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Étienne de La Boétie · Discours de la servitude volontaire · Dissertation 7

Dans le Discours de la servitude volontaire, les divertissements suffisent-ils à expliquer l’obéissance des peuples ?

Une dissertation complète, construite sous-partie par sous-partie.

Tu es pressé ? Le devoir est ici

Le sujet

Dans le Discours de la servitude volontaire, les divertissements suffisent-ils à expliquer l’obéissance des peuples ?

La fiche méthode

Apprendre à écrire cette dissertation, pas à pas

Onze volets, à ouvrir quand tu en as besoin. Rien ne s'ouvre tout seul.

Pourquoi une dissertation ?Ce qu'on te demande vraiment.

Il oblige à résister à une cause unique. Les spectacles sont bien une technique politique, mais le texte les place dans une chaîne. Le devoir apprend à distinguer condition, moyen et effet.

Texte officiel : ce qu’est une dissertation au baccalauréat
« La dissertation consiste à conduire une réflexion personnelle organisée sur une question littéraire portant sur l’une des œuvres et sur le parcours associé. »

Ce qu’il ne dit pas. Les expressions « trois parties », « trois sous-parties » et « sept temps d’introduction » n’y figurent pas.
Ce que cette page ajoute, et pourquoi. Ces repères donnent à l’élève une conduite de rédaction stable.

Référence complète. Ministère de l’Éducation nationale, Épreuves anticipées obligatoires et épreuve orale de contrôle de français à compter de la session 2021, note de service du 23 juillet 2020, NOR MENE2019312N. Lire le texte officiel.

Reconnaître l’argument

Comment reconnaître un argument, techniquement ? Pose-toi quelques questions.

Tout tient à un seul mot : « car ». Règle simple, pour débuter : dès que tu peux placer un « car », tu tiens un argument. À l'inverse, faute de « car » possible, tu n'as le plus souvent qu'un fait ou une opinion. Cette règle n'a rien d'absolu, la langue étant plus subtile ; elle reste ton test le plus fiable tant que tu apprends.

C'est pourquoi, dans la proposition, chaque sous-partie s'ouvre par un argument articulé par « car » : le « car » est la signature de l'argument.

Plus tard, avec de l'entraînement, tu pourras te passer du « car » : tu reconnaîtras l'argument sans avoir besoin de l'écrire. Pour l'instant, reste attaché à ton « car » : tant que le réflexe n'est pas pris, il reste ton repère le plus sûr.

« Les jeux amusent le peuple » est un constat. « Les jeux favorisent l’obéissance parce qu’ils remplacent la surveillance militaire par des habitudes désirées » est un argument.

L’argument : un exemple en cinq temps

Les divertissements deviennent efficaces car la servitude a déjà diminué la vaillance et la capacité d’entreprendre.

1. Avant d'écrire : comprendre le sujetLire le sujet avant d'écrire une ligne.

« Suffisent-ils » commande une réponse nuancée. Il faut d’abord établir ce qu’ils expliquent, puis identifier ce qu’ils présupposent et les moyens qui complètent leur action.

Sujet repris exactement
Demander si les divertissements suffisent à expliquer l’obéissance revient à déterminer leur fonction exacte et leurs rapports avec les autres causes de la servitude.
Analyse des termes
Les divertissements comprennent les jeux, les spectacles, les fêtes et les plaisirs publics. Ils captent les désirs, occupent le temps et associent le tyran à une satisfaction. Pourtant, un plaisir ne devient politiquement efficace que dans un peuple déjà formé au service et soumis à d’autres médiations.
Chemin vers la problématique
Dans le Discours de la servitude volontaire, La Boétie cherche pourquoi des peuples nombreux soutiennent un tyran seul. Après avoir étudié le consentement, la nature et la coutume, l’orateur examine les moyens par lesquels les tyrans affaiblissent, amusent, récompensent et trompent leurs sujets.
Problématique
Comment La Boétie fait-il du divertissement une technique de gouvernement des désirs, tout en montrant qu’elle dépend d’un affaiblissement antérieur et qu’elle se prolonge par les dons trompeurs et les mots protecteurs du pouvoir ?
2. L'introduction : sept temps, dans cet ordreLes sept temps, dans l'ordre.
  1. Opposer peur et plaisir.
  2. Présenter l’enquête de La Boétie.
  3. Situer les jeux après la coutume.
  4. Reprendre le sujet.
  5. Définir divertissement et suffisance explicative.
  6. Demander comment le plaisir devient technique sans devenir cause unique.
  7. Annoncer désarmement, gratitude, système.
N°TempsCe que tu écrisSur le sujet
1Entrée dans le problèmeUn fait littéraire ou historique, phrase courteUn pouvoir peut imposer la peur ; il peut aussi offrir des plaisirs qui détournent l’attention de ce qu’il retire.
2Présentation de l’auteurLe sujet recopié mot pour motDans le Discours de la servitude volontaire, La Boétie cherche pourquoi des peuples nombreux soutiennent un tyran seul.
3Présentation de l’œuvreTrois mots-clés définis, avec leur tension.Après avoir étudié le consentement, la nature et la coutume, l’orateur examine les moyens par lesquels les tyrans affaiblissent, amusent, récompensent et trompent leurs sujets.
4Reprise du sujetTu resserres jusqu'à un nœudDemander si les divertissements suffisent à expliquer l’obéissance revient à déterminer leur fonction exacte et leurs rapports avec les autres causes de la servitude.
5Définition et tensionUne seule question, jamais binaireLes divertissements comprennent les jeux, les spectacles, les fêtes et les plaisirs publics. Ils captent les désirs, occupent le temps et associent le tyran à une satisfaction. Pourtant, un plaisir ne devient politiquement efficace que dans un peuple déjà formé au service et soumis à d’autres médiations.
6ProblématiqueTrois questions, une par partieComment La Boétie fait-il du divertissement une technique de gouvernement des désirs, tout en montrant qu’elle dépend d’un affaiblissement antérieur et qu’elle se prolonge par les dons trompeurs et les mots protecteurs du pouvoir ?
7Annonce du planUne phrase qui ouvre la partie ILes divertissements désarment d’abord les sujets en substituant l’occupation agréable à la résistance. Ils transforment ensuite une dépossession en gratitude par la fête et la distribution. Ils ne suffisent pourtant pas : leur efficacité suppose la coutume et s’appuie sur une mise en scène politique plus vaste.
3. Le plan : il avance, il ne balance pasUn plan qui avance, au lieu de balancer.

Ne pas condamner tout plaisir

Le texte vise l’usage politique des plaisirs offerts par le tyran, non le théâtre ou le jeu en soi.

Ne pas oublier l’ordre du raisonnement

Les hommes sont d’abord nourris dans le service ; les divertissements entretiennent cette formation.

Ne pas anachroniser

Les exemples antiques peuvent éclairer des questions durables, mais la copie doit analyser les mots et les situations du texte.

I. Les divertissements convertissent l’énergie de la résistance en occupation agréable

## I.a. Des sujets affaiblis : la tyrannie prépare le terrain du plaisir

II. Les fêtes et les dons transforment la dépossession en gratitude

## II.a. Une restitution déguisée : le tyran donne ce qu’il a d’abord pris

III. Les divertissements dépendent d’un système plus vaste de coutume et de tromperie

## III.a. Une servitude apprise : les plaisirs prolongent l’éducation du joug

4. Le paragraphe : la même horloge à chaque foisLes cinq temps du paragraphe.

L’argument nomme un mécanisme. La justification commence par « En effet ». La citation reproduit une preuve exacte. L’explication étudie la construction. Le récapitulatif commence par « Par conséquent » et précise la place du mécanisme dans la réponse.

Argument

Une phrase courte, articulée par car placé après une virgule. Tu annonces l'idée.

Justification

Elle commence par En effet. Tu développes et tu analyses, sans citation encore.

Citation

La citation reproduit une preuve exacte.

Explication

Tu décortiques la citation : un mot, une tournure, une image, l'effet produit.

Récapitulatif

Il commence par Par conséquent. Tu refermes le paragraphe sur l'idée gagnée.

5. Entre les paragraphes : liaisons et transitionsPasser d'une idée à la suivante.

Liaisons

  1. Quelle invention permet alors de remplacer durablement la présence des soldats ?
  2. De quelle manière ces pratiques finissent-elles par attacher les sujets au service ?
  3. Pourquoi cette petite restitution l’emporte-t-elle sur la conscience des violences qui suivent ?
  4. Cette capture des sens suffit-elle ou faut-il encore donner au tyran un nom protecteur ?
  5. Cette technique est-elle toujours déclarée avec la franchise de Cyrus ?
  6. Quel langage général permet enfin de couvrir les plaisirs, les prélèvements et les violences ?
  7. Quelle part exacte faut-il alors leur reconnaître dans l’explication de la servitude volontaire ?

Transitions

  1. La première partie a montré que les jeux prolongent un affaiblissement, remplacent la garnison et servent d’appâts. Mais la domination ne donne pas seulement des images : elle distribue aussi des biens matériels et demande qu’on lui en soit reconnaissant.
  2. La deuxième partie a montré que les dons effacent la dépossession, que le plaisir rend insensible aux pertes et que le titre protecteur garantit la scène. Il faut maintenant déterminer pourquoi cet ensemble ne peut constituer l’explication unique de l’obéissance.
6. Les mots-repères en grasLes mots que le lecteur de ta copie attend.

Les divertissements comprennent les jeux, les spectacles, les fêtes et les plaisirs publics. Ils captent les désirs, occupent le temps et associent le tyran à une satisfaction. Pourtant, un plaisir ne devient politiquement efficace que dans un peuple déjà formé au service et soumis à d’autres médiations.

Le correcteur doit voir trois étages : le plaisir comme substitution à la force, le don comme transformation du vol en gratitude, puis le système de coutume et de langage qui donne à ces techniques leur durée.

7. La conclusion : trois tempsFinir en trois temps.

Les divertissements occupent une place essentielle dans le Discours parce qu’ils transforment le gouvernement des sujets en gouvernement de leurs désirs. Cyrus remplace la garnison par les jeux ; les spectacles deviennent appâts, prix et outils ; les fêtes concentrent la sensibilité sur une satisfaction brève. Ils ne suffisent pourtant pas à expliquer l’obéissance. Leur efficacité suppose un peuple déjà « nourri » dans le service et affaibli par la perte de la liberté. Elle dépend aussi des distributions qui rendent une part des biens confisqués, des titres qui donnent au tyran l’image d’un protecteur et des formules consacrées au bien commun. La Boétie n’accuse donc pas le plaisir en lui-même. Il analyse la manière dont le pouvoir l’insère dans une circulation trompeuse : prendre, rendre un peu, divertir, nommer cette restitution protection, puis obtenir la gratitude de ceux qu’il dépouille.

8. Les rappels d'orCe qu'on n'oublie jamais.

Ne pas condamner tout plaisir

Le texte vise l’usage politique des plaisirs offerts par le tyran, non le théâtre ou le jeu en soi.

Ne pas oublier l’ordre du raisonnement

Les hommes sont d’abord nourris dans le service ; les divertissements entretiennent cette formation.

Ne pas anachroniser

Les exemples antiques peuvent éclairer des questions durables, mais la copie doit analyser les mots et les situations du texte.

Le correcteur doit voir trois étages : le plaisir comme substitution à la force, le don comme transformation du vol en gratitude, puis le système de coutume et de langage qui donne à ces techniques leur durée.

9. Dans la tête du dragon lecteur : ses trois attentesCe que le lecteur de ta copie regarde vraiment.
Première attente : la cohérence.

Le correcteur doit voir trois étages : le plaisir comme substitution à la force, le don comme transformation du vol en gratitude, puis le système de coutume et de langage qui donne à ces techniques leur durée.

Deuxième attente : le lexique.

Les divertissements comprennent les jeux, les spectacles, les fêtes et les plaisirs publics. Ils captent les désirs, occupent le temps et associent le tyran à une satisfaction. Pourtant, un plaisir ne devient politiquement efficace que dans un peuple déjà formé au service et soumis à d’autres médiations.

Troisième attente : la bienveillance méthodologique.

Si la copie peut expliquer pourquoi la « garnison » de Cyrus fonctionne, ce que le tyran rend au peuple et à quoi sert le « joli propos », elle tient le sujet. Il reste à vérifier que chaque partie répond à « suffisent-ils ».

10. Blinder ta copie contre le dragon lecteurBlinder ta copie.

Imagine le lecteur de ta copie en dragon tapi au bout de ta copie : il ne guette qu'une faille pour cracher son feu. « Pas assez d'exemples ! » « Copie monotone ! » « Où est l'argument ? » Bonne nouvelle : chaque règle de cette fiche est un bouclier taillé contre une de ses attaques. Blinde ta copie, et le dragon n'aura plus rien à mordre.

L’attaque du dragonTon bouclier
« Où est ton idée ? »Chaque sous-partie s’ouvre par un argument articulé par « car ».
« Pas assez de preuves ! »Une citation brève, exacte, localisée au paragraphe.
« Tu récites ton cours ! »Tu cuisines l’idée au lieu de servir le savoir cru.
« Ta copie est monotone ! »L’horloge des cinq temps varie le rythme ; les mots-repères renouvellent le lexique.
« Ça part dans tous les sens ! »Le plan avance ; les liaisons et transitions relient chaque étape.
« Tu manques de vocabulaire ! »Les mots-repères propres à l’œuvre répondent à son attente lexicale.
« Tu ne réponds pas au sujet ! »Le sujet recopié, la problématique née de la tension, tenue jusqu’à la conclusion.

À la fin, le dragon replie ses ailes : il n'a plus une faille où mordre, et te laisse la voie libre.

Le dossier

La même dissertation, sous l'angle formel : rédigée d'un bout à l'autre.

IntroductionCe que tu écris en tête de copie.

1. Entrée dans le problème. Un pouvoir peut imposer la peur ; il peut aussi offrir des plaisirs qui détournent l’attention de ce qu’il retire.

2. Présentation de l’auteur. Dans le Discours de la servitude volontaire, La Boétie cherche pourquoi des peuples nombreux soutiennent un tyran seul.

3. Présentation de l’œuvre. Après avoir étudié le consentement, la nature et la coutume, l’orateur examine les moyens par lesquels les tyrans affaiblissent, amusent, récompensent et trompent leurs sujets.

4. Reprise du sujet. Demander si les divertissements suffisent à expliquer l’obéissance revient à déterminer leur fonction exacte et leurs rapports avec les autres causes de la servitude.

5. Définition et tension. Les divertissements comprennent les jeux, les spectacles, les fêtes et les plaisirs publics. Ils captent les désirs, occupent le temps et associent le tyran à une satisfaction. Pourtant, un plaisir ne devient politiquement efficace que dans un peuple déjà formé au service et soumis à d’autres médiations.

6. Problématique. Comment La Boétie fait-il du divertissement une technique de gouvernement des désirs, tout en montrant qu’elle dépend d’un affaiblissement antérieur et qu’elle se prolonge par les dons trompeurs et les mots protecteurs du pouvoir ?

7. Annonce du plan. Les divertissements désarment d’abord les sujets en substituant l’occupation agréable à la résistance. Ils transforment ensuite une dépossession en gratitude par la fête et la distribution. Ils ne suffisent pourtant pas : leur efficacité suppose la coutume et s’appuie sur une mise en scène politique plus vaste.

I. Les divertissements convertissent l’énergie de la résistance en occupation agréableLa première partie, rédigée en entier.
I.a.Des sujets affaiblis : la tyrannie prépare le terrain du plaisir
argument

Les divertissements deviennent efficaces car la servitude a déjà diminué la vaillance et la capacité d’entreprendre.

justification

En effet, La Boétie relie la liberté au courage, à l’allégresse du combat et au partage du bien commun. Les sujets asservis perdent cette vivacité et agissent « par manière d’acquit ». Le tyran ne rencontre donc pas des désirs demeurés intacts qu’un spectacle détournerait soudain. Il agit sur un peuple dont le service a déjà formé le cœur à l’inertie. Le divertissement prolonge cette transformation et lui donne des objets agréables.

exemple

Les tyrans voient que leurs sujets « prennent ce pli » et « les y aident encore pour les faire mieux avachir » (§65).

explication de l'exemple

La métaphore du « pli » présente l’asservissement comme une forme acquise par répétition. Le pronom « les » désigne des sujets devenus objets d’une action politique. Le verbe « aident » reçoit une valeur ironique : le pouvoir soutient une dégradation. Enfin, « avachir » donne à l’affaiblissement une dimension corporelle et morale.

récapitulatif

Par conséquent, le plaisir politique n’explique pas le commencement de l’obéissance ; il travaille sur une disponibilité produite par la servitude.

liaison

Quelle invention permet alors de remplacer durablement la présence des soldats ?

I.b.Une garnison sans épée : Cyrus gouverne par les pratiques de plaisir
argument

Le divertissement constitue une technique de domination car il accomplit le travail d’une armée sans conserver sa violence visible.

justification

En effet, Cyrus vient de réprimer la révolte de Sardes. Il pourrait maintenir une garnison, mais cette solution serait coûteuse et instable. Il établit des bordels, des tavernes et des jeux publics, puis ordonne aux habitants d’en faire usage. L’obligation initiale produit ensuite des habitudes qui occupent les Lydiens et diminuent leur capacité de révolte. La force militaire ne disparaît pas de l’histoire ; elle est relayée par un gouvernement des conduites.

exemple

Cyrus « se trouva si bien de cette garnison qu’il ne lui fallut plus jamais depuis tirer un coup d’épée contre les Lydiens » (§69).

explication de l'exemple

Le nom « garnison » transpose le vocabulaire militaire aux lieux de plaisir. La conséquence « qu’il ne lui fallut plus » mesure leur efficacité. L’expression « tirer un coup d’épée » représente la contrainte rendue inutile, tandis que « plus jamais depuis » souligne la durée du résultat obtenu.

récapitulatif

Par conséquent, le divertissement est une arme politique lorsqu’il installe dans la vie quotidienne l’effet qu’une troupe ne produirait que par surveillance.

liaison

De quelle manière ces pratiques finissent-elles par attacher les sujets au service ?

I.c.Des appâts de la servitude : le plaisir masque le prix réel
argument

Les jeux favorisent l’obéissance car ils donnent à la perte de la liberté la forme d’une satisfaction immédiatement visible.

justification

En effet, La Boétie accumule les théâtres, farces, gladiateurs, bêtes étranges, médailles et tableaux. Cette profusion occupe les sens et renouvelle l’attente. L’orateur nomme pourtant ces objets « appâts », « prix » et « outils ». Les trois termes déplacent le regard du contenu agréable vers la fonction politique. Le peuple croit recevoir un plaisir ; il paie par sa liberté et contribue au maintien de celui qui organise la fête.

exemple

Les spectacles étaient « les appâts de la servitude, le prix de leur liberté, les outils de la tyrannie » (§73).

explication de l'exemple

La construction ternaire attribue trois fonctions successives aux mêmes objets. « Appâts » décrit l’attraction, « prix » l’échange, « outils » l’usage par le tyran. Les compléments « de la servitude », « de leur liberté » et « de la tyrannie » relient le plaisir à l’ensemble du système politique.

récapitulatif

Par conséquent, le divertissement explique une part de l’obéissance parce qu’il transforme la dépossession en expérience plaisante.

II. Les fêtes et les dons transforment la dépossession en gratitudeLa deuxième partie, rédigée en entier.
II.a.Une restitution déguisée : le tyran donne ce qu’il a d’abord pris
argument

Les distributions soutiennent l’obéissance car elles font passer une restitution partielle pour une générosité du maître.

justification

En effet, les tyrans romains offrent du blé, du vin et de l’argent. Le peuple reçoit un bien proche, concret et consommable, puis acclame le roi. La Boétie rétablit la circulation complète : ces biens venaient des sujets et le tyran n’aurait rien pu offrir sans les avoir d’abord dépouillés. Le don politique efface donc sa propre origine. Il associe le pouvoir au moment de la réception et rejette la mémoire du prélèvement hors du spectacle.

exemple

Les sujets « ne faisaient que recouvrer une partie de ce qui était à eux » (§74).

explication de l'exemple

La négation restrictive « ne faisaient que » réduit la prétendue largesse à une restitution limitée. Le verbe « recouvrer » suppose une possession antérieure, tandis que « une partie » mesure la perte qui demeure. Le possessif « à eux » rend explicitement aux sujets la propriété que la mise en scène attribuait au tyran.

récapitulatif

Par conséquent, l’obéissance naît moins du bien reçu que de l’effacement de l’histoire qui permettrait d’en reconnaître le propriétaire.

liaison

Pourquoi cette petite restitution l’emporte-t-elle sur la conscience des violences qui suivent ?

II.b.Un plaisir présent, des pertes oubliées : la sensation brève désarme le jugement
argument

Le plaisir favorise la servitude car son intensité présente sépare la récompense immédiate des dommages durables du pouvoir.

justification

En effet, celui qui reçoit un sesterce ou participe au festin bénit Tibère et Néron. Le lendemain, il abandonne ses biens, ses enfants et son sang sans protester. La Boétie oppose deux temporalités : le moment plein de la consommation et la continuité des atteintes. Le sujet réagit au plaisir offert, mais devient insensible au tort qui exige une comparaison et une mémoire. La fête produit ainsi une dette affective envers le tyran.

exemple

Le bénéficiaire « ne disait mot, pas plus qu’une pierre, et ne se remuait pas plus qu’une souche » (§75).

explication de l'exemple

Les deux comparaisons minérales et végétales retirent successivement la parole et le mouvement. La négation répétée « ne… pas » donne une forme syntaxique à l’immobilité. « Pierre » et « souche » représentent un sujet privé de réponse, alors que le festin précédent l’avait rendu capable d’acclamation.

récapitulatif

Par conséquent, le divertissement soutient l’obéissance lorsqu’il concentre la sensibilité sur le plaisir et l’éteint devant la douleur politique.

liaison

Cette capture des sens suffit-elle ou faut-il encore donner au tyran un nom protecteur ?

II.c.Un titre emprunté : le pouvoir associe son image à la défense du peuple
argument

Le plaisir devient politiquement crédible car le tyran l’inscrit dans un langage qui le présente comme protecteur.

justification

En effet, les empereurs prennent le titre de Tribun du peuple, charge créée pour défendre les citoyens. Le nom conserve la mémoire d’une institution protectrice alors que sa fonction est détournée. Les distributions et les fêtes semblent ainsi confirmer une bienveillance annoncée par le titre. Le peuple entend un mot familier, voit un don et réunit les deux signes dans une représentation fausse du pouvoir.

exemple

Les empereurs comptent que le peuple « se fierait davantage à eux, comme s’il devait en entendre le nom sans en sentir les effets » (§79).

explication de l'exemple

Le verbe « se fierait » désigne le résultat recherché. La comparaison hypothétique « comme si » introduit la tromperie. L’opposition entre « entendre le nom » et « sentir les effets » sépare le langage institutionnel de l’expérience réelle. Les deux verbes de perception montrent que le pouvoir organise un conflit entre les signes reçus.

récapitulatif

Par conséquent, le divertissement n’agit pas seul : il reçoit sa signification d’une mise en scène qui présente le tyran comme défenseur.

III. Les divertissements dépendent d’un système plus vaste de coutume et de tromperieLa troisième partie, rédigée en entier.
III.a.Une servitude apprise : les plaisirs prolongent l’éducation du joug
argument

Les divertissements ne suffisent pas car ils agissent sur des hommes déjà nés et nourris dans le service.

justification

En effet, La Boétie revient au fil de son raisonnement avant d’étudier les ruses du tyran. La première raison de la servitude est l’éducation servile ; l’affaiblissement vient ensuite. Les jeux n’expliquent donc ni l’origine de la dépendance ni l’oubli initial de la liberté. Ils consolident une seconde nature en proposant des habitudes compatibles avec elle. Sans ce terrain, l’appât pourrait attirer un instant sans produire une obéissance durable.

exemple

« la première raison pour laquelle les hommes servent volontiers, c’est qu’ils naissent serfs et sont nourris tels » (§63).

explication de l'exemple

L’expression « première raison » hiérarchise les causes. Le parallélisme « naissent serfs » et « sont nourris tels » relie l’état reçu à sa reproduction éducative. Le passif efface les agents particuliers et donne à la formation la continuité d’un monde social déjà en place.

récapitulatif

Par conséquent, les divertissements expliquent une technique d’entretien de la servitude, non sa cause première.

liaison

Cette technique est-elle toujours déclarée avec la franchise de Cyrus ?

III.b.Une ruse poursuivie sous main : le pouvoir cache l’intention du plaisir
argument

Les jeux ne peuvent être isolés car ils appartiennent à une stratégie qui devient plus efficace lorsqu’elle dissimule son but.

justification

En effet, Cyrus ordonne publiquement aux Lydiens d’user des tavernes et des jeux. Les autres tyrans ne déclarent pas une intention aussi nette. Ils poursuivent le même effet « sous main », en laissant croire que le plaisir vaut pour lui-même. Cette dissimulation interdit au sujet de relier l’offre à la diminution de sa liberté. Le mécanisme dépend donc du mensonge sur sa fonction.

exemple

Ce que Cyrus « ordonna formellement et en effet, la plupart l’ont poursuivi sous main » (§71).

explication de l'exemple

L’opposition entre « formellement » et « sous main » sépare l’ordre explicite de l’action cachée. Le verbe « poursuivi » marque la continuité historique de la technique. Le groupe « la plupart » étend le cas singulier sans prétendre que tous les tyrans reproduisent le même dispositif visible.

récapitulatif

Par conséquent, le divertissement ne devient un instrument stable qu’au sein d’une politique qui masque les fins de ce qu’elle offre.

liaison

Quel langage général permet enfin de couvrir les plaisirs, les prélèvements et les violences ?

III.c.Le bien commun en façade : la formule légitime ce que le plaisir prépare
argument

Les divertissements ne suffisent pas car le pouvoir doit encore présenter ses actes comme des services rendus à la collectivité.

justification

En effet, La Boétie élargit son observation au présent. Les gouvernants font précéder leurs actes d’un propos sur le bien commun et le soulagement public. La formule ne remplace pas les jeux ou les distributions ; elle les enveloppe dans une justification. Le sujet est invité à recevoir comme protection ce qui peut renforcer sa dépendance. L’obéissance résulte ainsi d’une convergence entre habitude, plaisir, don, titre et discours.

exemple

Certains ne font aucun mal « sans le faire précéder de quelque joli propos sur le bien commun et le soulagement public » (§80).

explication de l'exemple

La double négation « ne… aucun… sans » donne au procédé une régularité. Le verbe « précéder » place la parole avant l’acte et lui confie la préparation du jugement. L’adjectif « joli » diminue ironiquement la valeur du propos, tandis que « bien commun » et « soulagement public » empruntent le lexique de la protection collective.

récapitulatif

Par conséquent, les divertissements participent à l’obéissance, mais leur force vient du système de formation, de redistribution et de langage dans lequel ils prennent place.

ConclusionLe bilan, et l'ouverture.

Les divertissements occupent une place essentielle dans le Discours parce qu’ils transforment le gouvernement des sujets en gouvernement de leurs désirs. Cyrus remplace la garnison par les jeux ; les spectacles deviennent appâts, prix et outils ; les fêtes concentrent la sensibilité sur une satisfaction brève. Ils ne suffisent pourtant pas à expliquer l’obéissance. Leur efficacité suppose un peuple déjà « nourri » dans le service et affaibli par la perte de la liberté. Elle dépend aussi des distributions qui rendent une part des biens confisqués, des titres qui donnent au tyran l’image d’un protecteur et des formules consacrées au bien commun. La Boétie n’accuse donc pas le plaisir en lui-même. Il analyse la manière dont le pouvoir l’insère dans une circulation trompeuse : prendre, rendre un peu, divertir, nommer cette restitution protection, puis obtenir la gratitude de ceux qu’il dépouille.

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