Le bac par Patrick

Émile Zola · Thérèse Raquin · Explication 2/10

Explication 2 · L’entrée de Laurent : un regard avant le désir

Question de lecture. Comment une visite ordinaire découpe-t-elle déjà la boutique et le corps de Thérèse ?

13 étapes parlées9 prises9 tiroirs

L’explication à côté de toi

Le fil parlé

Treize étapes pour comprendre, dire et retenir avant d’ouvrir le dossier de l’épreuve.

Étape 01

Tu n’y comprends rien ? C’est normal

Cette scène a l'air de ne rien contenir : un homme présente son ami à sa femme, on parle métier, on montre des livres. Aucune déclaration, aucun geste. On peut la lire trois fois sans voir ce qui s'y passe.

Ce n'est pas toi le problème : Zola a écrit exprès une scène où l'essentiel ne se dit pas. Tout se joue dans un regard et dans un malaise. Une fois que tu sais où regarder, la scène devient évidente — et un peu terrible, parce que c'est le mari lui-même qui installe chez lui ce qui va le tuer.

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Étape 02

D’abord, de quoi ça parle ?

Qui parle ? Un narrateur extérieur, mais qui se place tout près de Thérèse : c'est par elle qu'on éprouve le malaise.

De quoi ça parle ? Camille amène son ami d'enfance dans la boutique. Il vante ses réussites, l'installe, lui présente sa femme. L'ami la regarde. Elle se sent mal.

Que veut faire comprendre l'auteur ? Que le désir n'a pas besoin de mots pour commencer, et qu'il entre ici par la porte que le mari tient ouverte.

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Étape 03

Où on se trouve dans le livre

On est au début du roman, peu après l'installation dans la boutique du passage. Camille travaille au chemin de fer d'Orléans ; il y retrouve un camarade de Vernon et le ramène dîner.

Ce qu'il faut savoir : la scène ouvre la série des jeudis. Ce rendez-vous hebdomadaire reviendra tout au long du livre, et il servira longtemps de couverture aux amants. Ce premier jeudi est donc une date, même si personne dans la scène ne s'en doute.

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Étape 04

Ton introduction : comment tu ouvres

Ton introduction peut tenir en six phrases, dans cet ordre.

  • Situe l'auteur : Zola, XIXᵉ siècle, chef de file du naturalisme. Une phrase.
  • Nomme l'œuvre et sa date, 1867, et son projet : observer des corps pris dans un milieu.
  • Dis où l'on en est : Camille ramène un ancien camarade dans la boutique de sa mère, où il vit avec Thérèse.
  • Annonce ton parcours en trois arrêts : d'abord un homme raconté par un autre, ensuite un visiteur qui s'installe, enfin un regard qui traverse la politesse.
  • Pose ta question. Celle-ci fonctionne : comment une visite ordinaire découpe-t-elle déjà la boutique et le corps de Thérèse.
  • Referme en disant que tu suivras l'ordre des répliques.
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Étape 05

Premier moment : Un portrait social prêté par Camille

Regarde qui parle en premier : ce n'est pas Laurent, c'est Camille. « Il se porte bien, il a étudié, il gagne déjà quinze cents francs » — trois réussites d'affilée, débitées avec fierté. Laurent entre donc dans le roman sous forme de récit, avant d'exister comme corps.

Puis deux gestes minuscules décident de tout. Il retire son chapeau. Il s'installe. Un visiteur vient de devenir un habitué, et personne ne l'a remarqué. Camille, lui, étale ses volumes de Buffon — il répond au prestige de l'ami par du papier, et il se diminue en croyant s'égaler.

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Étape 06

Deuxième moment : S’installer dans le cadre domestique

Voici la phrase qui compte : « Mais, dit-il à Laurent, tu dois connaître ma femme ? » Camille désigne Thérèse comme il désignerait un meuble du salon. C'est lui qui livre l'objet du regard.

Laurent répond « en regardant Thérèse en face ». Deux mots, et la politesse devient un contact. Puis vient la réaction de Thérèse : sous ce regard « qui semblait pénétrer en elle », elle éprouve un malaise. Note le verbe « semblait » : Zola ne prête aucun pouvoir magique à Laurent, il décrit ce qu'une femme ressent. C'est cette précision qui fait le naturalisme, et pas les mots savants.

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Étape 07

Troisième moment : Le regard franchit l’étiquette

La fin de la scène défait tranquillement le portrait du début. Laurent dit qu'il ne sait pas. Camille raconte que le père a des idées à lui et tient les cordons de la bourse. Et le rire arrive : deux ans passés à faire croire qu'il suivait des cours, dit-il, comme on raconte une bonne blague.

Ce qui te sera utile à l'oral : la vérité arrive ici sous forme de plaisanterie, et personne ne s'en alarme. L'homme dont on vantait les diplômes est un fils dépendant qui n'a rien fait. Le roman l'a dit, et il continue comme si de rien n'était.

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Étape 08

Alors, qu’est-ce que ça raconte vraiment ?

En une phrase : un mari fait entrer chez lui, avec fierté, l'homme qui deviendra l'amant de sa femme.

Ce que la scène établit, c'est que rien ne se décide par la parole. Le récit de Camille prépare, les gestes installent, le regard tranche, et l'aveu final ne change rien. Si on te demande où commence l'histoire d'amour du roman, c'est ici — et il n'y a pas une phrase d'amour.

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Étape 09

Ton ouverture : la porte qui s’ouvre

Pour ouvrir, tu peux dire ceci : cette visite fonde les soirées du jeudi, qui reviendront tout au long du livre et couvriront la liaison. Le rituel qui protège les amants naît le jour même où ils se rencontrent.

Une seconde ouverture : les livres que Camille étale ne serviront à rien, et son diplôme non plus. Zola oppose ici deux corps — l'un solide, l'autre chétif — et c'est le corps qui gagnera, pas le papier.

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Étape 10

Tu vois ? Tu sais le comprendre et le dire

Reprends : Camille raconte, Laurent s'installe, Camille étale ses livres ; puis la présentation, le regard en face, le malaise ; enfin l'ignorance, le père, l'aveu en riant. Trois temps, faciles à tenir.

Tu sais nommer ce que tu vois : une énumération de réussites, deux gestes d'installation, un complément de regard, un verbe d'apparence, un aveu porté par un rire. Cinq choses, cinq citations, et tu tiens ton oral.

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Étape 11

Et les petites questions de grammaire

Trois constructions à savoir sur ce passage.

« il se porte bien, il a étudié, il gagne déjà quinze cents francs » — trois propositions posées l'une après l'autre, sans mot de liaison, avec le même sujet repris à chaque fois. Cet empilement donne l'impression d'une avalanche de qualités, et c'est bien l'effet cherché par Camille.

« Mais, dit-il à Laurent, tu dois connaître ma femme ? » — remarque le « dit-il » planté au milieu de la phrase. On appelle cela une incise. Elle coupe la question en deux et rappelle qui parle, au moment précis où ce qui est dit compte moins que celui qui le dit.

« Comme il est continuellement en voyage… » — « comme » n'introduit pas ici une comparaison mais une cause. C'est un piège fréquent : demande-toi toujours si le mot répond à « comment » ou à « pourquoi ».

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Étape 12

Ce soir, tu peux fermer le cahier

Ce soir, tu peux fermer le cahier. Tu as compris que la scène se joue dans un regard et non dans des mots, et que c'est le mari qui ouvre la porte. C'est l'essentiel.

Si tu veux garder une seule image en t'endormant, garde celle-ci : un homme qui retire son chapeau et s'assoit. Rien de plus, et tout est joué.

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Étape 13

Terre ferme : tu peux t’arrêter là

Terre ferme : tu peux t'arrêter là. Le dossier de l'épreuve t'attend quand tu voudras, avec ses neuf tiroirs et ses tableaux. Ce soir, c'est fini : tu en sais assez pour en parler, et c'était le but.

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Fin de l’explication accompagnée

La voix change

La voix qui t’accompagnait s’efface : finie la lettre, place au dossier de travail.

Je m’arrête iciJ’ouvre le dossier

Le dossier de l’épreuve

La même explication, classée pour la révision

Neuf tiroirs : comprendre, préparer l’oral, contrôler les preuves.

01Le texte, dit simplementLe raisonnement sans jargon.

Idée générale. Dans ce passage, Camille présente son ami Laurent à sa femme, et c'est un regard, pas une parole, qui change tout.

Situation simple. Camille vante son ami : il a étudié, il gagne bien. Laurent retire son chapeau et s'installe. Il regarde Thérèse en face. Elle se sent mal à l'aise.

Mouvement I. Dans ce mouvement, Camille énumère les réussites de Laurent. Celui-ci se débarrasse de son chapeau et s'installe. Et Camille étale ses volumes de Buffon. L'idée importante est que le mari fabrique lui-même le prestige de l'autre.

Mouvement II. Dans ce mouvement, il demande à Laurent s'il connaît sa femme. Laurent répond en regardant Thérèse en face. Et sous ce regard qui semblait pénétrer en elle, elle éprouve un malaise. L'idée importante est que le regard passe par-dessus l'étiquette.

Mouvement III. Dans ce mouvement, Laurent dit ne pas savoir. Camille raconte que son père a des idées à lui. Et Laurent avoue en riant qu'il a fait semblant d'étudier. L'idée importante est que le beau portrait se défait.

Pour finir. La leçon du passage est qu'un mari peut installer chez lui, en toute confiance, ce qui va le détruire.

02L’introduction rédigéeSix étapes, une question directrice.

Étape 1 : Émile Zola est un romancier du XIXᵉ siècle, chef de file du naturalisme.

Étape 2 : Thérèse Raquin, paru en 1867, étudie des tempéraments pris dans un milieu.

Étape 3 : L'extrait est l'entrée de Laurent dans la boutique du passage, présenté par Camille.

Étape 4 : Le passage s'organise en trois temps — le portrait prêté par Camille, l'installation domestique, le regard qui franchit l'étiquette.

Étape 5 : On se demandera comment une visite ordinaire découpe déjà la boutique et le corps de Thérèse.

Étape 6 : On suivra d'abord la biographie fabriquée, puis la distribution des places, enfin l'aveu final.

03L’explication linéaireTrois mouvements, neuf prises de lecture.

I. Un portrait social prêté par Camille

Diplômes, salaire et peinture sont énumérés par Camille. Laurent entre donc d’abord comme récit avantageux, non comme corps désiré.

★ I.a. Il a étudié, il gagne déjà

« — Oh ! mais, lui, il se porte bien, il a étudié, il gagne déjà quinze cents francs… Son père l’a mis au collège ; il a fait son droit et a appris la peinture. » chapitre 5, paragraphe 8

Cascade de réussites. La cascade de réussites est une biographie fabriquée par la parole confiante de Camille.

◆ I.b. Le chapeau retiré

« Il se débarrassa de son chapeau et s’installa dans la boutique. » chapitre 5, paragraphe 10

Gestes d'installation. Retirer son chapeau et s’installer convertit le visiteur en présence durable dans la boutique.

★ I.c. Les volumes de Buffon étalés

« Camille étala ses volumes de Buffon et ses livraisons à dix centimes, pour montrer à son ami qu’il travaillait, lui aussi. » chapitre 5, paragraphe 11

Étalage compensatoire. Les livres exposés sont moins un travail qu’une riposte maladroite au prestige de l’ami.

II. S’installer dans le cadre domestique

Le chapeau retiré, les livres étalés et la présentation de l’épouse distribuent les places. La boutique devient une scène dont Camille croit maîtriser l’étiquette.

★ II.a. Tu dois connaître ma femme ?

« — Mais, dit-il à Laurent, tu dois connaître ma femme ? » chapitre 5, paragraphe 12

Question qui dispose une personne. La question de Camille dispose sa femme comme un élément du salon à présenter.

★ II.b. En regardant Thérèse en face

« — J’ai parfaitement reconnu madame, répondit Laurent en regardant Thérèse en face. » chapitre 5, paragraphe 13

Complément de regard. Le complément « en face » fait de la reconnaissance un affrontement de regards.

★ II.c. Un regard qui semblait pénétrer

« Sous ce regard droit, qui semblait pénétrer en elle, la jeune femme éprouva une sorte de malaise. » chapitre 5, paragraphe 14

Comparative d'intensité. La subordonnée comparative traduit l’intensité perçue par Thérèse, non un pouvoir magique.

III. Le regard franchit l’étiquette

« en face » puis « pénétrer » orientent une ligne directe entre Laurent et Thérèse. Le malaise est la première formulation corporelle d’un désir encore sans déclaration.

◆ III.a. Mais je ne sais pas

« — Mais je ne sais pas, répondit Laurent. » chapitre 5, paragraphe 17

Ignorance revendiquée. L’ignorance revendiquée suspend la biographie officielle de Laurent.

◆ III.b. Le cher homme a des idées à lui

« — Oui, le cher homme a des idées à lui… Comme il est continuellement en procès avec ses voisins, il m’a mis au collège, rêvant de trouver plus tard en moi un avocat qui lui gagnerait toutes ses causes… Oh ! » chapitre 5, paragraphe 19

Récit du père. Le long récit du père révèle que l’argent et le droit encadrent la liberté de Laurent.

★ III.c. J'ai fait semblant

« — Ma foi non, reprit son ami en riant… Pendant deux ans, j’ai fait semblant de suivre les cours, afin de toucher la pension de douze cents francs que mon père me servait. » chapitre 5, paragraphe 21

Aveu par le rire. Le rire et l’aveu du faux étudiant fissurent le portrait glorieux donné à l’entrée.

04La conclusion rédigéeRépondre, puis prolonger dans l’œuvre.

1. Récapitulation. Le passage fait entrer le désir par une porte que le mari tient lui-même. Laurent arrive d'abord comme récit : une cascade de réussites, débitée par Camille, avant tout corps. Puis les gestes décident — le chapeau retiré, l'installation — tandis que l'étalage des volumes de Buffon montre un mari qui répond au prestige par du papier et se diminue en croyant s'égaler. Le deuxième temps dispose Thérèse comme un élément du salon, et le regard fait le reste : « en face », puis un regard qui « semblait pénétrer en elle » — où le verbe garde l'intensité du côté de celle qui la subit. Le troisième défait le portrait : ignorance revendiquée, dépendance financière, et l'aveu du faux étudiant porté par un rire.

2. Ouverture. Ce que Camille introduit ce jour-là conduira au meurtre sur l'eau. Le parcours « anatomie des passions » commence donc par une visite ordinaire, où rien ne se dit et où tout se décide.

05Le mémo de l’oralLes appuis indispensables et les prolongements possibles.

Auteur : Émile Zola.

Œuvre : Thérèse Raquin, 1867.

Extrait : « L'entrée de Laurent », chapitre du premier jeudi.

Objet d'étude : Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIᵉ siècle.

Parcours : Anatomie des passions.

Situation : Camille amène son ami Laurent dans la boutique du passage et le présente à Thérèse.

Problématique : Comment une visite ordinaire découpe-t-elle déjà la boutique et le corps de Thérèse ?

Plan : Un portrait social prêté par Camille ; s'installer dans le cadre domestique ; le regard franchit l'étiquette.

Citations, procédés et interprétations essentiels : ★ indique les appuis à ne pas omettre ; ◆ propose les prolongements à choisir selon le temps disponible.

★ I.a : « — Oh ! mais, lui, il se porte bien, il a étudié, il gagne déjà… ». Cascade de réussites. La cascade de réussites est une biographie fabriquée par la parole confiante de Camille.

◆ I.b : « Il se débarrassa de son chapeau et s’installa dans la boutique. ». Gestes d'installation. Retirer son chapeau et s’installer convertit le visiteur en présence durable dans la boutique.

★ I.c : « Camille étala ses volumes de Buffon et ses livraisons à dix… ». Étalage compensatoire. Les livres exposés sont moins un travail qu’une riposte maladroite au prestige de l’ami.

★ II.a : « — Mais, dit-il à Laurent, tu dois connaître ma femme ? ». Question qui dispose une personne. La question de Camille dispose sa femme comme un élément du salon à présenter.

★ II.b : « — J’ai parfaitement reconnu madame, répondit Laurent en regardant… ». Complément de regard. Le complément « en face » fait de la reconnaissance un affrontement de regards.

★ II.c : « Sous ce regard droit, qui semblait pénétrer en elle, la jeune… ». Comparative d'intensité. La subordonnée comparative traduit l’intensité perçue par Thérèse, non un pouvoir magique.

◆ III.a : « — Mais je ne sais pas, répondit Laurent. ». Ignorance revendiquée. L’ignorance revendiquée suspend la biographie officielle de Laurent.

◆ III.b : « — Oui, le cher homme a des idées à lui… Comme il est… ». Récit du père. Le long récit du père révèle que l’argent et le droit encadrent la liberté de Laurent.

★ III.c : « — Ma foi non, reprit son ami en riant… Pendant deux ans, j’ai fait… ». Aveu par le rire. Le rire et l’aveu du faux étudiant fissurent le portrait glorieux donné à l’entrée.

Appuis ★ repris : I.a I.c II.a II.b II.c III.c

06Le tableau des procédésComparer les fonctions des neuf appuis.
Procédé désignéAnalyse dans le texteEffet sur le lecteurInterprétation
★ Cascade de réussites (I.a)La cascade de réussites est une biographie fabriquée par la parole confiante de Camille.Le lecteur reçoit une biographie avant de voir un homme.Laurent entre d'abord comme récit : c'est Camille qui le fabrique, et le roman fait entrer le désir par une biographie avantageuse.
◆ Gestes d'installation (I.b)Retirer son chapeau et s’installer convertit le visiteur en présence durable dans la boutique.Le lecteur voit un visiteur devenir un habitué.Retirer son chapeau et s'installer convertit une visite en présence durable ; le naturalisme note les gestes qui décident sans qu'on les décide.
★ Étalage compensatoire (I.c)Les livres exposés sont moins un travail qu’une riposte maladroite au prestige de l’ami.Le lecteur voit un mari répondre au prestige par des livres.L'étalage des volumes est une riposte maladroite : Camille répond au prestige de l'ami par un capital de papier, et se diminue en croyant s'égaler.
★ Question qui dispose une personne (II.a)La question de Camille dispose sa femme comme un élément du salon à présenter.Le lecteur voit une femme présentée comme un objet du salon.« Tu dois connaître ma femme ? » dispose Thérèse parmi les éléments du salon ; le mari livre lui-même l'objet du regard.
★ Complément de regard (II.b)Le complément « en face » fait de la reconnaissance un affrontement de regards.Le lecteur voit un regard prendre une direction.Le complément « en face » fait de la reconnaissance un affrontement : la politesse mondaine devient un contact direct.
★ Comparative d'intensité (II.c)La subordonnée comparative traduit l’intensité perçue par Thérèse, non un pouvoir magique.Le lecteur éprouve l'intensité du regard depuis Thérèse.« Semblait » maintient l'intensité du côté de la perception de Thérèse : Zola décrit un effet éprouvé, non un pouvoir magique — c'est la précision naturaliste.
◆ Ignorance revendiquée (III.a)L’ignorance revendiquée suspend la biographie officielle de Laurent.Le lecteur voit la biographie officielle se suspendre.L'ignorance revendiquée suspend le portrait officiel : Laurent ne se vante pas, il défait ce que Camille vient de bâtir.
◆ Récit du père (III.b)Le long récit du père révèle que l’argent et le droit encadrent la liberté de Laurent.Le lecteur découvre l'argent derrière la liberté.Le récit du père révèle que l'argent et le droit encadrent cette liberté ; l'homme désiré est un dépendant, ce que le roman n'oubliera pas.
★ Aveu par le rire (III.c)Le rire et l’aveu du faux étudiant fissurent le portrait glorieux donné à l’entrée.Le lecteur voit le portrait glorieux se fissurer par un rire.L'aveu du faux étudiant, porté par un rire, achève de fissurer le portrait ; la vérité arrive ici comme une plaisanterie.
07Le tableau de couvertureRetrouver chaque sous-partie dans le mémo.
Prise ★RangDans le mémo
I.a★oui
I.c★oui
II.a★oui
II.b★oui
II.c★oui
III.c★oui
Sous-partieProcédé principalDans le mémo ?
I.aCascade de réussitesoui
I.cÉtalage compensatoireoui
II.aQuestion qui dispose une personneoui
II.bComplément de regardoui
II.cComparative d'intensitéoui
III.cAveu par le rireoui

Les 6 appuis marqués ★ couvrent les trois mouvements et sont tous repris dans le mémo : résultat 6/6. Ce décompte atteste la couverture, non la qualité générale de la page.

08Les erreurs rédhibitoiresLes contresens propres à ce passage.

A. Erreurs de fond

Erreur à ne pas commettrePourquoi c'est une erreurFormulation correcte à retenir
Le coup de foudre est immédiat.Le texte décrit un malaise éprouvé par Thérèse, non un aveu.La première formulation est corporelle, et négative.
Laurent séduit délibérément.Il regarde en face ; c'est Camille qui a disposé la scène.Le mari fournit lui-même l'occasion.
Le portrait de Laurent est vrai.Il l'infirme lui-même en riant à la fin.La biographie est une fabrication de Camille.
Les livres de Buffon montrent la culture de Camille.Ils sont une riposte maladroite au prestige de l'ami.L'étalage le diminue.
Le regard a un pouvoir magique.« Semblait » maintient l'intensité du côté de Thérèse.Zola décrit un effet perçu, pas une puissance.

B. Erreurs de méthode à l'oral

Erreur de méthodeCorrection attendue
Commencer par le regard.Suivre l'ordre : c'est le récit de Camille qui prépare la scène.
Traiter « en face » comme un détail.Le complément fait de la reconnaissance un affrontement.
Résumer la suite du roman.Situer en deux phrases et entrer dans la présentation.
Annoncer des numéros de page.Annoncer les paragraphes éditoriaux de la maison.

C. Formulations à proscrire

MaladroitCorrect
Thérèse tombe amoureuse.Elle éprouve un malaise, et le texte s'arrête là.
Laurent est un séducteur.Il est d'abord un récit, puis un regard ; le roman prendra son temps.
Camille est ridicule.Il est confiant, et sa confiance est le mécanisme du drame.
09L’analyse grammaticaleTrois constructions distinctes, trois leçons.
  1. Question grammaticale 1
  2. Question grammaticale 2
  3. Question grammaticale 3

Phrase 1 : Propositions juxtaposées à sujet repris par un pronom tonique

Phrase étudiée : « — Oh ! mais, lui, il se porte bien, il a étudié, il gagne déjà quinze cents francs… Son père l’a mis au collège ; il a fait son droit et a appris la peinture. » chapitre 5, paragraphe 8

Question : Analysez la construction du fragment et justifiez votre réponse.

Réponse : Le présent « il se porte » est enchâssé dans une parole rapportée qui construit Laurent pour l’auditeur.

Phrase 2 : Incise de discours rapporté dans une interrogation

Phrase étudiée : « — Mais, dit-il à Laurent, tu dois connaître ma femme ? » chapitre 5, paragraphe 12

Question : Analysez la construction du fragment et justifiez votre réponse.

Réponse : Les deux verbes au passé simple coordonnés font de l’installation une suite nette de gestes.

Phrase 3 : Subordonnée causale en « comme » antéposée

Phrase étudiée : « — Oui, le cher homme a des idées à lui… Comme il est continuellement en procès avec ses voisins, il m’a mis au collège, rêvant de trouver plus tard en moi un avocat qui lui gagnerait toutes ses causes… Oh ! » chapitre 5, paragraphe 19

Question : Analysez la construction du fragment et justifiez votre réponse.

Réponse : La relative « qui semblait pénétrer » a pour antécédent « regard » et exprime la perception de Thérèse. Chaîne d’oral