Le bac par Patrick

Étienne de La Boétie · Discours de la servitude volontaire · Explication 1/10

l’exorde et l’énigme de l’obéissance

13 étapes parlées9 prises9 tiroirs

L’explication à côté de toi

Le fil parlé

Treize étapes pour comprendre, dire et retenir avant d’ouvrir le dossier de l’épreuve.

Étape 01

Tu n'y comprends rien ? C'est normal

Ouvre le texte et regarde-le une minute. Première impression : les phrases sont interminables, l'orthographe est bizarre, et ça commence par deux vers qui parlent d'Ulysse. Alors laisse-moi te dire une chose tout de suite : ce n'est pas toi le problème. C'est un texte écrit vers 1548, il y a presque cinq siècles, par un garçon à peine sorti de l'adolescence. Personne ne le comprend d'un coup. On va le déplier lentement, et dessous, tu vas voir, il y a une des questions les plus simples et les plus fortes jamais posées.

Un mot pour te rassurer sur la suite : ce texte, tu le présenteras un jour à l'oral, et le dragon se tiendra de l'autre côté de la porte. Ce soir, on ne pense pas à lui. On veut comprendre, et apprendre à nommer ce qu'on voit. Le reste viendra tout seul, parce qu'une explication n'est pas une récitation : le jour de l'oral, tu ne réciteras rien, tu expliqueras avec tes mots ce que tu as compris.

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Étape 02

D'abord, de quoi ça parle ?

Réponds juste à trois questions toutes simples, comme à un enfant.

Qui parle ? L'auteur lui-même, Étienne de La Boétie. Il dit « je ». C'est un très jeune homme qui ouvre son livre et qui te parle directement.

De quoi il parle ? D'une phrase célèbre d'Homère, qu'il trouve à moitié fausse, et d'une chose qui l'étonne énormément : des millions de gens obéissent à un seul homme.

Qu'est-ce qu'il veut te faire comprendre ? Regarde la fin du passage : le tyran « n'a de puissance que celle qu'on lui donne ». Tu tiens déjà le cœur du texte, et tu l'as trouvé seul.

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Étape 03

Où on se trouve dans le livre

On est à la toute première page. C'est ce qu'on appelle un exorde : le moment où un orateur prépare le terrain avant d'attaquer son sujet. La Boétie y fait trois choses : il juge une citation célèbre, il écarte une vieille question, et il pose la sienne. Garde cette image du terrain qu'on déblaie.

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Étape 04

Ton introduction : comment tu ouvres

Une introduction, ce sont des présentations, comme quand tu présentes un ami. Six phrases, dans cet ordre, et c'est fait. Je te les donne, tu les rediras avec tes mots.

Un, l'auteur.

🗣 Étienne de La Boétie est un humaniste du XVIᵉ siècle, devenu conseiller au Parlement de Bordeaux et grand ami de Montaigne ; il écrit ce texte très jeune, vers 1548.

Deux, l'œuvre.

🗣 Le Discours de la servitude volontaire ne demande pas pourquoi les tyrans sont cruels, mais pourquoi les peuples obéissent ; il paraîtra seulement après la mort de l'auteur, en 1574 et 1577.

Trois, l'endroit.

🗣 Le texte est l'exorde, les quatre premiers paragraphes, avant toute démonstration.

Quatre, ce que c'est.

🗣 Ici, l'auteur ne raconte rien : il parle en son nom, il dit « je », il juge, il refuse, il interroge ; c'est de la littérature d'idées.

Cinq, ta question (la problématique).

🗣 On peut alors se demander comment cet exorde remplace la vieille question, qui doit gouverner, par une question neuve : pourquoi obéit-on ?

Six, le chemin (l'annonce).

🗣 Le texte se lit en trois moments : d'abord la leçon donnée à Homère, puis le débat des régimes écarté, enfin la question refondée, celle de l'obéissance.

Voilà, ton introduction est prête. Le plus intimidant est déjà derrière toi. Maintenant, on entre dans le texte, et à chaque arrêt je te montre le mot, je te donne son nom savant (le procédé), et la phrase à dire.

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Étape 05

Premier moment : la leçon donnée à Homère (§1 et §2)

Le livre commence par un coup d'audace, et je veux que tu le savoures : la première chose que fait La Boétie, c'est corriger Homère, le plus grand poète de l'Antiquité.

Il cite deux vers où Ulysse dit qu'il ne faut qu'un seul chef : « S'il s'était contenté de dire : à voir plusieurs seigneurs, aucun bien je ne vois, c'était parfaitement dit, et rien de mieux ; mais [...] il est allé ajouter tout le contraire. » Tu vois le geste ? Il coupe la phrase célèbre en deux : le premier vers, très bien ; le second, faux. C'est une citation d'autorité retournée : on convoque une autorité pour la réfuter. Et écoute la tournure « il est allé ajouter » : on dirait un professeur qui corrige une copie. L'effet est immédiat : dès la première page, tu comprends qu'ici, aucun nom, si prestigieux soit-il, ne sera cru sur parole. Et le sens, c'est le premier geste de tout le livre : la liberté commence par la liberté de juger.

🗣 Le livre s'ouvre sur une citation d'autorité retournée : La Boétie cite Homère pour le corriger, approuvant le premier vers et réfutant le second ; dès la première page, aucune autorité n'est reçue sans examen, et cette liberté de jugement est déjà une leçon de liberté.

Ensuite, regarde comme il est juste : il excuse Ulysse. « Encore faut-il, peut-être, excuser Ulysse [...] accordant, je crois, son propos aux circonstances plutôt qu'à la vérité. » Compte les précautions : « peut-être », « possiblement », « je crois ». Ces petits mots qui montrent que l'auteur pèse son jugement s'appellent des modalisateurs, et l'opposition entre « les circonstances » et « la vérité » est une antithèse. L'effet : tu fais confiance à quelqu'un qui nuance au lieu d'accabler. Le sens : Ulysse parlait pour calmer une armée, il parlait selon les circonstances ; La Boétie, lui, annonce qu'il va parler « sérieusement », selon la vérité.

🗣 Par une série de modalisateurs, « peut-être », « je crois », l'auteur excuse Ulysse, qui accordait « son propos aux circonstances plutôt qu'à la vérité » : cette antithèse distingue la parole d'opportunité de la parole de vérité, et le livre choisit la seconde.

Puis vient sa propre position, et c'est une phrase à bien regarder : c'est un malheur extrême d'avoir un maître « dont on ne peut jamais être assuré qu'il soit bon, puisqu'il est toujours en son pouvoir d'être mauvais quand il le voudra ». Le mot clé est « puisque » : il introduit une subordonnée de cause. Et quelle cause ! Pas un crime, pas une cruauté : une simple possibilité. Regarde les deux adverbes qui se font face : « jamais » assuré, « toujours » en son pouvoir. L'effet : tu comprends qu'aucun bon maître ne te protège de rien. Le sens, et c'est capital : le mal n'est pas dans la personne du maître, il est dans le fait même d'avoir un maître.

🗣 La subordonnée de cause « puisqu'il est toujours en son pouvoir d'être mauvais quand il le voudra », avec le face-à-face de « jamais » et de « toujours », montre que le malheur ne dépend pas du caractère du maître : le mal est dans la relation de maîtrise elle-même.

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Étape 06

Deuxième moment : le débat des régimes écarté (§3)

Ici, La Boétie fait quelque chose de très malin : il refuse la question que tout le monde attend.

À son époque, dans les collèges, la grande question politique était : quel est le meilleur régime, la monarchie ou les autres ? Lui répond : « Je ne veux pas, pour cette fois, débattre cette question tant remuée. » Ce « je ne veux pas » est une négation de volonté : il ne dit pas qu'il ne peut pas, il dit qu'il ne veut pas. Et « tant remuée » (le texte de 1577 dit « tant pourmenée », promenée dans tous les sens) est un participe dépréciatif : cette question a trop servi, elle est usée. Attention à un piège : « républiques » ne veut pas dire ici la République comme aujourd'hui, mais formes de gouvernement en général. L'effet : tu sens qu'on ne va pas te refaire l'exercice d'école. Le sens : choisir sa question, c'est le premier geste d'un vrai penseur.

🗣 La négation de volonté « Je ne veux pas, pour cette fois, débattre cette question tant remuée » écarte le débat d'école sur les régimes : La Boétie ne compare pas les gouvernements, il choisit sa propre question.

Mais attention, voici la plus belle ruse du passage. En expliquant pourquoi il ne traitera pas cette question, il lâche ceci : « il est difficile de croire qu'il y ait rien de public dans ce gouvernement où tout est à un seul ». Relis lentement. Le mot « république » vient du latin res publica, la chose publique. Or, si tout appartient à un seul homme, où est la chose publique ? Nulle part. Donc le gouvernement d'un seul ne se demande même pas s'il est le meilleur régime : il faudrait d'abord prouver que c'en est un. C'est un paradoxe appuyé sur l'étymologie, et il est enveloppé dans une litote, « il est difficile de croire », qui fait semblant de douter pour affirmer plus fort. L'effet : tu mesures l'audace cachée sous la prudence. Le sens : la phrase la plus radicale du passage est glissée dans une question qu'il prétend ne pas traiter. Dire en refusant de dire : retiens ce geste.

🗣 Le paradoxe « il est difficile de croire qu'il y ait rien de public dans ce gouvernement où tout est à un seul » joue sur l'étymologie de « république », la chose publique : sous la litote, La Boétie tranche en passant la question qu'il déclare écarter, et vide la place pour la sienne.

Il referme alors la parenthèse avec élégance : cette question « demanderait bien son traité à part, ou plutôt entraînerait avec elle toutes les disputes politiques ». Ce « ou plutôt » qui corrige en aggravant s'appelle une épanorthose. L'effet : un sourire ; la vieille question sort de scène en emportant toute sa bibliothèque. Le sens : le terrain est déblayé, il ne reste plus qu'une question possible.

🗣 L'épanorthose « ou plutôt entraînerait avec elle toutes les disputes politiques » renvoie la question des régimes à l'école dont elle vient : après cette phrase, la place est libre pour la seule question du livre.

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Étape 07

Troisième moment : la question refondée (§4)

On arrive au cœur. Voici la question du livre, et il n'y en aura pas d'autre.

« Pour cette fois, je voudrais seulement comprendre s'il est possible, et comment il se peut faire, que tant d'hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations supportent parfois un tyran seul. » D'abord, écoute la phrase monter : « tant d'hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations ». Cette répétition en début de groupe, qui grossit à chaque pas, des hommes jusqu'aux nations, c'est une anaphore en gradation. Et sur quoi retombe toute cette masse ? Sur trois mots : « un tyran seul ». L'effet, tu le sens dans ton corps : la phrase gonfle, gonfle, puis tombe sur « seul ». Remarque aussi le verbe « comprendre » et la question indirecte qui le suit, « s'il est possible, et comment il se peut faire » : La Boétie ne fait pas un procès, il ouvre une enquête. Le sens : le scandale, ce n'est pas le tyran, c'est le nombre qui le supporte. Voilà la question déplacée : plus « qui doit gouverner ? », mais « pourquoi obéit-on ? ».

🗣 L'anaphore en gradation « tant d'hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations », qui retombe sur « un tyran seul », fait éprouver la disproportion : la question refondée porte sur l'obéissance du grand nombre, et le verbe « comprendre » en fait un examen, non un procès.

Ensuite, la phrase répond déjà à moitié, et c'est de la grammaire pure. Regarde les trois propositions qui décrivent le tyran : « qui n'a de puissance que celle qu'on lui donne, qui n'a pouvoir de leur nuire que dans la mesure où ils veulent bien le supporter, qui ne saurait leur faire aucun mal sinon lorsqu'ils aiment mieux le souffrir que le contredire ». Trois relatives, bâties sur le même moule : c'est un parallélisme ternaire, et chacune contient une restriction, « ne... que ». À chaque fois, le mouvement est le même : on nomme un pouvoir du tyran, et on le lui reprend aussitôt pour le rendre au peuple. Et regarde la progression du côté du peuple : d'abord on « donne », puis on « veut bien », enfin on « aime mieux » souffrir que contredire. Du don à la préférence ! L'effet : sous tes yeux, le tyran se vide de toute force propre. Le sens, et c'est la thèse de tout le livre logée dans trois relatives : le pouvoir n'est pas possédé, il est fourni.

🗣 La triple relative restrictive « qui n'a de puissance que celle qu'on lui donne », avec sa gradation du consentement, donner, vouloir bien, aimer mieux, contient déjà toute la thèse du livre : le tyran n'a aucune force à lui, sa puissance est fournie par ceux qui obéissent.

Reste la fin du paragraphe, la plus étrange. Un million de millions d'hommes servent « non pas contraints par une force supérieure, mais en quelque sorte, semble-t-il, enchantés et charmés par le seul nom d'un seul ». Suis le raisonnement : est-ce la force qui les contraint ? Non, « non pas contraints ». Est-ce la peur ? Non, « puisqu'il est seul ». Est-ce l'amour ? Non plus, « puisqu'il est envers eux inhumain et sauvage ». La force, la crainte, l'amour : les trois explications normales de l'obéissance sont éliminées une par une, par ce jeu de « non pas... mais » et de « ni... ni ». Que reste-t-il ? Deux mots de sortilège : « enchantés et charmés », un lexique de l'ensorcellement, prudemment encadré par « en quelque sorte, semble-t-il ». L'effet : tu restes devant une énigme. Le sens : ce « charme » n'est pas une explication, c'est une place réservée ; la suite du livre mettra un nom dessus, la coutume, ce poison qu'on apprend « à avaler et à ne pas trouver amer » (§39). L'exorde, lui, fait le travail du médecin : il écarte les fausses causes avant de nommer la vraie.

🗣 Les corrélations « non pas contraints... mais » et « ni craindre... ni aimer » éliminent la force, la peur et l'amour ; ne reste que le lexique de l'ensorcellement, « enchantés et charmés », hypothèse laissée ouverte : l'obéissance est une énigme, et le livre entier sera l'enquête sur ce charme.

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Étape 08

Alors, qu'est-ce que ça raconte vraiment ?

Recule et regarde tout le chemin. En quatre paragraphes, La Boétie a fait trois gestes : il a corrigé Homère, pour établir qu'ici on juge librement ; il a écarté le débat des régimes, en le tranchant au passage d'un paradoxe ; et il a posé sa question, dont la grammaire même contient la réponse à venir : le tyran n'a que ce qu'on lui donne.

Voilà ta réponse à la question du début : cet exorde déplace la question politique. On ne demande plus qui doit gouverner ; on demande pourquoi l'on obéit. Et du coup, ce n'est plus le tyran qui est examiné : c'est le peuple. Le plaignant devient l'examiné. Tout le Discours tiendra dans ce renversement.

🗣 En conclusion, cet exorde refonde la question politique : en corrigeant Homère et en écartant le débat des régimes, La Boétie ne demande plus qui doit gouverner mais pourquoi l'on obéit, et fait du peuple non plus le plaignant mais l'examiné.

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Étape 09

Ton ouverture : la porte qui s'ouvre

Une belle explication ne s'arrête pas sur la réponse : elle ouvre une porte, vers l'œuvre entière et vers ton parcours. C'est ce qui laisse la dernière impression au dragon, alors soigne-la.

Ouvre d'abord sur l'œuvre. La triple relative du §4 est une promesse : si le tyran n'a que ce qu'on lui donne, alors il suffit de ne plus donner. C'est exactement ce que dira la formule la plus célèbre du livre, au §20 : « Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres. » Et l'énigme du « charme » trouvera son nom au §39 : la coutume, l'habitude qui fait qu'on ne sent plus l'amertume de ce qu'on boit depuis l'enfance.

Ouvre ensuite sur le parcours, « Défendre et entretenir la liberté ». Ce texte enseigne que défendre la liberté, ce n'est pas d'abord se battre : c'est cesser de fournir. Et il a payé cette idée de son destin : resté manuscrit du vivant de La Boétie, publié après sa mort dans des recueils de combat, en 1574 et 1577, sous un titre qui n'était pas le sien, il fut emporté dans la condamnation au feu que le Parlement de Bordeaux prononça, le 7 mai 1579, contre le recueil qui l'abritait. Un livre qui demande pourquoi l'on obéit dérange plus qu'un pamphlet contre les princes.

🗣 Pour ouvrir, on peut remarquer que la triple relative du §4 annonce la formule du §20, « Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres » : dans le parcours « Défendre et entretenir la liberté », l'exorde enseigne que la liberté se défend d'abord en cessant de fournir, et le destin du texte, publié après la mort de l'auteur puis emporté par la condamnation de 1579, dit assez la force de cette question.

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Étape 10

Tu vois ? Tu sais le comprendre et le dire

Reprends le texte du début et relis-le. Ces phrases interminables, tu les comprends, et surtout, tu sais maintenant nommer ce que fait La Boétie : une citation d'autorité retournée, des modalisateurs, une subordonnée de cause, un paradoxe étymologique, une épanorthose, une anaphore en gradation, une triple relative restrictive, un lexique de l'ensorcellement. Ce sont exactement les mots que le dragon attend. Tu es passé de « je n'y comprends rien » à « je sais l'expliquer ». C'est un très beau chemin pour une soirée.

Un dernier conseil pour être tranquille : ce soir, on a tout vu, pour que tu maîtrises le texte. Le jour de l'oral, tu ne rediras pas absolument tout, et c'est normal : tu garderas les moments les plus forts, Homère corrigé, le paradoxe du « rien de public », l'anaphore des « tant de », la triple relative. Le dragon ne réclame pas l'exhaustivité ; il veut une explication claire, dans l'ordre. Et ça, tu l'as.

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Étape 11

Et les petites questions de grammaire

Il reste un dernier morceau, qui rapporte deux points et fait peur à tout le monde : la question de grammaire. À l'oral, pourtant, elle se passe simplement : le dragon te montre une phrase du texte, il te pose une question précise, et tu y réponds. C'est tout. On va s'entraîner sur trois questions, chacune sur une notion différente, pour que tu sois prêt quelle que soit celle qui tombe. Le secret, c'est toujours la même petite routine.

Le réflexe en cinq pas. Un, simple ou complexe ? compte les verbes conjugués. Deux, qu'est-ce qu'on te demande de regarder ? Trois, analyse doucement, mot par mot. Quatre, nomme les natures et les fonctions. Cinq, conclus en nommant la notion. Le même geste marche à chaque fois.

Première question : l'interrogation. Le dragon te montre la phrase « Je ne veux pas, pour cette fois, débattre cette question tant remuée, à savoir si les autres formes de républiques valent mieux que la monarchie. » (§3), et il demande : « Analysez la proposition subordonnée "si les autres formes de républiques valent mieux que la monarchie". » Déroule les cinq pas : deux verbes conjugués (« veux », « valent »), donc phrase complexe, déclarative et négative ; ce qu'on regarde, c'est le petit mot « si » : il n'exprime pas une condition, il introduit une interrogation indirecte totale, une question rapportée à laquelle on répondrait par oui ou par non ; pas de point d'interrogation, pas d'inversion du sujet, c'est justement la marque de l'indirecte. Tu conclus en nommant la notion.

🗣 Cette phrase est complexe, déclarative et négative. « Si les autres formes de républiques valent mieux que la monarchie » est une proposition subordonnée interrogative indirecte totale, introduite par « si » ; elle reformule « cette question ». Son sujet est « les autres formes de républiques », son verbe « valent », et « que la monarchie » complète le comparatif « mieux ».

Deuxième question : la cause. Autre phrase, autre notion. Le dragon te montre « c'est un malheur extrême que d'être soumis à un maître dont on ne peut jamais être assuré qu'il soit bon, puisqu'il est toujours en son pouvoir d'être mauvais quand il le voudra » (§2), et il demande : « Analysez la proposition subordonnée "puisqu'il est toujours en son pouvoir d'être mauvais quand il le voudra". » Cinq pas : phrase complexe et déclarative ; ce qu'on regarde, c'est « puisque », conjonction de subordination qui introduit une circonstancielle de cause, une cause présentée comme évidente ; à l'intérieur, « quand il le voudra » est une circonstancielle de temps ; tu conclus.

🗣 Cette phrase est complexe et déclarative. « Puisqu'il est toujours en son pouvoir d'être mauvais quand il le voudra » est une proposition subordonnée conjonctive circonstancielle de cause, introduite par « puisque », qui présente la cause comme incontestable ; elle contient elle-même une circonstancielle de temps, « quand il le voudra », dont le verbe est au futur, et où le pronom neutre « le » reprend l'idée d'être mauvais.

Troisième question : la négation. Dernière notion, et la plus belle, parce qu'elle touche au sens du livre. Le dragon te montre « un tyran seul, qui n'a de puissance que celle qu'on lui donne » (§4), et il demande : « Analysez la négation de la proposition "qui n'a de puissance que celle qu'on lui donne". » Cinq pas : ce « ne... que » n'est pas une négation totale ; c'est une négation restrictive, dite exceptive : elle ne dit pas que le tyran n'a pas de puissance, elle dit qu'il n'en a pas d'autre que celle qu'on lui donne. Ajoute les pronoms si tu veux briller : « qui », relatif, sujet, antécédent « un tyran seul » ; « celle », démonstratif, qui reprend « puissance » ; « on », indéfini, sujet de « donne » ; « lui », complément d'objet indirect. Tu conclus.

🗣 « Ne... que » est une négation restrictive, et non totale : elle limite la puissance du tyran à une seule source, celle qu'on lui donne. Le pronom relatif « qui » a pour antécédent « un tyran seul » et il est sujet ; « celle » reprend « puissance » ; « on », pronom indéfini, est sujet de « donne », et « lui » est complément d'objet indirect. La grammaire porte ici la thèse du livre : le pouvoir du tyran est fourni par ceux qui obéissent.

Tu as vu le geste : une phrase, une question posée, une réponse. Trois notions différentes (l'interrogation, la cause, la négation), mais la même routine à chaque fois. Le jour de l'oral, quelle que soit la phrase et quelle que soit la question, tu dérouleras ces cinq pas. La grammaire, ce n'est pas de la mémoire, c'est un réflexe, et un réflexe, ça s'attrape vite.

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Étape 12

Ce soir, tu peux fermer le cahier

Tu as bien travaillé. Un texte de presque cinq cents ans t'a résisté quelques minutes, puis il s'est ouvert, parce que tu as pris le temps de le regarder de près, mot après mot. Et tu emportes avec toi une question qui ne te lâchera plus : pourquoi obéit-on ? Tu peux refermer tes feuilles, souffler, et être fier de toi.

À la prochaine fois. Je suis content d'avoir déplié celui-là avec toi.

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Étape 13

Terre ferme : tu peux t’arrêter là

Tu sais maintenant suivre l’exorde : corriger Homère, écarter le débat des régimes, puis poser l’énigme de la puissance donnée par la multitude.

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Fin de l’explication accompagnée

La voix change

La voix qui t’accompagnait s’efface : finie la lettre, place au dossier de travail.

Je m’arrête iciJ’ouvre le dossier

Le dossier de l’épreuve

La même explication, classée pour la révision

Neuf tiroirs : comprendre, préparer l’oral, contrôler les preuves.

01Texte simple

Idée générale du texte. Dans ce texte, La Boétie ouvre son livre en changeant la question que tout le monde pose. Au lieu de demander quel est le meilleur gouvernement, il demande pourquoi des millions d'hommes obéissent à un seul.

Situation simple. Celui qui parle est l'auteur, un très jeune homme formé aux lettres anciennes. Il s'adresse à son lecteur au tout début de son livre. Il commence par citer deux vers d'Homère, où Ulysse dit qu'il vaut mieux un seul maître que plusieurs. Le problème est le suivant : cette phrase célèbre est-elle vraie, et est-ce vraiment la bonne question ?

Mouvement I. Dans ce mouvement, l'auteur corrige Homère : le début du vers était bien dit, la fin était fausse. Il excuse Ulysse, qui parlait pour calmer une armée, puis il donne sa propre position : avoir un maître est un malheur, parce qu'un maître peut toujours devenir mauvais quand il le voudra. L'idée importante est que le mal ne vient pas du caractère du maître, mais du fait même d'avoir un maître.

Mouvement II. Dans ce mouvement, l'auteur refuse le vieux débat d'école : quel régime est le meilleur, la monarchie ou les autres ? Il le remet à plus tard. Mais, en passant, il glisse une phrase très audacieuse : dans un gouvernement où tout appartient à un seul, il est difficile de croire qu'il y ait quoi que ce soit de public. L'idée importante est qu'il écarte la question habituelle pour faire de la place à la sienne.

Mouvement III. Dans ce mouvement, la vraie question arrive : comment se peut-il que tant d'hommes, tant de villes, tant de nations supportent un tyran seul, qui n'a de puissance que celle qu'on lui donne ? La leçon du passage est que le tyran ne tient que par ceux qui lui obéissent ; et comme les peuples n'obéissent ni par peur ni par amour, ils semblent « enchantés », comme sous l'effet d'un charme que le livre va chercher à expliquer.

Phrase finale pour l'élève. Dans ce passage, La Boétie corrige Homère et refuse le débat sur les régimes pour poser la seule question qui l'occupe : pourquoi obéit-on ? Il montre que le tyran n'a aucune force à lui, et que l'obéissance du grand nombre est une énigme. Le texte fait comprendre que, dès la première page, le livre ne fera pas le procès du tyran : il fera l'examen de ceux qui le portent.

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02Introduction rédigée

Étape 1 : présentation de l'auteur. Étienne de La Boétie, né à Sarlat en 1530, mort en 1563, est un humaniste du XVIᵉ siècle, reçu conseiller au Parlement de Bordeaux en 1553. Il est resté dans l'histoire par un texte unique, écrit autour de 1548, donc avant sa charge et dans sa toute première jeunesse, et par l'amitié que Montaigne lui a vouée : les Essais lui consacrent le chapitre de l'amitié.

Étape 2 : présentation de l'œuvre. Le Discours de la servitude volontaire ne demande pas pourquoi les tyrans sont cruels, mais pourquoi les peuples obéissent. Il répond que personne ne peut être tenu en servitude sans y consentir d'une manière ou d'une autre, et que ce consentement peut être retiré. Le texte, resté manuscrit du vivant de son auteur, paraît après sa mort dans des recueils de combat : par fragments en 1574, en entier en 1577 sous un titre substitué. Le recueil qui l'abritait, les Mémoires de l'estat de France, est condamné à être brûlé en place publique par arrêt du Parlement de Bordeaux du 7 mai 1579.

Étape 3 : situation de l'extrait. Le passage étudié ouvre le livre : ce sont ses quatre premiers paragraphes, l'exorde. Avant toute démonstration, l'auteur y règle son point de départ : une citation célèbre à juger, une vieille question à écarter, une question neuve à poser.

Étape 4 : caractérisation du passage. Ce texte est une prise de parole à la première personne, dans le registre de la délibération : l'auteur pèse une autorité, excuse un orateur, refuse un débat, formule un programme. Il relève pleinement de la littérature d'idées : rien n'y est raconté, tout y est examiné. Sa pointe est une question, non une thèse : le passage s'achève sur une énigme laissée ouverte.

Étape 5 : problématique. Il convient de se demander comment cet exorde, en corrigeant Homère et en écartant le débat des régimes, déplace la question politique héritée, qui doit gouverner, vers une question neuve, pourquoi l'on obéit, et fait ainsi du peuple non plus le plaignant mais l'examiné.

Étape 6 : annonce des mouvements. Le premier mouvement étudiera la leçon donnée à Homère : comment l'examen d'une citation d'autorité installe-t-il la liberté de jugement qui commande tout le livre ? Le deuxième mouvement analysera le refus du débat des régimes : que gagne l'auteur à écarter la question que tout le monde attend ? Le troisième mouvement suivra la formulation de la question refondée : en quoi la syntaxe même du paragraphe 4 contient-elle déjà la thèse de l'œuvre entière ?

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03Analyse linéaire complète

Découpage du texte

Premier mouvement : la leçon donnée à Homère, ou l'autorité soumise à l'examen (§1 et §2). De « À voir plusieurs seigneurs » à « c'est autant de fois être extrêmement malheureux ».

Deuxième mouvement : le débat des régimes écarté (§3). De « Je ne veux pas, pour cette fois » à « toutes les disputes politiques ».

Troisième mouvement : la question refondée, ou l'énigme de l'obéissance (§4). De « Pour cette fois, je voudrais seulement comprendre » à « inhumain et sauvage ».

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I. La leçon donnée à Homère, ou l'autorité soumise à l'examen

Dans le premier mouvement, le livre s'ouvre non par une thèse mais par une citation : deux vers de l'Iliade, où Ulysse, haranguant l'armée grecque, réclame un seul maître et un seul roi. La Boétie cite ces vers pour les juger : il approuve le premier, condamne le second, excuse l'orateur, puis dit enfin ce qu'il fallait dire. Ce mouvement inaugural installe le geste intellectuel de toute l'œuvre : aucune autorité, pas même Homère, ne sera reçue sans examen.

★ I.a. Une œuvre qui s'ouvre sur une citation corrigée

Le tout premier geste du livre est une lecture critique : la parole la plus prestigieuse de la tradition est citée, coupée en deux et notée.

Citation : « S'il s'était contenté de dire : à voir plusieurs seigneurs, aucun bien je ne vois, c'était parfaitement dit, et rien de mieux ; mais [...] il est allé ajouter tout le contraire : qu'un seul, sans plus, soit le maître, et qu'un seul soit le roi. » (§1)

Procédé principal : discours rapporté (les deux vers d'Ulysse, cités pour être jugés). Procédé secondaire : concession (« S'il s'était contenté de dire... mais... il est allé ajouter »).

Analyse. Les deux vers viennent du chant II de l'Iliade : Ulysse y ramène au combat une armée en fuite. La Boétie les donne en français, dans sa propre traduction, et les traite comme une copie à corriger : la concession partage la sentence en un vers « parfaitement dit » et un vers ajouté « tout le contraire » de la raison. La tournure « il est allé ajouter » est presque familière : elle traite le héros d'Homère en écolier qui en fait trop. La correction est motivée dans la même phrase : la puissance d'un seul, « du moment qu'il prend ce titre de maître, est dure et déraisonnable » ; c'est le mot « maître » qui condamne le vers, non le mot « roi ».

Effet sur le lecteur. Le lecteur est saisi par l'audace : la première page note Homère.

Interprétation. Commencer par corriger la plus haute autorité de la culture antique, c'est pratiquer, avant de la théoriser, la liberté que le livre défendra : la liberté de jugement. L'exorde met le lecteur en garde : ici, rien ne vaudra par son prestige, tout devra passer l'examen. Défendre la liberté commence par cette hygiène intellectuelle.

Phrase de liaison. Mais pourquoi, sitôt Homère corrigé, l'auteur prend-il la peine d'excuser Ulysse ?

◆ I.b. L'excuse d'Ulysse : la parole jugée aux circonstances

L'auteur ne condamne pas en bloc : il distingue ce que valait la parole d'Ulysse dans sa situation, et ce qu'elle vaut devant la vérité.

Citation : « Encore faut-il, peut-être, excuser Ulysse, à qui il était possiblement nécessaire alors d'user de ce langage [...] accordant, je crois, son propos aux circonstances plutôt qu'à la vérité. » (§2)

Procédé principal : modalisation (« peut-être », « possiblement », « je crois »). Procédé secondaire : antithèse (« aux circonstances plutôt qu'à la vérité »).

Analyse. Les modalisateurs s'accumulent en une seule phrase : « peut-être », « possiblement », « je crois ». L'auteur avance en pesant chaque mot, comme un juge qui instruit à décharge. Le verbe « excuser » relève d'ailleurs du vocabulaire du tribunal. L'antithèse finale fait le partage décisif : il y a une parole qui s'accorde « aux circonstances », celle de l'orateur qui doit apaiser « la révolte de l'armée », et une parole qui s'accorde « à la vérité ». Ulysse a tenu la première ; La Boétie annonce, par la formule « Mais à parler sérieusement », qu'il tiendra la seconde.

Effet sur le lecteur. Le lecteur accorde sa confiance à un esprit qui nuance au lieu d'accabler.

Interprétation. L'excuse n'est pas une politesse : elle fonde le droit de juger. En distinguant la parole d'opportunité et la parole de vérité, l'exorde définit le régime de son propre discours : ce livre ne parlera pas pour un public à calmer, il parlera « sérieusement ». L'examen équitable du premier témoin donne son crédit au diagnostic qui vient.

Phrase de liaison. Une fois l'orateur excusé, que reste-t-il de sa maxime ? Il reste le fond, et l'auteur le tranche.

◆ I.c. Le malheur structurel d'avoir un maître

L'auteur dit alors ce qu'il fallait dire : le malheur ne tient pas à la qualité du maître, mais au fait même de la maîtrise.

Citation : « c'est un malheur extrême que d'être soumis à un maître dont on ne peut jamais être assuré qu'il soit bon, puisqu'il est toujours en son pouvoir d'être mauvais quand il le voudra » (§2)

Procédé principal : subordonnée de cause (« puisqu'il est toujours en son pouvoir d'être mauvais »). Procédé secondaire : couple d'adverbes antithétiques sous négation (« ne... jamais assuré » contre « toujours en son pouvoir »).

Analyse. L'hyperbole « malheur extrême » pose le verdict ; la subordonnée en « puisque » en donne la raison, présentée comme une évidence partagée. Or cette raison ne décrit aucun méfait : elle décrit une possibilité permanente. Le face-à-face des adverbes le dit exactement : on n'est « jamais » assuré de la bonté du maître, parce qu'il est « toujours » en son pouvoir d'être mauvais « quand il le voudra ». Le mal est logé dans la structure, non dans la conduite. La phrase suivante achève de régler le compte d'Homère sur son propre terrain arithmétique : « d'avoir plusieurs maîtres, c'est autant de fois être extrêmement malheureux » ; plusieurs maîtres ne sont pas pires par nature, mais par multiplication.

Effet sur le lecteur. Le lecteur comprend que le problème ne sera pas le bon ou le mauvais prince.

Interprétation. C'est le premier acte du diagnostic : avant de chercher pourquoi l'on obéit, l'auteur établit que le mal ne dépend pas de la personne du maître. Ulysse comparait des nombres de maîtres ; La Boétie récuse la maîtrise elle-même. Le déplacement du livre est amorcé : la question ne sera jamais « quel maître ? », elle sera « pourquoi un maître ? ».

Transition vers le mouvement II. Ainsi, le premier mouvement établit la liberté de jugement et situe le mal dans la relation de maîtrise. On attend alors le grand débat classique sur le meilleur régime. C'est précisément ce débat que le deuxième mouvement écarte.

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II. Le débat des régimes écarté

Dans le deuxième mouvement, l'auteur refuse la question que toute la tradition politique lui tend : quelle forme de gouvernement vaut le mieux ? Ce refus n'est pas une esquive, c'est une opération. En écartant la question d'école, l'exorde glisse au passage la phrase la plus audacieuse du passage, puis renvoie la vieille dispute aux disputeurs. La place est nette pour la question neuve.

◆ II.a. Le refus du débat d'école

L'auteur commence par déclarer, à la première personne, ce dont il ne parlera pas.

Citation : « Je ne veux pas, pour cette fois, débattre cette question tant remuée, à savoir si les autres formes de républiques valent mieux que la monarchie. » (§3)

Procédé principal : négation de volonté à la première personne (« Je ne veux pas... débattre »). Procédé secondaire : participe (« tant remuée », au XVIᵉ siècle « tant pourmenée », promenée dans tous les sens).

Analyse. La phrase s'ouvre sur un « je » qui décide : le refus est un acte d'auteur, non un aveu d'impuissance. Le mot « républiques » n'a pas ici son sens moderne : il désigne les formes de gouvernement en général, du latin res publica, la chose publique. La question comparée des régimes, monarchie, aristocratie, république, était l'exercice attendu des collèges ; le participe « tant remuée » la disqualifie d'un mot : une question qui a trop servi, usée d'avoir été ressassée. La précision « pour cette fois » borne le propos : l'auteur ne nie pas l'intérêt de la question, il lui refuse la place.

Effet sur le lecteur. Le lecteur comprend qu'on ne lui refera pas l'exercice attendu : autre chose se prépare.

Interprétation. Choisir sa question est le premier geste de la littérature d'idées, et l'exorde le met en scène. La Boétie procède en examinateur : il écarte la querelle des étiquettes, la forme des régimes, pour aller chercher plus bas ce qui rend un maître possible. Le refus n'appauvrit pas le texte, il le concentre.

Phrase de liaison. Mais ce refus, en passant, laisse tomber une phrase qui juge déjà : la mise à l'écart contient un verdict.

★ II.b. « Rien de public où tout est à un seul » : le paradoxe qui juge en passant

Au détour du refus, l'auteur glisse la proposition la plus radicale de l'exorde : la monarchie absolue pourrait n'avoir aucun rang parmi les régimes, faute d'être un régime.

Citation : « je voudrais encore savoir, avant de mettre en question quel rang la monarchie doit avoir parmi les républiques, si elle y doit en avoir aucun : car il est difficile de croire qu'il y ait rien de public dans ce gouvernement où tout est à un seul » (§3)

Procédé principal : paradoxe étymologique (la « république », chose publique, refusée au gouvernement où « tout est à un seul »). Procédé secondaire : litote (« il est difficile de croire ») et antithèse (« tout » contre « un seul »).

Analyse. Le raisonnement joue sur le sens du mot : une « république » est une chose publique ; or, là où « tout est à un seul », rien n'est public ; donc le gouvernement d'un seul, dès lors qu'il est possession d'un homme, ne se demande pas s'il est le meilleur des régimes, il se demande s'il est un régime. L'antithèse « tout » et « un seul » condense la confiscation en quatre mots. La litote « il est difficile de croire » enveloppe cette exclusion d'une prudence de forme : la phrase la plus forte du passage avance sous l'apparence d'un doute, et à l'intérieur d'une question que l'auteur déclare ne pas vouloir traiter.

Effet sur le lecteur. Le lecteur mesure l'audace sous la prudence : le verdict passe dans une parenthèse.

Interprétation. Il y a là une véritable stratégie d'exorde : dire en refusant de dire. En feignant d'ajourner la question des régimes, La Boétie la tranche par prétérition, et il la tranche par le haut : ce n'est pas que la monarchie soit un mauvais régime, c'est que la maîtrise d'un seul détruit la notion même de chose publique. Pour un sujet du royaume, promis aux charges de la robe, l'audace est réelle ; elle explique que le texte soit resté manuscrit et n'ait paru que dans des recueils polémiques, après la mort de l'auteur. Le déplacement est acquis : la question des régimes est vidée, la place est libre.

Phrase de liaison. Reste à congédier officiellement la vieille question, et le congé est un sourire.

○ II.c. L'ajournement : la dispute rendue aux disputeurs

Le mouvement se clôt en renvoyant la question d'école à son école.

Citation : « Mais cette question est réservée pour un autre temps, et demanderait bien son traité à part, ou plutôt entraînerait avec elle toutes les disputes politiques. » (§3)

Procédé principal : reprise (« ou plutôt »). Procédé secondaire : lexique scolaire (« question », « traité », « disputes »).

Analyse. La reprise corrige en aggravant : la question ne demanderait pas un traité, elle « entraînerait avec elle toutes les disputes politiques ». Le lexique est celui de l'école et de la dispute savante, la disputatio des collèges : « question », « traité », « disputes ». En trois mots, la comparaison des régimes est renvoyée au monde des exercices, avec tout son bagage.

Effet sur le lecteur. Le lecteur sourit : la vieille question sort de scène en emportant sa bibliothèque.

Interprétation. L'ajournement n'est pas une dérobade, c'est une économie : un livre qui accepterait « toutes les disputes politiques » n'aurait plus de question à lui. En fermant cette porte, l'exorde achève de dégager le terrain. Après cette phrase, il ne reste qu'une question possible, et c'est la sienne.

Transition vers le mouvement III. Le deuxième mouvement a donc fait le vide : l'autorité est jugée, la question d'école est congédiée. Le troisième mouvement peut alors formuler la question du livre, et l'on va voir que sa syntaxe même contient déjà toute la thèse.

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III. La question refondée, ou l'énigme de l'obéissance

Dans le troisième mouvement, la question du livre est enfin posée, et il n'y en aura pas d'autre : comment tant d'hommes peuvent-ils supporter un tyran seul ? Le paragraphe la construit en trois temps : une accumulation qui donne la mesure du scandale, une triple relative qui retire au tyran tout pouvoir propre, une élimination des causes qui laisse l'obéissance sans explication avouable. L'exorde s'achève sur une énigme, et cette énigme est le programme du livre.

★ III.a. La question du livre : l'accumulation contre l'unité

La question est formulée comme un face-à-face entre une masse et une unité.

Citation : « Pour cette fois, je voudrais seulement comprendre s'il est possible, et comment il se peut faire, que tant d'hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations supportent parfois un tyran seul » (§4)

Procédé principal : anaphore en gradation (« tant d'hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations »). Procédé secondaire : interrogation indirecte (« s'il est possible, et comment il se peut faire »).

Analyse. Le conditionnel « je voudrais seulement comprendre » donne au programme sa modestie apparente : non pas juger, comprendre. La question est enchâssée en interrogation indirecte, d'abord totale (« s'il est possible »), puis partielle (« comment il se peut faire ») : le fait est si étrange qu'il faut demander s'il est possible avant de demander comment. Puis l'anaphore de « tant de » enfle la phrase par paliers, des hommes aux bourgs, des bourgs aux villes, des villes aux nations : la masse s'élargit à chaque pas, et toute cette masse vient buter sur le groupe final, « un tyran seul », où l'adjectif postposé isole l'unité. Le verbe du texte de 1577, « endurent », que la traduction rend par « supportent », est avec « servir » le verbe le plus important du livre : il dit une souffrance acceptée.

Effet sur le lecteur. Le lecteur éprouve physiquement la disproportion : la phrase gonfle, puis tombe sur « seul ».

Interprétation. La question refondée tient dans cette syntaxe : le scandale n'est pas la cruauté du tyran, c'est l'endurance du nombre. Et le verbe « comprendre » fixe le régime du livre : un examen, non un procès. L'exorde ouvre une enquête sur un mal dont le patient est aussi l'agent, et c'est cette posture d'examen qui fait la nouveauté du Discours dans la littérature politique.

Phrase de liaison. Mais d'où ce tyran seul tient-il de quoi tenir ? La phrase répond aussitôt, en trois relatives.

★ III.b. La triple relative : le pouvoir rendu à ses donateurs

Trois propositions relatives, bâties sur le même moule restrictif, vident le tyran de toute force propre.

Citation : « qui n'a de puissance que celle qu'on lui donne, qui n'a pouvoir de leur nuire que dans la mesure où ils veulent bien le supporter, qui ne saurait leur faire aucun mal sinon lorsqu'ils aiment mieux le souffrir que le contredire » (§4)

Procédé principal : parallélisme ternaire de relatives restrictives (« qui n'a... que », trois fois). Procédé secondaire : gradation des verbes de consentement (« on lui donne », « ils veulent bien », « ils aiment mieux »).

Analyse. Les trois relatives commencent de même et font le même travail : chacune énonce un pouvoir du tyran, puissance, pouvoir de nuire, capacité de faire mal, et chacune le reprend aussitôt par la restriction « ne... que » ou « ne... sinon », pour le rendre à sa source, le peuple. La grammaire porte ici la thèse : la restriction est le procédé même de la dépossession. Et d'une relative à l'autre, la part du peuple monte en intensité : d'abord un don (« celle qu'on lui donne »), puis une volonté (« ils veulent bien le supporter »), enfin une préférence (« ils aiment mieux le souffrir que le contredire »). Au terme de la gradation, la servitude n'est plus un fait subi : c'est un choix comparatif, souffrir plutôt que contredire.

Effet sur le lecteur. À mesure que les relatives s'enchaînent, le lecteur voit le tyran se vider de toute force propre.

Interprétation. La thèse de tout le livre est déjà là, en trois relatives : le pouvoir n'est pas possédé, il est fourni. La question « pourquoi obéit-on » contient ainsi sa réponse en germe : parce qu'on donne. Tout ce que le Discours dira ensuite, que le peuple s'asservit lui-même, que le tyran n'a que les yeux et les mains qu'on lui prête, développera cette syntaxe initiale. Pour le parcours, la leçon est exacte : la liberté ne se perd pas par défaite, elle se perd faute d'être entretenue, parce qu'on entretient la servitude à sa place.

Phrase de liaison. Reste à mesurer l'énigme : si le tyran n'a rien en propre, qu'est-ce qui fait obéir ?

◆ III.c. L'enchantement : les causes éliminées, le charme reste

Le paragraphe s'achève en éliminant une à une les explications ordinaires de l'obéissance, et en ne laissant debout qu'un mot d'attente : le charme.

Citation : « non pas contraints par une force supérieure, mais en quelque sorte, semble-t-il, enchantés et charmés par le seul nom d'un seul, dont ils ne doivent ni craindre la puissance, puisqu'il est seul, ni aimer les qualités, puisqu'il est envers eux inhumain et sauvage » (§4)

Procédé principal : lexique de l'ensorcellement (« enchantés et charmés »). Procédé secondaire : double élimination par corrélations négatives (« non pas... mais » ; « ni... ni..., puisque... puisque »).

Analyse. L'hyperbole « un million de millions d'hommes servir misérablement, le cou sous le joug » porte la disproportion à son comble, et le paradoxe qui la précède, « il faut d'autant plus en gémir et d'autant moins s'en étonner », interdit de confondre le fréquent et le normal : la servitude est commune, elle n'en est pas moins monstrueuse. Puis la phrase élimine les causes. La corrélation « non pas contraints... mais » écarte la force ; le double « ni... ni », étayé par deux causales en « puisque », écarte les deux ressorts classiques de l'obéissance : la crainte, impossible « puisqu'il est seul », et l'amour, impossible « puisqu'il est envers eux inhumain et sauvage ». Ne reste que le couple « enchantés et charmés », prudemment encadré de modalisateurs (« en quelque sorte, semble-t-il ») : un mot de sortilège, avancé comme hypothèse, et un pouvoir réduit à un son, « le seul nom d'un seul », où la répétition de « seul » achève de vider l'idole.

Effet sur le lecteur. Le lecteur reste devant une énigme volontairement ouverte : l'obéissance n'a plus de cause avouable.

Interprétation. Le diagnostic de l'exorde s'achève ici : la force, la crainte et l'amour écartés, le mal n'a plus d'explication naturelle, et le mot « charmés » n'est pas une réponse mais une place réservée. Ce que ce charme désigne par provision, la suite du livre le nommera : la coutume, qui apprend aux hommes « à avaler et à ne pas trouver amer le venin de la servitude » (§39). L'exorde est le moment où l'examinateur écarte une à une les causes ordinaires avant de nommer l'agent : le livre entier sera la recherche de ce que ce mot recouvre.

Phrase de liaison vers la conclusion. Comment, dès lors, ces quatre paragraphes commandent-ils la lecture de tout le Discours ?

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04Conclusion rédigée

Cet exorde transforme une entrée en matière en refondation. Le premier mouvement soumet Homère à l'examen : le vers célèbre est corrigé, Ulysse excusé, et le malheur d'avoir un maître établi comme un mal de structure, indépendant de la personne du maître. Le deuxième mouvement écarte le débat d'école sur les régimes, non sans glisser, par prétérition, le paradoxe le plus audacieux du passage : rien n'est public où tout est à un seul. Le troisième mouvement pose la question du livre : l'anaphore de « tant de » mesure le scandale du nombre, la triple relative restrictive rend au peuple tout le pouvoir du tyran, et l'élimination de la force, de la crainte et de l'amour laisse l'obéissance à l'état d'énigme, sous le mot provisoire d'enchantement.

Ainsi, en corrigeant Homère et en refusant la question héritée, La Boétie déplace l'interrogation politique : non plus qui doit gouverner, mais pourquoi l'on obéit. Le peuple cesse d'être le plaignant et devient l'examiné. Ce déplacement fonde la puissance critique du Discours ; il en dessine du même mouvement la limite, car un texte qui met l'obéissance en accusation risque de faire porter aux dominés le poids de leur domination, et la suite de l'œuvre devra expliquer, par la coutume et par l'intérêt, ce que l'exorde laisse à l'état d'énigme.

Ouverture. Cette page inaugurale éclaire tout le parcours « Défendre et entretenir la liberté » : si le tyran « n'a de puissance que celle qu'on lui donne », alors défendre la liberté n'est pas d'abord combattre, c'est cesser de fournir, et la formule du §20, « Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres », est déjà contenue dans la syntaxe du §4. On comprend aussi le destin du texte : publié en 1577 sous un titre de combat qui n'est pas le sien, puis emporté dans la condamnation au feu prononcée le 7 mai 1579 contre le recueil qui l'abritait, il disait quelque chose de plus inquiétant qu'un pamphlet contre les princes : que la servitude est l'affaire de ceux qui la portent.

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05Mémo pour l’oral

Ce qu'on dit vraiment, en parole continue : situer (30 s) · lire (90 s) · problématique · les mouvements en geste à quatre temps (citer → nommer → analyser → interpréter) · conclure. Il reprend tous les ★, pioche parmi les ◆.

Auteur : Étienne de La Boétie, humaniste, conseiller au Parlement de Bordeaux, mort en 1563, ami de Montaigne. Œuvre : Discours de la servitude volontaire (rédigé vers 1548, publié après sa mort en 1574 et 1577) : pourquoi les peuples obéissent-ils, alors que nul ne peut être tenu en servitude sans y consentir ? Extrait : l'exorde (§1 à §4). Objet d'étude : la littérature d'idées du XVIᵉ au XVIIIᵉ siècle. Parcours : « Défendre et entretenir la liberté ». Situation : toute première page ; l'auteur juge une citation, écarte un débat, pose sa question.

Problématique : comment cet exorde, en corrigeant Homère et en écartant le débat des régimes, déplace-t-il la question politique, de qui doit gouverner vers pourquoi l'on obéit, et fait-il du peuple l'examiné plutôt que le plaignant ?

Plan :

  • I. La leçon donnée à Homère, ou l'autorité soumise à l'examen (§1 et §2).
  • II. Le débat des régimes écarté (§3).
  • III. La question refondée, ou l'énigme de l'obéissance (§4).

Citations, procédés et interprétations essentiels :

  • ★ « S'il s'était contenté de dire... il est allé ajouter tout le contraire » (§1) → discours rapporté + concession → aucune autorité reçue sans examen : la liberté de jugement d'abord.
  • ◆ « accordant, je crois, son propos aux circonstances plutôt qu'à la vérité » (§2) → modalisation + antithèse → parole d'opportunité contre parole de vérité : le livre parlera « sérieusement ».
  • ◆ « puisqu'il est toujours en son pouvoir d'être mauvais quand il le voudra » (§2) → subordonnée de cause + jamais/toujours → le mal est dans la structure de la maîtrise, non dans la personne du maître.
  • ◆ « Je ne veux pas, pour cette fois, débattre cette question tant remuée » (§3) → négation + participe → le refus du débat d'école : choisir sa question.
  • ★ « il est difficile de croire qu'il y ait rien de public dans ce gouvernement où tout est à un seul » (§3) → paradoxe étymologique + litote → le verdict glissé par prétérition : où tout est à un, rien n'est public.
  • ★ « tant d'hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations supportent parfois un tyran seul » (§4) → anaphore en gradation + interrogation indirecte → la question du livre : le scandale est l'endurance du nombre.
  • ★ « qui n'a de puissance que celle qu'on lui donne » (§4) → triple relative restrictive + gradation donner/vouloir/aimer mieux → le pouvoir n'est pas possédé, il est fourni.
  • ◆ « enchantés et charmés par le seul nom d'un seul » (§4) → lexique de l'ensorcellement + double élimination (« non pas... mais », « ni... ni ») → les causes écartées, l'obéissance reste une énigme.

Conclusion synthétique : l'exorde refonde la question politique, de la légitimité du pouvoir à l'obéissance de ceux qui le portent : le peuple devient l'examiné.

Ouverture : la triple relative du §4 annonce la formule du §20, « Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres », et l'énigme du « charme » sera résolue par la coutume, ce poison que l'on apprend « à avaler et à ne pas trouver amer » (§39).

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Appuis ★ repris : I.a II.b III.a III.b

06Tableau procédés, effets, sens, oral

Procédé désigné | Analyse dans le texte | Effet sur le lecteur | Interprétation |

Citation d'autorité retournée (les vers d'Ulysse) | Homère est cité pour être jugé, un vers approuvé, l'autre réfuté | Surprise devant l'audace inaugurale | Aucune autorité sans examen : la liberté de jugement d'abord |

Balancement concessif (« S'il s'était contenté... mais ») | Partage la sentence en un vers bien dit et un vers déraisonnable | Impression d'une correction de copie | L'exorde installe le droit de corriger la tradition |

Motivation par « maître » (« du moment qu'il prend ce titre ») | C'est le titre de maître, non celui de roi, qui condamne le vers | Attention portée au mot juste | Le mal visé est la maîtrise, pas la royauté en soi |

Modalisation (« peut-être », « possiblement », « je crois ») | L'excuse d'Ulysse avance en pesant chaque mot | Confiance en un esprit qui nuance | Le juge instruit à décharge avant de trancher |

Antithèse (« aux circonstances plutôt qu'à la vérité ») | Distingue parole d'opportunité et parole de vérité | Attente d'un discours tenu « sérieusement » | Le livre se place du côté de la vérité, contre l'éloquence de situation |

Subordonnée de cause (« puisqu'il est toujours en son pouvoir ») | La raison du malheur est une possibilité permanente, non un fait | Compréhension d'un mal sans méfait | Le mal est structurel : il tient à la relation de maîtrise |

Couple jamais/toujours (« jamais assuré », « toujours en son pouvoir ») | Les adverbes se répondent en miroir | Sentiment d'une insécurité sans issue | Aucun bon maître ne garantit contre la maîtrise |

Négation de volonté (« Je ne veux pas... débattre ») | Le refus du débat est un acte assumé à la première personne | Attente d'autre chose que l'exercice convenu | Choisir sa question : geste fondateur de la littérature d'idées |

Participe dépréciatif (« tant remuée ») | La question des régimes est disqualifiée comme usée | Sourire devant la question ressassée | La comparaison des régimes est un exercice, pas une pensée |

Paradoxe étymologique (« rien de public... tout est à un seul ») | La « république », chose publique, est refusée au gouvernement d'un seul | Perception d'un verdict sous le doute | La maîtrise d'un seul détruit la notion même de chose publique |

Litote (« il est difficile de croire ») | La phrase la plus forte avance sous une prudence de forme | L'audace se mesure sous la réserve | Dire en refusant de dire : prétérition argumentative |

Épanorthose (« ou plutôt ») | Corrige en aggravant : un traité, puis toutes les disputes | Amusement devant l'ajournement | La vieille question est rendue à l'école dont elle vient |

Anaphore en gradation (« tant d'hommes... tant de nations ») | La masse s'élargit par paliers et bute sur « un tyran seul » | Expérience physique de la disproportion | Le scandale est le nombre qui endure, non le tyran qui règne |

Interrogation indirecte (« s'il est possible, et comment il se peut faire ») | Question totale puis partielle, enchâssées sous « comprendre » | Sentiment d'une enquête qui s'ouvre | Comprendre, non juger : l'exorde ouvre un examen |

Conditionnel de programme (« je voudrais seulement comprendre ») | Le projet est borné et modeste en apparence | Confiance en une démarche mesurée | La modestie du programme couvre la radicalité de la question |

Triple relative restrictive (« qui n'a... que », trois fois) | Chaque pouvoir du tyran est rendu à sa source par « ne... que » | Le tyran se vide de toute force propre | Le pouvoir n'est pas possédé, il est fourni |

Gradation du consentement (« donne », « veulent bien », « aiment mieux ») | La part du peuple monte du don à la préférence | Malaise : la servitude devient un choix | Le peuple préfère souffrir que contredire : servitude volontaire |

Hyperbole numérique (« un million de millions d'hommes ») | Le nombre est porté à l'invraisemblable | Vertige devant la masse asservie | La disproportion rend l'obéissance inexplicable par la force |

Corrélation négative (« non pas contraints... mais enchantés ») | La force est éliminée comme cause de l'obéissance | Première explication écartée | Le mal n'est pas imposé du dehors |

Double élimination (« ni craindre... ni aimer..., puisque... puisque ») | Crainte et amour sont réfutés chacun par une causale | Toutes les causes avouables tombent | L'obéissance reste sans raison : l'énigme est le programme du livre |

Lexique de l'ensorcellement (« enchantés et charmés ») | Mot de sortilège encadré de modalisateurs (« en quelque sorte, semble-t-il ») | Étrangeté d'une servitude sans cause | Hypothèse provisoire : la vraie cause, la coutume, viendra plus loin |

Répétition de « seul » (« le seul nom d'un seul ») | Le pouvoir est réduit à un nom, l'homme à son unité | Dérision de l'idole | Un nom suffit à tenir des nations : le prestige est vide |

Synthèse énonciative et rhétorique

Procédé désigné | Analyse dans le texte | Effet sur le lecteur | Interprétation |

Énonciation à la première personne | « je crois », « je ne veux pas », « je voudrais » : un « je » qui juge et qui choisit | Proximité avec une pensée en acte | L'exorde est un discours d'examen, non un traité impersonnel |

Registre délibératif de l'exorde | Le texte pèse, excuse, refuse, interroge | Impression d'un tribunal des idées | La liberté se pratique dans la forme même du discours |

Prétérition argumentative d'ensemble | Le §3 tranche la question qu'il déclare écarter | Perception d'une audace maîtrisée | Dire en refusant de dire : le verdict passe en contrebande |

Période démonstrative | La longue phrase du §4 porte l'argument par sa construction même | Le souffle de la phrase fait éprouver la thèse | Chez La Boétie, la période démontre, elle n'orne pas |

Le « on » généralisant (« celle qu'on lui donne ») | Le donateur du pouvoir est indéfini, donc universel | Chacun se sent visé | Personne n'est innocent de la puissance du tyran |

Hiérarchie claire pour la révision

Procédés essentiels à retenir

  • Citation d'autorité retournée (les vers d'Ulysse corrigés) · mouvement I.
  • Subordonnée de cause (« puisqu'il est toujours en son pouvoir ») · mouvement I.
  • Paradoxe étymologique (« rien de public... tout est à un seul ») · mouvement II.
  • Anaphore en gradation (« tant d'hommes... tant de nations ») · mouvement III.
  • Triple relative restrictive (« qui n'a de puissance que celle qu'on lui donne ») · mouvement III.
  • Lexique de l'ensorcellement (« enchantés et charmés ») · mouvement III.

Idées essentielles à retenir

  • Le livre s'ouvre sur une autorité corrigée : la liberté de jugement précède la théorie de la liberté.
  • Le mal d'avoir un maître est structurel : il ne dépend pas de la personne du maître.
  • La question des régimes est écartée, et tranchée en passant : où tout est à un seul, rien n'est public.
  • La question refondée est celle de l'obéissance : le scandale est le nombre qui endure.
  • Le pouvoir du tyran est entièrement fourni par ceux qui obéissent : la thèse est dans la grammaire.
  • La force, la crainte et l'amour éliminés, l'obéissance reste une énigme : le mot « charmés » est une place réservée pour la suite du livre.

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07Tableau de couverture
Prise ★RangDans le mémo
I.a★oui
II.b★oui
III.a★oui
III.b★oui

Vérifie que le mémo dit tous les ★ et couvre les trois mouvements. S'il est vert, l'oral est sûr.

Mouvement | Procédé ★ (incontournable) | Dans le mémo ? |

I | discours rapporté (les vers d'Ulysse) : aucune autorité sans examen | oui |

II | paradoxe étymologique (« rien de public... tout est à un seul ») : le verdict par prétérition | oui |

III | anaphore en gradation (« tant de... un tyran seul ») : la question du livre | oui |

III | triple relative restrictive (« qui n'a de puissance que celle qu'on lui donne ») : le pouvoir est fourni | oui |

Les trois mouvements sont couverts, les quatre ★ figurent dans le mémo : couverture complète.

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08Erreurs rédhibitoires

Section A · erreurs de fond

Erreur à ne pas commettre | Pourquoi c'est une erreur | Formulation correcte à retenir |

Croire que La Boétie compare les régimes politiques | Le §3 refuse explicitement ce débat | La question des régimes est écartée pour faire place à celle de l'obéissance |

Lire « républiques » au sens moderne | Au XVIᵉ siècle, le mot désigne les formes de gouvernement en général | « Républiques » signifie ici régimes, de res publica, la chose publique |

Croire que le texte appelle à renverser le tyran | Le Discours ne conclut jamais au tyrannicide ; le §4 pose une question, pas un mot d'ordre | L'exorde ouvre un examen : comprendre pourquoi l'on obéit |

Faire de La Boétie un révolutionnaire ou un anarchiste moderne | C'est un humaniste du royaume, futur homme de robe, et l'anachronisme est le premier piège du dossier | Il déplace la question du pouvoir vers ceux qui le rendent possible, et ce déplacement est neuf |

Prendre « je voudrais seulement comprendre » pour une modestie sans portée | Le conditionnel couvre la question la plus radicale du siècle | La modestie du programme est la politesse d'une audace |

Négliger l'excuse faite à Ulysse | Elle fonde la distinction entre parole d'opportunité et parole de vérité | L'examen équitable donne son crédit au jugement |

Croire que le malheur dépend d'un mauvais maître | Le §2 situe le mal dans la possibilité permanente d'être mauvais | Le mal est structurel : il tient à la maîtrise, non au maître |

Lire « enchantés et charmés » comme l'explication finale | Le mot est une hypothèse encadrée de modalisateurs | Le charme est une place réservée : la coutume l'expliquera plus loin (§39) |

Ne pas voir la triple relative du §4 | Elle contient la thèse entière du livre | Le tyran n'a de puissance que celle qu'on lui donne |

Attribuer à La Boétie le titre Vive description de la tyrannie | C'est le titre substitué par l'imprimeur de 1577, non celui de l'auteur | Le témoin de 1577 porte un titre de combat qui n'est pas celui du texte |

Réduire l'exorde à une simple entrée en matière | Il effectue le déplacement qui fonde l'œuvre entière | L'exorde installe le geste intellectuel de tout le Discours |

Oublier le parcours | L'exorde définit ce que défendre la liberté veut dire ici | Défendre la liberté commence par examiner l'obéissance |

Section B · erreurs de méthode à l'oral

Erreur de méthode | Correction attendue |

Paraphraser l'exorde | Partir d'une citation, nommer un procédé, analyser, interpréter |

Oublier d'annoncer chaque mouvement | Ouvrir chaque partie par une phrase d'orientation |

Sauter les transitions | Relier les sous-parties par des questions |

Citer sans localiser | Toute citation porte son ancre de paragraphe (§1 à §4) |

Confondre le texte de 1577 et la traduction | Préciser qu'on cite la traduction du texte établi, et donner au besoin le mot du XVIᵉ siècle (« endurent ») |

Confondre effet et interprétation | L'effet est ce que le lecteur perçoit ; l'interprétation, le sens produit |

Ne pas revenir à la problématique | Rappeler que tout mène au déplacement de la question |

Réciter les étiquettes de la matrice | Transformer la préparation en discours fluide |

Section C · formulations à proscrire

Maladroit | Correct |

« La Boétie critique les rois » | « La Boétie interroge l'obéissance de ceux qui rendent le maître possible » |

« Il dit qu'Homère s'est trompé » | « Il retourne une citation d'autorité : le premier vers est approuvé, le second réfuté au nom de la raison » |

« C'est juste une introduction » | « L'exorde effectue le déplacement qui fonde l'œuvre : de la légitimité du pouvoir à l'obéissance » |

« Le peuple est hypnotisé » | « Le texte avance l'enchantement comme hypothèse provisoire, toutes les causes avouables ayant été éliminées » |

« Le tyran est tout-puissant » | « La triple relative lui retire tout pouvoir propre : sa puissance est celle qu'on lui donne » |

Section D · erreurs d'identification des procédés

Erreur à ne pas commettre | Pourquoi c'est une erreur | Correction attendue |

« thème de la tyrannie » comme procédé | C'est un contenu, non une forme | Nommer l'antithèse du nombre et de l'unité (« tant de... un tyran seul ») |

« registre polémique » sans support | Le registre doit s'appuyer sur des faits formels | Nommer les corrélations négatives et l'hyperbole numérique |

« question rhétorique » pour le §4 | La question y est indirecte et enchâssée, non oratoire | Parler d'interrogation indirecte sous le verbe « comprendre » |

« champ lexical de la magie » sur deux mots | Un champ lexical suppose un réseau | Parler du couple « enchantés et charmés » et de sa modalisation |

« répétition » dite au hasard pour « tant de » | La reprise est ordonnée et croissante | Nommer l'anaphore en gradation, des hommes aux nations |

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09Analyse grammaticale
  1. Question grammaticale 1
  2. Question grammaticale 2
  3. Question grammaticale 3

Phrase 1

Phrase étudiée : « Je ne veux pas, pour cette fois, débattre cette question tant remuée, à savoir si les autres formes de républiques valent mieux que la monarchie. » (§3)

Question de grammaire : Analyser la proposition subordonnée « si les autres formes de républiques valent mieux que la monarchie ».

Leçon de grammaire : ⑤ l'interrogation.

Nature de la phrase. Phrase complexe, déclarative, négative, comportant une proposition principale et une proposition subordonnée interrogative indirecte.

Analyse grammaticale. La proposition principale a pour sujet « Je » et pour verbe « veux » (indicatif présent), encadré par la négation « ne... pas » ; l'infinitif « débattre » est complément d'objet direct de « veux », et « cette question tant remuée » est complément d'objet direct de « débattre ». La locution « à savoir » introduit une reformulation de « cette question », que développe la proposition subordonnée interrogative indirecte « si les autres formes de républiques valent mieux que la monarchie ». Cette subordonnée est introduite par le mot interrogatif « si », marque de l'interrogation indirecte totale : la question sous-jacente appellerait une réponse par oui ou par non. Son sujet est le groupe nominal « les autres formes de républiques », son verbe « valent » (indicatif présent) ; « mieux » est un adverbe au comparatif de supériorité, et « que la monarchie » est le complément du comparatif. On notera qu'une interrogation indirecte ne porte pas de point d'interrogation et ne pratique pas l'inversion du sujet.

Justification du rattachement à la leçon. Cette phrase relève de la leçon ⑤, parce que l'analyse porte sur une interrogation indirecte totale introduite par « si », enchâssée dans une phrase déclarative.

Phrase 2

Phrase étudiée : « Mais à parler sérieusement, c'est un malheur extrême que d'être soumis à un maître dont on ne peut jamais être assuré qu'il soit bon, puisqu'il est toujours en son pouvoir d'être mauvais quand il le voudra ; et d'avoir plusieurs maîtres, c'est autant de fois être extrêmement malheureux. » (§2)

Question de grammaire : Analyser la proposition subordonnée « puisqu'il est toujours en son pouvoir d'être mauvais quand il le voudra ».

Leçon de grammaire : ④ subordonnées conjonctives circonstancielles.

Nature de la phrase. Phrase complexe, déclarative, comportant une principale à présentatif, une subordonnée relative, une complétive et deux subordonnées circonstancielles (cause et temps).

Analyse grammaticale. La subordonnée « puisqu'il est toujours en son pouvoir d'être mauvais quand il le voudra » est une proposition subordonnée conjonctive circonstancielle de cause, introduite par la conjonction de subordination « puisque », qui présente la cause comme déjà connue ou incontestable. Son sujet est le pronom personnel « il », qui reprend « un maître » ; son verbe est « est » (indicatif présent), suivi de l'attribut prépositionnel « en son pouvoir », complété par l'infinitif « d'être mauvais ». Cette causale contient elle-même une subordonnée circonstancielle de temps, « quand il le voudra », introduite par la conjonction « quand » : son verbe « voudra » est au futur de l'indicatif, et le pronom « le », neutre, reprend l'idée d'être mauvais. En amont, la relative « dont on ne peut jamais être assuré qu'il soit bon » a pour antécédent « un maître » : le pronom relatif « dont » est complément de l'adjectif « assuré », la négation « ne... jamais » porte sur « peut », et la complétive « qu'il soit bon » est au subjonctif, parce que la principale négative suspend la certitude.

Justification du rattachement à la leçon. Cette phrase relève de la leçon ④, parce que l'objet principal de l'analyse est une circonstancielle de cause en « puisque », enchâssant une circonstancielle de temps en « quand ».

Phrase 3

Phrase étudiée : « Pour cette fois, je voudrais seulement comprendre s'il est possible, et comment il se peut faire, que tant d'hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations supportent parfois un tyran seul, qui n'a de puissance que celle qu'on lui donne [...]. » (§4)

Question de grammaire : Analyser la négation et les pronoms de la proposition « qui n'a de puissance que celle qu'on lui donne ».

Leçon de grammaire : ⑥ formes et emplois de la négation.

Nature de la phrase. Phrase complexe, déclarative, comportant une principale, des interrogatives indirectes coordonnées, une complétive et une subordonnée relative contenant une négation restrictive.

Analyse grammaticale. La proposition « qui n'a de puissance que celle qu'on lui donne » est une subordonnée relative dont l'antécédent est « un tyran seul ». La négation « ne... que » n'est pas une négation totale : c'est une négation restrictive, dite aussi exceptive, qui ne nie pas la puissance du tyran mais la limite à une seule source ; elle équivaut à « il a seulement la puissance qu'on lui donne ». Les pronoms se répartissent ainsi : « qui », pronom relatif, a pour antécédent « un tyran seul » et occupe la fonction de sujet du verbe « a » ; « celle », pronom démonstratif, reprend le nom « puissance » et sert de support à la restriction ; « qu' », pronom relatif dont l'antécédent est « celle », est complément d'objet direct du verbe « donne » ; « on », pronom personnel indéfini, est sujet de « donne » et désigne les sujets du tyran dans leur généralité ; « lui », pronom personnel, est complément d'objet indirect de « donne ». La grammaire porte ici le sens : la restriction retire au tyran toute puissance propre, et le pronom indéfini « on » fait de chacun le donateur possible.

Justification du rattachement à la leçon. Cette phrase relève de la leçon ⑥, parce que l'analyse porte sur la négation restrictive « ne... que », sa valeur exceptive et sa différence avec une négation totale.

Leçon à retenir

Le réflexe, applicable à toute phrase. (1) nature de la phrase : simple ou complexe, déclarative, interrogative, exclamative ou injonctive, affirmative ou négative ; (2) nombre de verbes conjugués, donc de propositions ; (3) type de liens : juxtaposition, coordination, subordination ; (4) notion en jeu, parmi les sept leçons ① à ⑦ ; (5) natures et fonctions des groupes clés, puis rattachement à la notion.

Notions travaillées dans ce texte. ⑤ interrogation indirecte totale en « si » (phrase 1) ; ④ subordonnée circonstancielle de cause en « puisque » (phrase 2) ; ⑥ négation restrictive « ne... que » et pronoms (phrase 3). Trois questions, données une fois en registre chaleureux (dans l'explication) et une fois ici, en registre glacial.

À l'oral. Réponse tenue en deux minutes selon la structure de l'article XLVII de la charte : nature de la phrase, construction visée, analyse, conclusion. Format actuel : monologue noté sur 2 points ; format 2028 : échange avec l'examinateur. Le réflexe est identique dans les deux cas, et il s'applique à une phrase non préparée.

Dépendances du fonds : /assets/le-dragon-passe.js.

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