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Leçon ⑤ · L’interrogation

Le téléphone du couloir

Y a-t-il un trou dans la question — et quelle forme a-t-il ?

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Grame Maire te la dit en cinq fois. Tu peux n’en écouter qu’une.

Le souvenirce que tu sais déjà sans le savoirTélécharger « Le souvenir » pour l’écouter hors ligne
Le gestece qu’il faut faire, une fois pour toutesTélécharger « Le geste » pour l’écouter hors ligne
L’erreurcelle que tout le monde fait, toi comprisTélécharger « L’erreur » pour l’écouter hors ligne
Le renversementle moment où ça bascule et où tu comprendsTélécharger « Le renversement » pour l’écouter hors ligne
La preuvede quoi le montrer au correcteurTélécharger « La preuve » pour l’écouter hors ligne

Les mots de la leçon, et ceux du bac

ce que tu voisle mot du bac
la phrase sans trou — on demande si c'est vrail'interrogation totale
la phrase avec un trou — il manque un morceaul'interrogation partielle
le mot qui a la forme du troule mot interrogatif
la question posée en facel'interrogation directe
la question redite dans une autre phrasel'interrogation indirecte

Éprouvée sur le cas retors — « il se demande qui a bien pu le frapper » : le trou est là, mais il n'y a ni point d'interrogation, ni personne à qui l'on demande. L'image tient : le trou existe, c'est la question qui a été avalée.

Le téléphone du couloir dont la ligne grésille
Selon le mot perdu, la question ne cherche pas la même chose.

1 · Le téléphone du couloir

Chez nous, le téléphone était dans le couloir, accroché au mur, et la ligne grésillait. Quand quelqu'un appelait pour dire qu'il arrivait, j'entendais un mot sur deux.

Et selon ce que j'avais raté, je ne posais pas la même question.

Quand je n'avais rien entendu du tout, je demandais : « il vient, oui ou non ? » Je ne réclamais pas un renseignement : je voulais qu'on me dise si c'était vrai.

Quand j'avais tout entendu sauf un mot — « il arrive à … heures » — je demandais : « à quelle heure ? » Là, j'avais la phrase entière. Il me manquait un morceau, un seul, et je savais exactement lequel.

### Voilà les deux seules questions qui existent. Toutes les autres sont des variantes de celles-là.

Celle qui n'a pas de trou s'appelle une interrogation TOTALE. On répond par oui ou par non. Celle qui a un trou s'appelle une interrogation PARTIELLE. On répond par le morceau manquant.

Le mot interrogatif prend la forme du morceau manquant
Le mot interrogatif a la forme du trou.

2 · Le mot a la forme du trou

Regarde ce qui manque, et tu sauras quel mot employer. C'est mécanique.

Il manque la personne → qui. Il manque la chose → que, quoi. Il manque le lieu → où. Le moment → quand. Il manque la manière → comment. La cause → pourquoi. Il manque le nombre → combien. Lequel parmi plusieurs → quel.

Le test, et tu peux le faire seul : réponds à la question, puis remets ta réponse à la place du mot interrogatif. Si la phrase se dit, tu as trouvé le trou. « Où est cette terre ? » → « cette terre est en Gorre ». Le trou était le lieu.

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3 · Trois façons de poser la même question

La question ne change pas. Ce qui change, c'est la politesse.

« Tu viens ? » — rien qu'à la voix. C'est ce qu'on fait entre nous. « Est-ce que tu viens ? » — le tout-venant. Ni familier, ni endimanché. « Viens-tu ? » — on retourne le sujet et le verbe. C'est la forme soignée, celle des livres — et celle de ta copie.

Chrétien, lui, retourne toujours :

« Est-il convaincu de vol ? » · « A-t-il perdu un duel ? »

Trois façons, une seule question. Mais à l'écrit, on écrit comme les livres.

Une question avalée par une autre phrase
La question indirecte est avalée par une autre phrase.

4 · Quand la question est redite par quelqu'un d'autre

C'est le morceau que personne ne t'explique jamais, et il est simple.

Une question peut être posée en face :

« Nain, as-tu vu passer ma dame la reine ? »

Ou bien rapportée à l'intérieur d'une autre phrase :

« Nain, pour Dieu, dis-moi si tu as vu passer par ici ma dame la reine. » (Chrétien, la scène du nain)

Regarde ce qui a changé, et compte : trois choses.

① Le point d'interrogation a disparu. La phrase n'est plus une question : elle est une demande. ② Le sujet ne se retourne plus. « as-tu vu » devient « tu as vu ». ③ Et un petit mot est apparu au début : si.

### On appelle ça une interrogation INDIRECTE. Elle est avalée par une autre phrase.

Et la partielle fait pareil, avec son mot interrogatif :

« il se demande qui a bien pu le frapper »

Le trou est toujours là — qui ? — mais il n'y a plus ni point d'interrogation, ni personne à qui l'on parle.

5 · Le fil à plomb

Trois questions, dans cet ordre.

① Y a-t-il un point d'interrogation ? Oui → directe. Non → regarde s'il y a un verbe comme demander, savoir, dire juste avant : c'est une indirecte. ② Y a-t-il un trou ? Non → totale. Oui → partielle. ③ Et quel mot bouche le trou ? C'est lui qu'il faut nommer.

6 · On le fait ensemble

La foule, dans la ville hostile, regarde passer le chevalier sur la charrette. Elle pose une rafale de questions.

« À quel supplice ce chevalier sera-t-il livré ? » « À quel forfait a-t-il été pris ? » « Est-il convaincu de vol ? A-t-il perdu un duel ? »

Les deux premières ont un trou — lequel ? le supplice, puis le forfait. Partielles. Et le sujet est retourné : « sera-t-il », « a-t-il ».

Les deux dernières n'ont pas de trou — on demande si c'est vrai. Totales.

Et alors ?

Regarde qui parle : personne. C'est « tous », c'est la ville entière, et elle ne s'adresse à personne. Ces questions n'attendent aucune réponse.

### Chrétien ne pose pas des questions : il fait entendre une rumeur. Quatre questions d'affilée, sans un mot d'explication entre elles — c'est le bruit d'une foule qui invente les crimes d'un homme qu'elle ne connaît pas.

Et il te met, toi, dans la même ignorance qu'elle. Tu ne sais pas non plus qui il est. Tu le sauras au milieu du livre, de la bouche de la reine.

7 · Les trois bêtises

Tu appelles « question » tout ce qui finit par un point d'interrogation. Regarde d'abord s'il y a un trou : c'est ça qui décide du type.

Tu oublies l'indirecte parce qu'elle n'a pas de point d'interrogation. « Dis-moi si tu as vu » est une interrogation, et c'est souvent celle qu'on te demande d'identifier — précisément parce qu'elle ne se voit pas.

Tu écris comme tu parles. « Tu viens ? » à l'oral, mais « Viens-tu ? » sur ta copie. La forme soignée existe, et une copie est un endroit soigné.

Au guichet

La réponse du bac

L'interrogation est totale lorsqu'elle porte sur l'ensemble de la phrase et appelle une réponse par oui ou non ; elle est partielle lorsqu'elle porte sur un constituant, identifié par un mot interrogatif (pronom, déterminant ou adverbe).

Elle est directe lorsqu'elle constitue une phrase à part entière, marquée par le point d'interrogation et, dans l'usage soigné, par l'inversion du sujet ; elle est indirecte lorsqu'elle est enchâssée dans une proposition principale — sans point d'interrogation, sans inversion, introduite par si pour la totale et par le mot interrogatif pour la partielle.

Les trois constructions de l'interrogation directe se distinguent aussi par le registre : intonation (familier), est-ce que (courant), inversion (soutenu).

Ta réponse, en deux minutes :

« Ces vers enchaînent quatre interrogations directes : deux partielles, portant sur le supplice et sur le forfait, marquées par le déterminant interrogatif « quel » et par l'inversion du sujet ; puis deux totales, appelant une réponse par oui ou non. Aucune n'est adressée à un interlocuteur : la rumeur se parle à elle-même, et le lecteur est laissé dans l'ignorance de la foule. »
### Si tu ne retiens qu'une chose : y a-t-il un trou, ou non ? Et si tu en retiens deux : une question sans point d'interrogation reste une question — elle a seulement été avalée par une autre phrase.

Si tu ne retiens qu’une chose : y a-t-il un trou, ou non ?
Une question sans point d’interrogation peut avoir été avalée par une autre phrase.