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Le texte officiel demande une « explication linéaire » du passage retenu.
« La question porte uniquement sur le texte. »
Épreuves anticipées obligatoires et épreuve orale de contrôle de français à compter de la session 2021, Bulletin officiel spécial n° 6 du 31 juillet 2020, note de service du 23 juillet 2020, NOR : MENE2019312N. Lire le texte officiel complet. Vérifié le 2026-08-15.
Le mot « récitation » ne figure pas dans le texte entier de cette note de service.
La page transforme ces exigences en étapes de préparation. Cette organisation est un accompagnement pédagogique, non une grille ajoutée au Bulletin officiel.
Accueil › Français › Chrétien de Troyes › Texte 5
L’ESSENTIEL · PREMIÈRE · BAC DE FRANÇAIS
Comment un regardpeut‑il devenirun abandon de soi ?
Chrétien de Troyes, Le Chevalier de la charrette (vers 1177) — v. 556‑582
Parcours : « le roman et l'invention de l'amour »
L'essentiel
L’explication linéaire, puis le dossier de l’épreuve
D'abord l'explication à voix haute, en 13 volets : on lit, on comprend, on peut s'arrêter là. Ensuite, si tu veux la copie et l'oral, le dossier en 9 volets. Le sommaire les tient tous, à droite.
Le texte
TEXTE original · plus ancien manuscrit conservé du roman, celui qu'un copiste nommé Guiot a écrit vers 1230 et que garde la Bibliothèque nationale de France sous le numéro « français 794 », vers 556 à 582
À la fenêtre, un regard immobile commande soudain tous les gestes du héros. La reine voit sans parler, et cette distance transforme le tournoi en scène d’obéissance amoureuse.
Ouvre le volet et pose le texte devant toi. On va l'éclairer ensemble, vers après vers : d'abord comprendre la scène, puis mettre un nom sur les procédés, enfin préparer ce que tu diras à l'oral. Aucune hâte : on reste à la fenêtre le temps qu'il faudra pour que le jour se lève sur le texte.
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Le vieux français paraît sombre ?Le jour se lève
Regarde d'abord la colonne de gauche : du vieux français, des mots à moitié reconnaissables, « fenestre », « reïne », « charrete ». C'est un texte de plus de huit cents ans, et personne ne le lit d'un coup. Alors sers‑toi de la traduction, et retiens tout de suite ceci : la scène est très simple. Un homme est à une fenêtre. En bas passe la femme qu'il aime, prisonnière. Il la regarde. Elle disparaît. Il manque de tomber. Rien de plus, et c'est pourtant l'une des scènes les plus lumineuses du roman.
Ce texte, tu le défendras un jour à l'oral ; d'ici là, laisse le dragon dormir dans sa grotte. Ce qui compte ce soir, c'est de voir clair : une explication se comprend avant de se dire, et le jour venu tes propres mots suffiront.
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Trois questionspour y voir clair
Commence par répondre, sans forcer, à ces trois questions.
Qui parle ? Un narrateur qui raconte à la troisième personne. Mais attention : par moments, il nous fait voir la scène à travers les yeux du héros, ce chevalier dont personne ne connaît encore le nom.
De quoi il parle ? D'un cortège qui passe en bas d'une tour, avec, au milieu, la reine Guenièvre, enlevée et emmenée prisonnière. Et d'un homme à la fenêtre qui la regarde passer.
Qu'est‑ce qu'il veut te faire comprendre ? Que pour cet homme, voir la reine et vivre, c'est devenu la même chose. Quand elle disparaît, il bascule. Tu viens de mettre la main sur le cœur du texte.
↑ le fil
Où nous sommesdans le roman
On est tout près du début de la quête. Le héros vient de commettre le geste scandaleux du roman : monter dans la charrette d'infamie, celle des condamnés, pour retrouver la trace de la reine. Il a passé la nuit dans un château, sur un lit interdit, sous une lance enflammée. Et au matin, depuis la fenêtre de la tour, avec son compagnon Gauvain, il voit passer en contrebas le cortège qui emmène Guenièvre. C'est la première fois, depuis l'enlèvement, que ses yeux la retrouvent. Garde cette image : une fenêtre, un homme en haut, la reine en bas.
↑ le fil
L'introduction, six phraseset rien de plus
Introduire un texte, c'est faire les présentations, comme entre deux amis qui ne se connaissent pas encore. Six phrases, toujours dans le même ordre, et le tour est joué.
Un, l'auteur.
ce que tu dis Chrétien de Troyes est le premier grand romancier français ; il écrit à la fin du XIIᵉ siècle, à la cour de Champagne.
Deux, l'œuvre.
ce que tu dis Le Chevalier de la charrette raconte la quête de Lancelot, qui accepte toutes les épreuves et toutes les hontes pour délivrer et aimer la reine Guenièvre.
Trois, l'endroit.
ce que tu dis Le passage se situe au lendemain de la charrette : depuis une tour, le héros, encore anonyme, voit passer le cortège qui emmène la reine prisonnière.
Quatre, ce que c'est.
ce que tu dis C'est un récit à la troisième personne, qui épouse d'abord le regard du héros, puis laisse la parole à Gauvain et à une demoiselle au discours direct.
Cinq, ta question (la problématique).
ce que tu dis On peut alors se demander comment cette scène invente le regard amoureux comme une extase qui dépossède le héros, au point que son entourage le range sous deux mots, la folie ou la honte.
Six, le chemin (l'annonce).
ce que tu dis Le texte se lit en trois moments : l'apparition de la reine dans le cortège, l'extase du regard et la tentation du vide, puis les deux verdicts portés sur le geste du héros.
Ton introduction tient debout. À présent, on se penche à la fenêtre du texte : à chaque halte, je te montre le mot, je te donne son nom savant (le procédé), et la phrase à dire.
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Premier temps :une silhouette paraît (vers 556 à 561)
Le texte s'ouvre sur une vision : « Derrière la civière, ils voient venir un cortège ; en tête venait un grand chevalier, qui menait à sa gauche une belle dame. »
Deux choses à voir ici. D'abord « ils voient venir » : le verbe est au présent, alors que le récit était au passé. Ce présent qui fait surgir la scène sous nos yeux s'appelle un présent de narration. Ensuite, regarde les petits mots : « un cortège », « un grand chevalier », « une belle dame ». Ce sont des articles indéfinis : de là‑haut, personne n'est encore reconnu, tout le monde est anonyme. Et note le seul décor que le texte te donne, dès le premier mot : « Derrière la civière ». Un mot, et voilà le cortège qui s'avance derrière un corps qu'on emporte. Le reste de la scène funèbre appartient aux vers qui précèdent, hors de ton extrait : garde‑le pour la situation, jamais pour l'analyse.
ce que tu dis Le présent de narration « ils voient venir » nous fait regarder la scène avec les personnages, et les articles indéfinis, « un cortège », « une belle dame », laissent les silhouettes anonymes : la reine apparaît d'abord comme une inconnue, derrière une civière.
Puis tout bascule en une phrase : « Le chevalier, de la fenêtre, reconnut que c'était la reine. » Le verbe « reconnut » nous fait entrer dans la tête du héros : on ne décrit plus du dehors, on perçoit avec lui. C'est ce qu'on appelle la focalisation interne. Et regarde le chemin des mots : « une belle dame » est devenue « la reine ». L'article défini a remplacé l'indéfini : son regard, à lui, a mis un nom sur la silhouette. Remarque enfin l'asymétrie : elle est « la reine », lui n'est que « le chevalier », sans nom.
ce que tu dis Avec le verbe de perception « reconnut », le récit passe en focalisation interne : dans toute cette foule, le regard du héros va droit à l'aimée, et « une belle dame » devient « la reine ». Le regard amoureux identifie ; l'amant, lui, reste sans nom.
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Deuxième temps :le corps bascule (vers 562 à 570)
Voici le cœur du texte : « Il ne cessa pas un instant de la regarder, absorbé, ravi, aussi longtemps qu'il le put. »
Regarde d'abord le verbe. « Cesser de », c'est un semi‑auxiliaire aspectuel : il envisage l'arrêt du regard. La négation « ne cessa pas un instant » vient nier cet arrêt, et le regard devient continu ; c'est du verbe, pas de la négation seule, que vient la durée. Ce trait est le plus solide, parce qu'il est déjà dans l'ancien français : de l'esgarder onques ne fine, jamais il ne cesse de la regarder. Écoute maintenant « absorbé », apposé, c'est‑à‑dire détaché à côté du sujet : il traduit antentis, l'attention tout entière tendue. Quant à « ravi », attention au piège : il ne traduit aucun adjectif, mais molt li plot, « cela lui plut beaucoup », que la même traduction rend deux fois « plaire » ailleurs dans le roman. Le mot savant pour cette expérience, garde‑le : l'extase, qui veut dire littéralement « sortir de soi ». Le héros n'est plus que regard.
ce que tu dis La négation « ne cessa pas un instant » porte sur le semi‑auxiliaire aspectuel « cesser de » et nie l'interruption du regard, comme le fait l'original avec onques ne fine : le héros vit une véritable extase, une sortie de soi. L'apposition « absorbé » rend antentis, l'attention entière, et suspend la phrase sur l'état du contemplateur : l'amant n'existe plus que par ses yeux.
Et quand la reine disparaît ? « Et quand il ne put plus la voir, il voulut se laisser tomber dans le vide et basculer tout entier. » Regarde les deux verbes à l'infinitif, coordonnés : « se laisser tomber… et basculer ». Il ne saute pas : il cesse de se retenir. Et regarde « tout entier » : l'adverbe « tout » renforce l'adjectif « entier », et le groupe étend la chute à la personne entière ; rien de lui ne resterait à la fenêtre.
ce que tu dis Les deux infinitifs coordonnés « se laisser tomber dans le vide et basculer tout entier » montrent que perdre la reine des yeux, c'est perdre la raison de vivre : le corps suit le regard, et le groupe « tout entier » étend la chute à la personne entière.
La suite est un arrêt sur image : « il était déjà à demi dehors quand monseigneur Gauvain le vit : il le tire en arrière ». « À demi dehors » : le corps est en suspens, moitié dedans, moitié dehors. Et le verbe repasse au présent de narration, « il le tire », vif comme un réflexe. Gauvain sauve son compagnon sans rien comprendre à ce qui vient de se passer.
ce que tu dis La locution « à demi dehors » fige un corps en suspens, et le présent de narration « il le tire en arrière » donne au sauvetage la vivacité d'un réflexe : le monde arthurien rattrape le corps de l'amant sans comprendre son geste.
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Troisième temps :deux témoinsn’y voient goutte (vers 571 à 582)
Maintenant, le texte donne la parole aux témoins. Et c'est passionnant, parce que chacun des deux se trompe sur ce qu'il a vu.
Gauvain d'abord : « De grâce, sire, tenez‑vous en paix ! Pour Dieu, ne songez plus jamais à commettre pareille folie. » Les verbes sont à l'impératif : c'est une injonction. Mais écoute le ton : « De grâce, sire » est une prière courtoise, et l'ordre se donne sur la forme de la supplique. Écoute aussi ce qu'il demande au juste : le renoncement à recommencer, non l'oubli. Et le mot qui tombe, c'est « folie », un nom qui range le geste du côté de la déraison. Pour le chevalier parfait qu'est Gauvain, ce geste inexplicable relève forcément de la déraison. Toi, lecteur, tu sais que c'est de l'amour : ce décalage s'appelle l'ironie dramatique.
ce que tu dis Par une injonction à l'impératif, adoucie par la prière courtoise « De grâce, sire », Gauvain exige le renoncement et range le geste sous le nom de « folie » : vu du dehors, l'amour extatique est illisible, et le lecteur, qui sait la vérité, mesure l'ironie dramatique.
La demoiselle du château répond tout autre chose : lui a raison de souhaiter qu'on le tue. Sa preuve tient dans une question : « Est‑ce que la nouvelle de son infortune ne sera pas sue partout, qu'il est monté en charrette ? » Une question qui contient une négation et qui n'attend qu'une réponse : si, bien sûr. C'est une interrogation oratoire, et même une interro‑négation : on affirme sous la forme d'une question. Ce qu'elle affirme : la honte de la charrette sera bientôt connue de tous.
ce que tu dis L'interrogation oratoire interro‑négative, « Est‑ce que la nouvelle ne sera pas sue partout ? », n'attend qu'une réponse : la honte de la charrette est publique et définitive. La demoiselle juge le héros au nom du code de l'honneur.
Et elle conclut par une sentence terrible : « Sa vie est désormais vouée à la honte, au mépris et au malheur. » Compte les compléments : trois, qui tombent comme trois coups. C'est un rythme ternaire, la marque des grands verdicts. Juste avant, elle avait dit : « mieux vaudrait pour lui la mort que la vie », un comparatif qui inverse la hiérarchie la plus élémentaire. Voilà l'ironie finale du passage : elle donne raison à une mort qu'elle croit motivée par la honte, quand l'amour en était la cause ; et cette mort, elle la veut infligée, « Il doit bien souhaiter qu'on le tue ». Dans le texte, tous se trompent sur ce qui vient d'arriver. Tous, sauf toi.
ce que tu dis Le rythme ternaire « à la honte, au mépris et au malheur » martèle un verdict social sans appel. Mais ce verdict se trompe de cause : la demoiselle croit à la honte là où le lecteur sait l'amour. L'extase amoureuse reste illisible pour le monde.
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Ce que la scène éclaire,au fond
Éloigne‑toi de la vitre et embrasse toute la scène. Un regard a reconnu la reine de loin ; ce regard a absorbé tout l'être du héros ; quand elle a disparu, le corps a suivi les yeux vers le vide ; et les témoins ont dit « folie », ou « honte ».
Tu tiens la réponse à ta problématique : cette scène invente le regard amoureux comme une dépossession. Voir la dame est devenu la condition même de l'existence du héros. Et l'amour, dans ce roman, est un secret : le monde le lit de travers, et le récit seul, donc le lecteur seul, en connaît la vérité.
ce que tu dis En conclusion, la scène de la fenêtre fait du regard amoureux une extase qui dépossède le héros de lui‑même : voir la reine est sa raison de vivre, et son entourage, qui l'ignore, nomme ce vertige folie, ou honte.
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Pour finir,élargis le champ
Une explication réussie ne s'éteint pas sur sa conclusion : elle élargit le faisceau, vers l'œuvre entière et vers ton parcours.
Éclaire d'abord l'œuvre entière. Cette extase est la première d'une longue série : le héros chevauchera bientôt si perdu dans ses pensées qu'il n'entendra pas les défis ; devant le peigne où brillent des cheveux de la reine, il manquera de tomber de cheval ; et après la nuit d'amour, le narrateur trouvera la formule qui résume tout : le corps s'en va, le cœur séjourne. La fenêtre aussi reviendra : fenêtre du rendez‑vous nocturne, petite fenêtre de la tour murée où l'on enfermera Lancelot. Et le groupe « tout entier » reparaîtra ailleurs dans le roman pour dire le don total de l'amant à sa dame : la chute de la fenêtre en donne la première mesure.
Tourne ensuite le faisceau vers le parcours, « le roman et l'invention de l'amour ». Ce que Chrétien invente ici, c'est le vocabulaire de l'aliénation amoureuse : un amant absent à lui‑même, qui ne vit que là où est la dame. Des siècles de littérature reprendront cette scène de la première vision qui dépossède, de Tristan et Iseut à La Princesse de Clèves.
ce que tu dis Pour ouvrir, on peut remarquer que cette première extase inaugure toute une série, jusqu'à la formule « le corps s'en va, le cœur séjourne » après la nuit d'amour, que le motif de la fenêtre court d'ici jusqu'à la tour murée, et que le groupe « tout entier » reviendra dire le don total de l'amant ; la scène inscrit ainsi l'œuvre dans le parcours « le roman et l'invention de l'amour », en créant la figure de l'amant dépossédé de lui‑même que la littérature ne cessera de reprendre.
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Regarde tout ce que le joura montré
Remonte au tableau du début et relis les vers. Ce qui te semblait obscur est devenu lisible, et surtout tu sais nommer ce que fait Chrétien : un présent de narration, une focalisation interne, une négation du semi‑auxiliaire aspectuel, une apposition, deux infinitifs coordonnés, une injonction, une interro‑négation, un rythme ternaire. Voilà précisément le vocabulaire que le dragon espère entendre.
Encore un mot avant de te laisser : à l'oral, inutile de tout redire. Retiens les moments les plus forts : la reconnaissance, le regard qui ne cesse jamais, la chute « tout entier », le verdict ternaire. Le dragon ne demande pas tout ; il demande une explication nette, dans l'ordre du texte. Tu l'as déjà.
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La grammaire,sans zone d’ombre
L’adresse commune
Les sept leçons de grammaire
Reste un dernier recoin à éclairer, celui qui vaut deux points et que tout le monde redoute : la question de grammaire. Elle impressionne parce qu'elle habille de mots savants des choses toutes simples. À l'oral, pourtant, elle se passe sans surprise : le dragon te montre une phrase du texte, il te pose une question précise, et tu y réponds. On s'entraîne sur trois questions, chacune sur une notion différente, toujours avec la même routine.
Le réflexe en cinq pas. Un, simple ou complexe ? compte les verbes conjugués. Deux, qu'est‑ce qu'on te demande de regarder ? Trois, analyse doucement, mot par mot. Quatre, nomme les natures et les fonctions. Cinq, conclus en nommant la notion.
Le verbe
La négation
L’interrogation
Première question : le verbe. Le dragon te montre « Il ne cessa pas un instant de la regarder, absorbé, ravi, aussi longtemps qu'il le put. », et il demande : « Analysez les formes verbales de cette phrase et leurs valeurs. » Cinq pas : deux verbes conjugués (« cessa », « put »), phrase complexe, déclarative et négative ; ce qu'on regarde, ce sont les formes verbales : le passé simple « cessa », la périphrase « cesser de regarder » où l'infinitif porte le vrai sens, la négation qui nie l'interruption et rend le regard continu ; tu conclus en nommant la notion, le verbe.
ce que tu dis Cette phrase est complexe, déclarative et négative : une principale et une subordonnée circonstancielle de temps. Le verbe de la principale est « cessa », passé simple de l'indicatif : ce temps saisit le fait en bloc, comme un événement du premier plan du récit. Il est le support de la périphrase verbale « cessa de la regarder », où l'infinitif « regarder », introduit par la préposition « de », porte le sens plein ; le verbe « cesser » joue le rôle d'un semi‑auxiliaire aspectuel, qui envisage l'interruption du procès. La négation « ne… pas », renforcée par le complément « un instant », nie précisément cette interruption : le procès « regarder » est ainsi présenté comme continu du début à la fin. Le pronom personnel « la », complément d'objet direct de « regarder », renvoie à la reine. La subordonnée « aussi longtemps qu'il le put » a pour verbe « put », passé simple du verbe « pouvoir », employé avec le pronom neutre « le » qui reprend l'infinitif « regarder » ; elle borne la durée du procès à la limite du possible.
Deuxième question : la négation. Autre phrase, autre notion. Le dragon te montre « Pour Dieu, ne songez plus jamais à commettre pareille folie. », et il demande : « Analysez la négation de cette phrase. » Cinq pas : un seul verbe conjugué (« songez »), phrase simple, injonctive et négative ; ce qu'on regarde, c'est la négation « ne… plus jamais », trois pièces qui cumulent la cessation (« plus ») et la totalité du temps (« jamais ») ; tu conclus en la nommant : une négation totale et définitive.
ce que tu dis Cette phrase est simple, injonctive et négative. Le verbe « songez » est à l'impératif présent, deuxième personne du pluriel : la phrase est une injonction, ici une défense. La négation associe l'adverbe « ne », placé devant le verbe, aux deux adverbes « plus » et « jamais » : « plus » marque la cessation (que cela ne se reproduise pas), « jamais » étend la défense à la totalité du temps à venir. Le cumul « ne… plus jamais » produit une négation totale et définitive, la forme la plus forte que puisse prendre une interdiction. Le groupe prépositionnel « à commettre pareille folie » est complément du verbe « songer », construit avec la préposition « à » ; le groupe « Pour Dieu », détaché en tête, est un complément de phrase à valeur d'invocation.
Troisième question : l'interrogation. Dernière notion. Le dragon te montre « Est‑ce que la nouvelle de son infortune ne sera pas sue partout, qu'il est monté en charrette ? », et il demande : « Analysez la phrase interrogative et sa construction. » Cinq pas : phrase complexe, interrogative directe et négative ; ce qu'on regarde, c'est la marque « est‑ce que » en tête, qui garde l'ordre sujet‑verbe ; on répond par oui ou par non, l'interrogation est totale, et comme la phrase est négative, la réponse positive se dit « si » ; combinée à la négation « ne sera pas », l'interrogation devient oratoire, une affirmation déguisée ; tu conclus en nommant la notion.
ce que tu dis Cette phrase est complexe, interrogative directe et négative : une interrogative principale et une subordonnée complétive complément du nom « nouvelle ». L'interrogation est directe et totale : elle appelle une réponse par oui ou par non, et, la phrase étant négative, la réponse positive prend la forme « si ». Elle est marquée par la locution interrogative « est‑ce que » en tête de phrase, qui permet de conserver l'ordre sujet‑verbe, ainsi que par le point d'interrogation final. Le sujet est le groupe nominal « la nouvelle de son infortune », le verbe « sera sue » est au futur de l'indicatif, à la voix passive. La négation « ne… pas » encadre l'auxiliaire « sera » : combinée à l'interrogation, elle oriente la question vers la réponse affirmative, « si, tout le monde le saura » ; c'est une interrogation oratoire, qui affirme sous la forme d'une question. La proposition « qu'il est monté en charrette », introduite par la conjonction « que », est une subordonnée complétive, complément du nom « nouvelle », dont elle explicite le contenu ; elle est rejetée en fin de phrase, loin du nom qu'elle complète. L'adverbe « partout » est complément circonstanciel de lieu.
Tu as vu le geste : une phrase, une question posée, une réponse. Trois notions différentes (le verbe, la négation, l'interrogation), mais la même routine à chaque fois, et elle éclaire n'importe quelle phrase. Le jour de l'oral, quelle que soit la question, tu dérouleras ces cinq pas : la grammaire tient moins de la mémoire que du réflexe, et un réflexe se prend vite.
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Tu peux refermerla fenêtre
Beau travail. Tu as passé la soirée à la fenêtre du roman, un homme là‑haut, une reine qui passe en bas, et tu sais désormais comprendre la scène et la dire. Range tes feuilles, souffle un peu : c'est mérité.
À bientôt. Un autre texte attend qu'on l'éclaire à son tour.
↑ le fil
Fin de l'explication
Tu peux t'arrêter là. Ou continuer.
Ce que tu viens de lire, c'est le texte expliqué comme on l'explique à voix haute, à côté de toi. Si c'était ton but, c'est fini : tu as compris le texte.
Le dossier
Le même commentaire linéaire, sous l’angle institutionnel et administratif.
Deux feuillets se répondent : raconter clairement avant d’interpréter. Le texte, dit simplement On raconte ce qui se passe, sans jargon. Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Idée générale du texte. Dans ce texte, le héros aperçoit pour la première fois depuis sa quête la reine qu'il aime, emmenée prisonnière au loin, pour montrer que ce simple regard suffit à lui faire perdre toute prudence : quand elle disparaît, il manque de se jeter par la fenêtre.
Situation simple. Celui qui regarde est le héros, qu'on appelle encore « le chevalier », car personne ne connaît son nom. Il est à la fenêtre d'une tour avec son compagnon Gauvain. En bas passe le cortège qui emmène la reine Guenièvre, enlevée par un chevalier ennemi. Le problème est le suivant : que se passe‑t‑il dans le cœur d'un homme qui voit passer, sans pouvoir rien faire, la femme qu'il aime ?
Mouvement I. Dans ce mouvement, le héros et Gauvain voient passer un cortège en bas, dans les prés. Parmi ces gens marche une belle dame, et le héros la reconnaît : c'est la reine. L'idée importante est que, dans toute cette foule, son regard va droit à elle.
Mouvement II. Dans ce mouvement, le héros ne quitte plus la reine des yeux, comme hors de lui‑même. Quand il ne peut plus la voir, il veut se laisser tomber par la fenêtre, et Gauvain le rattrape au dernier moment. Le lecteur comprend que, pour cet homme, voir la reine et vivre sont devenus la même chose.
Mouvement III. Dans ce mouvement, deux personnages jugent le geste du héros. Gauvain lui reproche une folie ; la demoiselle du château répond qu'il a raison de souhaiter qu'on le tue, à cause de la honte de la charrette. La leçon du passage est que la vraie raison du geste, l'amour, échappe à tous.
Phrase finale pour l'élève. Dans ce passage, Chrétien de Troyes raconte la première contemplation amoureuse du roman pour montrer que ce regard emporte tout : le héros s'oublie lui‑même au point de risquer sa vie. Autour de lui, on parle de folie ou de honte ; seul le lecteur sait que ce vertige s'appelle l'amour.
La plume ouvre la copie et conduit vers la question. L’introduction rédigée Ce qu’on écrit en tête de copie, mot pour mot. Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Étape 1 : présentation de l'auteur. Chrétien de Troyes est le premier grand romancier français. Actif dans la seconde moitié du XIIᵉ siècle, à la cour de Champagne, il a fixé les formes du roman courtois et mis au cœur de ses récits la question de l'amour.
Étape 2 : présentation de l'œuvre. Écrit vers 1177 à la demande de la comtesse Marie de Champagne, Le Chevalier de la charrette raconte l'enlèvement de la reine Guenièvre et la quête du chevalier Lancelot, qui accepte toutes les épreuves et toutes les hontes pour la délivrer et l'aimer. Le roman, œuvre courtoise, invente un amour qui soumet l'honneur chevaleresque à la volonté d'une femme.
Étape 3 : situation de l'extrait. Le héros, encore anonyme, vient de monter dans la charrette d'infamie pour retrouver la trace de la reine, puis a passé la nuit dans un château sur le lit interdit, sous la lance enflammée. Au matin, depuis les fenêtres de la tour qui donnent sur la prairie, il voit passer, avec Gauvain, le cortège de Méléagant qui emmène la reine captive : c'est la première fois que la quête lui met l'aimée sous les yeux.
Étape 4 : caractérisation du passage. Le passage relève du récit à la troisième personne : le narrateur adopte d'abord la perception des personnages à la fenêtre, puis resserre la focalisation interne sur le seul héros, avant de céder la place à une scène dialoguée au discours direct. Une contemplation muette, presque mystique, y bascule en un geste de mort, puis en un débat de jugements.
Étape 5 : problématique. Il convient de se demander comment cette scène à la fenêtre invente le regard amoureux comme une extase qui dépossède le héros de lui‑même, au point que son entourage le range sous deux mots, la folie ou la honte.
Étape 6 : annonce des mouvements. Le premier mouvement suivra l'apparition de la reine dans le cortège : comment un regard reconnaît‑il l'aimée au milieu d'un cortège de deuil ? Le deuxième mouvement analysera l'extase et la tentation du vide : que devient un homme dont toute la vie est passée dans ses yeux ? Le troisième mouvement confrontera les deux verdicts portés sur son geste : en quoi la folie dénoncée par Gauvain et la honte rappelée par la demoiselle manquent‑elles toutes deux la vérité de ce qui vient d'arriver ?
À la fenêtre se construit mouvement après mouvement. L’explication linéaire L’analyse complète, mouvement par mouvement. Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Découpage du texte
Premier mouvement : l'apparition, une reine reconnue dans un cortège de deuil. De « Derrière la civière » à « reconnut que c'était la reine ».
Deuxième mouvement : l'extase du regard et la tentation du vide. De « Il ne cessa pas un instant » à « il le tire en arrière et lui dit ».
Troisième mouvement : les deux verdicts, la folie et la honte. De « De grâce, sire » à « au mépris et au malheur ».
I. L'apparition : une reine reconnue dans un cortège de deuil
Dans le premier mouvement, le récit installe la scène vue d'en haut : depuis la fenêtre de la tour, le héros et Gauvain voient défiler en bas, dans les prés, une civière, puis un cortège où marche une belle dame. Le regard, d'abord collectif et distant, se resserre sur le seul héros au moment décisif : il reconnaît la reine. Ce mouvement fait naître l'amour dans le cadre qui lui restera attaché tout au long du roman, celui de la fenêtre.
I.a. Un cortège vu d'en haut, une dame encore anonyme
La scène s'ouvre sur une vision d'ensemble : un cortège s'avance, encadré par le deuil, et une inconnue y chemine.
Citation : « Derrière la civière, ils voient venir un cortège ; en tête venait un grand chevalier, qui menait à sa gauche une belle dame. »
Procédé principal : présent de narration (« ils voient venir »). Procédé secondaire : articles indéfinis (« un cortège », « un grand chevalier », « une belle dame »).
Analyse. Le présent de narration « ils voient venir » fait surgir la scène sous les yeux du lecteur en même temps que sous ceux des personnages : nous regardons avec eux, du haut de la fenêtre. La série d'articles indéfinis « un cortège », « un grand chevalier », « une belle dame » traduit la distance : de là‑haut, personne n'est encore identifié. Le seul élément de décor que l'extrait retienne est la civière du premier vers : le cortège s'avance derrière un corps qu'on emporte. Le reste de la scène funèbre appartient au contexte immédiat, hors extrait.
Effet sur le lecteur. Le lecteur partage la perception des guetteurs et attend, comme eux, de savoir qui passe.
Interprétation. La première apparition de la reine dans la quête se fait derrière une civière : la femme aimée s'avance dans le sillage d'un corps qu'on emporte, et l'amour entre dans le roman au voisinage de la mort. La « belle dame » n'est encore qu'une silhouette : c'est le regard du héros qui va lui donner son identité.
Phrase de liaison. Qui, parmi les guetteurs de la fenêtre, saura mettre un nom sur cette silhouette lointaine ?
★ I.b. La reconnaissance : le regard qui identifie l'aimée
Au sein du groupe, un seul regard accomplit la reconnaissance : celui du héros, que le texte désigne toujours par sa seule fonction.
Citation : « Le chevalier, de la fenêtre, reconnut que c'était la reine. »
Procédé principal : focalisation interne, marquée par le verbe de perception (« reconnut »). Procédé secondaire : passage de l'article indéfini à l'article défini (« une belle dame » devenue « la reine »).
Analyse. Le verbe « reconnut » fait passer le récit dans la conscience du héros : la scène n'est plus décrite du dehors, elle est perçue par lui. Ce que le groupe voyait comme « une belle dame », lui seul l'identifie comme « la reine » : l'article défini et le titre remplacent l'indéfini anonyme. Face à elle, il reste « le chevalier », désigné par sa fonction, sans nom.
Effet sur le lecteur. Le lecteur mesure l'asymétrie : elle est la reine, il n'est personne.
Interprétation. La reconnaissance est ici un acte d'amour avant d'être un fait d'observation : dans la distance et la foule, le regard amoureux va droit à son objet. Le couple du roman se met en place dans cette asymétrie fondatrice : une reine identifiée de loin, un amant encore sans nom, et entre eux, une fenêtre.
Phrase de liaison. Que révèle enfin le contraste entre celle que le héros reconnaît et celui que le récit refuse encore de nommer ?
I.c. La reine nommée, le chevalier encore anonyme
La reconnaissance installe le couple dans une dissymétrie qui porte déjà tout le secret du roman.
Citation : « Le chevalier […] reconnut que c’était la reine »
Procédé principal : opposition des désignations (« Le chevalier » / « la reine »). Procédé secondaire : passage de l’indéfini « une belle dame » au défini « la reine ».
Analyse. Le regard du héros transforme une silhouette indéfinie en personne reconnue, mais le récit maintient l’homme sous une désignation de fonction. Elle reçoit son titre exact ; lui demeure sans nom.
Effet sur le lecteur. Le lecteur voit se former un couple dont un seul membre possède encore une identité publique.
Interprétation. Cette asymétrie fait du regard un aveu silencieux : le héros se définit par celle qu’il reconnaît. Le roman réservera à la reine le pouvoir de lui rendre plus tard son propre nom.
Transition vers le mouvement II. Ainsi, le premier mouvement conduit le regard du héros jusqu'à la reine. Mais que devient un homme dont les yeux ont trouvé ce qu'ils cherchaient et vont le perdre aussitôt ? C'est cette dépossession que le deuxième mouvement met en scène.
II. L'extase du regard et la tentation du vide
Dans le deuxième mouvement, le récit s'immobilise avec le héros : tant que la reine est visible, il n'est plus que regard ; dès qu'elle disparaît, il veut disparaître avec elle. La contemplation extatique et le geste suicidaire s'enchaînent sans transition, comme les deux faces d'une même dépossession, avant que Gauvain ne rattrape in extremis le corps déjà à demi passé dans le vide.
★ II.a. L'extase : un homme réduit à son regard
Le temps du récit se suspend : la phrase épouse la durée de la contemplation.
Citation : « Il ne cessa pas un instant de la regarder, absorbé, ravi »
Procédé principal : négation portant sur le semi‑auxiliaire aspectuel « cesser de » (« ne cessa pas un instant »), qui rend le de l'esgarder onques ne fine de l'original. Procédé secondaire : apposition détachée (« absorbé »), qui rend l'adjectif antentis.
Analyse. Le verbe « cesser de » est un semi‑auxiliaire aspectuel, qui envisage l'interruption du procès ; la négation « ne… pas », renforcée par le complément « un instant », nie cette interruption et donne la contemplation pour continue, que borne la seule subordonnée « aussi longtemps qu'il le put ». La durée vient donc de l'aspect, et le regard occupe le temps entier. C'est le trait le plus sûr, parce qu'il est dans l'original : de l'esgarder onques ne fine, où onques renforce la négation du verbe finer. Le premier terme apposé, « absorbé », rend antentis, l'attention tout entière tendue vers son objet, et suspend la phrase sur l'état du contemplateur. Le second, « ravi », ne traduit aucun adjectif : il rend molt li plot, « cela lui plut beaucoup », que la même traduction rend deux fois « plaire » ailleurs dans le roman, aux v. 4695 et 5662.
Effet sur le lecteur. Le lecteur sent le récit s'arrêter avec le héros, suspendu à ce regard.
Interprétation. Ce qui fait la sortie de soi n'est pas le mot « ravi », qui appartient au traducteur, mais la durée : un regard que rien n'interrompt, et un homme aspiré tout entier dans ses yeux. Le mot « extase », qui signifie littéralement sortir de soi, est celui du commentateur, et il convient à ce titre. Chrétien invente ici la première contemplation amoureuse du roman, et avec elle un type de héros nouveau : l'amant absent à lui‑même, qui ne vit plus que là où est la dame. Le transfert du sacré viendra plus loin, quand le texte écrira l'adoration, l'autel et le martyre ; ici, il n'est pas encore dans les mots. Le motif se prolongera jusqu'à la formule fameuse : le corps s'en va, le cœur séjourne.
Phrase de liaison. Que reste‑t‑il de cet homme quand l'objet de son regard lui est retiré ?
★ II.b. La tentation du vide : tomber tout entier
La disparition de la reine appelle aussitôt son équivalent corporel : la chute.
Citation : « il voulut se laisser tomber dans le vide et basculer tout entier »
Procédé principal : coordination de deux infinitifs (« se laisser tomber… et basculer »). Procédé secondaire : adjectif « entier », renforcé par l'adverbe « tout » (« tout entier »).
Analyse. Les deux infinitifs coordonnés « se laisser tomber » et « basculer » décomposent le geste en un abandon puis un basculement : le héros ne se jette pas, il cesse de se retenir. Le groupe « tout entier », où l'adverbe « tout » renforce l'adjectif « entier », étend la chute à la personne entière : le corps y passerait sans reste. La subordonnée temporelle qui précède, « quand il ne put plus la voir », fait de la perte de la vue de la reine la cause immédiate du geste.
Effet sur le lecteur. Le lecteur éprouve le vertige d'un enchaînement sans délibération : la reine disparaît, le corps suit.
Interprétation. Voir la reine est devenu la condition même de l'existence : privé d'elle, le corps n'a plus de raison de tenir et suit le regard dans le vide. La chute engage la personne entière, et c'est cette totalité qui donne sa mesure au lien : si tôt dans le roman, le geste dit déjà que l'amant appartient à sa dame sans partage.
Phrase de liaison. Qui peut encore retenir un corps que l'amour a déjà fait passer de l'autre côté ?
II.c. Le sauvetage in extremis
Le récit reprend son cours par l'intervention de Gauvain, au moment le plus tardif possible.
Citation : « il était déjà à demi dehors quand monseigneur Gauvain le vit : il le tire en arrière »
Procédé principal : présent de narration (« il le tire en arrière »). Procédé secondaire : locution adverbiale (« à demi dehors »).
Analyse. L'adverbe « déjà » et la locution « à demi dehors » photographient un corps en suspens, moitié dedans, moitié dehors : la bascule est engagée. Le passage au présent de narration « il le tire en arrière » donne au geste de Gauvain la vivacité d'un réflexe, après les temps du récit qui portaient la contemplation.
Effet sur le lecteur. Le lecteur retient son souffle sur cet arrêt sur image, puis respire avec le geste sauveur.
Interprétation. Gauvain, incarnation de la chevalerie mesurée, retient l'amant au bord du gouffre : le monde arthurien sauve un corps sans rien comprendre à ce qui l'emporte. La fenêtre, frontière entre le dedans et le dehors, devient l'image de l'amant courtois lui‑même, à demi passé du côté de sa dame.
Transition vers le mouvement III. Le deuxième mouvement a montré l'extase et son revers de mort. Reste à entendre ce que le monde en dit : comment les témoins interprètent‑ils un geste dont ils ignorent la cause ? C'est l'objet du troisième mouvement.
III. Les deux verdicts : la folie et la honte
Dans le troisième mouvement, le récit cède la place au discours direct : deux voix jugent successivement le geste du héros. Gauvain le somme de renoncer à sa folie ; la demoiselle du château, qui sait la charrette, soutient au contraire qu'il a raison de souhaiter qu'on le tue. Ces deux verdicts opposés ont un point commun : l'amour leur échappe à tous deux, et le lecteur seul en détient la clé.
III.a. Le verdict de Gauvain : la folie
Le premier jugement est une remontrance amicale, qui nomme le geste sans en comprendre la cause.
Citation : « De grâce, sire, tenez‑vous en paix ! Pour Dieu, ne songez plus jamais à commettre pareille folie. »
Procédé principal : injonction à l'impératif (« tenez‑vous », « ne songez plus jamais »). Procédé secondaire : nom « folie », précédé du déterminant « pareille ».
Analyse. Les impératifs successifs « tenez‑vous en paix », « ne songez plus jamais » ramènent le héros du côté de la norme : on lui ordonne le repos et le renoncement. La formule « De grâce, sire » est une prière courtoise et « Pour Dieu » une invocation : l'ordre se donne sur le ton de la supplique, et cette déférence même dit l'effroi du témoin. Le nom « folie », qui traduit la « desverie » du texte original, range le geste dans le déraisonnable.
Effet sur le lecteur. Le lecteur perçoit le décalage : ce que Gauvain nomme folie, il vient de le lire comme amour.
Interprétation. Gauvain, le chevalier parfait selon la cour, dispose d'une seule grille de lecture : la raison. Vu du dehors, l'amour extatique est une folie ; l'ironie dramatique tient à ce que le lecteur, lui, sait ce que le personnage ignore. Le roman installe ainsi l'idée que l'amour courtois est illisible pour le monde, et qu'il faut un récit pour le comprendre.
Phrase de liaison. Mais une autre voix va contredire Gauvain : au nom de quoi peut‑on donner raison à un geste de mort ?
III.b. La contre‑attaque de la demoiselle : la question qui condamne
La demoiselle du château renverse le verdict de Gauvain par une question dont la réponse est déjà acquise.
Citation : « Est‑ce que la nouvelle de son infortune ne sera pas sue partout, qu'il est monté en charrette ? »
Procédé principal : interrogation oratoire interro‑négative (« Est‑ce que… ne sera pas… ? »).
Analyse. L'interrogation en « est‑ce que », combinée à la négation « ne sera pas », n'attend qu'une réponse : si, tout le monde le saura. Le futur « sera sue » donne à la divulgation la valeur d'une certitude, et l'adverbe « partout » l'étend à l'espace entier. La subordonnée finale « qu'il est monté en charrette » nomme la faute qui fonde tout le raisonnement.
Effet sur le lecteur. Le lecteur est sommé d'acquiescer à une évidence sociale : la honte de la charrette est publique et définitive.
Interprétation. La demoiselle juge le geste du héros à l'aune du code de l'honneur : monter dans la charrette vaut mort sociale, et la nouvelle en courra le monde. Son verdict est l'exact envers de celui de Gauvain : mourir n'est plus folie mais bon droit. Le roman fait ainsi dialoguer deux systèmes de valeurs autour d'un même corps penché dans le vide, sans qu'aucun des deux ne voie la vraie cause du geste.
Phrase de liaison. Jusqu'où ce verdict social peut‑il aller dans la condamnation d'une vie ?
★ III.c. La sentence ternaire : une vie vouée à la honte
La demoiselle clôt le passage par une sentence qui scelle le sort du héros.
Citation : « Sa vie est désormais vouée à la honte, au mépris et au malheur. »
Procédé principal : rythme ternaire (« à la honte, au mépris et au malheur »). Procédé secondaire : sentence au comparatif (« mieux vaudrait pour lui la mort que la vie »).
Analyse. Les trois compléments coordonnés « à la honte, au mépris et au malheur » tombent comme trois coups de marteau : le rythme ternaire donne au jugement la solennité d'une condamnation. L'adverbe « désormais » rend la sentence irréversible, et le verbe « vouée » en fait une fatalité. Juste avant, le comparatif « mieux vaudrait pour lui la mort que la vie » avait déjà inversé la hiérarchie la plus élémentaire, celle de la vie sur la mort.
Effet sur le lecteur. Le lecteur entend un verdict sans appel, prononcé par une voix sûre de son droit.
Interprétation. L'ironie du passage culmine ici : la demoiselle donne raison à une mort qu'elle croit motivée par la honte, quand l'amour en était la cause ; et cette mort, elle la veut infligée, « Il doit bien souhaiter qu'on le tue ». Le monde condamne à la mort sociale celui que l'amour venait de pousser à la mort réelle, et les deux verdicts se trompent de cause. Le roman donne ainsi sa mesure au scandale de la charrette : ce que la société voue « à la honte, au mépris et au malheur », le récit tout entier va entreprendre de le retourner en gloire.
Phrase de liaison vers la conclusion. Que retenir, dès lors, de cette scène où l'amour naît sous les yeux de témoins qui ne savent pas le voir ?
La clé ferme le parcours et ouvre la lecture de l’œuvre. La conclusion rédigée Le bilan et l’ouverture. Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
1. Récapitulation des mouvements. Cette scène à la fenêtre concentre en vingt‑sept vers la découverte du regard amoureux. Le premier mouvement fait surgir la reine dans un cortège de deuil, et seul le regard du héros sait la reconnaître de loin. Le deuxième mouvement transforme la contemplation en extase : le regard ne s'interrompt jamais, l'amant sort de lui‑même, et la disparition de la reine l'entraîne aussitôt vers le vide, dont Gauvain le retire à demi passé. Le troisième mouvement confronte les verdicts : folie pour Gauvain, bon droit pour la demoiselle, qui voue la vie du héros à la honte de la charrette.
2. Réponse à la problématique. Ainsi, la scène invente le regard amoureux comme une dépossession : voir la dame est devenu la condition de l'existence, et le monde, qui l'ignore, nomme ce vertige folie, ou honte.
3. Dépassement réflexif. L'écart entre ce que le lecteur sait et ce que les personnages comprennent fait de l'amour le secret du roman, illisible à tous sauf au récit qui le raconte.
4. Ouverture dans l’œuvre et le parcours. Cette première extase ouvre une série que le parcours « le roman et l'invention de l'amour » invite à suivre : le héros chevauchera bientôt perdu dans ses pensées, défaillira devant le peigne aux cheveux de la reine, et la nuit d'amour s'achèvera sur la formule qui résume tout : le corps s'en va, le cœur séjourne. La fenêtre, elle aussi, reviendra : fenêtre du rendez‑vous nocturne, petite fenêtre de la tour murée. Le groupe « tout entier », enfin, reparaîtra ailleurs dans le roman pour dire le don total de l'amant à sa dame : la chute de la fenêtre en donne ici la première mesure. De cette scène matinale datent à la fois le vocabulaire de l'extase amoureuse et le cadre où le roman ne cessera de la mettre en scène.
Le mémo rassemble les repères à garder pour l’oral. Le mémo de l’oral Ce qu’on dit vraiment en dix minutes. Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Ce qu'on dit vraiment, en parole continue : situer (30 s) · lire (90 s) · problématique · les mouvements en geste à quatre temps (citer → nommer → analyser → interpréter) · conclure. Il reprend tous les ★, pioche parmi les .
Auteur : Chrétien de Troyes, premier grand romancier français (XIIᵉ s.), cour de Champagne. Œuvre : Le Chevalier de la charrette (v. 1177), roman courtois de la quête de Lancelot pour délivrer et aimer la reine Guenièvre. Extrait : la scène de la fenêtre (v. 556‑582). Objet d'étude : le roman et le récit du Moyen Âge au XXIᵉ siècle. Parcours : le roman et l'invention de l'amour. Situation : lendemain de la charrette et de la nuit sur le lit interdit ; depuis la tour, le héros anonyme voit passer le cortège qui emmène la reine.
Problématique : comment cette scène à la fenêtre invente‑t‑elle le regard amoureux comme une extase qui dépossède le héros, au point que son entourage le range sous deux mots, la folie ou la honte ?
Plan :
Citations, procédés et interprétations essentiels :
Conclusion synthétique : la scène invente le regard amoureux comme dépossession de soi ; l'entourage la nomme folie, ou honte, et le lecteur seul détient le secret de l'amour.
Ouverture : cette première extase annonce le peigne, la nuit d'amour et la formule « le corps s'en va, le cœur séjourne » (v. 4697) ; le motif de la fenêtre court jusqu'à la tour murée, et le groupe « tout entier » reparaîtra dans le roman pour dire le don total de l'amant.
La table ordonne les procédés, leurs preuves et leurs effets. Le tableau des procédés Tout ce qui se révise en un coup d’œil. Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Synthèse énonciative et rhétorique
Hiérarchie claire pour la révision
Procédés essentiels à retenir
Idées essentielles à retenir
La porte vérifie que les neuf sous-parties sont toutes couvertes. Le tableau de couverture Vérifier qu’on n’a rien laissé de côté. Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Vérifie que le mémo dit tous les ★ et couvre les trois mouvements. S'il est vert, l'oral est sûr.
Les trois mouvements sont couverts, les quatre ★ figurent dans le mémo : couverture complète.
Le registre du dragon consigne les fautes qui coûtent des points. Les erreurs rédhibitoires Ce qui coûte des points, et pourquoi. Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Section A · erreurs de fond
Section B · erreurs de méthode à l'oral
Section C · formulations à proscrire
Section D · erreurs d'identification des procédés
Trois cases mettent la phrase à l’épreuve de la grammaire. L’analyse grammaticale Les trois questions au format de l’épreuve. Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Phrase 1
Phrase étudiée : « Il ne cessa pas un instant de la regarder, absorbé, ravi, aussi longtemps qu'il le put. »
Question de grammaire : Analyser les formes verbales de cette phrase et leurs valeurs.
Leçon de grammaire : ① le verbe.
Nature de la phrase. Phrase complexe, déclarative, négative, comportant une proposition principale et une subordonnée circonstancielle de temps.
Analyse grammaticale. Dans la principale, « cessa » inscrit au passé simple un événement envisagé dans ses limites. La construction aspectuelle « cesser de », suivie de l'infinitif « regarder », désigne normalement l'arrêt d'un procès ; placée sous « ne… pas » et renforcée par « un instant », elle affirme au contraire que le regard ne s'interrompt jamais. Le pronom « la » occupe la fonction de complément d'objet direct de l'infinitif et désigne la reine. Avec « aussi longtemps qu'il le put », la circonstancielle de temps fixe enfin le terme de cette contemplation : « put », autre passé simple, gouverne le pronom neutre « le », qui reprend l'action de regarder, et rapporte la durée aux seules forces du chevalier.
Justification du rattachement à la leçon. Cette phrase relève de la leçon ①, parce que l'analyse porte sur les formes verbales : temps du passé simple, périphrase aspectuelle « cesser de + infinitif » et emploi du verbe « pouvoir ».
Phrase 2
Phrase étudiée : « Pour Dieu, ne songez plus jamais à commettre pareille folie. »
Question de grammaire : Analyser la négation de cette phrase.
Leçon de grammaire : ⑥ formes et emplois de la négation.
Nature de la phrase. Phrase simple, injonctive, négative, construite autour d'un verbe à l'impératif.
Analyse grammaticale. Pivot de l'énoncé, « songez » porte la deuxième personne du pluriel de l'impératif présent : Gauvain formule une défense adressée avec déférence. Les trois marqueurs « ne », « plus » et « jamais » en ferment successivement la portée : le premier construit la négation, le deuxième exige la cessation, le troisième interdit toute récidive dans l'avenir. L'infinitif « commettre », précédé de « à », complète le verbe « songer » et reçoit pour objet direct le groupe « pareille folie ». Détachée avant l'ordre, l'invocation « Pour Dieu » vaut complément de phrase et donne à l'interdiction la forme pressante d'une supplication.
Justification du rattachement à la leçon. Cette phrase relève de la leçon ⑥, parce que l'objet principal de l'analyse est la négation « ne… plus jamais », sa composition et sa portée dans une phrase injonctive.
Phrase 3
Phrase étudiée : « Est‑ce que la nouvelle de son infortune ne sera pas sue partout, qu'il est monté en charrette ? »
Question de grammaire : Analyser la phrase interrogative et sa construction.
Leçon de grammaire : ⑤ l'interrogation.
Nature de la phrase. Phrase complexe, interrogative directe, négative, comportant une proposition interrogative principale et une subordonnée complétive complément du nom « nouvelle ».
Analyse grammaticale. « Est‑ce que » ouvre une interrogation directe portant sur la totalité de l'énoncé ; le point final interrogatif en confirme la modalité, tandis que la forme négative impose « si » comme réponse affirmative. Sujet de « sera sue », « la nouvelle de son infortune » commande ce futur passif. En entourant l'auxiliaire, « ne… pas » ne traduit pas une véritable incertitude : la question conduit à reconnaître que tous apprendront l'infortune, ce qui lui donne une valeur oratoire. Rejetée après le noyau nominal qu'elle précise, la complétive « qu'il est monté en charrette » explicite le contenu de « nouvelle ». Quant à « partout », cet adverbe assume la fonction de complément circonstanciel de lieu.
Justification du rattachement à la leçon. Cette phrase relève de la leçon ⑤, parce que l'analyse porte sur l'interrogation directe totale en « est‑ce que » et sur sa valeur oratoire lorsqu'elle se combine à la négation.
Leçon à retenir
Le réflexe, applicable à toute phrase. (1) nature de la phrase : simple ou complexe, déclarative, interrogative, exclamative ou injonctive, affirmative ou négative ; (2) nombre de verbes conjugués, donc de propositions ; (3) type de liens : juxtaposition, coordination, subordination ; (4) notion en jeu, parmi les sept leçons ① à ⑦ ; (5) natures et fonctions des groupes clés, puis rattachement à la notion.
Notions travaillées dans ce texte. ① le verbe : passé simple et périphrase aspectuelle (phrase 1) ; ⑥ négation « ne… plus jamais » dans une injonction (phrase 2) ; ⑤ interrogation directe en « est‑ce que » à valeur oratoire (phrase 3). Trois questions, données une fois en registre chaleureux (dans l'explication) et une fois ici, en registre glacial.
À l'oral. Réponse tenue en deux minutes selon la structure de l'article XLVII de la charte : nature de la phrase, construction visée, analyse, conclusion. Format actuel : monologue noté sur 2 points ; format 2028 : échange avec l'examinateur. Le réflexe est identique dans les deux cas, et il s'applique à une phrase non préparée.
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