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Nathalie Sarraute · Pour un oui ou pour un non · Commentaire linéaire 2

Explication linéaire 2 : Ce qui ne peut pas se dire

Treize étapes accompagnées, puis neuf tiroirs pour l’épreuve.

L’explication à côté de toi

Le fil parlé

Treize étapes pour comprendre, dire et retenir avant d’ouvrir le dossier de l’épreuve.

Étape 01

Tu n’y comprends rien ? C’est normal

Deux amis échangent depuis plusieurs répliques sans qu'on sache précisément pourquoi ils se sont éloignés, et l'un des deux finit par dire : ce n'est rien. On peut trouver que cela n'avance pas.

Cela avance pourtant en une réplique. Tant qu'on refuse de parler, l'autre peut insister. À partir du moment où l'on dit que la chose ne peut pas se dire, ce n'est plus la même conversation.

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Étape 02

D’abord, de quoi ça parle ?

Qui parle ? Toujours les deux mêmes, H.1 et H.2.

De quoi ça parle ? H.1 avance enfin quelque chose de daté : un appel téléphonique où l'autre lui a paru lointain. H.2 répond dans un élan par « moi aussi », puis affirme aimer toujours autant son ami sans pouvoir encore expliquer ce qui les éloigne. Suit une série de répliques très brèves, l'une pressant, l'autre reculant, jusqu'à ce que H.2 désigne enfin ce qui l'occupe : une chose qu'il appelle un rien et dont, selon lui, personne n'ose parler. H.1 l'adjure alors au nom de leurs liens anciens et de leurs proches. H.2 maintient que cela ne peut pas se dire ; H.1 le presse encore.

Que veut faire comprendre l'auteure ? Que certains mouvements restent sans nom dans la langue commune, et que vouloir les forcer à entrer dans des mots transforme déjà la conversation.

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Étape 03

Où on se trouve dans la pièce

On est juste après l'ouverture de la pièce, dans son prolongement direct.

Ce qu'il faut savoir : le texte ne se découpe ni en actes ni en scènes. Ce passage forme un moment reconnaissable à son rythme : une succession de répliques brèves resserre progressivement l'échange.

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Étape 04

Ton introduction : comment tu ouvres

Ton introduction peut tenir en six phrases, dans cet ordre.

  • Situe l'auteure : Nathalie Sarraute, XXᵉ siècle, attentive à ce qui remue sous la conversation.
  • Nomme l'œuvre et sa date, 1982, et son genre : une pièce de théâtre.
  • Dis où l'on en est : la conversation a commencé, et H.1 vient de reconnaître qu'il ne se souvient de rien.
  • Annonce ton parcours en trois arrêts : d'abord la réponse inattendue « moi aussi », ensuite huit échanges très brefs, enfin le rien qui reçoit un nom.
  • Pose ta question, dans les termes du dossier : « Comment le passage transforme-t-il un refus de parler en impossibilité de langue, jusqu'à faire du mot “rien” un objet ? »
  • Referme en annonçant que tu suivras l'ordre des répliques.
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Étape 05

Premier moment : L'aveu arraché, et le retournement immédiat

Le premier moment apporte enfin un repère daté. « encore l'autre jour, au téléphone... tu étais à l'autre bout du monde... ça me fait de la peine, tu sais... »

Un jour, un appel : voilà du vérifiable. Mais la preuve est une image, et ce qui la suit n'est pas un grief, c'est un chagrin.

Puis H.2 répond, et la didascalie dit « dans un élan » : le corps s'engage. « Mais moi aussi, figure-toi... »

La reprise porte d'abord sur la peine que H.1 vient d'exprimer. H.2 partage l'émotion, sans encore nommer sa cause. La brèche rapproche un instant les deux voix.

Et il ajoute : « je t'aime tout autant, tu sais... ne crois pas ça... mais c'est plus fort que moi... » Il affirme que l'affection demeure. C'est bien ce qui rend l'affaire difficile à expliquer.

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Étape 06

Deuxième moment : Huit répliques brèves

Le deuxième moment accélère d'un coup. Les répliques deviennent très brèves, parfois réduites à trois mots, et il faut les entendre comme des coups portés.

Tout part de celle-ci : « Non... vraiment rien... Rien qu'on puisse dire... » Le mode du verbe change tout. H.2 ne déclare pas seulement qu'il refuse ; il présente la chose comme échappant au langage. L'obstacle n'est plus sa seule volonté.

En face : « Essaie quand même... » Trois mots. Aucune discussion du refus — on marche dessus.

Puis H.1 avance un adjectif : c'est donc si terrible ? Et H.2 le rend : « Non, pas terrible... ce n'est pas ça... » Il ne minimise pas. Il conteste la mesure elle-même. Tout ce que l'un propose, l'autre le renvoie.

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Étape 07

Troisième moment : Le rien nommé, et la sommation

Le troisième moment donne enfin un nom à la chose. « C'est... c'est plutôt que ce n'est rien... ce qui s'appelle rien... »

Écoute la marche : le mot est d'abord écarté, puis prononcé, puis présenté comme une catégorie reconnue. Au bout de ces trois pas, il ne désigne plus une absence mais un objet — et un objet, ça se discute.

H.2 ajoute alors ce qui compte : « Personne, du reste... personne ne l'ose... on n'en entend jamais parler... » Il présente le silence non comme une pudeur personnelle, mais comme une règle partagée.

Alors H.1 change de registre : « je t'adjure solennellement, tu ne peux plus reculer... tu me dois ça... » Il invoque leurs liens et leurs proches. Ce n'est plus une simple demande, c'est une sommation — et l'amitié est convertie en créance. H.2 résiste encore : il répète que rien ne peut se dire.

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Étape 08

Alors, qu’est-ce que ça raconte vraiment ?

En une phrase : un homme cesse de dire qu'il ne veut pas parler et affirme que cela ne se dit pas, tandis que le mot « rien » devient une chose.

Ce que le passage établit, c'est qu'on peut buter sur autre chose qu'un secret. Si on te demande ce qui empêche H.2 de parler, réponds que ce n'est ni la honte ni le mensonge : il présente son trouble comme quelque chose que les mots communs ne savent pas saisir.

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Étape 09

Ton ouverture : la porte qui s’ouvre

Pour ouvrir, tu peux dire ceci : la sommation solennelle annonce la forme de tout ce qui suit. On entrera dans une instruction en règle, avec des dépositions et des attendus — et l'objet du litige sera une manière de prononcer trois mots.

Une seconde ouverture : Sarraute a passé sa vie à chercher une langue pour ce qui n'en a pas. Ce passage montre un personnage devant le même mur qu'elle, et il s'excuse de ne pas le franchir.

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Étape 10

Tu vois ? Tu sais le comprendre et le dire

Le chemin qu'on vient de faire : le téléphone, l'élan, l'affection affirmée ; puis « rien qu'on puisse dire », les trois mots d'insistance, le mot refusé ; enfin les trois reprises du rien, le silence présenté comme général, et l'adjuration. Trois temps.

Tu sais nommer ce que tu vois : une preuve qui se change en chagrin, une didascalie qui intensifie l'élan, une relative au subjonctif qui présente l'obstacle comme indicible, une stichomythie qui accélère, un verbe qui accomplit ce qu'il énonce. Cinq choses, cinq citations.

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Étape 11

Et les petites questions de grammaire

Trois constructions à savoir sur ce passage.

« Rien qu'on puisse dire » — une relative dont le verbe passe au subjonctif. Ce mode est attendu ici parce que l'antécédent négatif « rien » ne désigne aucun référent identifié. Et le sujet est « on », pas « je » : H.2 présente la limite comme générale plutôt que comme un refus personnel.

« Mais qu'est-ce que c'est, alors ? » — une interrogation partielle portant sur l'attribut, alors que le pronom sujet ne renvoie encore à rien de nommé. La phrase est grammaticalement complète et référentiellement creuse : elle réclame l'appellation d'une chose sans appellation.

« je t'adjure solennellement » — un verbe qui accomplit l'acte qu'il énonce, au présent et à la première personne. Trois invocations le précèdent : ce que H.1 a été pour H.2, la mère, les parents. La syntaxe donne à l'adjuration la solennité d'un serment.

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Étape 12

Ce soir, tu peux fermer le cahier

Ce soir, tu peux fermer le cahier. Tu as compris qu'entre refuser de dire et ne pas pouvoir dire, il y a toute la pièce. C'est l'essentiel.

Et s'il ne devait rester qu'une image pour la nuit, ce serait celle-ci : quelqu'un qui cherche un mot qui n'existe pas, et qui s'excuse de ne pas le trouver.

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Étape 13

Terre ferme : tu peux t’arrêter là

Terre ferme : tu peux t'arrêter là. Le dossier de l'épreuve t'attend quand tu voudras, avec ses neuf tiroirs. Ce soir, tu en sais assez pour en parler. Une chose n'a pas été expliquée : pourquoi H.2 dit « on n'en entend jamais parler », comme si d'autres, ailleurs, avaient essayé.

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Fin de l’explication accompagnée

La voix change

La voix qui t’accompagnait s’efface : finie la lettre, place au dossier de travail.

Je m’arrête iciJ’ouvre le dossier

Le dossier de l’épreuve

La même explication, classée pour la révision

Neuf tiroirs : comprendre, préparer l’oral, contrôler les preuves.

01Le texte, dit simplementLe raisonnement sans jargon.

Idée générale. H.1 obtient enfin quelque chose : son ami partage sa peine et reconnaît qu'une force les éloigne malgré l'affection déclarée. Le passage se referme sur un mot — rien — sans que la cause ait encore été expliquée.

Situation simple. H.1 donne ses preuves : un coup de téléphone, une distance. H.2 répond qu'il ressent la même chose. H.1 croit avoir gagné. H.2 dit qu'il aime toujours autant, mais que c'est plus fort que lui. Suivent huit répliques très courtes : dis-le, non, essaie, je ne veux pas, c'est si terrible ? non, pas terrible. Puis H.2 nomme la chose : ce n'est rien, ce qui s'appelle rien, et personne n'en parle jamais. H.1 l'adjure solennellement, au nom de sa mère. H.2 répète qu'il ne peut pas. H.1 dit : allons, vas-y.

Mouvement I. Dans ce mouvement, H.1 apporte un repère daté et reçoit un élan qui partage sa peine sans l'expliquer. L'idée importante est que les deux voix se rapprochent un instant, mais que la cause demeure innommée.

Mouvement II. Dans ce mouvement, huit répliques brèves s'échangent comme des coups. L'idée importante est que le combat porte sur les mots : chacun de ceux que propose H.1 est refusé.

Mouvement III. Dans ce mouvement, le rien reçoit un nom, puis un statut social — personne n'en parle — et H.1 répond par une adjuration de tribunal. L'idée importante est qu'une chose sans nom vient d'en recevoir un.

Pour finir. La leçon du passage est qu'un obstacle peut n'être ni un secret ni un mensonge, mais une impossibilité de la langue — et que la nommer suffit à ouvrir le procès.

02L’introduction rédigéeSix étapes, une question directrice.

Étape 1 : Nathalie Sarraute est une écrivaine du XXᵉ siècle, attentive à ce qui se joue sous la conversation ordinaire.

Étape 2 : Pour un oui ou pour un non, pièce de 1982, met face à face deux amis dont l'un s'est éloigné sans dire pourquoi.

Étape 3 : L'extrait suit immédiatement l'ouverture : H.1 vient de constater qu'il ne se souvient de rien, et H.2 lui a répondu qu'il se souvenait, lui.

Étape 4 : Le passage s'organise en trois temps — un élan qui partage la peine sans l'expliquer, huit répliques brèves, et le rien qui reçoit enfin un nom.

Étape 5 : On se demandera comment le passage transforme un refus de parler en impossibilité de langue, jusqu'à faire du mot « rien » un objet.

Étape 6 : On suivra d'abord les preuves et l'élan, puis le duel des répliques courtes, enfin le rien nommé et l'adjuration.

03L’explication linéaireTrois mouvements, neuf prises de lecture.

I. L'aveu arraché, et le retournement immédiat

De « Si, dis-moi » à « c'est plus fort que moi ».

H.1 produit enfin un repère daté, et H.2 l'accueille par un élan qui partage d'abord la peine exprimée. Mais ce rapprochement ne nomme toujours pas la cause de la distance. Le premier mouvement ouvre une brèche sans encore fournir d'explication.

★ I.a. Les preuves datées

« encore l'autre jour, au téléphone... tu étais à l'autre bout du monde... ça me fait de la peine, tu sais... » SA-E-0014

Accumulation de circonstanciels de temps et de lieu. Voilà enfin un fait : un jour, un appel. Mais la preuve est une image — « à l'autre bout du monde » — et l'aveu qui la suit est affectif, non factuel. H.1 croit produire une pièce à conviction ; il produit un chagrin.

★ I.b. L'élan qui partage l'émotion

« Mais moi aussi, figure-toi... » SA-E-0015

Didascalie d'élan suivie d'une reprise pronominale. La didascalie dit « dans un élan » : le corps s'engage, la voix monte. « Moi aussi » reprend d'abord la peine que H.1 vient de dire. H.2 partage donc une émotion, sans encore expliquer ce qui a changé entre eux.

◆ I.c. Aimer autant, et s'éloigner quand même

« je t'aime tout autant, tu sais... ne crois pas ça... mais c'est plus fort que moi... » SA-E-0017

Opposition marquée entre une déclaration d'affection et une concession. Trois mouvements en une réplique : une affirmation d'affection, une prière de ne pas se méprendre, puis un « mais » qui les laisse intactes. Le sentiment n'est pas en cause, et c'est justement ce qui rend l'affaire insoluble.

II. Huit répliques brèves

De « Non... vraiment rien » à « Mais qu'est-ce que c'est, alors ? ».

Le deuxième mouvement enchaîne huit répliques brèves. H.1 pousse, H.2 recule, et chaque mot proposé par l'un est refusé par l'autre. C'est un duel, et il se joue sur le vocabulaire.

★ II.a. « Rien qu'on puisse dire »

« Non... vraiment rien... Rien qu'on puisse dire... » SA-E-0019

Relative au subjonctif après un indéfini négatif. La relative au subjonctif ne dit pas un refus de parler mais une impossibilité de la langue. L'obstacle change de nature : il passe de la volonté à la langue. Toute la pièce tient dans ce déplacement.

★ II.b. Le duel des répliques brèves

« Essaie quand même... » SA-E-0020

Stichomythie de répliques nominales ou impératives. Trois mots, un impératif, un connecteur de concession. La réplique la plus courte du mouvement est aussi la plus pressante : elle ne discute pas le refus, elle passe outre.

○ II.c. Terrible, non — autre chose

« Non, pas terrible... ce n'est pas ça... » SA-E-0025

Négation d'un mot que l'interlocuteur vient de fournir. H.1 avait proposé « terrible » ; H.2 le refuse et n'en propose aucun autre. Il rejette l'échelle avant de rejeter le mot : ce dont il s'agit ne se mesure pas en gravité.

III. Le rien nommé, et la sommation

De « C'est... c'est plutôt que ce n'est rien » à « Allons, vas-y... ».

Le troisième mouvement donne au rien son nom et son statut : ce n'est pas une absence, c'est une chose dont personne ne parle. H.1 répond par une adjuration solennelle, au nom des liens anciens et de la dette amicale. H.2 maintient son impossibilité de dire, et la didascalie précise son état.

★ III.a. Le rien qui a un nom

« C'est... c'est plutôt que ce n'est rien... ce qui s'appelle rien... » SA-E-0027

Reprise en gradation d'un même indéfini. Trois amorces, et le même mot revient trois fois en changeant de statut : d'abord nié, puis nommé, puis désigné comme une catégorie — « ce qui s'appelle rien ». À la troisième reprise, le rien est devenu un objet, et un objet peut se discuter.

◆ III.b. Ce dont personne ne parle

« Personne, du reste... personne ne l'ose... on n'en entend jamais parler... » SA-E-0027

Généralisation par un indéfini de personne, deux fois nié. L'indéfini est repris et nié deux fois, puis relayé par un « on » qui étend le silence à tout le monde. Le tabou n'est pas une pudeur personnelle : c'est une règle collective, et H.2 s'y range.

★ III.c. L'adjuration solennelle, et la résistance

« je t'adjure solennellement, tu ne peux plus reculer... Qu'est-ce qu'il y a eu ? Dis-le... tu me dois ça... » SA-E-0028

Accumulation d'invocations et verbe performatif d'adjuration. Le verbe est performatif : le prononcer, c'est accomplir l'adjuration. Les invocations qui précèdent — la mère, les parents — installent une scène de tribunal. Et la dette finale, « tu me dois ça », transforme l'amitié en créance.

04La conclusion rédigéeRépondre, puis prolonger dans l’œuvre.

Le passage a fait passer l'affaire du refus à l'impossible. Tant que H.2 ne voulait pas parler, H.1 pouvait insister ; à partir du moment où le refus devient une impossibilité de langue, l'insistance change de nature. La réponse à notre question tient dans une relative au subjonctif — « rien qu'on puisse dire » — et dans les trois reprises du mot rien, qui finissent par lui donner un statut : ce qui s'appelle rien.

Ouverture. L'adjuration solennelle de H.1 annonce la forme que prendra tout le reste de la pièce : un procès, avec ses témoins, ses pièces et son vocabulaire. Sarraute a écrit là une scène de tribunal sans tribunal, et le seul chef d'accusation sera une intonation.

05Le mémo de l’oralLes appuis indispensables et les prolongements possibles.

Deux amis, et un obstacle qui change de nature au milieu du passage : on passe du refus de dire à l'impossibilité de dire. Le mot « rien », repris trois fois, finit par désigner une chose.

★ I.a : « encore l'autre jour, au téléphone... tu étais à l'autre bout du… ». Accumulation de circonstanciels de temps et de lieu. Voilà enfin un fait : un jour, un appel.

★ I.b : « Mais moi aussi, figure-toi... ». Didascalie d'élan suivie d'une reprise pronominale. La didascalie dit « dans un élan » : le corps s'engage, la voix monte.

◆ I.c : « je t'aime tout autant, tu sais... ne crois pas ça... mais c'est… ». Opposition marquée entre une déclaration d'affection et une concession. Trois mouvements en une réplique : une affirmation d'affection, une prière de ne pas se méprendre, puis un « mais » qui les laisse intactes.

★ II.a : « Non... vraiment rien... Rien qu'on puisse dire... ». Relative au subjonctif après un indéfini négatif. La relative au subjonctif ne dit pas un refus de parler mais une impossibilité de la langue.

★ II.b : « Essaie quand même... ». Stichomythie de répliques nominales ou impératives. Trois mots, un impératif, un connecteur de concession.

○ II.c : « Non, pas terrible... ce n'est pas ça... ». Négation d'un mot que l'interlocuteur vient de fournir. H.1 avait proposé « terrible » ; H.2 le refuse et n'en propose aucun autre.

★ III.a : « C'est... c'est plutôt que ce n'est rien... ce qui s'appelle rien... ». Reprise en gradation d'un même indéfini. Trois amorces, et le même mot revient trois fois en changeant de statut : d'abord nié, puis nommé, puis désigné comme une catégorie — « ce qui s'appelle rien ».

◆ III.b : « Personne, du reste... personne ne l'ose... on n'en entend jamais… ». Généralisation par un indéfini de personne, deux fois nié. L'indéfini est repris et nié deux fois, puis relayé par un « on » qui étend le silence à tout le monde.

★ III.c : « je t'adjure solennellement, tu ne peux plus reculer... Qu'est-ce… ». Accumulation d'invocations et verbe performatif d'adjuration. Le verbe est performatif : le prononcer, c'est accomplir l'adjuration.

Appuis ★ repris : I.a I.b II.a II.b III.a III.c

06Le tableau des procédésComparer les fonctions des neuf appuis.
Procédé désignéAnalyse dans le texteEffet sur le lecteurInterprétation
★ Accumulation de circonstanciels de temps et de lieu (I.a)Voilà enfin un fait : un jour, un appel.Le lecteur reçoit enfin des faits — un jour, un téléphone — et sent qu'ils ne pèsent rien.Sarraute donne des faits vérifiables pour montrer qu'ils n'expliquent rien.
★ Didascalie d'élan suivie d'une reprise pronominale (I.b)La didascalie dit « dans un élan » : le corps s'engage, la voix monte.Le lecteur entend H.2 partager l'émotion sans encore nommer sa cause.« Moi aussi » reprend d'abord la peine exprimée par H.1 ; l'élan rapproche les deux voix sans lever le désaccord.
◆ Opposition marquée entre une déclaration d'affection et une concession (I.c)Trois mouvements en une réplique : une affirmation d'affection, une prière de ne pas se méprendre, puis un « mais » qui les laisse intactes.Le lecteur voit l'affection et la distance cohabiter sans se contredire.L'amitié n'est pas en cause ; ce qui a changé se tient ailleurs que dans le sentiment.
★ Relative au subjonctif après un indéfini négatif (II.a)La relative au subjonctif ne dit pas un refus de parler mais une impossibilité de la langue.Le lecteur comprend que l'obstacle n'est pas la volonté mais la langue.Le subjonctif dit une impossibilité de langue, pas un refus de parler.
★ Stichomythie de répliques nominales ou impératives (II.b)Trois mots, un impératif, un connecteur de concession.Le lecteur entend un rythme de duel : plus les répliques sont courtes, plus l'étau serre.La brièveté est l'arme : chaque réplique renvoie la charge sans rien concéder.
○ Négation d'un mot que l'interlocuteur vient de fournir (II.c)H.1 avait proposé « terrible » ; H.2 le refuse et n'en propose aucun autre.Le lecteur voit le vocabulaire de H.1 refusé mot à mot.Refuser le mot « terrible », c'est refuser l'échelle où H.1 veut placer l'affaire.
★ Reprise en gradation d'un même indéfini (III.a)Trois amorces, et le même mot revient trois fois en changeant de statut : d'abord nié, puis nommé, puis désigné comme une catégorie — « ce qui s'appelle rien ».Le lecteur touche le mot que la pièce n'a cessé de tourner : rien.Nommer le rien, c'est reconnaître qu'il a une existence — et la pièce peut commencer.
◆ Généralisation par un indéfini de personne, deux fois nié (III.b)L'indéfini est repris et nié deux fois, puis relayé par un « on » qui étend le silence à tout le monde.Le lecteur mesure que le silence n'est pas personnel : il est partagé par tous.Le tabou est social avant d'être intime : on n'en parle pas parce que personne n'en parle.
★ Accumulation d'invocations et verbe performatif d'adjuration (III.c)Le verbe est performatif : le prononcer, c'est accomplir l'adjuration.Le lecteur assiste à une sommation solennelle qui ne lève pas encore le refus.H.1 emprunte la langue de l'adjuration ; H.2 maintient pourtant que la chose ne peut pas se dire.
07Le tableau de couvertureRetrouver chaque sous-partie dans le mémo.
Prise ★RangDans le mémo
I.a★oui
I.b★oui
II.a★oui
II.b★oui
III.a★oui
III.c★oui
Sous-partieProcédé principalDans le mémo ?
I.aAccumulation de circonstanciels de temps et de lieuoui
I.bDidascalie d'élan suivie d'une reprise pronominaleoui
II.aRelative au subjonctif après un indéfini négatifoui
II.bStichomythie de répliques nominales ou impérativesoui
III.aReprise en gradation d'un même indéfinioui
III.cAccumulation d'invocations et verbe performatif d'adjurationoui

Les 6 appuis marqués ★ couvrent les trois mouvements et sont tous repris dans le mémo : résultat 6/6. Ce décompte atteste la couverture, non la qualité générale de la page.

08Les erreurs rédhibitoiresLes contresens propres à ce passage.
  • Croire que H.2 cache un secret : il ne cache rien, il déclare que la chose ne se dit pas, ce qui n'est pas la même chose.
  • Lire « Mais moi aussi » comme l'aveu précis d'un éloignement : la réplique reprend d'abord la peine de H.1, sans encore en nommer la cause.
  • Prendre les huit répliques courtes pour du remplissage : c'est le mouvement le plus construit du passage, et il porte tout le combat sur le vocabulaire.
  • Confondre le refus du mot « terrible » avec une atténuation : H.2 ne dit pas que c'est moins grave, il dit que l'échelle ne convient pas.
  • Traiter « personne ne l'ose » comme une exagération : la réplique installe le silence comme une règle collective, pas comme une pudeur individuelle.
  • Voir dans l'adjuration une émotion : c'est une formule de serment, et elle transforme l'amitié en dette.
09L’analyse grammaticaleTrois constructions distinctes, trois leçons.
  1. Question grammaticale 1
  2. Question grammaticale 2
  3. Question grammaticale 3

Phrase 1 : Relative au subjonctif après un antécédent négatif

Phrase étudiée : « Rien qu'on puisse dire » SA-E-0019

Leçon de grammaire : ③ la relative

Question : Quelle est la nature de « qu'on puisse dire », et qu'exprime ici l'emploi du subjonctif ?

Réponse : La relative « qu'on puisse dire » a pour antécédent l'indéfini négatif « rien » et porte son verbe au subjonctif, mode attendu dans ce contexte. Le pronom indéfini « on » y désigne l'ensemble des locuteurs, non H.2 : l'énoncé ne dit pas un refus personnel, il énonce une impossibilité de la langue elle-même.

Phrase 2 : Interrogation partielle portant sur l'attribut

Phrase étudiée : « Mais qu'est-ce que c'est, alors ? » SA-E-0026

Leçon de grammaire : ⑤ l'interrogation

Question : Sur quel élément porte l'interrogation « qu'est-ce que c'est », et pourquoi son référent reste-t-il indéterminé ?

Réponse : La locution interrogative « qu'est-ce que » porte sur l'attribut du sujet « c' », dont le référent n'a jamais été nommé. L'adverbe « alors », rejeté après la virgule, marque la conséquence d'un refus qui vient d'être opposé. La question est complète grammaticalement et vide référentiellement : elle demande le nom d'une chose que personne n'a nommée.

Phrase 3 : Verbe performatif et compléments d'invocation coordonnés

Phrase étudiée : « je t'adjure solennellement » SA-E-0028

Leçon de grammaire : ① le verbe

Question : Pourquoi le verbe adjurer peut-il être qualifié de performatif, et quels compléments renforcent cette adjuration ?

Réponse : Le verbe adjurer, employé au présent et à la première personne, accomplit l'acte qu'il énonce : c'est un performatif. Il est renforcé par un adverbe de manière et précédé de trois compléments d'invocation coordonnés — « au nom de tout ce que… », « au nom de ta mère », « de nos parents ». La construction emprunte sa solennité au registre du serment.