Le bac par Patrick

Émile Zola · Thérèse Raquin · Explication 9/10

Explication 9 · La guerre des coupables : réécrire Camille

Question de lecture. Comment l’accusation transforme-t-elle le mort en arme entre les deux meurtriers ?

13 étapes parlées9 prises9 tiroirs

L’explication à côté de toi

Le fil parlé

Treize étapes pour comprendre, dire et retenir avant d’ouvrir le dossier de l’épreuve.

Étape 01

Tu n’y comprends rien ? C’est normal

Deux personnes qui se disputent en se jetant à la figure les qualités d'un mort : la scène est pénible, et on ne voit pas toujours ce qu'elle démontre.

Ce n'est pas toi le problème. Regarde ce que porte la dispute : pas leur amour, pas leur peur — la valeur de Camille. Chacun a besoin que le mort ait été d'une certaine façon, et ils se battent pour cela. Une fois que tu l'as vu, chaque réplique devient limpide.

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Étape 02

D’abord, de quoi ça parle ?

Qui parle ? Les deux coupables, l'un contre l'autre, et un narrateur qui décrit leurs corps autant que leurs mots.

De quoi ça parle ? Laurent écarte sa femme du chevet de la vieille paralytique. Elle défend le mort, il le rabaisse. Elle lui reproche d'insulter celui qu'il a tué. Elle finit par crier qu'il valait mieux que lui.

Que veut faire comprendre l'auteur ? Qu'un crime commis à deux se dispute ensuite, et que le mort en devient l'enjeu.

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Étape 03

Où on se trouve dans le livre

On est dans la dernière partie du roman. Le mariage a eu lieu, les nuits sont devenues insupportables, et madame Raquin sait tout sans pouvoir le dire.

Ce qu'il faut savoir : ces disputes se répètent, soir après soir, devant la paralytique. Le passage que tu étudies en est une parmi d'autres, et c'est justement sa banalité qui fait peur : la guerre est devenue leur régime ordinaire.

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Étape 04

Ton introduction : comment tu ouvres

Ton introduction peut tenir en six phrases, dans cet ordre.

  • Situe l'auteur : Zola, XIXᵉ siècle, chef de file du naturalisme.
  • Nomme l'œuvre et sa date, 1867, et son projet.
  • Dis où l'on en est : les deux meurtriers sont mariés, hantés, et ils se déchirent devant la mère de leur victime.
  • Annonce ton parcours en trois arrêts : d'abord on éloigne l'une du chevet, ensuite on se dispute la mémoire du mort, enfin on souhaite l'échange des places.
  • Pose ta question, dans les termes du dossier : « Comment l’accusation transforme-t-elle le mort en arme entre les deux meurtriers ? »
  • Referme en annonçant que tu suivras l'ordre du texte.
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Étape 05

Premier moment : Séparer les femmes

La scène commence par un usage terrible du silence : Laurent interprète l'immobilité de la vieille femme pour écarter Thérèse — « tu ne vois pas que ta vue et tes soins l'irritent ». Il se sert d'un corps qui ne peut pas le démentir.

Puis le narrateur décrit Thérèse comme il décrirait un phénomène : ses paroles lentes, ses attitudes résignées « fabriquent » la colère de son mari. Attention à ce verbe. Elle ne provoque pas, elle produit — et le texte reste jusqu'ici dans la langue des tempéraments.

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Étape 06

Deuxième moment : Disputer le portrait du mort

Le cœur du passage est un duel de deux mots. Elle dit : « il était bon ». Il répond : « oui, je sais, tu veux dire qu'il était bête ».

Comprends bien l'enjeu. S'il ne valait rien, alors elle a tué pour rien, et c'est insupportable. S'il valait quelque chose, alors lui a tué un homme, et c'est pire encore. Ils ne se disputent pas un souvenir : ils se disputent le prix de ce qu'ils ont fait. Et quand elle lâche « l'homme que tu as assassiné », le crime cesse d'être leur passé commun pour redevenir sa faute à lui.

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Étape 07

Troisième moment : Transformer le souvenir en menace

Le dernier moment retourne tout. Elle affirme d'abord qu'elle l'aimait « comme une sœur » — reprends la formule du remariage, c'est la même, retournée : elle avait dit aimer Laurent comme un frère.

Puis les mots manquent et le corps prend le relais : « elle pleurait, elle se pâmait ». Enfin la phrase qui condamne une seconde fois : « il était meilleur que toi ». Elle échange les places du mort et du vivant, et souhaite implicitement que ce soit l'autre qui soit au fond de l'eau. C'est là qu'il faut s'arrêter à l'oral.

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Étape 08

Alors, qu’est-ce que ça raconte vraiment ?

En une phrase : deux meurtriers se disputent la valeur de leur victime, parce que de cette valeur dépend celle de leur crime.

Ce que la page établit, c'est qu'un crime partagé ne reste pas partagé. Il se redistribue, il se rejoue, et chacun tente d'en rendre l'autre plus responsable. Si on te demande pourquoi ils ne peuvent pas se quitter, la réponse est là : ils sont les seuls à savoir, et ils s'usent l'un contre l'autre faute de pouvoir parler ailleurs.

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Étape 09

Ton ouverture : la porte qui s’ouvre

Pour ouvrir, tu peux dire ceci : ce que tu lis est une répétition générale. À la fin du livre, ils en viendront chacun à préparer, sans le dire, la disparition de l'autre.

Une seconde ouverture : la paralytique assiste à tout, immobile. Ils se déchirent devant le seul témoin qui les a compris, et ils ne s'en aperçoivent pas.

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Étape 10

Tu vois ? Tu sais le comprendre et le dire

Reprends : le silence exploité, les attitudes qui font la colère, le mot « bon » ; puis « bête », l'homme assassiné, l'amour relié au meurtre ; enfin la sœur, les larmes, le mort déclaré meilleur. Trois temps.

Tu sais nommer ce que tu vois : une interprétation abusive d'un silence, un verbe qui traite un comportement comme une cause, deux adjectifs qui s'affrontent, un participe qui rappelle le crime, un comparatif final. Cinq choses, cinq citations.

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Étape 11

Et les petites questions de grammaire

Trois constructions à savoir sur ce passage.

« Eh ! laisse-la, tu ne vois pas que… » — un ordre, puis une question qui n'attend aucune réponse. Cette question sert à faire accepter l'ordre : elle donne à Laurent l'air de constater ce qu'il est en train d'imposer.

« l'homme que tu as assassiné » — la proposition relative n'ajoute pas un détail, elle qualifie. En quatre mots, Camille cesse d'être un souvenir pour redevenir une victime, et Laurent cesse d'être un mari pour redevenir un meurtrier.

« il était meilleur que toi » — un comparatif, avec un pronom accentué à la fin. Ce pronom porte tout : ce n'est pas une comparaison abstraite, c'est une adresse.

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Étape 12

Ce soir, tu peux fermer le cahier

Ce soir, tu peux fermer le cahier. Tu as compris que la dispute porte sur le prix du mort, et que ce prix décide du leur. C'est l'essentiel.

Si tu veux garder une seule image en t'endormant, garde celle-ci : deux personnes qui se battent sur les qualités d'un noyé, devant sa mère qui ne peut rien dire.

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Étape 13

Terre ferme : tu peux t’arrêter là

Terre ferme : tu peux t'arrêter là. Le dossier de l'épreuve t'attend quand tu voudras, avec ses neuf tiroirs. Ce soir, tu en sais assez pour en parler.

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Fin de l’explication accompagnée

La voix change

La voix qui t’accompagnait s’efface : finie la lettre, place au dossier de travail.

Je m’arrête iciJ’ouvre le dossier

Le dossier de l’épreuve

La même explication, classée pour la révision

Neuf tiroirs : comprendre, préparer l’oral, contrôler les preuves.

01Le texte, dit simplementLe raisonnement sans jargon.

Idée générale. Dans ce passage, les deux meurtriers se déchirent, et ils se servent du mort comme d'une arme l'un contre l'autre.

Situation simple. Laurent écarte Thérèse de la vieille femme. Elle défend le mort, il le rabaisse. Elle finit par dire qu'il valait mieux que lui.

Mouvement I. Dans ce mouvement, Laurent crie de la laisser, qu'elle ne voit pas. On décrit les attitudes de Thérèse comme des forces. Et elle dit : il était bon. L'idée importante est que la dispute porte sur le mort.

Mouvement II. Dans ce mouvement, Laurent ricane qu'elle veut dire qu'il était bête. Elle lui reproche d'insulter l'homme qu'il a assassiné. Et elle relie son amour au meurtre. L'idée importante est que le crime redevient imputable.

Mouvement III. Dans ce mouvement, elle dit l'avoir aimé comme une sœur. Elle pleure, elle se pâme. Et elle crie qu'il était meilleur que lui. L'idée importante est qu'elle souhaite l'échange des places.

Pour finir. La leçon du passage est qu'un crime commis à deux finit par se disputer, et que le mort en devient l'enjeu.

02L’introduction rédigéeSix étapes, une question directrice.

Étape 1 : Émile Zola est un romancier du XIXᵉ siècle, chef de file du naturalisme.

Étape 2 : Thérèse Raquin, paru en 1867, étudie des tempéraments pris dans un milieu.

Étape 3 : L'extrait est une des disputes du couple, tenue devant madame Raquin paralysée.

Étape 4 : Le passage s'organise en trois temps — l'éloignement de Thérèse, la dispute du portrait du mort, le souvenir changé en menace.

Étape 5 : On se demandera comment l'accusation transforme le mort en arme entre les deux meurtriers.

Étape 6 : On suivra d'abord la séparation, puis le duel des qualificatifs, enfin l'échange des places.

03L’explication linéaireTrois mouvements, neuf prises de lecture.

I. Séparer les femmes

L’impératif familier et la double négation attribuée à la paralytique permettent à Laurent de parler à sa place. Il contrôle ainsi le soin et le sens du rejet.

◆ I.a. Laisse-la, tu ne vois pas

« — Eh ! laisse-la, criait-il, tu ne vois pas que ta vue et tes soins lui sont odieux. » chapitre 29, paragraphe 20

Interprétation du silence d'autrui. Laurent interprète le silence de madame Raquin afin de repousser Thérèse hors du soin.

★ I.b. Des attitudes qui font la colère

« Les paroles lentes et plaintives de sa femme, ses attitudes résignées le faisaient peu à peu entrer dans des colères aveugles. » chapitre 29, paragraphe 21

Description des attitudes comme forces. La lenteur et la plainte de Thérèse sont décrites comme des forces qui fabriquent la colère.

★ I.c. Il était bon

« — Il était bon, disait-elle, et il a fallu que nous fussions bien cruels pour nous attaquer à cet excellent cœur qui n’avait jamais eu une mauvaise pensée. » chapitre 29, paragraphe 22

Adjectif nu à valeur morale. Le mot nu « bon » tente de reconstruire une valeur morale minimale autour de Camille.

II. Disputer le portrait du mort

« bon » et « bête » ne décrivent pas Camille : ils répartissent la culpabilité. Le rappel de l’assassinat retourne aussitôt la moquerie contre Laurent.

★ II.a. Tu veux dire qu'il était bête

« — Il était bon, oui, je sais, ricanait Laurent, tu veux dire qu’il était bête, n’est-ce pas… Tu as donc oublié ? » chapitre 29, paragraphe 23

Reformulation dépréciative. La reformulation « bête » détruit cette valeur et expose le mépris ancien de Laurent.

★ II.b. L'homme que tu as assassiné

« — Ne raille pas… Il ne te manque plus que d’insulter l’homme que tu as assassiné… Tu ne connais rien au cœur des femmes, Laurent ; Camille m’aimait et je l’aimais. » chapitre 29, paragraphe 24

Participe qualifiant le mort. Nommer l’homme « assassiné » réintroduit le fait criminel dans la dispute conjugale.

★ II.c. C'est pour cela que tu l'as tué

« — Tu l’aimais, ah ! vraiment, voilà qui est bien trouvé… C’est sans doute parce que tu aimais ton mari que tu m’as pris pour amant… Je me souviens d’un jour où tu te traînais sur ma poitrine en me » chapitre 29, paragraphe 25

Accusation par le lien de cause. L’accusation relie le choix de l’amant au meurtre et refuse à Laurent une version héroïque.

III. Transformer le souvenir en menace

Thérèse adopte la place de la sœur, pleure, puis souhaite la substitution des corps dans la terre. Le mort devient la mesure d’un duel présent.

★ III.a. Je l'aimais comme une sœur

« — Je l’aimais comme une sœur. » chapitre 29, paragraphe 26

Comparaison fraternelle. La comparaison fraternelle produit une innocence rétrospective fragile et intéressée.

◆ III.b. Elle pleurait, elle se pâmait

« Elle pleurait, elle se pâmait. » chapitre 29, paragraphe 27

Verbes de défaillance. Les pleurs et la pâmoison déplacent le duel verbal vers le corps de Thérèse.

★ III.c. Il était meilleur que toi

« — Eh bien ! oui, criait-elle, il était meilleur que toi ; je préférerais qu’il vécût encore et que tu fusses à sa place couché dans la terre. » chapitre 29, paragraphe 28

Souhait d'échange des places. Le souhait final échange les places des vivants et des morts comme une seconde condamnation.

04La conclusion rédigéeRépondre, puis prolonger dans l’œuvre.

1. Récapitulation. La dispute porte sur un mort, et elle le refait à chaque réplique. Elle commence par un usage du silence : Laurent interprète l'immobilité de la paralytique pour écarter Thérèse du soin, se servant d'un corps muet comme d'un argument. Le narrateur maintient sa thèse jusque dans la querelle, en décrivant les attitudes de Thérèse comme des forces qui fabriquent la colère. Vient alors le duel des qualificatifs : « il était bon » tente de rendre au mort une valeur minimale, « tu veux dire qu'il était bête » la détruit, et « l'homme que tu as assassiné » réintroduit le crime comme acte imputable. Le dernier temps échange les places : « il était meilleur que toi », souhait qui condamne une seconde fois.

2. Ouverture. Cette guerre conduira aux projets symétriques du dernier chapitre, où chacun préparera la mort de l'autre. Le parcours « anatomie des passions » désigne ici l'après du crime : deux corps que rien ne peut plus séparer et qui ne peuvent plus se supporter.

05Le mémo de l’oralLes appuis indispensables et les prolongements possibles.

Auteur : Émile Zola.

Œuvre : Thérèse Raquin, 1867.

Extrait : « La guerre des coupables », les disputes après le mariage.

Objet d'étude : Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIᵉ siècle.

Parcours : Anatomie des passions.

Situation : Thérèse et Laurent, mariés et hantés, se disputent devant madame Raquin paralysée ; le mort devient leur arme.

Problématique : Comment l'accusation transforme-t-elle le mort en arme entre les deux meurtriers ?

Plan : Séparer les femmes ; disputer le portrait du mort ; transformer le souvenir en menace.

Citations, procédés et interprétations essentiels : ★ indique les appuis à ne pas omettre ; ◆ propose les prolongements à choisir selon le temps disponible.

◆ I.a : « — Eh ! laisse-la, criait-il, tu ne vois pas que ta vue et tes… ». Interprétation du silence d'autrui. Laurent interprète le silence de madame Raquin afin de repousser Thérèse hors du soin.

★ I.b : « Les paroles lentes et plaintives de sa femme, ses attitudes… ». Description des attitudes comme forces. La lenteur et la plainte de Thérèse sont décrites comme des forces qui fabriquent la colère.

★ I.c : « — Il était bon, disait-elle, et il a fallu que nous fussions bien… ». Adjectif nu à valeur morale. Le mot nu « bon » tente de reconstruire une valeur morale minimale autour de Camille.

★ II.a : « — Il était bon, oui, je sais, ricanait Laurent, tu veux dire qu’il… ». Reformulation dépréciative. La reformulation « bête » détruit cette valeur et expose le mépris ancien de Laurent.

★ II.b : « — Ne raille pas… Il ne te manque plus que d’insulter l’homme que… ». Participe qualifiant le mort. Nommer l’homme « assassiné » réintroduit le fait criminel dans la dispute conjugale.

★ II.c : « — Tu l’aimais, ah ! vraiment, voilà qui est bien trouvé… C’est… ». Accusation par le lien de cause. L’accusation relie le choix de l’amant au meurtre et refuse à Laurent une version héroïque.

★ III.a : « — Je l’aimais comme une sœur. ». Comparaison fraternelle. La comparaison fraternelle produit une innocence rétrospective fragile et intéressée.

◆ III.b : « Elle pleurait, elle se pâmait. ». Verbes de défaillance. Les pleurs et la pâmoison déplacent le duel verbal vers le corps de Thérèse.

★ III.c : « — Eh bien ! oui, criait-elle, il était meilleur que toi ; je… ». Souhait d'échange des places. Le souhait final échange les places des vivants et des morts comme une seconde condamnation.

Appuis ★ repris : I.b I.c II.a II.b II.c III.a III.c

06Le tableau des procédésComparer les fonctions des neuf appuis.
Procédé désignéAnalyse dans le texteEffet sur le lecteurInterprétation
◆ Interprétation du silence d'autrui (I.a)Laurent interprète le silence de madame Raquin afin de repousser Thérèse hors du soin.Le lecteur voit un silence interprété pour écarter quelqu'un.Interpréter le silence de la paralytique pour écarter Thérèse du soin : Laurent se sert d'un corps muet comme d'un argument, ce qui est la cruauté propre de cette maison.
★ Description des attitudes comme forces (I.b)La lenteur et la plainte de Thérèse sont décrites comme des forces qui fabriquent la colère.Le lecteur voit une lenteur devenir une provocation.Décrire les attitudes de Thérèse comme des forces qui « fabriquent » la colère, c'est maintenir la thèse physiologique jusque dans la dispute conjugale.
★ Adjectif nu à valeur morale (I.c)Le mot nu « bon » tente de reconstruire une valeur morale minimale autour de Camille.Le lecteur entend un mot très simple posé sur un mort.Le mot nu « bon » tente de reconstruire une valeur morale minimale autour de Camille : Thérèse a besoin que le mort ait valu quelque chose.
★ Reformulation dépréciative (II.a)La reformulation « bête » détruit cette valeur et expose le mépris ancien de Laurent.Le lecteur voit le mot « bon » retourné en « bête ».Reformuler « bon » en « bête » détruit cette valeur et expose le mépris ancien : la querelle porte sur le prix du mort.
★ Participe qualifiant le mort (II.b)Nommer l’homme « assassiné » réintroduit le fait criminel dans la dispute conjugale.Le lecteur voit le crime rappelé au milieu d'une querelle.Nommer Camille « l'homme que tu as assassiné » réintroduit le fait criminel dans la dispute : le crime cesse d'être un passé commun pour redevenir un acte imputable.
★ Accusation par le lien de cause (II.c)L’accusation relie le choix de l’amant au meurtre et refuse à Laurent une version héroïque.Le lecteur voit le meurtre relié au désir.Relier le choix de l'amant au meurtre refuse à Laurent toute version héroïque : il n'a pas tué pour l'amour, on l'a aimé pour qu'il tue.
★ Comparaison fraternelle (III.a)La comparaison fraternelle produit une innocence rétrospective fragile et intéressée.Le lecteur entend une innocence reconstruite après coup.« Comme une sœur » produit une innocence rétrospective fragile et intéressée ; c'est la même formule qu'au moment du mariage, retournée.
◆ Verbes de défaillance (III.b)Les pleurs et la pâmoison déplacent le duel verbal vers le corps de Thérèse.Le lecteur voit le duel passer au corps.Les pleurs et la pâmoison déplacent le duel verbal vers le corps : quand les mots manquent, le roman rend la parole aux nerfs.
★ Souhait d'échange des places (III.c)Le souhait final échange les places des vivants et des morts comme une seconde condamnation.Le lecteur entend souhaiter la place du mort à l'autre.Souhaiter que l'autre soit mort à sa place échange les vivants et les morts : c'est une seconde condamnation, prononcée par celle qui a laissé faire la première.
07Le tableau de couvertureRetrouver chaque sous-partie dans le mémo.
Prise ★RangDans le mémo
I.b★oui
I.c★oui
II.a★oui
II.b★oui
II.c★oui
III.a★oui
III.c★oui
Sous-partieProcédé principalDans le mémo ?
I.bDescription des attitudes comme forcesoui
I.cAdjectif nu à valeur moraleoui
II.aReformulation dépréciativeoui
II.bParticipe qualifiant le mortoui
II.cAccusation par le lien de causeoui
III.aComparaison fraternelleoui
III.cSouhait d'échange des placesoui

Les 7 appuis marqués ★ couvrent les trois mouvements et sont tous repris dans le mémo : résultat 7/7. Ce décompte atteste la couverture, non la qualité générale de la page.

08Les erreurs rédhibitoiresLes contresens propres à ce passage.

A. Erreurs de fond

Erreur à ne pas commettrePourquoi c'est une erreurFormulation correcte à retenir
Thérèse regrette Camille.Elle a besoin qu'il ait valu quelque chose pour se disculper.Le portrait du mort est un enjeu, non un souvenir.
Laurent insulte gratuitement.« Bête » détruit la valeur que « bon » venait d'établir.La querelle porte sur le prix du mort.
Madame Raquin est absente de la scène.Laurent interprète son silence pour écarter Thérèse.Le corps muet sert d'argument.
« Comme une sœur » est sincère.La formule reprend celle du mariage, retournée.L'innocence est reconstruite après coup.
Les larmes marquent le remords.Les pleurs et la pâmoison déplacent le duel vers le corps.Quand les mots manquent, le roman passe aux nerfs.

B. Erreurs de méthode à l'oral

Erreur de méthodeCorrection attendue
Résumer la dégradation du couple.Situer en une phrase et entrer dans la première réplique.
Traiter « bon » et « bête » comme des insultes.Ce sont deux évaluations concurrentes d'un mort.
Oublier la présence de la paralytique.Elle est le témoin dont le silence est exploité.
Annoncer des numéros de page.Annoncer les paragraphes éditoriaux de la maison.

C. Formulations à proscrire

MaladroitCorrect
Ils se déchirent de remords.Ils se disputent le portrait d'un mort, ce qui est plus précis.
Zola montre la culpabilité.Il montre une querelle où le crime redevient imputable à l'un des deux.
Thérèse aimait Camille.Elle a besoin qu'il ait été bon ; le texte ne dit rien de plus.
09L’analyse grammaticaleTrois constructions distinctes, trois leçons.
  1. Question grammaticale 1
  2. Question grammaticale 2
  3. Question grammaticale 3

Phrase 1 : Impératif suivi d'une interrogation négative

Phrase étudiée : « — Eh ! laisse-la, criait-il, tu ne vois pas que ta vue et tes soins lui sont odieux. » chapitre 29, paragraphe 20

Question : Analysez la construction du fragment et justifiez votre réponse.

Réponse : Dans « laisse-la », le pronom direct postposé à l’impératif désigne le corps qu’il faut abandonner.

Phrase 2 : Groupe nominal avec relative déterminative au passé composé

Phrase étudiée : « — Il était bon, oui, je sais, ricanait Laurent, tu veux dire qu’il était bête, n’est-ce pas… Tu as donc oublié ? » chapitre 29, paragraphe 23

Question : Analysez la construction du fragment et justifiez votre réponse.

Réponse : La relative « que tu as assassiné » détermine « l’homme » et donne au reproche son fait précis.

Phrase 3 : Comparatif de supériorité avec pronom tonique

Phrase étudiée : « Elle pleurait, elle se pâmait. » chapitre 29, paragraphe 27

Question : Analysez la construction du fragment et justifiez votre réponse.

Réponse : Le conditionnel « préférerais » introduit un irréel dont la subordonnée échange les deux corps. Chaîne d’oral