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Le texte officiel demande une « explication linéaire » du passage retenu.
« La question porte uniquement sur le texte. »
Épreuves anticipées obligatoires et épreuve orale de contrôle de français à compter de la session 2021, Bulletin officiel spécial n° 6 du 31 juillet 2020, note de service du 23 juillet 2020, NOR : MENE2019312N. Lire le texte officiel complet. Vérifié le 2026-08-15.
Le mot « récitation » ne figure pas dans le texte entier de cette note de service.
La page transforme ces exigences en étapes de préparation. Cette organisation est un accompagnement pédagogique, non une grille ajoutée au Bulletin officiel.
Accueil › Français › Chrétien de Troyes › Texte 7
L’ESSENTIEL · PREMIÈRE · BAC DE FRANÇAIS
Comment un nompeut‑il devenirl’arme du chevalier ?
Chrétien de Troyes, Le Chevalier de la charrette (vers 1177) — v. 3634‑3668
Parcours : « le roman et l'invention de l'amour »
L'essentiel
L’explication linéaire, puis le dossier de l’épreuve
D'abord l'explication à voix haute, en 13 volets : on lit, on comprend, on peut s'arrêter là. Ensuite, si tu veux la copie et l'oral, le dossier en 9 volets. Le sommaire les tient tous, à droite.
Le texte
TEXTE original · plus ancien manuscrit conservé du roman, celui qu'un copiste nommé Guiot a écrit vers 1230 et que garde la Bibliothèque nationale de France sous le numéro « français 794 », vers 3634 à 3668
Pour la première fois, le chevalier reçoit le nom qui rassemble son histoire et son identité. La parole de la reine fait apparaître Lancelot du Lac là où le récit gardait encore un héros anonyme.
Prends place, ce soir, devant l'un des grands moments du roman. Une clé s'y cache, et on va la faire tourner ensemble, du premier vers au dernier : comprendre, nommer les procédés, préparer l'oral. Chaque serrure cédera, l'une après l'autre.
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Bloqué devant ces vers ?La clé est au vers 3660
Regarde d'abord le vers 3660 : « Lancelot du Lac : c'est le nom du chevalier ». Tu viens de lire quelque chose d'énorme, et peut‑être sans t'en rendre compte : c'est la première fois que le nom de Lancelot apparaît dans tout le roman. Depuis le début, depuis 3 600 vers, le héros n'a pas de nom : on dit « le chevalier », ou « le chevalier de la charrette ». Et voilà que son nom tombe, ici, au beau milieu d'un duel. Ce texte raconte une naissance : celle d'un nom.
Cette scène, tu la présenteras un jour à l'oral, et le dragon sera là. Chaque chose en son temps : ce soir, on comprend, rien d'autre. Une explication se possède plutôt qu'elle ne se récite ; et ce que tu possèdes, tu sauras le dire avec tes mots.
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Trois questionspour déverrouiller la scène
Commence par tourner trois questions, comme trois clés dans la serrure.
Qui parle ? Un narrateur, d'abord, qui nous fait entrer dans les pensées d'une jeune fille. Puis les personnages eux‑mêmes : la jeune fille et la reine dialoguent, et à la fin, la jeune fille crie.
De quoi il parle ? D'un duel que le héros, blessé, est en train de perdre. Et d'un nom que personne ne connaît, sauf une seule personne au monde : la reine.
Qu'est‑ce qu'il veut te faire comprendre ? Que l'identité du héros lui vient de la femme qu'il aime. C'est elle qui sait son nom, c'est elle qui le donne, et c'est ce nom, crié, qui va le sauver. Le cœur du texte vient de se déverrouiller.
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Où la scène se logedans le roman
On est exactement à la moitié du roman. Le héros a traversé le terrible Pont‑de‑l'épée, les mains et les pieds en sang, pour entrer au royaume de Gorre où la reine est retenue. Et maintenant il affronte en duel Méléagant, le ravisseur, sous les fenêtres de la tour où se tiennent le roi Bademagu, la reine et sa suite. Affaibli par ses blessures, il faiblit : la foule pense qu'il a le dessous. C'est là que notre texte commence, en haut, aux fenêtres.
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Six phrases pour ouvrir ton exposé
Ton introduction présente le texte comme on présente quelqu'un. Six phrases, chacune à sa place, et la porte est ouverte.
Un, l'auteur.
ce que tu dis Chrétien de Troyes est le premier grand romancier français ; il écrit à la fin du XIIᵉ siècle, à la cour de Champagne.
Deux, l'œuvre.
ce que tu dis Le Chevalier de la charrette raconte la quête de Lancelot, qui accepte toutes les épreuves et toutes les hontes pour délivrer et aimer la reine Guenièvre.
Trois, l'endroit.
ce que tu dis À mi‑roman, le héros, blessé par le Pont‑de‑l'épée, affronte Méléagant sous la tour ; il semble perdre, et il n'a toujours pas de nom.
Quatre, ce que c'est.
ce que tu dis C'est une scène de révélation : le récit passe des pensées d'une spectatrice à un dialogue avec la reine, puis à un cri.
Cinq, ta question (la problématique).
ce que tu dis On peut alors se demander comment cette scène fait du nom du héros, révélé par la reine et crié à la face de tous, l'acte de naissance de son identité et la véritable arme du combat.
Six, le chemin (l'annonce).
ce que tu dis Le texte se lit en trois moments : les pensées de la spectatrice avisée, la révélation du nom par la reine, puis le cri qui rend le nom public.
Te voilà équipé. On entre maintenant dans le texte : à chaque station, je te montre le mot, je te donne son nom savant (le procédé), et la phrase à dire.
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Premier tour de clé :la spectatrice comprend (vers 3634 à 3649)
Le récit quitte le fracas du duel et monte : « Mais aux fenêtres de la tour il y avait une jeune fille très avisée, qui pense et se dit en son cœur… »
Trois détails à voir. Le « Mais » d'abord, qui tourne la caméra : on quitte la place pour la tour. Puis « il y avait », un présentatif qui détache un personnage nouveau, aussitôt qualifié : « très avisée », intelligente. Enfin « qui pense et se dit en son cœur » : les verbes de pensée ouvrent un discours intérieur. On entre dans une tête. Et cette tête comprend ce que personne d'autre ne voit.
ce que tu dis Le présentatif « il y avait une jeune fille très avisée » et les verbes de pensée « qui pense et se dit en son cœur » installent un discours intérieur : la vérité du combat se lit d'en haut, à la fenêtre, par une spectatrice, quand la foule d'en bas ne voit que le duel.
Que devine‑t‑elle ? Ceci : « il ne l'aurait jamais entreprise, si ce n'était pour la reine. » Regarde la construction : un conditionnel passé et un « si ». C'est un système hypothétique à l'irréel : supprime la reine, et la bataille n'existe plus. La négation totale « ne… jamais » rend la chose absolue. Ni pour la demoiselle, ni pour le « menu peuple » de la place : pour la reine, et pour elle seule.
ce que tu dis Le système hypothétique à l'irréel, « il ne l'aurait jamais entreprise, si ce n'était pour la reine », fait de la reine la cause unique du combat : la prouesse chevaleresque n'a d'autre source que l'amour.
Et elle devine une deuxième chose : « s'il la savait à la fenêtre, en train de le regarder et de le voir, il en reprendrait force et hardiesse. » Cette fois, l'hypothèse est au potentiel : imparfait, puis conditionnel ; cela peut arriver. Note les mots qui vont deux par deux : « le regarder et le voir », « force et hardiesse ». La demoiselle formule la grande théorie de l'amour courtois : être vu de la dame rend fort. Une seule chose lui manque pour déclencher l'expérience : le nom du chevalier.
ce que tu dis Le système hypothétique au potentiel, « s'il la savait à la fenêtre… il en reprendrait force et hardiesse », pose la théorie courtoise du regard : être vu de la dame est une source d'énergie. La scène va la vérifier, dès que le nom sera connu.
Et le mouvement se referme justement sur ce manque, en trois vers qu'il faut absolument voir : « Et si elle avait su son nom, elle lui aurait très volontiers crié de regarder un peu autour de lui. » Regarde bien les deux temps : un plus‑que‑parfait, « avait su », et un conditionnel passé, « aurait crié ». C'est encore un système hypothétique, mais d'une troisième espèce : l'irréel du passé, le seul du passage. Autrement dit : le cri existe déjà, tout formé, avec ses mots (« de regarder un peu autour de lui »), et il reste en l'air faute d'un seul mot, le nom. Retiens cette merveille de construction : ce que la demoiselle criera vraiment au dernier vers, le texte vient de l'écrire au conditionnel passé, avant que cela arrive. Tout le mouvement II sert à combler ce manque‑là.
ce que tu dis L'irréel du passé, « si elle avait su son nom, elle lui aurait très volontiers crié de regarder un peu autour de lui », est le seul du passage : il nomme le manque et arme la suite, puisque le cri est déjà formé et qu'il attend le nom pour être poussé.
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Deuxième tour de clé :la reine livre le nom (vers 3650 à 3661)
La demoiselle va donc trouver la seule personne qui puisse savoir. Écoute sa demande : « je vous demande le nom de ce chevalier, pour que cela lui vienne en aide : dites‑le‑moi, si vous le savez. »
Le morceau décisif, c'est « pour que cela lui vienne en aide » : une subordonnée de but. Elle ne demande pas le nom pour savoir, elle le demande pour aider. Et regarde le début : « pour Dieu, pour votre bien et pour le nôtre », trois groupes en « pour » qui transforment la demande en supplique. Attention au détail, il compte : seul « pour Dieu » est une invocation ; les deux autres, « pour votre bien et pour le nôtre », disent le but de la démarche. Comprends bien ce que cela veut dire : avant même d'être prononcé, le nom est traité comme un pouvoir, presque une arme.
ce que tu dis La subordonnée de but « pour que cela lui vienne en aide » change le sens de la demande : le nom est un secours avant d'être une information. La série ternaire « pour Dieu, pour votre bien et pour le nôtre », où l'invocation à Dieu précède deux compléments de but, en fait une supplique solennelle.
La reine ne répond pas tout de suite : elle examine d'abord la demande, « une chose où je ne vois nulle haine ni malveillance, mais rien que du bien ». Cette phrase de précaution retarde la réponse d'un instant : le nom ne se donne pas à la légère. Puis il tombe : « Lancelot du Lac : c'est le nom du chevalier, autant que je sache. »
Regarde l'ordre des mots : le nom est projeté en tête de phrase, avant tout le reste, comme un titre qu'on proclame. C'est une mise en relief. Et puis ce petit ajout, « autant que je sache »… Souris avec le texte : c'est une modalisation, une réserve prudente, dans la bouche de la femme qui connaît cet homme mieux que personne au monde. Cette fausse ignorance est une pudeur d'amante : elle donne le nom et protège leur secret, dans le même souffle.
ce que tu dis La première occurrence du nom du héros, à mi‑roman, est mise en relief en tête de phrase : « Lancelot du Lac : c'est le nom du chevalier ». Et la modalisation « autant que je sache », dans la bouche de celle qui le connaît mieux que personne, est une pudeur d'amante : l'identité vient de la dame, qui protège leur secret en le livrant.
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Troisième tour de clé :le nom lancésur la place (vers 3662 à 3668)
D'abord, la joie : « Dieu ! Comme j'en ai le cœur riant, joyeux et léger ! » Une phrase exclamative, avec ses trois adjectifs en rythme ternaire : « riant, joyeux et léger », tous trois attributs du complément d'objet direct « le cœur ». Le nom vient à peine d'être prononcé qu'il produit déjà du bonheur.
ce que tu dis L'exclamative « Dieu ! Comme j'en ai le cœur riant, joyeux et léger ! », avec ses trois adjectifs attributs du complément d'objet direct en rythme ternaire, montre que le nom agit avant même d'agir : il produit de la joie chez qui l'entend.
Puis le geste : « Alors elle bondit en avant et l'appelle, si haut que tout le peuple l'entend, à très haute voix : « Lancelot ! Retourne‑toi, et regarde qui est celle qui a les yeux sur toi ! » »
Deux procédés à nommer. « Si haut que tout le peuple l'entend » : une subordonnée consécutive, qui mesure la voix à son effet : la place entière. Le nom, secret il y a une minute, chuchoté entre femmes, est maintenant public. Et le cri lui‑même : « Lancelot ! », le nom nu, lancé à son porteur pour la première fois de sa vie de roman : c'est une apostrophe, suivie de deux impératifs, « Retourne‑toi », « regarde ». La demoiselle exécute exactement son plan : nommer, puis tourner le héros vers le regard de la reine. Et la suite du roman lui donnera raison : nommé et regardé, Lancelot redeviendra invincible.
ce que tu dis La consécutive « si haut que tout le peuple l'entend » fait passer le nom du secret au cri public, et l'apostrophe « Lancelot ! Retourne‑toi, et regarde qui est celle qui a les yeux sur toi ! » est une parole qui agit, mais à contretemps : le nom donné par la reine et le regard de la dame captent l'amant avant de l'armer, et il faut un second cri pour que le corps amoureux apprenne la géométrie du combat.
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La réponse tientdans un nom
Fais un pas en arrière et rassemble ce que la scène t'a livré. Une spectatrice a deviné le secret du combat : tout est pour la reine. Elle a demandé le nom comme on demande une arme. La reine l'a donné, avec la pudeur de celle qui aime. Et le nom, crié sur la place, s'apprête à retourner le duel.
Ta problématique trouve ici sa réponse : cette scène est l'acte de naissance de l'identité du héros. Son nom lui vient de la femme qu'il aime : c'est elle qui le sait, elle qui le donne. Le roman invente ici une idée immense : on devient soi‑même par l'amour, et c'est l'aimée qui détient la vérité de l'amant.
ce que tu dis En conclusion, la scène fait du nom, révélé par la reine et crié à la face de tous, l'acte de naissance du héros et l'arme du combat : l'identité de l'amant se reçoit de l'aimée.
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Une fois la porte ouverte :l’œuvre et le parcours
Une explication qui se respecte ne se referme pas sur sa conclusion : elle déverrouille plus grand, vers l'œuvre entière et vers ton parcours.
Commence par l'œuvre. La suite immédiate vérifie la théorie de la demoiselle : nommé et regardé, Lancelot se bat d'abord de dos et a longtemps le pire de la bataille ; il faut un second cri de la demoiselle pour qu'il retourne le duel, jusqu'à ce que la reine obtienne par sa prière l'arrêt du combat, qui se termine ainsi sans vainqueur. Et le nom continue d'agir loin de la place : les captifs de Logres s'adresseront bientôt à Lancelot lui‑même, « nous fûmes remplis de joie sitôt que nous entendîmes votre nom ». Plus loin encore, au tournoi de Noauz, la reine reconnaîtra son chevalier incognito et le testera par un ordre secret : entre eux, l'identité restera toujours une affaire partagée.
Poursuis avec le parcours, « le roman et l'invention de l'amour ». Cette scène en est un argument central : le héros du roman moderne naît ici du nom que lui donne celle qui l'aime, plutôt que de ses exploits. Cette idée, que l'identité se reçoit de l'autre, traversera tout le roman d'amour, jusqu'à nous.
ce que tu dis Pour ouvrir, on peut remarquer que la suite du roman vérifie la scène : nommé et regardé, Lancelot se bat d'abord de dos et ne reprend l'avantage qu'au second cri, et les captifs seront « remplis de joie » au seul son de son nom ; la scène inscrit ainsi l'œuvre au cœur du parcours « le roman et l'invention de l'amour », en montrant que l'identité du héros se reçoit de l'aimée, idée que le roman d'amour ne cessera de reprendre.
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Le trousseau est complet :tu sais tout nommer
Reviens au tableau du début et relis calmement. Ce qui s'y joue n'a plus de secret pour toi, et surtout tu sais nommer ce que fait Chrétien : un discours intérieur, trois systèmes hypothétiques (l'irréel du présent, le potentiel, l'irréel du passé), une subordonnée de but, une mise en relief du nom, une modalisation, une consécutive, une apostrophe. Autant de mots qui ouvrent, un à un, les verrous du texte.
Un conseil pour la route : à l'oral, appuie‑toi sur les moments les plus forts : le secret deviné, « si ce n'était pour la reine », le nom qui manque, « si elle avait su son nom », la révélation « Lancelot du Lac » avec sa pudeur d'amante, et le cri final. Le dragon n'attend pas tout ; il attend une explication nette, qui suit l'ordre du texte. Elle est déjà à toi.
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La grammaire,trois serrures à démonter
L’adresse commune
Les sept leçons de grammaire
Un dernier verrou, et il rapporte deux points : la question de grammaire. À l'oral, le dragon te montre une phrase et pose une question précise ; tu y réponds. Trois phrases, trois notions différentes, toujours la même routine.
Le réflexe en cinq pas. Un, simple ou complexe ? compte les verbes conjugués. Deux, qu'est‑ce qu'on te demande de regarder ? Trois, analyse doucement, mot par mot. Quatre, nomme les natures et les fonctions. Cinq, conclus en nommant la notion.
La relative
Le but
L’interrogation indirecte
Première question : la relative. Le dragon te montre « Mais aux fenêtres de la tour il y avait une jeune fille très avisée, qui pense et se dit en son cœur que le chevalier n'avait pas entrepris la bataille pour elle. », et il demande : « Analysez la proposition subordonnée relative de cette phrase. » Cinq pas : plusieurs verbes conjugués, phrase complexe et déclarative ; ce qu'on regarde, c'est « qui », pronom relatif qui reprend « une jeune fille très avisée » (son antécédent) et introduit la subordonnée relative « qui pense et se dit en son cœur », où « qui » est sujet des verbes « pense » et « se dit » ; tu conclus.
ce que tu dis Cette phrase est complexe et déclarative. « Qui pense et se dit en son cœur » est une proposition subordonnée relative, introduite par le pronom relatif « qui », dont l'antécédent est « une jeune fille très avisée » et qui occupe la fonction de sujet des verbes « pense » et « se dit ». La relative contient elle‑même une complétive, « que le chevalier n'avait pas entrepris la bataille pour elle ».
Deuxième question : le but. Le dragon te montre « Dame, pour Dieu, pour votre bien et pour le nôtre, je vous demande le nom de ce chevalier, pour que cela lui vienne en aide : dites‑le‑moi, si vous le savez. », et il demande : « Analysez la proposition subordonnée "pour que cela lui vienne en aide". » Cinq pas : phrase complexe ; « pour que » introduit une subordonnée circonstancielle de but, son verbe « vienne » au subjonctif (règle du but : la fin visée reste à venir) ; la première principale est « je vous demande le nom de ce chevalier », et, après les deux‑points, « dites‑le‑moi » en est une seconde, accompagnée de la conditionnelle « si vous le savez » ; tu conclus.
ce que tu dis Cette phrase est complexe. « Pour que cela lui vienne en aide » est une proposition subordonnée conjonctive circonstancielle de but, introduite par la locution « pour que » ; son verbe « vienne » est au subjonctif, mode obligatoire dans l'expression du but, puisque la fin visée reste à réaliser. Elle dépend de la première principale, « je vous demande le nom de ce chevalier » ; après les deux‑points, « dites‑le‑moi » forme une seconde principale, à l'impératif, à laquelle se rattache la subordonnée circonstancielle de condition « si vous le savez ».
Troisième question : l'interrogation indirecte. Le dragon te montre « Retourne‑toi, et regarde qui est celle qui a les yeux sur toi ! », et il demande : « Analysez l'interrogation indirecte contenue dans cette phrase. » Cinq pas : deux impératifs, phrase injonctive ; « qui est celle qui a les yeux sur toi » est une interrogation indirecte partielle, enchâssée sous le verbe « regarde », et elle se passe du point d'interrogation, qui appartient à l'interrogation directe ; attention aussi à l'ordre des mots : le sujet de « est » est « celle », rejeté après le verbe parce qu'une relative le complète, ce qui relève de la construction attributive ; et le second « qui » est un pronom relatif (antécédent « celle ») ; tu conclus.
ce que tu dis Cette phrase est injonctive, avec deux impératifs coordonnés. « Qui est celle qui a les yeux sur toi » est une proposition subordonnée interrogative indirecte partielle, introduite par le pronom interrogatif « qui », attribut, et enchâssée sous le verbe « regarde » : elle se passe du point d'interrogation, marque réservée à l'interrogation directe. Son sujet, le pronom démonstratif « celle », est placé après le verbe « est » parce qu'il est complété par la subordonnée relative « qui a les yeux sur toi », dont le pronom relatif « qui » a pour antécédent « celle » et pour fonction sujet.
Tu as vu le geste : une phrase, une question posée, une réponse. Trois notions différentes, mais la même routine. La grammaire est un réflexe bien plus qu'un savoir par cœur, et ce réflexe, tu viens de le prendre.
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Pose le trousseau,la soirée est gagnée
Chapeau. Tu as assisté à la naissance d'un nom que le roman retenait depuis 3 600 vers, et tu sais désormais expliquer pourquoi c'est la reine qui le donne. Ferme tes notes, détends‑toi : la scène est à toi.
À la prochaine. Un nouveau texte, une nouvelle clé à trouver.
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Fin de l'explication
Tu peux t'arrêter là. Ou continuer.
Ce que tu viens de lire, c'est le texte expliqué comme on l'explique à voix haute, à côté de toi. Si c'était ton but, c'est fini : tu as compris le texte.
Le dossier
Le même commentaire linéaire, sous l’angle institutionnel et administratif.
Deux feuillets se répondent : raconter clairement avant d’interpréter. Le texte, dit simplement On raconte ce qui se passe, sans jargon. Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Idée générale du texte. Dans ce texte, on apprend enfin, après des milliers de vers, le nom du héros : Lancelot du Lac. C'est la reine qui le révèle, et une jeune fille le crie aussitôt à travers la place, pour redonner des forces au chevalier en plein combat.
Situation simple. Le héros se bat en duel contre Méléagant, l'homme qui a enlevé la reine. Il est blessé aux mains et semble perdre. De la tour, la reine et une jeune fille regardent le combat. La jeune fille comprend que le chevalier se bat pour la reine, et que s'il savait qu'elle le regarde, il retrouverait sa force. Le problème est le suivant : pour l'appeler, il faut son nom, et personne ne le connaît.
Mouvement I. Dans ce mouvement, la jeune fille réfléchit en silence. Elle devine deux choses : le chevalier se bat pour la reine, et le regard de la reine peut lui rendre courage. Elle irait le lui crier sur‑le‑champ, si elle savait son nom. L'idée importante est que cette spectatrice comprend, seule, le vrai secret du combat, et qu'un seul mot lui manque pour agir.
Mouvement II. Dans ce mouvement, la jeune fille demande à la reine le nom du chevalier, pour pouvoir l'aider. La reine répond, avec prudence : il s'appelle Lancelot du Lac. Le lecteur comprend que ce moment est immense : c'est la première fois que le nom du héros est prononcé dans tout le roman, et c'est la reine qui le donne.
Mouvement III. Dans ce mouvement, la jeune fille, folle de joie, bondit et crie le nom à travers la place, si fort que tout le monde l'entend : « Lancelot ! Retourne‑toi, et regarde qui te regarde ! » La leçon du passage est que ce nom crié, avec le regard de la reine, va d'abord détourner le chevalier de son adversaire, avant qu'un second cri ne retourne le combat.
Phrase finale pour l'élève. Dans ce passage, Chrétien de Troyes met en scène la révélation du nom du héros pour montrer que son identité lui vient de la femme qu'il aime : c'est la reine qui sait son nom, et ce nom crié, puis le regard cherché vers elle, le captent tout entier avant de le rendre invincible : il faudra un second cri pour que son corps retrouve le bon sens. On devient héros par l'amour : le nom reçu de l'aimée en est l'acte de naissance.
La plume ouvre la copie et conduit vers la question. L’introduction rédigée Ce qu’on écrit en tête de copie, mot pour mot. Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Étape 1 : présentation de l'auteur. Chrétien de Troyes est le premier grand romancier français. Actif dans la seconde moitié du XIIᵉ siècle, à la cour de Champagne, il a fixé les formes du roman courtois et mis au cœur de ses récits la question de l'amour.
Étape 2 : présentation de l'œuvre. Écrit vers 1177 à la demande de la comtesse Marie de Champagne, Le Chevalier de la charrette raconte l'enlèvement de la reine Guenièvre et la quête du chevalier Lancelot, qui accepte toutes les épreuves et toutes les hontes pour la délivrer et l'aimer. Le roman, œuvre courtoise, invente un amour qui soumet l'honneur chevaleresque à la volonté d'une femme.
Étape 3 : situation de l'extrait. Le passage se situe à mi‑roman, au royaume de Gorre. Le héros, qui vient de traverser le Pont‑de‑l'épée les mains et les pieds en sang, affronte en duel Méléagant, le ravisseur de la reine, sous les fenêtres de la tour où se tiennent le roi Bademagu, la reine et sa suite. Affaibli par ses blessures, il semble avoir le dessous. Depuis le début du roman, il n'a pas de nom : on l'appelle le chevalier de la charrette.
Étape 4 : caractérisation du passage. Le passage relève du récit à la troisième personne : le narrateur s'installe d'abord dans les pensées d'une spectatrice, en discours intérieur rapporté, puis la scène passe au discours direct, en un dialogue entre la demoiselle et la reine, avant de s'achever sur un cri. C'est une scène de révélation, construite comme un dévoilement différé.
Étape 5 : problématique. Il convient de se demander comment cette scène fait du nom du héros, révélé par la reine et crié à la face de tous, l'acte de naissance de son identité et la véritable arme du combat.
Étape 6 : annonce des mouvements. Le premier mouvement suivra les pensées de la spectatrice : comment une jeune fille avisée devine‑t‑elle, seule, le secret du combat ? Le deuxième mouvement analysera le dialogue avec la reine : pourquoi la révélation du nom passe‑t‑elle par la parole de l'aimée ? Le troisième mouvement étudiera le cri final : que se passe‑t‑il quand un nom tenu secret pendant la moitié d'un roman est jeté à voix haute sur une place publique ?
Lancelot du Lac se construit mouvement après mouvement. L’explication linéaire L’analyse complète, mouvement par mouvement. Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Découpage du texte
Premier mouvement : la spectatrice avisée, ou le secret du combat. De « Mais aux fenêtres de la tour » à « de regarder un peu autour de lui ».
Deuxième mouvement : le dialogue avec la reine, ou le nom révélé. De « Alors elle vint à la reine » à « autant que je sache ».
Troisième mouvement : le cri, ou le nom rendu public. De « Dieu ! Comme j'en ai le cœur riant » à « qui a les yeux sur toi ! ».
I. La spectatrice avisée : le secret du combat
Dans le premier mouvement, le récit quitte la mêlée pour les fenêtres de la tour : une jeune fille y pense en silence, et ses pensées, rapportées par le narrateur, formulent le double secret du combat. Le chevalier se bat pour la reine seule, et le regard de la reine peut lui rendre sa force. Le mouvement se referme sur ce qui empêche encore d'agir : le nom du chevalier. Ce mouvement d'observation prépare toute la suite : il pose la théorie que le cri final viendra vérifier, et il désigne l'obstacle que le dialogue avec la reine va lever.
★ I.a. La spectatrice découvre le secret du combat
Depuis la fenêtre, une jeune fille comprend que le duel n’a qu’une cause cachée : la reine.
Citation : « une jeune fille très avisée, qui pense et se dit en son cœur » et « il ne l’aurait jamais entreprise, si ce n’était pour la reine »
Procédé principal : discours intérieur annoncé par les verbes de pensée. Procédé secondaire : système hypothétique à l’irréel.
Analyse. Le récit quitte la place pour une conscience en surplomb. L’hypothèse retire successivement toutes les causes possibles du combat et ne conserve que la reine.
Effet sur le lecteur. Le lecteur découvre, avec la spectatrice, la vérité que la foule ne sait pas lire.
Interprétation. Chrétien confie à un regard féminin l’intelligence de la scène : la prouesse chevaleresque est entièrement réorganisée autour de l’amour.
Phrase de liaison. Si la reine est la cause du combat, que pourrait son regard changer à l’issue de celui‑ci ?
I.b. L’hypothèse du regard : force et hardiesse
La jeune fille formule alors une seconde intuition : le regard de la reine est une source d'énergie.
Citation : « s'il la savait à la fenêtre, en train de le regarder et de le voir, il en reprendrait force et hardiesse »
Procédé principal : système hypothétique au potentiel (imparfait « savait », conditionnel « reprendrait »). Procédé secondaire : doublets quasi synonymiques (« regarder » / « voir », « force et hardiesse »).
Analyse. Le système « s'il la savait… il en reprendrait » relève du potentiel : la chose n'est pas encore, mais elle peut advenir. Les doublets « le regarder et le voir » puis « force et hardiesse » donnent à la pensée un rythme binaire insistant : le regard est décomposé, l'énergie est doublée. Le pronom « en » fait du regard la source même de cette reprise de force.
Effet sur le lecteur. Le lecteur reçoit une hypothèse claire, presque une expérience à tenter.
Interprétation. La demoiselle énonce la théorie courtoise du regard : être vu de la dame rend fort. Le récit se donne ainsi une loi à vérifier, et le lecteur attend l'expérimentation. Un seul instrument reste à trouver pour la déclencher : le nom du chevalier.
Phrase de liaison. Qu'est‑ce qui sépare encore cette théorie de son application ?
I.c. Le nom qui manque : l’irréel du passé
Le mouvement se referme sur l'obstacle qui commande toute la suite : la demoiselle sait ce qu'il faudrait faire, et le nom lui échappe.
Citation : « Et si elle avait su son nom, elle lui aurait très volontiers crié de regarder un peu autour de lui »
Procédé principal : système hypothétique à l'irréel du passé (plus‑que‑parfait « avait su », conditionnel passé « aurait crié »). Procédé secondaire : discours indirect subordonné à un verbe de parole (« crié de regarder un peu autour de lui »).
Analyse. Le couple plus‑que‑parfait / conditionnel passé, « si elle avait su… elle lui aurait crié », est le seul irréel du passé du passage : il pose un fait accompli et le donne pour non advenu, à la différence de l'irréel du présent de I.b et du potentiel de I.c. L'adverbe « très volontiers » dit l'empressement de la messagère virtuelle, et le contenu du cri est déjà formé, rapporté au discours indirect : « de regarder un peu autour de lui ». Tout est prêt, sauf le mot qui déclenche.
Effet sur le lecteur. Le lecteur voit la scène s'arrêter à un mot près : le cri existe déjà, en creux, avant d'exister en fait.
Interprétation. L'irréel du passé nomme le manque et arme le mouvement suivant : le nom est la condition de l'appel, donc de la victoire. Le roman fait de son propre secret le ressort de son intrigue, puisque l'anonymat du héros, tenu depuis trois mille six cents vers, devient ici un obstacle d'action. Ce que le mouvement II accomplira, le mouvement I l'a déjà écrit au conditionnel passé : la scène du cri est annoncée mot pour mot avant d'avoir lieu.
Transition vers le mouvement II. Ainsi, le premier mouvement a posé le secret du combat, la puissance du regard et le manque qui les suspend : le nom. Où le trouver, sinon auprès de celle qui est la cause de tout ? C'est l'objet du dialogue avec la reine.
II. Le dialogue avec la reine : le nom révélé
Dans le deuxième mouvement, le récit passe au discours direct : la demoiselle adresse à la reine une requête solennelle, et la reine répond. En deux répliques, le roman accomplit ce qu'il diffère depuis son début : le héros reçoit un nom, et il le reçoit de la bouche de la reine. La scène est construite pour que la révélation tombe avec la solennité d'un acte.
II.a. La requête : un nom demandé comme un secours
La demande de la demoiselle est tout sauf une simple curiosité : elle est motivée, solennelle, finalisée.
Citation : « je vous demande le nom de ce chevalier, pour que cela lui vienne en aide »
Procédé principal : subordonnée circonstancielle de but (« pour que cela lui vienne en aide »). Procédé secondaire : série ternaire de groupes prépositionnels en « pour » (« pour Dieu, pour votre bien et pour le nôtre »).
Analyse. La subordonnée de but « pour que cela lui vienne en aide », au subjonctif, donne la fin de la requête : le nom est demandé pour secourir, plutôt que pour savoir. La série ternaire qui ouvre la réplique répète trois fois la préposition « pour » : le premier groupe, « pour Dieu », est une invocation ; les deux suivants, « pour votre bien et pour le nôtre », expriment le but de la démarche. L'accumulation élève la demande au rang d'une supplique, engageant le ciel, la reine et tous les assistants.
Effet sur le lecteur. Le lecteur comprend que ce qui se demande là est plus qu'une information : un pouvoir.
Interprétation. Le nom est d'emblée traité comme une arme : le connaître, c'est pouvoir aider ; le prononcer, ce sera secourir. La scène donne au nom propre une efficacité quasi performative, avant même qu'il soit dit. Le roman fait ainsi sentir tout ce qui pèse sur la réponse à venir.
Phrase de liaison. Comment la reine va‑t‑elle répondre à une demande qui touche à son secret le plus intime ?
II.b. La prudence de la reine
Avant de répondre, la reine pèse la demande : sa réplique commence par un examen.
Citation : « Vous m'avez demandé là, demoiselle, fait la reine, une chose où je ne vois nulle haine ni malveillance, mais rien que du bien. »
Procédé principal : détour évaluatif à double négation (« nulle haine ni malveillance, mais rien que du bien »).
Analyse. Au lieu de répondre, la reine commence par juger la question : le balancement « nulle haine ni malveillance » puis « rien que du bien » écarte d'abord les mauvaises intentions avant d'accorder le reste. La réponse est ainsi différée d'une phrase entière, et le nom retenu un instant de plus.
Effet sur le lecteur. Le lecteur sent la réponse peser, retardée par cette précaution.
Interprétation. La prudence de la reine dit le prix du nom : il ne se livre pas à la légère. Celle qui aime en secret vérifie qu'aucune malveillance ne se cache dans la demande. Le détour fait aussi monter l'attente : le roman ménage sa révélation jusqu'au dernier moment.
Phrase de liaison. Que vaut alors ce nom si longtemps retenu, au moment où il tombe enfin ?
★ II.c. La révélation : « Lancelot du Lac »
Le nom tombe enfin, en tête de phrase, après trois mille six cents vers d'anonymat.
Citation : « Lancelot du Lac : c'est le nom du chevalier, autant que je sache. »
Procédé principal : mise en relief du nom propre en tête de phrase, détaché par le présentatif (« Lancelot du Lac : c'est le nom »). Procédé secondaire : modalisation restrictive (« autant que je sache »).
Analyse. Le nom « Lancelot du Lac » est projeté en tête de phrase, avant même le présentatif « c'est le nom » qui le pose : l'ordre des mots donne au nom la première place, comme un titre. La modalisation « autant que je sache » réserve en apparence la certitude de celle qui parle. Cette réserve, dans la bouche de la reine, est un paradoxe : nul au monde ne connaît mieux qu'elle l'identité de cet homme.
Effet sur le lecteur. Le lecteur reçoit enfin, avec la demoiselle, le nom attendu depuis le début du roman.
Interprétation. La première occurrence du nom du héros, à mi‑roman exactement, est placée dans la bouche de la reine : l'identité vient de la dame, et d'elle seule. La fausse réserve « autant que je sache » est une pudeur d'amante : la reine protège leur secret au moment même où elle donne le nom. Le roman avance ainsi son idée neuve : c'est l'aimée qui détient la vérité de l'amant, et le nom se reçoit d'elle.
Transition vers le mouvement III. Le deuxième mouvement a donc livré le nom, mais à voix mesurée, entre femmes. Restait à le rendre au monde : c'est le cri du troisième mouvement.
III. Le cri : le nom rendu public
Dans le troisième mouvement, la joie de la demoiselle éclate, puis se change en acte : elle bondit et crie le nom à travers la place, assez haut pour que tout le peuple l'entende, et somme Lancelot de se retourner vers celle qui le regarde. Le nom, secret un instant plus tôt, devient public ; et avec lui, le regard de la reine entre dans le combat.
III.a. La joie au cœur : l'exclamation
La première réaction au nom est une joie physique, immédiate.
Citation : « Dieu ! Comme j'en ai le cœur riant, joyeux et léger ! »
Procédé principal : phrase exclamative (« Comme… ! »). Procédé secondaire : rythme ternaire des adjectifs (« riant, joyeux et léger »).
Analyse. L'interjection « Dieu ! » puis l'exclamative en « Comme » font éclater la joie au discours direct. Les trois adjectifs coordonnés « riant, joyeux et léger » sont attributs du complément d'objet direct « le cœur » : ils déclinent la joie en rythme ternaire, du rire à la légèreté. Le pronom « en » en donne la cause : le nom lui‑même.
Effet sur le lecteur. Le lecteur partage une allégresse soudaine, avant même tout effet sur le combat.
Interprétation. Le nom seul produit de la joie : avant d'agir sur Lancelot, il agit sur qui l'entend. Cette réaction anticipe celle des captifs de Logres, que le seul nom de Lancelot remplira de joie : le nom du héros est en lui‑même un événement heureux, une promesse de délivrance.
Phrase de liaison. Que va faire la demoiselle de ce nom qui la rend si joyeuse ?
III.b. Le nom jeté à travers la place
La joie se fait acte : la demoiselle bondit et crie.
Citation : « elle bondit en avant et l'appelle, si haut que tout le peuple l'entend »
Procédé principal : subordonnée consécutive d'intensité (« si haut que tout le peuple l'entend »). Procédé secondaire : apostrophe et impératifs au discours direct (« Lancelot ! Retourne‑toi, et regarde qui est celle qui a les yeux sur toi ! »).
Analyse. Le verbe de mouvement « bondit » précipite l'action, et la consécutive « si haut que tout le peuple l'entend » mesure la voix à son effet : l'audience est totale, la place entière. Le discours direct qui suit s'ouvre sur l'apostrophe du nom nu, « Lancelot ! », première fois que le nom est adressé à son porteur, puis enchaîne deux impératifs, « Retourne‑toi », « regarde », qui commandent au héros de rejoindre le regard de la reine.
Effet sur le lecteur. Le lecteur entend le nom claquer sur la place, comme un coup de théâtre sonore.
Interprétation. Le nom passe en un instant du secret au cri public : donné à voix mesurée par la reine, il est jeté par la demoiselle à la face de tous. L'apostrophe est une parole qui agit, mais pas dans le sens qu'on attend : nommé, puis sommé de regarder celle qui le regarde, Lancelot se retourne et se bat dès lors de dos, longtemps le pire de la bataille. La force ne lui revient qu'au second cri, quand la demoiselle lui reproche sa folie et lui indique la parade. L'identité, reçue de la dame, et le regard de la dame sont désormais les vraies armes du duel : le roman vérifie sous nos yeux sa propre théorie de l'amour.
Phrase de liaison. Après avoir rendu le nom public, vers quel regard le cri doit‑il maintenant conduire le héros ?
III.c. « Retourne‑toi et regarde » : le nom rendu au regard
Les impératifs donnent au nom crié sa destination : la reine qui regarde depuis la fenêtre.
Citation : « Lancelot ! Retourne‑toi, et regarde qui est celle qui a les yeux sur toi ! »
Procédé principal : deux impératifs coordonnés (« Retourne‑toi », « regarde »). Procédé secondaire : apostrophe par le nom propre.
Analyse. L’apostrophe fixe d’abord l’identité, puis les deux verbes commandent un mouvement du corps et des yeux. La relative « celle qui a les yeux sur toi » referme la chaîne des regards : la reine voit Lancelot, et Lancelot doit la voir.
Effet sur le lecteur. Le lecteur entend une parole qui ne décrit pas l’action mais la déclenche sur la place entière.
Interprétation. Le nom n’est pleinement efficace qu’une fois rendu au regard de la dame. L’identité du héros, reçue de la reine, devient ainsi la force qui peut transformer son combat.
Phrase de liaison vers la conclusion. Que retenir, dès lors, de cette scène où un nom crié vaut mieux qu'une épée ?
La clé ferme le parcours et ouvre la lecture de l’œuvre. La conclusion rédigée Le bilan et l’ouverture. Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
1. Récapitulation des mouvements. Cette scène de révélation est construite comme un dévoilement différé. Le premier mouvement confie à une spectatrice avisée le secret du combat : le chevalier ne se bat que pour la reine, et le regard de celle‑ci peut lui rendre force et hardiesse ; l'irréel du passé « si elle avait su son nom, elle lui aurait très volontiers crié » désigne alors le seul obstacle qui demeure, le nom. Le deuxième mouvement le fait tomber de la seule bouche qui pouvait le donner : celle de la reine, qui révèle « Lancelot du Lac » sous la pudeur d'un « autant que je sache ». Le troisième mouvement le rend au monde : bondissante, la demoiselle le crie si haut que tout le peuple l'entend, et somme Lancelot de se tourner vers le regard qui l'attend.
2. Réponse à la problématique. Ainsi, le nom du héros, tu pendant la moitié du roman, est bien l'acte de naissance de son identité : il vient de la dame, il est proféré comme un secours, et il déréglera le combat avant qu'un second cri ne le retourne.
3. Dépassement réflexif. La scène donne au parcours sa démonstration la plus nette : on devient soi‑même par l'amour, et c'est l'aimée qui détient la vérité de l'amant.
4. Ouverture dans l’œuvre et le parcours. La suite immédiate vérifie la théorie de la demoiselle : nommé et regardé, Lancelot se défend d'abord par‑derrière et a longtemps le pire de la bataille ; il faut un second cri de la demoiselle, qui lui souffle la parade, pour que le duel se retourne, jusqu'à ce que le combat soit interrompu à la prière de la reine, sans vainqueur. Les captifs de Logres s'adresseront bientôt à Lancelot seul : « nous fûmes remplis de joie sitôt que nous entendîmes votre nom » (v. 3909‑3910) ; et au tournoi de Noauz, la reine éprouvera son chevalier incognito par un ordre secret, dont l'obéissance seule fera la preuve. Dans le parcours « le roman et l'invention de l'amour », cette scène fait date : l'identité du héros moderne, de Lancelot à tant d'amoureux de roman, se reçoit des mains de l'autre.
Le mémo rassemble les repères à garder pour l’oral. Le mémo de l’oral Ce qu’on dit vraiment en dix minutes. Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Ce qu'on dit vraiment, en parole continue : situer (30 s) · lire (90 s) · problématique · les mouvements en geste à quatre temps (citer → nommer → analyser → interpréter) · conclure. Il reprend tous les ★, pioche parmi les .
Auteur : Chrétien de Troyes, premier grand romancier français (XIIᵉ s.), cour de Champagne. Œuvre : Le Chevalier de la charrette (v. 1177), roman courtois de la quête de Lancelot pour délivrer et aimer la reine Guenièvre. Extrait : la révélation du nom (v. 3634‑3668). Objet d'étude : le roman et le récit du Moyen Âge au XXIᵉ siècle. Parcours : le roman et l'invention de l'amour. Situation : à mi‑roman, premier duel contre Méléagant sous la tour ; le héros, blessé, semble perdre ; il est encore sans nom.
Problématique : comment cette scène fait‑elle du nom du héros, révélé par la reine et crié à la face de tous, l'acte de naissance de son identité et la véritable arme du combat ?
Plan :
Citations, procédés et interprétations essentiels :
Conclusion synthétique : le nom, tu pendant la moitié du roman, vient de la reine et agit comme une arme : l'identité de l'amant se reçoit de l'aimée.
Ouverture : les captifs de Logres diront à Lancelot lui‑même leur joie au seul son de son nom (v. 3909‑3910) ; à Noauz, la reine éprouvera son chevalier incognito par un ordre secret, dont l'obéissance seule fera la preuve.
La table ordonne les procédés, leurs preuves et leurs effets. Le tableau des procédés Tout ce qui se révise en un coup d’œil. Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Synthèse énonciative et rhétorique
Hiérarchie claire pour la révision
Procédés essentiels à retenir
Idées essentielles à retenir
La porte vérifie que les neuf sous-parties sont toutes couvertes. Le tableau de couverture Vérifier qu’on n’a rien laissé de côté. Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Vérifie que le mémo dit tous les ★ et couvre les trois mouvements. S'il est vert, l'oral est sûr.
Les trois mouvements sont couverts, les trois ★ figurent dans le mémo : couverture complète.
Le registre du dragon consigne les fautes qui coûtent des points. Les erreurs rédhibitoires Ce qui coûte des points, et pourquoi. Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Section A · erreurs de fond
Section B · erreurs de méthode à l'oral
Section C · formulations à proscrire
Section D · erreurs d'identification des procédés
Trois cases mettent la phrase à l’épreuve de la grammaire. L’analyse grammaticale Les trois questions au format de l’épreuve. Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Phrase 1
Phrase étudiée : « Mais aux fenêtres de la tour il y avait une jeune fille très avisée, qui pense et se dit en son cœur que le chevalier n'avait pas entrepris la bataille pour elle […]. »
Question de grammaire : Analyser la proposition subordonnée relative de cette phrase.
Leçon de grammaire : ③ les subordonnées relatives.
Nature de la phrase. Phrase complexe, déclarative, comportant une principale, une subordonnée relative et une complétive enchâssée.
Analyse grammaticale. La proposition principale est « Mais aux fenêtres de la tour il y avait une jeune fille très avisée » : elle est construite sur le présentatif « il y avait », dont le sujet « il » est impersonnel, et qui pose l'existence du groupe nominal « une jeune fille très avisée » ; le groupe prépositionnel « aux fenêtres de la tour » est complément circonstanciel de lieu. La proposition « qui pense et se dit en son cœur » est une subordonnée relative : elle est introduite par le pronom relatif « qui », dont l'antécédent est « une jeune fille très avisée ». Le pronom « qui » représente cet antécédent à l'intérieur de la relative et y occupe la fonction de sujet des deux verbes coordonnés « pense » et « se dit » (indicatif présent). Cette relative, qui apporte une caractérisation du personnage, régit à son tour une proposition subordonnée complétive, « que le chevalier n'avait pas entrepris la bataille pour elle », introduite par la conjonction « que » et complément d'objet direct des verbes « pense » et « se dit » ; son verbe « avait entrepris » est au plus‑que‑parfait, encadré par la négation « ne… pas ».
Justification du rattachement à la leçon. Cette phrase relève de la leçon ③, parce que l'analyse porte sur la relative « qui pense et se dit en son cœur », son pronom, son antécédent et sa fonction.
Phrase 2
Phrase étudiée : « Dame, pour Dieu, pour votre bien et pour le nôtre, je vous demande le nom de ce chevalier, pour que cela lui vienne en aide : dites‑le‑moi, si vous le savez. »
Question de grammaire : Analyser la proposition subordonnée « pour que cela lui vienne en aide ».
Leçon de grammaire : ④ subordonnées conjonctives circonstancielles.
Nature de la phrase. Phrase complexe, mêlant une partie déclarative et une partie injonctive, affirmative, comportant deux propositions principales, une subordonnée circonstancielle de but et une subordonnée circonstancielle de condition.
Analyse grammaticale. La première principale est « je vous demande le nom de ce chevalier » : sujet « je », verbe « demande » (indicatif présent), complément d'objet direct « le nom de ce chevalier », complément d'objet second « vous ». La proposition « pour que cela lui vienne en aide » est une subordonnée conjonctive circonstancielle de but, introduite par la locution conjonctive « pour que » ; son verbe « vienne » est au subjonctif présent, mode régulier dans l'expression du but, puisque la fin visée n'est pas encore réalisée ; son sujet est le pronom démonstratif neutre « cela », qui reprend l'idée de connaître le nom ; le pronom « lui » désigne le chevalier. Après les deux‑points, la seconde principale « dites‑le‑moi » est à l'impératif, avec les pronoms « le » (objet direct, le nom) et « moi » (objet second) ; elle est accompagnée de la subordonnée circonstancielle de condition « si vous le savez », introduite par la conjonction « si ». Le mot « Dame », détaché en tête, est une apostrophe. Les trois groupes prépositionnels « pour Dieu, pour votre bien et pour le nôtre » sont compléments de phrase : le premier, « pour Dieu », est une invocation ; les deux autres, « pour votre bien et pour le nôtre », expriment le but de la requête.
Justification du rattachement à la leçon. Cette phrase relève de la leçon ④, parce que l'analyse porte sur la subordonnée circonstancielle de but « pour que cela lui vienne en aide » et sur le mode subjonctif qu'elle impose.
Phrase 3
Phrase étudiée : « Retourne‑toi, et regarde qui est celle qui a les yeux sur toi ! »
Question de grammaire : Analyser l'interrogation indirecte contenue dans cette phrase.
Leçon de grammaire : ⑤ l'interrogation.
Nature de la phrase. Phrase complexe, injonctive, exclamative à l'écrit par sa ponctuation, comportant deux propositions principales coordonnées, une interrogative indirecte et une relative.
Analyse grammaticale. Les deux propositions principales, « Retourne‑toi » et « regarde », sont à l'impératif présent, deuxième personne du singulier, et coordonnées par « et » : la phrase est injonctive. Le verbe « regarde » a pour complément d'objet direct la proposition « qui est celle qui a les yeux sur toi » : c'est une proposition subordonnée interrogative indirecte, partielle, introduite par le pronom interrogatif « qui », qui porte l'interrogation sur l'identité d'une personne et occupe la fonction d'attribut du sujet dans la subordonnée. L'interrogation est dite indirecte parce qu'elle est enchâssée sous un verbe recteur, ici « regarde », pris au sens de « vois, cherche à savoir » ; la ponctuation le confirme, puisque la subordonnée se passe du point d'interrogation, réservé à l'interrogation directe. Le sujet de « est » est le pronom démonstratif « celle », placé après le verbe : ce rejet tient au poids du groupe, complété par la subordonnée relative « qui a les yeux sur toi », dont le pronom relatif « qui » a pour antécédent « celle » et pour fonction sujet du verbe « a ». Cet ordre des mots relève de la construction attributive, distincte de l'inversion interrogative.
Justification du rattachement à la leçon. Cette phrase relève de la leçon ⑤, parce que l'analyse porte sur l'interrogation indirecte partielle en « qui » et sur ce qui la distingue de l'interrogation directe.
Leçon à retenir
Le réflexe, applicable à toute phrase. (1) nature de la phrase : simple ou complexe, déclarative, interrogative, exclamative ou injonctive, affirmative ou négative ; (2) nombre de verbes conjugués, donc de propositions ; (3) type de liens : juxtaposition, coordination, subordination ; (4) notion en jeu, parmi les sept leçons ① à ⑦ ; (5) natures et fonctions des groupes clés, puis rattachement à la notion.
Notions travaillées dans ce texte. ③ subordonnée relative, pronom, antécédent et fonction (phrase 1) ; ④ subordonnée de but en « pour que » et subjonctif (phrase 2) ; ⑤ interrogation indirecte partielle (phrase 3). Trois questions, données une fois en registre chaleureux (dans l'explication) et une fois ici, en registre glacial.
À l'oral. Réponse tenue en deux minutes selon la structure de l'article XLVII de la charte : nature de la phrase, construction visée, analyse, conclusion. Format actuel : monologue noté sur 2 points ; format 2028 : échange avec l'examinateur. Le réflexe est identique dans les deux cas, et il s'applique à une phrase non préparée.
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