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Leçon ⑥ · La négation

Les deux volets

Qu’est-ce qu’une négation ferme — et qu’est-ce qu’elle laisse entrer dans ta tête ?

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Écouter la leçon : La négation

Grame Maire te la dit en cinq fois. Tu peux n’en écouter qu’une.

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Le renversementle moment où ça bascule et où tu comprendsTélécharger « Le renversement » pour l’écouter hors ligne
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Les mots de la leçon, et ceux du bac

Ce que tu voisLe mot du bac
les deux voletsla négation discontinue
le premier voletl’adverbe ne
le second voletle second terme négatif
fermer toute la fenêtrela négation totale
fermer un carreaula négation partielle
le volet qui rétrécitla restriction ne… que

Éprouvée sur le cas difficile : « je n’ai que dix ans » — deux volets apparents, aucune fermeture.

1 · Les volets

Les deux volets ne et pas
Deux volets par fenêtre : ne et le second terme négatif.

Viens t’asseoir, celle-ci est courte. Et je te préviens tout de suite : tu la fais déjà correctement en parlant. C’est en écrivant que tu la casses.

Dans la maison de ma mère, il y avait des volets de bois à chaque fenêtre. Deux volets par fenêtre. Le soir, il fallait tirer les deux, sinon la fenêtre restait ouverte.

Une négation, c’est pareil : elle a deux volets, et il faut les deux. Le premier volet est toujours le même : ne. Le second change : pas, plus, jamais, rien, personne, aucun, nulle part.

« Je ne sors pas. » — les deux volets. La fenêtre est fermée.

Quand tu parles, tu laisses souvent un volet ouvert : « je sors pas ». Ce n’est pas une faute à l’oral. Mais à l’écrit, on ferme les deux. Toujours.

2 · Ce que tu fermes exactement

Tu peux fermer toute la fenêtre, ou seulement un carreau.

« Il ne dort pas. » Tu dis non à la phrase entière : c’est une négation totale.

« Il ne dort jamais. » — tu dis non à un moment précis : c’est une négation partielle. « Il n’a pas vu Marie » et « il n’a vu personne » ne racontent pas la même soirée.

3 · Le volet qui ne ferme pas

Une fenêtre rétrécie par ne que laisse passer dix ans
Les volets sont là, mais la lumière passe : ne… que restreint, il ne nie pas.
« Je n’ai que dix ans. »

Tu vois un ne, tu vois un petit mot derrière, tu cries « négation ! » — et tu as tort. Rien n’est nié : on ne ferme pas la fenêtre, on la rétrécit.

Ça s’appelle une restriction. Remplace par « seulement ». « J’ai seulement dix ans. » Ça marche : donc restriction.

4 · Le fil à plomb

  1. Y a-t-il un ne ?
  2. Quel est le second volet ? pas, plus, jamais, rien, personne, aucun, nulle part.
  3. Ou bien est-ce que ? Alors vérifie avec « seulement ».

5 · On le fait ensemble

« Si vous ne rebroussez pas chemin à temps, il sera trop tard pour vous en repentir. » v. 3046-3047

Les deux volets sont là : ne… pas. Négation totale.

« Ils ne connaissent pas la pitié. » v. 3070 et suivants

Encore une négation totale — et elle fait davantage entendre la pitié absente que « ils sont cruels ».

« Ce pont ni cette eau, je ne les crains pas plus que cette terre ferme. » v. 3086-3088

Il ne dit pas qu’il n’a pas peur : il dit qu’il n’a pas plus peur ici que sur la terre ferme.

6 · Et alors ? — ce que ça change

Le mot reculer sort en pointillés d’une fenêtre fermée
Pour nier « reculer », il faut d’abord le faire entendre.

Quand on nie quelque chose, on le fait entendre quand même.

Si je te dis « il ne recule pas », tu as pensé à reculer. Le mot a traversé ta tête avant d’être repoussé.

Ils disent à Lancelot : « si vous ne rebroussez pas chemin… ». Quarante vers plus loin, il répond :

« Plutôt mourir que reculer ! » v. 3090

Une négation n’efface pas une idée : elle l’installe, puis elle la repousse. Quand tu en trouves une, demande-toi : qu’est-ce que l’auteur vient de faire passer dans ma tête ?

7 · Une dernière, pour la route

« Jamais il n’y en eut de tel, jamais il n’y en aura. »

Le second volet est jamais. Il ferme un carreau précis : le temps. Ni avant, ni après. La négation partielle sert ici à rendre le pont unique.

8 · Les trois bêtises

Tu oublies le ne à l’écrit. Relis tes « pas » : chacun doit avoir son « ne ».

Tu prends ne… que pour une négation. Remplace par « seulement ».

Tu dis « il y a une négation » et tu t’arrêtes. L’autre moitié de la réponse : ce que la négation fait entendre.

Au guichet

La réponse du bac

La négation française est discontinue : elle comporte l’adverbe ne et un second terme négatif. On distingue la négation totale et la négation partielle. Ne… que est une restriction. Il existe aussi un ne explétif, sans valeur négative.

« La phrase comporte une négation totale, marquée par la locution discontinue ne… pas. En niant explicitement le retour en arrière, l’auteur en maintient la représentation dans l’esprit du lecteur : la négation ne supprime pas l’idée, elle l’introduit pour l’écarter. »

Tes exercices

Tes exercices · sur Le Chevalier de la charrette

Douze phrases du texte, trois gestes. La vérification reste visible.

Reconnaître

① Les deux volets

« Je ne vous réclame ni récompense ni salaire pour mon service. » (Keu)

Quel est le premier volet ? Quel est le second ?

Vérifie toi-même : le premier est toujours ne. Le second est ici ni, et il sert deux fois.

② Totale ou partielle ?

« Le repas fini, le roi ne quitta pas ses compagnons. »

On dit non à toute la phrase, ou seulement à un morceau ?

Vérifie : remplace le second volet par jamais. Si le sens change de nature — non plus « il est resté » mais « il ne partait jamais » — c'est que pas niait bien toute la phrase. Négation totale.

③ Le carreau, pas la fenêtre

« Je ne vous tiens plus pour sage ni pour courtois, comme j'en avais coutume. » (la reine à Keu)

Quel carreau la reine ferme-t-elle : le fait, ou le moment ?

Vérifie : plus ne dit pas qu'elle ne l'a jamais tenu pour sage. Il dit que c'est fini. La fin de la phrase te le confirme : « comme j'en avais coutume ». Négation partielle : elle ferme le temps.

④ Le piège des deux verbes

« Il ne sera pas indemne ni entier quand il parviendra de l'autre côté. »

Combien de négations dans cette phrase ?

Vérifie : cherche les ne. Il n'y en a qu'un. ni entier prolonge la même négation, il n'en ouvre pas une seconde. Une seule fenêtre, deux carreaux.

⑤ Sans volet du tout

« Plutôt mourir que reculer ! »

Y a-t-il une négation dans cette phrase ?

Vérifie : cherche le ne. Il n'y en a pas. La phrase refuse, mais elle ne nie pas — le refus est dans le sens, pas dans la grammaire. C'est l'article qui dit que le sens n'établit pas la syntaxe, et tu viens de le vérifier tout seul.

Manipuler

⑥ Ferme la fenêtre à l'écrit

À l'oral on dirait : « il connaît pas la pitié ». Chrétien écrit : « ils ne connaissent pas la pitié ».

Écris trois phrases de ta journée en fermant les deux volets.

Vérifie : chacun de tes pas, plus, rien, jamais doit avoir son ne devant. Compte-les : autant de seconds volets que de ne.

⑦ Change le second volet

« Il n'y avait pas même un lézard, rien qui pût lui nuire. »

Remplace pas même par plus, puis par jamais. Que devient la phrase ?

Vérifie : avec plus, il y en avait avant. Avec jamais, il n'y en eut à aucun moment. Le premier volet n'a pas bougé ; c'est le second qui décide de ce qu'on ferme.

⑧ Le déplacement, pour reconnaître un faux mortier

« Ils ne savent plus que lui dire, mais de pitié l'un et l'autre pleurent. »

Le mot mais peut-il se déplacer à la fin de sa proposition ?

Vérifie à voix haute : « ils pleurent mais » ne se dit pas. Donc mais est une conjonction de coordination, pas un adverbe. Ton oreille a tranché, sans que personne te le dise.

⑨ Fabrique la phrase positive

« Je n'ai ni volonté ni désir de te servir désormais. »

Écris la phrase que Keu aurait dite s'il avait accepté.

Vérifie : tu obtiens « j'ai volonté et désir de te servir ». Regarde ce que tu viens de faire : pour nier, il a d'abord fallu que cette phrase existe. La négation ne supprime pas, elle repousse.

Dire

⑩ Nommer, sur la phrase la plus simple

« ils ne connaissent pas la pitié »

Dis-le à voix haute, en trois éléments : le type, la marque, la portée.

Compare avec : « Négation totale, marquée par la locution discontinue ne… pas, qui porte sur l'ensemble de la phrase. »

⑪ Nommer, sur la phrase coordonnée

« Ce pont ni cette eau, je ne les crains pas plus que cette terre ferme. »

Même exercice — et fais attention à la fin.

Compare avec : « Négation coordonnée par ni, portant sur les deux termes. Mais la comparaison pas plus que n'annule pas la peur : elle l'égalise. Lancelot ne dit pas qu'il n'a pas peur, il dit qu'il n'a pas plus peur ici. »

⑫ Et alors ? — l'item qui rapporte

On dit à Lancelot : « si vous ne rebroussez pas chemin à temps… » Quarante vers plus loin, il répond : « Plutôt mourir que reculer ! »

Explique en deux phrases ce que la négation a fait.

Compare avec : « En niant le demi-tour, ils l'ont introduit. Lancelot est obligé de s'expliquer avec une idée que personne n'avait proposée : la négation n'efface pas, elle installe puis repousse. »

Si tu ne retiens qu’une chose : deux volets, toujours.
Ce qu’on nie devant toi, on te l’a d’abord montré.