Émile Zola · syntaxe et interprétation

Grammaire de l’immeuble

Trente phrases, trois par explication. Chaque réponse sépare l’identification syntaxique de son usage dans la lecture littéraire.

Explication 1 · Explication linéaire 1 : le seuil de la maison

Phrase 1 · Articulation et subordination
« car, s’il avait rêvé Paris plus propre, il ne l’espérait pas d’un commerce aussi âpre »

Car est une conjonction de coordination : elle relie à la phrase précédente l’explication entière qui suit. À l’intérieur de cette proposition coordonnée, si introduit « s’il avait rêvé Paris plus propre », subordonnée circonstancielle à valeur concessive ou hypothétique selon la paraphrase ; son plus-que-parfait s’oppose à l’imparfait « espérait » de la principale.

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Phrase 2 · Modalité interrogative
« C’est bien passage Choiseul ? »

Il s’agit d’une interrogation directe totale : la réponse attendue est oui ou non. L’ordre des mots reste celui d’une déclarative et seule la ponctuation marque formellement la question ; l’adverbe bien sollicite une confirmation de l’adresse supposée.

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Phrase 3 · Participes et expansions
« taillés à la grosse sur des poncifs ; […] plus chargée encore d’ornements »

Les participes passés sont employés comme adjectifs détachés. « Taillés » s’accorde au masculin pluriel avec « encadrements » ; « chargée » s’accorde au féminin singulier avec « porte cochère ». Chacun forme une expansion de son nom et reçoit ses propres compléments.

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Explication 2 · Explication linéaire 2 : la façade en marche

Phrase 1 · Le pronom relatif dont
« dont il lui indiqua la forme étranglée et le papier mauve »

Dont reprend l’antécédent « chambre à coucher » et équivaut ici à de laquelle. Dans la relative, il complète les noms « forme » et « papier » : Campardon indique la forme et le papier de la chambre ; « lui » est le complément d’objet indirect du verbe « indiqua ».

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Phrase 2 · Dislocation et présentatif
« Vous comprenez, ces maisons-là, c’est bâti pour faire de l’effet… »

« Vous comprenez » est une incise adressée à Octave. Le groupe « ces maisons-là » est détaché à gauche puis repris par « c’ » dans le présentatif familier « c’est bâti » ; le complément de but « pour faire de l’effet » dépend du participe « bâti ».

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Phrase 3 · Inversion, relatives et discours rapporté
« au fond du couloir, se trouvait la cuisine, dans laquelle il tint absolument à le conduire, disant qu’il fallait tout connaître »

Le complément de lieu placé en tête entraîne l’inversion du sujet nominal « la cuisine ». La relative « dans laquelle… » complète ce nom ; le participe présent « disant » ajoute une action simultanée, et la complétive « qu’il fallait tout connaître » rapporte son propos après le verbe de parole.

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Explication 3 · Explication linéaire 3 : l’honnêteté proclamée

Phrase 1 · Coordination et repères temporels
« Nous allons monter d’abord à votre chambre, et vous verrez ma femme ensuite. »

La conjonction et coordonne deux propositions indépendantes. La première emploie le futur proche « allons monter », la seconde le futur simple « verrez » ; les adverbes corrélés « d’abord » et « ensuite » ordonnent les deux étapes de la visite.

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Phrase 2 · Relative locative et négation
« C’était une paix morte de salon bourgeois, soigneusement clos, où n’entrait pas un souffle du dehors. »

Le relatif où reprend « salon bourgeois » et occupe la fonction de complément circonstanciel de lieu dans la relative. La négation « ne… pas » porte sur « entrait » ; le sujet « un souffle du dehors » est placé après le verbe, tandis que « clos » s’accorde avec « salon ».

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Phrase 3 · Deux propositions et compléments
« L’escalier, peu à peu, l’avait empli de respect ; il était tout ému d’habiter une maison si bien »

Le point-virgule juxtapose deux propositions. Dans la première, « l’ » reprend Octave et est complément d’objet direct de « avait empli », tandis que « de respect » complète ce verbe ; dans la seconde, le groupe infinitif « d’habiter… » complète l’adjectif « ému ».

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Explication 4 · Explication linéaire 4 : le marché matrimonial

Phrase 1 · Interrogation et conditionnel
« est-ce que vous devriez nous parler de ça, à nous, vos parents ? »

L’interrogation directe totale est construite avec est-ce que. Le conditionnel présent « devriez » n’exprime pas une hypothèse mais une obligation présentée comme discutable : dans le contexte, il sert le reproche ; « à nous » est repris et précisé par l’apposition « vos parents ».

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Phrase 2 · Impersonnel et coordination
« Il faudrait tout vous seriner, et cela devient gênant. »

« Il faudrait » est une construction impersonnelle au conditionnel présent qui atténue formellement une nécessité. « Tout » est le complément d’objet direct de « seriner » et « vous » son destinataire ; et coordonne cette proposition avec « cela devient gênant ».

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Phrase 3 · Valeur injonctive et but
« Tu souris, tu laisses tomber ton éventail, pour que le monsieur, en le ramassant, effleure tes doigts »

Les deux présents de l’indicatif ont ici une valeur injonctive : la mère dicte une conduite. Pour que introduit une subordonnée circonstancielle de but au subjonctif « effleure » ; « en le ramassant » est un gérondif de simultanéité et « le » reprend l’éventail.

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Explication 5 · Explication linéaire 5 : l’escalier et la cour

Phrase 1 · Phrase simple et pronom en
« Un terrible bruit s’en échappa. »

La phrase ne contient qu’une proposition : le groupe nominal « Un terrible bruit » est sujet et « s’échappa » le verbe au passé simple. Le pronom en reprend la cuisine ou son ouverture comme origine du bruit et complète le verbe pronominal s’échapper de.

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Phrase 2 · Groupe nominal sans verbe
« des éclats de voix canailles, mêlés à des rires et à des jurons »

Ce fragment est un groupe nominal dépourvu de verbe conjugué. Son noyau est « éclats » ; « de voix canailles » le complète, et le participe passé détaché « mêlés », accordé au masculin pluriel avec « éclats », reçoit les compléments coordonnés introduits par à.

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Phrase 3 · Attributs et infinitif négatif
« Campardon resta grave, désireux de ne pas s’engager. »

« Resta » est ici un verbe attributif : « grave » et « désireux » sont deux attributs du sujet « Campardon ». Le groupe infinitif « de ne pas s’engager » complète l’adjectif « désireux » ; la négation encadre l’infinitif pronominal.

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Explication 6 · Explication linéaire 6 : les corps dissimulés

Phrase 1 · Présentatif et relatives coordonnées
« C’était une rage d’amour, le cri d’une femme qui refuse de vieillir, qui se cramponne au dernier homme »

Le présentatif « C’était » introduit deux groupes nominaux en apposition, « une rage d’amour » puis « le cri… ». Les deux relatives coordonnées ont pour antécédent « femme » ; dans la première, « de vieillir » complète « refuse », et dans la seconde « au dernier homme » complète « se cramponne ».

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Phrase 2 · Dislocation et négations
« Moi, je ne sais rien, je ne veux rien savoir. »

Le pronom tonique « Moi » est détaché puis repris par le sujet « je ». Deux propositions sont juxtaposées ; dans chacune, la négation discontinue « ne… rien » porte sur le verbe, et rien occupe la fonction de complément d’objet direct.

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Phrase 3 · Subordonnée temporelle
« quand c’est fini, c’est fini »

Quand introduit la subordonnée circonstancielle de temps « quand c’est fini ». La principale reprend exactement le présentatif « c’est fini » ; le même présent de l’indicatif donne à la relation temporelle la valeur d’une règle générale.

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Explication 7 · Explication linéaire 7 : le pacte du silence

Phrase 1 · Modalisation de la déclarative
« Vous avez peut-être mangé des moules »

La phrase est déclarative et affirmative. L’adverbe « peut-être » modalise le passé composé « avez mangé » : l’énonciatrice ne pose pas le fait comme certain ; « des moules » est le complément d’objet direct du verbe.

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Phrase 2 · Coordination et conséquence
« Elle était bête comme trente-six mille pots et sale à répugner une paroisse ; mais on se tenait trop entre soi pour lui faire arriver des ennuis. »

Le point-virgule sépare deux propositions que mais met en opposition. « Bête » et « sale » sont attributs du sujet « elle » ; la construction corrélative « trop… pour » exprime la conséquence empêchée, et « lui » est le complément indirect de « faire arriver ».

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Phrase 3 · Aspect verbal et compléments
« les bonnes replongeaient déjà dans leurs cuisines »

Le groupe nominal « les bonnes » est sujet du verbe « replongeaient » à l’imparfait. « Déjà » est un adverbe de temps et « dans leurs cuisines » un complément de lieu ; le préfixe re- du verbe marque lexicalement le retour à une situation antérieure.

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Explication 8 · Explication linéaire 8 : les broyés de la machine

Phrase 1 · Objet et apposition énumérative
« elle avait raconté aux jurés tout un roman ridicule, l’abandon d’un séducteur, la misère, la faim, une crise folle de désespoir »

Le plus-que-parfait « avait raconté » reçoit « aux jurés » comme complément indirect et « tout un roman ridicule » comme complément direct. Les quatre groupes nominaux qui suivent sont apposés à ce dernier et en déploient le contenu sous forme d’énumération.

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Phrase 2 · Adversatif et construction impersonnelle
« Mais il fallait un exemple. »

La conjonction mais relie cette phrase à l’argument précédent et introduit une restriction décisive. « Il fallait » est une construction impersonnelle à l’imparfait ; « un exemple » complète le verbe de nécessité et nomme ce qui est présenté comme requis.

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Phrase 3 · Relative et antécédent
« la conversation des dames, qui reprenait sur les domestiques »

Le noyau du groupe nominal est « conversation », complété par « des dames ». Le pronom relatif « qui » reprend ce noyau et est sujet de « reprenait » ; « sur les domestiques » est un complément prépositionnel du verbe dans la relative.

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Explication 9 · Explication linéaire 9 : la remise en ordre

Phrase 1 · Sujet collectif et pronom y
« un flot de toilettes s’y pressait sous la lumière vive du lustre et des lampes »

Le sujet est le groupe nominal collectif « un flot de toilettes » ; le complément « de toilettes » désigne par métonymie les personnes vêtues. Le pronom y reprend le salon comme lieu, et « sous la lumière… » ajoute un second complément circonstanciel de lieu.

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Phrase 2 · Infinitifs coordonnés et négation
« elle le menaça de reprendre sa fille et de ne jamais lui donner les cinquante mille francs de la dot »

Les infinitifs coordonnés « reprendre » et « ne jamais donner » dépendent tous deux de « menaça de ». « Sa fille » est l’objet direct du premier ; « les cinquante mille francs » celui du second et « lui » son objet indirect. La négation « ne… jamais » ne porte que sur le second infinitif.

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Phrase 3 · Participe présent et but
« reculant de nouveau le mariage au printemps, pour ne pas mettre la femme et l’enfant à la rue, en plein hiver »

« Reculant » est un participe présent dont le sujet est celui de la proposition principale précédente. Le groupe « pour ne pas mettre… » exprime le but sous forme d’infinitif négatif ; « la femme et l’enfant » en sont les objets directs coordonnés, tandis que « à la rue » et « en plein hiver » indiquent situation et temps.

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Explication 10 · Explication linéaire 10 : le verdict des coulisses

Phrase 1 · Accord selon le référent
« Le grand chameau et la petite rosse se tordaient, pliées sur le bord de leur fenêtre »

Le sujet grammatical coordonne un nom masculin et un nom féminin, mais tous deux désignent des femmes. Le participe détaché « pliées » est au féminin pluriel : cet accord selon les personnes désignées, plutôt que selon le genre des noms métaphoriques, est une syllepse d’accord.

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Phrase 2 · Deux futurs et subordonnée temporelle
« Quand vous mourrez, j’irai danser devant vous. »

Quand introduit une subordonnée circonstancielle de temps au futur simple « mourrez ». La principale emploie aussi le futur simple « irai » ; l’infinitif « danser » complète le verbe de mouvement, et « devant vous » situe l’action.

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Phrase 3 · Présentatif et attribut
« C’est cochon et compagnie. »

Le pronom démonstratif neutre « c’ » est sujet du verbe « est ». Le groupe familier « cochon et compagnie » est attribut du sujet ; l’adjectif substantivé « cochon » reste au masculin singulier, forme non marquée après le présentatif neutre.

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