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Le chevalier agenouillé devant le peigne aux cheveux d'or trouvé sur le perron

L’ESSENTIEL · PREMIÈRE · BAC DE FRANÇAIS

Comment des cheveuxpeuvent‑ils devenirune relique d’amour ?

Chrétien de Troyes, Le Chevalier de la charrette (vers 1177) — v. 1457‑1478

Parcours : « le roman et l'invention de l'amour »

L'essentiel

L’explication linéaire, puis le dossier de l’épreuve

D'abord l'explication à voix haute, en 13 volets : on lit, on comprend, on peut s'arrêter là. Ensuite, si tu veux la copie et l'oral, le dossier en 9 volets. Le sommaire les tient tous, à droite.

L’analyse qui s’affiche toute seule La réglure et la lumière qui descend Un parchemin réglé ; une barre d'or éclaire une ligne, et une étiquette sort dans la marge droite. Une flèche descend le long de la marge gauche. Ici tu ne lis pas : tu regardes lire. La lumière descend d’un vers à l’autre et laisse un nom dans la marge. Cliquer pour voir le site s’animer

Le texte

La relique — le texte
Le coffret et les cheveux‑relique ouvrent l’accès au passage.

TEXTE original · plus ancien manuscrit conservé du roman, celui qu'un copiste nommé Guiot a écrit vers 1230 et que garde la Bibliothèque nationale de France sous le numéro « français 794 », vers 1457 à 1478
Entre les mains de Lancelot, quelques cheveux deviennent une relique plus précieuse qu’un trésor. Le geste révèle un amour qui change un reste du corps aimé en objet sacré.

v.Vieux françoisTraduction
1457Et cil, qui vialt que le peigne ait,Et lui, qui veut bien qu'elle ait le peigne,
1458li done et les chevox an traitle lui donne, après en avoir retiré les cheveux,
1459si soëf que nul n'an deront.si doucement qu'il n'en rompt aucun.
1460Jamés oel d'ome ne verrontJamais yeux d'homme ne verront
1461nule chose tant enorer,chose entourée de tant d'honneurs :
1462qu'il les comance a aoreril commence à les adorer,
1463et bien cent mile foiz les tocheet bien cent mille fois les porte
1464et a ses ialz et a sa boche,à ses yeux, à sa bouche,
1465et a son front et a sa face.à son front, à son visage.
1466N'est joie nule qu'il n'an face :Il n'est joie qu'il n'en fasse :
1467molt s'an fet liez, molt s'an fet riche.il s'en fait heureux, il s'en fait riche.
1468An son sain pres del cuer les fiche,Il les place dans son sein, près du cœur,
1469entre sa chemise et sa char.entre sa chemise et sa chair.
1470N'en preïst pas chargié un charIl n'aurait pas préféré un char chargé
1471d'esmeraudes ne d'escharboncles;d'émeraudes et d'escarboucles ;
1472ne cuidoit mie que reonclesil ne croyait plus qu'un abcès
1473ne autres max jamés le praingne;ni aucun autre mal pût jamais l'atteindre ;
1474diamargareton desdaigneil dédaigne l'électuaire aux perles,
1475et pleüriche et tiriasque,le remède contre la pleurésie, la thériaque même,
1476neïs saint Martin et saint Jasque!et jusqu'à saint Martin et saint Jacques :
1477Car an ces chevox tant se fietant il se fie à ces cheveux,
1478qu'il n'a mestier de lor aïe.il n'a besoin d'aucun autre secours.

Assieds‑toi, le texte devant toi comme un coffret qu'on vient de poser sur la table. On va l'ouvrir ensemble, phrase après phrase : comprendre ce qui s'y joue, mettre un nom sur les procédés, préparer ce que tu diras à l'oral. Le couvercle ne se refermera que lorsque chaque pièce aura été regardée de près.

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Des mots rares ?Le coffre s’ouvre

La relique — l obstacle devient lisible
Le coffret et les cheveux‑relique rassemblent les premiers repères du passage.

Regarde la colonne de gauche : « diamargareton », « tiriasque », « escharboncles »… Rassure‑toi, même les spécialistes ouvrent des dictionnaires pour ces mots‑là. Ce sont des noms de remèdes et de pierres précieuses du Moyen Âge. La traduction te donne tout. Et sous ces mots étranges, la scène est d'une simplicité folle : un homme a trouvé des cheveux de la femme qu'il aime, restés dans un peigne. Et il les embrasse, les vénère, les garde sur son cœur. La scène tient tout entière là‑dedans.

Un jour viendra où tu présenteras cette page à l'oral, devant le dragon. Pour l'heure, oublie‑le. L'objectif du soir est de comprendre : ce que tu auras compris, tes propres mots le porteront le moment venu, et la récitation n'y entre pour rien.

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L’inventaire d’abord :que contient la scène ?

Trois questions suffisent pour dresser l'inventaire.

Qui parle ? Un narrateur qui raconte à la troisième personne. Mais ici, il ne se contente pas de raconter : il proclame, il en rajoute, il te prend à témoin. Tu vas l'entendre.

De quoi il parle ? De cheveux. Des cheveux de la reine Guenièvre, restés accrochés dans un peigne qu'elle a oublié sur une pierre. Et de ce que le héros, qui l'aime en secret, fait de ces cheveux.

Qu'est‑ce qu'il veut te faire comprendre ? Que pour cet amoureux, ces cheveux valent plus que tous les trésors, guérissent mieux que tous les remèdes, et remplacent même les saints. Autrement dit : son amour est devenu une religion. La pièce maîtresse du texte est déjà à toi.

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Le point du voyage :où en est l’histoire ?

La relique — la place dans le roman
Le coffret et les cheveux‑relique ordonnent la place du passage dans le roman.

Le héros, toujours sans nom, fait route vers le pays où la reine est retenue prisonnière. Une demoiselle chevauche avec lui. Près d'une fontaine, sur une pierre, ils ont trouvé un peigne d'ivoire où brillent des cheveux. La demoiselle vient de lui apprendre à qui ils sont : à la reine. À cette seule nouvelle, il a manqué de tomber de cheval. Notre texte commence juste après : il rend le peigne à la demoiselle, et garde les cheveux pour lui.

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Monter ton introduction, pièce par pièce

La relique — l introduction en six temps
Le coffret et les cheveux‑relique mettent en ordre les six temps de l’introduction.

L'introduction fait les présentations entre le texte et ton auditeur. Six phrases, posées dans cet ordre comme six pièces côte à côte dans l'écrin, et l'affaire est réglée.

Un, l'auteur.

ce que tu dis Chrétien de Troyes est le premier grand romancier français ; il écrit à la fin du XIIᵉ siècle, à la cour de Champagne.

Deux, l'œuvre.

ce que tu dis Le Chevalier de la charrette raconte la quête de Lancelot, qui accepte toutes les épreuves et toutes les hontes pour délivrer et aimer la reine Guenièvre.

Trois, l'endroit.

ce que tu dis Sur la route du royaume de Gorre, le héros a trouvé un peigne portant des cheveux de la reine ; il garde les cheveux et rend le peigne à la demoiselle qui l'escorte.

Quatre, ce que c'est.

ce que tu dis C'est un morceau descriptif et lyrique, une pause dans le récit, où le narrateur, très présent, commente et amplifie ce qu'il raconte.

Cinq, ta question (la problématique).

ce que tu dis On peut alors se demander comment ce passage transforme des cheveux en relique et l'amour en religion nouvelle, au risque du blasphème.

Six, le chemin (l'annonce).

ce que tu dis Le texte se lit en trois moments : le partage du peigne et des cheveux, la cérémonie de l'adoration, puis la surenchère finale, des trésors jusqu'aux saints.

L'introduction est en place. On soulève maintenant le couvercle du texte : à chaque trouvaille, je te montre le mot, je te donne son nom savant (le procédé), et la phrase à dire.

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Première étape :le partage met à part (vers 1457 à 1459)

La relique — premier mouvement
Le coffret et les cheveux‑relique font apparaître le premier mouvement du passage.

Tout commence par un partage : le peigne pour elle, les cheveux pour lui. Et regarde comme il les retire : « le lui donne, après en avoir retiré les cheveux, si doucement qu'il n'en rompt aucun ».

Arrête‑toi sur « si doucement que ». Ce petit couple de mots, « si… que », exprime une intensité et sa conséquence : la douceur est telle que pas un seul cheveu ne casse. En analyse, on parle d'une subordonnée consécutive. Le résultat donne la mesure du geste : zéro cheveu rompu. Le récit filme au ralenti une opération minuscule, comme si c'était l'acte le plus important du monde. Et c'est bien le sens : avant tout mot religieux, la délicatesse du geste fait déjà de ces cheveux des objets sacrés.

ce que tu dis La subordonnée consécutive « si doucement qu'il n'en rompt aucun » mesure la douceur du geste à son résultat : pas un cheveu cassé. Avant tout vocabulaire religieux, cette délicatesse extrême consacre déjà les cheveux : le geste les traite en reliques.

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Deuxième étape :la mise en châsse (vers 1460 à 1469)

La relique — deuxieme mouvement
Le coffret et les cheveux‑relique rendent visible le deuxième mouvement du passage.

Ici, le narrateur prend la parole, et il annonce rien de moins qu'un événement unique dans l'histoire : « Jamais yeux d'homme ne verront chose entourée de tant d'honneurs ».

Écoute cette phrase. « Jamais… ne verront » : la négation s'étend à tout l'avenir, et « yeux d'homme » convoque l'humanité entière. C'est une hyperbole, une exagération solennelle, prononcée par le narrateur lui‑même qui te prend à témoin. Et le mot « honneurs » n'est pas anodin : ce sont les honneurs qu'on rend aux corps saints.

ce que tu dis Par une hyperbole au futur, « Jamais yeux d'homme ne verront chose entourée de tant d'honneurs », le narrateur proclame la scène unique au monde et la place d'emblée dans le vocabulaire du culte : les « honneurs » sont ceux qu'on rend aux reliques.

Puis vient le mot le plus audacieux du passage : « il commence à les adorer, et bien cent mille fois les porte à ses yeux, à sa bouche, à son front, à son visage ». « Adorer », c'est le verbe réservé à Dieu : appliqué à des cheveux, ce seul verbe fait passer le sacré du côté de l'objet aimé. « Cent mille fois » : une hyperbole numérique, la démesure de la dévotion. Et l'énumération des parties du visage décompose la vénération en gestes successifs, comme les stations d'un office.

Écoute ensuite la joie qu'il en tire : « il s'en fait heureux, il s'en fait riche ». Deux propositions juxtaposées, taillées dans le même moule : même sujet, même verbe, même « en ». Seul l'attribut change, et il saute du sentiment à la fortune. Retiens ce mot, « riche » : c'est lui qui ouvre le trésor, et tout le troisième moment va s'y appuyer.

Puis il les range : « dans son sein, près du cœur, entre sa chemise et sa chair ». Trois compléments de lieu qui désignent le même endroit du corps, avec une précision croissante : le premier situe, le deuxième resserre, le troisième touche. Son propre corps devient le reliquaire.

ce que tu dis Le verbe « adorer », réservé à Dieu, l'hyperbole « cent mille fois » et l'énumération « à ses yeux, à sa bouche, à son front » font de l'amant l'officiant d'un culte ; la juxtaposition parallèle « il s'en fait heureux, il s'en fait riche » fait passer sa joie du sentiment à la fortune ; et les trois compléments de lieu « dans son sein, près du cœur, entre sa chemise et sa chair », de précision croissante, transforment son corps en reliquaire : un sacré charnel, au contact de la peau.

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Troisième étape :un trésor au‑dessusdes saints (vers 1470 à 1478)

La relique — troisieme mouvement
Le coffret et les cheveux‑relique conduisent jusqu’au troisième mouvement du passage.

Maintenant, le narrateur mesure ce que valent ces cheveux, et la liste monte, monte, jusqu'au vertige.

D'abord les richesses : « Il n'aurait pas préféré un char chargé d'émeraudes et d'escarboucles ». Le conditionnel passé imagine un marché qui n'aura pas lieu : on lui offrirait une cargaison entière de pierres précieuses, il refuserait. Les cheveux sont hors de prix parce que hors commerce. Et rappelle‑toi « riche », deux vers plus haut : le trésor était déjà annoncé.

Puis le texte quitte l'argent pour le corps, et c'est le vers qu'il ne faut surtout pas sauter : « il ne croyait plus qu'un abcès ni aucun autre mal pût jamais l'atteindre ». Regarde la construction : « ni » enchaîne les deux sujets sous la même négation, « jamais » étend l'exclusion à tout l'avenir, et le subjonctif « pût », appelé par la principale négative, range la maladie parmi les choses désormais écartées. Voilà le chaînon : les cheveux ne sont plus seulement précieux, ils guérissent. Sans ce vers, la surenchère qui suit, sur les remèdes puis sur les saints, arriverait sans raison.

ce que tu dis Le conditionnel passé « il n'aurait pas préféré un char chargé d'émeraudes » construit un échange fictif aussitôt refusé : la relique amoureuse échappe à toute valeur marchande. Puis le subjonctif « pût », sous une principale négative, écarte l'abcès et tout autre mal : la relique passe du prix au pouvoir, et devient talisman. C'est ce vers qui fonde la vertu guérisseuse sur laquelle va reposer toute la fin du passage.

Puis la liste décolle : « il dédaigne l'électuaire aux perles, le remède contre la pleurésie, la thériaque même, et jusqu'à saint Martin et saint Jacques ». Regarde les paliers : trois remèdes savants d'apothicaire, puis, d'un coup, deux saints. Cette montée en puissance s'appelle une gradation ascendante, et les petits mots « même » et « jusqu'à » marquent chaque marche. Saint Martin et saint Jacques, ce sont les grands saints guérisseurs des pèlerinages : dire que des cheveux les surpassent, c'est frôler le blasphème. Et le narrateur le sait : il laisse ouvertes les deux lectures, l'exaltation mystique et le sourire. C'est cette audace suspendue qui fait le prix du passage.

ce que tu dis La gradation ascendante « il dédaigne l'électuaire aux perles, le remède contre la pleurésie, la thériaque même, et jusqu'à saint Martin et saint Jacques » fait passer la relique au‑dessus de la médecine, puis des saints eux‑mêmes : l'hyperbole frôle sciemment le blasphème, et la religion d'amour concurrence la vraie sur son propre terrain, guérir et sauver.

Et la phrase finale referme le tout : « tant il se fie à ces cheveux, il n'a besoin d'aucun autre secours ». Regarde bien : l'adverbe d'intensité « tant » ouvre la proposition, et aucun « que » ne vient derrière ; les deux propositions sont simplement juxtaposées, et « tant » y donne la cause : c'est parce qu'il se fie à ce point aux cheveux que tout le reste devient inutile. Or « se fier », c'est le verbe de la foi, et « secours », le mot des prières aux saints. Cette dernière phrase a la forme d'un acte de foi : l'amant a changé de religion.

ce que tu dis L'adverbe d'intensité « tant », en tête d'une proposition juxtaposée, donne la cause de toute la surenchère : « tant il se fie à ces cheveux, il n'a besoin d'aucun autre secours ». Le verbe « se fier » et le nom « secours » sont empruntés à la prière : le passage se clôt sur un véritable credo, celui de la religion d'amour.

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Le fin mot :ce que garde le coffret

La relique — le sens rassemble
Le coffret et les cheveux‑relique font converger les indices vers la réponse.

Prends un peu de distance et regarde ce qui vient de passer entre tes mains. Un geste d'une douceur infinie a consacré les cheveux ; une cérémonie complète les a adorés et mis en châsse sur le cœur ; une surenchère finale les a placés au‑dessus des trésors, de la maladie, des remèdes et des saints, avant un acte de foi.

La réponse à ta problématique est là : ce passage transforme des cheveux en relique et l'amour en religion. La passion s'y invente des honneurs, des rites, des miracles et un credo. Et l'audace est calculée : en frôlant le blasphème sans jamais tomber dedans, Chrétien affirme que l'amour peut rivaliser avec le sacré officiel.

ce que tu dis En conclusion, le passage invente la religion de l'amour : les cheveux deviennent relique, le corps de l'amant reliquaire, et la foi amoureuse écarte la maladie, puis surpasse remèdes et saints. L'excès, entre exaltation et sourire, est une provocation maîtrisée.

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Ouvrir plus grand :l’œuvre et le parcours

La relique — l ouverture
Le coffret et les cheveux‑relique relient le passage à l’œuvre et au parcours.

Une explication aboutie garde le couvercle levé : elle ouvre le coffret plus grand, vers l'œuvre entière et vers ton parcours.

Regarde d'abord du côté de l'œuvre. Ce que le peigne commence, la nuit d'amour l'achèvera. Quand Lancelot rejoindra la reine dans sa chambre, le narrateur écrira qu'il s'incline devant elle et l'adore, « car en nul corps saint il ne croit autant » ; et en repartant, il saluera la chambre comme s'il était devant un autel. La scène des cheveux est la répétition générale de cette liturgie.

Tends ensuite le coffret vers le parcours, « le roman et l'invention de l'amour ». La religion d'amour est l'une des inventions les plus durables de ce roman : l'idée que la passion a ses rites, ses reliques et ses martyrs traversera la lyrique courtoise, Pétrarque, et toute la poésie amoureuse de l'Europe.

ce que tu dis Pour ouvrir, on peut remarquer que cette liturgie du peigne annonce la nuit d'amour, où Lancelot adorera la reine « car en nul corps saint il ne croit autant », et s'inclinera en partant comme devant un autel ; le passage inscrit ainsi l'œuvre dans le parcours « le roman et l'invention de l'amour », en fondant cette religion de la passion que la poésie européenne reprendra pendant des siècles.

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Rassemble les pièces :tout cela est à toi

La relique — la maitrise
Le coffret et les cheveux‑relique rassemblent les acquis en une seule vue.

Retourne au tableau du début et relis. Ces mots d'apothicaire qui t'arrêtaient ont livré leur secret, et surtout tu sais nommer ce que fait Chrétien : une consécutive, une hyperbole, le verbe « adorer » emprunté au culte, une énumération, une juxtaposition parallèle, un subjonctif d'éventualité écartée, une gradation ascendante, un acte de foi final. C'est très exactement ce que le dragon attend.

Dernière recommandation : à l'oral, choisis tes plus belles pièces : la douceur du geste, « adorer », l'immunité conquise, la gradation jusqu'aux saints, le credo final. Le dragon n'exige pas tout le coffre ; il veut une explication limpide, dans l'ordre du texte. Elle est déjà en ta possession.

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Au microscope :la grammaire

Trois phrases avant la rive Les trois dernières dalles de la lame avant la rive, numérotées un, deux, trois, et une flèche rouge qui indique la rive. ① ② ③
Trois dalles numérotées : après elles commence la rive de la grammaire.

L’adresse commune

Les sept leçons de grammaire

  1. Le verbe : valeurs temporelles, aspectuelles et modales.
  2. La phrase complexe : juxtaposition, coordination, subordination.
  3. La subordonnée relative : antécédent, syntaxe et fonction.
  4. La circonstancielle : cause, conséquence, but, condition, concession.
  5. L’interrogation : directe, indirecte, syntaxe et pragmatique.
  6. La négation : totale, partielle, exceptive et textuelle.
  7. Le lexique : néologie, synonymie, antonymie et hypéronymie.
  8. En plus, et tout le monde en a besoin L’accord du participe passé

Au fond du coffre, il reste la pièce qui rapporte deux points : la question de grammaire. À l'oral, le dragon te montre une phrase et pose une question précise ; tu y réponds. On s'entraîne sur trois, chacune sur une notion différente, toujours selon la même routine.

Le réflexe en cinq pas. Un, simple ou complexe ? compte les verbes conjugués. Deux, qu'est‑ce qu'on te demande de regarder ? Trois, analyse doucement, mot par mot. Quatre, nomme les natures et les fonctions. Cinq, conclus en nommant la notion.

La relique — grammaire chaude 1
La conséquence devient un objet manipulable dans l’univers de le coffret et les cheveux‑relique.

La conséquence

La relique — grammaire chaude 2
La négation devient un objet manipulable dans l’univers de le coffret et les cheveux‑relique.

La négation

La relique — grammaire chaude 3
Les liens entre propositions devient un objet manipulable dans l’univers de le coffret et les cheveux‑relique.

Les liens entre propositions

Première question : la conséquence. Le dragon te montre « Et lui, qui veut bien qu'elle ait le peigne, le lui donne, après en avoir retiré les cheveux, si doucement qu'il n'en rompt aucun. », et il demande : « Analysez le système corrélatif "si doucement qu'il n'en rompt aucun". » Cinq pas : quatre verbes conjugués, phrase complexe et déclarative ; ce qu'on regarde, c'est le couple « si… que », qui exprime l'intensité et sa conséquence ; attention au découpage, « si doucement » reste dans la principale « il le lui donne », où il est complément circonstanciel de manière, et la subordonnée commence à « que » : « qu'il n'en rompt aucun », circonstancielle de conséquence ; tu conclus en nommant la notion.

La relique — guichet 1
Au guichet de « La relique », la conséquence est isolé et contrôlé dans un diagramme qui n’appartient qu’à cette page.

ce que tu dis Cette phrase est complexe et déclarative. Le groupe adverbial « si doucement » appartient à la principale « il le lui donne », où il est complément circonstanciel de manière, et l'adverbe intensif « si » y porte sur « doucement ». La subordonnée est « qu'il n'en rompt aucun » : proposition subordonnée conjonctive circonstancielle de conséquence, introduite par « que » et appelée par « si ». Le corrélatif « si… que » mesure l'intensité de la douceur à son résultat.

Deuxième question : la négation. Le dragon te montre « Jamais yeux d'homme ne verront chose entourée de tant d'honneurs », et il demande : « Analysez la négation de cette phrase. » Cinq pas : un seul verbe conjugué, « verront », proposition simple, déclarative et négative ; ce qu'on regarde, c'est la négation en deux morceaux, « ne » devant le verbe et « jamais » antéposé en tête ; « jamais » tient la place de « pas » et étend l'exclusion à tout l'avenir, une négation totale ; tu conclus.

La relique — guichet 2
Au guichet de « La relique », la négation est isolé et contrôlé dans un diagramme qui n’appartient qu’à cette page.

ce que tu dis Cette proposition est déclarative et négative. La négation associe « ne », devant le verbe « verront », à l'adverbe « jamais », antéposé en tête de phrase : il tient la place de « pas » et étend la négation à la totalité du temps à venir. C'est une négation totale à portée universelle. On remarquera par ailleurs que le sujet « yeux d'homme » se passe de déterminant : la traduction conserve là un tour de l'ancien français, indépendant de la négation, et le groupe vaut pour l'espèce entière, les yeux de quelque homme que ce soit.

Troisième question : les liens entre propositions. Le dragon te montre « Il n'est joie qu'il n'en fasse : il s'en fait heureux, il s'en fait riche. », et il demande : « Analysez les relations entre les propositions de cette phrase. » Cinq pas : quatre verbes conjugués (« est », « fasse », « fait », « fait »), donc quatre propositions, phrase complexe ; « qu'il n'en fasse » est une subordonnée relative, où « que » est pronom relatif, complément d'objet direct de « fasse », et son antécédent le nom « joie » (et les deux négations s'annulent : il les fait toutes) ; après les deux‑points, « il s'en fait heureux » et « il s'en fait riche » sont posées côte à côte, sans mot de liaison, c'est la juxtaposition ; tu conclus.

La relique — guichet 3
Au guichet de « La relique », les liens entre propositions est isolé et contrôlé dans un diagramme qui n’appartient qu’à cette page.

ce que tu dis Cette phrase est complexe et déclarative ; elle compte quatre verbes conjugués, donc quatre propositions. Elle combine une subordonnée relative, « qu'il n'en fasse », où « que » est pronom relatif, complément d'objet direct de « fasse », avec pour antécédent le nom « joie », et deux négations qui s'annulent pour dire une totalité ; puis une juxtaposition : après les deux‑points, « il s'en fait heureux » et « il s'en fait riche » sont simplement posées côte à côte, en parallèle.

La relique — les cinq pas
Les cinq pas gravissent le coffret et les cheveux‑relique dans l’ordre : repérer, découper, nommer, justifier, conclure.

Tu as vu le geste : une phrase, une question posée, une réponse. Trois notions différentes, mais la même routine. La grammaire relève bien moins de la mémoire que du réflexe, et les réflexes viennent vite.

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Referme le coffretpour ce soir

Belle soirée de travail. Un texte plein de mots d'apothicaire et de saints guérisseurs t'a résisté un moment, puis il a rendu son trésor : tu sais maintenant qu'il invente la religion de l'amour, et tu sais le dire. Pose tes feuilles, respire : tout cela est engrangé.

À la prochaine séance. Un autre texte attend d'être ouvert.

↑ le fil

Fin de l'explication

Tu peux t'arrêter là. Ou continuer.

Ce que tu viens de lire, c'est le texte expliqué comme on l'explique à voix haute, à côté de toi. Si c'était ton but, c'est fini : tu as compris le texte.

Le dossier

Le même commentaire linéaire, sous l’angle institutionnel et administratif.

Deux feuillets se répondent : raconter clairement avant d’interpréter. Le texte, dit simplement On raconte ce qui se passe, sans jargon.

Idée générale du texte. Dans ce texte, le héros a trouvé un peigne où sont restés des cheveux de la reine, pour montrer qu'un simple objet touché par l'aimée devient à ses yeux un trésor sacré : il traite ces cheveux comme les croyants traitent les reliques des saints.

Situation simple. Celui qui agit est le héros, toujours anonyme, en route vers le pays où la reine est retenue. Une demoiselle l'accompagne. Sur une pierre, près d'une fontaine, ils ont trouvé un peigne oublié : la demoiselle lui a appris qu'il appartient à la reine, et cette seule nouvelle a failli le faire tomber de cheval. Le problème est le suivant : que peut valoir, pour un amoureux, un objet qui a touché la femme qu'il aime ?

Mouvement I. Dans ce mouvement, le héros donne le peigne à la demoiselle, mais garde pour lui les cheveux, qu'il retire un à un avec une douceur extrême, sans en casser un seul. L'idée importante est que sa manière de toucher ces cheveux montre déjà qu'ils sont, pour lui, sacrés.

Mouvement II. Dans ce mouvement, le narrateur décrit une vraie cérémonie : le héros adore les cheveux, les porte cent mille fois à ses yeux, à sa bouche, à son front, s'en dit heureux et riche, puis les place sur son cœur, contre sa peau. Le lecteur comprend que l'amoureux se comporte comme un croyant devant une relique.

Mouvement III. Dans ce mouvement, le narrateur dresse la liste de tout ce que les cheveux surpassent : les pierres précieuses, la maladie, à laquelle le héros se croit désormais soustrait, les remèdes des médecins, et même les grands saints guérisseurs. La leçon du passage est que l'amour du héros est devenu une religion, avec sa relique et sa foi, au point de rivaliser avec la vraie.

Phrase finale pour l'élève. Dans ce passage, Chrétien de Troyes raconte l'adoration des cheveux de la reine pour montrer que l'amour courtois s'invente une religion : l'objet aimé vaut plus que tous les trésors, guérit mieux que tous les remèdes et remplace les saints eux‑mêmes. Le texte ose beaucoup, et il le sait : c'est l'un des passages les plus audacieux du roman.


La plume ouvre la copie et conduit vers la question. L’introduction rédigée Ce qu’on écrit en tête de copie, mot pour mot.

Étape 1 : présentation de l'auteur. Chrétien de Troyes est le premier grand romancier français. Actif dans la seconde moitié du XIIᵉ siècle, à la cour de Champagne, il a fixé les formes du roman courtois et mis au cœur de ses récits la question de l'amour.

Étape 2 : présentation de l'œuvre. Écrit vers 1177 à la demande de la comtesse Marie de Champagne, Le Chevalier de la charrette raconte l'enlèvement de la reine Guenièvre et la quête du chevalier Lancelot, qui accepte toutes les épreuves et toutes les hontes pour la délivrer et l'aimer. Le roman, œuvre courtoise, invente un amour qui soumet l'honneur chevaleresque à la volonté d'une femme.

Étape 3 : situation de l'extrait. Sur la route du royaume de Gorre, où la reine est retenue, le héros chemine escorté d'une demoiselle. Près d'une fontaine, ils ont trouvé sur un perron un peigne d'ivoire où sont restés des cheveux ; la demoiselle vient de lui révéler qu'ils sont ceux de la reine, et cette nouvelle a manqué de le jeter à bas de son cheval. L'extrait s'ouvre au moment du partage : le peigne pour la demoiselle, les cheveux pour lui.

Étape 4 : caractérisation du passage. Le passage relève du récit à la troisième personne, mais le narrateur y est très présent : il commente, proclame, amplifie, prend le lecteur à témoin. La scène est un morceau descriptif et lyrique, une pause dans le récit, où le registre religieux envahit le récit amoureux, avec une pointe d'humour qui laisse le jugement en suspens.

Étape 5 : problématique. Il convient de se demander comment ce passage transforme des cheveux en relique et l'amour en religion nouvelle, au risque, sciemment mesuré, du blasphème.

Étape 6 : annonce des mouvements. Le premier mouvement étudiera le geste du partage : comment la seule douceur d'un geste peut‑elle consacrer un objet ? Le deuxième mouvement suivra la liturgie de l'adoration : par quels rites l'amant transforme‑t‑il des cheveux en objet de culte ? Le troisième mouvement analysera la surenchère finale : que signifie une relique d'amour qui surpasse les trésors, les remèdes et jusqu'aux saints guérisseurs ?


La relique se construit mouvement après mouvement. L’explication linéaire L’analyse complète, mouvement par mouvement.

Découpage du texte

Premier mouvement : le partage et le geste déjà sacré. De « Et lui, qui veut bien » à « qu'il n'en rompt aucun ».

Deuxième mouvement : la liturgie de l'adoration. De « Jamais yeux d'homme » à « entre sa chemise et sa chair ».

Troisième mouvement : la relique souveraine, des trésors aux saints. De « Il n'aurait pas préféré » à « il n'a besoin d'aucun autre secours ».


I. Le partage et le geste déjà sacré

Dans le premier mouvement, une seule phrase règle le sort des deux objets : le peigne ira à la demoiselle, les cheveux resteront à l'amant. Le récit s'attarde sur la manière dont le héros retire les cheveux du peigne, et cette manière dit tout : avant tout vocabulaire religieux, la délicatesse du geste consacre déjà l'objet.

★ I.a. Une douceur mesurée à son résultat

Le retrait des cheveux est décrit avec une précision qui en fait un geste d'orfèvre, ou d'officiant.

Citation : « le lui donne, après en avoir retiré les cheveux, si doucement qu'il n'en rompt aucun »

Procédé principal : subordonnée consécutive d'intensité (« si doucement qu'il n'en rompt aucun »).

Analyse. L'adverbe intensif « si » porte sur « doucement » et appelle la subordonnée de conséquence « qu'il n'en rompt aucun » : la douceur est telle que pas un cheveu ne casse. Le degré du geste se mesure ainsi à son résultat, chiffrable et vérifiable : zéro cheveu rompu. Le récit ralentit sur une opération minuscule, détaillée comme un acte d'importance.

Effet sur le lecteur. Le lecteur voit le geste au ralenti, comme filmé de près.

Interprétation. Cette délicatesse extrême traite les cheveux en matière infiniment précieuse et fragile : avant tout mot religieux, le geste en fait déjà des reliques. Le partage est lui aussi signifiant : à la demoiselle l'objet utile, le peigne ; à l'amant ce qui a touché le corps de la reine. L'amour courtois se reconnaît à cette hiérarchie inversée, où le débris vaut plus que l'objet.

Phrase de liaison. Avec quelle précision le récit mesure‑t‑il le soin donné à ce prélèvement minuscule ?

I.b. « Si doucement » : un geste mesuré à zéro perte

La douceur n’est pas seulement affirmée : sa conséquence permet de la vérifier.

Citation : « si doucement qu’il n’en rompt aucun »

Procédé principal : subordonnée consécutive d’intensité (« si… que »). Procédé secondaire : négation totale portant sur « aucun ».

Analyse. L’intensif « si » appelle une conséquence concrète : pas un cheveu n’est rompu. Le soin devient donc mesurable, et le récit ralentit sur le résultat exact du geste.

Effet sur le lecteur. Le lecteur suit l’opération comme un travail d’orfèvre accompli au ralenti.

Interprétation. Cette précision consacre les cheveux avant même le vocabulaire religieux : ce qui ne peut souffrir la moindre perte possède déjà la fragilité et la valeur d’une relique.

Phrase de liaison. Que signifie alors le partage entre le peigne rendu et les cheveux conservés ?

I.c. Le peigne à la demoiselle, les cheveux à l’amant

Le partage final du geste oppose l’objet utile à la trace du corps aimé.

Citation : « le lui donne, après en avoir retiré les cheveux »

Procédé principal : opposition entre l’objet donné et ce qui en est retiré. Procédé secondaire : antériorité marquée par « après en avoir retiré ».

Analyse. Le peigne peut être rendu seulement après que les cheveux en ont été séparés. L’ordre syntaxique reproduit l’ordre du geste : prélever d’abord la trace de la reine, abandonner ensuite l’objet ordinaire.

Effet sur le lecteur. Le lecteur comprend que la valeur ne réside pas dans le peigne, mais dans ce qui a touché le corps de la reine.

Interprétation. L’amour courtois inverse l’échelle commune : l’objet utile revient à la demoiselle, le débris sans prix matériel devient le trésor de l’amant. Le culte du mouvement suivant est ainsi préparé.

Transition vers le mouvement II. Ainsi, le premier mouvement consacre les cheveux par la seule douceur d'un geste. Mais que va faire l'amant de ce trésor conquis ? Le deuxième mouvement le montre : il va l'adorer, au sens propre du terme.


II. La liturgie de l'adoration

Dans le deuxième mouvement, le narrateur hausse le ton et décrit une véritable cérémonie : proclamation inaugurale qui prend l'humanité à témoin, verbe « adorer », gestes répétés cent mille fois, joie déclarée, et pour finir mise en place des cheveux sur le cœur, contre la peau. La scène transpose méthodiquement le culte des reliques dans le registre amoureux.

★ II.a. La proclamation du narrateur : un événement sans égal

Avant de décrire, le narrateur proclame que ce qui va suivre est unique dans l'histoire des hommes.

Citation : « Jamais yeux d'homme ne verront chose entourée de tant d'honneurs »

Procédé principal : hyperbole au futur à valeur universelle (« Jamais… ne verront »). Procédé secondaire : intervention du narrateur prenant le lecteur à témoin.

Analyse. L'adverbe « Jamais », placé en tête de phrase, étend la négation à la totalité du temps à venir, et le futur « verront » donne à la phrase la portée d'une prophétie : personne, jamais, ne verra pareille scène. Le sujet généralisant « yeux d'homme » convoque l'humanité entière comme témoin. Le nom « honneurs », au pluriel, appartient au vocabulaire du culte : ce sont les honneurs qu'on rend aux corps saints.

Effet sur le lecteur. Le lecteur est sommé d'assister à un spectacle proclamé unique au monde.

Interprétation. Le narrateur hausse un geste minuscule, embrasser des cheveux, au rang d'événement sans précédent ni lendemain. Cette solennité est à double fond : elle sacralise la scène et, par son excès même, laisse sourire. Le récit se fait liturgie, mais une liturgie dont le narrateur, complice, mesure l'énormité.

Phrase de liaison. En quoi consiste au juste ce culte que le narrateur annonce sans égal ?

II.b. Adorer : le mot de Dieu pour des cheveux

Le rite est nommé par le verbe le plus fort du vocabulaire religieux, puis détaillé geste par geste.

Citation : « il commence à les adorer, et bien cent mille fois les porte à ses yeux, à sa bouche, à son front, à son visage »

Procédé principal : verbe « adorer », emprunté au vocabulaire du culte. Procédé secondaire : hyperbole numérique (« cent mille fois ») et énumération des parties du visage.

Analyse. Le verbe « adorer » désigne, dans la langue médiévale comme dans la nôtre, le culte rendu à Dieu et aux choses saintes : appliqué à des cheveux, il opère un transfert du sacré vers l'objet aimé. L'hyperbole « cent mille fois » démultiplie le geste jusqu'à l'invraisemblable. L'énumération « à ses yeux, à sa bouche, à son front, à son visage » décompose la vénération en stations successives, comme les gestes rituels d'un office.

Effet sur le lecteur. Le lecteur assiste à une cérémonie privée, minutieuse et démesurée à la fois.

Interprétation. L'amant se fait l'officiant d'un culte dont la reine est la sainte et les cheveux la relique. Les stations du visage, yeux, bouche, front, miment les gestes de la dévotion, à la façon dont le fidèle baise et touche la relique. Le corps de l'amant devient l'instrument d'une religion nouvelle, dont ce passage invente les rites.

Phrase de liaison. Quelle joie tire‑t‑il du rite, et où placera‑t‑il enfin la relique ?

II.c. La joie, puis le reliquaire intime : le cœur sous la chemise

Le rite s'achève sur une joie déclarée, puis sur la mise en châsse : les cheveux trouvent leur place définitive sur le corps de l'amant.

Citation : « il s'en fait heureux, il s'en fait riche. Il les place dans son sein, près du cœur, entre sa chemise et sa chair. »

Procédé principal : trois compléments circonstanciels de lieu de précision croissante (« dans son sein, près du cœur, entre sa chemise et sa chair »). Procédé secondaire : deux propositions juxtaposées de construction parallèle (« il s'en fait heureux, il s'en fait riche »).

Analyse. Les deux propositions juxtaposées « il s'en fait heureux, il s'en fait riche » se répondent mot pour mot, même sujet, même verbe pronominal, même pronom « en » : seul l'attribut change, et il change de registre, du sentiment (« heureux ») à la fortune (« riche »). Ce dernier mot ouvre le réseau du trésor que le mouvement III déploiera. Les trois compléments de lieu qui suivent désignent ensuite un seul et même endroit du corps avec une précision croissante : « dans son sein » situe, « près du cœur » resserre, « entre sa chemise et sa chair » touche. Le trajet conduit du dedans du vêtement au contact direct de la peau, au plus près de l'organe que la tradition courtoise désigne comme le siège de l'amour.

Effet sur le lecteur. Le lecteur suit le trajet de la relique jusqu'au contact de la chair, dans une intimité presque troublante.

Interprétation. L'amant se dit « riche » d'un débris sans valeur marchande : la possession des cheveux vaut une fortune, et le mot annonce déjà le char de gemmes refusé. Le corps de l'amant devient reliquaire : le cœur sert de châsse aux cheveux de la reine. Ce sacré reste charnel, « entre sa chemise et sa chair » : la religion d'amour consacre le contact des corps au lieu de le fuir. Les cheveux, qui ont touché la reine, touchent désormais l'amant : l'objet fait le pont entre les deux corps séparés.

Transition vers le mouvement III. Le deuxième mouvement a institué le culte : relique, rites, reliquaire. Restait à en proclamer la puissance : c'est l'objet du troisième mouvement, qui dresse la liste de tout ce que la relique surpasse.


III. La relique souveraine : des trésors aux saints

Dans le troisième mouvement, le narrateur mesure la valeur des cheveux par une série de comparaisons négatives : ni les pierres précieuses, ni la maladie, ni les remèdes savants, ni les saints guérisseurs eux‑mêmes ne tiennent devant eux. La gradation monte des biens de ce monde aux puissances du ciel, et frôle sciemment le blasphème avant de se refermer sur un acte de foi.

III.a. Le trésor congédié, le corps rendu invulnérable

La valeur de la relique se mesure d'abord à ce qu'elle congédie : un chargement de pierres précieuses, puis la maladie elle‑même.

Citation : « Il n'aurait pas préféré un char chargé d'émeraudes et d'escarboucles ; il ne croyait plus qu'un abcès ni aucun autre mal pût jamais l'atteindre »

Procédé principal : conditionnel passé à valeur d'irréel (« n'aurait pas préféré »). Procédé secondaire : complétive au subjonctif sous une principale négative (« pût jamais l'atteindre »). Procédé secondaire : lexique du trésor, ouvert au vers précédent (« riche », « un char chargé », « émeraudes », « escarboucles »).

Analyse. Le conditionnel passé « n'aurait pas préféré » construit un marché fictif, aussitôt refusé : offrirait‑on un char entier de gemmes, l'échange n'aurait pas lieu. La démesure du chargement, « un char chargé », donne la mesure du refus : ce ne sont pas quelques pierres mais une cargaison que l'amant dédaigne, et le mot « riche », deux vers plus haut, avait déjà ouvert ce réseau du trésor. La phrase suivante quitte l'argent pour le corps : « il ne croyait plus qu'un abcès ni aucun autre mal pût jamais l'atteindre ». La conjonction « ni » coordonne les deux sujets sous la portée de la négation, l'adverbe « jamais » étend l'exclusion à tout l'avenir, et le subjonctif « pût », appelé par la principale négative, range la maladie parmi les éventualités désormais écartées.

Effet sur le lecteur. Le lecteur mesure la valeur de la relique à l'énormité de ce qui ne l'achète pas, puis la voit passer du prix au pouvoir.

Interprétation. La valeur des cheveux échappe à l'économie marchande : ils sont hors de prix parce que hors commerce. L'amour courtois institue sa propre échelle des valeurs, où le débris du corps aimé pèse plus qu'un trésor. Puis la relique change d'ordre : de bien précieux, elle devient talisman, et le héros se croit immunisé contre l'abcès et contre tout mal. C'est ce chaînon qui fonde la vertu guérisseuse de la relique, et sans lui la surenchère sur les remèdes et les saints arriverait sans motif.

Phrase de liaison. Si les cheveux guérissent, que valent encore ceux dont c'est le métier de guérir ?

★ III.b. La gradation qui frôle le blasphème

La relique surclasse maintenant la médecine, puis les intercesseurs du ciel eux‑mêmes.

Citation : « il dédaigne l'électuaire aux perles, le remède contre la pleurésie, la thériaque même, et jusqu'à saint Martin et saint Jacques »

Procédé principal : gradation ascendante, des remèdes d'apothicaire aux saints guérisseurs. Procédé secondaire : adverbes de renchérissement (« même », « jusqu'à »).

Analyse. L'énumération commence par trois remèdes savants, l'électuaire aux perles, le remède contre la pleurésie, la thériaque, produits fameux des apothicaires médiévaux, dont l'étalage technique authentifie le miracle. Les adverbes « même » puis « jusqu'à » marquent deux paliers d'enchérissement, et le second fait franchir une frontière : après la pharmacie, les saints. Saint Martin et saint Jacques sont alors les intercesseurs les plus populaires de la chrétienté, ceux des grands pèlerinages guérisseurs. Le verbe « dédaigne », enfin, dit mieux qu'un refus : un mépris.

Effet sur le lecteur. Le lecteur sent monter l'audace, palier par palier, jusqu'au vertige : peut‑on écrire cela ?

Interprétation. La gradation proclame que la relique amoureuse surpasse les intercesseurs officiels sur leur propre terrain, guérir et sauver. L'hyperbole frôle sciemment le blasphème : la religion d'amour concurrence la religion établie au lieu de s'y ajouter. Reste l'ambiguïté du ton, exaltation mystique ou satire discrète : le narrateur laisse les deux lectures ouvertes, et c'est cette suspension qui fait l'audace du passage.

Phrase de liaison. Sur quoi peut se refermer une telle surenchère, sinon sur une profession de foi ?

III.c. L'acte de foi final

La période se clôt par une formule qui donne sa raison à toute la surenchère : la confiance absolue de l'amant.

Citation : « tant il se fie à ces cheveux, il n'a besoin d'aucun autre secours »

Procédé principal : adverbe d'intensité « tant » en tête de proposition juxtaposée, à valeur causale (« tant il se fie à ces cheveux, il n'a besoin d'aucun autre secours »). Procédé secondaire : verbe « se fier » et nom « secours », empruntés au vocabulaire de la prière.

Analyse. L'adverbe d'intensité « tant » ouvre une proposition juxtaposée à la suivante, sans « que » corrélatif : la construction donne l'intensité de la confiance comme la cause de tout ce qui précède. C'est parce qu'il se fie à ce point aux cheveux que remèdes et saints deviennent inutiles. Le verbe « se fier » est le verbe même de la foi, et « secours » le mot des prières adressées aux saints protecteurs. Le déterminant « aucun » referme la phrase sur une exclusion totale.

Effet sur le lecteur. Le lecteur reconnaît, dans cette phrase conclusive, la forme d'un credo.

Interprétation. La clausule a la structure d'un acte de foi : l'amant croit en ces cheveux comme le fidèle en son saint, et cette foi le dispense de tout autre secours. Le passage s'achève ainsi sur une conversion accomplie : l'amant a changé de religion, et le roman vient d'inventer la religion de l'amour, avec sa relique, ses rites et son credo.

Phrase de liaison vers la conclusion. Que retenir, dès lors, de cette scène où des cheveux deviennent l'objet le plus puissant du monde ?


La clé ferme le parcours et ouvre la lecture de l’œuvre. La conclusion rédigée Le bilan et l’ouverture.

1. Récapitulation des mouvements. Ce passage accomplit en vingt‑deux vers une consécration. Le premier mouvement consacre les cheveux par la seule douceur du geste qui les retire, un à un, sans en rompre aucun. Le deuxième mouvement institue le culte : proclamation inaugurale du narrateur, adoration, gestes répétés cent mille fois, joie de celui qui s'en fait « riche », mise en châsse des cheveux sur le cœur, entre la chemise et la chair. Le troisième mouvement en proclame la puissance par une gradation qui congédie les trésors, puis la maladie elle‑même, puis les remèdes savants et jusqu'aux saints guérisseurs, avant de se refermer sur un acte de foi.

2. Réponse à la problématique. Ainsi, le texte transforme des cheveux en relique et l'amour en religion nouvelle : la passion possède désormais ses honneurs, ses rites, ses miracles et son credo.

3. Dépassement réflexif. L'audace est calculée : en frôlant le blasphème sans jamais trancher entre exaltation et sourire, Chrétien affirme que l'amour peut rivaliser avec le sacré officiel sur son propre terrain.

4. Ouverture dans l’œuvre et le parcours. Cette liturgie du peigne prépare la plus audacieuse des scènes du roman : la nuit d'amour, écrite tout entière dans le même code, où Lancelot s'inclinera devant la reine et l'adorera, « car en nul corps saint il ne croit autant » (v. 4652‑4653), avant de quitter la chambre en s'inclinant « comme s'il était devant un autel ». Le parcours « le roman et l'invention de l'amour » trouve ici l'une de ses inventions majeures : la religion d'amour, que reprendront des siècles de poésie, de la lyrique courtoise à Pétrarque et au‑delà.


Le mémo rassemble les repères à garder pour l’oral. Le mémo de l’oral Ce qu’on dit vraiment en dix minutes.

Ce qu'on dit vraiment, en parole continue : situer (30 s) · lire (90 s) · problématique · les mouvements en geste à quatre temps (citer → nommer → analyser → interpréter) · conclure. Il reprend tous les ★, pioche parmi les .

Auteur : Chrétien de Troyes, premier grand romancier français (XIIᵉ s.), cour de Champagne. Œuvre : Le Chevalier de la charrette (v. 1177), roman courtois de la quête de Lancelot pour délivrer et aimer la reine Guenièvre. Extrait : la relique, les cheveux de la reine (v. 1457‑1478). Objet d'étude : le roman et le récit du Moyen Âge au XXIᵉ siècle. Parcours : le roman et l'invention de l'amour. Situation : en route vers le royaume de Gorre, le héros a trouvé un peigne portant des cheveux de la reine ; il garde les cheveux, rend le peigne.

Problématique : comment ce passage transforme‑t‑il des cheveux en relique et l'amour en religion nouvelle, au risque, sciemment mesuré, du blasphème ?

Plan :

  • I. Le partage et le geste déjà sacré (v. 1457‑1459).
  • II. La liturgie de l'adoration (v. 1460‑1469).
  • III. La relique souveraine : des trésors aux saints (v. 1470‑1478).

Citations, procédés et interprétations essentiels :

  • ★ « si doucement qu'il n'en rompt aucun » → subordonnée consécutive d'intensité → la douceur mesurée à son résultat : le geste consacre déjà la relique.
  • ★ « Jamais yeux d'homme ne verront chose entourée de tant d'honneurs » → hyperbole au futur universel + narrateur témoin → la scène proclamée unique ; « honneurs », mot du culte.
  • « il commence à les adorer, et bien cent mille fois les porte à ses yeux, à sa bouche » → verbe « adorer », emprunté au culte + hyperbole numérique → l'amant officiant d'un culte nouveau.
  • « il s'en fait heureux, il s'en fait riche. Il les place dans son sein, près du cœur, entre sa chemise et sa chair » → juxtaposition parallèle + trois compléments de lieu de précision croissante → « riche » ouvre le trésor ; le corps devient reliquaire, un sacré charnel.
  • « Il n'aurait pas préféré un char chargé d'émeraudes… il ne croyait plus qu'un abcès ni aucun autre mal pût jamais l'atteindre » → irréel + subjonctif sous principale négative → la relique hors commerce, puis talisman : le chaînon qui fonde la vertu guérisseuse.
  • ★ « il dédaigne l'électuaire aux perles… et jusqu'à saint Martin et saint Jacques » → gradation ascendante + « même », « jusqu'à » → la relique surclasse remèdes puis saints : le blasphème frôlé.
  • « tant il se fie à ces cheveux, il n'a besoin d'aucun autre secours » → adverbe « tant » en tête, à valeur causale + les mots de la prière → un acte de foi : la conversion à la religion d'amour.

Conclusion synthétique : des cheveux deviennent relique, l'amour devient religion, avec ses rites, ses miracles et son credo ; l'audace, entre exaltation et sourire, reste calculée.

Ouverture : la nuit d'amour reprendra le même code : « il s'incline devant elle et l'adore, car en nul corps saint il ne croit autant » (v. 4652‑4653) ; la religion d'amour nourrira des siècles de poésie.


La table ordonne les procédés, leurs preuves et leurs effets. Le tableau des procédés Tout ce qui se révise en un coup d’œil.
Procédé désigné Analyse dans le texte Effet sur le lecteur Interprétation
Subordonnée consécutive (« si doucement qu'il n'en rompt aucun ») La douceur mesurée à son résultat : aucun cheveu rompu Geste vu au ralenti La délicatesse consacre les cheveux avant tout mot religieux
Récit ralenti sur un geste minuscule Le retrait des cheveux détaillé comme un acte majeur Attention concentrée L'amour courtois inverse les échelles : le minuscule devient capital
Hyperbole au futur universel (« Jamais yeux d'homme ne verront ») Négation étendue à tout le temps à venir Solennité prophétique La scène proclamée unique dans l'histoire des hommes
Intervention du narrateur Le récit prend le lecteur à témoin Complicité amusée ou émue Une liturgie dont le narrateur mesure l'énormité
Verbe « adorer » et nom « honneurs » Deux mots du culte appliqués à des cheveux Surprise, presque scandale Transfert du sacré vers l'objet aimé
Hyperbole numérique (« cent mille fois ») Le geste démultiplié jusqu'à l'invraisemblable Démesure sensible La dévotion amoureuse ignore la mesure
Énumération des stations (« à ses yeux, à sa bouche, à son front, à son visage ») La vénération décomposée geste par geste Cérémonie minutieuse Les rites d'un office privé : l'amant officiant
Juxtaposition parallèle (« il s'en fait heureux, il s'en fait riche ») Deux propositions de même moule, l'attribut seul change Rythme binaire « Riche » fait passer la joie du sentiment à la fortune
Trois compléments de lieu de précision croissante (« dans son sein, près du cœur, entre sa chemise et sa chair ») Un même point du corps, désigné de plus en plus précisément Intimité troublante Le corps reliquaire ; un sacré charnel, au contact de la peau
Conditionnel passé d'irréel (« n'aurait pas préféré ») Marché fictif aussitôt refusé Mesure par l'énormité du refus La relique hors de prix parce que hors commerce
Lexique du trésor (« riche », « un char chargé », « émeraudes », « escarboucles ») Un réseau qui court de la joie au refus de la cargaison Éblouissement inutile L'économie courtoise détrône l'économie marchande
Complétive au subjonctif sous principale négative (« pût jamais l'atteindre ») La maladie rangée parmi les éventualités écartées Passage du prix au pouvoir La relique devient talisman : le chaînon qui fonde la vertu guérisseuse
Gradation ascendante (remèdes → saints) Trois remèdes savants, puis saint Martin et saint Jacques Audace croissante La relique amoureuse concurrence les intercesseurs officiels
Adverbes de renchérissement (« même », « jusqu'à ») Deux paliers de surenchère Vertige du franchissement Le second palier passe de la pharmacie au ciel : blasphème frôlé
Verbe « dédaigne » Plus qu'un refus : un mépris Provocation perçue L'amant regarde de haut ce que le monde vénère
Adverbe « tant » en tête de proposition juxtaposée, à valeur causale (« tant il se fie… ») L'intensité de la foi donnée pour cause de toute la surenchère Forme d'un credo Acte de foi final : la conversion à la religion d'amour
Verbe « se fier » et nom « secours » Deux mots de la confiance religieuse et de la prière Gravité conclusive Les cheveux, objet de foi : l'amant a changé de religion

Synthèse énonciative et rhétorique

Procédé désigné Analyse dans le texte Effet sur le lecteur Interprétation
Narrateur très présent (proclamation, surenchère) Le récit commente et amplifie au lieu de raconter Connivence Le narrateur orchestre le culte et en mesure l'excès
Registre religieux continu Honneurs, adorer, saints, se fier, secours : le réseau tient à l'échelle de l'extrait Cohérence d'un code La scène transpose méthodiquement le culte des reliques
Ambiguïté du ton Exaltation mystique ou satire discrète, jamais tranchée Jugement suspendu L'audace est calculée : les deux lectures se soutiennent
Pause descriptive Une scène immobile, tout entière descriptive Temps suspendu Le récit s'arrête pour fonder la religion d'amour

Hiérarchie claire pour la révision

Procédés essentiels à retenir

Les trois ★, ceux que le mémo reprend et que le tableau de couverture vérifie :

  • Subordonnée consécutive (« si doucement qu'il n'en rompt aucun ») · mouvement I.
  • Hyperbole au futur universel (« Jamais yeux d'homme ne verront ») · mouvement II.
  • Gradation ascendante des remèdes aux saints (« et jusqu'à saint Martin et saint Jacques ») · mouvement III.

Idées essentielles à retenir

  • Le geste précède le vocabulaire : la douceur du retrait consacre déjà la relique.
  • L'amant est l'officiant d'un culte dont la reine est la sainte et les cheveux la relique.
  • Le corps de l'amant devient reliquaire : un sacré charnel, au contact de la peau.
  • L'immunité que le héros se croit acquise fonde la vertu guérisseuse de la relique, et prépare la gradation.
  • La gradation finale fait passer la relique au‑dessus des remèdes, puis des saints : blasphème frôlé.
  • La clausule a la forme d'un acte de foi : l'amour est devenu une religion.
  • Le ton reste suspendu entre exaltation et sourire : l'audace est calculée.

La porte vérifie que les neuf sous-parties sont toutes couvertes. Le tableau de couverture Vérifier qu’on n’a rien laissé de côté.

Vérifie que le mémo dit tous les ★ et couvre les trois mouvements. S'il est vert, l'oral est sûr.

Mouvement Procédé ★ (incontournable) Dans le mémo ?
I subordonnée consécutive (« si doucement qu'il n'en rompt aucun ») : le geste consacre oui
II hyperbole au futur universel (« Jamais yeux d'homme ne verront ») : la scène proclamée unique oui
III gradation ascendante (« jusqu'à saint Martin et saint Jacques ») : le blasphème frôlé oui

Les trois mouvements sont couverts, les trois ★ figurent dans le mémo : couverture complète.


Le registre du dragon consigne les fautes qui coûtent des points. Les erreurs rédhibitoires Ce qui coûte des points, et pourquoi.

Section A · erreurs de fond

Erreur à ne pas commettre Pourquoi c'est une erreur Formulation correcte à retenir
Trouver la scène simplement ridicule ou niaise L'excès est un code : le culte des reliques transposé La scène transpose méthodiquement le sacré vers l'amour
Croire que le narrateur se moque franchement du héros Le ton reste suspendu entre exaltation et sourire L'ambiguïté est voulue : les deux lectures se soutiennent
Négliger le geste du retrait des cheveux La consécration commence par la douceur du geste « Si doucement qu'il n'en rompt aucun » : le geste consacre déjà
Lire « adorer » comme un simple synonyme d'aimer C'est le verbe du culte rendu à Dieu « Adorer » opère un transfert du sacré vers l'objet aimé
Prendre « cent mille fois » au pied de la lettre C'est une hyperbole codifiée L'hyperbole dit la démesure de la dévotion amoureuse
Oublier les saints dans la gradation Ils en sont le sommet : c'est là que le blasphème affleure La relique surpasse jusqu'aux saints guérisseurs
Ignorer la dimension charnelle (« entre sa chemise et sa chair ») Le sacré courtois passe par le contact des corps Le cœur sert de châsse : un sacré au contact de la peau
Sauter le vers de l'immunité (« ni aucun autre mal pût jamais l'atteindre ») C'est lui qui fonde la vertu guérisseuse de la relique Le héros se croit soustrait à la maladie : la gradation sur les remèdes en découle
Croire que le héros est nommé dans le passage Il reste anonyme jusqu'au v. 3660 Le héros est encore « le chevalier de la charrette »
Réduire le passage à une pause décorative Il fonde la religion d'amour du roman La scène invente relique, rites et credo de la passion
Oublier le parcours La religion d'amour est une invention majeure du roman L'amour rivalise avec le sacré officiel sur son terrain

Section B · erreurs de méthode à l'oral

Erreur de méthode Correction attendue
Paraphraser la description Partir d'une citation, nommer un procédé, analyser, interpréter
Oublier d'annoncer chaque mouvement Ouvrir chaque partie par une phrase d'orientation
Sauter les transitions Relier les sous‑parties par des questions
Traiter la gradation finale d'un bloc Montrer les paliers : trésors, maladie, remèdes, saints
Confondre effet et interprétation L'effet est ce que le lecteur perçoit ; l'interprétation, le sens produit
Ne pas revenir à la problématique Rappeler que tout mène à la religion d'amour
Oublier le narrateur Souligner sa présence : proclamation, surenchère, complicité
Réciter les étiquettes de la matrice Transformer la préparation en discours fluide

Section C · formulations à proscrire

Maladroit Correct
« Il est fou des cheveux de la reine » « Il traite les cheveux en relique et leur rend un culte »
« C'est exagéré, donc comique » « L'hyperbole est un code : elle frôle le blasphème sans trancher entre exaltation et sourire »
« Il garde les cheveux en souvenir » « Il les met en châsse sur son cœur : le corps devient reliquaire »
« Il n'a plus besoin de médicaments » « La relique surclasse la médecine, puis les saints guérisseurs eux‑mêmes »
« Il croit aux cheveux » « La clausule a la forme d'un acte de foi : l'amour est devenu religion »

Section D · erreurs d'identification des procédés

Erreur à ne pas commettre Pourquoi c'est une erreur Correction attendue
« thème de la religion » comme procédé C'est un contenu, non une forme Nommer le verbe « adorer », le nom « honneurs », la gradation, et renvoyer le réseau au registre religieux continu de l'extrait
« métaphore » pour la relique Le texte transpose un code entier au lieu de comparer Parler de registre religieux continu et de rituel transposé
« énumération » pour la gradation finale Les termes montent en puissance, jusqu'aux saints Nommer la gradation ascendante et ses paliers
« exagération » sans forme L'analyse doit citer la marque Nommer l'hyperbole numérique « cent mille fois »
« champ lexical du corps » sur la seule chair Un champ lexical suppose un réseau orienté Analyser les trois compléments de lieu de précision croissante

Trois cases mettent la phrase à l’épreuve de la grammaire. L’analyse grammaticale Les trois questions au format de l’épreuve.

Phrase 1

Phrase étudiée : « Et lui, qui veut bien qu'elle ait le peigne, le lui donne, après en avoir retiré les cheveux, si doucement qu'il n'en rompt aucun. »

Question de grammaire : Analyser le système corrélatif « si doucement qu'il n'en rompt aucun ».

Leçon de grammaire : ④ subordonnées conjonctives circonstancielles.

Nature de la phrase. Phrase complexe, déclarative, affirmative, comportant une proposition principale, une subordonnée relative, une complétive enchâssée et une subordonnée circonstancielle de conséquence.

Analyse grammaticale. La proposition principale est « Et lui […] le lui donne » : son sujet est le pronom « lui », son verbe « donne » (indicatif présent), accompagné des pronoms compléments « le » (objet direct, désignant le peigne) et « lui » (objet second, désignant la demoiselle). Le groupe adverbial « si doucement » appartient à cette principale : il y est complément circonstanciel de manière du verbe « donne », et l'adverbe intensif « si » y porte sur l'adverbe « doucement ». La subordonnée proprement dite est « qu'il n'en rompt aucun » : proposition subordonnée conjonctive circonstancielle de conséquence, introduite par la conjonction « que » et appelée par l'adverbe « si ». Le système corrélatif « si… que » exprime l'intensité et sa conséquence : la douceur est telle qu'aucun cheveu ne se rompt. Dans cette subordonnée, le sujet est « il », le verbe « rompt » (indicatif présent), le pronom « en » représente les cheveux, et le pronom « aucun », de sens négatif, est complément d'objet direct. On note par ailleurs la relative « qui veut bien qu'elle ait le peigne », dont l'antécédent est « lui », et, à l'intérieur de celle‑ci, la complétive « qu'elle ait le peigne », complément du verbe « veut », au subjonctif.

Justification du rattachement à la leçon. Cette phrase relève de la leçon ④, parce que l'analyse porte sur la subordonnée circonstancielle de conséquence construite sur le corrélatif « si… que ».

Phrase 2

Phrase étudiée : « Jamais yeux d'homme ne verront chose entourée de tant d'honneurs »

Question de grammaire : Analyser la négation de cette phrase.

Leçon de grammaire : ⑥ formes et emplois de la négation.

Nature de la phrase. Proposition indépendante, déclarative, négative, à valeur d'hyperbole prophétique.

Analyse grammaticale. La négation associe l'adverbe « ne », placé devant le verbe « verront » (futur de l'indicatif), à l'adverbe « jamais », ici antéposé en tête de phrase. Cette antéposition met la négation en relief : la phrase s'ouvre sur l'exclusion de tout le temps à venir. Le couple « jamais… ne » forme une négation totale à portée temporelle universelle : à aucun moment du futur le fait ne se produira ; l'adverbe « jamais » tient la place du second élément négatif, ce qui rend « pas » impossible. Le sujet est le groupe nominal « yeux d'homme », dépourvu de déterminant : la traduction conserve ici un tour de l'ancien français, où le déterminant restait facultatif, et ce tour vaut pour l'espèce entière, les yeux de quelque homme que ce soit. Le complément d'objet direct « chose entourée de tant d'honneurs » présente le même archaïsme, et la même valeur générale. La négation porte donc sur le verbe ; l'absence de déterminant, indépendante d'elle, donne aux deux groupes nominaux leur portée universelle.

Justification du rattachement à la leçon. Cette phrase relève de la leçon ⑥, parce que l'objet principal de l'analyse est la négation « jamais… ne », son antéposition et sa portée universelle.

Phrase 3

Phrase étudiée : « Il n'est joie qu'il n'en fasse : il s'en fait heureux, il s'en fait riche. »

Question de grammaire : Analyser les relations entre les propositions de cette phrase.

Leçon de grammaire : ② les relations au sein de la phrase complexe.

Nature de la phrase. Phrase complexe, déclarative, comportant quatre propositions, et combinant subordination et juxtaposition.

Analyse grammaticale. La phrase compte quatre verbes conjugués, « est », « fasse », puis « fait » répété deux fois, donc quatre propositions. La première, « Il n'est joie », est la principale : le tour impersonnel « il est », équivalent de « il n'y a », pose l'existence niée d'une joie. La deuxième, « qu'il n'en fasse », est une subordonnée relative : « que » y est pronom relatif, complément d'objet direct du verbe « fasse », et son antécédent est le nom « joie » ; le verbe « fasse » est au subjonctif, mode appelé par le contexte négatif de la principale. L'ensemble combine deux négations qui se neutralisent : il n'existe aucune joie qu'il ne fasse, c'est‑à‑dire qu'il les fait toutes ; la double négation équivaut à une affirmation universelle. Après les deux‑points, qui articulent l'annonce et son développement, viennent deux propositions juxtaposées, séparées par une virgule : « il s'en fait heureux » et « il s'en fait riche ». Leur construction parallèle (sujet « il », verbe pronominal « se fait », attribut « heureux » puis « riche », pronom « en » renvoyant aux cheveux) fait de la juxtaposition un rythme binaire. La phrase illustre ainsi les deux grands modes de liaison : subordination dans le premier membre, juxtaposition dans le second.

Justification du rattachement à la leçon. Cette phrase relève de la leçon ②, parce que l'analyse porte sur l'articulation des propositions : subordination relative, rôle des deux‑points et juxtaposition parallèle.

Leçon à retenir

Le réflexe, applicable à toute phrase. (1) nature de la phrase : simple ou complexe, déclarative, interrogative, exclamative ou injonctive, affirmative ou négative ; (2) nombre de verbes conjugués, donc de propositions ; (3) type de liens : juxtaposition, coordination, subordination ; (4) notion en jeu, parmi les sept leçons ① à ⑦ ; (5) natures et fonctions des groupes clés, puis rattachement à la notion.

Notions travaillées dans ce texte. ④ subordonnée de conséquence au corrélatif « si… que », dont le premier terme reste dans la principale (phrase 1) ; ⑥ négation « jamais… ne » antéposée et sa portée (phrase 2) ; ② subordination relative et juxtaposition dans la phrase complexe (phrase 3). Trois questions, données une fois en registre chaleureux (dans l'explication) et une fois ici, en registre glacial.

À l'oral. Réponse tenue en deux minutes selon la structure de l'article XLVII de la charte : nature de la phrase, construction visée, analyse, conclusion. Format actuel : monologue noté sur 2 points ; format 2028 : échange avec l'examinateur. Le réflexe est identique dans les deux cas, et il s'applique à une phrase non préparée.

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Ce que fixe le Bulletin officiel pour l’explication

1. Ce que le texte officiel dit

Le texte officiel demande une « explication linéaire » du passage retenu.

« La question porte uniquement sur le texte. »

Épreuves anticipées obligatoires et épreuve orale de contrôle de français à compter de la session 2021, Bulletin officiel spécial n° 6 du 31 juillet 2020, note de service du 23 juillet 2020, NOR : MENE2019312N. Lire le texte officiel complet. Vérifié le 2026-08-15.

2. Ce qu’il ne dit pas

Le mot « récitation » ne figure pas dans le texte entier de cette note de service.

3. Ce que cette page ajoute, et pourquoi

La page transforme ces exigences en étapes de préparation. Cette organisation est un accompagnement pédagogique, non une grille ajoutée au Bulletin officiel.