La tension du sujet
La fugue fournit au recueil une énergie de départ, des routes et un corps mobile ; elle ne devient liberté poétique que lorsqu’elle transforme la perception, les voix et les formes.
Réduire l’œuvre au récit biographique d’un adolescent en fuite ferait perdre les émancipations politiques, sensuelles et métriques que les poèmes construisent.
Problématique. Comment tenir ensemble ces deux exigences sans réduire le recueil à un slogan sur la liberté ?
Parcourir le plan en neuf transformations
Partie 1
I. La fugue libère le corps et le regard
I.a. Le départ futur de « Sensation » libère le corps avant même que le voyage commence — enjeu pour « La fugue suffit-elle à définir la liberté du jeune poète »
« Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers, » RIM-P02-V001
Dans la réponse à « La fugue suffit-elle à définir la liberté du jeune poète », le poème libère le sujet en allégeant successivement ses vêtements, sa parole et sa pensée ; la nature n’est pas un décor, mais la force qui rend cette disponibilité possible.
I.b. Le Cabaret-Vert donne à la nourriture et au repos une dignité lyrique — enjeu pour « La fugue suffit-elle à définir la liberté du jeune poète »
« J'entrais à Charleroi. – » RIM-P18-V002
Dans la réponse à « La fugue suffit-elle à définir la liberté du jeune poète », la liberté prend la forme concrète d’un corps assis, nourri et regardant ; le sonnet accueille le vocabulaire du repas et du cabaret, si bien que l’idéal naît du bien-être matériel plutôt que de son refus.
I.c. « Ma Bohème » transforme les souliers usés en instrument de poésie — enjeu pour « La fugue suffit-elle à définir la liberté du jeune poète »
« J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ; » RIM-P22-V003
Dans la réponse à « La fugue suffit-elle à définir la liberté du jeune poète », rimbaud ne nie pas le dénuement ; il le transforme par l’humour, les mythes et le rythme de la marche, jusqu’à faire des lacets de souliers une lyre et de la route un atelier de vers.
Partie 2
II. Elle ne supprime ni la pauvreté ni les conflits du monde
II.a. Les poches crevées de « Ma Bohème » empêchent l’idéal d’oublier le dénuement — enjeu pour « La fugue suffit-elle à définir la liberté du jeune poète »
« Mon unique culotte avait un large trou. » RIM-P22-V005
Dans la réponse à « La fugue suffit-elle à définir la liberté du jeune poète », rimbaud ne nie pas le dénuement ; il le transforme par l’humour, les mythes et le rythme de la marche, jusqu’à faire des lacets de souliers une lyre et de la route un atelier de vers.
II.b. Le sonnet du « Mal » associe beauté naturelle et accusation religieuse — enjeu pour « La fugue suffit-elle à définir la liberté du jeune poète »
« un tas fumant ; » RIM-P14-V006
Dans la réponse à « La fugue suffit-elle à définir la liberté du jeune poète », le contraste structure le réquisitoire : la splendeur naturelle rend le massacre intolérable, et le passage des soldats aux mères puis à l’autel dénonce un ordre qui convertit la souffrance en monnaie religieuse.
II.c. La voix du Forgeron conquiert un droit politique de juger le roi — enjeu pour « La fugue suffit-elle à définir la liberté du jeune poète »
« Enfin ! Nous nous sentions Hommes ! » RIM-P03-V073
Dans la réponse à « La fugue suffit-elle à définir la liberté du jeune poète », la voix populaire devient puissance de refondation : elle transforme le corps au travail, l’apostrophe et le récit historique en droit de juger le roi et de reprendre la parole collective.
Partie 3
III. La liberté décisive est la conversion poétique de l’expérience
III.a. La forme brève de « Sensation » organise une disparition progressive des contraintes — enjeu pour « La fugue suffit-elle à définir la liberté du jeune poète »
« Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien, » RIM-P02-V007
Dans la réponse à « La fugue suffit-elle à définir la liberté du jeune poète », le poème libère le sujet en allégeant successivement ses vêtements, sa parole et sa pensée ; la nature n’est pas un décor, mais la force qui rend cette disponibilité possible.
III.b. « La Maline » partage l’initiative amoureuse entre le voyageur et la serveuse — enjeu pour « La fugue suffit-elle à définir la liberté du jeune poète »
« une moue, » RIM-P19-V011
Dans la réponse à « La fugue suffit-elle à définir la liberté du jeune poète », le poème tire sa nouveauté de la modestie de la scène : gestes professionnels, diminutifs, sourire et discours direct permettent au désir de circuler sans idéalisation solennelle.
III.c. « Soleil et Chair » réemploie l’hymne et le mythe pour défendre le vivant — enjeu pour « La fugue suffit-elle à définir la liberté du jeune poète »
« Le Monde vibrera comme une immense lyre » RIM-P04-V079
Dans la réponse à « La fugue suffit-elle à définir la liberté du jeune poète », rimbaud ne fuit pas simplement vers l’Antiquité : il mobilise ses dieux, sa lumière et ses formes héritées pour rendre au corps une dignité sacrée et attaquer les morales qui le séparent du monde.
Conclusion
La fugue fournit au recueil une énergie de départ, des routes et un corps mobile ; elle ne devient liberté poétique que lorsqu’elle transforme la perception, les voix et les formes.
Réduire l’œuvre au récit biographique d’un adolescent en fuite ferait perdre les émancipations politiques, sensuelles et métriques que les poèmes construisent.
Destination : cette dissertation appartient exclusivement à la voie générale.