Le bac par Patrick

Étienne de La Boétie · Discours de la servitude volontaire · Explication 5/10

Les nourris dans la servitude

13 étapes parlées9 prises9 tiroirs

L’explication à côté de toi

Le fil parlé

Treize étapes pour comprendre, dire et retenir avant d’ouvrir le dossier de l’épreuve.

Étape 01

Le texte

Le passage est reproduit sans interruption, du début du §38 à la fin du §41. Le texte établi maison du 27 juillet 2026 déclare pour base l’imprimé de 1577 intitulé Vive description de la tyrannie, Bibliothèque Sainte-Geneviève, 8 R SUP 106 RES (P. 2). La traduction de la même date est faite depuis ce texte établi. La graphie ancienne est conservée dans la colonne de gauche ; les analyses et les exercices citent la colonne de droite.

Les repères §38 à §41 appartiennent à l’édition maison. Le témoin ancien n’a pas cette division ; la ponctuation est également éditoriale. La collation annoncée avec le manuscrit de Mesmes reste à effectuer.

Repère maisonTexte établi du XVIe siècleTraduction maison
§38Il est vray qu’au commencement l’on sert contraint et vaincu par la force ; mais ceux qui viennent apres, n’ayans jamais veu la liberté et ne sachans que c’est, servent sans regret, et font volontiers ce que leurs devanciers avoyent fait par contrainte. C’est cela, que les hommes naissans sous le joug, et puis nourris et eslevez dans le servage, sans regarder plus avant, se contentans de vivre comme ils sont nais, et ne pensans point avoir d’autre droit ni autre bien que ce qu’ils ont trouvé, ils prennent pour leur naturel l’estat de leur naissance.Il est vrai qu'au commencement on sert contraint et vaincu par la force ; mais ceux qui viennent après, n'ayant jamais vu la liberté et ne sachant ce que c'est, servent sans regret et font volontiers ce que leurs devanciers avaient fait par contrainte. C'est cela : les hommes naissant sous le joug, puis nourris et élevés dans le servage, sans regarder plus avant, se contentant de vivre comme ils sont nés, et ne pensant pas avoir d'autre droit ni d'autre bien que ce qu'ils ont trouvé, prennent pour leur naturel l'état de leur naissance.
§39Et toutesfois il n’est point d’heritier si prodigue et nonchalant qui quelquesfois ne passe les yeux dans ses registres, pour entendre s’il jouyt de tous les droits de sa succession, ou si l’on a rien entrepris sur luy ou sur son predecesseur. Mais certes la coustume, qui a en toutes choses grand pouvoir sur nous, n’a en aucun endroit si grande vertu qu’en cecy, de nous enseigner à servir, et, comme l’on dit de Mithridate qui se fit ordinaire à boire le poison, pour nous apprendre à avaller et ne trouver pas amer le venin de la servitude.Et pourtant il n'est pas d'héritier si prodigue et si nonchalant qui parfois ne passe les yeux sur ses registres, pour savoir s'il jouit de tous les droits de sa succession, ou si l'on a rien entrepris sur lui ou sur son prédécesseur. Mais certes la coutume, qui a en toutes choses grand pouvoir sur nous, n'a en aucun domaine si grande vertu qu'en celui-ci, de nous enseigner à servir et, comme on le dit de Mithridate qui s'habitua à boire du poison, de nous apprendre à avaler et à ne pas trouver amer le venin de la servitude.
§40L’on ne peut pas nier que la nature n’ait en nous bonne part, pour nous tirer là où elle veut et nous faire dire ou bien ou mal naiz ; mais si faut-il confesser qu’elle a en nous moins de pouvoir que la coustume, pource que le naturel, pour bon qu’il soit, se perd s’il n’est entretenu, et la nourriture nous fait tousjours de sa façon, comment que ce soit, malgré la nature. Les semences de bien que la nature met en nous sont si menues et glissantes, qu’elles n’endurent pas le moindre hurt de la nourriture contraire ; elles ne s’entretiennent pas plus aisément qu’elles s’abastardissent, se fondent et viennent en rien : ne plus ne moins que les fruictiers, qui ont bien tous quelque naturel à part, lequel ils gardent bien si on les laisse venir, mais ils le laissent aussi tost, pour porter d’autres fruicts estrangers et non les leurs, selon qu’on les ente.On ne peut nier que la nature n'ait en nous bonne part, pour nous tirer là où elle veut et nous faire dire bien ou mal nés ; mais il faut pourtant avouer qu'elle a en nous moins de pouvoir que la coutume, parce que le naturel, si bon soit-il, se perd s'il n'est entretenu, et que l'éducation nous fait toujours à sa façon, quoi qu'il en soit, malgré la nature. Les semences de bien que la nature met en nous sont si menues et si glissantes qu'elles ne supportent pas le moindre heurt d'une éducation contraire ; elles ne s'entretiennent pas plus aisément qu'elles ne s'abâtardissent, se fondent et s'anéantissent : ni plus ni moins que les arbres fruitiers, qui ont bien tous quelque naturel propre, qu'ils gardent bien si on les laisse venir, mais qu'ils abandonnent aussitôt pour porter d'autres fruits, étrangers et non les leurs, selon la façon dont on les greffe.
§41Les herbes ont chacune leur proprieté, leur naturel et singularité ; mais toutesfois le gel, le temps, le terrouer ou la main du jardinier y adjoustent ou diminuent beaucoup de leur vertu. La plante qu’on a veue en un endroit, on est ailleurs empesché de la reconnoistre.Les herbes ont chacune leur propriété, leur naturel et leur singularité ; mais pourtant le gel, le temps, le terroir ou la main du jardinier y ajoutent ou en retranchent beaucoup de leur vertu. La plante qu'on a vue en un endroit, ailleurs on est empêché de la reconnaître.
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Étape 02

Cette longue phrase t’intimide ?

Le début du passage peut donner l’impression qu’il faut tout retenir d’un seul souffle. C’est la phrase qui retarde son arrivée : elle suit une vie, depuis la naissance jusqu’au jugement que l’homme porte sur lui-même. Tu peux t’appuyer sur trois mots du §38 : naissance, éducation, naturel. Ils te donnent le chemin, même si certains mots anciens résistent encore.

Ce que tu dis. La Boétie suit la manière dont une condition reçue finit par paraître normale à ceux qui y grandissent.

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Étape 03

Avant tout : que cherche à comprendre La Boétie ?

Qui est là ? Des hommes d’abord soumis par la force, puis leurs enfants, qui n’ont connu que cette vie.

Que se passe-t-il ? Les descendants accomplissent sans regret ce que leurs aînés faisaient sous la contrainte ; ils ne pensent plus qu’une autre condition soit possible.

Qu’est-ce que La Boétie veut te faire comprendre ? Ce que l’on a toujours connu n’est pas nécessairement ce qui appartient à la nature humaine.

Ce que tu dis. Les enfants des vaincus ne décident pas de l’histoire qui les précède ; ils en reçoivent un cadre qu’ils finissent par prendre pour leur nature.

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Étape 04

D’où part le passage, où mène-t-il ?

Juste avant, au §37, La Boétie décrit un peuple qui oublie sa liberté après l’assujettissement. Les §§38 à 41 cherchent à expliquer cet oubli durable : l’enfance sous le joug, la coutume, puis l’éducation. Juste après, au §42, il confronte des communautés qui ont reçu des formations différentes. Le passage va donc du constat d’un oubli à la recherche des conditions qui forment les hommes.

Ce que tu dis. Ce passage explique un résultat que La Boétie vient de décrire : l’oubli de la liberté ; il prépare ensuite la comparaison entre des éducations opposées.

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Étape 05

Ton entrée en matière, six phrases

Un, l’auteur.

Ce que tu dis. Étienne de La Boétie est un écrivain humaniste du XVIe siècle.

Deux, l’œuvre.

Ce que tu dis. Le Discours de la servitude volontaire examine les causes de la domination durable.

Trois, l’endroit.

Ce que tu dis. Les §§38 à 41 expliquent l’oubli de la liberté par la coutume et l’éducation.

Quatre, le passage.

Ce que tu dis. Le raisonnement suit les générations, un héritier, le poison et les végétaux pour faire comprendre une transformation des hommes.

Cinq, la question.

Ce que tu dis. Par quel apprentissage la servitude finit-elle par être prise pour un état naturel ?

Six, le chemin.

Ce que tu dis. Pourquoi les descendants servent-ils sans regret ; par quels moyens la coutume modifie-t-elle leur perception ; que reste-t-il alors de leur naturel ?

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Étape 06

Première travée : grandir dans une condition reçue (§38)

Le premier mouvement tient dans le §38 entier. La Boétie fait d’abord une différence entre une action et la manière dont elle est vécue ; il retrace ensuite la formation des descendants ; il nomme enfin leur erreur.

Le mot montré. « volontiers » face à « par contrainte ».

Son nom savant. Une antithèse oppose les deux expériences.

Ce que tu dis. Les gestes sont semblables, mais la génération suivante ne ressent plus la violence qui a imposé ces gestes aux devanciers.

Le mot montré. « naissant », « nourris et élevés », « se contentant ».

Son nom savant. Une accumulation suit les étapes de la formation.

Ce que tu dis. La vie avance de la naissance à l’acceptation sans que l’individu rencontre un autre horizon.

Le mot montré. « prennent pour leur naturel l'état de leur naissance ».

Son nom savant. Une construction attributive fait apparaître une confusion.

Ce que tu dis. La Boétie ne dit pas que ces hommes sont naturellement faits pour servir ; il montre qu’ils prennent leur condition de naissance pour leur nature.

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Étape 07

Deuxième travée : ne plus sentir ce qui manque (§39)

Le §39 commence par une comparaison à portée de main : même un héritier peu soigneux regarde parfois ses registres. La coutume doit donc avoir un pouvoir puissant pour faire oublier une autre sorte de droit. Le poison en fournit une image.

Le mot montré. « héritier » et « registres ».

Son nom savant. Un exemple introduit une vérification ordinaire.

Ce que tu dis. L’héritier vérifie ce qui lui revient ; le texte invite à s’étonner d’une obéissance qui ne vérifie plus ses propres droits.

Le mot montré. « nous enseigner à servir ».

Son nom savant. La construction comparative désigne le domaine où la coutume a le plus de pouvoir.

Ce que tu dis. Servir est présenté comme le résultat d’un apprentissage, non comme la simple expression d’une nature.

Le mot montré. « ne pas trouver amer le venin de la servitude ».

Son nom savant. Une analogie argumentative rapproche l’habitude et l’accoutumance au poison.

Ce que tu dis. Le venin reste du venin, même si celui qui l’avale n’en ressent plus l’amertume ; le service sans regret n’est donc pas une preuve que la servitude soit bonne.

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Étape 08

Troisième travée : entretenir ce qui pourrait se perdre (§§40 à 41)

La fin du passage ne nie pas la nature. Elle montre pourquoi une disposition reçue ne se conserve pas sans entretien, puis rend cette idée visible à travers les arbres et les herbes.

Le mot montré. « si bon soit-il » et « s'il n'est entretenu ».

Son nom savant. Une concession reconnaît la qualité du naturel sans lui garantir de durer.

Ce que tu dis. Le naturel peut être bon et se perdre : la question est de savoir ce qui l’entretient.

Le mot montré. « d'autres fruits, étrangers et non les leurs ».

Son nom savant. Une analogie argumentative compare la formation à une greffe.

Ce que tu dis. Les fruits de l’arbre montrent les effets d’une intervention ; de même, une conduite humaine peut porter la marque de l’éducation reçue.

Le mot montré. « en un endroit » et « ailleurs ».

Son nom savant. Une opposition spatiale accompagne la perte de reconnaissance.

Ce que tu dis. La plante est la même, mais le changement de milieu l’a rendue méconnaissable : les apparences présentes ne suffisent pas à raconter une nature.

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Étape 09

La réponse : l’habitude ferme le point de comparaison

La servitude paraît naturelle lorsque les hommes ne peuvent plus la comparer à une liberté vécue ou connue. La coutume agit dans leurs gestes, mais aussi dans leur goût et dans leur jugement. La Boétie montre ainsi pourquoi l’acceptation d’un état n’en prouve pas la légitimité.

Ce que tu dis. L’homme qui sert sans regret peut avoir appris à ne plus reconnaître ce dont il est privé.

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Étape 10

Le passage se prolonge : défendre et entretenir la liberté

Le mot entretenir donne une direction au parcours. La liberté n’est pas seulement une origine qu’il suffirait de rappeler : elle doit rester une expérience, une habitude et un objet de connaissance. Au §42, les communautés comparées reçoivent des éducations différentes ; cette suite permet d’éprouver dans la vie collective ce que les plantes rendaient visible.

L’ouverture reste dans le raisonnement du Discours : les hommes agissent-ils selon une nature invariable, ou selon ce qu’ils ont appris à désirer et à défendre ?

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Étape 11

Retourne-toi et mesure le chemin

Tu peux maintenant distinguer trois choses qui semblaient confondues au départ : ce qui a été imposé, ce qui a été appris et ce qui est naturel. Tu sais aussi pourquoi l’héritier, le venin et la greffe ne sont pas des images ajoutées au hasard : chacun fait franchir un pas au raisonnement.

Le §38 expose la confusion ; le §39 montre ce qui la rend durable ; les §§40 à 41 expliquent pourquoi la nature ne la dissipe pas d’elle-même.

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Étape 12

Trois phrases pour la grammaire

Dans les cours communs, Grame Maire, la grand-mère de la grammaire, donne des moyens de retenir les gestes ; ici, chaque réponse porte seulement sur une construction de la phrase.

① Le verbe. Repère le sujet, puis vérifie le temps, le mode et la voix.

② La phrase complexe. Délimite les propositions avant de nommer leur lien.

③ La relative. Retrouve l’antécédent, puis la fonction du pronom relatif.

④ La circonstancielle. Cherche la relation exprimée avec la principale.

⑤ L’interrogation. Distingue la question directe de la question enchâssée.

⑥ La négation. Relève les marques, puis détermine ce qui est nié.

⑦ Le lexique. Décompose le mot et précise son sens dans la phrase.

Complément hors programme : l’accord du participe passé. Vérifie l’auxiliaire, puis la place du complément d’objet direct ; ce rappel accompagne la relative sans constituer une quatrième question.

Le réflexe en cinq pas. Lis la phrase ; délimite la construction demandée ; relève son introducteur ou son noyau ; donne sa nature et sa fonction ; vérifie ta réponse par une manipulation.

1. Le dragon montre la phrase. « pour savoir s'il jouit de tous les droits de sa succession, ou si l'on a rien entrepris sur lui ou sur son prédécesseur. » (§39).

Identifie les deux propositions introduites par « si » et précise leur nature et leur fonction.

Réponse courte. Deux interrogatives indirectes totales, coordonnées par ou, complètent savoir ; si n’exprime pas une condition.

Cette phrase relève de la leçon ⑤, parce que le verbe « savoir » reçoit deux interrogations indirectes totales introduites par « si ».

2. Le dragon montre la phrase. « le naturel, si bon soit-il, se perd s'il n'est entretenu » (§40).

Analyse la proposition « s’il n’est entretenu » : mot introducteur, nature, fonction et forme verbale.

Réponse courte. La proposition introduite par si est une circonstancielle de condition ; est entretenu est au présent de l’indicatif passif.

Cette phrase relève de la leçon ④, parce que la proposition introduite par « si » exprime la condition dont dépend le procès de la principale.

3. Le dragon montre la phrase. « La plante qu'on a vue en un endroit, ailleurs on est empêché de la reconnaître. » (§41).

Délimite la proposition relative, puis donne l’antécédent et la fonction du pronom relatif ; explique l’accord de « vue ».

Réponse courte. La relative complète plante ; que y est COD et commande l’accord féminin singulier de vue.

Cette phrase relève de la leçon ③, parce que « que » introduit une relative, reprend un antécédent nominal et exerce une fonction dans la proposition subordonnée.

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Étape 13

Terre ferme : tu peux t’arrêter là

La longue phrase du début n’est plus un bloc : tu y vois désormais des générations, une formation et un jugement. Belle traversée. Range tout, souffle : tu peux être fier du chemin. J’ai aimé faire ce passage avec toi.

Tu peux t’arrêter là. Ou continuer.

Je m’arrête ici · J’ouvre le dossier.

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Fin de l’explication accompagnée

La voix change

La voix qui t’accompagnait s’efface : finie la lettre, place au dossier de travail.

Je m’arrête iciJ’ouvre le dossier

Le dossier de l’épreuve

La même explication, classée pour la révision

Neuf tiroirs : comprendre, préparer l’oral, contrôler les preuves.

01Le texte, dit simplement

Le raisonnement sans jargon.

Idée générale. Dans ce texte, La Boétie décrit la formation des hommes nés dans le servage pour montrer qu’une condition apprise peut être prise pour une nature.

Situation simple. La force a soumis les devanciers ; leurs descendants reçoivent cette situation comme le cadre de leur vie.

Mouvement I. Dans ce mouvement, les hommes grandissent sans connaître la liberté et tiennent leur état de naissance pour leur naturel. L’idée importante est que l’acceptation s’explique par une formation.

Mouvement II. Dans ce mouvement, l’héritier vérifie ses droits tandis que la coutume apprend à servir et à ne plus sentir l’amertume de la servitude. L’idée importante est que l’absence de regret ne prouve pas l’absence de privation.

Mouvement III. Dans ce mouvement, les dispositions naturelles se perdent si elles ne sont pas entretenues, comme les végétaux se transforment sous l’effet des soins et du milieu. L’idée importante est que l’état présent ne dit pas à lui seul ce qu’est la nature.

Pour finir. La leçon du passage est que la liberté doit rester connue et entretenue pour ne pas disparaître de l’horizon des hommes.

02L’introduction rédigée

Six étapes, une question directrice.

Étape 1 : Étienne de La Boétie est un écrivain humaniste du XVIe siècle.

Étape 2 : Sa réflexion politique interroge les rapports entre la nature humaine, l’éducation et l’obéissance.

Étape 3 : Dans le Discours de la servitude volontaire, il recherche ce qui permet à la domination de durer avec le concours de ceux qui la subissent.

Étape 4 : Après avoir décrit l’oubli de la liberté, les quatre paragraphes retenus distinguent la contrainte première de l’habitude acquise et suivent les effets de la coutume jusque dans les dispositions des hommes.

Étape 5 : Par quel apprentissage la servitude finit-elle par être prise pour un état naturel ?

Étape 6 : Pourquoi les descendants des vaincus acceptent-ils leur condition ? Par quels moyens la coutume émousse-t-elle le sentiment de la privation ? Que devient la nature sous l’effet de l’éducation ?

03L’explication linéaire

Trois mouvements, neuf prises de lecture.

I. Naître sous le joug : l’obéissance devient une évidence

De « Il est vrai qu'au commencement » à « prennent pour leur naturel l'état de leur naissance. ».

Le premier paragraphe distingue la génération vaincue et ses descendants. Il suit ensuite leur formation depuis la naissance. L’absence d’autre expérience aboutit à une confusion entre la condition reçue et la nature.

★ I.a. La même conduite, deux histoires : de la contrainte au service sans regret

La Boétie distingue ceux que la force a soumis de leurs descendants, qui accomplissent les mêmes actes sans avoir connu une autre manière de vivre.

Citation : « servent sans regret et font volontiers ce que leurs devanciers avaient fait par contrainte » (§38, traduction maison).

Procédé principal : Antithèse (« volontiers » / « par contrainte »).

Procédé secondaire : Aucun procédé secondaire nécessaire. L’opposition des deux manières de servir suffit à conduire l’analyse.

Analyse. La citation reprend une même action, faire, mais lui donne deux modalités opposées : « volontiers » du côté des descendants, « par contrainte » du côté des devanciers. Le complément « ce que » rend comparables les actes accomplis ; l’opposition ne porte donc pas sur leur contenu, mais sur le rapport que chaque génération entretient avec eux. La formule « sans regret » précise cette différence : les nouveaux sujets ne ressentent pas la perte de ce que leurs prédécesseurs ont possédé. Le présent « servent » installe leur conduite dans la durée, tandis que le plus-que-parfait « avaient fait » renvoie l’origine forcée à une histoire déjà antérieure. La phrase conduit ainsi du résultat visible, une obéissance semblable, à deux expériences qu’il faut distinguer. Dans le contexte immédiat, l’absence de souvenir de la liberté explique cet écart : les descendants ne disposent pas du terme de comparaison qui ferait apparaître leur condition comme une privation. Le texte ne dit donc pas qu’ils ont librement choisi leur premier assujettissement.

Effet sur le lecteur. Le lecteur découvre qu’un même geste d’obéissance peut masquer des expériences opposées.

Interprétation. La Boétie dissocie la continuité de la servitude et la conscience de sa violence première : le pouvoir peut durer sans que chaque génération éprouve la conquête qui l’a fondé.

Phrase de liaison. Quelles étapes de la vie rendent possible cet effacement de l’expérience antérieure ?

◆ I.b. Une vie déjà réglée : l’éducation prolonge le lieu de naissance

Le texte s’approche des vies individuelles et réunit les habitudes par lesquelles l’enfant reçoit, puis accepte, la condition qui l’entoure.

Citation : « les hommes naissant sous le joug, puis nourris et élevés dans le servage, sans regarder plus avant, se contentant de vivre comme ils sont nés » (§38, traduction maison).

Procédé principal : Accumulation (« naissant » / « nourris et élevés » / « se contentant »).

Procédé secondaire : Aucun procédé secondaire nécessaire. Le développement repose sur la succession accumulée des états et conduites.

Analyse. L’accumulation commence avant toute décision de l’individu : « naissant » place les hommes dans une situation déjà donnée. Le groupe « nourris et élevés » ajoute la durée de l’enfance à l’instant de la naissance ; « puis » fait entendre ce passage d’une étape à l’autre. Les compléments « sous le joug » et « dans le servage » maintiennent, malgré cette avancée dans le temps, un même cadre de dépendance. Viennent ensuite des conduites qui semblent appartenir davantage aux sujets : regarder, se contenter, vivre. Pourtant « sans regarder plus avant » ferme la possibilité d’un examen au-delà de ce cadre, et « comme ils sont nés » ramène la vie à son point de départ. Le mouvement de la phrase avance ainsi de la naissance à l’acceptation tout en enfermant cette avancée dans un retour. La proposition principale est encore attendue : les groupes successifs préparent le jugement qui sera formulé à la fin de la période. L’accumulation ne compte pas plusieurs fautes ; elle reconstruit les relais d’une formation continue.

Effet sur le lecteur. Le lecteur suit une existence qui avance en âge sans sortir du cadre reçu à la naissance.

Interprétation. L’obéissance apparaît comme une disposition acquise au long d’une vie, et non comme un défaut dont les sujets seraient naturellement porteurs.

Phrase de liaison. Quelle conclusion les hommes tirent-ils lorsque rien ne leur permet de comparer leur état à un autre ?

★ I.c. L’état pris pour la nature : une erreur devient le cadre du jugement

La fin de la période montre le résultat de cette formation : les hommes attribuent à leur nature ce qui tient à la condition dans laquelle ils sont nés.

Citation : « prennent pour leur naturel l'état de leur naissance. » (§38, traduction maison).

Procédé principal : Construction attributive (« prennent pour »).

Procédé secondaire : Aucun procédé secondaire nécessaire. Le tour attributif expose à lui seul la confusion décisive.

Analyse. Le verbe « prennent » n’indique pas ici une acquisition matérielle. Dans le tour « prennent pour », il attribue une qualité à un objet : « l'état de leur naissance » est tenu pour « leur naturel ». Le mot « état » désigne la situation rencontrée au commencement de la vie ; « naturel » en fait une propriété de l’être. La brièveté de cette conclusion contraste avec la succession de groupes qui la préparent. Après avoir suivi la naissance, l’éducation et le défaut d’examen, la phrase livre le jugement auquel ils aboutissent. L’ordre des mots place même « pour leur naturel » avant l’objet reconnu comme tel : le lecteur rencontre d’abord l’étiquette, puis la réalité qu’elle recouvre. Le tour conserve une distance entre ces deux termes ; prendre une chose pour une autre ne prouve pas qu’elles soient identiques. La phrase donne donc accès à l’erreur des sujets sans l’adopter. Cette distinction évite de lire la mention du naturel comme une définition proposée par l’auteur lui-même.

Effet sur le lecteur. Le lecteur voit se séparer l’état effectivement reçu et le nom trompeur qui lui est donné.

Interprétation. La domination se perpétue aussi lorsqu’une condition historique cesse d’être reconnue comme telle ; l’éducation servile règle jusqu’aux catégories avec lesquelles chacun se comprend.

Transition vers le mouvement II. La naissance et l’éducation ont fait passer l’état reçu pour une nature. Pourquoi les hommes ne vérifient-ils pas leurs droits avec la même attention qu’un héritier ?

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II. Des droits au venin : la coutume modifie jusqu’au goût

De « Et pourtant il n'est pas d'héritier » à « le venin de la servitude. ».

Le deuxième paragraphe éprouve l’acceptation de la servitude à partir d’un geste ordinaire. L’héritier qui consulte ses registres fournit un point de comparaison. L’image du poison explique ensuite pourquoi une privation peut ne plus être ressentie.

◆ II.a. Le registre entrouvert : la vigilance ordinaire met l’oubli à l’épreuve

La Boétie fait intervenir un héritier peu soigneux, capable malgré tout de vérifier si ses droits ont été conservés.

Citation : « il n'est pas d'héritier si prodigue et si nonchalant qui parfois ne passe les yeux sur ses registres » (§39, traduction maison).

Procédé principal : Exemple (« héritier » / « registres »).

Procédé secondaire : Aucun procédé secondaire nécessaire. L’exemple suffit ; sa construction négative est explicitée dans l’analyse.

Analyse. L’exemple ne choisit pas un héritier modèle. Les qualificatifs « prodigue » et « nonchalant » désignent au contraire quelqu’un qui dissipe ses biens ou néglige ses affaires. Le tour « il n'est pas d'héritier […] qui […] ne » inclut pourtant ce cas défavorable dans la pratique décrite : même cet héritier consulte ses titres. L’adverbe « parfois » et l’expression « passe les yeux » réduisent l’effort demandé ; il ne s’agit ni d’une vigilance permanente ni d’une enquête savante. Le geste paraît à la portée d’un homme peu appliqué. Les « registres » donnent en outre à la comparaison un objet concret : un document permet de confronter la situation présente à des droits antérieurs. La suite de la phrase précise ce que l’héritier cherche à savoir, l’intégrité de sa succession ou l’existence d’une atteinte. Placé après la confusion entre état et nature, cet exemple rend sensible l’absence d’une vérification équivalente chez ceux qui acceptent le servage. Le texte passe d’une mémoire familiale disponible à la question des droits que l’habitude empêche d’interroger.

Effet sur le lecteur. Le lecteur s’étonne qu’un examen si modeste soit possible pour un héritage et absent face au servage.

Interprétation. La Boétie rend l’oubli de la liberté problématique en le comparant à une prudence familière ; il invite à ne pas confondre ce qui est reçu avec tout ce qui est dû.

Phrase de liaison. Quel pouvoir peut rendre moins sensible à cette perte qu’à une atteinte portée à une succession ?

★ II.b. Une école du service : la coutume acquiert un pouvoir inégal

Après le détour par l’héritier, le texte nomme la force qui entretient l’acceptation du servage et précise son action.

Citation : « la coutume, qui a en toutes choses grand pouvoir sur nous, n'a en aucun domaine si grande vertu qu'en celui-ci, de nous enseigner à servir » (§39, traduction maison).

Procédé principal : Comparaison de supériorité (« n'a en aucun domaine si grande vertu qu'en celui-ci »).

Procédé secondaire : Aucun procédé secondaire nécessaire. La comparaison entre domaines et son complément explicatif conduisent toute l’analyse.

Analyse. La citation distingue deux échelles. La relative « qui a en toutes choses grand pouvoir sur nous » attribue d’abord à la coutume une influence étendue. La proposition suivante établit une supériorité à l’intérieur de cet ensemble : « en aucun domaine » son action n’égale celle qu’elle exerce « en celui-ci ». Cette restriction du domaine ne réduit donc pas sa force ; elle désigne l’endroit où elle agit le plus. Le nom « vertu » prend ici le sens de puissance ou d’efficacité, puisque le complément qui suit définit son résultat : « nous enseigner à servir ». Il ne s’agit pas de louer une qualité morale. L’infinitif « enseigner » décrit une activité d’apprentissage, prolongée par le second infinitif qui en donne le contenu. Le service est ainsi présenté comme quelque chose qui s’apprend. Enfin « nous » inclut l’énonciateur et ses lecteurs dans le champ du mécanisme, au lieu de réserver celui-ci à une catégorie d’hommes éloignée. L’explication quitte le simple constat d’une acceptation pour isoler le moyen qui la produit.

Effet sur le lecteur. Le lecteur reconnaît dans la coutume une puissance d’apprentissage qui peut également l’atteindre.

Interprétation. La servitude durable ne repose pas seulement sur l’ordre d’un maître ; elle trouve un relais dans des pratiques qui apprennent aux hommes à servir.

Phrase de liaison. Jusqu’où cet apprentissage peut-il transformer la manière dont les hommes éprouvent le mal subi ?

★ II.c. Un poison sans amertume : l’habitude sépare le mal de sa sensation

La fin du paragraphe rend sensible le pouvoir de l’habitude en rapprochant la servitude d’un poison auquel le corps s’accoutume.

Citation : « comme on le dit de Mithridate qui s'habitua à boire du poison, de nous apprendre à avaler et à ne pas trouver amer le venin de la servitude. » (§39, traduction maison).

Procédé principal : Analogie argumentative (« comme on le dit de Mithridate »).

Procédé secondaire : Métaphore (« le venin de la servitude »).

Analyse. L’analogie relie deux apprentissages : Mithridate « s'habitua à boire du poison », la coutume apprend aux hommes « à avaler » le servage. La correspondance est portée par les verbes d’ingestion et par les deux noms « poison » et « venin ». Le texte ajoute cependant une précision à l’action d’avaler : « ne pas trouver amer ». L’accoutumance agit sur la sensation que la chose produit, sans que son nom soit changé. La matière continue d’être appelée « venin » au moment même où son amertume cesse d’être perçue. La formule ne dit donc ni que la servitude devient bonne ni qu’elle disparaît. Elle fait tenir ensemble la persistance d’un mal et la modification de l’expérience qu’en ont ceux qui le subissent. Le nom de Mithridate offre un cas raconté, introduit prudemment par « comme on le dit », non une démonstration médicale. Dans cette comparaison, l’efficacité recherchée vient de la différence entre ce qui est absorbé et ce qui est ressenti : le lecteur peut saisir cette différence sans adopter le poison comme remède.

Effet sur le lecteur. Le lecteur éprouve le trouble d’un danger qui conserve son nom alors que son goût ne donne plus l’alerte.

Interprétation. L’absence de souffrance ressentie ne justifie pas la servitude ; elle peut au contraire signaler la profondeur d’un apprentissage qui neutralise la perception de la privation.

Transition vers le mouvement III. La coutume a rendu le service familier jusqu’à en effacer l’amertume. Que reste-t-il alors de la nature humaine sous l’action de l’éducation ?

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III. Une nature à entretenir : la formation change les fruits

De « On ne peut nier que la nature » à « ailleurs on est empêché de la reconnaître. ».

Le dernier mouvement examine le rapport entre la nature et la coutume. La Boétie reconnaît d’abord une puissance naturelle, puis montre qu’elle ne se conserve pas seule. Les semences, les arbres greffés et la plante déplacée rendent visible cette transformation.

★ III.a. La nature reconnue puis limitée : une disposition ne se conserve pas seule

La Boétie ne supprime pas le rôle de la nature, mais refuse d’en faire une puissance qui résisterait d’elle-même à toutes les éducations.

Citation : « mais il faut pourtant avouer qu'elle a en nous moins de pouvoir que la coutume, parce que le naturel, si bon soit-il, se perd s'il n'est entretenu » (§40, traduction maison).

Procédé principal : Concession (« si bon soit-il »).

Procédé secondaire : Aucun procédé secondaire nécessaire. La concession organise la limite reconnue au naturel ; les relations causale et conditionnelle sont expliquées dans son fonctionnement.

Analyse. Le texte accueille d’abord une objection possible : la nature a sa part dans les dispositions des hommes. La citation introduite par « mais » limite cet accord. « Moins de pouvoir que la coutume » ne signifie pas absence de pouvoir ; la comparaison établit une relation inégale entre deux forces reconnues. La concessive « si bon soit-il » maintient l’hypothèse d’un naturel favorable tout en affirmant qu’elle ne suffit pas à empêcher sa perte. La condition « s'il n'est entretenu » précise ce dont dépend sa conservation. Le verbe « entretenir » ajoute ainsi une action continue à la possession initiale : avoir reçu une disposition et la conserver ne sont pas un même fait. Le lien causal « parce que » fait de cette fragilité la raison de la supériorité attribuée à la coutume. La phrase ne propose donc pas une alternative où la nature existerait ou n’existerait pas ; elle demande dans quelles conditions ce qui vient d’elle subsiste. Elle prépare les images végétales, où une propriété première peut produire des résultats différents selon les soins reçus.

Effet sur le lecteur. Le lecteur comprend qu’une disposition bonne peut être perdue sans avoir jamais été inexistante.

Interprétation. La liberté naturelle ne dispense pas d’une formation qui l’entretienne ; l’argument déplace l’attention de l’origine des hommes vers les conditions de leur devenir.

Phrase de liaison. Quelle image permet de suivre une transformation qui modifie les résultats sans nier l’existence d’un naturel premier ?

◆ III.b. Des fruits étrangers : la greffe rend visible une formation contraire

Les images végétales montrent désormais ce que l’éducation peut faire aux dispositions initiales en transformant les fruits qu’elles produisent.

Citation : « pour porter d'autres fruits, étrangers et non les leurs, selon la façon dont on les greffe. » (§40, traduction maison).

Procédé principal : Analogie argumentative (« fruits » / « greffe »).

Procédé secondaire : Aucun procédé secondaire nécessaire. L’analogie végétale suffit à relier l’opération concrète et la formation humaine.

Analyse. La fin du paragraphe transforme l’idée d’une puissance éducative en une opération que le lecteur peut se représenter. Les arbres demeurent le support de la production, mais ils portent « d'autres fruits ». Les deux précisions « étrangers » et « non les leurs » insistent sur l’écart entre ce qui leur appartenait en propre et ce qu’ils donnent désormais. La proposition « selon la façon dont on les greffe » attribue cet écart à une intervention et à ses modalités ; les fruits nouveaux ne sont pas simplement présentés comme un développement spontané. Dans la phrase entière, l’analogie est annoncée après les « semences de bien » et les effets d’une éducation contraire : elle donne un pendant visible au raisonnement sur les hommes. La greffe ne sert donc pas à proclamer que tout changement serait mauvais par nature. Elle isole une capacité de transformation : un organisme qui possède déjà certaines dispositions peut être conduit à produire autre chose. Le lien avec le servage se comprend à cette échelle précise, celle d’une formation qui infléchit ce qui semblait appartenir en propre au sujet.

Effet sur le lecteur. Le lecteur se représente une même souche portant des fruits qui ne correspondent plus à son premier état.

Interprétation. La Boétie conteste l’idée que les conduites présentes révèlent nécessairement une essence : ce qu’un homme produit peut porter la marque de l’éducation reçue.

Phrase de liaison. La transformation reste-t-elle un cas particulier de greffe, ou touche-t-elle plus largement le milieu où chacun grandit ?

★ III.c. La plante méconnaissable : changer de milieu défait l’évidence du naturel

Le dernier paragraphe étend l’image végétale aux effets du milieu et se ferme sur l’impossibilité de reconnaître une plante déjà vue.

Citation : « La plante qu'on a vue en un endroit, ailleurs on est empêché de la reconnaître. » (§41, traduction maison).

Procédé principal : Opposition spatiale (« en un endroit » / « ailleurs »).

Procédé secondaire : Aucun procédé secondaire nécessaire. Le contraste des lieux et le maintien du même référent suffisent.

Analyse. L’expression « La plante qu'on a vue » pose un objet déjà rencontré : la difficulté ne vient pas d’une découverte sans point de comparaison. La reprise par « la » dans « la reconnaître » maintient ce même objet d’un bout à l’autre de la phrase. Pourtant le passage d’« un endroit » à « ailleurs » suffit à interrompre la reconnaissance. Le contraste ne porte donc pas sur deux espèces explicitement différentes, mais sur une continuité devenue difficile à voir. Le paragraphe en a fourni les causes possibles : le gel, le temps, le terroir et la main du jardinier ajoutent ou retranchent quelque chose aux propriétés des herbes. Le dernier exemple réunit les effets de ces facteurs dans une expérience simple, voir sans reconnaître. La Boétie place ainsi la difficulté du côté du jugement porté sur un résultat transformé. Celui qui observe la plante ailleurs risque d’y voir une autre nature parce qu’il n’aperçoit plus l’histoire des changements subis. La fin du passage rejoint, par cette voie concrète, la confusion du premier paragraphe entre l’état présent et le naturel.

Effet sur le lecteur. Le lecteur hésite avec l’observateur devant un être dont la transformation a masqué la continuité.

Interprétation. L’apparence présente ne suffit pas à définir une nature humaine ; comprendre l’obéissance demande de retrouver les milieux et les apprentissages qui ont formé les sujets.

Phrase de liaison vers la conclusion. Si l’état présent ne révèle pas à lui seul le naturel, que faut-il entretenir pour que la liberté reste possible ?

04La conclusion rédigée

Répondre, puis prolonger dans l’œuvre.

1. Récapitulation. Le passage distingue d’abord le service imposé et l’obéissance apprise, puis oppose la vérification des droits à l’accoutumance au venin, avant de montrer par les végétaux la fragilité d’un naturel soumis à la formation.

2. Réponse. La servitude finit par passer pour naturelle lorsque la naissance sous le joug, l’absence d’autre expérience et l’éducation font confondre une condition reçue avec une propriété de l’être.

3. Dépassement réflexif. Une conduite sans regret n’atteste donc pas à elle seule un choix libre ; la conscience de ce qui manque dépend aussi de la possibilité d’en conserver le souvenir et d’en reconnaître le prix.

4. Ouverture. Le paragraphe suivant confronte des communautés diversement élevées pour éprouver le même raisonnement : défendre la liberté exige aussi de l’entretenir par les habitudes qui la rendent vivante.

05Le mémo de l’oral

Les appuis indispensables et les prolongements possibles.

Auteur : Étienne de La Boétie.

Œuvre : Discours de la servitude volontaire.

Extrait : « Les nourris dans la servitude », §§38 à 41, texte et traduction maison.

Objet d’étude : La littérature d’idées.

Parcours : Défendre et entretenir la liberté.

Situation : Après l’oubli de la liberté, avant la comparaison de communautés élevées différemment.

Problématique : Par quel apprentissage la servitude finit-elle par être prise pour un état naturel ?

Plan : §38, la naissance de l’acceptation ; §39, la puissance de la coutume ; §§40 à 41, la transformation du naturel.

Citations, procédés et interprétations essentiels : ★ indique les appuis à ne pas omettre ; ◆ propose les prolongements à choisir selon le temps disponible.

★ I.a (§38) : « volontiers » / « par contrainte ». Antithèse. L’acte se transmet, mais la conscience de la violence initiale s’efface.

◆ I.b (§38) : « naissant » / « nourris et élevés » / « se contentant ». Accumulation. L’accumulation fait suivre l’apprentissage d’une acceptation.

★ I.c (§38) : « prennent pour leur naturel ». Construction attributive. L’état reçu est confondu avec une propriété naturelle.

◆ II.a (§39) : « héritier » / « registres ». Exemple. Le contrôle ordinaire des droits rend problématique l’oubli de la liberté.

★ II.b (§39) : « nous enseigner à servir ». Comparaison de supériorité. La coutume est désignée par son effet d’apprentissage.

★ II.c (§39) : « ne pas trouver amer ». Analogie argumentative. Le venin reste un mal alors que sa sensation change.

★ III.a (§40) : « s'il n'est entretenu ». Concession. La conservation du naturel dépend d’un entretien.

◆ III.b (§40) : « d'autres fruits, étrangers et non les leurs ». Analogie argumentative. La production visible peut être le résultat d’une intervention.

★ III.c (§41) : « en un endroit » / « ailleurs ». Opposition spatiale. Le changement de milieu rend difficile la reconnaissance du même être.

Conclusion synthétique : La coutume rend possible une obéissance qui ne se reconnaît plus comme le produit d’une histoire.

Ouverture : Les éducations opposées du §42 permettent de poursuivre la question de l’entretien de la liberté.

Appuis ★ repris : I.a I.c II.b II.c III.a III.c

06Le tableau des procédés

Comparer les fonctions des neuf appuis.

Procédé désignéAnalyse dans le texteEffet sur le lecteurInterprétation
★ Antithèse (I.a)L’acte se transmet, mais la conscience de la violence initiale s’efface.Le lecteur découvre qu’un même geste d’obéissance peut masquer des expériences opposées.La Boétie dissocie la continuité de la servitude et la conscience de sa violence première : le pouvoir peut durer sans que chaque génération éprouve la conquête qui l’a fondé.
◆ Accumulation (I.b)L’accumulation fait suivre l’apprentissage d’une acceptation.Le lecteur suit une existence qui avance en âge sans sortir du cadre reçu à la naissance.L’obéissance apparaît comme une disposition acquise au long d’une vie, et non comme un défaut dont les sujets seraient naturellement porteurs.
★ Construction attributive (I.c)L’état reçu est confondu avec une propriété naturelle.Le lecteur voit se séparer l’état effectivement reçu et le nom trompeur qui lui est donné.La domination se perpétue aussi lorsqu’une condition historique cesse d’être reconnue comme telle ; l’éducation servile règle jusqu’aux catégories avec lesquelles chacun se comprend.
◆ Exemple (II.a)Le contrôle ordinaire des droits rend problématique l’oubli de la liberté.Le lecteur s’étonne qu’un examen si modeste soit possible pour un héritage et absent face au servage.La Boétie rend l’oubli de la liberté problématique en le comparant à une prudence familière ; il invite à ne pas confondre ce qui est reçu avec tout ce qui est dû.
★ Comparaison de supériorité (II.b)La coutume est désignée par son effet d’apprentissage.Le lecteur reconnaît dans la coutume une puissance d’apprentissage qui peut également l’atteindre.La servitude durable ne repose pas seulement sur l’ordre d’un maître ; elle trouve un relais dans des pratiques qui apprennent aux hommes à servir.
★ Analogie argumentative (II.c)Le venin reste un mal alors que sa sensation change.Le lecteur éprouve le trouble d’un danger qui conserve son nom alors que son goût ne donne plus l’alerte.L’absence de souffrance ressentie ne justifie pas la servitude ; elle peut au contraire signaler la profondeur d’un apprentissage qui neutralise la perception de la privation.
★ Concession (III.a)La conservation du naturel dépend d’un entretien.Le lecteur comprend qu’une disposition bonne peut être perdue sans avoir jamais été inexistante.La liberté naturelle ne dispense pas d’une formation qui l’entretienne ; l’argument déplace l’attention de l’origine des hommes vers les conditions de leur devenir.
◆ Analogie argumentative (III.b)La production visible peut être le résultat d’une intervention.Le lecteur se représente une même souche portant des fruits qui ne correspondent plus à son premier état.La Boétie conteste l’idée que les conduites présentes révèlent nécessairement une essence : ce qu’un homme produit peut porter la marque de l’éducation reçue.
★ Opposition spatiale (III.c)Le changement de milieu rend difficile la reconnaissance du même être.Le lecteur hésite avec l’observateur devant un être dont la transformation a masqué la continuité.L’apparence présente ne suffit pas à définir une nature humaine ; comprendre l’obéissance demande de retrouver les milieux et les apprentissages qui ont formé les sujets.

Hiérarchie pour la révision. Six appuis ★ structurent le raisonnement : l’antithèse des générations ; la confusion attributive ; l’apprentissage du service ; le venin sans amertume ; le naturel à entretenir ; la plante méconnaissable. Les trois appuis ◆ précisent le trajet par l’enfance, les registres et la greffe. L’idée directrice relie une condition reçue à une nature supposée.

07Le tableau de couverture
Prise ★RangDans le mémo
I.a★oui
I.c★oui
II.b★oui
II.c★oui
III.a★oui
III.c★oui

Retrouver chaque sous-partie dans le mémo.

Sous-partieProcédé principalDans le mémo ?
I.aAntithèseOui, ★
I.bAccumulationOui, ◆
I.cConstruction attributiveOui, ★
II.aExempleOui, ◆
II.bComparaison de supérioritéOui, ★
II.cAnalogie argumentativeOui, ★
III.aConcessionOui, ★
III.bAnalogie argumentativeOui, ◆
III.cOpposition spatialeOui, ★

Les trois mouvements et les neuf sous-parties sont couverts dans ce mémo : résultat 9/9. Ce décompte atteste la couverture, non la qualité générale de la page.

08Les erreurs rédhibitoires

Les contresens propres à ce passage.

A. Erreurs de fond

Erreur à ne pas commettrePourquoi c’est une erreurFormulation correcte à retenir
Les hommes sont naturellement serviles.Le texte décrit précisément une confusion entre l’état de naissance et le naturel.Les hommes prennent une condition reçue pour leur nature.
Le service sans regret prouve un choix libre.Les descendants n’ont pas connu le terme de comparaison qu’est la liberté.L’acceptation peut résulter d’une formation sans autre horizon.
Le poison devient un bien.Le texte maintient le nom de venin quand son amertume cesse d’être perçue.La sensation change sans justifier ce qui est subi.
La coutume supprime toute nature.La nature conserve une part, mais elle peut perdre de son pouvoir sans entretien.Le passage pose un rapport inégal, non une disparition nécessaire.

B. Erreurs de méthode à l’oral

Erreur de méthodeCorrection attendue
Commencer la dernière partie par la plante finale et revenir aux semences.Suivre §40 puis §41, de la concession aux transformations végétales.
Raconter toute la vie de Mithridate.Expliquer les verbes boire et avaler ainsi que la perte d’amertume dans la comparaison.
Donner pour pagination ancienne les repères §38 à §41.Annoncer des paragraphes éditoriaux de la maison.

C. Formulations à proscrire

MaladroitCorrect
La vertu prouve que la coutume est morale.Vertu désigne ici son efficacité, dont le résultat est enseigner à servir.
La nature est une excuse pour obéir.L’auteur dénonce la confusion entre la condition et le naturel.
Le passage condamne toute éducation.Il examine une éducation contraire au naturel et la nécessité de son entretien.

D. Identification des procédés

Erreur à ne pas commettrePourquoi c’est une erreurCorrection attendue
Nommer liberté ou coutume comme un procédé.Ce sont des notions du raisonnement.Nommer une construction observable : opposition, exemple, concession, analogie.
Nommer le venin métaphore sans suivre l’analogie.La comparaison avec Mithridate explique la modification du goût.Distinguer la métaphore du venin et l’analogie entre deux apprentissages.
Attribuer à l’auteur les points-virgules du témoin maison.Le relevé déclare une ponctuation modernisée.Appuyer l’analyse sur les relations et les mots conservés, en nommant l’intervention éditoriale.
09L’analyse grammaticale
  1. Question grammaticale 1
  2. Question grammaticale 2
  3. Question grammaticale 3

Trois constructions distinctes, trois leçons.

Phrase 1 : Interrogation indirecte totale

Phrase étudiée : « pour savoir s'il jouit de tous les droits de sa succession, ou si l'on a rien entrepris sur lui ou sur son prédécesseur. » (§39, traduction maison).

Question de grammaire : Identifie les deux propositions introduites par « si » et précise leur nature et leur fonction.

Leçon de grammaire : ⑤ L’interrogation.

Nature de la phrase. Fragment d’une phrase déclarative complexe ; l’étude porte sur les compléments de l’infinitif « savoir ».

Analyse grammaticale. Les segments « s'il jouit de tous les droits de sa succession » et « si l'on a rien entrepris sur lui ou sur son prédécesseur » sont deux propositions subordonnées interrogatives indirectes totales, coordonnées par « ou ». Chacune est complément d’objet direct de « savoir ». Le mot subordonnant « si » introduit une question à laquelle une réponse affirmative ou négative est possible ; il n’exprime pas ici une condition. Les sujets précèdent les verbes : « il jouit », « l'on a […] entrepris ». Dans la seconde proposition, « l’ » est un élément explétif devant le pronom « on », non un pronom complément. Le pronom indéfini « rien » possède dans cette interrogation le sens de quelque chose ; l’absence de « ne » n’est pas à corriger dans la citation.

Manipulation de contrôle. À l’interrogation directe : « Jouit-il de tous les droits de sa succession ? » La transformation est un exercice, non une variante du texte.

Justification du rattachement à la leçon. Cette phrase relève de la leçon ⑤, parce que le verbe « savoir » reçoit deux interrogations indirectes totales introduites par « si ».

Phrase 2 : Subordonnée circonstancielle de condition

Phrase étudiée : « le naturel, si bon soit-il, se perd s'il n'est entretenu » (§40, traduction maison).

Question de grammaire : Analyse la proposition « s’il n’est entretenu » : mot introducteur, nature, fonction et forme verbale.

Leçon de grammaire : ④ Les subordonnées conjonctives circonstancielles.

Nature de la phrase. Fragment d’une phrase déclarative complexe ; la proposition principale étudiée est « le naturel […] se perd ».

Analyse grammaticale. « S'il n'est entretenu » est une proposition subordonnée conjonctive circonstancielle de condition, introduite par la conjonction « si », élidée devant « il ». Elle est complément circonstanciel de condition de la proposition « le naturel […] se perd ». Le pronom « il » reprend « le naturel » et est sujet du verbe « est entretenu ». Cette forme est au présent de l’indicatif, à la voix passive : auxiliaire « être » suivi du participe passé « entretenu », accordé au masculin singulier avec le sujet. La négation est portée par « ne » seul ; « pas » n’est pas exprimé dans ce témoin. Le groupe inséré « si bon soit-il » est une construction concessive au subjonctif et ne doit pas être confondu avec la condition étudiée.

Manipulation de contrôle. Le déplacement « S’il n’est entretenu, le naturel se perd » conserve la relation conditionnelle. Cette manipulation ne modifie pas le texte source.

Justification du rattachement à la leçon. Cette phrase relève de la leçon ④, parce que la proposition introduite par « si » exprime la condition dont dépend le procès de la principale.

Phrase 3 : Relative adjective

Phrase étudiée : « La plante qu'on a vue en un endroit, ailleurs on est empêché de la reconnaître. » (§41, traduction maison).

Question de grammaire : Délimite la proposition relative, puis donne l’antécédent et la fonction du pronom relatif ; explique l’accord de « vue ».

Leçon de grammaire : ③ Les subordonnées relatives.

Nature de la phrase. Phrase déclarative complexe avec un groupe nominal détaché en tête et repris par « la ».

Analyse grammaticale. La proposition subordonnée relative adjective est « qu'on a vue en un endroit ». Elle complète son antécédent, le nom « plante ». Le pronom relatif « que », élidé en « qu’ », est complément d’objet direct du verbe « a vue » ; le sujet est « on ». Le participe passé « vue », employé avec l’auxiliaire « avoir », s’accorde avec le complément d’objet direct placé avant le verbe : « que » représente « plante », féminin singulier. Dans le reste de la phrase, le pronom personnel « la », complément d’objet direct de « reconnaître », reprend le groupe nominal détaché « La plante qu’on a vue en un endroit ». Il ne fait pas partie de la relative.

Manipulation de contrôle. Deux énoncés de contrôle : « On a vu cette plante en un endroit. Ailleurs, on est empêché de la reconnaître. » Ils explicitent la reprise sans prétendre corriger l’original.

Justification du rattachement à la leçon. Cette phrase relève de la leçon ③, parce que « que » introduit une relative, reprend un antécédent nominal et exerce une fonction dans la proposition subordonnée.