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Le texte officiel demande une « explication linéaire » du passage retenu.
« La question porte uniquement sur le texte. »
Épreuves anticipées obligatoires et épreuve orale de contrôle de français à compter de la session 2021, Bulletin officiel spécial n° 6 du 31 juillet 2020, note de service du 23 juillet 2020, NOR : MENE2019312N. Lire le texte officiel complet. Vérifié le 2026-08-15.
Le mot « récitation » ne figure pas dans le texte entier de cette note de service.
La page transforme ces exigences en étapes de préparation. Cette organisation est un accompagnement pédagogique, non une grille ajoutée au Bulletin officiel.
Accueil › Français › Chrétien de Troyes › Texte 2
L’ESSENTIEL · PREMIÈRE · BAC DE FRANÇAIS
Comment la promessepeut‑elle livrerla reine au ravisseur ?
Chrétien de Troyes, Le Chevalier de la charrette (vers 1177) — v. 160‑196
Parcours : « le roman et l'invention de l'amour »
L'essentiel
L’explication linéaire, puis le dossier de l’épreuve
D'abord l'explication à voix haute, en 13 volets : on lit, on comprend, on peut s'arrêter là. Ensuite, si tu veux la copie et l'oral, le dossier en 9 volets. Le sommaire les tient tous, à droite.
Le texte
TEXTE original · plus ancien manuscrit conservé du roman, celui qu'un copiste nommé Guiot a écrit vers 1230 et que garde la Bibliothèque nationale de France sous le numéro « français 794 », vers 160 à 196
Dans la salle d’Arthur, une parole donnée se referme comme un piège autour du roi. Le don exigé fait basculer la fête vers l’enlèvement de la reine et lance toute la quête.
Installe‑toi sans te presser, ce soir, chez toi. Nous allons démonter ensemble ce deuxième texte pièce par pièce : suivre l'histoire, mettre un nom sur les procédés, préparer ce que tu en diras à l'oral. Prends ton temps ; je ne bouge pas d'ici avant la fin.
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Un texte qui grince ?C’est bon signe
Pose les yeux sur la page une minute. Du vieux français, des tournures qui accrochent, des noms inconnus. Rassure‑toi tout de suite : le problème ne vient pas de toi. Ce texte a plus de huit cents ans, et personne ne l'attrape du premier coup, moi pas davantage à ma première lecture. Nous allons le démonter comme un mécanisme, rouage après rouage, et tu verras qu'en dessous tourne une scène simple et forte.
Avant d'aller plus loin, un rappel : ce texte, tu le présenteras un jour à l'oral, et le dragon attendra son tour. Cette soirée n'est pas pour lui. Ce soir, on comprend, et on met des noms sur ce qu'on voit. Le jour venu, tu n'auras rien à réciter, car une explication n'est pas une récitation : tu diras avec tes mots ce que tu auras compris.
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L’histoireen trois questions
Commence par trois questions d'enfant, sans rien chercher de compliqué.
Qui est là ? Trois personnages : le roi Arthur, la reine son épouse, et Keu, le sénéchal, c'est‑à‑dire l'intendant du palais. Ils parlent chacun à leur tour.
Que se passe‑t‑il ? Le roi a promis à Keu de lui donner ce qu'il voudrait, sans savoir quoi. Et Keu réclame une chose énorme : emmener la reine avec lui.
Qu'est‑ce que Chrétien veut te faire comprendre ? Regarde la fin : le roi souffre, mais il livre quand même la reine. Le roi, celui qui devrait la protéger, l'abandonne. Le ressort central du texte, tu viens de le trouver toi‑même.
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Le moment de l’histoireoù tout s’enclenche
On est au tout début du roman. Un chevalier étranger est venu défier la cour et retient des prisonniers. Le sénéchal Keu, vexé, veut quitter la cour ; il n'accepte de rester qu'à une condition, que le roi lui accorde ce qu'il demandera. La reine obtient son retour, et notre passage s'ouvre au moment où elle vient, devant toute la cour, faire ratifier cette condition par le roi. Keu réclame alors son dû : la reine. Et de cet abandon va naître tout le roman, car la reine, une fois partie, sera enlevée, et c'est Lancelot qui partira la sauver. Garde en tête cette idée : ici, tout commence par une faute du roi.
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Six phrases pour lancer la machine
Introduire, c'est simplement présenter le texte, comme on présente quelqu'un qu'on connaît bien. Six phrases dans le bon ordre, rien de plus. Les voici ; tu les reformuleras à ta façon.
Un, l'auteur.
ce que tu dis Chrétien de Troyes est le premier grand romancier français ; il écrit à la fin du XIIᵉ siècle, à la cour de Champagne.
Deux, l'œuvre.
ce que tu dis Ce passage appartient au Chevalier de la charrette, un roman de chevalerie où Lancelot traverse toutes les épreuves pour délivrer et aimer la reine Guenièvre.
Trois, l'endroit.
ce que tu dis On est au tout début : un chevalier a défié la cour, et le roi a promis à son sénéchal un don sans en connaître le contenu.
Quatre, ce que c'est.
ce que tu dis C'est une scène de cour, où le roi, la reine et Keu parlent tour à tour, avant que le roi ne livre la reine.
Cinq, ta question (la problématique).
ce que tu dis On peut alors se demander comment cette scène montre la faillite d'un roi qui livre la reine qu'il devrait protéger.
Six, le chemin (l'annonce).
ce que tu dis Le texte se lit en trois moments : d'abord le piège qui se referme, puis la demande de Keu qui réclame la reine, enfin le roi qui cède et l'abandonne.
Ton introduction tient debout, et la marche la plus haute est franchie. Entrons maintenant dans l'engrenage du texte : à chaque cran, je te montre le mot, je te donne son nom savant (le procédé), puis la phrase à dire.
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Premier cran :la promesse à l’aveugle (vers 160 à 170)
La reine ramène Keu au roi, mais elle pose d'abord une condition : « je vous le remets sous cet engagement, que vous ferez ce qu'il dira ». Écoute bien : elle promet au nom du roi d'exécuter la demande de Keu, mais on ne sait pas encore laquelle. Ce petit mot « ce qu'il dira » laisse un trou, un blanc. Deux formes le creusent : la subordonnée complétive « que vous ferez ce qu'il dira », qui développe le mot « engagement », et la relative à antécédent indéfini « ce qu'il dira », dont le « ce » ne désigne rien de précis. Ce que ces formes installent porte un nom, non pas de figure mais de motif de récit : le don contraignant, la promesse qu'on donne avant d'en connaître le contenu. L'effet, c'est qu'on sent le piège se tendre. Le sens : le roi va s'engager sans savoir à quoi.
ce que tu dis Par la complétive « que vous ferez ce qu'il dira » et sa relative indéfinie, la reine lie le roi à une promesse au contenu laissé en blanc : c'est le motif du don contraignant, on s'engage avant de savoir à quoi.
Et voici le roi qui tombe dedans : « Le roi en soupira de joie et dit que son commandement, il l'exécutera, quoi qu'il demande. » Regarde deux choses. D'abord, il est joyeux, juste avant son malheur : toi, tu sais qu'un chevalier attend dans la forêt, lui ne le sait pas encore. Quand le lecteur en sait plus que le personnage, on appelle ça une ironie de situation. Ensuite, « quoi qu'il demande » : il accepte tout, sans réserve. L'effet : on a envie de lui dire « attends, ne promets pas ça ! ». Le sens : le roi se réjouit de ce qui va le perdre. Et retiens le mot « commandement » : c'est déjà le mot du prologue, et ce sera bientôt le « commandement d'Amour » de Lancelot.
ce que tu dis Par une ironie de situation, le roi « soupire de joie » avant son malheur, et il accepte « quoi qu'il demande » : il s'engage à l'aveugle, joyeux de ce qui le perdra.
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Deuxième cran :Keu abat son jeu (vers 171 à 179)
Maintenant, Keu démasque sa demande. Et il prend son temps, exprès.
D'abord, il fait durer : « sachez donc ce que je veux, et quel est le don que vous m'avez garanti… ». Tu vois ? Il annonce qu'il va le dire, mais il retarde le moment de nommer la chose. Ce retardement porte un nom : la rétention de l'information, l'art d'annoncer une chose et d'en différer le nom. L'effet : on retient son souffle. Le sens : Keu savoure sa prise, il tient le roi et il en profite.
ce que tu dis Keu retarde sa demande, « quel est le don que vous m'avez garanti » : par cette rétention de l'information, il savoure le piège qu'il a tendu.
Puis il lâche le mot : « la reine, que voici, vous me l'avez accordée à emmener ». Le petit mot « que voici » montre la reine du doigt, là, présente devant tout le monde. En analyse, un mot qui montre comme ça s'appelle un présentatif. Et regarde le verbe : « accordée à emmener », comme on cède un objet, comme on remet un paquet. L'effet : c'est choquant. Le sens : la reine est traitée comme une chose, plus comme une personne qu'on protège.
ce que tu dis Par le présentatif « la reine, que voici », Keu la montre du doigt et, avec le verbe « accordée à emmener », la ravale au rang d'un objet qu'on remet.
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Troisième cran :le roi prisà sa propre parole (vers 180 à 196)
Nous touchons au centre du mécanisme, là où toutes les pièces engagées jusqu'ici se mettent à peser.
Le roi souffre, et pourtant il obéit : « Le roi en souffre, mais il l'en investit, car jamais il ne s'est dédit de rien. » Deux faits s'opposent dans la même phrase : il souffre et il cède. C'est le petit mot « mais » qui porte l'opposition : une coordination adversative, qui met face à face ce que le roi éprouve et ce qu'il fait. Et la raison, donnée par « car », c'est qu'il ne revient jamais sur sa parole. L'effet : on voit un roi agir contre son propre cœur. Le sens, et c'est le plus important : sa plus grande qualité, tenir sa parole, devient ici sa faute. Il livre la reine parce qu'il est fidèle à sa promesse.
ce que tu dis La coordination adversative « il souffre, mais il l'en investit » et la cause « car jamais il ne s'est dédit » montrent que la fidélité du roi à sa parole devient le ressort de sa faute.
Et son visage le trahit : « il le fit dans la colère et la douleur, si bien que cela parut sur son visage ». Le roi cache, mais son visage parle. Ce « si bien que » relie une cause et sa conséquence : c'est une subordonnée consécutive. L'effet : on lit son impuissance sur ses traits. Le sens : le maître de la cour subit sa propre parole, il ne commande plus rien.
ce que tu dis La subordonnée consécutive « si bien que cela parut sur son visage » fait monter la colère du roi jusqu'à ses traits : il subit ce qu'il ne peut empêcher.
Toute la cour proteste : « par toute la maison on dit qu'orgueil, outrage et déraison », c'était la demande de Keu. Trois mots à la file, jetés d'un bloc contre Keu : c'est une accumulation ternaire. Garde‑toi de l'appeler gradation, ce serait affirmer que chaque mot est plus fort que le précédent, et rien ici ne le prouve. Et c'est « toute la maison » qui le dit : tout le monde en même temps. L'effet : on entend gronder la salle entière. Le sens : tous condamnent, et le roi, seul à pouvoir arrêter cela, est obligé de l'accorder.
ce que tu dis L'accumulation « orgueil, outrage et déraison », dite par « toute la maison », montre une cour entière qui condamne, tandis que le roi, impuissant, doit céder.
Et voici la phrase la plus importante du texte. Le roi prend la reine par la main et dit : « Dame, sans qu'il y ait à discuter, il vous faut partir avec Keu. » Écoute bien : il ne dit pas « je te livre », il dit « il faut ». Ce « il » ne désigne personne, c'est ce qu'on appelle une tournure impersonnelle. L'effet : le roi se cache derrière une obligation, comme si ça ne venait pas de lui. Le sens, et c'est terrible : au moment de livrer la reine, le roi efface sa propre responsabilité. Il transforme son choix en fatalité. C'est le sommet de sa faillite.
ce que tu dis Par la tournure impersonnelle « il vous faut partir », le roi présente l'abandon de la reine comme une nécessité sans auteur : il masque sa responsabilité au moment même où il devrait protéger.
Le texte se ferme d'un coup sec : « Le roi la lui confie, et lui l'emmène. » Deux gestes, collés l'un à l'autre, reliés par un simple « et ». Aucune subordonnée, aucun commentaire, rien qui hiérarchise : quand les faits s'enchaînent ainsi, on parle de parataxe. L'effet : c'est fini, c'est irréversible. Le sens : la reine est partie, le roi n'a rien retenu, et la promesse de Keu de la ramener « saine et sauve » sonne faux, car on la sait perdue.
ce que tu dis La parataxe finale « le roi la lui confie, et lui l'emmène » dit l'irréversible en une phrase sèche : la reine est livrée, sans retour.
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La réponseà ta question de départ
Prends du recul et regarde l'engrenage entier. D'un bout à l'autre, une seule mécanique : le roi livre la reine. Il s'engage à l'aveugle, Keu réclame la reine comme un objet, la cour proteste, et le roi cède parce qu'il tient sa parole, en cachant sa faute derrière un « il faut ».
Tu peux maintenant répondre à la problématique : cette scène montre la faillite d'un roi qui manque à son premier devoir, protéger la reine, et un monde arthurien qui ne protège plus. Le roi, ici, obéit à sa parole ; cette obéissance même le fait prisonnier.
ce que tu dis En conclusion, cette scène met en scène un roi que sa fidélité à sa parole conduit à livrer la reine : le monde arthurien défaille dès le seuil du roman.
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Pour finir en grand :l’élargissement
Une explication réussie élargit le regard au‑delà de sa réponse, vers l'œuvre entière et vers ton parcours. C'est sur cette note que le dragon te quittera, alors soigne‑la.
Côté œuvre, d'abord. Ce que le roi manque ici, un autre le réparera. Parce que le roi n'a pas su garder la reine, elle sera enlevée, et Lancelot partira la délivrer. Le mot « commandement », que le roi promet d'exécuter, reviendra au cœur du roman quand Lancelot obéira au « commandement d'Amour » et montera dans la charrette de la honte. Là où le roi livre, l'amant reprendra.
Côté parcours, ensuite : « le roman et l'invention de l'amour ». Si cette scène est si importante, c'est qu'elle explique pourquoi l'amour de Lancelot devient nécessaire : c'est le vide laissé par le roi qui appelle le héros. Chrétien invente là un monde où le roi ne suffit plus, et où c'est l'amour, non le pouvoir, qui sauve la reine.
ce que tu dis Pour ouvrir, on peut remarquer que la faute du roi appelle le héros : parce que le roi livre la reine, Lancelot devra la reprendre, en obéissant au « commandement d'Amour » ; la scène inscrit ainsi l'œuvre dans le parcours « le roman et l'invention de l'amour », où c'est l'amour, et non plus le roi, qui protège.
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Regarde tout ce que tu sais désormais
Remonte au premier vers et relis l'ensemble. Ces phrases qui grinçaient tout à l'heure tournent maintenant sans effort, et surtout tu sais nommer ce que fait Chrétien : le motif du don contraignant, une complétive et sa relative indéfinie, une ironie de situation, une rétention de l'information, un présentatif, une coordination adversative, une accumulation ternaire, une tournure impersonnelle, une parataxe. C'est précisément le vocabulaire que le dragon espère entendre. En une soirée, une page fermée est devenue une page que tu expliques.
Encore une chose, pour ta tranquillité : nous avons tout démonté ce soir, afin que rien ne t'échappe. À l'oral, tu n'auras pas à tout remonter : garde les pièces maîtresses, le don à l'aveugle, la reine réclamée comme un objet, le roi lié par sa parole, le « il faut » qui masque sa faute. Le dragon ne demande pas l'inventaire complet ; il demande une explication nette, menée dans l'ordre. Tu l'as en main.
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La grammaire :trois phrases et un réflexe
L’adresse commune
Les sept leçons de grammaire
Reste la question de grammaire : deux points à prendre, et une réputation d'épouvantail. Sa seule difficulté, ce sont des mots savants posés sur des choses simples. Traduisons‑les ensemble : tu verras qu'il s'agit d'une routine réglée comme un mouvement d'horlogerie, cinq pas, toujours les mêmes. Nous allons la faire tourner sur trois phrases du texte.
Le réflexe en cinq pas. Un, simple ou complexe ? compte les verbes conjugués. Deux, qu'est‑ce qu'on te demande de regarder ? Trois, analyse doucement, mot par mot. Quatre, nomme les natures et les fonctions. Cinq, conclus en nommant la notion. Le même geste marche à chaque fois.
La tournure impersonnelle
La relative
La coordination
Première question : la tournure impersonnelle. Le dragon te montre la phrase « il vous faut partir avec Keu. », et il demande : « Analysez la construction impersonnelle de cette phrase. » Déroule les cinq pas : un seul verbe conjugué (« faut »), donc une phrase simple et déclarative ; ce qu'on regarde, c'est ce « il faut » : le verbe « faut » vient de « falloir », et son sujet « il » ne désigne personne, ni le roi ni Keu, c'est un sujet vide, qu'on appelle sujet impersonnel ou apparent ; ce qu'il faut vraiment, c'est « partir avec Keu », et cet infinitif est le vrai sujet, le sujet réel ; « vous », enfin, désigne la personne à qui l'obligation s'impose. Tu conclus en nommant la notion : la tournure impersonnelle.
ce que tu dis Cette phrase est simple et déclarative. Le verbe « faut », du verbe « falloir », est construit de façon impersonnelle : son sujet « il » est un sujet apparent qui ne désigne personne, tandis que le sujet réel est l'infinitif « partir avec Keu ». Le pronom « vous » indique à qui s'impose l'obligation. On dira donc qu'il s'agit d'une tournure impersonnelle du verbe « falloir ».
Deuxième question : la relative. Autre phrase, autre notion. Le dragon te montre « je vous le remets sous cet engagement, que vous ferez ce qu'il dira. », et il demande : « Analysez le groupe "ce qu'il dira". » Cinq pas : trois verbes conjugués (« remets », « ferez », « dira »), donc une phrase complexe et déclarative ; ce qu'on regarde, c'est le petit groupe « ce qu'il dira » : le mot « qu' » est un pronom relatif, il reprend le pronom « ce », qui est son antécédent, et il introduit la subordonnée relative « qu'il dira », où il occupe la fonction de complément d'objet direct du verbe « dira » ; l'ensemble « ce qu'il dira » complète à son tour le verbe « ferez ». Et remarque la merveille : ce « ce » ne désigne rien de précis, la demande reste en blanc ; la grammaire dit exactement la même chose que l'histoire. Tu conclus en nommant la relative.
ce que tu dis Cette phrase est complexe et déclarative. Le groupe « ce qu'il dira » contient une proposition subordonnée relative, « qu'il dira », introduite par le pronom relatif « que », dont l'antécédent est le pronom démonstratif « ce ». Dans la relative, ce pronom occupe la fonction de complément d'objet direct du verbe « dira ». L'ensemble « ce qu'il dira » est complément d'objet direct de « ferez » : le contenu de la promesse est désigné sans être nommé.
Troisième question : la coordination. Dernière notion. Le dragon te montre « Le roi en souffre, mais il l'en investit, car jamais il ne s'est dédit de rien. », et il demande : « Analysez l'organisation et les liens des propositions de cette phrase. » Cinq pas : trois verbes conjugués (« souffre », « investit », « s'est dédit »), donc une phrase complexe ; ce qu'on regarde, ce sont les liens entre les trois propositions : aucune n'est subordonnée à l'autre, elles sont reliées par des conjonctions de coordination, « mais » et « car » ; le « mais » marque l'opposition (il souffre, et pourtant il cède), le « car » donne la cause (il cède parce qu'il ne se dédit jamais) ; toute la tragédie du roi tient dans ces deux petits mots de liaison. Tu conclus en nommant la coordination.
ce que tu dis Cette phrase est complexe et formée de trois propositions coordonnées. La deuxième, « mais il l'en investit », est reliée à la première par la conjonction de coordination « mais », qui marque l'opposition ; la troisième, « car jamais il ne s'est dédit de rien », est introduite par « car », qui exprime la cause. La coordination oppose ce que le roi éprouve et ce qu'il fait, puis en donne la raison : sa parole.
Tu as vu le geste : une phrase, une question posée, une réponse. Trois notions différentes (la tournure impersonnelle, la relative, la coordination), mais la même routine à chaque fois. Devant une phrase jamais vue et une question inattendue, les cinq pas s'enclenchent de la même façon : le réflexe se transfère à n'importe quel texte. La grammaire tient moins de la mémoire que du réflexe, et un réflexe se monte vite.
↑ le fil
Range tes feuilles,c’est gagné
Beau travail. L'engrenage qui te semblait opaque, tu l'as ouvert pièce à pièce, et tu sais désormais ce qu'il broie : la parole d'un roi, et la reine qu'elle livre. Tu sais aussi pourquoi cette faute met tout le roman en mouvement. Range tes feuilles, respire, et sois fier de toi.
À bientôt pour la suite. J'ai eu plaisir à démonter celle‑là avec toi.
↑ le fil
Fin de l'explication
Tu peux t'arrêter là. Ou continuer.
Ce que tu viens de lire, c'est le texte expliqué comme on l'explique à voix haute, à côté de toi. Si c'était ton but, c'est fini : tu as compris le texte.
Le dossier
Le même commentaire linéaire, sous l’angle institutionnel et administratif.
Deux feuillets se répondent : raconter clairement avant d’interpréter. Le texte, dit simplement On raconte ce qui se passe, sans jargon. Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Idée générale du texte. Dans ce texte, Chrétien de Troyes raconte comment le roi Arthur, prisonnier d'une promesse faite à l'aveugle, se trouve obligé de livrer la reine à son sénéchal, pour montrer que le monde du roi ne protège plus celle qu'il devrait défendre.
Situation simple. Un chevalier inconnu est venu défier la cour. Le sénéchal Keu menace de partir ; il n'accepte de rester qu'à une condition, que le roi lui accorde ce qu'il demandera. La reine obtient son retour et vient, devant la cour, faire ratifier cette condition par le roi, qui s'engage sans savoir à quoi. Keu réclame alors une chose énorme : conduire lui‑même la reine auprès du chevalier, dans la forêt. Le problème est le suivant : le roi tient toujours sa parole, mais cette parole l'oblige ici à se séparer de la reine.
Mouvement I. Dans ce mouvement, la reine ramène Keu au roi et lui fait promettre d'exécuter ce que le sénéchal demandera. Le roi accepte avec joie, avant même de savoir ce qu'on va lui réclamer. L'idée importante est que le roi s'engage sans rien connaître de la demande : il tombe dans un piège qu'il a tendu lui‑même.
Mouvement II. Dans ce mouvement, Keu révèle enfin son exigence : il veut emmener la reine. Le lecteur comprend que le sénéchal savoure sa demande et présente la reine comme un objet qu'on lui a accordé. L'idée importante est que la reine, désignée du doigt devant tous, est traitée comme une chose que l'on remet.
Mouvement III. Dans ce mouvement, le roi souffre mais cède, parce qu'il ne revient jamais sur sa parole. Toute la cour juge la demande scandaleuse ; le roi prend la reine par la main et la remet à Keu en disant qu'il « faut » qu'elle parte. La leçon du passage est que le roi, en tenant sa parole, manque à son devoir le plus grave : protéger la reine.
Phrase finale pour l'élève. Dans ce passage, Chrétien de Troyes raconte comment un roi lié par sa promesse livre la reine, pour montrer que le monde arthurien ne protège plus. Il oppose la fidélité du roi à sa parole au devoir de protéger la reine. Le texte fait comprendre que, dès le début du roman, le monde du roi est en faute : c'est ce manque que le héros, Lancelot, viendra plus tard réparer par son amour.
La plume ouvre la copie et conduit vers la question. L’introduction rédigée Ce qu’on écrit en tête de copie, mot pour mot. Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Étape 1 : présentation de l'auteur. Chrétien de Troyes est le premier grand romancier français. Actif dans la seconde moitié du XIIᵉ siècle, à la cour de Champagne, il a fixé les formes du roman courtois et mis au cœur de ses récits la question de l'amour.
Étape 2 : présentation de l'œuvre. Écrit vers 1177 à la demande de la comtesse Marie de Champagne, Le Chevalier de la charrette raconte l'enlèvement de la reine Guenièvre et la quête du chevalier Lancelot, qui accepte toutes les épreuves et toutes les hontes pour la délivrer et l'aimer. Le roman invente un amour qui soumet l'honneur chevaleresque à la volonté d'une femme.
Étape 3 : situation de l'extrait. Le passage se place au tout début du roman. Un chevalier étranger a défié la cour d'Arthur et retient des captifs. Le sénéchal Keu, vexé, veut quitter la cour ; il n'accepte d'y demeurer qu'à la condition que le roi lui accorde ce qu'il demandera. La reine obtient son retour et fait ratifier cette condition par le roi au seuil même de l'extrait. Keu réclame alors de conduire la reine auprès du chevalier. L'extrait est le moment où le roi, pris à son propre don, remet la reine à Keu ; de cet abandon naîtra l'enlèvement qui lance toute la quête.
Étape 4 : caractérisation du passage. La scène est une scène de cour dialoguée, menée au discours direct : la reine, le roi et Keu parlent tour à tour, et le récit court d'une réplique à l'autre. Le narrateur intervient toutefois pour rapporter le sentiment du roi et le jugement de la cour entière, dans une brève focalisation collective. Le ressort du passage est le motif du don contraignant, cette promesse accordée avant qu'on en connaisse le contenu, source d'une ironie de situation que le texte exploite pas à pas.
Étape 5 : problématique. Il convient de se demander comment cette scène de cour, en déroulant le mécanisme du don contraignant, met en scène la faillite d'un roi qui livre la reine qu'il devrait protéger, et donne à voir un monde arthurien qui ne remplit plus son office.
Étape 6 : annonce des mouvements. Le premier mouvement montrera comment le piège se referme sur le roi : de quelle manière s'engage‑t‑il avant de connaître la demande ? Le deuxième mouvement étudiera la révélation du don : par quels moyens Keu réclame‑t‑il la reine et la réduit‑il à un objet ? Le troisième mouvement analysera la faillite du roi : en quoi la fidélité à sa parole devient‑elle le contraire de la protection due à la reine ?
Le don arraché se construit mouvement après mouvement. L’explication linéaire L’analyse complète, mouvement par mouvement. Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Découpage du texte
Premier mouvement : le piège se referme, le don accordé à l'aveugle. De « Venez maintenant, nous lui dirons » à « quoi qu'il demande ».
Deuxième mouvement : le don démasqué, Keu réclame la reine. De « Sire, dit‑il, sachez donc maintenant » à « qui nous attend dans la forêt ».
Troisième mouvement : la faillite du roi, la reine livrée. De « Le roi en souffre » à « Le roi la lui confie, et lui l'emmène ».
I. Le piège se referme : le don accordé à l'aveugle
Dans le premier mouvement, la reine ramène Keu devant le roi et scelle l'engagement royal. La scène est rapide, tout entière tournée vers l'accord que le roi va donner. Ce mouvement installe le mécanisme du don contraignant : le roi promet d'exécuter une demande dont il ignore encore le contenu, et sa joie même prépare sa perte.
★ I.a. La reine rend Keu sous condition : le pacte
La reine ne rend le sénéchal qu'en échange d'un engagement, qu'elle formule aussitôt.
Citation : « je vous le remets sous cet engagement, que vous ferez ce qu'il dira »
Procédé principal : proposition subordonnée complétive développant « cet engagement » (« que vous ferez… »). Procédé secondaire : relative à antécédent indéfini (« ce qu'il dira »).
Analyse. La reine attache sa restitution de Keu à une condition, marquée par le groupe « sous cet engagement » que développe la subordonnée « que vous ferez ce qu'il dira ». Le contenu de la promesse reste vide : la relative « ce qu'il dira » ne désigne aucune demande précise ; l'objet de l'engagement est laissé en blanc.
Effet sur le lecteur. Le lecteur pressent qu'un accord donné sur un contenu inconnu peut se retourner.
Interprétation. La reine met en place, sans le voir, le piège du passage : c'est le motif du don contraignant, où l'on s'engage avant de savoir à quoi. En laissant le contenu de la promesse indéterminé, le texte prépare le renversement, car ce blanc va se remplir de la demande la plus grave.
Phrase de liaison. Comment le roi reçoit‑il cette promesse dont il ignore encore l'objet ?
I.b. La joie trompeuse du roi
Le roi accepte avec un empressement joyeux, alors même qu'il ne sait rien de ce qu'on va lui réclamer.
Citation : « Le roi en soupira de joie et dit que son commandement, il l'exécutera, quoi qu'il demande »
Procédé principal : subordonnée concessive à valeur indéfinie (« quoi qu'il demande »). Procédé secondaire : connotation du mot « commandement ».
Analyse. Le roi « soupire de joie » au seuil même de son malheur : le sentiment affiché est à l'exact opposé de ce que la suite réserve. La concessive indéfinie « quoi qu'il demande » étend l'accord à toute demande possible, sans réserve ni condition : le roi se lie par avance à l'inconnu. Le terme « commandement », que le roi s'engage à exécuter, reprend le mot même du prologue.
Effet sur le lecteur. Le lecteur, averti qu'un chevalier attend dans la forêt, mesure l'ironie de cette joie : il en sait plus que le roi.
Interprétation. La joie du roi est le ressort de l'ironie de situation : il se réjouit de ce qui le perdra. En acceptant « quoi qu'il demande », il abandonne toute maîtrise de l'accord ; et le mot « commandement », déjà central au prologue où l'auteur obéissait à sa dame, prend ici un sens amer, puisqu'il enchaîne le roi à une parole qui va contre lui.
Phrase de liaison. Jusqu’où porte l’engagement que la joie du roi vient de rendre imprudent ?
I.c. « Quoi qu’il demande » : une promesse sans limite
La fin de la réplique retire au roi toute possibilité de choisir lorsque la demande sera connue.
Citation : « son commandement, il l’exécutera, quoi qu’il demande »
Procédé principal : subordonnée concessive à valeur indéfinie (« quoi qu’il demande »). Procédé secondaire : reprise du nom « commandement ».
Analyse. La formule « quoi qu’il demande » étend l’accord à toutes les demandes possibles. Le roi ne promet pas seulement d’écouter Keu : il promet d’obéir avant de connaître l’ordre.
Effet sur le lecteur. Le lecteur voit le piège se fermer au moment précis où le roi croit retrouver la paix.
Interprétation. Le mot « commandement », déjà central dans le prologue, prend ici une valeur dangereuse : l’obéissance qui faisait naître l’œuvre enchaîne désormais le roi à une parole contraire à son devoir.
Transition vers le mouvement II. Ainsi, le premier mouvement referme le piège : le roi s'est lié sans savoir à quoi. Reste à connaître la demande qui va remplir ce blanc. C'est ce que le deuxième mouvement révèle, lorsque Keu formule enfin son exigence.
II. Le don démasqué : Keu réclame la reine
Dans le deuxième mouvement, Keu dévoile ce qu'il exige. Il prend son temps, rappelle la promesse, puis nomme son objet : la reine. Ce mouvement fait basculer la scène du malentendu au scandale et montre comment le sénéchal réduit la reine au rang d'une chose accordée.
II.a. La demande différée : Keu savoure son piège
Avant de nommer ce qu'il veut, Keu multiplie les détours et retarde la révélation.
Citation : « sachez donc maintenant ce que je veux, et quel est le don que vous m'avez garanti ; je m'estime bien heureux de l'obtenir »
Procédé principal : rétention de l'information (l'objet du don, annoncé, est différé). Procédé secondaire : reprise par une relative déterminative (« le don que vous m'avez garanti »).
Analyse. Keu annonce qu'il va dire « ce qu'il veut » et « quel est le don », mais il diffère de nommer l'objet : la phrase enchaîne les formules d'attente avant le contenu. Le rappel « le don que vous m'avez garanti » verrouille le roi sur sa promesse au moment précis où l'exigence va tomber.
Effet sur le lecteur. Le lecteur attend, suspendu, le mot que Keu retient.
Interprétation. Le sénéchal savoure son avantage : il tient le roi par sa parole et fait durer l'instant. Le retardement transforme la demande en coup de théâtre et souligne la froideur d'un personnage qui jouit de sa prise avant de l'énoncer.
Phrase de liaison. Quel est donc cet objet que Keu a tant tardé à nommer ?
II.b. « Que voici » : la reine montrée du doigt
Keu nomme enfin son exigence, et la formule ravale la reine au rang d'une chose accordée.
Citation : « la reine, que voici, vous me l'avez accordée à emmener »
Procédé principal : présentatif déictique (« que voici »). Procédé secondaire : verbe de la remise (« accordée à emmener »).
Analyse. Le présentatif « que voici » montre la reine du doigt, présente devant la cour, au moment où on la réclame : l'outrage se fait sous les yeux de tous. Le verbe « accordée à emmener » range la reine parmi les biens que l'on cède et que l'on transporte ; le pronom « l' » qui la reprend achève de la traiter en objet.
Effet sur le lecteur. Le lecteur perçoit le scandale : une reine désignée et livrée comme une possession.
Interprétation. La reine, réduite à l'objet d'un don, cesse d'être protégée pour devenir une chose transférable. Ce ravalement est au cœur du parcours : le monde du roi, au lieu de garder la reine, la remet à qui la réclame. Le texte prépare ainsi l'enlèvement, en montrant d'abord la reine dépossédée de tout recours.
Phrase de liaison. Une fois la reine montrée devant tous, comment la grammaire de Keu achève‑t‑elle de la traiter comme une possession ?
II.c. « Accordée à emmener » : la reine transformée en bien
Le choix des verbes fait passer la reine du rang de personne à celui d’objet transférable.
Citation : « vous me l’avez accordée à emmener »
Procédé principal : lexique de la remise (« accordée », « emmener »). Procédé secondaire : reprise pronominale par « l’ ».
Analyse. « Accorder » présente la reine comme le contenu d’un don ; « emmener » annonce son déplacement par un autre. Le pronom « l’ » ramasse enfin la personne dans l’objet de la transaction.
Effet sur le lecteur. Le scandale ne tient plus seulement à la demande : il se lit dans la construction même de la phrase.
Interprétation. En réduisant la reine à ce que l’on donne puis transporte, Keu révèle la défaillance du monde arthurien : celle que le roi devrait protéger devient une chose que sa parole permet de céder.
Transition vers le mouvement III. Le deuxième mouvement a donc changé la promesse en scandale : la reine est réclamée comme un bien. Comment le roi, garant de cette parole et gardien de la reine, va‑t‑il réagir à une exigence qui oppose ses deux devoirs ? C'est ce que met en scène le troisième mouvement.
III. La faillite du roi : la reine livrée
Dans le troisième mouvement, le roi cède. Il souffre, la cour proteste, mais la parole donnée l'emporte, et la reine est remise à Keu. Ce mouvement expose la faillite d'un roi que sa vertu même, la fidélité à sa parole, conduit à manquer à son devoir de protection.
III.a. La parole tenue, la souffrance visible
Le roi accomplit ce qu’il refuse intérieurement, et son visage rend cette contradiction visible.
Citation : « Le roi en souffre, mais il l’en investit, car jamais il ne s’est dédit de rien » et « cela parut sur son visage »
Procédé principal : coordination adversative par « mais ». Procédé secondaire : subordonnée consécutive (« si bien que cela parut sur son visage »).
Analyse. « Mais » place dans la même phrase la douleur du roi et l’acte qui la contredit. La conséquence visible prolonge cette opposition : ce que la parole royale oblige à accomplir, le visage le désavoue.
Effet sur le lecteur. Le lecteur voit un roi agir à l’inverse de ce qu’il éprouve.
Interprétation. La fidélité à la parole donnée devient l’instrument de la faute. Le corps du roi révèle ainsi la faillite d’un pouvoir incapable de protéger la reine.
Phrase de liaison. Comment la cour juge‑t‑elle l’acte que le visage du roi condamne déjà ?
III.b. Le verdict unanime de la cour
La maison tout entière condamne la demande, dans une brève parole collective.
Citation : « par toute la maison on dit qu'orgueil, outrage et déraison, c'était ce que Keu avait demandé et exigé »
Procédé principal : accumulation ternaire (« orgueil, outrage et déraison »). Procédé secondaire : énonciation collective (« par toute la maison on dit »).
Analyse. L'accumulation de trois substantifs, « orgueil, outrage et déraison », fait peser sur la demande de Keu un triple grief, asséné d'un bloc et sans hiérarchie entre les termes. La formule « par toute la maison on dit » rapporte ce jugement à la cour entière : le narrateur cède un instant la parole au groupe et donne à voir l'opinion unanime.
Effet sur le lecteur. Le lecteur entend la réprobation générale monter contre le sénéchal.
Interprétation. Le verdict collectif isole Keu, mais il souligne aussi l'impuissance du roi, seul à pouvoir empêcher ce que tous condamnent, et pourtant contraint de l'accorder. Le monde arthurien juge sa propre défaillance sans pouvoir l'arrêter.
Phrase de liaison. Comment le roi peut‑il encore ordonner l’abandon que toute la cour condamne ?
III.c. « Il vous faut partir » : de l’ordre masqué au transfert accompli
Le roi efface sa responsabilité dans une nécessité impersonnelle, puis la dernière phrase accomplit sèchement la remise.
Citation : « il vous faut partir avec Keu » et « Le roi la lui confie, et lui l’emmène »
Procédé principal : tournure impersonnelle (« il vous faut »). Procédé secondaire : parataxe finale, formée de deux propositions coordonnées.
Analyse. Le sujet impersonnel présente le départ comme une obligation sans auteur. La coordination finale enchaîne ensuite les deux gestes, confier puis emmener, sans explication ni délai.
Effet sur le lecteur. Le lecteur entend d’abord une responsabilité esquivée, puis reçoit l’abandon comme un fait irréversible.
Interprétation. Le roi se cache derrière la nécessité au moment où il devrait protéger la reine. La brièveté de la clausule ferme le piège et fait de cette défaillance le point de départ de toute la quête.
Phrase de liaison vers la conclusion. Comment, dès lors, ce passage oriente‑t‑il la lecture de tout le roman qui va suivre ?
La clé ferme le parcours et ouvre la lecture de l’œuvre. La conclusion rédigée Le bilan et l’ouverture. Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
1. Récapitulation des mouvements. Cette scène de cour transforme une promesse en catastrophe. Le premier mouvement referme le piège : la reine rend Keu sous condition, et le roi, joyeux, s'engage à exécuter une demande qu'il ignore. Le deuxième mouvement démasque le don : Keu réclame la reine et la ravale au rang d'un objet que l'on remet. Le troisième mouvement consomme la faillite du roi : lié par sa parole, réprouvé par toute la cour, il livre la reine en présentant son propre acte comme une nécessité qui ne lui appartient pas.
2. Réponse à la problématique. Ainsi, en déroulant le mécanisme du don contraignant, Chrétien met en scène un roi que sa fidélité à sa parole conduit à manquer au premier de ses devoirs, protéger la reine.
3. Dépassement réflexif. La scène donne à voir un monde arthurien qui ne remplit plus son office : le roi y est impuissant, la cour indignée, la reine abandonnée. Cette défaillance est le point de départ du récit, non son accident.
4. Ouverture dans l’œuvre et le parcours. Ce passage éclaire le parcours « le roman et l'invention de l'amour » : c'est parce que le monde du roi défaille que l'amour d'un autre devient nécessaire. Le « commandement » auquel le roi obéit ici, comme l'auteur obéissait à sa dame au prologue, annonce le « commandement d'Amour » auquel Lancelot obéira en montant dans la charrette pour délivrer celle que le roi n'a pas su garder. Là où le roi livre la reine, l'amant se dépossédera de lui‑même pour la reprendre : le héros nouveau naît du vide laissé par le roi.
Le mémo rassemble les repères à garder pour l’oral. Le mémo de l’oral Ce qu’on dit vraiment en dix minutes. Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Ce qu'on dit vraiment, en parole continue : situer (30 s) · lire (90 s) · problématique · les mouvements en geste à quatre temps (citer → nommer → analyser → interpréter) · conclure. Il reprend tous les ★, pioche parmi les .
Auteur : Chrétien de Troyes, premier grand romancier français (XIIᵉ s.), cour de Champagne. Œuvre : Le Chevalier de la charrette (v. 1177), roman courtois de la quête de Lancelot pour délivrer et aimer la reine Guenièvre. Extrait : « Le don arraché » (v. 160‑196), tout début du roman. Objet d'étude : le roman et le récit du Moyen Âge au XXIᵉ siècle. Parcours : le roman et l'invention de l'amour. Situation : un chevalier étranger a défié la cour ; Keu n'accepte de rester qu'à la condition d'obtenir ce qu'il demandera ; le roi ratifie ce don à l'aveugle, puis le sénéchal réclame d'emmener la reine.
Problématique : comment cette scène, par le mécanisme du don contraignant, met‑elle en scène la faillite d'un roi qui livre la reine qu'il devrait protéger, et donne‑t‑elle à voir un monde arthurien défaillant ?
Plan :
Citations, procédés et interprétations essentiels :
Conclusion synthétique : le don contraignant fait du roi le premier responsable de l'abandon de la reine ; le monde arthurien défaille dès le seuil.
Ouverture : cette défaillance appelle l'amour de Lancelot ; le « commandement » du roi annonce le commandement d'Amour (v. 373 et 377), et l'amant reprendra celle que le roi a livrée.
La table ordonne les procédés, leurs preuves et leurs effets. Le tableau des procédés Tout ce qui se révise en un coup d’œil. Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Hiérarchie claire pour la révision
Procédés essentiels à retenir
Idées essentielles à retenir
La porte vérifie que les neuf sous-parties sont toutes couvertes. Le tableau de couverture Vérifier qu’on n’a rien laissé de côté. Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Vérifie que le mémo dit tous les ★ et couvre les trois mouvements. S'il est vert, l'oral est sûr.
Les trois mouvements sont couverts, les six ★ figurent dans le mémo : couverture complète.
Le registre du dragon consigne les fautes qui coûtent des points. Les erreurs rédhibitoires Ce qui coûte des points, et pourquoi. Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Section A · erreurs de fond
Section B · erreurs de méthode à l'oral
Section C · formulations à proscrire
Section D · erreurs d'identification des procédés
Trois cases mettent la phrase à l’épreuve de la grammaire. L’analyse grammaticale Les trois questions au format de l’épreuve. Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Phrase 1
Phrase étudiée : « […] il vous faut partir avec Keu. »
Question de grammaire : Analyser la construction impersonnelle de cette phrase.
Leçon de grammaire : ① le verbe (emplois : la tournure impersonnelle).
Nature de la phrase. Phrase simple, déclarative, affirmative, comportant un seul verbe conjugué, « faut » (indicatif présent).
Analyse grammaticale. Le verbe « faut », du verbe « falloir », est construit de manière impersonnelle : son sujet grammatical est le pronom « il », dit sujet apparent ou impersonnel, qui ne représente aucun être et n'a pas d'antécédent. Le pronom personnel « vous » est complément au datif, il désigne la personne à qui l'obligation s'impose. Le groupe « partir avec Keu » est un infinitif, sujet réel du verbe impersonnel : c'est ce qu'il faut. Le groupe prépositionnel « avec Keu » est complément circonstanciel d'accompagnement, rattaché à « partir ».
Justification du rattachement à la leçon. Cette phrase relève de la leçon ①, parce que l'analyse porte sur un emploi du verbe, la construction impersonnelle de « falloir », où le sujet apparent « il » ne désigne rien et où le sujet réel est l'infinitif.
Phrase 2
Phrase étudiée : « […] je vous le remets sous cet engagement, que vous ferez ce qu'il dira. »
Question de grammaire : Analyser le groupe « ce qu'il dira ».
Leçon de grammaire : ③ les propositions subordonnées relatives.
Nature de la phrase. Phrase complexe, déclarative, affirmative, comportant une principale, une subordonnée complétive et une subordonnée relative enchâssée.
Analyse grammaticale. Dans le groupe « ce qu'il dira », le pronom relatif « qu' » (pour « que ») a pour antécédent le pronom démonstratif « ce ». Il introduit la proposition subordonnée relative « qu'il dira » et occupe dans cette proposition la fonction de complément d'objet direct du verbe « dira » (futur de l'indicatif), dont le sujet est « il ». L'ensemble « ce qu'il dira » est complément d'objet direct du verbe « ferez » de la subordonnée « que vous ferez ce qu'il dira », elle‑même complétive développant le nom « engagement ». Le contenu de la demande reste ainsi désigné sans être nommé.
Justification du rattachement à la leçon. Cette phrase relève de la leçon ③, parce que l'analyse porte sur la proposition subordonnée relative « qu'il dira », son pronom relatif « que », son antécédent « ce » et sa fonction de complément d'objet direct.
Phrase 3
Phrase étudiée : « Le roi en souffre, mais il l'en investit, car jamais il ne s'est dédit de rien […]. »
Question de grammaire : Analyser l'organisation et les liens des propositions de cette phrase.
Leçon de grammaire : ② les relations au sein de la phrase complexe.
Nature de la phrase. Phrase complexe, déclarative, comportant trois propositions coordonnées, dont la dernière est négative.
Analyse grammaticale. La phrase est formée de trois propositions reliées par coordination. La première, « Le roi en souffre », a pour sujet « le roi », pour verbe « souffre » (indicatif présent) et pour complément le pronom adverbial « en ». La deuxième, « il l'en investit », est coordonnée à la première par la conjonction de coordination « mais », qui marque l'opposition ; son sujet est « il », son verbe « investit », ses compléments les pronoms « l' » et « en ». La troisième, « car jamais il ne s'est dédit de rien », est introduite par la conjonction de coordination « car », qui exprime la cause ; le verbe pronominal « s'est dédit » est au passé composé, pris dans la négation « ne… rien », que renforce l'adverbe « jamais » ; « de rien » complète le verbe « se dédire ».
Justification du rattachement à la leçon. Cette phrase relève de la leçon ②, parce que l'analyse porte sur les relations entre propositions, ici la coordination par « mais » (opposition) et par « car » (cause), et sur l'articulation des trois propositions.
Leçon à retenir
Le réflexe, applicable à toute phrase. (1) nature de la phrase : simple ou complexe, déclarative, interrogative, exclamative ou injonctive, affirmative ou négative ; (2) nombre de verbes conjugués, donc de propositions ; (3) type de liens : juxtaposition, coordination, subordination ; (4) notion en jeu, parmi les sept leçons ① à ⑦ ; (5) natures et fonctions des groupes clés, puis rattachement à la notion.
Notions travaillées dans ce texte. ① le verbe et la tournure impersonnelle de « falloir » (phrase 1) ; ③ la proposition subordonnée relative « ce qu'il dira » (phrase 2) ; ② la coordination de propositions, opposition et cause (phrase 3). Trois questions, données une fois en registre chaleureux (dans l'explication) et une fois ici, en registre glacial.
À l'oral. Réponse tenue en deux minutes selon la structure de l'article XLVII de la charte : nature de la phrase, construction visée, analyse, conclusion. Format actuel : monologue noté sur 2 points ; format 2028 : échange avec l'examinateur. Le réflexe est identique dans les deux cas, et il s'applique à une phrase non préparée.
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