Le bac par Patrick

Nathalie Sarraute · Pour un oui ou pour un non · Explication 9/10

les guillemets à la source de la violence

13 étapes parlées9 prises9 tiroirs

L’explication à côté de toi

Le fil parlé

Treize étapes pour comprendre, dire et retenir avant d’ouvrir le dossier de l’épreuve.

Étape 01

Deux petits signes peuvent-ils mettre quelqu’un « aux fers » ?

H.1 reconnaît qu’avec H.2 certains mots lui arrivent entourés de guillemets. H.2 croit enfin atteindre la source de leur conflit : ces signes transforment ses paroles en poses de « poète » et l’enferment dans une catégorie.

Le dialogue éprouve aussitôt cette découverte par un souvenir. En montagne, H.2 avait demandé à la cordée de s’arrêter pour regarder. H.1 raconte la scène en remettant « contemplais » entre guillemets. La ponctuation devient une action hostile, et la réponse finale de H.2 révèle la violence qu’elle avait produite.

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Étape 02

D’abord, de quoi ça parle ?

Le passage parle du soupçon porté par une voix sur les mots d’un autre. Les guillemets ne servent pas seulement à citer. Ils font entendre : « tu ne parles pas tout à fait sérieusement », « tu joues au poète » ou « ce mot n’est pas vraiment le tien ».

H.2 traduit cet effet par l’emprisonnement. H.1 cherche ensuite une preuve dans leur passé commun. Le souvenir de l’alpinisme montre les deux logiques : H.2 veut regarder ; H.1 veut avancer et ridiculise l’arrêt par l’image de la carte postale.

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Étape 03

Où on se trouve dans la pièce

Après la discussion sur le bonheur sans nom, H.1 et H.2 ont distingué deux manières de parler. H.2 accuse les proches de H.1 de placer certains mots entre guillemets, comme si toute émotion devait être tenue à distance.

À réplique 229, H.1 pousse son ami à préciser. Il finit par reconnaître que les guillemets lui viennent précisément avec lui. L’extrait conduit de cet aveu général à une scène ancienne, sur la barre des Écrins, et s’achève avec l’envie de tuer.

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Étape 04

Ton introduction : comment tu ouvres

  • Dans Pour un oui ou pour un non, la typographie rend visibles les jugements silencieux qui accompagnent les paroles.
  • H.1 reconnaît placer entre guillemets certains mots employés par H.2.
  • H.2 identifie là une source de leur conflit, avant qu’un souvenir d’alpinisme ne vérifie le mécanisme.
  • La ponctuation devient ainsi un geste relationnel capable d’enfermer et de blesser.
  • On peut se demander comment l’aveu des guillemets fait remonter une violence ancienne.
  • Le dialogue découvre d’abord le signe involontaire, en formule ensuite le pouvoir de classement, puis le rejoue dans un souvenir qui conduit à une haine meurtrière.
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Étape 05

Premier moment : H.1 avoue un signe qui lui échappe

H.2 refuse d’abord de poursuivre : la parole les entraînerait « trop loin ». H.1 prend le relais et reconnaît que les mots sont placés entre guillemets « avec toi ».

La répétition du destinataire personnalise le mécanisme. H.1 se déclare pourtant incapable de se retenir : les guillemets « arrivent » malgré lui. La ponctuation reçoit une autonomie inquiétante, comme le tropisme qui précède la volonté consciente.

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Étape 06

Deuxième moment : H.2 reconnaît la prison du « poète »

H.2 multiplie les présentatifs : « Voilà », « C’est ici ». Il pense toucher la source. Les guillemets lui seraient destinés et surgiraient dès qu’il ose dire « la vie est là ».

Le classement s’accompagne d’images pénales : « enfermé », « section », « mis aux fers ». La catégorie des « poètes » n’honore pas H.2 ; elle rend sa parole inoffensive en la présentant comme posture esthétique. H.1 accepte seulement qu’ils « s’approchent » et propose une scène ancienne.

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Étape 07

Troisième moment : la montagne rejoue le conflit

Sur la barre des Écrins, H.2 arrête la cordée pour regarder. Son hésitation rétrospective, « J’ai osé ? », montre qu’il a intériorisé le jugement de ses compagnons.

H.1 remet « contemplais » entre guillemets, décrit l’impatience du groupe puis évoque des cartes postales. Il oppose ainsi l’efficacité de la marche à une contemplation dévaluée en cliché. H.2 se souvient alors avoir eu envie de le tuer.

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Étape 08

Alors, qu’est-ce que ça raconte vraiment ?

Le passage montre que le signe typographique agit comme un ton. Il ne réfute pas la phrase « la vie est là » ; il la cite en la tenant à distance. H.2 entend que son émotion n’est pas recevable au premier degré.

Le souvenir établit une lutte entre deux usages du monde. Pour l’un, la montagne appelle l’arrêt et le regard ; pour l’autre, elle impose d’avancer. Les guillemets permettent à H.1 de ne pas discuter cette différence : ils classent le geste dans la rubrique du poétique et rendent sa dérision socialement partageable.

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Étape 09

Ton ouverture : la porte qui s’ouvre

Tu peux ouvrir sur « C’est bien… ça… ». Dans les deux passages, la violence n’est pas portée par le sens littéral, mais par une marque qui accompagne les mots : le suspens et l’accent d’un côté, les guillemets de l’autre.

Tu peux aussi rapprocher cette « section des poètes » du catalogue des bonheurs. H.2 refuse encore une reconnaissance qui prend la forme d’un classement. Être nommé « poète » revient à être admis dans une case qui neutralise sa parole.

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Étape 10

Tu vois ? Tu sais le comprendre et le dire

À l’oral, suis la migration des guillemets : H.1 les place autour des mots, H.2 les reçoit « pour moi », puis le récit de H.1 les remet autour de « contemplais ».

Fais entendre le changement de hauteur. Le passage part de deux signes presque invisibles et finit sur « te tuer ». Ce contraste ne doit pas être réduit à l’exagération comique : il mesure la violence accumulée sous le presque-rien.

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Étape 11

Et les petites questions de grammaire

Dans « C’est avec toi que je les place entre guillemets » (réplique 231), la tournure emphatique « c’est... que » met en relief le complément circonstanciel d’accompagnement.

Dans « Dès que je regarde par la fenêtre » (réplique 232), la subordonnée conjonctive circonstancielle de temps est introduite par « dès que ».

Dans « pendant que tu “contemplais” » (réplique 237), la subordonnée circonstancielle de temps exprime la simultanéité ; le verbe est à l’imparfait.

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Étape 12

Ce soir, tu peux fermer le cahier

Tu peux fermer le cahier en retenant que les guillemets ne désignent pas ici une ponctuation neutre. Ils sont la transcription visible d’une distance ironique et d’un refus de recevoir la parole au premier degré.

L’extrait donne donc un passé à la dispute actuelle. L’envie de tuer n’apparaît pas soudainement : elle était déjà contenue dans une carte postale opposée à un regard.

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Étape 13

Terre ferme : tu peux t’arrêter là

Tu sais maintenant expliquer le mouvement complet : H.1 avoue le signe, H.2 le reconnaît comme source, le souvenir le remet en action et la dernière phrase révèle son effet extrême.

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Fin de l’explication accompagnée

La voix change

La voix qui t’accompagnait s’efface : finie la lettre, place au dossier de travail.

Je m’arrête iciJ’ouvre le dossier

Le dossier de l’épreuve

La même explication, classée pour la révision

Neuf tiroirs : comprendre, préparer l’oral, contrôler les preuves.

01Texte simple

H.2 refuse de préciser ce qui les entraînerait trop loin. H.1 parle à sa place et reconnaît qu’avec lui certains mots se placent entre guillemets malgré sa volonté. H.2 croit atteindre la source de leur conflit : lorsqu’il dit « la vie est là », les guillemets l’enferment parmi les « poètes ». H.1 se souvient alors d’une ascension dans le Dauphiné. H.2 avait arrêté toute la cordée pour regarder le paysage. Les autres attendaient pendant qu’il « contemplait ». H.1 lui avait conseillé de trouver des cartes postales en bas. H.2 se rappelle avoir eu envie de le tuer.

02Introduction rédigée

Dans Pour un oui ou pour un non, Nathalie Sarraute rend visibles les jugements silencieux qui accompagnent les paroles. H.1 reconnaît placer entre guillemets certains mots employés par H.2. Celui-ci identifie là une source de leur conflit, avant qu’un souvenir d’alpinisme ne vérifie le mécanisme. La ponctuation devient ainsi un geste relationnel capable d’enfermer et de blesser. On peut se demander comment l’aveu des guillemets fait remonter une violence ancienne. Le dialogue découvre d’abord le signe involontaire (réplique 229 à 0231), en formule ensuite le pouvoir de classement (0232 à 0234), puis le rejoue dans un souvenir qui conduit à une haine meurtrière (0235 à 0240).

03Analyse linéaire complète
★ I.a. Un aveu adressé : les guillemets naissent « avec toi »

Orientation. H.1 cesse de pousser H.2 et reconnaît lui-même le mécanisme qui affecte leurs échanges.

Citation. « C’est avec toi que je les place entre guillemets, ces mots » (réplique 231).

Procédé principal. Tournure emphatique.

Procédé secondaire. Dislocation du complément d’objet, « ces mots ».

Analyse. La construction « C’est... que » met en relief « avec toi » et distingue H.2 des autres interlocuteurs. H.1 ne dit pas que certains mots portent naturellement des guillemets ; leur apparition dépend de la relation. Le pronom « les » précède son référent, repris après la virgule par « ces mots ». Cette dislocation mime presque le geste de montrer les objets linguistiques à distance. Le verbe « place » attribue encore à H.1 une action consciente, mais la suite corrigera cette maîtrise. L’aveu est donc double : H.1 reconnaît le signe et son destinataire privilégié. Le langage ne transporte pas seulement une pensée ; il enregistre la position que chaque ami assigne à l’autre.

Effet sur le lecteur. Le lecteur voit un procédé typographique devenir la marque précise d’une relation singulière.

Interprétation. Les guillemets ne jugent pas seulement les mots de H.2, ils manifestent la manière dont H.1 reçoit celui qui les prononce.

Liaison. H.1 assume-t-il pleinement la décision d’entourer ainsi ces mots ?

★ I.b. Une ponctuation autonome : les signes « arrivent » malgré le sujet

Orientation. H.1 présente les guillemets comme une réaction involontaire déclenchée par ce qu’il sent chez son ami.

Citation. « malgré moi les guillemets arrivent » (réplique 231).

Procédé principal. Personnification de la ponctuation.

Procédé secondaire. Complément concessif, « malgré moi ».

Analyse. Les « guillemets » deviennent le sujet grammatical du verbe de mouvement « arrivent ». H.1 ne les place plus : ils surviennent. Le groupe « malgré moi », détaché avant le sujet, retire à la conscience la maîtrise de l’opération. Cette description rejoint le projet de Sarraute : faire apparaître les réactions minuscules qui précèdent l’intention déclarée. Pourtant, l’involontaire ne supprime pas la responsabilité relationnelle. H.1 affirme sentir « ça » en H.2, comme si l’autre provoquait lui-même le signe qui le dévalue. L’aveu déplace donc subtilement la cause : les guillemets appartiennent à H.1, mais seraient déclenchés par une propriété indéfinie de H.2.

Effet sur le lecteur. Le lecteur perçoit un automatisme aussi difficile à empêcher que le ton initial de la dispute.

Interprétation. La violence peut précéder la volonté sans cesser d’agir sur celui qui la reçoit.

Liaison. H.2 reconnaît-il dans cet automatisme le point qu’il cherchait depuis le début ?

◆ I.c. La remontée causale : le dialogue croit toucher la source

Orientation. H.2 accueille l’aveu comme la découverte décisive qui permettrait d’expliquer leur conflit.

Citation. « Voilà le point. C’est ici qu’est la source » (réplique 232).

Procédé principal. Double présentatif.

Procédé secondaire. Métaphore spatiale et causale de la source.

Analyse. « Voilà » montre un résultat obtenu dans l’échange, tandis que « C’est ici » localise la découverte dans la phrase précédente. Les noms « point » et « source » condensent deux représentations : un lieu précis à toucher et une origine d’où le conflit s’écoule. H.2 accumule également « Voilà » et « on y est », vocabulaire d’une enquête arrivée à destination. Mais cette certitude reste fragile. H.1 dira qu’il ne sait pas s’ils « y sont » et préférera qu’ils « s’approchent ». Le passage oppose ainsi le besoin de H.2 de fixer une cause et la prudence d’H.1. La source désignée n’est pas un événement unique : c’est un mode récurrent de réception des mots.

Effet sur le lecteur. Le lecteur éprouve un instant le soulagement d’une cause trouvée, immédiatement menacée par le doute.

Interprétation. H.2 nomme « source » le mécanisme qui transforme une différence de sensibilité en classement humiliant.

Transition. Le premier mouvement a personnalisé les guillemets, montré leur apparition involontaire puis désigné leur action comme source. H.2 peut maintenant expliciter la prison symbolique construite par ces deux signes.

★ II.a. La rubrique pénale : le « poète » est reconnu pour être neutralisé

Orientation. H.2 traduit l’effet des guillemets par une inscription immédiate dans une catégorie fermée.

Citation. « me voilà aussitôt enfermé à la section des “poètes” » (réplique 232).

Procédé principal. Métaphore carcérale.

Procédé secondaire. Présentatif et adverbe d’immédiateté.

Analyse. « Me voilà » fait de H.2 l’objet soudain d’une opération accomplie sur lui. « Aussitôt » supprime tout examen entre la parole et le verdict. Le participe « enfermé » donne aux guillemets une efficacité carcérale, prolongée par « section » puis par « aux fers ». Le mot « poètes » est lui-même cité entre guillemets : la graphie reproduit matériellement la prison dénoncée. La catégorie peut sembler valorisante, mais elle sépare H.2 des gens dont les mots seraient reçus sans réserve. Dire « la vie est là » n’est plus une proposition à entendre ; c’est le symptôme d’un type humain. La reconnaissance obtenue est donc aliénante, puisqu’elle classe la personne pour ne plus répondre à sa parole.

Effet sur le lecteur. Le lecteur voit les deux petits signes se refermer comme les barreaux d’une rubrique sociale.

Interprétation. Être reconnu comme « poète » revient ici à perdre le droit d’être pris au sérieux au premier degré.

Liaison. H.1 accepte-t-il cette explication générale ou cherche-t-il une preuve plus concrète ?

★ II.b. L’archive relationnelle : une scène ancienne revient à la mémoire

Orientation. H.1 répond à la théorie de H.2 en ouvrant le dossier de leurs souvenirs communs.

Citation. « il y a des scènes dont je me souviens » (réplique 233).

Procédé principal. Présentatif existentiel.

Procédé secondaire. Proposition subordonnée relative.

Analyse. « Il y a » fait apparaître plusieurs « scènes » conservées dans la mémoire. Le mot possède une valeur théâtrale : les personnages ont déjà joué, dans leur vie, les rapports que la pièce porte maintenant sur scène. La relative « dont je me souviens » rattache ces épisodes au point de vue de H.1, qui devient narrateur. Parmi eux, il en isole « une surtout » et sollicite la mémoire de H.2. Le souvenir n’est pas une preuve neutre : H.1 choisit les détails, cite les paroles et distribue les rôles. Cependant, cette archive partagée offre un terrain où le mécanisme abstrait des guillemets pourra être observé dans une situation concrète.

Effet sur le lecteur. Le lecteur voit la dispute présente ouvrir soudain une scène enchâssée du passé.

Interprétation. La mémoire fournit au dialogue un laboratoire, mais un laboratoire raconté par celui dont le geste est contesté.

Liaison. Quel acte de H.2 a retenu H.1 dans cette scène d’alpinisme ?

◆ II.c. L’arrêt scandaleux : regarder suspend l’efficacité du groupe

Orientation. H.1 rapporte la demande par laquelle H.2 immobilise toute la cordée devant le paysage.

Citation. « Si on s’arrêtait un instant pour regarder ? » (réplique 235).

Procédé principal. Interrogation à valeur de proposition.

Procédé secondaire. Imparfait d’atténuation.

Analyse. La structure en « si » sans principale et l’imparfait « s’arrêtait » adoucissent l’ordre. Le pronom indéfini « on » inclut toute la cordée et présente l’arrêt comme une décision commune possible. « Un instant » minimise sa durée, tandis que l’infinitif « regarder » donne un but simple, dépourvu du prestige de « contempler ». H.2 ajoute que la vue « en vaut […] la peine », comme s’il devait déjà justifier le temps soustrait à la descente. Pourtant, selon H.1, la proposition « stoppe » cinq personnes liées par la corde. Un geste de perception devient donc une contrainte collective et prépare la revanche ironique du groupe pressé.

Effet sur le lecteur. Le lecteur entend une demande modeste dont le récit fait pourtant un arrêt spectaculaire.

Interprétation. Le conflit oppose moins activité et passivité que deux valeurs du temps : avancer ou consentir à regarder.

Transition. Le deuxième mouvement a défini la prison des « poètes », ouvert une scène passée puis rapporté la demande d’arrêt. Le dernier mouvement montre que H.2 a intégré la honte, que H.1 réactive les guillemets et que la dérision suscite une violence extrême.

★ III.a. La honte rétrospective : H.2 juge sa propre parole comme une audace

Orientation. H.2 reçoit le souvenir d’H.1 avec incrédulité et paraît adopter le point de vue accusateur du groupe.

Citation. « J’ai dit ça ? J’ai osé ? » (réplique 236).

Procédé principal. Double interrogation elliptique.

Procédé secondaire. Reprise du passé composé à la première personne.

Analyse. Les deux questions possèdent le même sujet et le même auxiliaire. La première vérifie le fait ; la seconde le requalifie moralement. « Oser » suppose que l’arrêt pour regarder franchissait une limite. Le complément du second verbe est sous-entendu, comme si l’acte était désormais assez évident pour ne plus être nommé. H.2 ne défend pas immédiatement son geste : il mesure sa transgression à l’aide du jugement ancien. Le passé composé relie l’épisode au présent de la dispute et rend la scène encore active. L’étonnement peut être sincère ou ironique, mais il montre dans les deux cas que la norme de l’efficacité a transformé une demande banale en faute mémorable.

Effet sur le lecteur. Le lecteur perçoit la trace durable d’une honte attachée au simple fait de vouloir regarder.

Interprétation. Les guillemets réussissent lorsqu’ils conduisent H.2 à citer lui-même sa conduite comme une incongruité.

Liaison. Comment H.1 raconte-t-il l’attente de la cordée et le regard de son ami ?

◆ III.b. Le mot mis à distance : « contemplais » rejoue les guillemets

Orientation. H.1 oppose l’impatience physique du groupe à une contemplation dont les guillemets contestent l’authenticité.

Citation. « pendant que tu “contemplais” » (réplique 237).

Procédé principal. Guillemets de distanciation ironique.

Procédé secondaire. Subordonnée temporelle de simultanéité.

Analyse. « Pendant que » place simultanément deux durées opposées. Les compagnons attendent, « piétinant et piaffant », vocabulaire physique qui suggère des animaux retenus ; H.2 « contemple ». Le verbe aurait pu élever son geste, mais les guillemets l’isolent et en font une pose prétentieuse. La citation confirme exactement la théorie formulée plus haut : avec H.2, le mot poétique ne peut rester nu. H.1 raconte donc les guillemets tout en les produisant de nouveau. La voix présente garde vivante l’ironie passée. Le dispositif théâtral permet au lecteur de voir le signe et d’entendre la distance qu’il encode, comme si la typographie devenait une intonation.

Effet sur le lecteur. Le lecteur assiste en direct à la répétition du geste que les personnages croyaient seulement analyser.

Interprétation. Le souvenir prouve moins un fait objectif que la persistance du réflexe par lequel H.1 dévalue le regard de H.2.

Liaison. Quel effet cette dérision, prolongée par les cartes postales, a-t-elle produit sur H.2 ?

○ III.c. La conséquence nue : le presque-rien atteint l’envie de tuer

Orientation. H.2 retrouve le souvenir affectif extrême contenu sous la plaisanterie de son ami.

Citation. « J’ai eu envie de te tuer » (réplique 240).

Procédé principal. Déclaration brève sans atténuation lexicale.

Procédé secondaire. Périphrase aspectuelle, « avoir envie de ».

Analyse. « Ah oui » marque d’abord la reconnaissance du souvenir, comme si la scène revenait avec son affect. La phrase suivante relie le sujet « je » au destinataire « te » par l’infinitif « tuer ». Aucune image ne protège la violence. « Avoir envie de » ne signifie pas un passage à l’acte, mais désigne une impulsion réelle. La disproportion entre la carte postale et le meurtre reproduit la logique du titre : un signe minuscule peut toucher une zone relationnelle décisive. La plaisanterie de H.1 refusait la singularité du regard en proposant une image standardisée vendue « chez la papetière ». H.2 répond intérieurement à cette neutralisation par le désir de supprimer celui qui la lui impose.

Effet sur le lecteur. Le lecteur reçoit comme un choc la violence nue conservée sous un souvenir apparemment dérisoire.

Interprétation. La dernière phrase mesure le pouvoir d’un classement ironique : il ne discute pas l’autre, il rend son expérience inhabitable.

04Conclusion rédigée

Le passage fait des guillemets l’une des formes visibles de la violence relationnelle. H.1 reconnaît d’abord qu’ils surgissent avec H.2 malgré sa volonté. Celui-ci croit toucher la source de leur conflit et décrit la « section des poètes » comme une prison. H.1 ouvre alors un souvenir d’alpinisme : H.2 avait arrêté la cordée pour regarder, et son ami raconte encore qu’il « contemplait » entre guillemets. La dérision des cartes postales oppose au regard singulier une image standardisée. La déclaration finale, « J’ai eu envie de te tuer », révèle la puissance accumulée sous cette ponctuation minuscule. Les guillemets n’ajoutent pas un ornement au mot ; ils décident si la parole sera reçue ou neutralisée.

05Mémo pour l’oral

Situer : H.1 et H.2 cherchent pourquoi certains mots deviennent suspects entre eux.

Problématique : comment l’aveu des guillemets fait-il remonter une violence ancienne ?

Mouvement I : signe lié à H.2, automatisme reconnu, source désignée.

Mouvement II : prison du « poète », archive ouverte, arrêt pour regarder.

Mouvement III : honte de l’audace, « contemplais » mis à distance, envie de tuer.

Conclusion : la ponctuation encode un jugement qui neutralise la parole et blesse la relation.

Appuis ★ repris : I.a I.b II.a II.b III.a

06Tableau procédés, effets, sens, oral

Forme | Appui | Effet | Emploi à l’oral |

Emphase | « C’est avec toi » | personnalise le signe | détacher le complément |

Personnification | « arrivent » | autonomise les guillemets | laisser venir le verbe |

Présentatif | « Voilà le point » | annonce une découverte | marquer la certitude |

Métaphore | « enfermé » | transforme la rubrique en prison | durcir le participe |

Souvenir | « des scènes » | ouvre un théâtre passé | changer de rythme |

Imparfait | « Si on s’arrêtait » | atténue la proposition | garder la douceur |

Questions | « J’ai osé ? » | intériorise la faute | accélérer les deux phrases |

Guillemets | « contemplais » | tient le mot à distance | faire entendre l’ironie |

Phrase nue | « te tuer » | révèle la violence | conclure sans emphase |

07Tableau de couverture
Prise ★RangDans le mémo
I.a★oui
I.b★oui
II.a★oui
II.b★oui
III.a★oui

Élément incontournable | Présent dans le mémo | Contrôle |

Situation | oui | enquête sur les mots suspects |

Problématique | oui | guillemets et violence ancienne |

Destinataire | oui | « avec toi » |

Involontaire | oui | signes qui arrivent |

Classement | oui | section des « poètes » |

Souvenir | oui | alpinisme dans le Dauphiné |

Rejeu du signe | oui | « contemplais » |

Pointe | oui | envie de tuer |

08Erreurs rédhibitoires

Erreur | Pourquoi elle est grave | Formulation correcte |

Traiter les guillemets comme une simple citation | ils portent une distance ironique | ils rendent visible le soupçon d’H.1 |

Dire que H.1 les utilise entièrement à dessein | il dit qu’ils arrivent malgré lui | le réflexe est involontaire mais agissant |

Valoriser sans réserve la catégorie « poète » | H.2 la vit comme un enfermement | le classement neutralise sa parole |

Lire l’arrêt comme un ordre autoritaire pur | la proposition est atténuée | elle devient contrainte par la situation de cordée |

Affirmer que H.2 tente réellement un meurtre | il nomme une envie passée | la phrase révèle une impulsion, non un acte |

09Analyse grammaticale
  1. Question grammaticale 1
  2. Question grammaticale 2
  3. Question grammaticale 3

Phrase 1

« C’est avec toi que je les place entre guillemets » : tournure emphatique mettant en relief un complément circonstanciel d’accompagnement.

Phrase 2

« dès que je regarde par la fenêtre » : subordonnée conjonctive circonstancielle de temps ; présent de l’indicatif.

Phrase 3

« pendant que tu “contemplais” » : subordonnée conjonctive circonstancielle de temps exprimant la simultanéité ; imparfait de l’indicatif.

Leçon à retenir

La tournure emphatique isole un constituant, tandis que les deux subordonnées temporelles situent un procès par rapport à un autre. Leur analyse grammaticale reste distincte de la valeur ironique des guillemets.

Dépendances du fonds : /assets/le-dragon-passe.js.

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