Le bac par Patrick

Nathalie Sarraute · Pour un oui ou pour un non · Explication 6/10

du suspens au tribunal du bon sens

13 étapes parlées9 prises9 tiroirs

L’explication à côté de toi

Le fil parlé

Treize étapes pour comprendre, dire et retenir avant d’ouvrir le dossier de l’épreuve.

Étape 01

Tu trouves l’affaire disproportionnée ? La scène le sait

H.2 vient de reprocher à H.1 une intonation dans « C’est bien… ça… ». Le passage agrandit d’abord cette intonation, puis transforme l’amitié en affaire judiciaire. La disproportion n’est donc pas un défaut de la scène : elle en devient le moteur comique et critique.

Il faut suivre deux changements d’échelle. Un intervalle entre deux mots reçoit d’abord une description minutieuse. Puis cette nuance est soumise à une autorité imaginaire faite de « gens normaux » et de « bon sens ». L’expérience intime doit produire un dossier recevable, mais elle est condamnée précisément parce qu’elle n’entre pas dans les cas reconnus.

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Étape 02

D’abord, de quoi ça parle ?

Le passage parle du besoin d’autorisation. H.2 n’a pas osé rompre définitivement avec un ami de toujours parce que la société n’accorde pas le statut de cause à une intonation. Il imagine avoir effectué des démarches auprès de jurés respectables.

Sarraute transforme ainsi une difficulté psychologique en institution théâtrale. Les personnages font exister un tribunal qui n’est pas sur scène, mais dont le langage, les procédures et les verdicts organisent déjà leurs décisions.

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Étape 03

Où on se trouve dans la pièce

H.2 a cité « C’est bien… ça… » et H.1 a refusé d’y reconnaître un motif possible. À réplique 53, H.2 reprend la diction de la phrase avec une précision presque expérimentale. L’extrait va jusqu’au moment où H.1 apprend que son ami aurait été non seulement débouté, mais poursuivi.

La suite convoquera concrètement des voisins pour rejouer la demande. Le passage actuel construit donc la fiction judiciaire qui rendra nécessaire l’entrée de H.3 et de F.

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Étape 04

Ton introduction : comment tu ouvres

  • Dans Pour un oui ou pour un non, Nathalie Sarraute donne une scène aux mouvements infimes qui traversent les paroles.
  • H.2 explique son éloignement par le suspens et l’accent de « C’est bien… ça… ».
  • L’extrait étudié décrit d’abord la prosodie, puis imagine la demande d’autorisation de rompre.
  • Le dialogue mêle l’examen sonore, l’ironie de H.1 et la parodie judiciaire.
  • On peut se demander comment un presque-rien vocal devient une affaire où le bon sens exerce son pouvoir.
  • Le passage mesure d’abord l’intervalle, révèle ensuite la dépendance envers une autorisation, puis généralise le cas jusqu’au verdict.
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Étape 05

Premier moment : mesurer l’intervalle

H.2 corrige sa propre imitation. L’intervalle entre « bien » et « ça » était plus grand ; la voyelle devait être étirée ; le suspens retardait le démonstratif. La graphie « biiien » fait entrer la durée de la voix dans l’écriture.

H.1 traduit aussitôt cette analyse en causalité : le « ça » aurait « poussé » H.2 à rompre. La formulation grossit ironiquement l’action du pronom. H.2 atténue pourtant : il n’a pas rompu « pour de bon », il a pris « juste un peu d’éloignement ». Les deux amis négocient déjà les proportions.

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Étape 06

Deuxième moment : demander le permis de rompre

H.1 rappelle « un ami de toujours… un frère… » et transforme la fidélité en obligation. H.2 répond : « ce n’est pas permis ». La rupture semble relever d’une loi extérieure.

L’échange adopte alors le vocabulaire administratif : autorisation, démarches, pouvoir de donner des permissions. H.2 décrit les juges comme des « gens normaux » et « de bon sens ». La normalité devient une institution qui décide quels ressentis peuvent justifier une séparation.

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Étape 07

Troisième moment : classer les cas et prononcer le verdict

H.2 élargit son cas aux parents, enfants, époux et amis. L’énumération donne au presque-rien une dimension collective. H.1 caricature le motif par « un grrrand suspens », comme si l’allongement moqueur suffisait à en prouver le ridicule.

H.2 corrige : les mots étaient différents et parfois « plus probants ». Pourtant, tous les demandeurs sont « déboutés », condamnés aux dépens et même poursuivis. La gradation inverse la plainte. Celui qui voulait faire reconnaître une blessure devient l’accusé.

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Étape 08

Alors, qu’est-ce que ça raconte vraiment ?

La scène raconte comment le bon sens produit le « rien ». Le phénomène a été précisément décrit, mais l’institution imaginaire ne possède pas de case pour le recevoir. Elle transforme donc son absence de catégorie en absence de cause.

Le passage répond à la problématique en faisant circuler trois mesures : la durée de la syllabe, la profondeur de l’amitié et la norme du tribunal. L’ironie vient de leur incompatibilité. La scène devient inquiétante lorsque le rire révèle un pouvoir collectif de nier certaines expériences.

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Étape 09

Ton ouverture : la porte qui s’ouvre

Le dénouement reprend cette fiction. H.1 et H.2 imaginent de nouveau une demande commune, savent qu’ils seront « déboutés » et entendent le tribunal les accuser de rompre « pour un oui ou pour un non ».

L’extrait prépare donc le titre autant que l’entrée des témoins. Il montre que la dispute ne se joue pas seulement entre deux consciences : elle cherche sans cesse l’approbation d’un tiers.

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Étape 10

Tu vois ? Tu sais le comprendre et le dire

À l’oral, fais entendre les trois registres. H.2 adopte la précision du phonéticien quand il explique « biiien ». H.1 manie l’ironie lorsqu’il imagine le « grrrand suspens ». H.2 déploie enfin le sérieux burlesque de la procédure.

Garde quatre mots : intervalle, permission, normalité, verdict. Ils donnent la progression du passage sans le réduire à un résumé.

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Étape 11

Et les petites questions de grammaire

Dans « avant que “ça” arrive » (réplique 53), la subordonnée circonstancielle de temps est introduite par « avant que » et demande le subjonctif présent.

Dans « ce n’est pas sans importance » (réplique 53), la négation porte sur un groupe prépositionnel ; la double orientation négative produit une litote du point de vue rhétorique.

Dans « ceux qui ont le pouvoir » (réplique 61), la subordonnée relative est complément de l’antécédent « ceux » ; « qui » est sujet de « ont ».

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Étape 12

Ce soir, tu peux fermer le cahier

Tu peux fermer le cahier en distinguant norme et vérité. Les jurés imaginaires représentent ce qui est jugé raisonnable, non une connaissance supérieure des relations. Leur refus montre la limite d’une mesure collective.

Le comique n’annule pas la blessure. Il révèle le décalage entre une procédure solennelle et un matériau vocal minuscule, puis demande au spectateur de décider si ce décalage rend le grief faux ou seulement irrecevable.

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Étape 13

Terre ferme : tu peux t’arrêter là

Tu sais maintenant montrer comment une voyelle étirée conduit à un tribunal. La progression paraît extravagante, mais elle rend visible la puissance des normes qui autorisent ou interdisent les ruptures.

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Fin de l’explication accompagnée

La voix change

La voix qui t’accompagnait s’efface : finie la lettre, place au dossier de travail.

Je m’arrête iciJ’ouvre le dossier

Le dossier de l’épreuve

La même explication, classée pour la révision

Neuf tiroirs : comprendre, préparer l’oral, contrôler les preuves.

01Texte simple

H.2 explique que l’intervalle entre « bien » et « ça » était plus grand et que la voyelle était étirée. H.1 ironise sur le pouvoir de ce pronom à provoquer une rupture. H.2 précise qu’il n’a pris qu’un peu de distance. H.1 rappelle l’ancienneté de leur amitié. H.2 avoue qu’il n’a pas reçu l’autorisation de rompre et prétend avoir entrepris des démarches auprès de gens normaux et respectables. Il inscrit son cas dans une série de conflits familiaux et amicaux. H.1 caricature le suspens. H.2 conclut que tous les demandeurs ont été déboutés, condamnés et parfois poursuivis.

02Introduction rédigée

Dans Pour un oui ou pour un non, Nathalie Sarraute fait entendre les mouvements minuscules qui précèdent les paroles et modifient une relation. H.2 vient d’attribuer son éloignement au suspens et à l’accent de « C’est bien… ça… ». L’extrait étudié décrit d’abord cette prosodie, puis imagine une demande d’autorisation de rompre. Le dialogue mêle examen sonore, ironie et parodie judiciaire. On peut donc se demander comment un presque-rien vocal devient une affaire où le bon sens exerce son pouvoir. Le passage mesure d’abord l’intervalle (réplique 53 à 0055), révèle ensuite la dépendance envers une autorisation (0056 à 0061), puis généralise le cas jusqu’au verdict (0062 à 0066).

03Analyse linéaire complète
★ I.a. Une voyelle sous la loupe : l’écriture transcrit la durée

Orientation. H.2 corrige la reprise précédente pour rendre l’intonation plus fidèle à son souvenir.

Citation. « un étirement : “biiien…” » (réplique 53).

Procédé principal. Altération graphique.

Procédé secondaire. Apposition explicative après les deux points.

Analyse. Le nom « étirement » décrit une opération temporelle portée par la voix. Les deux points annoncent sa réalisation concrète. Dans « biiien », la multiplication de la voyelle ne respecte plus l’orthographe lexicale ; elle note la durée ressentie. Les points de suspension prolongent encore la syllabe et empêchent la fermeture. H.2 ne se contente donc pas d’affirmer une condescendance. Il reconstruit le matériau sonore qui l’a produite selon lui. L’écriture théâtrale devient une partition minimale, mais la représentation devra choisir exactement combien de temps dure cet allongement. Cette indétermination rend chaque mise en scène responsable de la blessure.

Effet sur le lecteur. Le lecteur voit la voix déformer graphiquement un mot pourtant favorable.

Interprétation. La pièce situe le sens relationnel dans la durée de la diction autant que dans le vocabulaire.

Liaison. Que produit l’attente placée après ce mot étiré ?

★ I.b. Un pronom retardé : le suspens devient une force causale

Orientation. H.1 reprend l’analyse de H.2 en donnant au démonstratif un pouvoir presque physique.

Citation. « ce “ça” précédé d’un suspens t’a poussé à rompre… » (réplique 54).

Procédé principal. Personnification grammaticale.

Procédé secondaire. Participe passé détaché dans le groupe nominal, « précédé ».

Analyse. Les guillemets isolent « ça » comme un objet verbal. Le participe « précédé » lui attribue une position après un intervalle. Le sujet grammatical de « a poussé » est ce groupe minuscule ; le verbe donne au pronom une force capable d’entraîner un être humain vers la rupture. H.1 suit apparemment la causalité de son ami, mais l’exagération produit une ironie. Le complément « à rompre » concentre la conséquence la plus radicale. Les points de suspension laissent ouverte la réaction de H.2. L’analyse sonore est ainsi reformulée dans une mécanique dont la disproportion peut la ridiculiser.

Effet sur le lecteur. Le lecteur perçoit l’écart comique entre la petitesse du pronom et la puissance que la phrase lui attribue.

Interprétation. H.1 traduit le sous-dialogue dans une causalité visible qui manque précisément sa nature diffuse.

Liaison. H.2 maintient-il l’idée d’une rupture aussi nette ?

◆ I.c. Une rupture diminuée : les atténuations négocient les proportions

Orientation. H.2 corrige le verbe de H.1 et réduit la décision à une distance partielle.

Citation. « juste un peu d’éloignement » (réplique 55).

Procédé principal. Atténuation.

Procédé secondaire. Quantification minimale, « un peu ».

Analyse. H.2 commence par reprendre le mot « rompre » avec hésitation, puis le nie : il n’a pas rompu « pour de bon ». Le groupe cité associe deux marqueurs de réduction, « juste » et « un peu ». Le nom « éloignement » décrit un processus plus progressif et réversible que la rupture. Cette correction protège H.2 contre l’accusation d’une réaction excessive, mais elle révèle aussi sa dépendance à la norme dont il prétendra attendre l’autorisation. Le choix lexical mesure la relation comme une distance ajustable. Il permet au personnage de maintenir à la fois la réalité de la blessure et l’existence du lien.

Effet sur le lecteur. Le lecteur voit la conséquence se réduire sans que sa cause soit retirée.

Interprétation. Le sous-dialogue agit par degrés, tandis que H.1 cherche des décisions clairement nommables.

Transition. Le premier mouvement a transcrit l’étirement, transformé le pronom en cause et réduit la rupture en éloignement. H.1 ramène maintenant la durée de l’amitié, ce qui oblige H.2 à avouer son besoin d’autorisation.

★ II.a. L’ami devenu frère : l’hyperbole transforme le lien en obligation

Orientation. H.1 rappelle l’ancienneté et la force de la relation pour rendre la séparation plus scandaleuse.

Citation. « un ami de toujours… un frère… » (réplique 56).

Procédé principal. Gradation.

Procédé secondaire. Groupes nominaux détachés.

Analyse. « Ami de toujours » associe le lien à une durée sans commencement accessible. Le passage à « un frère » déplace l’amitié choisie vers une parenté supposée indissoluble. Les points de suspension laissent chaque appellation peser. H.1 encadre ces groupes par une ironie sur la « belle occasion » de ne plus revoir l’autre. La gradation devient donc une pièce à charge : plus la relation est ancienne et fraternelle, moins un suspens peut autoriser sa fin. Mais l’hyperbole révèle aussi ce que H.2 cherche à fuir : un lien dont les noms décident à sa place de ce qu’il doit supporter.

Effet sur le lecteur. Le lecteur ressent le poids social ajouté à l’affection par les appellations valorisantes.

Interprétation. La langue de l’amitié peut protéger la relation et rendre sa rupture presque illégitime.

Liaison. H.2 assume-t-il personnellement la décision de quitter ce lien ?

★ II.b. Le permis absent : la rupture devient un acte administré

Orientation. H.2 explique son recul par une interdiction dont l’autorité reste d’abord indéterminée.

Citation. « ce n’est pas permis. Je n’ai pas eu l’autorisation » (réplique 57).

Procédé principal. Lexique normatif.

Procédé secondaire. Deux négations successives.

Analyse. La première phrase emploie la construction impersonnelle « ce n’est pas permis ». Aucun sujet n’édicte la règle, ce qui lui donne une portée collective. La seconde phrase introduit « Je », mais seulement comme bénéficiaire privé d’une autorisation. Le passé composé « n’ai pas eu » suppose une démarche antérieure. Les deux termes, « permis » et « autorisation », appartiennent au vocabulaire juridique ou administratif. Ils transforment la rupture intime en action soumise à une licence. H.2 peut ainsi se présenter comme celui qui souffre d’une décision extérieure, tout en révélant qu’il reconnaît le pouvoir de cette norme.

Effet sur le lecteur. Le lecteur découvre qu’un personnage critique les catégories tout en attendant leur permission.

Interprétation. La dépendance au bon sens social traverse ceux mêmes qui voudraient lui échapper.

Liaison. À quelle autorité H.2 attribue-t-il le pouvoir de délivrer cette permission ?

◆ II.c. Les jurés de la normalité : la respectabilité produit l’autorité

Orientation. H.2 décrit les personnes capables de juger son cas par une série de qualités sociales.

Citation. « Des gens normaux, des gens de bon sens » (réplique 61).

Procédé principal. Parallélisme nominal.

Procédé secondaire. Répétition de « des gens ».

Analyse. Les deux groupes reprennent le même noyau et ajoutent deux qualifications. « Normaux » renvoie à une conformité statistique ou sociale ; « de bon sens » transforme cette conformité en aptitude au jugement. La suite compare ces personnes aux jurés des cours d’assises et garantit leur « respectabilité ». Aucun savoir spécialisé n’est requis. Leur pouvoir vient précisément de leur appartenance reconnue au monde commun. La répétition donne à cette catégorie une masse anonyme. H.2 ironise peut-être sur elle, mais il lui a tout de même présenté sa demande. La scène construit ainsi un tribunal sans magistrat, fondé sur la normalité elle-même.

Effet sur le lecteur. Le lecteur voit une qualité sociale se convertir en compétence pour décider de la vérité d’une sensation.

Interprétation. Le bon sens exerce une souveraineté sur ce qui mérite le nom de cause.

Transition. Le deuxième mouvement a fait peser la fraternité, révélé l’autorisation absente et installé les jurés de la normalité. Le dialogue généralise maintenant le cas, le caricature et prononce le verdict.

★ III.a. Une jurisprudence du presque-rien : l’énumération généralise le conflit

Orientation. H.2 inscrit sa demande dans une série de relations qui rencontrent la même difficulté.

Citation. « entre parents et enfants, entre frères et soeurs, entre époux, entre amis » (réplique 63).

Procédé principal. Énumération.

Procédé secondaire. Anaphore de la préposition « entre ».

Analyse. La préposition « entre » désigne à chaque reprise l’espace relationnel où le conflit apparaît. Les couples parcourent la famille verticale, la fraternité, le mariage et l’amitié. H.2 retire ainsi à son expérience son caractère exceptionnel. Le pluriel des « cas » et la formule « du même ordre » inventent une jurisprudence des mouvements non reconnus. Pourtant, l’énumération reste abstraite : aucun motif précis n’est livré. Ce flou protège l’analogie et augmente le burlesque administratif. Les tropismes les plus singuliers deviennent une catégorie de dossiers précisément parce qu’aucun n’entre dans les catégories ordinaires.

Effet sur le lecteur. Le lecteur voit le conflit privé s’étendre à l’ensemble des liens qui paraissent les plus solides.

Interprétation. Sarraute suggère que le presque-rien n’est pas marginal, mais constitutif des relations humaines.

Liaison. Comment H.1 réduit-il cette généralisation à une imitation moqueuse ?

◆ III.b. Le « grrrand suspens » : la caricature rejoue et disqualifie

Orientation. H.1 imagine tous les cas construits sur la même formule et déforme l’accent dénoncé.

Citation. « avec un grrrand suspens ? » (réplique 64).

Procédé principal. Altération graphique.

Procédé secondaire. Interrogation ironique.

Analyse. La multiplication du « r » transcrit un roulement appuyé qui n’appartenait pas à la première analyse de H.2. L’adjectif « grand » est ainsi agrandi par la diction et transforme la minutie prosodique en spectacle. L’interrogation feint de demander une confirmation, mais la formulation contient déjà son jugement. H.1 reproduit le procédé de son ami, noter graphiquement la voix, afin d’en inverser la valeur. Ce qui était une tentative de précision devient une exagération ridicule. La parole de H.2 est donc assimilée au travers qu’elle dénonçait : ajouter dans le ton un jugement que les mots ne déclarent pas.

Effet sur le lecteur. Le lecteur entend une imitation comique qui peut aussi reproduire la condescendance initiale.

Interprétation. La dispute se nourrit de performances vocales dont chaque camp revendique ou nie la légitimité.

Liaison. Quel verdict H.2 oppose-t-il à cette réduction de tous les cas au même suspens ?

○ III.c. Du rejet à la poursuite : la gradation retourne l’accusation

Orientation. H.2 conclut la procédure par une série de sanctions de plus en plus fortes.

Citation. « tous déboutés. Condamnés aux dépens. Et même certains, comme moi, poursuivis… » (réplique 65).

Procédé principal. Gradation.

Procédé secondaire. Phrases nominales.

Analyse. « Tous » donne au verdict une portée sans exception. « Déboutés » rejette la demande ; « condamnés aux dépens » oblige les plaignants à supporter le coût ; « poursuivis » les transforme en accusés. La succession retire progressivement leur statut de victimes. Les phrases privées de verbes conjugués imitent la sécheresse d’un relevé judiciaire. « Et même » signale le dernier degré, tandis que l’incise « comme moi » réintroduit H.2 dans la série. Les points de suspension maintiennent le mystère de la poursuite et préparent la question stupéfaite de H.1. Le système ne se contente pas d’ignorer le presque-rien : il sanctionne celui qui trouble l’ordre en voulant le faire reconnaître.

Effet sur le lecteur. Le lecteur voit le demandeur passer du refus administratif à la position de coupable.

Interprétation. La normalité protège les liens classés en rendant suspecte la volonté d’en contester les signes.

04Conclusion rédigée

Le passage transforme une intonation en affaire publique par une progression soigneusement disproportionnée. La graphie « biiien » et le retard de « ça » donnent d’abord une mesure au presque-rien, tandis que H.1 reformule ironiquement son pouvoir causal. L’ancienneté fraternelle de la relation conduit ensuite H.2 à avouer qu’il attend une autorisation délivrée par les « gens normaux ». Enfin, l’énumération des liens généralise les cas, la caricature du « grrrand suspens » les disqualifie et la gradation judiciaire retourne les plaignants en accusés. La parodie montre ainsi que le bon sens ne se contente pas de constater l’absence de cause : il produit cette absence en refusant toute expérience qui n’entre pas dans ses catégories.

05Mémo pour l’oral

Situer : H.2 vient de révéler « C’est bien… ça… » et doit expliquer ce qu’il a entendu.

Problématique : comment un presque-rien vocal devient-il une affaire jugée par le bon sens ?

Mouvement I : graphie de « biiien », pouvoir causal de « ça », atténuation de l’éloignement.

Mouvement II : ami devenu frère, permission absente, jurés de la normalité.

Mouvement III : série des relations, caricature du « grrrand suspens », gradation des sanctions.

Conclusion : le tribunal imaginaire fabrique le rien en refusant de lui donner une catégorie.

Appuis ★ repris : I.a I.b II.a II.b III.a

06Tableau procédés, effets, sens, oral

Forme | Appui | Effet | Emploi à l’oral |

Altération graphique | « biiien » | matérialise la durée | allonger sans surjouer |

Personnification | « ça… t’a poussé » | grossit la causalité | faire entendre l’ironie |

Atténuation | « juste un peu » | réduit la conséquence | marquer la correction |

Gradation | « ami », « frère » | alourdit le lien | laisser les groupes peser |

Lexique normatif | « permis », « autorisation » | institue une règle | signaler le changement de registre |

Parallélisme | « gens normaux », « bon sens » | massifie la norme | détacher les deux groupes |

Énumération | quatre relations | généralise | accélérer régulièrement |

Gradation judiciaire | « déboutés », « condamnés », « poursuivis » | retourne l’accusation | faire tomber les verdicts |

07Tableau de couverture
Prise ★RangDans le mémo
I.a★oui
I.b★oui
II.a★oui
II.b★oui
III.a★oui

Élément incontournable | Présent dans le mémo | Contrôle |

Situation | oui | phrase révélée avant l’extrait |

Problématique | oui | lien voix et norme |

Étirement | oui | graphie expliquée |

Atténuation | oui | pas de rupture définitive inventée |

Autorisation | oui | dépendance de H.2 |

Bon sens | oui | institution sans magistrat |

Caricature | oui | ambivalence dite |

Verdict | oui | gradation complète |

08Erreurs rédhibitoires

Erreur | Pourquoi elle est grave | Formulation correcte |

Dire que H.2 a effectivement saisi un tribunal | la procédure est racontée et théâtralisée | H.2 construit une fiction judiciaire |

Réduire « biiien » à une faute d’orthographe | la graphie note la durée | l’altération transcrit l’étirement vocal |

Affirmer que H.2 a rompu | il corrige lui-même cette idée | il a pris un peu d’éloignement |

Présenter les jurés comme objectifs | leur autorité vient de leur normalité | ils incarnent le bon sens social |

Lire le passage comme simple farce | le comique révèle une sanction | la parodie montre le pouvoir de la norme |

09Analyse grammaticale
  1. Question grammaticale 1
  2. Question grammaticale 2
  3. Question grammaticale 3

Phrase 1

« avant que “ça” arrive » : subordonnée conjonctive circonstancielle de temps ; subjonctif présent.

Phrase 2

« ce n’est pas sans importance » : négation discontinue « ne… pas » portant sur l’attribut prépositionnel.

Phrase 3

« ceux qui ont le pouvoir » : relative complément de l’antécédent « ceux » ; « qui » sujet de « ont ».

Leçon à retenir

La subordination situe un procès, la négation encadre une relation attributive et la relative complète un antécédent. Ces descriptions grammaticales restent distinctes de l’effet rhétorique produit dans la scène.

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