chacun en est arrivé, séparément, à la même idée.

Ce qu'il faut savoir : les deux projets sont symétriques, et le lecteur les connaît tous les deux. Toi, tu sais ce que chacun prépare ; eux l'ignorent jusqu'à cette page. C'est ce décalage qui rend la scène tenable, et terrible.

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Étape 04

Ton introduction : comment tu ouvres

Ton introduction peut tenir en six phrases, dans cet ordre.

  • Situe l'auteur : Zola, XIXᵉ siècle, chef de file du naturalisme.
  • Nomme l'œuvre et sa date, 1867, et son projet.
  • Dis où l'on en est : les deux coupables ne se supportent plus, et chacun a préparé la mort de l'autre.
  • Annonce ton parcours en trois arrêts : d'abord le quotidien qui fait gagner du temps, ensuite un geste où chacun se reconnaît, enfin la chute sous un regard.
  • Pose ta question, dans les termes du dossier : « Comment la symétrie des projets meurtriers conduit-elle à une dernière reconnaissance ? »
  • Referme en annonçant que tu suivras l'ordre du texte.
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Étape 05

Premier moment : Retarder par le quotidien

Le passage s'ouvre sur deux corps, avant toute décision. Ils prennent place un moment, le teint blanc, les yeux ailleurs. Zola donne le symptôme avant la cause — c'est sa manière depuis la première page.

Puis une question toute banale : « Eh bien ! nous ne nous couchons pas ? » Elle sert à faire passer une attente pour une habitude de ménage. Et la réponse porte un frisson que personne ne commente. Retiens ce point : dans cette page, ce que les personnages disent est ordinaire, et ce que leurs corps font ne l'est pas.

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Étape 06

Deuxième moment : Reconnaître le projet dans le geste

Le deuxième moment se joue entièrement sur un objet, et c'est une carafe d'eau. « Laisse », dit-il, d'une voix qu'il « s'efforçait de rendre » naturelle — le narrateur signale l'effort, donc le mensonge.

Puis il « enleva la carafe des mains de sa femme ». Servir à boire devient une lutte silencieuse : chacun veut préparer le verre de l'autre. Et vient l'instant du roman : leurs deux têtes se tournent ensemble. Aucun n'a parlé. Chacun a reconnu dans l'autre son propre calcul, et cette symétrie tient lieu d'aveu.

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Étape 07

Troisième moment : Tomber ensemble sous le regard

Le dernier moment se passe sous un regard. La paralytique « les regardait » — immobile, muette, et pourtant la seule à voir. Rien ne l'autorise à intervenir, rien ne l'empêche de comprendre. Pas de police, pas de juge : deux yeux.

Puis la géométrie du duel se rompt d'un coup : « brusquement, Thérèse et Laurent éclatèrent en sanglots ». Le mot « brusquement » casse la mécanique du duel, et les deux lâchent en même temps — à deux, comme tout ce qu'ils ont fait. Et la dernière phrase rend le mot de la fin au lieu : on les laisse là jusqu'au matin, éclairés par une lampe jaune. Le roman avait commencé par un couloir qui pressait les corps ; il s'achève sur les corps qu'il a pressés.

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Étape 08

Alors, qu’est-ce que ça raconte vraiment ?

En une phrase : deux meurtriers se reconnaissent au même instant, et tombent ensemble sous le regard d'une femme qui ne peut rien dire.

Ce que la page établit, c'est qu'il n'y a pas de justice dans ce livre. Personne ne les arrête, personne ne les juge. Ils s'usent l'un contre l'autre jusqu'à se lire entièrement, et cette lecture suffit. Si on te demande pourquoi le roman a fait scandale, ajoute ceci : la loi n'y apparaît jamais.

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Étape 09

Ton ouverture : la porte qui s’ouvre

Pour ouvrir, tu peux dire ceci : la dernière page répond exactement à la première. Le livre s'ouvrait sur un passage étroit et humide qui contraignait les corps des passants ; il finit à quelques rues de là, avec deux morts qu'on ne relève pas avant le jour.

Une seconde ouverture : la seule instance de jugement du roman est une femme privée de parole. Zola remplace le tribunal par un regard, et c'est peut-être ce qu'il y a de plus dur dans le livre.

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Étape 10

Tu vois ? Tu sais le comprendre et le dire

Reprends : les corps assis, la question du coucher, le frisson ; puis la voix forcée, la carafe prise, les têtes qui se tournent ; enfin le regard, les sanglots, la nuit sur le carreau. Trois temps.

Tu sais nommer ce que tu vois : des notations de corps placées avant les paroles, une question d'habitude, un narrateur qui signale un effort, un geste de prise, un mouvement simultané, un adverbe de rupture. Six choses, six citations.

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Étape 11

Et les petites questions de grammaire

Trois constructions à savoir sur ce passage.

« Lorsqu'ils furent remontés, ce soir-là, ils s'assirent » — le temps employé dit une action achevée avant une autre. Il installe un ordre : d'abord on monte, ensuite on s'assoit, et c'est dans cet ordre que la soirée devient un piège.

« d'une voix qu'il s'efforçait de rendre naturelle » — la relative ne décrit pas la voix, elle décrit un effort. Un seul mot, « s'efforçait », et le lecteur sait que tout est joué.

« Thérèse et Laurent éclatèrent en sanglots » — un sujet double, un seul verbe. Ils ne pleurent pas chacun de son côté : la grammaire les réunit, comme le crime les avait réunis.

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Étape 12

Ce soir, tu peux fermer le cahier

Ce soir, tu peux fermer le cahier. Tu as compris que la fin se joue dans un mouvement de tête, et qu'aucune loi n'intervient. C'est l'essentiel.

Si tu veux garder une seule image en t'endormant, garde celle-ci : une carafe d'eau que deux personnes se disputent en silence. Tout le dénouement est dans cet objet.

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Étape 13

Terre ferme : tu peux t’arrêter là

Terre ferme : tu peux t'arrêter là. Le dossier de l'épreuve t'attend quand tu voudras, avec ses neuf tiroirs. Ce soir, tu en sais assez pour en parler.

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Fin de l’explication accompagnée

La voix change

La voix qui t’accompagnait s’efface : finie la lettre, place au dossier de travail.

Je m’arrête iciJ’ouvre le dossier

Le dossier de l’épreuve

La même explication, classée pour la révision

Neuf tiroirs : comprendre, préparer l’oral, contrôler les preuves.

01Le texte, dit simplementLe raisonnement sans jargon.

Idée générale. Dans ce dénouement, chacun des deux voulait tuer l'autre — et ils s'en aperçoivent en même temps, sous les yeux de la vieille femme.

Situation simple. Le soir, ils s'assoient. Il propose d'aller se coucher. Il prend la carafe. Leurs têtes se tournent ensemble. Ils comprennent. Ils pleurent, et ils meurent.

Mouvement I. Dans ce mouvement, ils s'assoient un instant, pâles, sans se regarder. Il demande s'ils ne se couchent pas. Elle répond en frissonnant. L'idée importante est que le quotidien sert à retarder.

Mouvement II. Dans ce mouvement, il dit : laisse. Il enlève la carafe des mains de sa femme. Et à ce moment, leurs têtes se tournent ensemble. L'idée importante est que chacun reconnaît son projet dans l'autre.

Mouvement III. Dans ce mouvement, madame Raquin les regarde. Brusquement, ils éclatent en sanglots. Et les cadavres restent toute la nuit sur le carreau. L'idée importante est que le lieu a le dernier mot.

Pour finir. La leçon du dénouement est que deux personnes qui ont tué ensemble finissent par se reconnaître entièrement — et que cette reconnaissance les tue.

02L’introduction rédigéeSix étapes, une question directrice.

Étape 1 : Émile Zola est un romancier du XIXᵉ siècle, chef de file du naturalisme.

Étape 2 : Thérèse Raquin, paru en 1867, étudie des tempéraments pris dans un milieu.

Étape 3 : L'extrait est le dénouement : chacun a préparé la mort de l'autre, et les deux projets se rencontrent.

Étape 4 : Le passage s'organise en trois temps — le quotidien qui retarde, la reconnaissance mutuelle, la chute commune.

Étape 5 : On se demandera comment la symétrie des projets meurtriers conduit à une dernière reconnaissance.

Étape 6 : On suivra d'abord les corps avant les mots, puis la lutte autour de la carafe, enfin le regard de la paralytique.

03L’explication linéaireTrois mouvements, neuf prises de lecture.

I. Retarder par le quotidien

Yeux vagues, lèvres pâles, question du coucher et frisson composent une attente où les corps savent avant les paroles.

★ I.a. Ils s'assirent un instant

« Lorsqu’ils furent remontés, ce soir-là, ils s’assirent un instant, les yeux vagues, les lèvres pâles. » chapitre 32, paragraphe 17

Expansions corporelles antéposées. Les deux expansions corporelles placent la pâleur et l’absence de regard avant toute décision dite.

★ I.b. Nous ne nous couchons pas ?

« — Eh bien ! nous ne nous couchons pas ? » chapitre 32, paragraphe 18

Question d'habitude conjugale. La question du coucher cherche à faire passer l’attente pour une habitude conjugale.

★ I.c. Elle répondit en frissonnant

« — Si, si, nous nous couchons, répondit Thérèse en frissonnant, comme si elle avait eu grand froid. » chapitre 32, paragraphe 19

Comparaison du frisson. Le frisson rapporté par comparaison révèle une peur que Thérèse ne formule pas.

II. Reconnaître le projet dans le geste

Le verre d’eau devient objet disputé. Le mouvement instinctif des deux têtes et le regard aigu de la paralytique forment un triangle de connaissance.

★ II.a. Laisse, dit-il

« — Laisse, s’écria son mari d’une voix qu’il s’efforçait de rendre naturelle, je préparerai le verre d’eau sucrée… Occupe toi de ta tante. » chapitre 32, paragraphe 21

Impératif à voix contrôlée. Les impératifs ordinaires cachent la volonté de contrôler seul la préparation du verre.

★ II.b. Il enleva la carafe des mains

« Il enleva la carafe des mains de sa femme et remplit un verre d’eau. » chapitre 32, paragraphe 22

Geste de prise. Prendre la carafe des mains de l’autre transforme le service en lutte silencieuse.

★ II.c. Leurs têtes se tournèrent ensemble

« À ce moment, cette sensation étrange qui prévient de l’approche d’un danger, fit tourner la tête aux époux, d’un mouvement instinctif. » chapitre 32, paragraphe 23

Mouvement simultané de reconnaissance. Le mouvement simultané des têtes fait reconnaître à chacun son propre calcul dans l’autre.

III. Tomber ensemble sous le regard

Les sanglots abolissent le duel sans produire d’innocence. La dernière phrase étend toute la nuit, le carreau, les corps tordus et la lampe jaune : le lieu conserve le résultat.

★ III.a. Elle les regardait

« Madame Raquin, sentant que le dénouement était proche, les regardait avec des yeux fixes et aigus. » chapitre 32, paragraphe 24

Regard du corps immobile. Les yeux fixes de madame Raquin donnent au corps paralysé une dernière puissance de jugement.

◆ III.b. Brusquement, des sanglots

« Et brusquement Thérèse et Laurent éclatèrent en sanglots. » chapitre 32, paragraphe 25

Adverbe de rupture. L’adverbe « brusquement » rompt la géométrie du duel par une décharge commune de larmes.

★ III.c. Toute la nuit sur le carreau

« Les cadavres restèrent toute la nuit sur le carreau de la salle à manger, tordus, vautrés, éclairés de lueurs jaunâtres par les clartés de la lampe que l’abat-jour jetait sur eux. » chapitre 32, paragraphe 26

Durée et lumière finales. La durée nocturne et la lampe jaune rendent au lieu le dernier mot sur les cadavres.

04La conclusion rédigéeRépondre, puis prolonger dans l’œuvre.

1. Récapitulation. Le dénouement tient jusqu'au bout la méthode du roman : les corps savent avant les mots. La pâleur et l'absence de regard précèdent toute décision dite ; la question du coucher fait passer l'attente pour une habitude conjugale ; le frisson donne le symptôme d'une peur que personne ne formule. La scène se joue ensuite sur un objet domestique : une voix qu'on s'efforce de rendre ordinaire, une carafe enlevée des mains de l'autre, un service devenu lutte. Puis vient le sommet — les têtes se tournent ensemble — et la symétrie tient lieu d'aveu. Le regard fixe de madame Raquin, seule instance devant qui cela se passe, accompagne la décharge commune ; et les cadavres restent toute la nuit sur le carreau, sous une lampe jaune.

2. Ouverture. Le roman s'était ouvert sur un passage qui pressait les corps ; il se ferme sur deux corps immobiles dans une lumière. Le parcours « anatomie des passions » s'achève donc là où il avait commencé — sur un lieu, et sur ce qu'il fait des vivants.

05Le mémo de l’oralLes appuis indispensables et les prolongements possibles.

Auteur : Émile Zola.

Œuvre : Thérèse Raquin, 1867.

Extrait : « Le poison et le couteau sous le regard de la lampe », le dénouement.

Objet d'étude : Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIᵉ siècle.

Parcours : Anatomie des passions.

Situation : Chacun a préparé la mort de l'autre ; le soir venu, les deux projets se reconnaissent.

Problématique : Comment la symétrie des projets meurtriers conduit-elle à une dernière reconnaissance ?

Plan : Retarder par le quotidien ; reconnaître le projet dans le geste ; tomber ensemble sous le regard.

Citations, procédés et interprétations essentiels : ★ indique les appuis à ne pas omettre ; ◆ propose les prolongements à choisir selon le temps disponible.

★ I.a : « Lorsqu’ils furent remontés, ce soir-là, ils s’assirent un instant,… ». Expansions corporelles antéposées. Les deux expansions corporelles placent la pâleur et l’absence de regard avant toute décision dite.

★ I.b : « — Eh bien ! nous ne nous couchons pas ? ». Question d'habitude conjugale. La question du coucher cherche à faire passer l’attente pour une habitude conjugale.

★ I.c : « — Si, si, nous nous couchons, répondit Thérèse en frissonnant,… ». Comparaison du frisson. Le frisson rapporté par comparaison révèle une peur que Thérèse ne formule pas.

★ II.a : « — Laisse, s’écria son mari d’une voix qu’il s’efforçait de rendre… ». Impératif à voix contrôlée. Les impératifs ordinaires cachent la volonté de contrôler seul la préparation du verre.

★ II.b : « Il enleva la carafe des mains de sa femme et remplit un verre d’eau. ». Geste de prise. Prendre la carafe des mains de l’autre transforme le service en lutte silencieuse.

★ II.c : « À ce moment, cette sensation étrange qui prévient de l’approche… ». Mouvement simultané de reconnaissance. Le mouvement simultané des têtes fait reconnaître à chacun son propre calcul dans l’autre.

★ III.a : « Madame Raquin, sentant que le dénouement était proche, les… ». Regard du corps immobile. Les yeux fixes de madame Raquin donnent au corps paralysé une dernière puissance de jugement.

◆ III.b : « Et brusquement Thérèse et Laurent éclatèrent en sanglots. ». Adverbe de rupture. L’adverbe « brusquement » rompt la géométrie du duel par une décharge commune de larmes.

★ III.c : « Les cadavres restèrent toute la nuit sur le carreau de la salle à… ». Durée et lumière finales. La durée nocturne et la lampe jaune rendent au lieu le dernier mot sur les cadavres.

Appuis ★ repris : I.a I.b I.c II.a II.b II.c III.a III.c

06Le tableau des procédésComparer les fonctions des neuf appuis.
Procédé désignéAnalyse dans le texteEffet sur le lecteurInterprétation
★ Expansions corporelles antéposées (I.a)Les deux expansions corporelles placent la pâleur et l’absence de regard avant toute décision dite.Le lecteur voit la pâleur avant toute décision.Placer la pâleur et l'absence de regard avant toute décision dite, c'est maintenir jusqu'au bout la méthode du roman : les corps savent avant les mots.
★ Question d'habitude conjugale (I.b)La question du coucher cherche à faire passer l’attente pour une habitude conjugale.Le lecteur entend l'attente déguisée en habitude.La question du coucher cherche à faire passer l'attente pour une habitude conjugale ; le meurtre se prépare dans le vocabulaire du ménage.
★ Comparaison du frisson (I.c)Le frisson rapporté par comparaison révèle une peur que Thérèse ne formule pas.Le lecteur perçoit une peur que personne ne formule.Le frisson rapporté par comparaison révèle une peur que Thérèse ne formule pas : le texte donne le symptôme et refuse l'aveu.
★ Impératif à voix contrôlée (II.a)Les impératifs ordinaires cachent la volonté de contrôler seul la préparation du verre.Le lecteur entend une voix qu'on s'efforce de rendre ordinaire.L'impératif ordinaire et la voix qu'on s'efforce de rendre naturelle disent l'effort : Laurent joue le quotidien pour contrôler seul la carafe.
★ Geste de prise (II.b)Prendre la carafe des mains de l’autre transforme le service en lutte silencieuse.Le lecteur voit un service devenir une lutte.Prendre la carafe des mains de l'autre transforme le service en lutte silencieuse ; la scène entière se joue sur un objet domestique.
★ Mouvement simultané de reconnaissance (II.c)Le mouvement simultané des têtes fait reconnaître à chacun son propre calcul dans l’autre.Le lecteur voit chacun reconnaître son calcul dans l'autre.Le mouvement simultané des têtes est le sommet du roman : chacun reconnaît son propre calcul dans l'autre, et la symétrie tient lieu d'aveu.
★ Regard du corps immobile (III.a)Les yeux fixes de madame Raquin donnent au corps paralysé une dernière puissance de jugement.Le lecteur voit un corps immobile devenir juge.Les yeux fixes de madame Raquin donnent au corps paralysé une dernière puissance : elle ne peut rien faire, et elle est la seule instance devant qui cela se passe.
◆ Adverbe de rupture (III.b)L’adverbe « brusquement » rompt la géométrie du duel par une décharge commune de larmes.Le lecteur voit la géométrie du duel se rompre.« Brusquement » rompt la géométrie du duel par une décharge commune : les deux corps cèdent ensemble, comme ils avaient agi ensemble.
★ Durée et lumière finales (III.c)La durée nocturne et la lampe jaune rendent au lieu le dernier mot sur les cadavres.Le lecteur reste avec deux cadavres et une lampe.La nuit et la lampe jaune rendent au lieu le dernier mot : le roman s'était ouvert sur un passage qui pressait les corps, il se ferme sur deux corps immobiles sous une lumière.
07Le tableau de couvertureRetrouver chaque sous-partie dans le mémo.
Prise ★RangDans le mémo
I.a★oui
I.b★oui
I.c★oui
II.a★oui
II.b★oui
II.c★oui
III.a★oui
III.c★oui
Sous-partieProcédé principalDans le mémo ?
I.aExpansions corporelles antéposéesoui
I.bQuestion d'habitude conjugaleoui
I.cComparaison du frissonoui
II.aImpératif à voix contrôléeoui
II.bGeste de priseoui
II.cMouvement simultané de reconnaissanceoui
III.aRegard du corps immobileoui
III.cDurée et lumière finalesoui

Les 8 appuis marqués ★ couvrent les trois mouvements et sont tous repris dans le mémo : résultat 8/8. Ce décompte atteste la couverture, non la qualité générale de la page.

08Les erreurs rédhibitoiresLes contresens propres à ce passage.

A. Erreurs de fond

Erreur à ne pas commettrePourquoi c'est une erreurFormulation correcte à retenir
Ils se suicident par remords.Le texte donne une reconnaissance simultanée, non un repentir.La symétrie des projets tient lieu d'aveu.
Le poison est une surprise.La lutte autour de la carafe la prépare entièrement.Le meurtre se joue sur un objet domestique.
Madame Raquin assiste passivement.Ses yeux fixes en font la dernière instance de jugement.Son regard est la seule autorité de la scène.
Le dénouement est moral.Aucune loi n'intervient : deux corps cèdent en même temps.La justice y est absente, et c'est le propos.
La lampe est un détail.Elle éclaire les cadavres toute la nuit et referme le roman.Le lieu a le dernier mot, comme à la première page.

B. Erreurs de méthode à l'oral

Erreur de méthodeCorrection attendue
Commencer par la mort.Suivre l'ordre : le quotidien qui retarde donne son prix à la reconnaissance.
Traiter la carafe comme un accessoire.Toute la scène se joue sur elle.
Chercher un aveu verbal.Le mouvement simultané des têtes en tient lieu.
Annoncer des numéros de page.Annoncer les paragraphes éditoriaux de la maison.

C. Formulations à proscrire

MaladroitCorrect
Le crime est puni.Personne ne les punit : ils se reconnaissent et tombent.
C'est une fin tragique.C'est une fin physiologique : les corps cèdent ensemble.
Ils s'aimaient encore.Le texte ne le dit pas ; il décrit deux projets symétriques.
09L’analyse grammaticaleTrois constructions distinctes, trois leçons.
  1. Question grammaticale 1
  2. Question grammaticale 2
  3. Question grammaticale 3

Phrase 1 : Subordonnée temporelle au passé antérieur

Phrase étudiée : « Lorsqu’ils furent remontés, ce soir-là, ils s’assirent un instant, les yeux vagues, les lèvres pâles. » chapitre 32, paragraphe 17

Question : Analysez la construction du fragment et justifiez votre réponse.

Réponse : Le participe « assis » n’est pas écrit : les verbes au passé simple installent directement l’état d’attente.

Phrase 2 : Incise avec relative déterminative sur la voix

Phrase étudiée : « — Laisse, s’écria son mari d’une voix qu’il s’efforçait de rendre naturelle, je préparerai le verre d’eau sucrée… Occupe toi de ta tante. » chapitre 32, paragraphe 21

Question : Analysez la construction du fragment et justifiez votre réponse.

Réponse : Dans « comme si elle avait eu », la subordonnée comparative emploie le plus-que-parfait pour une cause feinte.

Phrase 3 : Sujet pluriel avec verbe de mouvement et complément de durée

Phrase étudiée : « Et brusquement Thérèse et Laurent éclatèrent en sanglots. » chapitre 32, paragraphe 25

Question : Analysez la construction du fragment et justifiez votre réponse.

Réponse : Le relatif « que l’abat-jour jetait » précise l’origine des lueurs et clôt sur la lumière fabriquée. Chaîne d’oral