Ce site est en construction.

Accueil › Français › Chrétien de Troyes › Texte 10

Le duel final : Lancelot l'emporte sur Méléagant

L’ESSENTIEL · PREMIÈRE · BAC DE FRANÇAIS

Comment le duel finalpeut‑il refermerun roman d’amour ?

Chrétien de Troyes, Le Chevalier de la charrette (vers 1177) — v. 7075‑7112

Parcours : « le roman et l'invention de l'amour »

L'essentiel

L’explication linéaire, puis le dossier de l’épreuve

D'abord l'explication à voix haute, en 13 volets : on lit, on comprend, on peut s'arrêter là. Ensuite, si tu veux la copie et l'oral, le dossier en 9 volets. Le sommaire les tient tous, à droite.

L’analyse qui s’affiche toute seule La réglure et la lumière qui descend Un parchemin réglé ; une barre d'or éclaire une ligne, et une étiquette sort dans la marge droite. Une flèche descend le long de la marge gauche. Ici tu ne lis pas : tu regardes lire. La lumière descend d’un vers à l’autre et laisse un nom dans la marge. Cliquer pour voir le site s’animer

Le texte

Le duel final — le texte
Le cercle et l’épée ouvrent l’accès au passage.

TEXTE original · plus ancien manuscrit conservé du roman, celui qu'un copiste nommé Guiot a écrit vers 1230 et que garde la Bibliothèque nationale de France sous le numéro « français 794 », vers 7075 à 7112 et explicit
Lorsque l’épée tranche enfin la tête de Méléagant, la violence ferme le dernier cercle du roman. Le duel rend la reine à la joie collective et donne à la longue quête sa conclusion définitive.

v.Vieux françoisTraduction
7075car a s’espee qui bien taillede son épée qui taille bien,
7076li a fet tele osche an s’antrailleil lui a fait aux entrailles une entaille
7077dom il ne respassera mais,dont il ne se remettra pas,
7078einz iert passez avrix et mais;avril et mai seront passés avant ;
7079que le nasal li hurte as danzpuis il lui heurte le nasal contre les dents,
7080que trois l’en a brisiez dedanz.et lui en brise trois dans la bouche.
7081Et Meliaganz a tele ireEt Méléagant a une telle rage
7082qu’il ne puet parler ne mot dire;qu’il ne peut parler ni dire un mot ;
7083ne merci demander ne daingne,demander merci, il ne le daigne pas,
7084car ses fos cuers li desansaingne,car son cœur fou le lui déconseille,
7085qui trop l’enprisone et anlace.qui le tient trop enfermé et ligoté.
7086Lanceloz vient, si li deslaceLancelot s’approche, lui délace le heaume,
7087le hiaume et la teste li tranche.et lui tranche la tête.
7088Jamés cist ne li fera ganche :Celui‑ci ne le trompera plus jamais :
7089morz est cheüz, fet est de lui.il est tombé mort, c’en est fait de lui.
7090Mes or vos di, n’i a celuiMais je vous le dis maintenant :
7091qu’ilueques fust qui ce veïstnul de ceux qui étaient là et qui virent la chose
7092cui nule pitiez an preïst.n’en éprouva la moindre pitié.
7093Li rois et tuit cil qui i sontLe roi et tous ceux qui sont là
7094grant joie an demainnent et font.en mènent et en font grande joie.
7095Lancelot desarment adonquesOn désarme alors Lancelot,
7096cil qui plus lié an furent onques,ceux‑là mêmes qui en furent les plus heureux qui furent jamais,
7097si l’en ont mené a grant joie.et on l’a emmené en grande liesse.
7098Seignor, se j’avant an disoie,Seigneurs, si j’en disais davantage,
7099ce seroit oltre la matire.je sortirais de ma matière ;
7100Por ce au definer m’atire :c’est pourquoi je m’apprête à finir :
7101ci faut li romanz an travers.ici le roman s’achève tout à fait.
7102Godefroiz de Leigni, li clers,Godefroi de Leigni, le clerc,
7103a parfinee la Charrete;a mené à son terme la Charrette ;
7104mes nus hom blasme ne l’an metemais que nul ne lui en fasse blâme
7105se sor Crestien a ovré,s’il a travaillé après Chrétien,
7106car ç’a il fet pour le boen grécar il l’a fait avec le plein accord
7107Crestien, qui le comança.de Chrétien, qui commença le roman.
7108Tant en a fet des lors an çaIl a fait sa part depuis le moment
7109ou Lanceloz fu anmurez,où Lancelot fut emmuré,
7110tant con li contes est durez.tant qu’a duré le conte.
7111Tant en a fet. N’i vialt plus metreIl en a fait juste autant : il n’y veut mettre ni plus
7112ne moins, por le conte malmetre.ni moins, pour ne pas gâter le conte.
Ci faut li romans de Lancelot de la Charrete.Ici s’achève le roman de Lancelot de la charrette.

Ce soir, tu tiens la dernière page du roman, celle où le cercle ouvert au prologue vient se refermer. On va la parcourir ensemble, jusqu'au point final : comprendre, nommer les procédés, préparer ce que tu diras à l'oral. Avance à ton rythme.

↑ le fil

Trois scènes sans rapport ?Le cercle les relie

Le duel final — l obstacle devient lisible
Le cercle et l’épée rassemblent les premiers repères du passage.

Parcours la page une minute. Une tête tranchée, une cour qui explose de joie, et soudain un inconnu, un certain Godefroi de Leigni, qui parle de « sa matière » et signe le livre. Trois scènes qui semblent étrangères l'une à l'autre. Sois tranquille : le désordre est apparent, le dessin existe. Cette page a plus de huit cents ans, et elle fait trois choses à la fois : finir une histoire, rendre un verdict, et fermer un livre. Quand tu auras vu ces trois gestes se rejoindre, le cercle apparaîtra de lui‑même.

Pour la suite, chaque chose en son temps : le dragon aura son tour, le jour de l'oral. Ce soir, on comprend et on apprend à nommer ce qu'on voit ; expliquer avec ses propres mots ce qu'on a compris, voilà tout l'exercice, bien loin de la récitation.

↑ le fil

Avant de boucler,trois questions

Trois questions simples d'abord ; elles font déjà le tour de la page.

Qui parle ? Un narrateur, qui raconte le duel et qui, par moments, s'adresse à nous directement (« je vous le dis », « Seigneurs »). À la fin, il se nomme : c'est Godefroi de Leigni, un clerc qui a terminé le roman commencé par Chrétien.

De quoi il parle ? De la fin du combat entre Lancelot et Méléagant, le traître qui avait enlevé la reine et emmuré Lancelot. Méléagant est déjà mutilé ; il refuse de demander grâce ; Lancelot lui tranche la tête. Et toute la cour se réjouit.

Qu'est‑ce qu'il veut te faire comprendre ? Regarde la toute dernière ligne : « Ici s'achève le roman de Lancelot de la charrette. » Le livre reprend là le titre qu'il s'était déjà donné au prologue, « Du Chevalier de la charrette » (v. 24), avec une différence qui change tout : le chevalier anonyme du seuil porte maintenant son nom. Et le titre garde le mot « charrette », l'instrument de la honte. Tout est là : la honte du début est devenue le nom de gloire de la fin.

↑ le fil

Le point du romanoù le cercle s’achève

Le duel final — la place dans le roman
Le cercle et l’épée ordonnent la place du passage dans le roman.

On est à la toute dernière page. Lancelot, délivré de sa tour par la fille du roi Bademagu, est revenu à la cour d'Arthur pour le duel promis contre Méléagant. Le combat a lieu sous un grand sycomore, devant le roi, la reine et toute la cour. Quand notre extrait commence, tout est déjà presque joué : Méléagant a perdu la main droite, et il vient de se jeter une dernière fois sur Lancelot. Il ne reste que l'exécution, la joie, et l'adieu de l'auteur.

↑ le fil

Six phrases pour lancer le dernier tour

Le duel final — l introduction en six temps
Le cercle et l’épée mettent en ordre les six temps de l’introduction.

Une introduction présente le texte comme on présente la dernière étape d'un long voyage : six phrases, dans un ordre immuable, et te voilà lancé. Je te les donne ; tu les rediras à ta manière.

Un, l'auteur.

ce que tu dis Chrétien de Troyes est le premier grand romancier français ; il écrit à la fin du XIIᵉ siècle, à la cour de Champagne, et il a confié la fin de ce roman à un continuateur, le clerc Godefroi de Leigni.

Deux, l'œuvre.

ce que tu dis Le Chevalier de la charrette est un roman de chevalerie où Lancelot traverse toutes les épreuves, et toutes les hontes, pour délivrer et aimer la reine Guenièvre.

Trois, l'endroit.

ce que tu dis Le texte est la toute fin du roman : le duel final contre Méléagant, devant toute la cour, puis l'épilogue qui referme le livre.

Quatre, ce que c'est.

ce que tu dis C'est un récit d'action suivi d'un épilogue : le narrateur raconte l'exécution, puis s'adresse au public, se nomme et clôt le roman, en écho au prologue.

Cinq, ta question (la problématique).

ce que tu dis On peut alors se demander comment ce dénouement consacre Lancelot en nouveau modèle de héros, avant de refermer le roman sur son titre : la charrette, honte devenue gloire.

Six, le chemin (l'annonce).

ce que tu dis Le texte se lit en trois moments : d'abord l'exécution du félon, puis le verdict de la joie, enfin l'épilogue de Godefroi qui referme le livre.

Ton introduction tient debout. Entrons maintenant dans le texte : à chaque station du cercle, je te montre le mot, je te donne son nom savant (le procédé), et la phrase à dire.

↑ le fil

Premier arc :l’exécution du félon (vers 7075 à 7089)

Le duel final — premier mouvement
Le cercle et l’épée font apparaître le premier mouvement du passage.

Le combat s'achève en démontage méthodique. Regarde la précision : « de son épée qui taille bien, il lui a fait aux entrailles une entaille dont il ne se remettra pas, avril et mai seront passés avant ». Deux petites propositions en « qui » et en « dont » précisent l'arme et la blessure : ce sont des subordonnées relatives. Et note la façon de dire la gravité : la plaie se compte en saisons, « avril et mai seront passés avant ». Puis le nasal heurté, trois dents brisées : le corps de Méléagant est défait pièce à pièce. Souviens‑toi du Pont de l'épée : le corps de Lancelot y souffrait pour prouver son amour. Ici, c'est l'inverse : le corps du traître est détruit pour le punir.

ce que tu dis Les relatives « qui taille bien » et « dont il ne se remettra pas » détaillent la blessure avec une précision froide : le récit démonte le corps du félon pièce à pièce, envers exact du corps de Lancelot, qui souffrait pour aimer.

Méléagant pourrait encore sauver sa vie : il suffirait de demander grâce. Écoute pourquoi il ne le fait pas : « Et Méléagant a une telle rage qu'il ne peut parler ni dire un mot ; demander merci, il ne le daigne pas, car son cœur fou le lui déconseille, qui le tient trop enfermé et ligoté. » D'abord la construction « une telle rage que… » : une subordonnée de conséquence, la rage est si forte qu'elle le rend muet. Ensuite, la merveille : « son cœur fou le lui déconseille », un cœur qui conseille, qui enferme, qui ligote ; c'est une personnification. Et regarde les mots choisis : « enfermé et ligoté ». L'homme qui a fait emmurer Lancelot dans une tour meurt prisonnier de son propre cœur. Le roman se venge avec une ironie parfaite. Et comme il refuse la grâce, l'exécution devient légitime : Lancelot reste dans son droit.

ce que tu dis La consécutive « une telle rage qu'il ne peut parler ni dire un mot » et la personnification du « cœur fou », qui le tient « enfermé et ligoté », retournent la prison contre l'emmureur : en refusant la merci, Méléagant rend lui‑même l'exécution légitime.

Alors vient la phrase qui scelle le dénouement : « Lancelot s'approche, lui délace le heaume, et lui tranche la tête. » Trois gestes, trois propositions courtes, posées l'une après l'autre, sans un mot de commentaire, sans cri, sans sang : c'est la parataxe. Le rythme est ternaire, calme, presque administratif. Le sens : c'est désormais une sentence qu'on exécute, et le combat est déjà derrière. Et le constat tombe : « il est tombé mort, c'en est fait de lui. » Le mal est retranché, point final.

ce que tu dis La parataxe « Lancelot s'approche, lui délace le heaume, et lui tranche la tête » juxtapose trois gestes sans commentaire : la décapitation a la froideur d'une sentence, et la quête s'achève en acte de justice.

↑ le fil

Deuxième arc :le verdict de la joie (vers 7090 à 7097)

Le duel final — deuxieme mouvement
Le cercle et l’épée rendent visible le deuxième mouvement du passage.

Aussitôt, le narrateur se tourne vers nous : « Mais je vous le dis maintenant : nul de ceux qui étaient là et qui virent la chose n'en éprouva la moindre pitié. » Tu vois le « je vous le dis » ? C'est une intervention du narrateur, qui suspend le récit pour attester en personne. Et la négation est écrasante : « nul… la moindre pitié ». Pourquoi ce soin ? Parce que la pitié est le seul sentiment qui pourrait gâcher la fin : le texte l'éteint d'avance, témoin par témoin. On te dit, à toi lecteur : ne plains pas cet homme.

ce que tu dis L'intervention du narrateur, « je vous le dis maintenant », et la négation renforcée « nul… la moindre pitié » verrouillent le sens du dénouement : le texte suspend la pitié pour que cette mort soit reçue comme juste.

Et à la place de la pitié, la joie : « Le roi et tous ceux qui sont là en mènent et en font grande joie. » Regarde le sujet de la phrase : « Le roi et tous ceux qui sont là », la société entière, roi en tête ; c'est un sujet collectif, et le déterminant « tous » ne laisse personne dehors. Et le verbe est double, « en mènent et en font » : deux verbes pour une seule joie. Sois précis sur ce qu'on fête ici : le texte dit la joie de voir mourir le ravisseur de la reine, il ne parle ni de la charrette ni de l'amour. Maintenant, souviens‑toi du début du roman : quand Lancelot est monté dans la charrette, tout le monde le huait, et les cours lui étaient fermées. Le même homme est aujourd'hui désarmé par des mains amies, « les plus heureux qui furent jamais », et emmené « en grande liesse ». Le rapprochement des deux scènes, c'est toi qui le fais, et il vaut de l'or : le cortège de la honte est devenu cortège de triomphe.

ce que tu dis Le sujet collectif « Le roi et tous ceux qui sont là » et le doublet verbal « en mènent et en font grande joie » rassemblent la cour entière dans la même liesse : elle fête la mort du ravisseur, et cette joie entoure l'homme que la charrette avait exclu, si bien que le renversement des valeurs s'accomplit sous les yeux de tous.

↑ le fil

Dernier arc :le livrese referme (vers 7098 à 7112)

Le duel final — troisieme mouvement
Le cercle et l’épée conduisent jusqu’au troisième mouvement du passage.

Et voici la surprise finale : le récit s'arrête, et une voix s'adresse à l'auditoire : « Seigneurs, si j'en disais davantage, je sortirais de ma matière ; c'est pourquoi je m'apprête à finir. » Ce « Seigneurs » est une apostrophe au public : on entend un conteur devant sa salle. Et arrête‑toi sur le mot « matière ». Tu l'as déjà rencontré, à la toute première page : dans le prologue, Chrétien disait que la comtesse de Champagne lui avait fourni « la matière et le sens ». Le mot du début revient à la fin : l'écrivain se dit tenu par une matière qui ne lui appartient pas, et il s'interdit d'en sortir. Le roman se referme exactement comme il s'était ouvert : par un auteur qui parle de sa commande.

ce que tu dis L'apostrophe « Seigneurs » et la reprise du mot « matière » font de l'épilogue le miroir du prologue : comme Chrétien recevait de la comtesse « la matière et le sens », l'auteur final se dit tenu par sa matière ; le roman se referme sur sa propre fabrication.

Mais qui parle ? « Godefroi de Leigni, le clerc, a mené à son terme la Charrette ; mais que nul ne lui en fasse blâme s'il a travaillé après Chrétien, car il l'a fait avec le plein accord de Chrétien, qui commença le roman. » Oui, tu as bien lu : le roman a deux auteurs. Et le texte dit lui‑même où passe la frontière : « Il a fait sa part depuis le moment où Lancelot fut emmuré, tant qu'a duré le conte. » Retiens cette phrase, elle a des conséquences : la complainte de la tour, notre texte 9, est déjà de la main de Godefroi. Remarque enfin comment il se présente : il parlait de lui à la première personne (« je m'apprête à finir »), et le voilà qui se nomme à la troisième personne, par son nom et son état, comme on signe un travail du dehors. C'est une autodésignation d'atelier : le livre est un chantier, avec une commanditaire, deux ouvriers, et une autorisation en règle. Regarde la chaîne : Godefroi obéit à Chrétien, comme Chrétien obéissait à la comtesse, comme Lancelot obéit à la reine. Le roman de l'amour‑service a été écrit, lui‑même, par service.

ce que tu dis L'autodésignation à la troisième personne, « Godefroi de Leigni, le clerc », qui succède au « je » de l'adresse au public, révèle l'atelier : Godefroi achève le roman « avec le plein accord de Chrétien » et date sa part « depuis le moment où Lancelot fut emmuré » ; la chaîne d'obéissance des auteurs redouble celle de l'amant.

Et la promesse finale : « Il en a fait juste autant : il n'y veut mettre ni plus ni moins, pour ne pas gâter le conte. » La négation coordonnée « ni plus ni moins » est une négation balancée : elle dit la mesure exacte, rien ajouté, rien retranché ; l'œuvre est un dépôt qu'on transmet intact. Puis tombe la dernière ligne du livre : « Ici s'achève le roman de Lancelot de la charrette. » Le livre se referme sur le titre qu'il portait déjà au prologue, et il y ajoute le nom que le héros a conquis en chemin, au vers 3660. Et pèse bien ce nom : la charrette. L'instrument d'infamie, le pilori roulant qui a déshonoré Lancelot à la première étape de sa quête, est resté dans le titre de l'œuvre entière, cette fois accroché à son nom propre. La honte du début est le nom de gloire de la fin.

ce que tu dis La négation balancée « ni plus ni moins », suivie du groupe infinitif de but « pour ne pas gâter le conte », scelle la fidélité à la matière reçue, et l'explicit, « Ici s'achève le roman de Lancelot de la charrette », reprend le titre du prologue en y inscrivant le nom conquis : l'instrument d'infamie reste dans le nom de l'œuvre, désormais attaché à celui de Lancelot.

↑ le fil

Le cercle complet,vu d’en haut

Le duel final — le sens rassemble
Le cercle et l’épée font converger les indices vers la réponse.

Prends de la distance et contemple les trois gestes de cette page. Une exécution, racontée comme une sentence : le mal est retranché, sans pitié requise. Un sacre : la société entière, roi en tête, fête l'homme qu'elle avait humilié. Une signature : le livre se referme sur son propre nom, et ce nom garde la charrette.

La réponse à ta problématique se dessine alors d'elle‑même : ce dénouement consacre un nouveau modèle de héros, dont la grandeur ne se mesure pas à sa force, mais à son amour, à tout ce qu'il a accepté de perdre pour la reine. Et l'épilogue, en répondant au prologue, rappelle que cet amour fut un programme d'écriture : commandé, exécuté, transmis « ni plus ni moins ».

ce que tu dis En conclusion, le dénouement exécute le félon dans la joie unanime et consacre l'amant en héros nouveau ; puis l'épilogue, miroir du prologue, referme le roman sur son titre : la charrette, honte du début, devenue gloire de la fin.

↑ le fil

Quand une boucle se ferme,une autre s’ouvre

Le duel final — l ouverture
Le cercle et l’épée relient le passage à l’œuvre et au parcours.

Une belle explication, après avoir refermé le texte, trace un cercle plus large, vers l'œuvre entière et vers ton parcours. Peaufine ce final : c'est sur lui que le dragon te quittera.

Referme d'abord la boucle de l'œuvre. Si tu as étudié le prologue, tu tiens ici le plus bel écho du programme : au premier vers, Chrétien recevait de la comtesse « la matière et le sens » et se disait son homme « tout entier » ; au dernier, Godefroi rend la matière intacte et s'efface à son tour. Le roman commence et finit par l'obéissance d'un écrivain à plus grand que lui : il aura été, de bout en bout, la démonstration de sa propre thèse.

Trace ensuite le cercle du parcours, « le roman et l'invention de l'amour ». Ce dénouement déplace la source de la valeur : dans l'épopée, le héros valait par sa force ; ici, il vaut par la qualité de son amour. Et le titre scellé par l'explicit annonce une immense postérité : ce Lancelot « de la charrette » deviendra, dans toute la littérature arthurienne puis dans le roman occidental, le modèle de l'amant parfait. L'invention de l'amour, mise au point dans cet atelier champenois, ne cessera plus de nourrir la littérature.

ce que tu dis Pour ouvrir, on peut rapprocher l'épilogue du prologue : la « matière » fournie par la comtesse au premier vers est rendue intacte au dernier, et le roman de l'amour‑obéissance aura été écrit lui‑même par obéissance ; le titre final, en gardant la charrette, consacre le renversement des valeurs et inscrit l'œuvre dans le parcours « le roman et l'invention de l'amour », dont Lancelot devient le modèle pour des siècles.

↑ le fil

Tu as fait le tour, et tu sais le dire

Le duel final — la maitrise
Le cercle et l’épée rassemblent les acquis en une seule vue.

Reviens au premier vers de l'extrait et relis‑le jusqu'à l'explicit. Les trois scènes qui semblaient étrangères se répondent maintenant, et surtout, tu sais nommer ce que fait le texte : des relatives, une consécutive, une personnification, une parataxe, une intervention du narrateur, un sujet collectif, une apostrophe au public, une autodésignation, une négation balancée. C'est très précisément ce vocabulaire que le dragon viendra chercher.

Un ultime repère pour rester serein : à l'oral, tu feras une sélection. Garde les moments les plus forts : la parataxe de l'exécution, le « cœur fou » qui emprisonne l'emmureur, la joie unanime qui sacre l'amant, et l'écho de la « matière » qui referme le livre sur son titre. Le dragon veut une explication claire, dans l'ordre ; le reste est du bonus. Tu y es.

↑ le fil

La grammaire,pour boucler proprement

Trois phrases avant la rive Les trois dernières dalles de la lame avant la rive, numérotées un, deux, trois, et une flèche rouge qui indique la rive. ① ② ③
Trois dalles numérotées : après elles commence la rive de la grammaire.

L’adresse commune

Les sept leçons de grammaire

  1. Le verbe : valeurs temporelles, aspectuelles et modales.
  2. La phrase complexe : juxtaposition, coordination, subordination.
  3. La subordonnée relative : antécédent, syntaxe et fonction.
  4. La circonstancielle : cause, conséquence, but, condition, concession.
  5. L’interrogation : directe, indirecte, syntaxe et pragmatique.
  6. La négation : totale, partielle, exceptive et textuelle.
  7. Le lexique : néologie, synonymie, antonymie et hypéronymie.
  8. En plus, et tout le monde en a besoin L’accord du participe passé

Un dernier tour de piste, qui rapporte deux points et que tout le monde redoute : la question de grammaire. On la redoute parce qu'elle habille de mots savants des choses toutes simples. On va la désarmer ensemble, avec une petite routine, toujours la même, cinq pas, à dérouler les yeux fermés. À l'oral, rien de plus simple : le dragon te montre une phrase du texte, il te pose une question précise, et tu y réponds. On s'entraîne sur trois questions, chacune sur une notion différente.

Le réflexe en cinq pas. Un, simple ou complexe ? compte les verbes conjugués. Deux, qu'est‑ce qu'on te demande de regarder ? Trois, analyse doucement, mot par mot. Quatre, nomme les natures et les fonctions. Cinq, conclus en nommant la notion. Le même geste marche à chaque fois.

Le duel final — grammaire chaude 1
Les liens entre propositions devient un objet manipulable dans l’univers de le cercle et l’épée.

Les liens entre propositions

Le duel final — grammaire chaude 2
La conséquence devient un objet manipulable dans l’univers de le cercle et l’épée.

La conséquence

Le duel final — grammaire chaude 3
Les relatives devient un objet manipulable dans l’univers de le cercle et l’épée.

Les relatives

Première question : les liens entre propositions. Le dragon te montre « Lancelot s'approche, lui délace le heaume, et lui tranche la tête. », et il demande : « Analysez les relations entre les propositions de cette phrase. » Cinq pas : trois verbes conjugués, donc trois propositions, phrase complexe, déclarative ; les deux premières sont séparées par une simple virgule, une juxtaposition ; la troisième est reliée par « et », une coordination ; le sujet « Lancelot », dit une seule fois, vaut pour les trois verbes (une construction paratactique) ; tu conclus en nommant la notion.

Le duel final — guichet 1
Au guichet de « Le duel final », les liens entre propositions est isolé et contrôlé dans un diagramme qui n’appartient qu’à cette page.

ce que tu dis Cette phrase est complexe et déclarative. Elle comporte trois propositions : les deux premières sont juxtaposées, séparées par une virgule, et la troisième est coordonnée par « et ». Le sujet « Lancelot », exprimé une seule fois, est commun aux trois verbes : cette construction paratactique enchaîne les gestes sans exprimer de lien logique.

Deuxième question : la conséquence. Le dragon te montre « Et Méléagant a une telle rage qu'il ne peut parler ni dire un mot ; demander merci, il ne le daigne pas, car son cœur fou le lui déconseille, qui le tient trop enfermé et ligoté. », et il demande : « Analysez la subordonnée "qu'il ne peut parler ni dire un mot" : nature, fonction et construction. » Cinq pas : ce qu'on regarde, c'est le couple « une telle… que » ; « une telle rage » annonce l'intensité, « qu'il ne peut parler ni dire un mot » en donne le résultat : une subordonnée circonstancielle de conséquence, introduite par « que » en corrélation avec « telle », qui est un déterminant indéfini d'intensité devant le nom « rage » ; sa fonction est complément circonstanciel de conséquence de la principale ; tu conclus.

Le duel final — guichet 2
Au guichet de « Le duel final », la conséquence est isolé et contrôlé dans un diagramme qui n’appartient qu’à cette page.

ce que tu dis Cette phrase est complexe et déclarative. La proposition « qu'il ne peut parler ni dire un mot » est une subordonnée circonstancielle de conséquence, introduite par « que » en corrélation avec « telle », déterminant indéfini d'intensité qui détermine le nom « rage » : le système « une telle… que » exprime une intensité et son résultat. Sa fonction est complément circonstanciel de conséquence de la proposition principale « Et Méléagant a une telle rage ». Suivent une coordonnée causale en « car » et une relative, « qui le tient trop enfermé et ligoté », dont l'antécédent est « son cœur fou ».

Troisième question : les relatives. Le dragon te montre « de son épée qui taille bien, il lui a fait aux entrailles une entaille dont il ne se remettra pas, avril et mai seront passés avant ; puis il lui heurte le nasal contre les dents, et lui en brise trois dans la bouche. », et il demande : « Analysez les propositions subordonnées relatives "qui taille bien" et "dont il ne se remettra pas". » Cinq pas : ce sont deux subordonnées relatives ; « qui » reprend « son épée » (son antécédent) et est sujet de « taille » ; « dont » reprend « une entaille » et vient de la construction du verbe (on se remet de quelque chose) ; tu conclus.

Le duel final — guichet 3
Au guichet de « Le duel final », les relatives est isolé et contrôlé dans un diagramme qui n’appartient qu’à cette page.

ce que tu dis Cette phrase est complexe et déclarative. Elle contient deux subordonnées relatives : « qui taille bien », dont l'antécédent est « son épée » et où « qui » est sujet du verbe « taille » ; et « dont il ne se remettra pas », dont l'antécédent est « une entaille » et où « dont » est complément d'objet indirect, parce qu'on se remet de quelque chose. Le choix du pronom relatif dépend de la construction du verbe. Pour le reste, « avril et mai seront passés avant » et « puis il lui heurte le nasal contre les dents » sont juxtaposées, l'adverbe « puis » marquant la succession sans coordonner ; seule « et lui en brise trois dans la bouche » est coordonnée par « et ».

Ce qu'il faut emporter : une phrase, une question posée, une réponse. La même routine boucle n'importe quelle phrase : compter les verbes, repérer la construction, nommer les natures et les fonctions. La grammaire relève du réflexe avant la mémoire, et un réflexe s'attrape vite.

Le duel final — les cinq pas
Les cinq pas gravissent le cercle et l’épée dans l’ordre : repérer, découper, nommer, justifier, conclure.

↑ le fil

Le cercle est clos,tu peux souffler

Chapeau. Tu viens de refermer un roman de huit cents ans exactement comme ses premiers auditeurs : sur son titre. Tu sais désormais raconter comment la honte d'une charrette est devenue un nom de gloire, et pourquoi la dernière page répond à la première. Range tes feuilles et savoure : la boucle du roman est bouclée, la tienne aussi.

À bientôt. Chaque texte expliqué agrandit le cercle, et celui‑ci le referme en beauté.

↑ le fil

Fin de l'explication

Tu peux t'arrêter là. Ou continuer.

Ce que tu viens de lire, c'est le texte expliqué comme on l'explique à voix haute, à côté de toi. Si c'était ton but, c'est fini : tu as compris le texte.

Le dossier

Le même commentaire linéaire, sous l’angle institutionnel et administratif.

Deux feuillets se répondent : raconter clairement avant d’interpréter. Le texte, dit simplement On raconte ce qui se passe, sans jargon.

Idée générale du texte. Dans ce texte, Lancelot achève le traître Méléagant en lui tranchant la tête, toute la cour explose de joie, puis un second auteur, Godefroi de Leigni, prend la parole pour terminer le roman et lui donner son titre.

Situation simple. Le récit se passe à la cour du roi Arthur, devant le roi, la reine et tout le monde rassemblé. C'est le duel final entre Lancelot et Méléagant, l'homme qui avait enlevé la reine et fait emmurer Lancelot. Au début de l'extrait, le combat est presque fini : Méléagant a déjà perdu une main. Le problème est le suivant : comment un roman d'amour peut‑il se terminer par une exécution, et pourquoi tout le monde s'en réjouit‑il ?

Mouvement I. Dans ce mouvement, Lancelot blesse Méléagant aux entrailles, lui brise trois dents, et comme le traître refuse par orgueil de demander grâce, il lui tranche la tête en trois gestes calmes. L'idée importante est que ce n'est plus un combat : c'est une sentence exécutée.

Mouvement II. Dans ce mouvement, le narrateur nous dit que personne, parmi tous les témoins, n'a éprouvé de pitié, et que le roi et toute la cour ont mené grande joie, avant d'emmener Lancelot en triomphe. L'idée importante est que la société entière approuve : celui qu'on avait humilié dans la charrette est maintenant fêté par tous.

Mouvement III. Dans ce mouvement, un nouvel auteur, Godefroi de Leigni, s'adresse aux auditeurs : il dit qu'il a terminé le roman commencé par Chrétien, avec son plein accord, sans rien ajouter ni retrancher. Et la dernière phrase donne le titre du livre : le roman de Lancelot de la charrette. La leçon du passage est que le livre se termine comme il avait commencé, par un écrivain qui parle de son travail.

Phrase finale pour l'élève. Dans ce passage, le roman se dénoue et se referme en même temps : Lancelot exécute le traître dans la joie générale, puis un second auteur clôt le récit et lui donne son titre. Le texte fait comprendre que le héros humilié est devenu le héros fêté, et que la charrette de la honte est devenue le nom même du livre : les valeurs se sont complètement renversées.


La plume ouvre la copie et conduit vers la question. L’introduction rédigée Ce qu’on écrit en tête de copie, mot pour mot.

Étape 1 : présentation de l'auteur. Chrétien de Troyes est le premier grand romancier français. Actif dans la seconde moitié du XIIᵉ siècle, à la cour de Champagne, il a fixé les formes du roman courtois et mis au cœur de ses récits la question de l'amour. Fait unique dans son œuvre, il a confié l'achèvement de ce roman à un continuateur, le clerc Godefroi de Leigni.

Étape 2 : présentation de l'œuvre. Écrit vers 1177 à la demande de la comtesse Marie de Champagne, Le Chevalier de la charrette raconte l'enlèvement de la reine Guenièvre et la quête du chevalier Lancelot, qui accepte toutes les épreuves et toutes les hontes pour la délivrer et l'aimer. Le roman, œuvre courtoise, invente un amour qui soumet l'honneur chevaleresque à la volonté d'une femme.

Étape 3 : situation de l'extrait. Le passage est la toute fin du roman. Délivré de la tour par la fille de Bademagu, Lancelot est revenu à la cour d'Arthur affronter Méléagant dans le duel promis. Le combat, mené sous un sycomore devant le roi et la reine, touche à sa fin : Méléagant a déjà perdu la main droite. L'extrait donne l'exécution, la joie de la cour, puis l'épilogue du continuateur.

Étape 4 : caractérisation du passage. Le passage juxtapose deux régimes d'écriture : un récit d'action, mené au présent de narration et au passé, où le narrateur intervient pour attester (« je vous le dis ») ; puis un épilogue métatextuel, où un second auteur s'adresse au public (« Seigneurs ») et parle du roman lui‑même. Cette bascule du récit au discours sur le récit fait de l'extrait le miroir exact du prologue.

Étape 5 : problématique. Il convient de se demander comment ce dénouement, qui exécute le félon dans la joie unanime, consacre l'amant en nouveau modèle de héros, avant qu'un épilogue en miroir du prologue ne referme le roman sur son titre : la charrette, honte devenue gloire.

Étape 6 : annonce des mouvements. Le premier mouvement analysera l'exécution : comment le récit transforme‑t‑il un duel en sentence, jusqu'à la décapitation en trois gestes ? Le deuxième mouvement étudiera le verdict collectif : que signifient cette pitié refusée et cette joie unanime ? Le troisième mouvement suivra l'épilogue de Godefroi : comment le roman se referme‑t‑il sur lui‑même, en écho au prologue, et que scelle son dernier mot ?


Le duel final se construit mouvement après mouvement. L’explication linéaire L’analyse complète, mouvement par mouvement.

Découpage du texte

Premier mouvement : l'exécution du félon. De « de son épée qui taille bien » à « il est tombé mort, c'en est fait de lui ».

Deuxième mouvement : le verdict de la joie. De « Mais je vous le dis maintenant » à « et on l'a emmené en grande liesse ».

Troisième mouvement : l'épilogue de Godefroi, ou le roman qui se referme. De « Seigneurs, si j'en disais davantage » à « Ici s'achève le roman de Lancelot de la charrette ».


I. L'exécution du félon

Dans le premier mouvement, le récit conduit le duel à son terme avec une précision presque clinique : la blessure aux entrailles, les dents brisées, la rage muette du vaincu, et l'exécution en trois gestes. Le récit prend soin de tout justifier : Méléagant refuse lui‑même la merci qui l'aurait sauvé. La violence du dénouement est ainsi encadrée, légitimée, et racontée sans un mot de pathos.

I.a. Le corps du félon défait pièce à pièce

Le combat s'achève en démontage méthodique : le récit énumère les atteintes portées au corps de Méléagant.

Citation : « de son épée qui taille bien, il lui a fait aux entrailles une entaille dont il ne se remettra pas, avril et mai seront passés avant »

Procédé principal : deux subordonnées relatives (« qui taille bien », « dont il ne se remettra pas »). Procédé secondaire : litote temporelle (« avril et mai seront passés avant »).

Analyse. Deux relatives encadrent la blessure : la première, « qui taille bien », prête à l'épée une compétence propre, presque un caractère ; la seconde, « dont il ne se remettra pas », scelle l'issue dès la plaie ouverte. La mesure du temps par les mois à venir, « avril et mai seront passés avant », dit la gravité par un détour : la blessure se compte en saisons. Suivent le nasal heurté et les trois dents brisées : le corps est défait pièce à pièce.

Effet sur le lecteur. Le lecteur perçoit une violence froide, comptable, sans emportement.

Interprétation. Le récit démonte le félon comme une machine : la précision anatomique le déshumanise à mesure. Le roman inverse ici son grand motif : le corps de Lancelot souffrait pour aimer, du lit périlleux au Pont de l'épée ; le corps de Méléagant est détruit pour punir. La chair, langage de l'amour, devient langage de la justice.

Phrase de liaison. Que reste‑t‑il alors au vaincu, sinon la parole pour demander grâce ?

I.b. Le cœur fou, dernière prison

Le vaincu pourrait demander merci et sauver sa vie : son propre cœur le lui interdit.

Citation : « Et Méléagant a une telle rage qu'il ne peut parler ni dire un mot ; demander merci, il ne le daigne pas, car son cœur fou le lui déconseille, qui le tient trop enfermé et ligoté. »

Procédé principal : subordonnée consécutive (« une telle rage qu'il ne peut parler »). Procédé secondaire : personnification du « cœur fou ».

Analyse. La corrélation « une telle… que » fait de la rage une cause mécanique : elle produit le mutisme. Le refus de la merci est ensuite motivé par une personnification : le « cœur fou » conseille, emprisonne et ligote son propre homme. Le vocabulaire de la captivité, « enfermé et ligoté », retourne contre Méléagant son arme favorite : l'emmureur de Lancelot meurt prisonnier de son propre cœur.

Effet sur le lecteur. Le lecteur comprend que l'issue fatale est choisie par le vaincu lui‑même : la pitié n'a plus d'objet.

Interprétation. L'ironie de composition est féroce : celui qui a emprisonné l'amant est montré prisonnier de l'intérieur. Le refus de demander merci rend l'exécution légitime selon le code : Lancelot reste dans son droit en achevant un adversaire qui refuse la grâce. Le duel judiciaire peut s'accomplir jusqu'au bout : le droit et le récit sont d'accord.

Phrase de liaison. Comment le récit raconte‑t‑il alors le geste final, celui qui met un terme à la quête ?

★ I.c. Trois gestes, une sentence

L'exécution tient en une phrase nue, sans un mot de commentaire.

Citation : « Lancelot s'approche, lui délace le heaume, et lui tranche la tête. Celui‑ci ne le trompera plus jamais : il est tombé mort, c'en est fait de lui. »

Procédé principal : parataxe : trois propositions brèves juxtaposées puis coordonnées. Procédé secondaire : rythme ternaire de la phrase d'exécution.

Analyse. Trois gestes se suivent au présent de narration : s'approcher, délacer, trancher. Le rythme ternaire donne à la phrase la cadence d'un protocole ; le narrateur n'ajoute ni cri, ni sang, ni plainte. Le constat qui suit enchaîne trois formules brèves, du futur (« ne le trompera plus jamais ») au bilan (« c'en est fait de lui ») : la mort est enregistrée, non pleurée.

Effet sur le lecteur. Le lecteur reçoit la décapitation avec une froideur voulue : le texte lui interdit l'émotion.

Interprétation. La parataxe donne à l'exécution une froideur de sentence : le combat a cédé la place à l'application d'un verdict. Le mal est retranché comme on exécute une décision de justice ; la quête amoureuse s'achève en acte juridique. Le geste passe par le heaume délacé : la mort est donnée à visage découvert, dans les formes.

Transition vers le mouvement II. L'exécution accomplie, restait à savoir comment le monde la recevrait : un meurtre à déplorer, ou une justice à fêter ? Le deuxième mouvement donne le verdict de la cour, et il est unanime.


II. Le verdict de la joie

Dans le deuxième mouvement, le récit se tourne vers les témoins. Le narrateur intervient d'abord en personne pour attester qu'aucune pitié n'a été éprouvée ; puis la joie éclate, collective, roi en tête, et Lancelot est désarmé et emmené en triomphe. Ce court mouvement est décisif pour le sens du roman : la cour fête la mort du ravisseur, et sa liesse entoure celui‑là même qu'elle avait humilié.

II.a. La pitié suspendue

Avant de dire la joie, le narrateur écarte solennellement le sentiment qui pourrait la gâter.

Citation : « Mais je vous le dis maintenant : nul de ceux qui étaient là et qui virent la chose n'en éprouva la moindre pitié. »

Procédé principal : intervention du narrateur à la première personne (« je vous le dis »). Procédé secondaire : négation renforcée (« nul… la moindre »).

Analyse. Le narrateur suspend le récit pour attester en son nom : « je vous le dis maintenant ». La négation totale, « nul… la moindre pitié », vide l'assistance entière de toute compassion, et la relative « qui virent la chose » convoque des témoins oculaires : la phrase a la forme d'un procès‑verbal.

Effet sur le lecteur. Le lecteur est prévenu : s'il s'apprêtait à plaindre le vaincu, le texte l'en dissuade expressément.

Interprétation. La pitié, vertu du héros ailleurs dans le roman, est ici collectivement suspendue : le texte prend soin d'éteindre le seul sentiment qui pourrait contester l'exécution. Le narrateur verrouille l'interprétation : cette mort est juste, et le lecteur est sommé d'en convenir avec tous les témoins.

Phrase de liaison. Une fois la pitié écartée, quel sentiment la cour peut‑elle encore éprouver ?

★ II.b. La joie unanime

À la place de la pitié, la joie : elle emporte le roi et la cour entière.

Citation : « Le roi et tous ceux qui sont là en mènent et en font grande joie. »

Procédé principal : sujet collectif (« Le roi et tous ceux qui sont là »). Procédé secondaire : doublet verbal (« en mènent et en font »).

Analyse. Le sujet embrasse la société entière, roi en tête, et le déterminant « tous » n'y laisse personne dehors : « Le roi et tous ceux qui sont là ». Le doublet verbal « en mènent et en font » redouble l'expression de la joie, comme si un seul verbe n'y suffisait pas. La phrase suit immédiatement la mort : le texte ne ménage aucun temps de deuil entre la décapitation et la fête.

Effet sur le lecteur. Le lecteur est emporté par une liesse qui ne laisse aucune place au doute.

Interprétation. Ce que la cour fête, le texte le dit exactement : la mort du ravisseur de la reine, et la fin d'une menace publique. Cette joie enveloppe pourtant celui que la charrette avait exclu de toutes les cours, et le rapprochement des deux scènes revient au lecteur : le tribunal du monde, qui condamnait le héros au début du roman, applaudit à la fin. Le renversement des valeurs, programme secret du récit, s'accomplit ainsi sous les yeux de tous.

Phrase de liaison. Comment cette consécration se traduit‑elle en gestes, autour du corps même du héros ?

II.c. Le triomphe en cortège

La fête s'organise autour de Lancelot : on le désarme et on l'emmène.

Citation : « On désarme alors Lancelot, ceux‑là mêmes qui en furent les plus heureux qui furent jamais, et on l'a emmené en grande liesse. »

Procédé principal : superlatif relatif (« les plus heureux qui furent jamais »).

Analyse. Le désarmement rituel marque la fin du combat, donc de la quête : les mains de la cour ôtent à Lancelot ses armes comme on dépose un fardeau. Le superlatif relatif, appuyé sur la relative « qui furent jamais », étend le bonheur au‑delà de toute mesure, et « en grande liesse » fait du retour un cortège.

Effet sur le lecteur. Le lecteur voit le héros porté par la foule, image finale du triomphe.

Interprétation. Le cortège joyeux inverse terme à terme la promenade d'infamie de la charrette : le même homme, exposé aux regards de tous, passe des huées à la liesse. La boucle du roman se ferme sur cette image : la société qui l'avait dégradé le porte en triomphe.

Transition vers le mouvement III. Le récit pourrait s'arrêter là, sur cette joie. Mais le roman se doit une dernière scène : celle où l'écrivain reprend la parole, comme au premier vers. Le troisième mouvement fait entendre l'épilogue, et il répond au prologue mot pour mot.


III. L'épilogue de Godefroi, ou le roman qui se referme

Dans le troisième mouvement, le récit cède la place au discours sur le récit : un auteur s'adresse au public, se nomme, se justifie et clôt le livre. Or cet auteur est un autre : Godefroi de Leigni, le continuateur, qui achève le roman « avec le plein accord de Chrétien ». L'épilogue rejoue ainsi, en miroir, toutes les questions du prologue : la matière reçue, le partage des rôles, l'effacement de l'écrivain, et le titre de l'œuvre.

★ III.a. « Ma matière » : l'écho du prologue

L'épilogue s'ouvre par une adresse au public et une raison de finir : la matière est épuisée.

Citation : « Seigneurs, si j'en disais davantage, je sortirais de ma matière ; c'est pourquoi je m'apprête à finir : ici le roman s'achève tout à fait. »

Procédé principal : apostrophe au public (« Seigneurs »). Procédé secondaire : reprise du terme technique « matière ».

Analyse. L'apostrophe « Seigneurs » fait surgir la voix d'un conteur devant son auditoire : le récit redevient une parole adressée. Le système hypothétique, « si j'en disais davantage, je sortirais », présente la fin comme une obligation de méthode et non comme un caprice. Surtout, le mot « matière » est le terme exact du prologue, où la comtesse fournissait « la matière et le sens » : l'écrivain se dit tenu par un donné qui ne lui appartient pas.

Effet sur le lecteur. Le lecteur entend la voix du seuil : celle qui avait ouvert le livre le referme dans les mêmes termes.

Interprétation. La boucle métatextuelle se referme : le roman finit comme il avait commencé, par un écrivain qui parle de son travail et s'interdit d'excéder la matière reçue. L'œuvre s'est présentée de bout en bout comme une commande exécutée : le dernier geste de l'auteur est encore un geste d'obéissance.

Phrase de liaison. Qui est donc ce « je » qui prend congé, et de quel droit achève‑t‑il le roman d'un autre ?

III.b. Godefroi, second ouvrier de l'atelier

L'épilogue révèle son auteur : un continuateur, qui se nomme, produit son autorisation et borne exactement sa part.

Citation : « Godefroi de Leigni, le clerc, a mené à son terme la Charrette ; mais que nul ne lui en fasse blâme s'il a travaillé après Chrétien, car il l'a fait avec le plein accord de Chrétien, qui commença le roman. Il a fait sa part depuis le moment où Lancelot fut emmuré, tant qu'a duré le conte. »

Procédé principal : autodésignation à la troisième personne (« Godefroi de Leigni, le clerc »). Procédé secondaire : subjonctif injonctif (« que nul ne lui en fasse blâme »).

Analyse. Le « je » qui vient de s'adresser au public (« je m'apprête à finir ») cède la place à la troisième personne : l'auteur se désigne du dehors, par son nom et son état, « Godefroi de Leigni, le clerc ». Le subjonctif injonctif « que nul ne lui en fasse blâme » anticipe l'objection du public, et la cause qui suit produit la pièce justificative : « le plein accord de Chrétien ». Le vocabulaire est celui du travail : « a travaillé », « a mené à son terme », « a fait sa part ». La dernière phrase borne cette part avec une précision de contrat : « depuis le moment où Lancelot fut emmuré, tant qu'a duré le conte ». La subordonnée de temps date la reprise, et la corrélation « tant… que » en mesure l'étendue.

Effet sur le lecteur. Le lecteur découvre, au moment de refermer le livre, qu'il a changé d'auteur sans s'en apercevoir.

Interprétation. Le roman s'avoue fabrication d'atelier : une commanditaire, deux ouvriers, un contrat. La chaîne d'obéissance du prologue s'allonge d'un maillon : Godefroi obéit à Chrétien comme Chrétien à la comtesse, comme Lancelot à la reine. L'œuvre qui a inventé l'amour‑service est elle‑même, jusqu'à sa dernière ligne, un service rendu. La date donnée par l'épilogue vaut aussi comme clef de lecture : puisque la reprise commence à l'emmurement, la complainte de la tour, étudiée au texte 9, appartient déjà à la plume du continuateur.

Phrase de liaison. Sur quelle promesse ce second ouvrier clôt‑il alors le chantier ?

★ III.c. « Ni plus ni moins » : le titre scellé

L'épilogue s'achève sur un serment de mesure, puis sur la formule qui donne au livre son nom.

Citation : « Il en a fait juste autant : il n'y veut mettre ni plus ni moins, pour ne pas gâter le conte. »

Procédé principal : négation balancée (« ni plus ni moins »). Procédé secondaire : groupe infinitif de but à la forme négative (« pour ne pas gâter le conte »).

Analyse. La négation coordonnée « ni plus ni moins » encadre la juste mesure : rien à ajouter, rien à retrancher. Le groupe infinitif de but, « pour ne pas gâter le conte », fait du respect de la matière la loi du continuateur : l'œuvre est un dépôt qu'on transmet intact. Vient alors la formule finale, « Ici s'achève le roman de Lancelot de la charrette ». L'explicit reprend le titre annoncé au prologue, avec un déplacement décisif : le « Chevalier de la charrette », anonyme au seuil, s'appelle au dernier mot « Lancelot de la charrette ». Le nom conquis au v. 3660 est scellé avec la honte qui l'accompagne.

Effet sur le lecteur. Le lecteur referme le livre sur son nom, comme on scelle un acte.

Interprétation. Le dernier mot du roman est l'instrument de la honte : la charrette, pilori roulant du début, est le mot que le titre garde du seuil à la clôture, et le héros anonyme y a gagné son nom. Le titre scelle le renversement que la joie de la cour venait d'accomplir : ce que le monde méprisait est ce que la littérature retient. Le roman signe ainsi son propre paradoxe, et le donne à porter à son héros pour les siècles.

Phrase de liaison vers la conclusion. Que referme donc exactement cette dernière page : un duel, un roman, ou un système de valeurs ?


La clé ferme le parcours et ouvre la lecture de l’œuvre. La conclusion rédigée Le bilan et l’ouverture.

1. Récapitulation des mouvements. Ce dénouement referme le roman à tous les niveaux à la fois. Le premier mouvement achève l'intrigue : le félon, défait pièce à pièce, prisonnier de son « cœur fou », meurt en trois gestes d'une froideur de sentence. Le deuxième mouvement rend le verdict social : pitié suspendue, joie unanime, triomphe en cortège ; la cour entière fête la mort du ravisseur, et sa liesse entoure l'homme qu'elle avait humilié. Le troisième mouvement clôt le livre lui‑même : Godefroi de Leigni, second ouvrier de l'atelier, prend congé dans les termes exacts du prologue, date sa part du roman à l'emmurement de Lancelot, et reprend le titre annoncé au seuil.

2. Réponse à la problématique. Ainsi, l'exécution dans la joie consacre un nouveau modèle de héros : Lancelot ne vaut pas d'abord par sa force, qui fut toujours la sienne, mais par l'amour qui l'a conduit de la charrette à ce triomphe.

3. Dépassement réflexif. Et l'épilogue en miroir du prologue rappelle une dernière fois que cet amour fut un programme d'écriture : le roman s'achève sur son propre nom, la charrette, honte devenue gloire.

4. Ouverture dans l’œuvre et le parcours. L'écho du prologue est ici la clef du parcours : au premier vers, la comtesse fournissait « la matière et le sens », et l'auteur s'engageait en homme appartenant « tout entier » à sa dame ; au dernier, Godefroi rend la matière intacte et s'efface à son tour. Le roman de l'amour‑obéissance aura été, de bout en bout, écrit par obéissance. Quant au titre scellé par l'explicit, il annonce la fortune du personnage : ce Lancelot « de la charrette », consacré par la joie de la cour, deviendra dans la littérature arthurienne le modèle de l'amant parfait, celui dont l'amour, précisément, fera un jour tomber le royaume : l'invention de l'amour ne cessera plus de travailler le roman.


Le mémo rassemble les repères à garder pour l’oral. Le mémo de l’oral Ce qu’on dit vraiment en dix minutes.

Ce qu'on dit vraiment, en parole continue : situer (30 s) · lire (90 s) · problématique · les mouvements en geste à quatre temps (citer → nommer → analyser → interpréter) · conclure. Il reprend tous les ★, pioche parmi les .

Auteur : Chrétien de Troyes, premier grand romancier français (XIIᵉ s.), cour de Champagne ; roman achevé par Godefroi de Leigni. Œuvre : Le Chevalier de la charrette (v. 1177), roman courtois de la quête de Lancelot pour délivrer et aimer la reine Guenièvre. Extrait : le duel final et l'épilogue (v. 7075‑7112 et explicit). Objet d'étude : le roman et le récit du Moyen Âge au XXIᵉ siècle. Parcours : le roman et l'invention de l'amour. Situation : toute fin du roman ; délivré de la tour, Lancelot affronte Méléagant devant la cour ; le félon a déjà perdu la main droite.

Problématique : comment ce dénouement, qui exécute le félon dans la joie unanime, consacre‑t‑il l'amant en nouveau modèle de héros, avant qu'un épilogue en miroir du prologue ne referme le roman sur son titre, la charrette, honte devenue gloire ?

Plan :

  • I. L'exécution du félon (v. 7075‑7089).
  • II. Le verdict de la joie (v. 7090‑7097).
  • III. L'épilogue de Godefroi, ou le roman qui se referme (v. 7098‑7112 et explicit).

Citations, procédés et interprétations essentiels :

  • « de son épée qui taille bien, il lui a fait aux entrailles une entaille dont il ne se remettra pas, avril et mai seront passés avant » → deux subordonnées relatives + litote temporelle → le félon démonté pièce à pièce ; le corps, langage de la justice.
  • « une telle rage qu'il ne peut parler ni dire un mot » → consécutive + personnification du « cœur fou » → l'emmureur prisonnier de l'intérieur ; la merci refusée légitime l'exécution.
  • ★ « Lancelot s'approche, lui délace le heaume, et lui tranche la tête. » → parataxe, rythme ternaire → une froideur de sentence : le verdict s'exécute.
  • « nul de ceux qui étaient là… n'en éprouva la moindre pitié » → intervention du narrateur + négation renforcée → la pitié collectivement suspendue.
  • ★ « Le roi et tous ceux qui sont là en mènent et en font grande joie. » → sujet collectif + doublet verbal → la cour fête la mort du ravisseur, et sa liesse entoure l'homme que la charrette avait exclu.
  • ★ « Seigneurs, si j'en disais davantage, je sortirais de ma matière » → apostrophe au public + reprise de « matière » → l'épilogue répond au prologue : l'œuvre est une commande exécutée.
  • « Godefroi de Leigni, le clerc, a mené à son terme la Charrette […] Il a fait sa part depuis le moment où Lancelot fut emmuré » → autodésignation à la 3ᵉ personne + datation de la reprise → l'atelier : Godefroi obéit à Chrétien comme Chrétien à la comtesse, et le texte 9 relève déjà de sa plume.
  • ★ « il n'y veut mettre ni plus ni moins, pour ne pas gâter le conte » → négation balancée + infinitif de but → la juste mesure ; l'explicit reprend le titre du prologue, augmenté du nom conquis : « Lancelot de la charrette ».

Conclusion synthétique : l'exécution dans la joie consacre l'amant en héros nouveau, et l'épilogue referme le roman sur son propre nom : la charrette.

Ouverture : du « la comtesse fournit la matière et le sens » du prologue au « ma matière » de l'épilogue, le roman de l'obéissance amoureuse fut écrit par obéissance ; le titre annonce la fortune littéraire de Lancelot, modèle de l'amant parfait.


La table ordonne les procédés, leurs preuves et leurs effets. Le tableau des procédés Tout ce qui se révise en un coup d’œil.
Procédé désigné Analyse dans le texte Effet sur le lecteur Interprétation
Deux subordonnées relatives (« qui taille bien », « dont il ne se remettra pas ») L'arme et la blessure précisées par subordonnées Violence froide, comptable Le félon démonté pièce à pièce
Litote temporelle (« avril et mai seront passés avant ») La gravité dite par la durée des saisons Gravité mesurée sans pathos La plaie se compte en saisons : issue scellée
Subordonnée consécutive (« une telle rage que ») La rage produit mécaniquement le mutisme Le vaincu privé de parole La fureur, cause de sa propre perte
Personnification (« son cœur fou le lui déconseille ») Le cœur conseille, emprisonne, ligote Ironie perçue du retournement L'emmureur meurt prisonnier de l'intérieur
Parataxe (« s'approche, délace, tranche ») Trois gestes juxtaposés sans commentaire Froideur voulue, émotion interdite L'exécution comme sentence de justice
Rythme ternaire de l'exécution La phrase avance à la cadence du geste Cérémonial d'un protocole La mort donnée dans les formes, à visage découvert
Intervention du narrateur (« je vous le dis maintenant ») Le récit suspendu pour une attestation Le lecteur pris à témoin Le narrateur verrouille le sens : mort juste
Négation renforcée (« nul… la moindre pitié ») L'assistance vidée de toute compassion Interdiction de plaindre La pitié collectivement suspendue
Sujet collectif (« Le roi et tous ceux qui sont là ») Le déterminant « tous » rassemble la société entière dans la joie Liesse unanime, sans dissonance La cour fête la mort du ravisseur, et sa joie entoure l'exclu de la charrette
Doublet verbal (« en mènent et en font ») La joie dite par deux verbes redondants Débordement perçu Deux verbes sont nécessaires à la mesure de la fête
Superlatif relatif (« les plus heureux qui furent jamais ») Le bonheur étendu au‑delà de toute mesure par la relative « qui furent jamais » Triomphe absolu Le cortège inverse la promenade d'infamie
Apostrophe au public (« Seigneurs ») Le conteur s'adresse à son auditoire Retour de la voix du seuil Le récit redevient discours sur le récit
Reprise de « matière » Le terme technique du prologue reparaît Écho de composition entendu L'œuvre, commande exécutée de bout en bout
Autodésignation à la 3ᵉ personne (« Godefroi de Leigni, le clerc ») Le « je » de l'adresse au public cède la place à la troisième personne Surprise : un autre auteur Le roman, fabrication d'atelier
Datation de la reprise (« depuis le moment où Lancelot fut emmuré ») Une subordonnée de temps borne la part du continuateur Le partage du travail devient vérifiable La complainte de la tour relève déjà de la plume de Godefroi
Subjonctif injonctif (« que nul ne lui en fasse blâme ») L'objection anticipée et écartée Justification en règle L'autorisation de Chrétien, pièce du contrat
Négation balancée (« ni plus ni moins ») La juste mesure encadrée par deux termes négatifs coordonnés Serment de fidélité perçu La matière est un dépôt transmis intact
Groupe infinitif de but (« pour ne pas gâter le conte ») La mesure motivée par le respect du conte Scrupule d'artisan Le respect de la matière, loi du continuateur
Formule d'explicit (« Ici s'achève le roman… ») Le titre du prologue revient, augmenté du nom du héros Clôture solennelle Le « Chevalier de la charrette » du seuil s'appelle au dernier mot « Lancelot de la charrette »

Synthèse énonciative et rhétorique

Procédé désigné Analyse dans le texte Effet sur le lecteur Interprétation
Deux régimes d'écriture (récit puis épilogue) L'action cède la place au discours sur l'œuvre Bascule sentie du monde au livre L'extrait est le miroir du prologue
Narrateur attestant (« je vous le dis ») La première personne garantit le récit Confiance et contrainte de lecture Le sens du dénouement est verrouillé
Écho prologue⁠/⁠épilogue (« matière ») Les termes du seuil reviennent à la clôture Sentiment d'une œuvre bouclée La commande ouvre et ferme le roman
Chaîne d'obéissance des auteurs Godefroi obéit à Chrétien, Chrétien à la comtesse Composition en abyme L'amour‑service, loi de l'œuvre et de sa fabrication

Hiérarchie claire pour la révision

Procédés essentiels à retenir

  • Parataxe de l'exécution (« s'approche, délace, tranche ») · mouvement I.
  • Consécutive + personnification (« cœur fou ») · mouvement I.
  • Sujet collectif + doublet verbal (« grande joie ») · mouvement II. Le déterminant « tous » porte la totalité.
  • Apostrophe « Seigneurs » + reprise de « matière » · mouvement III.
  • Négation balancée (« ni plus ni moins ») + explicit · mouvement III.

Idées essentielles à retenir

  • Le corps de Méléagant est détruit pour punir : envers du corps de Lancelot, qui souffrait pour aimer.
  • Le refus de la merci, dicté par le « cœur fou », rend l'exécution légitime.
  • La parataxe fait de la décapitation une sentence, non un combat.
  • La joie unanime salue la mort du ravisseur, et elle entoure l'homme que la charrette avait humilié.
  • L'épilogue répond au prologue : « matière » reçue, auteur qui s'efface, atelier d'écriture.
  • L'épilogue date la reprise à l'emmurement : la complainte du texte 9 est de la main de Godefroi.
  • L'explicit reprend le titre du prologue et y ajoute le nom : « Lancelot de la charrette ».

La porte vérifie que les neuf sous-parties sont toutes couvertes. Le tableau de couverture Vérifier qu’on n’a rien laissé de côté.

Vérifie que le mémo dit tous les ★ et couvre les trois mouvements. S'il est vert, l'oral est sûr.

Mouvement Procédé ★ (incontournable) Dans le mémo ?
I parataxe (« s'approche, délace, tranche ») : l'exécution comme sentence oui
II sujet collectif + doublet (« grande joie ») : la liesse unanime oui
III apostrophe + « matière » : l'épilogue en miroir du prologue oui
III négation balancée + explicit : le titre du prologue repris et scellé, honte devenue gloire oui

Les trois mouvements sont couverts, les quatre ★ figurent dans le mémo : couverture complète.


Le registre du dragon consigne les fautes qui coûtent des points. Les erreurs rédhibitoires Ce qui coûte des points, et pourquoi.

Section A · erreurs de fond

Erreur à ne pas commettre Pourquoi c'est une erreur Formulation correcte à retenir
Lire l'exécution comme un accès de cruauté de Lancelot Le texte la légitime : merci refusée, pitié suspendue L'exécution est une sentence, encadrée par le code du duel
Plaindre Méléagant Le narrateur atteste que nul n'en éprouva de pitié Le texte interdit la compassion pour verrouiller le sens
Négliger le « cœur fou » La personnification explique le refus de la merci L'emmureur de Lancelot meurt prisonnier de son propre cœur
Confondre la joie avec un simple soulagement La joie est un rite social, roi en tête La cour fête la mort du ravisseur, et sa liesse entoure l'ancien exclu
Oublier l'inversion avec la charrette Le cortège en liesse répond à la promenade d'infamie Le même homme passe des huées au triomphe
Croire que Chrétien écrit l'épilogue Godefroi de Leigni se nomme et se justifie Un continuateur achève le roman avec l'accord de Chrétien
Manquer l'écho de « matière » C'est le terme exact du prologue L'épilogue répond au prologue : l'œuvre est une commande exécutée
Négliger la dernière phrase L'explicit reprend le titre du prologue et y inscrit le nom du héros Le « Chevalier de la charrette » du v. 24 devient « Lancelot de la charrette »
Oublier le parcours Le dénouement consacre un héros mesuré à son amour La valeur ne vient plus de la force, mais de la qualité de l'amour

Section B · erreurs de méthode à l'oral

Erreur de méthode Correction attendue
Raconter le duel au lieu de l'analyser Partir d'une citation, nommer un procédé, analyser, interpréter
Traiter l'épilogue comme un appendice Montrer qu'il répond au prologue et referme l'œuvre
Oublier d'annoncer chaque mouvement Ouvrir chaque partie par une phrase d'orientation
Sauter les transitions Relier les sous‑parties par des questions
Confondre effet et interprétation L'effet est ce que le lecteur perçoit ; l'interprétation, le sens produit
Oublier de revenir à la problématique Rappeler que tout mène au renversement : honte devenue gloire
Négliger l'énonciation Distinguer récit, intervention du narrateur et épilogue adressé
Réciter les étiquettes de la matrice Transformer la préparation en discours fluide

Section C · formulations à proscrire

Maladroit Correct
« Lancelot tue méchamment Méléagant » « La parataxe donne à l'exécution une froideur de sentence : le verdict s'applique »
« Tout le monde est content qu'il soit mort » « La joie unanime, roi en tête, fonctionne comme un sacre de l'amant »
« Un autre auteur finit le livre à sa place » « Godefroi achève le roman avec le plein accord de Chrétien : l'œuvre est un atelier »
« La fin rappelle le début » « L'épilogue répond au prologue : la matière reçue y est rendue intacte »
« Le titre est bizarre » « L'explicit scelle le paradoxe : l'instrument d'infamie est devenu le nom de l'œuvre »

Section D · erreurs d'identification des procédés

Erreur à ne pas commettre Pourquoi c'est une erreur Correction attendue
« violence » comme procédé C'est un contenu, non une forme Nommer la parataxe et les relatives qui la construisent
« le narrateur donne son avis » sans forme L'intervention a des marques précises Nommer la première personne attestante « je vous le dis »
« exagération » pour « les plus heureux qui furent jamais » Le terme exact existe Nommer le superlatif relatif, appuyé sur la relative « qui furent jamais »
« répétition » pour « en mènent et en font » La reprise verbale a un nom Nommer le doublet verbal, amplification de la joie
« mise en abyme » sans support L'écho doit s'appuyer sur des mots précis Citer la reprise de « matière » et l'autodésignation à la 3ᵉ personne

Trois cases mettent la phrase à l’épreuve de la grammaire. L’analyse grammaticale Les trois questions au format de l’épreuve.

Phrase 1

Phrase étudiée : « Lancelot s'approche, lui délace le heaume, et lui tranche la tête. »

Question de grammaire : Analyser les relations entre les propositions de cette phrase.

Leçon de grammaire : ② les relations au sein de la phrase complexe.

Nature de la phrase. Phrase complexe, déclarative, affirmative, composée de trois propositions reliées par juxtaposition puis par coordination.

Analyse grammaticale. La phrase comporte trois verbes conjugués au présent de l'indicatif, « s'approche », « délace » et « tranche », donc trois propositions. Le sujet « Lancelot » n'est exprimé qu'une fois, en tête de phrase, et vaut pour les trois verbes. Les deux premières propositions, « Lancelot s'approche » et « lui délace le heaume », sont juxtaposées : une simple virgule les sépare. La troisième, « et lui tranche la tête », est coordonnée à la deuxième par la conjonction de coordination « et ». Dans les deux dernières propositions, le pronom personnel « lui » est complément d'objet indirect à valeur de possession (il équivaut à « le heaume de Méléagant », « la tête de Méléagant ») ; « le heaume » et « la tête » sont compléments d'objet directs. Cette architecture minimale, sans aucune subordination, est une parataxe : les trois gestes se suivent sans qu'aucun lien logique soit exprimé.

Justification du rattachement à la leçon. Cette phrase relève de la leçon ②, parce que l'analyse porte sur les liens entre propositions : juxtaposition, puis coordination, et sur l'effet de sens de cette construction paratactique.

Phrase 2

Phrase étudiée : « Et Méléagant a une telle rage qu'il ne peut parler ni dire un mot ; demander merci, il ne le daigne pas, car son cœur fou le lui déconseille, qui le tient trop enfermé et ligoté. »

Question de grammaire : Analyser la subordonnée « qu'il ne peut parler ni dire un mot » : nature, fonction et construction.

Leçon de grammaire : ④ subordonnées conjonctives circonstancielles (la conséquence).

Nature de la phrase. Phrase complexe, déclarative, comportant deux ensembles juxtaposés : le premier contient une principale et une subordonnée consécutive ; le second, une principale, une coordonnée de valeur causale et une relative.

Analyse grammaticale. Dans le premier ensemble, la proposition principale est « Et Méléagant a une telle rage » : sujet « Méléagant », verbe « a » (indicatif présent), complément d'objet direct « une telle rage ». La proposition « qu'il ne peut parler ni dire un mot » est une subordonnée conjonctive circonstancielle de conséquence, introduite par « que » en corrélation avec « telle », déterminant indéfini d'intensité qui détermine le nom « rage » dans la principale : le système corrélatif « une telle… que » exprime l'intensité de la cause et la conséquence qui en découle. Sa fonction est complément circonstanciel de conséquence de la principale. Dans cette subordonnée, la négation « ne… ni » coordonne deux infinitifs compléments du verbe « peut » : « parler » et « dire un mot ». Après le point‑virgule, « demander merci, il ne le daigne pas » place en tête l'infinitif complément, repris par le pronom « le » ; « car son cœur fou le lui déconseille » est une proposition coordonnée de valeur causale, et « qui le tient trop enfermé et ligoté » est une subordonnée relative dont l'antécédent est « son cœur fou ».

Justification du rattachement à la leçon. Cette phrase relève de la leçon ④, parce que l'analyse porte principalement sur la subordonnée circonstancielle de conséquence et sur le système corrélatif « une telle… que » qui l'introduit.

Phrase 3

Phrase étudiée : « de son épée qui taille bien, il lui a fait aux entrailles une entaille dont il ne se remettra pas, avril et mai seront passés avant ; puis il lui heurte le nasal contre les dents, et lui en brise trois dans la bouche. »

Question de grammaire : Analyser les propositions subordonnées relatives « qui taille bien » et « dont il ne se remettra pas ».

Leçon de grammaire : ③ les propositions subordonnées relatives.

Nature de la phrase. Phrase complexe, déclarative, affirmative, comportant deux subordonnées relatives, deux propositions juxtaposées et une proposition coordonnée.

Analyse grammaticale. La première relative, « qui taille bien », est introduite par le pronom relatif « qui », dont l'antécédent est le groupe nominal « son épée » ; « qui » occupe la fonction de sujet du verbe « taille ». Cette relative est adjective : elle caractérise l'épée, comme le ferait un adjectif. La seconde relative, « dont il ne se remettra pas », est introduite par le pronom relatif « dont », dont l'antécédent est « une entaille » ; « dont » occupe la fonction de complément d'objet indirect du verbe pronominal « se remettra » (on se remet de quelque chose : le pronom « dont » reprend ce complément en « de »). Le choix du relatif dépend donc de la construction du verbe : « qui » pour la fonction sujet, « dont » pour un complément introduit par « de ». La proposition « avril et mai seront passés avant » est juxtaposée, séparée par une virgule ; « puis il lui heurte le nasal contre les dents » est elle aussi juxtaposée, après le point‑virgule, et l'adverbe « puis » y marque la succession sans coordonner ; seule « et lui en brise trois dans la bouche » est coordonnée, par la conjonction « et ».

Justification du rattachement à la leçon. Cette phrase relève de la leçon ③, parce que l'analyse porte sur deux relatives, leurs antécédents et la fonction de chaque pronom relatif, « qui » sujet et « dont » complément d'objet indirect.

Leçon à retenir

Le réflexe, applicable à toute phrase. (1) nature de la phrase : simple ou complexe, déclarative, interrogative, exclamative ou injonctive, affirmative ou négative ; (2) nombre de verbes conjugués, donc de propositions ; (3) type de liens : juxtaposition, coordination, subordination ; (4) notion en jeu, parmi les sept leçons ① à ⑦ ; (5) natures et fonctions des groupes clés, puis rattachement à la notion.

Notions travaillées dans ce texte. ② juxtaposition et coordination dans la parataxe de l'exécution (phrase 1) ; ④ subordonnée de conséquence et corrélation « une telle… que » (phrase 2) ; ③ relatives, antécédents et fonctions des pronoms « qui » et « dont » (phrase 3). Trois questions, données une fois en registre chaleureux (dans l'explication) et une fois ici, en registre glacial.

À l'oral. Réponse tenue en deux minutes selon la structure de l'article XLVII de la charte : nature de la phrase, construction visée, analyse, conclusion. Format actuel : monologue noté sur 2 points ; format 2028 : échange avec l'examinateur. Le réflexe est identique dans les deux cas, et il s'applique à une phrase non préparée.

↑ Revenir en haut du dossier

Ce que fixe le Bulletin officiel pour l’explication

1. Ce que le texte officiel dit

Le texte officiel demande une « explication linéaire » du passage retenu.

« La question porte uniquement sur le texte. »

Épreuves anticipées obligatoires et épreuve orale de contrôle de français à compter de la session 2021, Bulletin officiel spécial n° 6 du 31 juillet 2020, note de service du 23 juillet 2020, NOR : MENE2019312N. Lire le texte officiel complet. Vérifié le 2026-08-15.

2. Ce qu’il ne dit pas

Le mot « récitation » ne figure pas dans le texte entier de cette note de service.

3. Ce que cette page ajoute, et pourquoi

La page transforme ces exigences en étapes de préparation. Cette organisation est un accompagnement pédagogique, non une grille ajoutée au Bulletin officiel.