Le bac par Patrick

Étienne de La Boétie · Discours de la servitude volontaire · Explication 10/10

tyrannie et impossible amitié

13 étapes parlées9 prises9 tiroirs

L’explication à côté de toi

Le fil parlé

Treize étapes pour comprendre, dire et retenir avant d’ouvrir le dossier de l’épreuve.

Étape 01

Tu n’y comprends rien ? C’est normal

La fin du Discours semble changer de sujet. Après la chaîne des intérêts, La Boétie parle longuement d’amitié, de peur, de renards, de papillons, de réputation et de jugement divin. En réalité, il examine le prix humain du système qu’il vient de décrire.

Les favoris croient gagner en s’approchant du maître. Mais un tyran, parce qu’il se place au-dessus de tous et ne reconnaît aucune règle, ne peut avoir de compagnon. Sa proximité n’offre donc ni amitié ni sécurité. Elle produit une vie de surveillance, puis la haine du peuple et le jugement de la postérité.

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Étape 02

D’abord, de quoi ça parle ?

Qui parle ? La Boétie, qui clôt son enquête par un jugement moral sur le tyran et ses complices.

De quoi parle-t-il ? De l’amitié véritable, de l’inégalité tyrannique, du danger des favoris, de la peur et de la mémoire publique.

Que veut-il montrer ? La chaîne des intérêts ne crée aucune communauté. Les complices s’entrecraignent, le maître ne se soumet ni au droit ni au devoir, et les favoris vivent au bord de la destruction. Leur récompense finale n’est ni l’honneur ni la sécurité : le peuple connaît leurs noms et la postérité noircit leur réputation.

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Étape 03

Où on se trouve dans le livre

Aux §§92 à 99, La Boétie a révélé comment quelques proches, puis des centaines et des millions de bénéficiaires, soutiennent la tyrannie. Les §§112 à 120 reviennent au premier cercle et posent une question : quel lien unit réellement le maître à ceux qui le servent ?

La réponse est négative. La complicité imite la compagnie, mais détruit les conditions de l’amitié. Le texte suit alors les favoris depuis l’attraction des richesses jusqu’au martyre quotidien et au verdict du peuple. La conclusion de contrôle, au §120, élève ce jugement vers Dieu, mais son statut philologique doit rester signalé.

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Étape 04

Ton introduction : comment tu ouvres

Ton introduction peut tenir en six phrases.

  • Étienne de La Boétie est un humaniste du XVIe siècle qui compose très jeune le Discours de la servitude volontaire.
  • L’œuvre recherche les mécanismes par lesquels les sujets fournissent au tyran sa puissance.
  • Après avoir révélé la chaîne des intérêts, les §§112 à 120 examinent la relation entre le maître et ses favoris, puis le jugement qui les attend.
  • Le passage associe définition morale, antithèses, apologue, comparaisons du feu, longue accumulation anxieuse et adresse finale.
  • On peut se demander comment La Boétie détruit l’illusion d’une proximité avantageuse en montrant que la tyrannie exclut l’amitié, la sécurité et l’honneur.
  • Le texte oppose d’abord l’amitié à la complicité inégale (§§112 à 113), décrit ensuite l’attraction et le martyre des favoris (§§114 à 117), puis fait entendre le verdict du peuple, de la postérité et, dans le texte de contrôle, du jugement divin (§§118 à 120).
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Étape 05

Premier moment : complices, jamais amis (§§112 à 113)

La Boétie définit l’amitié comme une relation sacrée fondée sur l’estime mutuelle, l’intégrité, la foi et la constance. Elle exige l’équité : elle « ne veut jamais boiter » et reste égale. Cruauté, déloyauté et injustice lui sont donc incompatibles.

Le groupe des méchants n’est pas une compagnie, mais un complot. Ses membres ne s’entretiennent pas, ils s’entrecraignent. Le tyran se place au-dessus de tous et ne possède aucun compagnon. S’il compte sa volonté pour raison et ne reconnaît ni droit ni devoir, ses favoris ne peuvent recevoir de lui aucune assurance. Ils lui ont appris qu’il pouvait tout ; ils ont eux-mêmes supprimé la règle qui aurait pu les protéger.

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Étape 06

Deuxième moment : la lumière qui consume (§§114 à 117)

L’apologue du renard et du lion donne le premier avertissement : toutes les traces vont vers la tanière, aucune n’en revient. Pourtant, les trésors du tyran attirent comme une lumière. Le satyre baise le feu, le papillon s’y jette pour jouir de son éclat, puis découvre sa puissance de brûler.

Même un favori qui échappe à un maître reste exposé au suivant : un bon roi lui demandera des comptes, un mauvais préférera ses propres proches. Le §117 transforme enfin la faveur en « martyre ». Il faut plaire à un seul, se méfier de tous, rire avec un visage et trembler dans son cœur. La proximité du pouvoir produit une surveillance sans repos.

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Étape 07

Troisième moment : le peuple et la postérité jugent (§§118 à 120)

Le peuple n’accuse pas toujours le tyran du mal qu’il subit ; il nomme ceux qui gouvernent pour lui. Les intermédiaires reçoivent donc les outrages, les vilenies et les malédictions. Leur réputation est le contraire de la gloire qu’ils cherchaient.

À partir du milieu du §119, le texte disponible est une restitution de contrôle. Il décrit la postérité noircissant le nom des « mangeurs de peuples », puis le §120 appelle à « bien faire » sous le regard de Dieu. Cette clausule prolonge la logique morale du passage, mais elle ne doit pas être citée comme leçon de 1577 tant que la collation manque.

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Étape 08

Alors, qu’est-ce que ça raconte vraiment ?

Le passage raconte la faillite de l’échange proposé par la tyrannie. Les favoris donnent leur conscience, leur sécurité et leur réputation en échange d’une proximité avec le maître. Or cette proximité les place devant une volonté sans règle et sous le regard hostile de tous.

La réponse à la problématique est donc la suivante : La Boétie détruit l’illusion de la faveur en opposant aux richesses visibles trois pertes. L’inégalité supprime l’amitié, l’arbitraire supprime l’assurance et la participation au mal supprime l’honneur. La complicité n’est pas une protection ; elle est une exposition continue au maître, aux rivaux, au peuple et au jugement du temps.

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Étape 09

Ton ouverture : la porte qui s’ouvre

Tu peux ouvrir sur Montaigne, qui fera de l’amitié avec La Boétie une relation unique fondée sur la réciprocité et la liberté. Sans confondre les deux œuvres, ce rapprochement éclaire la force du mot « sacré » : l’amitié vraie suppose précisément ce que la tyrannie détruit, l’égalité entre deux personnes.

Dans le parcours « Défendre et entretenir la liberté », la fin du Discours rappelle que la liberté n’est pas seulement une indépendance individuelle. Elle est la condition des liens fiables. Là où la volonté d’un seul devient loi, chacun est condamné à la peur et personne ne peut être compagnon.

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Étape 10

Tu vois ? Tu sais le comprendre et le dire

Tu peux retenir quatre prises : le complot contre la compagnie, la balance égale de l’amitié, les traces sans retour et le visage riant au cœur transi. Elles montrent la dégradation du lien, puis la vie intérieure qu’elle produit.

À l’oral, signale la zone philologique du §119 au §120. Cette précision ne gêne pas l’explication ; elle montre que tu distingues le texte établi de la restitution de contrôle. Tu peux analyser la fonction de la clausule tout en refusant de l’attribuer sans réserve au témoin de 1577.

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Étape 11

Et les petites questions de grammaire

Première phrase : « Il ne peut y avoir d’amitié là où est la cruauté » (§112). « Là où est la cruauté » est une proposition subordonnée relative adverbiale à valeur locative ; elle précise le lieu moral incompatible avec l’amitié.

Deuxième phrase : « quand bien même cela n’y ferait pas obstacle » (§113). La locution « quand bien même » introduit une subordonnée circonstancielle de concession. Le conditionnel « ferait » présente un obstacle écarté pour les besoins du raisonnement.

Troisième phrase : « sans qu’il y en ait un seul qui ait l’avisement » (§114). « Sans que » introduit une subordonnée circonstancielle ; « qui ait l’avisement » est une relative dépendant de « un seul ». Les deux verbes sont au subjonctif présent.

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Étape 12

Ce soir, tu peux fermer le cahier

Tu peux garder cette règle : une personne qui ne reconnaît aucun droit au-dessus de sa volonté ne peut garantir personne. Ceux qui l’aident à supprimer les limites suppriment aussi leurs propres protections.

L’amitié ne se mesure donc pas aux bienfaits reçus. Elle se reconnaît à l’estime mutuelle, à la constance et à l’égalité. La tyrannie peut produire des complices ; elle ne produit pas de compagnons.

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Étape 13

Terre ferme : tu peux t’arrêter là

Belle traversée. Tu sais maintenant relier la définition de l’amitié au destin des favoris et expliquer pourquoi leur apparent privilège est une vie de peur.

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Fin de l’explication accompagnée

La voix change

La voix qui t’accompagnait s’efface : finie la lettre, place au dossier de travail.

Je m’arrête iciJ’ouvre le dossier

Le dossier de l’épreuve

La même explication, classée pour la révision

Neuf tiroirs : comprendre, préparer l’oral, contrôler les preuves.

01Texte simple

Le tyran n’aime personne et n’est jamais aimé. L’amitié exige des gens de bien, une estime mutuelle et une relation égale. Les méchants réunis forment donc un complot, non une compagnie. Les favoris ne sont pas protégés : ils ont appris au tyran qu’il pouvait tout et qu’aucun droit ne l’obligeait. Attirés par ses trésors comme un papillon par le feu, ils entrent dans un danger dont personne ne revient assuré. Leur vie consiste à plaire au maître, surveiller leurs rivaux et cacher leur peur sous un visage riant. Le peuple les rend responsables de ses souffrances et couvre leurs noms de malédictions. La conclusion de contrôle appelle enfin à bien faire, mais elle n’est pas encore établie sur témoin.

02Introduction rédigée

Humaniste du XVIe siècle, Étienne de La Boétie compose très jeune le Discours de la servitude volontaire, œuvre qui recherche les forces prêtées par les sujets au tyran. Après avoir révélé la chaîne des intérêts, les §§112 à 120 examinent la relation entre le maître et ses favoris, puis le jugement qui les attend. Le passage associe définition morale, antithèses, apologue, comparaisons du feu, longue accumulation anxieuse et adresse finale. On peut donc se demander comment La Boétie détruit l’illusion d’une proximité avantageuse en montrant que la tyrannie exclut l’amitié, la sécurité et l’honneur. Le texte oppose d’abord l’amitié à la complicité inégale (§§112 à 113), décrit ensuite l’attraction et le martyre des favoris (§§114 à 117), puis fait entendre le verdict du peuple, de la postérité et, dans le texte de contrôle non établi sur témoin, du jugement divin (§§118 à 120).

03Analyse linéaire complète
★ I.a. Refuser l’amour : le tyran sans réciprocité

Orientation. Le §112 ouvre la démonstration par une négation absolue de l’amour tyrannique.

Citation. « le tyran n’est certainement jamais aimé, et il n’aime jamais » (§112).

Procédé principal. Un parallélisme négatif qui refuse les deux directions de l’amour.

Procédé secondaire. La répétition de « jamais », renforcée par « certainement », qui donne à l’énoncé la force d’une règle sans exception.

Analyse. La phrase distribue deux positions, recevoir l’amour et le donner, puis les ferme symétriquement. Le tyran n’est pas seulement mal aimé par accident ; la fonction qu’il occupe rend impossible une relation réciproque. L’adverbe « certainement » clôt le doute, tandis que « jamais » porte le jugement au-delà d’un règne particulier. Cette ouverture répond à la chaîne des intérêts : les proches peuvent partager plaisirs et butin sans que leur association constitue un attachement. Le texte devra donc distinguer le bénéfice reçu, qui dépend du maître, et l’amitié, qui suppose que chacun reconnaisse l’autre comme personne égale et digne de confiance.

Le lecteur voit immédiatement la solitude relationnelle cachée derrière la foule des courtisans.

Interprétation. La domination absolue détruit la possibilité même de l’échange affectif qu’elle prétend acheter par les faveurs.

Liaison. Quelles conditions positives permettent alors de reconnaître une amitié véritable ?

★ I.b. Fonder l’assurance : estime, intégrité, constance

Orientation. La Boétie définit l’amitié par les qualités qui rendent une personne fiable pour une autre.

Citation. « elle ne se met jamais qu’entre gens de bien, et ne se prend que par une estime mutuelle » (§112).

Procédé principal. Deux négations restrictives qui délimitent le milieu et l’origine de l’amitié.

Procédé secondaire. Le lexique moral de l’« intégrité », du « bon naturel », de la « foi » et de la « constance ».

Analyse. Les tournures « ne… que » ne nient pas l’existence de l’amitié ; elles en fixent strictement les conditions. Elle se place « entre » des personnes de bien et se forme « par » une estime réciproque. La préposition spatiale construit un intervalle commun, non une dépendance verticale. Le texte précise ensuite ce qui rend un ami « assuré » de l’autre : il connaît son intégrité et possède pour répondants sa foi et sa constance. La sécurité naît donc d’un caractère soumis à des valeurs stables, non d’un bienfait ponctuel. La phrase « non pas tant par un bienfait que par la bonne vie » distingue nettement la faveur du maître et la conduite durable de l’ami.

Le lecteur comprend qu’une relation sûre dépend moins des avantages reçus que de la prévisibilité morale de celui qui les accorde.

Interprétation. L’amitié transforme la liberté intérieure et la bonne vie en garanties mutuelles, là où la faveur maintient la dépendance.

Liaison. Quelle géométrie morale rend cette réciprocité incompatible avec la place du tyran ?

★ I.c. Rester à égalité : l’amitié qui ne boite pas

Orientation. Le §113 donne à l’amitié une forme égale dont le tyran s’exclut en se plaçant au-dessus de tous.

Citation. « l’amitié, qui a son gibier dans l’équité, qui ne veut jamais boiter, mais qui est toujours égale » (§113).

Procédé principal. Une personnification de l’amitié orientée vers l’équité.

Procédé secondaire. La métaphore corporelle de la relation qui « ne veut jamais boiter ».

Analyse. Le mot ancien « gibier » désigne ici le domaine propre où l’amitié trouve sa matière : l’équité. La relation est personnifiée comme un corps qui refuse de boiter, donc de porter inégalement son poids. Cette égalité explique même la foi relative des voleurs au moment de partager le butin : ils sont pairs et savent que leur désunion affaiblirait leur force. Le tyran, au contraire, n’a « point de compagnon ». Il compte sa volonté pour raison et ne reconnaît aucun droit ni devoir. Ses favoris lui ont appris qu’il pouvait tout ; ils ne peuvent donc réclamer ensuite une limite qui les protégerait. Leur association reste un « complot », non une compagnie.

Le lecteur voit l’inégalité politique devenir une impossibilité concrète de confiance et de relation stable.

Interprétation. Celui qui veut être de tous le maître se place par définition au-delà des bornes de l’amitié.

Transition. La définition a retiré aux favoris toute assurance morale. Les §§114 à 117 rendent sensible le danger qu’ils choisissent pourtant d’approcher, attirés par un éclat qui cache la destruction.

★ II.a. Lire les traces : la tanière sans retour

Orientation. L’apologue du §114 transforme les exemples historiques en avertissement simple sur le danger de la proximité.

Citation. « je vois assez de traces de bêtes qui vont en avant vers toi ; en arrière, qui en revienne, je n’en vois pas une » (§114).

Procédé principal. Une antithèse spatiale entre les traces d’entrée et l’absence de traces de retour.

Procédé secondaire. L’apologue animal du renard prudent et du lion qui feint la maladie.

Analyse. Le lion invite les animaux dans sa tanière sous couvert de faiblesse. Le renard ne voit pas directement les victimes, mais il lit les signes au sol. Les groupes « en avant » et « en arrière » construisent deux directions dont une seule laisse des traces. La répétition de « je vois » fait de l’observation une preuve suffisante pour refuser l’invitation. La Boétie oppose cette prudence aux nombreux courtisans qui disposent d’exemples évidents et s’approchent pourtant du tyran. L’apologue condense donc une méthode : apprendre aux dépens d’autrui, interpréter les absences et ne pas confondre l’accès au centre avec la possibilité d’en ressortir.

Le lecteur est invité à juger le pouvoir par le destin de ceux qui l’ont approché, non par la promesse qui les attire.

Interprétation. La mémoire des précédents protège mieux que la faveur présente lorsque le maître ne reconnaît aucune règle.

Liaison. Pourquoi les favoris ignorent-ils ces traces malgré leur évidence ?

◆ II.b. Suivre la clarté : l’éclat qui brûle

Orientation. Le §115 explique l’approche des favoris par une perception partielle de la puissance du tyran.

Citation. « ils s’approchent, et ne voient pas qu’ils se mettent dans la flamme qui ne peut manquer de les consumer » (§115).

Procédé principal. Une métaphore du feu qui oppose la lumière attractive à la chaleur destructrice.

Procédé secondaire. Le parallélisme des exemples du satyre et du papillon, tous deux séduits par ce qui reluit.

Analyse. Les trésors « reluisent » et la magnificence lance des « rayons ». Le champ lumineux oriente le regard vers l’apparence brillante, mais le verbe « ne voient pas » signale une perception incomplète. La même flamme possède deux vertus : éclairer et brûler. Les favoris prennent la première pour la totalité du phénomène. Le satyre veut baiser le feu de Prométhée ; le papillon espère un plaisir dans ce qui reluit. Tous deux transforment l’attraction en mouvement vers leur propre consommation. L’expression « ne peut manquer » rend la destruction nécessaire : auprès d’une volonté sans limite, l’éclat du trésor ne constitue jamais une garantie.

Le lecteur comprend que le danger n’est pas caché ailleurs que dans l’objet du désir : la lumière et la brûlure viennent du même feu.

Interprétation. La faveur tyrannique attire par la face visible d’une puissance dont l’autre face est la capacité de détruire sans rendre compte.

Liaison. Quelle forme quotidienne prend cette insécurité avant même la chute ou la mort du favori ?

◆ II.c. Sourire et trembler : le martyre de la faveur

Orientation. Le §117 transforme la vie de cour en accumulation de gestes contradictoires et anxieux.

Citation. « rire à chacun, se craindre de tous ; n’avoir aucun ennemi déclaré ni aucun ami assuré ; avoir toujours le visage riant et le cœur transi » (§117).

Procédé principal. Une accumulation d’antithèses parallèles.

Procédé secondaire. Le champ lexical de la surveillance, « l’œil au guet », « l’oreille aux écoutes », « épier », « découvrir », « flairer », « deviner ».

Analyse. L’exclamation « Quelle peine, quel martyre » renverse le prestige de la faveur en souffrance continue. Les infinitifs s’enchaînent sans sujet exprimé, comme une liste de tâches imposées nuit et jour. Il faut plaire à un seul tout en le craignant plus que tout homme, surveiller les coups, les pièges et les rivaux. Les antithèses finales divisent l’être : rire en craignant, ne posséder ni ennemi visible ni ami sûr, montrer un visage joyeux avec un cœur glacé. La proximité du tyran supprime les repères ordinaires de la relation. Même les émotions doivent rester illisibles : le favori ne peut être joyeux et n’ose être triste.

Le lecteur voit le prétendu privilégié vivre dans une dissociation permanente entre apparence publique et peur intérieure.

Interprétation. La faveur n’est pas une liberté supérieure, mais une servitude plus étroite parce qu’elle exige de surveiller et de dissimuler sans repos.

Transition. Le deuxième mouvement a remplacé l’éclat par la brûlure et le privilège par le martyre. Les §§118 à 120 dressent alors le bilan public et moral de ce service, du jugement du peuple à la clausule religieuse de contrôle.

★ III.a. Recevoir l’accusation : les intermédiaires exposés

Orientation. Le §118 montre que la chaîne protège l’image du sommet en concentrant la colère sur ceux qui gouvernent pour lui.

Citation. « le peuple, du mal qu’il souffre, n’en accuse pas le tyran, mais ceux qui le gouvernent » (§118).

Procédé principal. Une correction antithétique « non… mais… » qui déplace l’accusation du tyran vers ses agents.

Procédé secondaire. L’ironie de « c’est plaisir de considérer », qui annonce en réalité le résultat misérable de leur peine.

Analyse. Les favoris ont accepté le danger pour obtenir une part du pouvoir. La phrase demande ce qui leur « revient » de cette vie, comme si elle établissait le bilan d’un échange. La réponse est une exposition particulière à la colère. Le peuple souffre d’un système dirigé par le tyran, mais il rencontre d’abord ceux qui administrent, prélèvent et exécutent. La correction place donc les intermédiaires devant les conséquences visibles du pouvoir tout en laissant parfois le sommet hors de l’accusation immédiate. La chaîne des intérêts devient une chaîne de responsabilité perçue. Ceux qui croyaient se protéger sous l’ombre du maître deviennent ses écrans et portent son impopularité.

Le lecteur comprend que la proximité du tyran ne partage pas seulement ses profits, mais concentre sur ses agents la haine suscitée par ses actes.

Interprétation. L’intermédiaire paie publiquement le mal qu’il a rendu possible, tandis que le sommet bénéficie du détour de l’accusation.

Liaison. Quelle réputation cette colère collective construit-elle autour des noms de ceux qui ont servi le pouvoir ?

○ III.b. Accumuler les malédictions : la gloire retournée

Orientation. Le début établi du §119 transforme la recherche d’honneur des favoris en mémoire publique de leurs vices.

Citation. « ils amassent sur eux mille outrages, mille vilenies, mille malédictions » (§119).

Procédé principal. Une gradation ternaire soutenue par l’anaphore de « mille ».

Procédé secondaire. L’élargissement « les peuples, les nations, tout le monde », qui donne au verdict une extension collective.

Analyse. Les favoris s’étaient approchés des trésors et de la magnificence ; ils « amassent » finalement une richesse inversée, faite d’outrages. Le verbe reprend ironiquement le désir d’accumulation qui les attirait. La répétition de « mille » multiplie les formes de condamnation et répond aux profits distribués par la chaîne. Le peuple connaît leurs noms et « déchiffre » leurs vices, comme si chaque réputation était devenue un texte public. Cette partie précède la lacune signalée. La restitution de contrôle prolonge ensuite la même logique par les plumes, les livres et la postérité, mais ces lignes ne sont pas une leçon collationnée du témoin.

Le lecteur voit l’honneur recherché se renverser en notoriété infamante portée par la mémoire collective.

Interprétation. La réputation rend au temps long un pouvoir de jugement que la faveur momentanée croyait pouvoir acheter.

Liaison. Quelle dernière injonction le texte de contrôle adresse-t-il au lecteur après avoir exposé ce destin ?

○ III.c. Apprendre à bien faire : le jugement au-dessus du maître

Orientation. Le §120, transmis ici par la version modernisée de contrôle et non établi sur témoin, clôt l’œuvre par un appel moral.

Citation. « Apprenons donc quelquefois, apprenons à bien faire » (§120, texte de contrôle non établi sur témoin).

Procédé principal. Une anaphore injonctive à la première personne du pluriel.

Procédé secondaire. La gradation des motifs, honneur, amour de la vertu, amour et honneur de Dieu.

Analyse. Le « donc » tire une leçon de tout le parcours, tandis que « apprenons » répond aux apprentissages de la servitude décrits dans l’œuvre. L’auteur s’inclut dans le pluriel et remplace le jugement des seuls complices par une exigence commune de bonne conduite. La suite lève les yeux vers un témoin qui ne dépend pas du tyran. Dieu est présenté comme « témoin assuré » des actes et « juste juge » des fautes. Cette autorité rétablit une mesure supérieure à la volonté que le tyran comptait pour raison. La clausule imagine enfin une peine particulière pour tyrans et complices. Son rôle argumentatif est clair, mais son statut demeure celui d’une restitution de contrôle en attente de collation.

Le lecteur est appelé à quitter la fascination pour le pouvoir et à replacer ses actes sous une règle qu’aucun maître humain ne peut abolir.

Interprétation. La fin oppose à l’arbitraire tyrannique un jugement moral universel qui rend chacun responsable de sa participation.

Aboutissement. Le passage ferme ainsi la chaîne des intérêts par une chaîne de jugements : peur intérieure, accusation du peuple, mémoire du nom et, dans la clausule de contrôle, justice divine.

04Conclusion rédigée

Des §§112 à 120, La Boétie détruit l’illusion selon laquelle la proximité du tyran offrirait une relation sûre et honorable. L’amitié, fondée sur l’estime, l’intégrité et l’équité, ne peut exister auprès d’un maître qui place sa volonté au-dessus du droit. Les favoris sont donc des complices qui s’entrecraignent. L’apologue des traces et les images du feu révèlent la destruction cachée dans l’éclat des trésors, tandis que l’accumulation du §117 transforme la faveur en martyre quotidien. Le peuple reporte sur les intermédiaires le mal subi et couvre leurs noms de malédictions. La restitution de contrôle des dernières lignes prolonge ce verdict par la postérité et la justice divine, sans pouvoir encore être citée comme leçon de 1577. La tyrannie exclut ainsi l’amitié, l’assurance et l’honneur qu’elle promettait.

05Mémo pour l’oral
  • Situation : après la chaîne des intérêts, bilan humain et moral du premier cercle.
  • Problématique : comment la proximité tyrannique détruit-elle amitié, sécurité et honneur ?
  • Mouvement I, §§112 à 113 : amour impossible, estime mutuelle, égalité.
  • Mouvement II, §§114 à 117 : traces, feu, martyre anxieux.
  • Mouvement III, §§118 à 120 : accusation, malédictions, clausule de contrôle.
  • Quatre images : complot, balance, tanière, visage et cœur.
  • Alerte philologique : milieu du §119 à fin du §120 non établi sur témoin.
  • Réponse finale : en supprimant les limites du maître, les favoris suppriment leur propre assurance.
  • Ouverture : l’amitié chez Montaigne, fondée sur la réciprocité entre personnes libres.

Appuis ★ repris : I.a I.b I.c II.a III.a

06Tableau procédés, effets, sens, oral

Passage | Procédé | Effet | Sens à formuler à l’oral |

« jamais aimé… n’aime jamais » | parallélisme | ferme les deux directions | la tyrannie exclut la réciprocité |

« ne… qu’entre », « ne… que par » | restrictions | définit les conditions | l’amitié vient de l’estime mutuelle |

« ne veut jamais boiter » | personnification | matérialise l’équité | un maître sans pair sort de l’amitié |

traces vers la tanière | apologue | rend le danger lisible | les précédents avertissent |

flamme qui consume | métaphore | unit éclat et destruction | la faveur attire par ce qui brûle |

« rire… craindre » | antithèses | divise visage et cœur | le courtisan vit dans la peur |

« non le tyran, mais… » | correction | déplace l’accusation | les intermédiaires portent la haine |

« mille outrages… » | anaphore | retourne l’accumulation | le profit devient infamie |

« Apprenons… » | injonction de contrôle | élève le jugement | nul pouvoir n’abolit la responsabilité |

07Tableau de couverture
Prise ★RangDans le mémo
I.a★oui
I.b★oui
I.c★oui
II.a★oui
III.a★oui

Mouvement | Sous-partie | Citation ancrée | Procédé principal | Fonction dans le raisonnement |

I | I.a | §112, « jamais aimé » | parallélisme | nie la réciprocité |

I | I.b | §112, « estime mutuelle » | restriction | définit l’amitié |

I | I.c | §113, « toujours égale » | personnification | exclut le maître sans pair |

II | II.a | §114, « traces » | apologue | avertit du danger |

II | II.b | §115, « flamme » | métaphore | dévoile la destruction |

II | II.c | §117, « rire… craindre » | antithèses | décrit le martyre |

III | III.a | §118, « non le tyran » | correction | expose les agents |

III | III.b | §119, « mille malédictions » | anaphore | retourne la gloire |

III | III.c | §120 de contrôle, « Apprenons » | injonction | clôt par le jugement |

08Erreurs rédhibitoires
  • Confondre amitié et faveur. Le bienfait ponctuel ne remplace pas la bonne vie et l’estime mutuelle.
  • Dire que les complices s’aiment. Ils se craignent et protègent seulement leur force commune.
  • Oublier l’égalité. Le tyran, au-dessus de tous et sans compagnon, est hors des bornes de l’amitié.
  • Présenter les favoris comme assurés par leur proximité. Les traces de l’apologue ne vont que vers la tanière.
  • Séparer lumière et feu. La même puissance qui brille est celle qui consume.
  • Réduire le §117 à la jalousie de cour. Il décrit une servitude complète de l’attention et des émotions.
  • Croire que le peuple accuse toujours directement le tyran. Le §118 insiste sur le déplacement vers les agents.
  • Présenter les malédictions comme une gloire. L’emploi de ce mot est ironique et renverse le profit attendu.
  • Citer du milieu du §119 à la fin du §120 comme leçon établie de 1577. Cette zone vient de la version modernisée de contrôle et attend une collation.
09Analyse grammaticale
  1. Question grammaticale 1
  2. Question grammaticale 2
  3. Question grammaticale 3

Phrase 1

« Il ne peut y avoir d’amitié là où est la cruauté » (§112).

La phrase est complexe, déclarative et négative. « Il » est un pronom impersonnel dans la tournure « il peut y avoir ». La négation « ne… pas », réduite ici à « ne » devant « peut » dans le texte, porte sur la possibilité. « Là où est la cruauté » est une proposition subordonnée relative adverbiale à valeur locative ; « où » reprend l’adverbe « là » et introduit le lieu moral incompatible avec l’amitié.

Phrase 2

« quand bien même cela n’y ferait pas obstacle » (§113).

La proposition est une subordonnée conjonctive circonstancielle de concession introduite par « quand bien même ». Le pronom démonstratif « cela » est sujet. « Y » reprend la possibilité de l’amour assuré et complète la locution « faire obstacle à ». Le conditionnel présent « ferait » présente une hypothèse concédée puis dépassée : même en retirant le premier obstacle, l’inégalité suffirait.

Phrase 3

« sans qu’il y en ait un seul qui ait l’avisement » (§114).

« Sans qu’il y en ait un seul » est une proposition subordonnée conjonctive circonstancielle introduite par « sans que » ; son verbe est au subjonctif présent. « En » reprend l’ensemble des gens qui approchent les tyrans. « Qui ait l’avisement » est une subordonnée relative adjective dont l’antécédent est « un seul » ; le pronom « qui » est sujet et le verbe est également au subjonctif en raison de l’antécédent nié.

Leçon à retenir

La relative locative définit l’espace moral impossible, la concession teste un obstacle supplémentaire et la double construction au subjonctif exprime l’absence totale d’un favori assez prudent pour refuser la tanière.

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