Nathalie Sarraute · Pour un oui ou pour un non · Commentaire linéaire 1
Explication linéaire 1 : La visite, et la question qui ne trouve rien
Treize étapes accompagnées, puis neuf tiroirs pour l’épreuve.
L’explication à côté de toi
Le fil parlé
Treize étapes pour comprendre, dire et retenir avant d’ouvrir le dossier de l’épreuve.
Étape 01
Tu n’y comprends rien ? C’est normal
Deux amis de longue date, une visite, et une question toute simple : qu'est-ce que tu as contre moi ? On peut trouver qu'il ne se passe rien.
Il se passe une chose énorme, et elle tient en une réplique : celui qui pose les questions va, sans le voir, donner à l'autre exactement ce qu'il lui fallait. Douze répliques, et leur amitié entre en crise.
Qui parle ? Deux hommes que la pièce appelle H.1 et H.2. Pas de noms, pas de décor.
De quoi ça parle ? H.1 vient demander pourquoi son ami s'éloigne. H.2 répond « rien ». H.1 énumère ses raisons de s'inquiéter ; H.2 répond que c'est son caractère. H.1 dit alors qu'il sent quelque chose, et qu'il ne se souvient de rien entre eux. H.2 lui répond qu'il se souvient, lui. H.1 convoque la mère de H.2 ; H.2 la cite, et hausse les épaules.
Que veut faire comprendre l'auteure ? Qu'une amitié ancienne peut se fissurer sans un fait précis, sans une dispute établie, et sans que personne ait encore formulé le grief.
On est à la première page. La pièce commence là, sans exposition et sans décor : deux voix, et une question.
Ce qu'il faut savoir : Sarraute appelait tropismes ces mouvements minuscules qui se produisent avant qu'on parle. Dans cette pièce, l'action repose moins sur des événements visibles que sur ces mouvements presque imperceptibles de la parole.
Ton introduction peut tenir en six phrases, dans cet ordre.
Situe l'auteure : Nathalie Sarraute, XXᵉ siècle, qui cherche sous la conversation ce qui s'y joue sans se dire.
Nomme l'œuvre et sa date, 1982, et son genre : une pièce de théâtre.
Dis où l'on en est : la première page, une visite et une demande d'explication.
Annonce ton parcours en trois arrêts : d'abord quatre amorces et un refus en trois mots, ensuite des griefs qui deviennent un caractère puis une sensation, enfin le passé appelé à témoigner.
Pose ta question, dans les termes du dossier : « Comment l'ouverture de la pièce fait-elle d'une demande d'explication un dispositif où celui qui interroge finit par fournir lui-même la faille ? »
Referme en annonçant que tu suivras l'ordre des répliques.
Premier moment : Une question préparée qui ne trouve rien
Le premier moment montre un homme qui n'arrive pas à poser sa question. « Écoute, je voulais te demander... C'est un peu pour ça que je suis venu... je voudrais savoir... » Trois amorces, trois interruptions.
L'imparfait d'atténuation de je voulais prend une première précaution. Puis le conditionnel de je voudrais savoir adoucit encore la demande au moment de la formuler.
Puis la question sort, et elle sort double : « que s'est-il passé ? Qu'est-ce que tu as contre moi ? » L'une n'attend rien de précis ; l'autre tient le grief pour acquis. Entre les deux, il s'est répondu tout seul.
La réponse tient en trois mots : « Mais rien... Pourquoi ? » Le « mais » écarte, « rien » nie, « Pourquoi ? » renvoie la charge. La porte s'est refermée avant d'être ouverte.
Deuxième moment : Chercher un fait, et ne trouver qu'une impression
Le deuxième moment cherche un fait et n'en trouve aucun. H.1 donne ses raisons : « tu t'éloignes... tu ne fais plus jamais signe... il faut toujours que ce soit moi ». Trois griefs, tenus par deux adverbes — jamais, toujours.
Pas un seul fait daté : rien que des manières de faire, et cela ne se conteste pas.
H.2 répond par sa nature : « je prends rarement l'initiative, j'ai peur de déranger. » On ne discute pas d'un caractère. La question devient sans objet.
Alors H.1 lâche le mot qui commande toute la pièce : « je sens qu'il y a quelque chose ». Il ne dit plus qu'il sait, il ne dit plus qu'il a vu. Il sent. Une certitude entière, et rien pour l'établir.
Troisième moment : Le passé convoqué comme preuve, et son retournement
Le troisième moment appelle le passé à la barre, et le passé se retourne. « il n'y a jamais rien eu entre nous... rien dont je me souvienne. »
La deuxième moitié défait la première. Il pensait fermer la question ; il n'a fermé que son propre souvenir. La nuance est mince, et la porte est ouverte.
H.2 y entre aussitôt : « Moi, par contre, il y a des choses que je n'oublie pas. » L'homme sans rien à dire vient de trouver de quoi parler.
Il cite alors la mère : « Ah lui, au moins, c'est un vrai copain, tu pourras toujours compter sur lui. » Un éloge apporté par une voix rapportée. Puis : « C'est ce que j'ai fait, d'ailleurs. » Le passé composé constate que H.2 a suivi ce conseil ; il ne suffit pas à déclarer leur amitié terminée. Et il hausse les épaules — seule didascalie du passage.
En une phrase : un homme réclame des comptes pendant douze répliques et finit par fournir lui-même la seule ouverture que l'autre attendait.
Ce que le passage établit, c'est qu'une amitié peut entrer en crise sans dispute déjà établie : la recherche d'un grief ouvre elle-même la brèche. Si on te demande où bascule la scène, réponds que cela commence à « rien dont je me souvienne ».
Pour ouvrir, tu peux dire ceci : toute la suite sort de là. Le mot blessant sera dit, et il fera l'objet d'un procès en règle.
Une seconde ouverture : la pièce n'a ni décor, ni noms, ni action. Sarraute retire au théâtre tout ce qui n'est pas la parole — et il reste une pièce entière.
Le chemin qu'on vient de faire : les trois amorces, la question double, les trois mots de refus ; puis les griefs, le caractère, le verbe « sentir » ; enfin la relative qui trahit, le renversement, la mère citée et les épaules. Trois temps.
Tu sais nommer ce que tu vois : des amorces suspendues, deux interrogatives juxtaposées dont la seconde accuse, des adverbes de fréquence à la place des faits, un verbe de sensation à la place d'un verbe de savoir, une relative au subjonctif qui retire ce que la négation venait d'affirmer. Cinq choses, cinq citations.
« que s'est-il passé ? Qu'est-ce que tu as contre moi ? » — deux interrogations directes partielles qui se suivent sans lien. La première demande quel événement a eu lieu ; la seconde tient déjà le grief pour acquis. C'est la juxtaposition, et rien d'autre, qui fait passer de la question à l'accusation.
« rien dont je me souvienne » — une relative dont le verbe passe au subjonctif. Ce mode est attendu ici parce que l'antécédent négatif « rien » ne désigne aucun référent identifié. La relative rétrécit la portée : du fait, on glisse au souvenir.
« elle me disait : "Ah lui, au moins, c'est un vrai copain" » — un verbe de parole à l'imparfait, puis un discours direct entre guillemets. L'imparfait fait de cette phrase un refrain plutôt qu'un événement, et la voix citée est celle d'un tiers absent.
Terre ferme : tu peux t'arrêter là. Le dossier de l'épreuve t'attend quand tu voudras, avec ses neuf tiroirs. Ce soir, tu en sais assez pour en parler. Une chose n'a pas été dite : pourquoi ces deux hommes n'ont pas de nom, dans une pièce qui ne parle que d'eux.
Neuf tiroirs : comprendre, préparer l’oral, contrôler les preuves.
01Le texte, dit simplementLe raisonnement sans jargon.
Idée générale. Un homme vient chez un autre lui demander pourquoi leur amitié s'est refroidie. Sa demande ne reçoit aucune réponse précise, mais elle ouvre une faille dans leur échange.
Situation simple. H.1 arrive. Il pose sa question. H.2 répond « rien ». H.1 insiste, donne ses raisons de s'inquiéter. H.2 explique que c'est son caractère. H.1 dit qu'il sent quelque chose. Il ajoute qu'il ne se souvient de rien entre eux — et H.2 répond que lui, il se souvient. H.1 convoque alors la mère de H.2 comme témoin de leur amitié. H.2 la cite, et conclut. Puis il hausse les épaules.
Mouvement I. Dans ce mouvement, la question est posée en quatre fois, refusée en trois mots, puis déplacée : ce n'est plus un événement qui est en cause, c'est un caractère. L'idée importante est que le dispositif de la pièce est installé dès la première réplique.
Mouvement II. Dans ce mouvement, H.1 cherche un fait et n'en trouve aucun ; il finit par dire qu'il « sent ». L'idée importante est que la conviction se renforce à mesure qu'elle perd ses preuves.
Mouvement III. Dans ce mouvement, le passé est appelé à témoigner : les années, la mère, la fidélité. L'idée importante est que ce témoignage se retourne et met l'amitié en crise au lieu de l'apaiser.
Pour finir. La leçon du passage est qu'on peut réclamer des comptes pendant douze répliques et fournir soi-même, sans le voir, la seule ouverture que l'autre attendait.
02L’introduction rédigéeSix étapes, une question directrice.
Étape 1 : Nathalie Sarraute est une écrivaine du XXᵉ siècle, connue pour avoir cherché sous la conversation ordinaire ce qu'elle appelait les tropismes — ces mouvements minuscules qui précèdent la parole.
Étape 2 :Pour un oui ou pour un non, pièce de 1982, met face à face deux amis de longue date, H.1 et H.2, dont l'un s'est éloigné sans dire pourquoi.
Étape 3 : L'extrait est l'ouverture de la pièce : H.1 vient demander des explications, et le dialogue commence sans décor ni exposition.
Étape 4 : Le passage s'organise en trois temps — une question préparée qui ne trouve rien, une recherche de fait qui s'achève en impression, un passé convoqué comme preuve et qui échoue.
Étape 5 : On se demandera comment l'ouverture de la pièce fait d'une demande d'explication un dispositif où celui qui interroge finit par fournir lui-même la faille.
Étape 6 : On suivra d'abord les quatre amorces et la dérobade, puis le glissement du fait à la sensation, enfin la citation de la mère et le haussement d'épaules.
03L’explication linéaireTrois mouvements, neuf prises de lecture.
I. Une question préparée qui ne trouve rien
De « Écoute, je voulais te demander » à « j'ai peur de déranger ».
H.1 entre avec une demande qu'il a manifestement répétée, et il met quatre amorces à la formuler. H.2 la renvoie en trois mots, puis la déplace de l'événement vers le caractère. Le premier mouvement installe le dispositif entier de la pièce : l'un cherche un fait, l'autre n'en fournit aucun.
★ I.a. Trois amorces avant la question
« Écoute, je voulais te demander... C'est un peu pour ça que je suis venu... je voudrais savoir... » SA-E-0002
Gradation d'amorces suspendues. Trois amorces avant la question, et chacune s'interrompt. L'imparfait d'atténuation de « je voulais » prend une première précaution ; « c'est un peu pour ça » minimise le motif de la visite ; le conditionnel de « je voudrais savoir » atténue encore la demande. Les points de suspension ne marquent pas une hésitation de jeu : ils sont dans le texte, et ils font la phrase.
★ I.b. Deux questions, dont une accuse
« que s'est-il passé ? Qu'est-ce que tu as contre moi ? » SA-E-0002
Juxtaposition de deux interrogatives directes. Deux interrogatives directes se suivent sans conjonction. La première est ouverte, la seconde suppose déjà un tort et un coupable. En passant de l'une à l'autre, H.1 a répondu à sa propre question.
◆ I.c. La dérobade minimale
« Mais rien... Pourquoi ? » SA-E-0003
Négation minimale suivie d'une question retournée. Trois mots et un renvoi. Le « mais » écarte la question avant de la nier ; « rien » est la plus courte des réponses possibles ; « Pourquoi ? » remet la charge sur le demandeur. La dérobade est complète en une réplique.
II. Chercher un fait, et ne trouver qu'une impression
De « Mais pas avec moi ? » à « il y a eu des circonstances ».
H.1 abandonne la preuve pour la sensation, et c'est là que la pièce bascule dans son régime propre. Le deuxième mouvement montre une conviction qui se renforce à mesure qu'elle perd ses appuis, et un interlocuteur qui, d'abord démuni, découvre qu'il a de quoi dire.
◆ II.a. Les griefs comptés
« tu t'éloignes... tu ne fais plus jamais signe... il faut toujours que ce soit moi » SA-E-0004
Accumulation de griefs et adverbes de fréquence. Trois griefs accumulés, tenus par deux adverbes de fréquence, « jamais » et « toujours ». Aucun n'est un événement : ce sont des habitudes, et une habitude ne se réfute pas.
○ II.b. Un trait de caractère à la place d'un fait
« je prends rarement l'initiative, j'ai peur de déranger » SA-E-0005
Présent de vérité générale appliqué à soi. H.2 répond au présent de vérité générale, et il parle de lui comme d'un type. Le fait reproché devient un trait de caractère, donc une donnée, donc quelque chose dont on ne discute pas.
★ II.c. Sentir remplace savoir
« Non, je sens qu'il y a quelque chose... » SA-E-0006
Substitution d'un verbe de perception à un verbe de connaissance. Le verbe change de nature : ni savoir, ni constater, mais sentir. Toute la pièce tient dans cette substitution — une conviction pleine, et rien dessous pour l'établir.
III. Le passé convoqué comme preuve, et son retournement
De « Oh qu'est-ce que c'est ? » à « que veux-tu que je te dise ! ».
Le troisième mouvement fait venir le passé à la barre. H.1 convoque la mère de H.2 comme témoin de leur amitié ; H.2 la cite, et sa citation déplace le désaccord au lieu de le résoudre. Le mouvement se clôt sur un haussement d'épaules, seule didascalie du passage.
★ III.a. La faille : « rien dont je me souvienne »
« il n'y a jamais rien eu entre nous... rien dont je me souvienne » SA-E-0008
Restriction par une relative au subjonctif. La relative au subjonctif retire ce que la négation venait d'affirmer. H.1 croyait nier l'événement ; il n'a nié que sa mémoire. La faille par où H.2 va passer, c'est lui qui vient de l'ouvrir.
★ III.b. Le renversement des mémoires
« Moi, par contre, il y a des choses que je n'oublie pas. » SA-E-0009
Antithèse marquée par un connecteur d'opposition. Le connecteur d'opposition renverse les positions en cinq mots. Celui qui n'avait rien à dire a désormais une mémoire, et c'est elle qui conduira le reste de la pièce.
★ III.c. La mère citée, et le passé composé
« elle me disait : "Ah lui, au moins, c'est un vrai copain, tu pourras toujours compter sur lui." C'est ce que j'ai fait, d'ailleurs. » SA-E-0011
Discours direct rapporté d'un tiers absent, puis passé composé. La mère est citée au discours direct : la parole d'un tiers absent est produite comme pièce à conviction. Puis « C'est ce que j'ai fait, d'ailleurs » constate que H.2 a suivi ce conseil et compté sur H.1. Le passé composé fait entendre un bilan, sans suffire à établir une rupture.
04La conclusion rédigéeRépondre, puis prolonger dans l’œuvre.
Le passage installe, en douze répliques et sans un événement, tout ce dont la pièce aura besoin : une demande, un refus, et une faille ouverte par le demandeur lui-même. La réponse à notre question tient dans la relative du troisième mouvement — en disant « rien dont je me souvienne », H.1 cesse d'affirmer que rien n'a eu lieu et concède que quelque chose a pu se produire hors de sa mémoire. H.2 s'y engouffre à la réplique suivante.
Ouverture. Le reste de la pièce ne fera qu'exploiter cette brèche : H.2 finira par nommer la phrase — « C'est bien… ça… » — et le tribunal s'installera. La scène d'ouverture montre ainsi comment une amitié entre en crise : non par une dispute déjà établie, mais par la recherche même de ce qui aurait pu la provoquer.
05Le mémo de l’oralLes appuis indispensables et les prolongements possibles.
Deux hommes, une amitié de longue date, et une question qui ne trouve rien. Le passage est l'ouverture de la pièce : il installe le dispositif — l'un réclame un fait, l'autre n'en donne aucun — et se referme sur un haussement d'épaules.
★ I.a : « Écoute, je voulais te demander... C'est un peu pour ça que je suis… ». Gradation d'amorces suspendues. Trois amorces avant la question, et chacune s'interrompt.
★ I.b : « que s'est-il passé ? Qu'est-ce que tu as contre moi ? ». Juxtaposition de deux interrogatives directes. Deux interrogatives directes se suivent sans conjonction.
◆ I.c : « Mais rien... Pourquoi ? ». Négation minimale suivie d'une question retournée. Trois mots et un renvoi.
◆ II.a : « tu t'éloignes... tu ne fais plus jamais signe... il faut toujours… ». Accumulation de griefs et adverbes de fréquence. Trois griefs accumulés, tenus par deux adverbes de fréquence, « jamais » et « toujours ».
○ II.b : « je prends rarement l'initiative, j'ai peur de déranger ». Présent de vérité générale appliqué à soi. H.2 répond au présent de vérité générale, et il parle de lui comme d'un type.
★ II.c : « Non, je sens qu'il y a quelque chose... ». Substitution d'un verbe de perception à un verbe de connaissance. Le verbe change de nature : ni savoir, ni constater, mais sentir.
★ III.a : « il n'y a jamais rien eu entre nous... rien dont je me souvienne ». Restriction par une relative au subjonctif. La relative au subjonctif retire ce que la négation venait d'affirmer.
★ III.b : « Moi, par contre, il y a des choses que je n'oublie pas. ». Antithèse marquée par un connecteur d'opposition. Le connecteur d'opposition renverse les positions en cinq mots.
★ III.c : « elle me disait : "Ah lui, au moins, c'est un vrai copain, tu… ». Discours direct rapporté d'un tiers absent, puis passé composé. La mère est citée au discours direct : la parole d'un tiers absent est produite comme pièce à conviction.
Appuis ★ repris :I.aI.bII.cIII.aIII.bIII.c
06Le tableau des procédésComparer les fonctions des neuf appuis.
Procédé désigné
Analyse dans le texte
Effet sur le lecteur
Interprétation
★ Gradation d'amorces suspendues (I.a)
Trois amorces avant la question, et chacune s'interrompt.
Le lecteur entend quelqu'un qui a préparé sa phrase et qui n'arrive pas à la dire.
Le théâtre de Sarraute commence avant la parole : dans ce qui l'empêche de sortir.
★ Juxtaposition de deux interrogatives directes (I.b)
Deux interrogatives directes se suivent sans conjonction.
Le lecteur comprend que la visite n'est pas une visite : c'est une demande de comptes.
Poser deux questions à la fois, c'est déjà répondre à la première : il y a quelque chose contre lui.
◆ Négation minimale suivie d'une question retournée (I.c)
Trois mots et un renvoi.
Le lecteur voit la porte se refermer avant d'avoir été ouverte.
« Mais rien » n'est pas une réponse, c'est un refus d'entrer dans le sujet.
◆ Accumulation de griefs et adverbes de fréquence (II.a)
Trois griefs accumulés, tenus par deux adverbes de fréquence, « jamais » et « toujours ».
Le lecteur reconnaît la comptabilité ordinaire des amitiés qui s'espacent.
Les preuves de H.1 sont des habitudes, pas des événements : rien à quoi H.2 puisse répondre.
○ Présent de vérité générale appliqué à soi (II.b)
H.2 répond au présent de vérité générale, et il parle de lui comme d'un type.
Le lecteur sent le glissement : on ne parle plus de ce qui s'est passé, mais de ce qu'on est.
Répondre par son caractère, c'est rendre la question sans objet : on ne discute pas d'une nature.
★ Substitution d'un verbe de perception à un verbe de connaissance (II.c)
Le verbe change de nature : ni savoir, ni constater, mais sentir.
Le lecteur est mis du côté de l'impression, sans preuve à quoi se tenir.
« Je sens » installe la pièce dans son vrai régime : la certitude sans fait.
★ Restriction par une relative au subjonctif (III.a)
La relative au subjonctif retire ce que la négation venait d'affirmer.
Le lecteur entend l'aveu involontaire : ce n'est plus le fait qui manque, c'est le souvenir.
La restriction ouvre la brèche : H.1 vient de reconnaître que quelque chose a pu avoir lieu sans qu'il le sache.
★ Antithèse marquée par un connecteur d'opposition (III.b)
Le connecteur d'opposition renverse les positions en cinq mots.
Le lecteur voit les rôles s'inverser en une réplique.
Celui qui n'avait rien à dire a maintenant une mémoire, et c'est lui qui mène.
★ Discours direct rapporté d'un tiers absent, puis passé composé (III.c)
La mère est citée au discours direct : la parole d'un tiers absent est produite comme pièce à conviction.
Le lecteur reçoit la voix rapportée d'un tiers absent comme dernier argument.
Le passé composé rappelle que H.2 a effectivement compté sur H.1 ; le haussement d'épaules laisse pourtant leur désaccord entier.
07Le tableau de couvertureRetrouver chaque sous-partie dans le mémo.
Prise ★
Rang
Dans le mémo
I.a
★
oui
I.b
★
oui
II.c
★
oui
III.a
★
oui
III.b
★
oui
III.c
★
oui
Sous-partie
Procédé principal
Dans le mémo ?
I.a
Gradation d'amorces suspendues
oui
I.b
Juxtaposition de deux interrogatives directes
oui
II.c
Substitution d'un verbe de perception à un verbe de connaissance
oui
III.a
Restriction par une relative au subjonctif
oui
III.b
Antithèse marquée par un connecteur d'opposition
oui
III.c
Discours direct rapporté d'un tiers absent, puis passé composé
oui
Les 6 appuis marqués ★ couvrent les trois mouvements et sont tous repris dans le mémo : résultat 6/6. Ce décompte atteste la couverture, non la qualité générale de la page.
08Les erreurs rédhibitoiresLes contresens propres à ce passage.
Croire qu'il ne se passe rien parce qu'aucun événement n'est raconté : le passage est une scène d'affrontement complète, et son enjeu est de savoir qui gardera la parole.
Faire de H.2 un homme fermé ou de mauvaise foi : il ne ment pas, il refuse un cadre — celui où un grief doit avoir un objet nommable.
Prendre les points de suspension pour une hésitation de comédien : ils sont écrits, ils appartiennent au texte, et ils font la syntaxe des répliques.
Confondre « je sens qu'il y a quelque chose » avec une intuition juste : la pièce ne tranche pas, et le passage montre surtout une certitude qui se passe de preuve.
Lire la citation de la mère comme un attendrissement : elle est produite comme une pièce à conviction et déplace le débat vers le passé.
Dire que le haussement d'épaules prouve le mépris : c'est la seule didascalie du passage ; elle coupe ici l'échange, sans imposer à elle seule cette interprétation.
09L’analyse grammaticaleTrois constructions distinctes, trois leçons.
Question grammaticale 1
Question grammaticale 2
Question grammaticale 3
Phrase 1 : Interrogatives directes juxtaposées
Phrase étudiée : « que s'est-il passé ? Qu'est-ce que tu as contre moi ? » SA-E-0002
Leçon de grammaire : ⑤ l'interrogation
Question : Comment les deux interrogations directes font-elles passer H.1 d'une demande ouverte à l'affirmation implicite d'un grief ?
Réponse : Deux interrogations directes se suivent sans lien de coordination. La première est partielle et ouverte, avec inversion du sujet ; la seconde est elle aussi partielle, mais présuppose son objet — « ce que tu as contre moi » tient l'existence du grief pour acquise. La juxtaposition fait entendre le passage de la question à l'accusation sans qu'aucun mot ne l'annonce.
Phrase 2 : Relative au subjonctif restreignant une négation
Phrase étudiée : « il n'y a jamais rien eu entre nous... rien dont je me souvienne » SA-E-0008
Leçon de grammaire : ③ la relative
Question : Quelle est la nature de « dont je me souvienne », et pourquoi le subjonctif est-il employé ici ?
Réponse : La relative « dont je me souvienne » a pour antécédent le pronom indéfini « rien ». Le subjonctif est ici attendu, car cet antécédent négatif ne désigne aucun référent identifié. La relative ne complète pas la négation : elle la restreint. L'énoncé passe d'une affirmation sur le monde — rien n'a eu lieu — à une affirmation sur le sujet parlant — rien ne m'en revient.
Phrase 3 : Discours direct rapporté introduit par un verbe de parole
Phrase étudiée : « elle me disait : "Ah lui, au moins, c'est un vrai copain, tu pourras toujours compter sur lui." » SA-E-0011
Leçon de grammaire : ② la phrase complexe
Question : Comment la parole de la mère est-elle rapportée, et quelle valeur l'imparfait donne-t-il au verbe introducteur ?
Réponse : Le verbe « disait », à l'imparfait d'habitude, introduit un discours direct détaché par les deux points et les guillemets. Le temps du verbe introducteur donne à la parole citée valeur de refrain plutôt que d'événement. La citation conserve ses marques d'oral — l'interjection, la restriction « au moins » — et fait entendre une voix qui n'est plus là.