Ce site est en construction.

Nathalie Sarraute · Pour un oui ou pour un non · Dissertation 3

Dans la pièce, le « rien » constitue-t-il une véritable action théâtrale ?

Une dissertation complète, construite sous-partie par sous-partie.

Tu es pressé ? Le devoir est ici

Le sujet

Dans la pièce, le « rien » constitue-t-il une véritable action théâtrale ?

Schéma en trois temps de la dissertation 3
Le trajet du raisonnement : trois parties, une réponse progressive au sujet.
Le dossier Le devoir entièrement rédigé
Introduction les sept mouvements

1. Entrée dans le problème. Une conversation entre deux amis devrait permettre de dissiper un malentendu ; chez Sarraute, chaque précision rend pourtant le conflit plus étendu.

2. Présentation de l’autrice. Nathalie Sarraute porte à la scène les mouvements intérieurs rapides qui traversent la parole avant de recevoir un nom stable.

3. Présentation de l’œuvre. Dans Pour un oui ou pour un non, H.1 demande à H.2 pourquoi il s’éloigne. L’enquête remonte d’une intonation presque imperceptible vers deux systèmes de valeurs et deux manières d’habiter le monde.

4. Reprise du sujet. Dans la pièce, le « rien » constitue-t-il une véritable action théâtrale ?

5. Définition et tension. La dispute désigne ici l’action verbale faite de questions, de reprises, d’images, de silences et de classements. Comprendre signifie identifier l’expérience de l’autre, ce qui ne se confond ni avec l’approuver ni avec sauver l’amitié.

6. Problématique. Comment une cause sans événement reconnu met-elle en mouvement les voix, les souvenirs et la scène entière ?

7. Annonce du plan. I. Le presque-rien ouvre et nourrit l’enquête. II. Le détail minuscule libère une violence majeure. III. La forme théâtrale fait du rien une expérience.

I. Le presque-rien ouvre et nourrit l’enquête trois sous-parties
I.a. La réponse négative de H.2
argument

La réponse négative de H.2 donne une présence dramatique à l’imperceptible car elle reconnaît l’existence d’une force tout en refusant les catégories qui permettraient de la désigner.

justification

En effet, à la fin de l’exposition, H.2 ne nie plus la distance ressentie, mais il maintient son origine sous le seuil du dicible.

exemple

Sarraute écrit : « Rien qu’on puisse dire… » (réplique 19).

explication

Le refus contenu dans « Rien » oppose un obstacle à la demande initiale de H.1 et lui donne une raison d’insister. La restriction qui suit transforme cet obstacle en difficulté de parole susceptible d’être interrogée. Les suspensions ménagent une attente, tandis que les relances obligent H.2 à préciser ce qu’il peut ou ne veut pas livrer. Une progression se construit sans arrivée d’un événement extérieur à la rencontre. L’action tient à ces modifications successives de la possibilité de parler, dont chaque réplique déplace le seuil devant l’autre personnage.

récapitulatif

Par conséquent, la réponse négative de h.2 confirme que la partie intitulée « Le presque-rien ouvre et nourrit l’enquête » répond effectivement à un aspect du sujet.

Liaison.

Comment l’analyse du suspens et de l’accent prolonge-t-elle ce premier résultat ?

I.b. L’analyse du suspens et de l’accent
argument

L’analyse du suspens et de l’accent donne une présence dramatique à l’imperceptible car elle isole dans la prosodie des unités capables de modifier la valeur relationnelle d’une phrase banale.

justification

En effet, H.2 décompose la formule « C’est bien… ça… » afin de faire entendre la blessure située entre le sens littéral et son intonation.

exemple

Sarraute écrit : « Juste avec ce suspens… cet accent… » (réplique 45).

explication

Le mot « suspens » nomme un intervalle que les arrêts écrits permettent aussi de faire entendre sur scène. La formule citée reçoit une nouvelle durée lorsqu’elle passe dans la bouche de H.2, puis dans celle de H.1. Chaque reprise met à l’épreuve ce que l’autre vient de nier ou de juger dérisoire. L’événement théâtral naît de cette variation entre deux réalisations, sans modification du vocabulaire de la félicitation. Le détail sonore fait agir les voix en transformant leurs attentes, leur résistance et les conditions de la prochaine réponse.

récapitulatif

Par conséquent, l’analyse du suspens et de l’accent confirme que la partie intitulée « Le presque-rien ouvre et nourrit l’enquête » répond effectivement à un aspect du sujet.

Liaison.

Comment le mot « condescendant » prolonge-t-elle ce premier résultat ?

I.c. Le mot « condescendant »
argument

Le mot « condescendant » donne une présence dramatique à l’imperceptible car il donne une forme partageable au malaise au risque de transformer un mouvement situé en identité accusatrice.

justification

En effet, après avoir cherché la valeur du ton, les amis disposent enfin d’une catégorie lexicale reconnue par tous deux.

exemple

Sarraute écrit : « Le mot « condescendant ». » (réplique 95).

explication

La désignation isolée du « mot » prépare une décision dans le dialogue, puisqu’elle rend possible un nouvel essai d’explication. H.2 s’empare du terme proposé et annonce qu’il va recommencer en présence de son ami. L’expérience verbale appelle ensuite les voisins, dont l’entrée change le nombre de voix réunies sur le plateau. Le passage d’une impression à une catégorie produit ainsi une conséquence dans le déroulement de la scène. La recherche lexicale possède une efficacité dramatique concrète, même si les nouveaux témoins ne parviennent pas à trancher le différend.

récapitulatif

Par conséquent, le mot « condescendant » confirme que la partie intitulée « Le presque-rien ouvre et nourrit l’enquête » répond effectivement à un aspect du sujet.

Transition vers la partie II. Les trois premières preuves ont montré comment le presque-rien ouvre et nourrit l’enquête. L’objection surgit aussitôt : le détail minuscule libère une violence majeure. Ce contraste fait passer du presque-rien à ses conséquences les plus fortes.

II. Le détail minuscule libère une violence majeure trois sous-parties
II.a. L’accusation portée contre les guillemets
argument

L’accusation portée contre les guillemets fait passer le grief dans l’ordre social car elle transforme une pratique de langage en signe d’appartenance à un groupe qui classe et met à distance.

justification

En effet, H.2 répond à la demande de nommer les camps en accusant H.1 et tous ceux qu’il représente de distribuer les catégories.

exemple

Sarraute écrit : « Vous qui placez entre guillemets… » (réplique 254).

explication

Le changement de « toi » en « vous » modifie les partenaires de l’affrontement sans ajouter un nouveau personnage sur scène. H.1 se trouve sommé de répondre pour un ensemble dont H.2 définit la pratique par les guillemets. La relative donne corps à ce groupe dans la parole qui l’accuse de classer. La conversation entre deux amis devient un conflit de camps à travers une opération grammaticale audible. Le théâtre montre une transformation des places occupées par ses voix : le même homme demeure présent, chargé désormais de représenter davantage que lui-même.

récapitulatif

Par conséquent, l’accusation portée contre les guillemets confirme que la partie intitulée « Le détail minuscule libère une violence majeure » répond effectivement à un aspect du sujet.

Liaison.

Comment l’aveu d’une envie meurtrière prolonge-t-elle ce premier résultat ?

II.b. L’aveu d’une envie meurtrière
argument

L’aveu d’une envie meurtrière donne au presque-rien la force d’une menace corporelle car il révèle la violence extrême qu’une remarque sur une carte postale a pu faire naître dans une conversation ordinaire.

justification

En effet, H.2 se souvient de la randonnée où la contemplation du paysage a été rabattue sur un produit de papeterie.

exemple

Sarraute écrit : « J’ai eu envie de te tuer. » (réplique 240).

explication

Le passé composé fait surgir dans l’entretien une parole qui n’avait pas été dite au moment de la descente en montagne. L’envie avouée attribue au souvenir commun une intensité que le récit de l’excursion ne suffisait pas à rendre présente. H.1 répond par l’aveu d’une impulsion semblable, ce qui modifie à son tour la connaissance de cet épisode. Le passé agit sur la scène par ces révélations réciproques. Aucune agression n’a besoin d’être exécutée devant le public pour que la confiance entre les deux interlocuteurs subisse un changement.

récapitulatif

Par conséquent, l’aveu d’une envie meurtrière confirme que la partie intitulée « Le détail minuscule libère une violence majeure » répond effectivement à un aspect du sujet.

Liaison.

Comment la métaphore du combat sans merci prolonge-t-elle ce premier résultat ?

II.c. La métaphore du combat sans merci
argument

La métaphore du combat sans merci porte la divergence jusqu’à une épreuve de survie car elle transforme l’incompatibilité des valeurs en lutte vitale où la conciliation semble menacer l’existence de chacun.

justification

En effet, H.2 généralise les souvenirs accumulés et refuse désormais la possibilité d’une rémission entre les deux amis.

exemple

Sarraute écrit : « C’est un combat sans merci. » (réplique 250).

explication

La phrase brève qui définit un « combat » arrête le mouvement des précautions et impose une issue redoutable à l’entretien. Le complément « sans merci » ferme les possibilités de ménagement, bientôt remplacées par l’alternative de survie formulée par H.2. La réaction de H.1 montre que cette déclaration constitue elle-même un acte auquel il faut répondre. Le dialogue ne décrit plus seulement des dommages antérieurs ; il transforme l’horizon des décisions possibles. Une parole agit en faisant apparaître la conciliation comme exclue, même si cette exclusion demeure contestable entre les voix.

récapitulatif

Par conséquent, la métaphore du combat sans merci confirme que la partie intitulée « Le détail minuscule libère une violence majeure » répond effectivement à un aspect du sujet.

Transition vers la partie III. La violence dégagée dans la deuxième partie ne suffit pas à définir l’action. En effet, la forme théâtrale fait du rien une expérience : la forme théâtrale transforme le détail en expérience partagée.

III. La forme théâtrale fait du rien une expérience trois sous-parties
III.a. Le constat du débordement verbal
argument

Le constat du débordement verbal rend visible l’emballement produit par les répliques car il donne aux deux amis une conscience commune du dérèglement sans leur permettre d’en sortir.

justification

En effet, au terme de plusieurs explications, H.2 reconnaît que le langage se disperse et produit des blessures nouvelles.

exemple

Sarraute écrit : « On parle à tort et à travers… » (réplique 196).

explication

La généralisation par « On » fait baisser l’accusation personnelle au moment où H.2 rejoint son ami devant la fenêtre. Son jugement sur les paroles se coordonne avec l’approche du corps et la main posée sur l’épaule. L’arrêt de la sortie annoncée devient un changement de direction de la rencontre. Le temps théâtral accueille ce ralentissement comme une transformation du lien, sans devoir le convertir en résolution du conflit. L’action comprend une proximité momentanée, dont la reprise ultérieure de la dispute révèle la valeur et la précarité.

récapitulatif

Par conséquent, le constat du débordement verbal confirme que la partie intitulée « . La forme théâtrale fait du rien une expérience » répond effectivement à un aspect du sujet.

Liaison.

Comment le retour déclaré à la source prolonge-t-elle ce premier résultat ?

III.b. Le retour déclaré à la source
argument

Le retour déclaré à la source organise rétrospectivement la progression dramatique car il organise la dispute comme une enquête capable de remonter des effets actuels vers un foyer ancien.

justification

En effet, les personnages pensent avoir retrouvé, dans l’usage des guillemets, le lieu d’où leurs violences successives ont procédé.

exemple

Sarraute écrit : « Voilà le point. C’est ici qu’est la source. » (réplique 232).

explication

La désignation d’une « source » donne un point d’arrivée provisoire aux tâtonnements qui précèdent l’aveu sur les guillemets. Le présentatif et l’adverbe « ici » marquent la découverte comme un événement de l’échange, situé dans cette parole précise. H.1 répond en proposant un souvenir qui rouvre le conflit depuis son propre point de vue. L’instant de reconnaissance fournit une matière nouvelle aux accusations au lieu d’immobiliser les personnages dans un savoir acquis. Le progrès de l’enquête devient une relance dramatique : atteindre l’origine transforme ce qui peut désormais être raconté.

récapitulatif

Par conséquent, le retour déclaré à la source confirme que la partie intitulée « . La forme théâtrale fait du rien une expérience » répond effectivement à un aspect du sujet.

Liaison.

Comment la reprise du titre par le tribunal imaginé prolonge-t-elle ce premier résultat ?

III.c. La reprise du titre par le tribunal imaginé
argument

La reprise du titre par le tribunal imaginé expose l’action au jugement du public car elle résume le conflit dans une formule qui paraît dérisoire tout en reconnaissant sa possibilité réelle.

justification

En effet, H.2 prête au tribunal une conclusion destinée à signaler les deux amis comme des individus dangereux et incompréhensibles.

exemple

Sarraute écrit : « ils peuvent rompre pour un oui ou pour un non. » (réplique 304).

explication

La locution finale résume en quelques mots les tons, les images et les souvenirs que la scène a fait durer. Le pronom « ils » appartient au jugement imaginé par H.2, qui considère les amis depuis leurs dossiers extérieurs. La formule du motif négligeable entre en tension avec les transformations de présence déjà accomplies sous les yeux du public. Le « rien » reçoit deux mesures incompatibles, selon qu’il est classé ou éprouvé dans l’échange. La durée théâtrale lui donne une force d’action que la sentence sociale ne peut reconnaître dans son raccourci.

récapitulatif

Par conséquent, la reprise du titre par le tribunal imaginé confirme que la partie intitulée « . La forme théâtrale fait du rien une expérience » répond effectivement à un aspect du sujet.

Conclusion le bilan et l’ouverture

Le « rien » est bien une action, à condition de ne pas confondre l’action théâtrale avec un événement spectaculaire. Une nuance prosodique reçue comme blessure appelle une demande, une répétition, un démenti ; chaque réponse modifie ensuite la situation et contraint la réplique suivante. Le presque-rien initial possède ainsi une force de propagation qui réorganise le passé des personnages et occupe tout le présent de la scène. Sarraute déplace le moteur dramatique vers l’écoute : agir, ici, c’est faire entendre, interpréter et riposter. Le public ne voit pas une cause minuscule opposée à de grands effets ; il assiste au processus précis par lequel une perception devient événement.

Fiche méthode accompagnée