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Nathalie Sarraute · Pour un oui ou pour un non · Commentaire linéaire 3

Explication linéaire 3 : C'est juste des mots

Treize étapes accompagnées, puis neuf tiroirs pour l’épreuve.

L’explication à côté de toi

Le fil parlé

Treize étapes pour comprendre, dire et retenir avant d’ouvrir le dossier de l’épreuve.

Étape 01

Tu n’y comprends rien ? C’est normal

Un homme finit par nommer ce qui trouble une amitié ancienne : des mots. Rien que des mots. On peut trouver cela mince.

C'est mince, et c'est tout le sujet. La question de la pièce n'est pas seulement de mesurer la gravité de la cause, mais de comprendre comment une parole presque imperceptible peut produire un éloignement si profond.

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Étape 02

D’abord, de quoi ça parle ?

Qui parle ? Les deux mêmes hommes, H.1 et H.2.

De quoi ça parle ? L'aveu tombe enfin : tout vient de mots. H.1 croit reconnaître une dispute ordinaire. Son ami le détrompe — il ne s'agit pas de ceux-là, mais de paroles que la locution familière ne sait pas classer. L'attente s'installe, l'un s'impatiente, l'autre s'arrête au bord. Puis vient la phrase qui retourne tout : ce n'est rien, et c'est à cause de ce rien. Le mot de rupture est alors proposé par H.1, qui redoute l'éloignement ; H.2 en confirme la cause sans avoir encore livré la parole précise. Le passage se ferme sur un défi accepté.

Que veut faire comprendre l'auteure ? Que le dérisoire peut devenir une cause, et que vouloir le nommer ouvre déjà le débat.

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Étape 03

Où on se trouve dans la pièce

On est encore au début de la conversation. H.2 vient seulement d'être contraint de nommer la matière du grief.

Ce qu'il faut savoir : ce passage est le dernier avant la révélation de la phrase précise. Cette phrase sera dite juste après et deviendra l'objet du débat qui suit. Ici, les deux hommes sont encore au seuil de sa formulation.

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Étape 04

Ton introduction : comment tu ouvres

Ton introduction peut tenir en six phrases, dans cet ordre.

  • Situe l'auteure : Nathalie Sarraute, XXᵉ siècle, qui cherche une langue pour les mouvements presque imperceptibles sous la conversation.
  • Nomme l'œuvre et sa date, 1982, et son genre : une pièce de théâtre.
  • Dis où l'on en est : le refus vient d'être forcé, et la matière du grief va enfin être livrée.
  • Annonce ton parcours en trois arrêts : d'abord quelques mots dérisoires et le malentendu qu'ils entraînent, ensuite une attente au bout de laquelle un vide devient une cause, enfin le mot de rupture et le défi qui prépare la révélation.
  • Pose ta question, dans les termes du dossier : « Comment le passage fait-il d'un mot dérisoire la cause d'un éloignement que H.1 nomme rupture, puis élargit-il le désaccord à un “vous” collectif ? »
  • Referme en annonçant que tu suivras l'ordre des répliques.
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Étape 05

Premier moment : Le mot « mots », et le malentendu qu'il provoque

Le premier moment livre enfin la matière : « Eh bien, c'est juste des mots... »

Le petit adverbe fait beaucoup. Au moment même où il avoue, H.2 présente la cause comme peu de chose : une amitié ancienne troublée par quelques mots.

H.1 croit alors reconnaître quelque chose de connu : « Ne me dis pas qu'on a eu des mots... ce n'est pas possible... et je m'en serais souvenu... » Dans la langue courante, avoir des mots avec quelqu'un signifie se disputer. Il range l'affaire dans une case familière.

Mais son ami le détrompe : « pas ceux dont on dit qu'on les a "eus"... Des mots qu'on n'a pas "eus", justement... » Les guillemets sont de Sarraute. Ils isolent le verbe de la locution pour signaler qu'il ne convient pas. Certaines paroles échappent donc à cette expression toute faite.

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Étape 06

Deuxième moment : L'attente, et le rien promu au rang de cause

Le deuxième moment fait attendre, et l'attente devient un reproche. « Tu me fais languir... tu me taquines... »

Deux verbes accolés présentent l'attente comme un jeu. H.1 attribue donc à son ami une intention légère ; la réponse refuse aussitôt cette lecture.

L'hésitation se voit dans la syntaxe : « Mais si je te les dis... » La phrase pose une condition et s'arrête. L'effet possible de la révélation demeure ouvert.

Alors vient le renversement : « Mais justement, ce n'est rien... Et c'est à cause de ce rien... » Le déterminant démonstratif fait le travail d'un levier. Ce qui marquait un vide devient une chose montrée, puis reçoit un rôle causal.

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Étape 07

Troisième moment : La rupture nommée, et le défi

Le troisième moment fait prononcer le mot qu'on évitait par celui qui redoute l'éloignement. « C'est à cause de ce rien que tu t'es éloigné ? Que tu as voulu rompre avec moi ? »

Regarde qui parle : H.2 n'a pas encore employé le verbe rompre. C'est H.1 qui propose l'interprétation la plus forte de ce qu'il subit.

La réponse arrive dans un soupir : « Tu ne comprendras jamais... Personne, du reste, ne pourra comprendre... » L'adverbe ferme toute échéance, et l'indéfini élargit le jugement au-delà de H.1. Ce n'est plus seulement un reproche personnel.

Et la dernière réplique de H.2 déplace encore le litige : « Oh si... pour ça, tu l'es. Vous l'êtes tous, du reste. » Le singulier devient un pluriel. H.1 est rangé dans un groupe indéfini. Il relève le défi, et la phrase précise sera dite à la réplique suivante.

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Étape 08

Alors, qu’est-ce que ça raconte vraiment ?

En une phrase : une cause présentée comme minuscule et une interprétation très forte de l'éloignement, tenues ensemble par un démonstratif.

Ce que le passage établit, c'est qu'un trouble n'a pas besoin d'une faute clairement nommée pour devenir un conflit. Si on te demande où bascule le dialogue, réponds que c'est au moment où le rien cesse de marquer une absence pour devenir une cause désignée.

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Étape 09

Ton ouverture : la porte qui s’ouvre

Pour ouvrir, tu peux dire ceci : le défi final rend désormais la révélation inévitable. La phrase va être prononcée, et tout ce qui suit consistera à la peser mot à mot.

Une seconde ouverture : le glissement du singulier au pluriel fait sortir la querelle du seul face-à-face. H.2 rattache son ami à un « vous » collectif, sans encore définir précisément qui ce groupe rassemble.

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Étape 10

Tu vois ? Tu sais le comprendre et le dire

Le chemin qu'on vient de faire : l'aveu en quelques mots, la locution familière, les deux catégories de paroles ; puis le reproche de faire attendre, la condition sans suite, le rien nominalisé ; enfin la rupture proposée par H.1, le jugement élargi, le passage au pluriel. Trois temps.

Tu sais nommer ce que tu vois : un adverbe qui minimise un aveu, une locution figée refusée, des guillemets qui isolent un verbe, une hypothèse sans conséquence exprimée, un démonstratif qui transforme un vide en cause. Cinq choses, cinq citations.

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Étape 11

Et les petites questions de grammaire

Trois constructions à savoir sur ce passage.

« c'est juste des mots » — la tournure présente une explication, que « juste » réduit aussitôt à peu de chose. La forme familière garde « c'est » devant le pluriel, là où le registre surveillé emploierait « ce sont ».

« Mais si je te les dis... » — H.2 énonce la condition, mais tait ce qui en résulterait. Cette moitié manquante maintient l'effet de la révélation dans l'indéterminé et expose son hésitation.

« c'est à cause de ce rien » — précédé de « ce », le mot « rien » fonctionne comme un nom. La locution « à cause de » lui attribue alors un rôle causal : le vide devient quelque chose que la phrase peut montrer et mettre en relation.

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Étape 12

Ce soir, tu peux fermer le cahier

Ce soir, tu peux fermer le cahier. Tu as compris comment une chose présentée comme presque insignifiante devient une cause, et par quel mot exactement. C'est l'essentiel.

Et s'il ne devait rester qu'une image pour la nuit, ce serait celle-ci : deux hommes arrêtés au seuil d'une phrase dont ils ne mesurent pas encore de la même façon la portée.

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Étape 13

Terre ferme : tu peux t’arrêter là

Terre ferme : tu peux t'arrêter là. Le dossier de l'épreuve t'attend quand tu voudras, avec ses neuf tiroirs. Ce soir, tu en sais assez pour en parler. Il reste une chose non éclaircie : qui sont ces autres que H.2 range avec son ami, quand il dit « vous ».

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Fin de l’explication accompagnée

La voix change

La voix qui t’accompagnait s’efface : finie la lettre, place au dossier de travail.

Je m’arrête iciJ’ouvre le dossier

Le dossier de l’épreuve

La même explication, classée pour la révision

Neuf tiroirs : comprendre, préparer l’oral, contrôler les preuves.

01Le texte, dit simplementLe raisonnement sans jargon.

Idée générale. H.2 dit enfin de quoi il s'agit : des mots. Son ami croit comprendre, se trompe, puis découvre que H.2 distingue les mots d'une dispute de paroles plus difficiles à classer. Le passage finit sur un défi : « chiche... on verra ».

Situation simple. H.2 lâche que tout vient de mots. H.1 pense à une dispute et se rassure. H.2 corrige : pas ceux qu'on dit avoir eus, d'autres. H.1 s'impatiente et l'accuse de le faire attendre. H.2 s'arrête au bord de la phrase. Puis il dit que ce n'est rien, et que c'est à cause de ce rien. H.1 comprend alors qu'il s'agit d'une rupture et le dit. H.2 soupire que personne ne peut comprendre. H.1 répond qu'il n'est pas si borné ; H.2 lui dit que si, et que tous le sont. H.1 accepte le défi.

Mouvement I. Dans ce mouvement, le grief reçoit sa matière et elle est minuscule. L'idée importante est que la langue commune n'a pas d'expression pour ce dont il s'agit.

Mouvement II. Dans ce mouvement, l'attente se change en reproche, et le rien devient une cause. L'idée importante est qu'une absence vient d'être promue au rang d'agent.

Mouvement III. Dans ce mouvement, la rupture est nommée par celui qui redoute l'éloignement, et le désaccord s'élargit à un « vous » collectif. L'idée importante est que le passage se ferme sur l'ouverture d'un débat.

Pour finir. La leçon du passage est qu'une amitié peut être mise en crise par une chose difficile à nommer — et que le fait de vouloir la nommer ouvre déjà le débat.

02L’introduction rédigéeSix étapes, une question directrice.

Étape 1 : Nathalie Sarraute est une écrivaine du XXᵉ siècle, dont toute l'œuvre cherche à dire ce qui se passe sous la conversation.

Étape 2 : Pour un oui ou pour un non, pièce de 1982, met face à face deux amis dont l'un s'est éloigné sans dire pourquoi.

Étape 3 : L'extrait vient après une longue série de refus : H.2 a déclaré que la chose ne pouvait pas se dire, et H.1 l'a sommé de parler.

Étape 4 : Le passage s'organise en trois temps — un mot dérisoire et le malentendu qu'il provoque, une attente où le rien devient une cause, une rupture nommée et un défi.

Étape 5 : On se demandera comment le passage fait d'un mot dérisoire la cause d'un éloignement que H.1 nomme rupture, puis élargit le désaccord à un « vous » collectif.

Étape 6 : On suivra d'abord la matière enfin livrée, puis l'attente et le renversement logique, enfin la rupture et le défi.

03L’explication linéaireTrois mouvements, neuf prises de lecture.

I. Le mot « mots », et le malentendu qu'il provoque

De « Eh bien, c'est juste des mots » à « On ne sait pas comment ils vous viennent ».

H.2 livre enfin la matière de son grief, et elle est minuscule : des mots. H.1 croit reconnaître une expression familière et se rassure. H.2 corrige en distinguant deux espèces, dont la seconde n'a pas de nom dans la langue. Le premier mouvement installe l'écart de vocabulaire d'où sortira toute la pièce.

★ I.a. La matière du grief enfin nommée

« Eh bien, c'est juste des mots... » SA-E-0031

Attribut nominal précédé d'un adverbe restrictif. Après une longue série de refus, la matière tient en quelques mots. L'adverbe « juste » minimise au moment même où l'aveu se fait : ce qui trouble une amitié ancienne est présenté comme dérisoire par celui-là même qui le reproche.

◆ I.b. Le malentendu de la locution

« Des mots ? Entre nous ? Ne me dis pas qu'on a eu des mots... ce n'est pas possible... et je m'en serais souvenu... » SA-E-0032

Reprise interrogative d'un groupe nominal, puis négation d'une locution figée. H.1 reprend le groupe nominal en question, puis l'enferme dans une locution connue — avoir des mots, c'est-à-dire se disputer. Il se rassure en rangeant l'affaire dans une catégorie familière, et il ajoute qu'il s'en souviendrait. C'est la troisième fois qu'il se prend à sa propre mémoire.

★ I.c. Deux espèces de mots

« pas ceux dont on dit qu'on les a "eus"... Des mots qu'on n'a pas "eus", justement... » SA-E-0033

Distinction lexicale marquée par des guillemets dans le texte. Les guillemets sont dans le texte, et ils font le travail : ils isolent le verbe de la locution pour montrer qu'il ne convient pas. Il existe donc des mots que la langue commune ne sait pas désigner — et c'est de ceux-là qu'il s'agit.

II. L'attente, et le rien promu au rang de cause

De « Lesquels ? Quels mots ? » à « Et c'est à cause de ce rien... ».

Le deuxième mouvement fait durer. H.1 accuse son ami de le faire languir ; H.2 s'arrête au bord de la phrase. Puis vient le renversement logique : ce qui n'était rien devient ce qui a tout causé.

○ II.a. Le reproche de faire attendre

« Tu me fais languir... tu me taquines... » SA-E-0034

Accusation portée par deux verbes de sentiment coordonnés. Deux verbes coordonnés, tous deux au présent, tous deux accusant l'autre de jouer. H.1 prête à son ami une intention légère ; H.2 nie aussitôt la taquinerie et suspend la conséquence de ce qu'il pourrait dire.

◆ II.b. La conséquence laissée en suspens

« Mais non, je ne te taquine pas... Mais si je te les dis... » SA-E-0035

Proposition hypothétique laissée en suspens. La subordonnée hypothétique est posée, et la principale ne vient pas. La phrase s'arrête là où la conséquence devrait s'énoncer : elle laisse cette suite en suspens et rend sensible l'hésitation de H.2.

★ II.c. Le rien devient une cause

« Mais justement, ce n'est rien... Et c'est à cause de ce rien... » SA-E-0037

Reprise démonstrative d'un indéfini, promu au rang de cause. Le démonstratif transforme l'indéfini en objet désigné : ce rien. Et le groupe prépositionnel lui donne une fonction de cause. En une réplique, une absence est devenue un agent.

III. La rupture nommée, et le défi

De « Ah on y arrive... » à « Alors, chiche... on verra... ».

Le troisième mouvement fait dire le mot de rupture à celui qui redoute l'éloignement. H.2 répond par une incompréhension qu'il étend à tout le monde, et le mouvement se ferme sur un défi qui ouvre la suite de la pièce.

★ III.a. La rupture énoncée par l'autre

« C'est à cause de ce rien que tu t'es éloigné ? Que tu as voulu rompre avec moi ? » SA-E-0038

Deux interrogatives en gradation, la seconde durcissant la première. Deux interrogations en gradation : la première dit un éloignement, la seconde une volonté de rompre. Et c'est H.1 qui prononce le verbe. Celui qui redoute la distance est donc celui qui en propose l'interprétation la plus forte.

◆ III.b. L'incompréhension étendue à tous

« Tu ne comprendras jamais... Personne, du reste, ne pourra comprendre... » SA-E-0039

Négation totale renforcée par un adverbe, puis extension à un indéfini. La négation au futur est renforcée par un adverbe qui ferme toute échéance, puis étendue à un indéfini de personne. La didascalie indique un soupir : ce n'est pas une accusation, c'est un renoncement.

★ III.c. Le défi qui ouvre la suite

« Oh si... pour ça, tu l'es. Vous l'êtes tous, du reste. » SA-E-0041

Ellipse et interjection familière en clôture de mouvement. Le passage du tu au vous change l'échelle du conflit. H.2 ne vise plus seulement son ami mais un groupe auquel il le rattache, et le pronom neutre reprend un adjectif que H.1 avait employé pour se défendre.

04La conclusion rédigéeRépondre, puis prolonger dans l’œuvre.

Le passage a fait tenir ensemble une cause présentée comme minuscule et un éloignement que H.1 interprète comme une rupture. La réponse à notre question tient dans un démonstratif — ce rien — qui transforme une absence en objet, puis en cause. Et elle tient aussi dans un pronom : quand H.2 passe du tu au vous, le conflit cesse d'être seulement privé.

Ouverture. La réplique suivante livrera la phrase, et le reste de la pièce l'examinera comme une pièce à conviction. Ce passage est donc le dernier où l'on peut encore reculer — et le défi qui le clôt est la porte qu'on referme derrière soi.

05Le mémo de l’oralLes appuis indispensables et les prolongements possibles.

La matière du grief est enfin livrée : des mots. Le passage montre comment une cause présentée comme dérisoire devient un objet du débat — par un démonstratif qui change un vide en cause — et comment le désaccord s'étend de H.1 à un « vous » collectif.

★ I.a : « Eh bien, c'est juste des mots... ». Attribut nominal précédé d'un adverbe restrictif. Après une longue série de refus, la matière tient en quelques mots.

◆ I.b : « Des mots ? Entre nous ? Ne me dis pas qu'on a eu des mots... ce… ». Reprise interrogative d'un groupe nominal, puis négation d'une locution figée. H.1 reprend le groupe nominal en question, puis l'enferme dans une locution connue — avoir des mots, c'est-à-dire se disputer.

★ I.c : « pas ceux dont on dit qu'on les a "eus"... Des mots qu'on n'a pas… ». Distinction lexicale marquée par des guillemets dans le texte. Les guillemets sont dans le texte, et ils font le travail : ils isolent le verbe de la locution pour montrer qu'il ne convient pas.

○ II.a : « Tu me fais languir... tu me taquines... ». Accusation portée par deux verbes de sentiment coordonnés. Deux verbes coordonnés, tous deux au présent, tous deux accusant l'autre de jouer.

◆ II.b : « Mais non, je ne te taquine pas... Mais si je te les dis... ». Proposition hypothétique laissée en suspens. La subordonnée hypothétique est posée, et la principale ne vient pas.

★ II.c : « Mais justement, ce n'est rien... Et c'est à cause de ce rien... ». Reprise démonstrative d'un indéfini, promu au rang de cause. Le démonstratif transforme l'indéfini en objet désigné : ce rien.

★ III.a : « C'est à cause de ce rien que tu t'es éloigné ? Que tu as voulu… ». Deux interrogatives en gradation, la seconde durcissant la première. Deux interrogations en gradation : la première dit un éloignement, la seconde une volonté de rompre.

◆ III.b : « Tu ne comprendras jamais... Personne, du reste, ne pourra… ». Négation totale renforcée par un adverbe, puis extension à un indéfini. La négation au futur est renforcée par un adverbe qui ferme toute échéance, puis étendue à un indéfini de personne.

★ III.c : « Oh si... pour ça, tu l'es. Vous l'êtes tous, du reste. ». Ellipse et interjection familière en clôture de mouvement. Le passage du tu au vous change l'échelle du conflit.

Appuis ★ repris : I.a I.c II.c III.a III.c

06Le tableau des procédésComparer les fonctions des neuf appuis.
Procédé désignéAnalyse dans le texteEffet sur le lecteurInterprétation
★ Attribut nominal précédé d'un adverbe restrictif (I.a)Après une longue série de refus, la matière tient en quelques mots.Le lecteur reçoit enfin une matière, et elle est dérisoire.Le grief a enfin un objet, et cet objet est le plus léger qui soit : des mots.
◆ Reprise interrogative d'un groupe nominal, puis négation d'une locution figée (I.b)H.1 reprend le groupe nominal en question, puis l'enferme dans une locution connue — avoir des mots, c'est-à-dire se disputer.Le lecteur voit H.1 se tromper de sens et se rassurer aussitôt.H.1 cherche à ramener l'affaire dans une catégorie connue ; H.2 refuse la catégorie.
★ Distinction lexicale marquée par des guillemets dans le texte (I.c)Les guillemets sont dans le texte, et ils font le travail : ils isolent le verbe de la locution pour montrer qu'il ne convient pas.Le lecteur comprend que H.2 distingue les mots d'une dispute de paroles plus difficiles à classer.Sarraute oppose la langue commune, qui a ses expressions toutes faites, à ce qui échappe à toute expression.
○ Accusation portée par deux verbes de sentiment coordonnés (II.a)Deux verbes coordonnés, tous deux au présent, tous deux accusant l'autre de jouer.Le lecteur entend l'impatience virer au reproche.L'impatience de H.1 lui fait attribuer un jeu que H.2 nie aussitôt.
◆ Proposition hypothétique laissée en suspens (II.b)La subordonnée hypothétique est posée, et la principale ne vient pas.Le lecteur reste devant une conséquence que H.2 n'ose pas encore énoncer.La protase sans apodose laisse la conséquence en suspens et dramatise l'hésitation de H.2.
★ Reprise démonstrative d'un indéfini, promu au rang de cause (II.c)Le démonstratif transforme l'indéfini en objet désigné : ce rien.Le lecteur voit une absence promue au rang de cause.Le rien cesse d'être une absence et devient un agent : à partir de là, il peut expliquer une rupture.
★ Deux interrogatives en gradation, la seconde durcissant la première (III.a)Deux interrogations en gradation : la première dit un éloignement, la seconde une volonté de rompre.Le lecteur assiste au moment où le mot de rupture est prononcé — par celui qui la subit.C'est H.1 qui prononce le mot « rompre » : celui qui redoute l'éloignement en propose lui-même l'interprétation la plus forte.
◆ Négation totale renforcée par un adverbe, puis extension à un indéfini (III.b)La négation au futur est renforcée par un adverbe qui ferme toute échéance, puis étendue à un indéfini de personne.Le lecteur voit le jugement dépasser H.1 et viser un groupe indéfini.Le pluriel élargit le clivage : H.2 ne vise plus seulement son ami, mais un « vous » collectif.
★ Ellipse et interjection familière en clôture de mouvement (III.c)Le passage du tu au vous change l'échelle du conflit.Le lecteur sait que la phrase va être dite, et il l'attend.Le défi accepté prépare la révélation de la réplique suivante et ouvre le débat sur les mots prononcés.
07Le tableau de couvertureRetrouver chaque sous-partie dans le mémo.
Prise ★RangDans le mémo
I.a★oui
I.c★oui
II.c★oui
III.a★oui
III.c★oui
Sous-partieProcédé principalDans le mémo ?
I.aAttribut nominal précédé d'un adverbe restrictifoui
I.cDistinction lexicale marquée par des guillemets dans le texteoui
II.cReprise démonstrative d'un indéfini, promu au rang de causeoui
III.aDeux interrogatives en gradation, la seconde durcissant la premièreoui
III.cEllipse et interjection familière en clôture de mouvementoui

Les 5 appuis marqués ★ couvrent les trois mouvements et sont tous repris dans le mémo : résultat 5/5. Ce décompte atteste la couverture, non la qualité générale de la page.

08Les erreurs rédhibitoiresLes contresens propres à ce passage.
  • Réduire « juste » à une dérobade certaine : l'adverbe présente la cause comme minuscule, sans que le passage permette encore de trancher toutes les intentions de H.2.
  • Traiter la locution familière comme une expression décorative : c'est le pivot du mouvement, et le malentendu qu'elle produit est ce qui oblige H.2 à préciser.
  • Passer sur les guillemets du texte : ils sont écrits par Sarraute, ils isolent un verbe, et c'est par eux que la distinction se fait.
  • Lire « tu me taquines » comme une plaisanterie partagée : c'est une accusation de H.1, que H.2 nie aussitôt.
  • Dire que H.2 annonce la rupture : c'est H.1 qui prononce le verbe, et cette inversion est le fait le plus remarquable du mouvement.
  • Prendre le vouvoiement final pour une politesse : c'est un pluriel, et il range l'interlocuteur dans une catégorie d'hommes.
09L’analyse grammaticaleTrois constructions distinctes, trois leçons.
  1. Question grammaticale 1
  2. Question grammaticale 2
  3. Question grammaticale 3

Phrase 1 : Attribut nominal introduit par un présentatif et un adverbe restrictif

Phrase étudiée : « c'est juste des mots » SA-E-0031

Leçon de grammaire : ① le verbe

Question : Comment se construit « c'est juste des mots », et quel effet l'adverbe « juste » produit-il sur l'attribut ?

Réponse : Le présentatif est formé du pronom démonstratif élidé et du verbe être ; il introduit un attribut nominal au pluriel, avec un déterminant indéfini. L'adverbe « juste », placé avant l'attribut, en restreint la portée : la construction annonce une révélation et la déclare mineure dans le même souffle. L'accord du verbe au singulier devant un attribut pluriel relève de l'usage oral, et Sarraute le conserve.

Phrase 2 : Système hypothétique à apodose absente

Phrase étudiée : « Mais si je te les dis... » SA-E-0035

Leçon de grammaire : ④ la circonstancielle

Question : Quelle partie du système hypothétique est exprimée, quelle partie manque, et que produit cette suspension ?

Réponse : La subordonnée conjonctive introduite par « si » exprime l'hypothèse et porte son verbe au présent de l'indicatif, comme le veut ce système. La proposition principale, qui devrait énoncer la conséquence, n'est pas exprimée : les points de suspension tiennent sa place. L'ellipse laisse la conséquence indéterminée et dramatise l'hésitation de H.2.

Phrase 3 : Groupe prépositionnel de cause construit sur un indéfini démonstratif

Phrase étudiée : « c'est à cause de ce rien » SA-E-0037

Leçon de grammaire : ④ la circonstancielle

Question : Comment le groupe « à cause de ce rien » transforme-t-il le mot « rien » en cause désignée ?

Réponse : La locution prépositive « à cause de » introduit un groupe nominal dont le noyau est le mot « rien », ici substantivé et déterminé par un démonstratif. Ainsi nominalisé, il ne marque plus seulement l'absence : il désigne un objet identifié dans le discours. La construction en fait le complément de la cause.