La tension du sujet
La voix populaire ouvre la poésie aux métiers, au repas, à la rue et à la parole familière ; elle dialogue néanmoins avec le sonnet, le mythe et l’apostrophe savante.
L’enjeu n’est donc pas de remplacer une langue noble par une langue basse, mais de faire entendre leur friction créatrice.
Problématique. Comment tenir ensemble ces deux exigences sans réduire le recueil à un slogan sur la liberté ?
Parcourir le plan en neuf transformations
Partie 1
I. Rimbaud accueille des voix et des matières réputées basses
I.a. La voix du Forgeron conquiert un droit politique de juger le roi — enjeu pour « Rimbaud libère-t-il la poésie en lui donnant une voix populaire »
« Le bras sur un marteau gigantesque, effrayant » RIM-P03-V002
Dans la réponse à « Rimbaud libère-t-il la poésie en lui donnant une voix populaire », la voix populaire devient puissance de refondation : elle transforme le corps au travail, l’apostrophe et le récit historique en droit de juger le roi et de reprendre la parole collective.
I.b. Le Cabaret-Vert donne à la nourriture et au repos une dignité lyrique — enjeu pour « Rimbaud libère-t-il la poésie en lui donnant une voix populaire »
« J'entrais à Charleroi. – » RIM-P18-V002
Dans la réponse à « Rimbaud libère-t-il la poésie en lui donnant une voix populaire », la liberté prend la forme concrète d’un corps assis, nourri et regardant ; le sonnet accueille le vocabulaire du repas et du cabaret, si bien que l’idéal naît du bien-être matériel plutôt que de son refus.
I.c. « La Maline » partage l’initiative amoureuse entre le voyageur et la serveuse — enjeu pour « Rimbaud libère-t-il la poésie en lui donnant une voix populaire »
« je m'épatais dans mon immense chaise. » RIM-P19-V004
Dans la réponse à « Rimbaud libère-t-il la poésie en lui donnant une voix populaire », le poème tire sa nouveauté de la modestie de la scène : gestes professionnels, diminutifs, sourire et discours direct permettent au désir de circuler sans idéalisation solennelle.
Partie 2
II. La voix populaire demeure travaillée par des formes savantes
II.a. Le sonnet amoureux accueille le rire et les gestes d’une expérience adolescente — enjeu pour « Rimbaud libère-t-il la poésie en lui donnant une voix populaire »
« Papillonner dans son sourire » RIM-P01-V011
Dans la réponse à « Rimbaud libère-t-il la poésie en lui donnant une voix populaire », la première émancipation est corporelle et métrique : le désir se découvre dans les gestes, tandis que le sonnet accueille une voix adolescente qui joue avec ses propres audaces.
II.b. « Soleil et Chair » réemploie l’hymne et le mythe pour défendre le vivant — enjeu pour « Rimbaud libère-t-il la poésie en lui donnant une voix populaire »
« Et tous les animaux aimaient, aimaient en Dieu ! » RIM-P04-V025
Dans la réponse à « Rimbaud libère-t-il la poésie en lui donnant une voix populaire », rimbaud ne fuit pas simplement vers l’Antiquité : il mobilise ses dieux, sa lumière et ses formes héritées pour rendre au corps une dignité sacrée et attaquer les morales qui le séparent du monde.
II.c. « Ophélie » fait du chant une beauté traversée par la mort — enjeu pour « Rimbaud libère-t-il la poésie en lui donnant une voix populaire »
« Ô pâle Ophélia ! belle comme la neige ! » RIM-P05-V017
Dans la réponse à « Rimbaud libère-t-il la poésie en lui donnant une voix populaire », les reprises, les blancheurs et le mouvement de l’eau transforment Ophélie en présence chantée ; pourtant, la voix maintient la violence d’un idéal qui a brisé la jeune femme et interroge le désir d’infini du poète.
Partie 3
III. La poésie se libère en faisant dialoguer les registres
III.a. Le sonnet du « Mal » associe beauté naturelle et accusation religieuse — enjeu pour « Rimbaud libère-t-il la poésie en lui donnant une voix populaire »
« Il est un Dieu, qui rit aux nappes damassées » RIM-P14-V009
Dans la réponse à « Rimbaud libère-t-il la poésie en lui donnant une voix populaire », le contraste structure le réquisitoire : la splendeur naturelle rend le massacre intolérable, et le passage des soldats aux mères puis à l’autel dénonce un ordre qui convertit la souffrance en monnaie religieuse.
III.b. « Ma Bohème » transforme les souliers usés en instrument de poésie — enjeu pour « Rimbaud libère-t-il la poésie en lui donnant une voix populaire »
« De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ; » RIM-P22-V011
Dans la réponse à « Rimbaud libère-t-il la poésie en lui donnant une voix populaire », rimbaud ne nie pas le dénuement ; il le transforme par l’humour, les mythes et le rythme de la marche, jusqu’à faire des lacets de souliers une lyre et de la route un atelier de vers.
III.c. Le départ futur de « Sensation » libère le corps avant même que le voyage commence — enjeu pour « Rimbaud libère-t-il la poésie en lui donnant une voix populaire »
« j'irai loin, bien loin, comme un bohémien, » RIM-P02-V007
Dans la réponse à « Rimbaud libère-t-il la poésie en lui donnant une voix populaire », le poème libère le sujet en allégeant successivement ses vêtements, sa parole et sa pensée ; la nature n’est pas un décor, mais la force qui rend cette disponibilité possible.
Conclusion
La voix populaire ouvre la poésie aux métiers, au repas, à la rue et à la parole familière ; elle dialogue néanmoins avec le sonnet, le mythe et l’apostrophe savante.
L’enjeu n’est donc pas de remplacer une langue noble par une langue basse, mais de faire entendre leur friction créatrice.
Destination : cette dissertation appartient exclusivement à la voie générale.