Le bac par Patrick

Arthur Rimbaud · Cahier de Douai · Explication 8/10

Au Cabaret-Vert, cinq heures du soir

Question de lecture. Comment un sonnet de halte convertit-il fatigue, nourriture et lumière en victoire poétique ?

13 étapes parlées9 prises9 tiroirs

L’explication à côté de toi

Le fil parlé

Treize étapes pour comprendre, dire et retenir avant d’ouvrir le dossier de l’épreuve.

Étape 01

Tu n’y comprends rien ? C’est normal

Un sonnet où il ne se passe rien : quelqu'un entre dans un café, commande, et mange du jambon. Tu peux te demander ce qu'on commente là-dedans.

On commente une victoire. Après huit jours de marche, s'asseoir et manger devient un événement, et Rimbaud lui donne la forme la plus noble de la poésie française : le sonnet. Le décalage est le sujet. Regarde ce qu'il met dans les quatorze vers d'ordinaire réservés à l'amour.

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Étape 02

D’abord, de quoi ça parle ?

Qui parle ? Un « je » qui raconte au passé simple, comme on raconte une aventure.

De quoi ça parle ? Depuis huit jours ses bottines sont déchirées ; il arrive dans une ville et entre au café ; il commande des tartines. Il s'installe, allonge les jambes, regarde les images naïves aux murs. Puis vient la serveuse, et enfin le plat : du jambon rose et blanc, parfumé, doré par un dernier rayon.

Que veut faire comprendre l'auteur ? Que le bonheur peut tenir dans une assiette, et qu'un poème n'a pas besoin d'un grand sujet pour être réussi.

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Étape 03

Où on se trouve dans le livre

On est dans le livre parmi les poèmes de fugue du cahier de 1870. Rimbaud est parti sur les routes ; celui-ci porte une heure dans son titre.

Ce qu'il faut savoir : le titre donne un lieu, une couleur et une heure, comme une légende de tableau. Dans le livre, plusieurs poèmes procèdent ainsi — une halte, une auberge, une rencontre. Le cahier suit un marcheur.

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Étape 04

Ton introduction : comment tu ouvres

Ton introduction peut tenir en six phrases, dans cet ordre.

  • Situe l'auteur : Rimbaud, poète du XIXᵉ siècle, en fugue sur les routes à seize ans.
  • Nomme le cahier et sa date, 1870, et le genre : un sonnet.
  • Dis où l'on en est : une halte dans un café, après plusieurs jours de marche.
  • Annonce ton parcours en trois arrêts : d'abord une marche qui se mesure à l'usure des chaussures, ensuite le plaisir de s'asseoir et de regarder, enfin un repas devenu tableau.
  • Pose ta question, dans les termes du dossier : « Comment un sonnet de halte convertit-il fatigue, nourriture et lumière en victoire poétique ? »
  • Referme en annonçant que tu suivras l'ordre des vers.
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Étape 05

Premier moment : La marche se mesure aux bottines

Le premier moment donne la fatigue en chiffres et en objets. « Depuis huit jours, j'avais déchiré mes bottines » : la durée est précise, et c'est la chaussure qui la prouve. Pas un mot sur les jambes ou la faim — l'usure est dans le cuir.

Puis l'arrivée, coupée net : « J'entrais à Charleroi. – » Un nom de ville, un point, un tiret. Le vers s'interrompt comme on pousse une porte.

Et la commande, immédiate : « je demandai des tartines ». Le passé simple traite un sandwich comme un fait historique. C'est là qu'est le sourire du poème.

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Étape 06

Deuxième moment : S’asseoir, regarder, recevoir

Le deuxième moment installe le corps. « Bienheureux, j'allongeai les jambes sous la table » : le mot bienheureux appartient au vocabulaire religieux — on le dit des saints. Rimbaud l'applique à quelqu'un qui étend ses jambes.

Puis le regard se met à travailler : « je contemplai les sujets très naïfs ». Contempler est un verbe d'église ou de musée, et il porte sur des images de mauvaise qualité.

Trois fois de suite, un mot élevé pour une chose ordinaire. Ce n'est pas de la moquerie : Rimbaud dit sérieusement qu'il y a là de quoi être heureux. Le vocabulaire noble sert à le prouver.

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Étape 07

Troisième moment : Le repas devient tableau de couleurs

Le troisième moment fait un tableau. « Et ce fut adorable » : la phrase est courte, presque sans contenu. Elle sert de titre à ce qui suit.

Vient la serveuse : « la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs ». Le mot est cru, et il est mis à côté d'adorable. Rimbaud ne trie pas plus qu'il ne s'excuse.

Et le plat : « Du jambon rose et blanc parfumé d'une gousse ». Deux couleurs, une odeur. Enfin la lumière : « Que dorait un rayon de soleil arriéré ». Arriéré veut dire en retard — c'est un rayon de cinq heures du soir, comme le titre l'annonçait. Le sonnet finit sur de l'or, et cet or est posé sur une tranche de jambon.

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Étape 08

Alors, qu’est-ce que ça raconte vraiment ?

En une phrase : un sonnet consacré à une assiette et à une chaise, et qui prouve qu'un grand poème peut naître d'un petit bonheur.

Ce que le poème établit, c'est la liberté de Rimbaud vis-à-vis des sujets nobles. Si on te demande où est l'audace, réponds qu'elle est dans le décalage : la forme la plus solennelle employée pour du jambon et de la bière.

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Étape 09

Ton ouverture : la porte qui s’ouvre

Pour ouvrir, tu peux dire ceci : un autre sonnet du cahier montre un homme couché dans l'herbe, avec la même lumière et la même douceur. Là, c'était un mort. Rimbaud sait faire les deux avec les mêmes moyens.

Une seconde ouverture : la marche, l'auberge, la lumière du soir — le cahier construit un petit roman de fugue. Ce poème en est le moment de repos.

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Étape 10

Tu vois ? Tu sais le comprendre et le dire

Reprends : les huit jours, les bottines, l'entrée dans la ville, les tartines ; puis le bienheureux, les jambes allongées, la contemplation des images ; enfin l'adorable, la serveuse, le jambon et le rayon. Trois temps.

Tu sais nommer ce que tu vois : une durée mesurée par un objet, un passé simple qui hausse le quotidien, un mot religieux appliqué au corps, un mot cru voisin d'un mot tendre, une lumière qui achève le tableau. Cinq choses, cinq citations.

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Étape 11

Et les petites questions de grammaire

Trois constructions à savoir sur ce passage.

« Depuis huit jours, j'avais déchiré mes bottines » — un plus-que-parfait avec un complément de durée. Le temps composé place l'usure avant le récit : quand le poème commence, la fatigue est déjà là.

« Bienheureux, j'allongeai les jambes sous la table » — un adjectif détaché en tête de phrase, qui qualifie le sujet avant que celui-ci agisse. La joie précède le geste, et elle le colore.

« Que dorait un rayon de soleil arriéré » — une relative où le sujet passe derrière le verbe. L'inversion garde le mot rayon pour la fin, et le sonnet se termine sur la lumière plutôt que sur l'objet éclairé.

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Étape 12

Ce soir, tu peux fermer le cahier

Ce soir, tu peux fermer le cahier. Tu as compris qu'un sonnet peut célébrer une tranche de jambon, et pourquoi ce n'est pas une plaisanterie. C'est l'essentiel.

Si tu veux garder une seule image en t'endormant, garde celle-ci : un rayon de cinq heures qui traverse une salle de café et se pose sur une assiette.

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Étape 13

Terre ferme : tu peux t’arrêter là

Terre ferme : tu peux t'arrêter là. Le dossier de l'épreuve t'attend quand tu voudras, avec ses neuf tiroirs. Ce soir, tu en sais assez pour en parler.

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Fin de l’explication accompagnée

La voix change

La voix qui t’accompagnait s’efface : finie la lettre, place au dossier de travail.

Je m’arrête iciJ’ouvre le dossier

Le dossier de l’épreuve

La même explication, classée pour la révision

Neuf tiroirs : comprendre, préparer l’oral, contrôler les preuves.

01Le texte, dit simplementLe raisonnement sans jargon.

Idée générale. Dans ce sonnet, un marcheur fatigué s'arrête dans un café, commande à manger, et le repas devient un moment de bonheur.

Situation simple. Après huit jours de route, il entre à Charleroi. Il demande des tartines. Il s'assoit, regarde les images sur les murs. On lui apporte du jambon, et un rayon de soleil l'éclaire.

Mouvement I. Dans ce mouvement, il a déchiré ses bottines en huit jours. Il entre à Charleroi. Il demande des tartines. L'idée importante est que la fugue se mesure à l'usure et à la faim.

Mouvement II. Dans ce mouvement, bienheureux, il allonge les jambes sous la table. Il contemple les images très naïves du mur. Et ce fut adorable. L'idée importante est qu'il regarde le simple comme on regarde un tableau.

Mouvement III. Dans ce mouvement, la fille aux yeux vifs le sert. Le jambon est rose et blanc, parfumé. Et un rayon de soleil arriéré dore la mousse de sa bière. L'idée importante est que le repas devient un tableau.

Pour finir. La leçon du sonnet est qu'un poème peut faire une victoire d'un plat et d'un rayon de lumière.

02L’introduction rédigéeSix étapes, une question directrice.

Étape 1 : Arthur Rimbaud est un poète du XIXᵉ siècle, qui écrit l'essentiel de son œuvre avant vingt ans.

Étape 2 : Le Cahier de Douai réunit vingt-deux poèmes de 1870, dont plusieurs sonnets nés de ses fugues.

Étape 3 : « Au Cabaret-Vert » raconte une halte à Charleroi après huit jours de marche.

Étape 4 : Le poème s'organise en trois temps — la marche mesurée aux bottines, l'installation et le regard, le repas transformé en tableau.

Étape 5 : On se demandera comment un sonnet de halte convertit fatigue, nourriture et lumière en victoire poétique.

Étape 6 : On suivra d'abord l'usure et la faim, puis le regard oisif, enfin la lumière finale.

03L’explication linéaireTrois mouvements, neuf prises de lecture.

I. La marche se mesure aux bottines

De « Depuis huit jours, j'avais déchiré mes bottines » à « De beurre et du jambon qui fût à moitié froid. ».

Le plus-que-parfait remonte aux huit jours d’usure avant l’imparfait « J’entrais à Charleroi ». Le tiret après le nom de ville marque une halte nette. Le passé simple « demandai » introduit ensuite la demande de tartines et ramène l’aventure à la faim d’un corps.

★ I.a. Huit jours dans des bottines

« Depuis huit jours, j’avais déchiré mes bottines » RIM-P18-V001

Complément de durée antéposé. La durée et l’usure donnent une épaisseur concrète à la fugue.

◆ I.b. J'entrais à Charleroi

« J’entrais à Charleroi. – » RIM-P18-V002

Phrase brève et tiret. La phrase brève et le tiret matérialisent l’arrivée comme coupure.

★ I.c. Demander des tartines

« je demandai des tartines » RIM-P18-V003

Passé simple et objet ordinaire. Le passé simple et l’objet ordinaire placent la faim au centre du récit.

II. S’asseoir, regarder, recevoir

De « Bienheureux, j'allongeai les jambes sous la table » à « De la tapisserie. – Et ce fut adorable, ».

L’adjectif « Bienheureux » transforme l’allongement des jambes en béatitude profane. Le regard se pose sur des images naïves, puis « adorable » reste suspendu avant l’arrivée de la serveuse. La scène organise un bonheur de disponibilité plutôt qu’une conquête héroïque.

★ II.a. Bienheureux, jambes allongées

« Bienheureux, j’allongeai les jambes sous la table » RIM-P18-V005

Adjectif détaché de registre spirituel. L’adjectif spirituel se fixe sur une posture physique de repos.

★ II.b. Un musée dans un cabaret

« je contemplai les sujets très naïfs » RIM-P18-V006

Verbe de contemplation appliqué au trivial. Le regard oisif ouvre un musée populaire dans la salle du cabaret.

◆ II.c. Et ce fut adorable

« Et ce fut adorable, » RIM-P18-V007

Proposition suspendue. La proposition suspendue annonce l’événement sans encore le nommer.

III. Le repas devient tableau de couleurs

De « Quand la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs, » à « Que dorait un rayon de soleil arriéré. ».

Le corps de la fille, le jambon « rose et blanc », l’ail et la chope composent une palette charnelle. Le dernier rayon « arriéré » arrive en retard comme le voyageur lui-même. La lumière ne spiritualise pas le repas : elle révèle l’intensité de ses couleurs et de ses odeurs.

◆ III.a. La fille aux yeux vifs

« la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs, » RIM-P18-V008

Portrait par expansions. Le portrait associe franchise du corps et acuité du regard.

★ III.b. Le jambon rose et blanc

« Du jambon rose et blanc parfumé d’une gousse » RIM-P18-V012

Notation chromatique et olfactive. Couleurs et odeur donnent au repas l’épaisseur d’une nature morte vivante.

★ III.c. Un rayon de soleil arriéré

« Que dorait un rayon de soleil arriéré. » RIM-P18-V014

Relative à sujet lumineux. Le rayon tardif signe la halte en faisant de la nourriture une scène lumineuse.

04La conclusion rédigéeRépondre, puis prolonger dans l’œuvre.

1. Récapitulation. Le sonnet fait tenir un bonheur entier dans du trivial. Il commence par mesurer la fugue en usure — huit jours, des bottines déchirées — et par placer la faim au centre : on demande des tartines, ce qui n'est pas un motif poétique. Il installe ensuite le corps, jambes allongées, et pose sur lui un adjectif spirituel : « bienheureux ». Le regard fait le reste, en transformant des images naïves en musée. Puis la suspension annonce l'adorable, et l'adorable est une assiette : du jambon rose et blanc, une gousse, et un rayon de soleil « arriéré » qui dore la mousse. La lumière tardive consacre le trivial, et le sonnet s'arrête là.

2. Ouverture. Cette manière de trouver la poésie dans une auberge plutôt que dans un paysage traverse les sonnets de la fugue, jusqu'à « Ma Bohème ». Le parcours « émancipations créatrices » désigne ici une émancipation par le bas : le poème quitte les grands sujets sans rien perdre de sa force.

05Le mémo de l’oralLes appuis indispensables et les prolongements possibles.

Auteur : Arthur Rimbaud.

Œuvre : Cahier de Douai, les vingt-deux poèmes de 1870.

Extrait : « Au Cabaret-Vert, cinq heures du soir », sonnet.

Objet d'étude : La poésie du XIXᵉ siècle au XXIᵉ siècle.

Parcours : Émancipations créatrices.

Situation : Poème du Cahier de Douai ; après huit jours de marche, une halte dans un cabaret de Charleroi.

Problématique : Comment un sonnet de halte convertit-il fatigue, nourriture et lumière en victoire poétique ?

Plan : La marche se mesure aux bottines ; s'asseoir, regarder, recevoir ; le repas devient tableau de couleurs.

Citations, procédés et interprétations essentiels : ★ indique les appuis à ne pas omettre ; ◆ propose les prolongements à choisir selon le temps disponible.

★ I.a : « Depuis huit jours, j’avais déchiré mes bottines ». Complément de durée antéposé. La durée et l’usure donnent une épaisseur concrète à la fugue.

◆ I.b : « J’entrais à Charleroi. – ». Phrase brève et tiret. La phrase brève et le tiret matérialisent l’arrivée comme coupure.

★ I.c : « je demandai des tartines ». Passé simple et objet ordinaire. Le passé simple et l’objet ordinaire placent la faim au centre du récit.

★ II.a : « Bienheureux, j’allongeai les jambes sous la table ». Adjectif détaché de registre spirituel. L’adjectif spirituel se fixe sur une posture physique de repos.

★ II.b : « je contemplai les sujets très naïfs ». Verbe de contemplation appliqué au trivial. Le regard oisif ouvre un musée populaire dans la salle du cabaret.

◆ II.c : « Et ce fut adorable, ». Proposition suspendue. La proposition suspendue annonce l’événement sans encore le nommer.

◆ III.a : « la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs, ». Portrait par expansions. Le portrait associe franchise du corps et acuité du regard.

★ III.b : « Du jambon rose et blanc parfumé d’une gousse ». Notation chromatique et olfactive. Couleurs et odeur donnent au repas l’épaisseur d’une nature morte vivante.

★ III.c : « Que dorait un rayon de soleil arriéré. ». Relative à sujet lumineux. Le rayon tardif signe la halte en faisant de la nourriture une scène lumineuse.

Appuis ★ repris : I.a I.c II.a II.b III.b III.c

06Le tableau des procédésComparer les fonctions des neuf appuis.
Procédé désignéAnalyse dans le texteEffet sur le lecteurInterprétation
★ Complément de durée antéposé (I.a)La durée et l’usure donnent une épaisseur concrète à la fugue.Le lecteur mesure la fugue à l'usure d'une paire de chaussures.Mesurer une fugue à des bottines déchirées, c'est refuser le romantisme de la route : le poème compte en usure, pas en horizons.
◆ Phrase brève et tiret (I.b)La phrase brève et le tiret matérialisent l’arrivée comme coupure.Le lecteur voit l'arrivée coupée net par un tiret.Le tiret fait ce que ferait un plan de cinéma : il coupe et il place, sans transition ni commentaire.
★ Passé simple et objet ordinaire (I.c)Le passé simple et l’objet ordinaire placent la faim au centre du récit.Le lecteur voit la faim occuper le centre du poème.Demander des tartines est le contraire d'un motif poétique ; c'est exactement pourquoi Rimbaud le met au centre.
★ Adjectif détaché de registre spirituel (II.a)L’adjectif spirituel se fixe sur une posture physique de repos.Le lecteur entend un mot de béatitude appliqué à des jambes allongées.Fixer un adjectif spirituel sur une posture physique est le procédé du sonnet entier : le sacré descend dans le corps.
★ Verbe de contemplation appliqué au trivial (II.b)Le regard oisif ouvre un musée populaire dans la salle du cabaret.Le lecteur voit un regard de musée posé sur des images naïves.Contempler des images naïves transforme un cabaret en musée ; le regard, non l'objet, fait la valeur.
◆ Proposition suspendue (II.c)La proposition suspendue annonce l’événement sans encore le nommer.Le lecteur attend, après l'annonce, ce qui va être adorable.La suspension crée l'attente d'un événement, et l'événement sera un plat : le poème tient sa promesse en la déplaçant.
◆ Portrait par expansions (III.a)Le portrait associe franchise du corps et acuité du regard.Le lecteur voit un portrait franc, sans détour.Le portrait ne cherche ni la grâce ni le scandale ; il note ce qui frappe, et c'est cette franchise qui fait le ton du Cahier.
★ Notation chromatique et olfactive (III.b)Couleurs et odeur donnent au repas l’épaisseur d’une nature morte vivante.Le lecteur voit et sent une assiette avant de la goûter.Couleurs et odeur donnent au repas l'épaisseur d'une nature morte, mais vivante : la peinture est ici un modèle et non un ornement.
★ Relative à sujet lumineux (III.c)Le rayon tardif signe la halte en faisant de la nourriture une scène lumineuse.Le lecteur voit la lumière signer la scène.Le rayon « arriéré » signe la halte : la lumière tardive donne au trivial sa consécration, et le sonnet finit sur elle.
07Le tableau de couvertureRetrouver chaque sous-partie dans le mémo.
Prise ★RangDans le mémo
I.a★oui
I.c★oui
II.a★oui
II.b★oui
III.b★oui
III.c★oui
Sous-partieProcédé principalDans le mémo ?
I.aComplément de durée antéposéoui
I.cPassé simple et objet ordinaireoui
II.aAdjectif détaché de registre spiritueloui
II.bVerbe de contemplation appliqué au trivialoui
III.bNotation chromatique et olfactiveoui
III.cRelative à sujet lumineuxoui

Les 6 appuis marqués ★ couvrent les trois mouvements et sont tous repris dans le mémo : résultat 6/6. Ce décompte atteste la couverture, non la qualité générale de la page.

08Les erreurs rédhibitoiresLes contresens propres à ce passage.

A. Erreurs de fond

Erreur à ne pas commettrePourquoi c'est une erreurFormulation correcte à retenir
Le poème raconte une aventure.Il raconte une halte, une commande et une assiette.Le sujet est délibérément modeste.
« Bienheureux » est ironique.L'adjectif spirituel se fixe sérieusement sur une posture physique.Le sacré descend dans le corps, sans moquerie.
Les images naïves sont dépréciées.Le poème dit « je contemplai les sujets très naïfs » : le verbe leur donne le statut d'œuvres.C'est le regard qui fait la valeur.
Le repas est un détail réaliste.Il est l'événement annoncé par « et ce fut adorable ».Le plat est le sommet du sonnet.
Le rayon de soleil est un ornement.Il est sujet du verbe et dore la scène : il la signe.La lumière consacre le trivial.

B. Erreurs de méthode à l'oral

Erreur de méthodeCorrection attendue
Commencer par le dernier vers pour son éclat.Suivre l'ordre : la lumière ne vaut qu'après la fatigue et la faim.
Traiter le tiret comme une simple ponctuation.Il coupe et place l'arrivée, sans transition.
Raconter les fugues de Rimbaud.Situer en une phrase et entrer dans le premier vers.
Annoncer des numéros de page.Annoncer les vers par leurs ancres éditoriales.

C. Formulations à proscrire

MaladroitCorrect
Rimbaud célèbre la liberté du vagabond.Il mesure la fugue en bottines usées et en tartines demandées.
Le sonnet est léger.Il est modeste par choix, et cette modestie est un programme.
Le poème est sensuel.Il est précis : couleurs, odeur, lumière — chaque notation a sa fonction.
09L’analyse grammaticaleTrois constructions distinctes, trois leçons.
  1. Question grammaticale 1
  2. Question grammaticale 2
  3. Question grammaticale 3

Phrase 1 : Complément de durée antéposé avec plus-que-parfait d'antériorité

Phrase étudiée : « Depuis huit jours, j’avais déchiré mes bottines »

Question : Analysez la construction du fragment et justifiez votre réponse.

Réponse : Le complément de durée « Depuis huit jours » est antéposé. Le plus-que-parfait « avais déchiré » place l’usure avant les actions principales au passé simple et donne à l’arrivée son histoire corporelle.

Phrase 2 : Adjectif détaché se rapportant au sujet, avec passé simple

Phrase étudiée : « Bienheureux, j’allongeai les jambes sous la table »

Question : Analysez la construction du fragment et justifiez votre réponse.

Réponse : « Bienheureux » est détaché et se rapporte au sujet « je ». Le passé simple « allongeai » inscrit une action bornée ; l’adjectif en propose aussitôt la valeur éprouvée.

Phrase 3 : Relative en « que » complément direct, à sujet postposé

Phrase étudiée : « Que dorait un rayon de soleil arriéré »

Question : Analysez la construction du fragment et justifiez votre réponse.

Réponse : « Que » est pronom relatif complément direct de « dorait » et reprend « sa mousse », dans le vers précédent. Le sujet « un rayon de soleil arriéré » est placé après le verbe : la lumière arrive syntaxiquement en retard et dore la mousse de la boisson.