Une succession de portes péruviennes étroites conduit vers un disque solaire.Les portes du temple organisent un accès réservé.
TEXTE original · Françoise de Graffigny, Lettres d’une Péruvienne, édition augmentée de 1752 · extrait de l’Introduction historique. Dans l’Introduction historique, la description du monde péruvien présente le temple, l’éducation et les quipos, des cordons à nœuds employés comme supports de mémoire et de comptes.
Il y avait cent portes dans le temple superbe du Soleil. L'Inca régnant, qu'on appelait le Capa Inca, avait seul droit de les faire ouvrir ; c'était à lui seul aussi qu'appartenait le droit de pénétrer dans l'intérieur de ce temple.
Les vierges consacrées au Soleil y étaient élevées presque en naissant, et y gardaient une perpétuelle virginité sous la conduite de leurs mamas, ou gouvernantes, à moins que les lois ne les destinassent à épouser des Incas, qui devaient toujours s'unir à leurs sœurs, ou, à leur défaut, à la première princesse du sang, qui était vierge du Soleil. Une des principales occupations de ces vierges était de travailler aux diadèmes des Incas, dont une espèce de frange faisait toute la richesse.
Le temple était orné des différentes idoles des peuples qu'avaient soumis les Incas après leur avoir fait accepter le culte du Soleil. La richesse des métaux et des pierres précieuses dont il était embelli le rendait d'une magnificence et d'un éclat dignes du dieu qu'on y servait.
L'obéissance et le respect des Péruviens pour leurs rois étaient fondés sur l'opinion qu'ils avaient que le Soleil était le père de ces rois. Mais l'attachement et l'amour qu'ils avaient pour eux étaient le fruit de leurs propres vertus, et de l'équité des Incas.
On élevait la jeunesse avec tous les soins qu'exigeait l'heureuse simplicité de leur morale. La subordination n'effrayait point les esprits parce qu'on en montrait la nécessité de très bonne heure et que la tyrannie et l'orgueil n'y avaient aucune part. La modestie et les égards mutuels étaient les premiers fondements de l'éducation des enfants. Attentifs à corriger leurs premiers défauts, ceux qui étaient chargés de les instruire arrêtaient les progrès d'une passion naissante ou les faisaient tourner au bien de la société. Il est des vertus qui en supposent beaucoup d'autres. Pour donner une idée de celles des Péruviens, il suffit de dire qu'avant la descente des Espagnols il passait pour constant qu'un Péruvien n'avait jamais menti.*
Les amautas, philosophes de cette nation, enseignaient à la jeunesse les découvertes qu'on avait faites dans les sciences. La nation était encore dans l'enfance à cet égard, mais elle était dans la force de son bonheur.
Les Péruviens avaient moins de lumières, moins de connaissances, moins d'arts que nous, et cependant ils en avaient assez pour ne manquer d'aucune chose nécessaire. Les quapas ou les quipos leur tenaient lieu de notre art d'écrire. Des cordons de coton ou de boyau, auxquels d'autres cordons de différentes couleurs étaient attachés, leur rappelaient, par des nœuds placés de distance en distance, les choses dont ils voulaient se ressouvenir. Ils leur servaient d'annales, de codes, de rituels, de cérémonies, etc. Ils avaient des officiers publics, appelés quipocamaios, à la garde desquels les quipos étaient confiés. Les finances, les comptes, les tributs, toutes les affaires, toutes les combinaisons étaient aussi aisément traités avec les quipos qu'ils auraient pu l'être par l'usage de l'écriture.*
Le Capa Inca seul devant une grande porte que l’on ouvre.Le pouvoir royal règle l’entrée dans le temple.
Si les mots « Incas », « amautas » ou « quipos » te semblent lointains, ce n’est pas un obstacle pour commencer. Le passage te fait visiter une société : son temple, son éducation et ses moyens de transmettre le savoir. Prenons ces trois portes d’entrée, une à une.
Si une phrase te résiste, ne reste pas bloqué dessus. Garde le texte sous les yeux : nous reviendrons à ses mots, un petit morceau après l’autre.
Une mama accueille une très jeune fille dans une cour calme.L’éducation commence dès la petite enfance.
Qui parle ? La voix de l’Introduction historique présente le monde péruvien au lecteur français.
Que se passe-t-il ? Elle décrit le pouvoir de l’Inca, l’éducation des habitants et l’usage de cordons à nœuds appelés quipos.
Qu’est-ce qui compte ici ? Elle nous demande avec quels critères nous jugeons une société : la quantité de ses connaissances, ou aussi la façon dont ses habitants vivent et s’organisent.
Trois jeunes femmes tissent ensemble une frange de diadème.Le travail textile participe à la vie du temple.
Nous sommes dans l’Introduction historique, avant de suivre Zilia. Ce détour donne des repères sur le monde dont elle vient. Tu comprendras ensuite pourquoi le Soleil, les usages péruviens et les quipos comptent autant dans ses lettres.
Gros plan d’un diadème péruvien dont la richesse est une longue frange rouge.La frange désigne un signe propre de la dignité inca.
Tu sais maintenant ce qui se passe. Pour ouvrir ton explication, il reste à présenter le texte à quelqu’un qui ne l’a pas encore lu. Prenons les choses dans l’ordre. Les phrases en vert te donnent une formulation possible ; tu pourras les redire avec tes mots.
Un, l’autrice.
Ce que tu disFrançoise de Graffigny, écrivaine du XVIIIe siècle, donne une place centrale aux expériences et à la parole d’une femme.
Deux, le contexte.
Ce que tu disLe roman appartient au siècle des Lumières. Le regard d’une étrangère permet d’interroger des usages qui paraissent aller de soi à ceux qui les pratiquent.
Trois, l’œuvre.
Ce que tu disLes Lettres d’une Péruvienne paraissent en 1747, puis dans une édition augmentée en 1752. Le roman suit Zilia, séparée d’Aza et conduite en France. Le parcours « Un nouvel univers s’est offert à mes yeux » invite à examiner les effets de cette découverte.
Quatre, le passage.
Ce que tu disDans l’Introduction historique, la description du monde péruvien présente le temple, l’éducation et les quipos, des cordons à nœuds employés comme supports de mémoire et de comptes.
Cinq, ta question (la problématique).
Ce que tu disSur quels critères cette description invite-t-elle à juger la civilisation inca ?
Six, les mouvements.
Ce que tu disQui peut agir librement dans le temple décrit comme magnifique ? Sur quoi reposent le respect des rois et la confiance entre les habitants ? Avoir moins de connaissances signifie-t-il manquer de ce qui est nécessaire ?
Plusieurs petites idoles différentes rassemblées sous un disque solaire.Le temple conserve la diversité des peuples soumis.
Nous entrons d’abord dans le temple. Il est magnifique, mais ne regarde pas seulement le décor. Demande-toi qui a le droit d’ouvrir les portes et qui décide de la vie des femmes qui y sont consacrées.
Nous allons de « Il y avait cent portes » à « du dieu qu’on y servait. ».
Cent portes : est‑ce la liberté d’entrer ?
« cent portes » […] « avait seul droit de les faire ouvrir » […] « à lui seul »
Il y a beaucoup de portes, mais un seul homme a le droit de les faire ouvrir. Le contraste entre « cent » et « seul » te fait voir le pouvoir concentré entre les mains de l’Inca.
Ce que tu viens d’observer porte un nom : Répétition (« seul » / « à lui seul »). Le même mot revient et attire ainsi l’attention sur ce qu’il désigne.
Ce que tu disJ’observe une répétition (« seul » / « à lui seul »). Le nombre « cent » multiplie les accès possibles. Graffigny présente un ordre sacré où l’espace commun dépend d’un privilège souverain. L’admiration du temple conserve donc une inquiétude politique.
Quand le destin des femmes est‑il décidé ?
« élevées presque en naissant » […] « perpétuelle virginité » […] « à moins que les lois ne les destinassent à épouser des Incas »
Le texte remonte presque à leur naissance. Puis il annonce une règle qui dure toute leur vie, avec une exception fixée par les lois. La description montre ainsi des existences réglées par une institution.
Pour nommer ce geste d’écriture, on parle ici de ce procédé : Subordonnée exceptive (« à moins que »). La proposition introduit le cas qui fait exception à la règle annoncée.
Ce que tu disJ’observe une subordonnée exceptive (« à moins que »). Presque en naissant place l’institution au commencement de la vie. Le texte rend visible la discipline cachée dans la magnificence religieuse. Les femmes entretiennent matériellement le signe du pouvoir qui organise leur existence.
Que raconte le décor du temple ?
« Le temple était orné des différentes idoles des peuples qu’avaient soumis les Incas après leur avoir fait accepter le culte du Soleil »
Les idoles viennent de peuples soumis par les Incas. Elles ne sont donc pas de simples objets décoratifs : leur présence garde la trace de conquêtes et d’un pouvoir religieux imposé.
Le terme utile pour décrire cette construction est le suivant : Proposition relative (« qu’avaient soumis les Incas »). Une proposition ajoute une information sur le nom auquel elle se rattache.
Ce que tu disJ’observe une proposition relative (« qu’avaient soumis les Incas »). Le groupe principal décrit un état : « Le temple était orné ». Le Pérou peut servir d’étalon critique à l’Europe sans devenir un monde innocent. Graffigny laisse apparaître sa propre politique d’expansion.
Fais une petite pause. Rassemblons ce que nous venons de voir, sans reprendre tous les détails.
Le temple est immense, mais l’Inca contrôle son ouverture. La vie des vierges du Soleil est réglée. La description fait donc voir une organisation du pouvoir derrière la splendeur.
Un pilier sobre porte des plaques de métal et quelques pierres colorées.La magnificence rend hommage au dieu servi.
Le regard passe ensuite du temple à l’éducation. Le texte cherche ce qui fait respecter les rois et vivre ensemble les habitants. Est-ce seulement la peur ? Observe comment il distingue les raisons d’obéir et les raisons d’aimer.
Nous allons de « L’obéissance et le respect » à « un Péruvien n’avait jamais menti. ».
Obéir et aimer ont‑ils la même cause ?
« étaient fondés sur l’opinion » […] « Mais l’attachement et l’amour » […] « étaient le fruit de leurs propres vertus, et de l’équité des Incas »
Les phrases se ressemblent, mais leurs explications diffèrent. Le texte distingue la croyance qui fonde l’obéissance des vertus et de l’équité qui nourrissent l’attachement. Il ne réduit donc pas tous les liens à la peur.
Ce que tu viens d’observer porte un nom : Parallélisme (« étaient fondés » / « étaient le fruit »). Deux groupes ou deux phrases reprennent une construction semblable ; on peut alors comparer ce qu’ils disent.
Ce que tu disJ’observe un parallélisme (« étaient fondés » / « étaient le fruit »). Les deux phrases ont une construction proche : deux noms coordonnés forment le sujet, suivis du verbe être à l’imparfait et d’un développement sur leur origine. Le texte distingue la croyance en une filiation sacrée et les qualités qui entretiennent le lien avec les souverains. Le respect ne suffit donc pas à expliquer l’attachement.
Quelle façon de gouverner est écartée ?
« et que la tyrannie et l’orgueil n’y avaient aucune part »
Le passage nomme la tyrannie et l’orgueil pour les exclure. La négation dessine un pouvoir présenté comme raisonnable. C’est l’image valorisée que construit le texte, pas une enquête sur chaque souverain.
Pour nommer ce geste d’écriture, on parle ici de ce procédé : Coordination de causales (« parce que… et que »). Deux propositions donnant une raison sont reliées par « et ». La seconde reprend ici la construction de la première.
Ce que tu disJ’observe une coordination de causales (« parce que… et que »). La négation « n’effrayait point » porte sur l’effet. Le texte propose un critère de légitimité : la subordination cesse d’être servitude lorsqu’elle peut être expliquée et ne sert pas l’orgueil du supérieur.
Faut‑il croire que personne n’a jamais menti ?
« Il est des vertus qui en supposent beaucoup d’autres » […] « un Péruvien n’avait jamais menti »
Écoute la formule qui introduit cette idée : on la tenait pour certaine. Le texte rapporte une réputation exemplaire. Il veut faire de la sincérité le signe d’autres vertus ; il ne nous fournit pas une preuve sur chaque habitant.
Le terme utile pour décrire cette construction est le suivant : Négation temporelle (« n’avait jamais menti »). La négation exclut ici tout moment où l’action aurait eu lieu : c’est le rôle de « jamais ».
Ce que tu disJ’observe une négation temporelle (« n’avait jamais menti »). La première phrase annonce une vertu-synthèse. La vérité devient le signe d’une confiance sociale entière. L’hyperbole construit cependant un modèle, davantage qu’une statistique : le Pérou sert à rendre les mensonges européens visibles.
Fais une petite pause. Rassemblons ce que nous venons de voir, sans reprendre tous les détails.
Le texte distingue la croyance religieuse et les qualités morales. Il présente une éducation qui explique l’ordre et refuse la tyrannie. L’absence de mensonge est donnée comme un trait exemplaire, non comme un résultat statistique.
Un roi péruvien sous un soleil, salué par deux habitants.La filiation solaire fonde respect et obéissance.
Nous arrivons enfin aux savoirs. Le texte reconnaît des limites aux connaissances péruviennes, puis change de mesure : ces connaissances permettent-elles de vivre ? Les quipos donnent un exemple concret de leur utilité.
Nous allons de « Les amautas » à « par l’usage de l’écriture. ».
Peut‑on être peu avancé et heureux ?
« La nation était encore dans l’enfance à cet égard, mais elle était dans la force de son bonheur »
L’« enfance » évoque un début, tandis que la « force » évoque un plein développement. Ces deux images s’appliquent à des choses différentes : les sciences et le bonheur. Elles empêchent de les confondre.
Ce que tu viens d’observer porte un nom : Antithèse (« l’enfance » / « la force »). Deux idées opposées sont rapprochées pour que leur contraste apparaisse.
Ce que tu disJ’observe une antithèse (« l’enfance » / « la force »). Le complément « à cet égard » limite l’enfance au domaine scientifique. Une civilisation peut être moins savante selon l’Europe et mieux accomplie selon ses propres fins.
Moins de savoir signifie‑t‑il pas assez de savoir ?
« moins de lumières, moins de connaissances, moins d’arts que nous, et cependant ils en avaient assez »
Le texte répète « moins », puis fait surgir « assez ». Arrête-toi sur ce changement : on ne compare plus seulement deux peuples, on demande si chacun possède ce qui lui est nécessaire.
Pour nommer ce geste d’écriture, on parle ici de ce procédé : Anaphore (« moins de »). Un mot ou un groupe revient au début de plusieurs phrases ou de plusieurs groupes successifs.
Ce que tu disJ’observe une anaphore (« moins de »). Les trois « moins » semblent installer une échelle défavorable. Graffigny substitue la suffisance à l’accumulation. La comparaison des civilisations devient examen des usages.
À quoi servent concrètement les quipos ?
« Les finances, les comptes, les tributs, toutes les affaires, toutes les combinaisons »
Pense à des cordons dont les nœuds permettent de conserver des informations. La liste des comptes, tributs et affaires montre l’étendue de leurs usages. Ce ne sont pas des lettres d’alphabet, mais ils remplissent des fonctions de mémoire.
Le terme utile pour décrire cette construction est le suivant : Énumération (« Les finances, les comptes, les tributs »). Plusieurs éléments sont placés à la suite : leur réunion donne de l’ampleur ou précise un ensemble.
Ce que tu disJ’observe une énumération (« Les finances, les comptes, les tributs »). Les cordons et les nœuds sont d’abord décrits. Les listes couvrent ensuite mémoire historique, droit, religion et administration. Le texte refuse de définir l’écriture par sa seule forme européenne. Les quipos tiennent un monde ensemble parce qu’ils enregistrent, transmettent et administrent.
Fais une petite pause. Rassemblons ce que nous venons de voir, sans reprendre tous les détails.
Les Péruviens sont décrits comme moins avancés dans certaines sciences, mais heureux et pourvus du nécessaire. Les quipos sont expliqués par ce qu’ils permettent de conserver et de transmettre.
Le roi partage équitablement deux paniers entre deux familles.L’équité transforme le pouvoir en attachement.
Revenons à notre question : Sur quels critères cette description invite-t-elle à juger la civilisation inca ?
Tu n’as pas besoin de conclure que cette société est parfaite. Le passage te fait changer de critères : le savoir compte aussi par ses usages, l’éducation et la vie qu’il rend possible.
Ce que tu disEn conclusion, le passage ne mesure pas une société à la seule quantité de ses connaissances. Il examine les usages du savoir, l’éducation et la suffisance matérielle, sans faire disparaître les privilèges de son organisation politique.
Deux enfants péruviens échangent un petit récipient avec retenue.Les égards mutuels se pratiquent dès l’enfance.
Pour finir, tu peux rapprocher ce passage d’un autre moment du livre. Ce rapprochement doit aider à mieux comprendre ce que nous avons lu.
Ce que tu disLes premiers messages de Zilia donnent aux quipos une fonction intime : les cordons qui servent à la mémoire collective deviennent aussi un moyen de maintenir le lien avec Aza.
Le soleil, le temple et le quipu relient le pouvoir, les liens et la mémoire.
Reprends le texte du début et relis-le. Le temple, les liens d’obéissance et les quipos ne sont plus pour toi trois curiosités séparées. Tu comprends comment leur présentation donne une image organisée de la société péruvienne. Et surtout, tu sais maintenant nommer ce que fait Graffigny : une répétition, un parallélisme, une subordonnée de cause, une anaphore, une énumération. Ces noms ne sont plus une liste à apprendre : tu peux montrer les mots du texte qui leur correspondent et expliquer ce qu’ils font comprendre. Tu es passé de « je n’y comprends rien » à « je sais l’expliquer ». C’est un très beau chemin pour une soirée.
Un dernier conseil pour être tranquille : ce soir, nous avons pris le temps de tout regarder, pour que tu maîtrises le passage. Le jour de l’oral, tu ne rediras pas absolument tout, et c’est normal. Tu garderas les moments les plus forts : le pouvoir réservé à l’Inca, les raisons de l’obéissance et de l’attachement, puis le rôle des quipos pour conserver et transmettre les informations. À chaque étape, garde une citation précise et explique-la. Le dragon ne réclame pas l’exhaustivité ; il veut une explication claire, dans l’ordre du texte. Et ça, tu as maintenant de quoi le faire.
Trois phrases avant la riveLes trois dernières dalles de la lame avant la rive, numérotées un, deux, trois, et une flèche rouge qui indique la rive.①②③Trois dalles numérotées : après elles commence la rive de la grammaire.
L’adresse commune
Les sept leçons de grammaire
Le verbe : valeurs temporelles, aspectuelles et modales.
Il reste un dernier morceau, qui peut impressionner : la question de grammaire. À l’oral, le dragon te montre une phrase du texte, te pose une question précise, et tu y réponds. On va s’entraîner sur trois questions, chacune sur une notion différente. Tu n’as pas à tout savoir d’un coup : nous allons refaire le même petit geste.
Le réflexe en cinq pas. Un, la phrase est-elle simple ou complexe ? Repère les verbes conjugués, sans compter deux fois l’auxiliaire et le participe d’un temps composé. Deux, qu’est-ce qu’on te demande de regarder ? Trois, analyse doucement, mot par mot. Quatre, nomme les natures et les fonctions utiles à la question. Cinq, conclus en nommant la notion. S’il y a une ellipse, pense aussi aux mots sous-entendus : compter ne suffit pas toujours.
Le pronom relatif « que »
Qu’ reprend l’Inca régnant, la personne à qui on donne le nom de Capa Inca.
La négation « ne… point »
Retirer n’ et point permet de retrouver la principale affirmative.
Le dragon te montre ce passage : « L’Inca régnant, qu’on appelait le Capa Inca, avait seul droit de les faire ouvrir ; […] »
Et il te demande : Analysez « qu’on appelait le Capa Inca ».
Commençons par les verbes. Le segment étudié est complexe, déclaratif et affirmatif. Il comprend deux formes conjuguées : « appelait » et « avait ». Le sujet principal est « L’Inca régnant ».
Regardons ce qui est demandé. Réécris pour vérifier : « On appelait l’Inca régnant le Capa Inca. » Dans la citation, « qu’ » remplace « l’Inca régnant ». Il est donc complément d’objet direct ; le sujet du verbe reste « on ». Les virgules encadrent une précision ajoutée sur ce personnage. Tu peux maintenant nommer la construction et expliquer comment tu l’as reconnue.
Dans la relative, qu’ est COD et le Capa Inca est l’attribut de ce COD.
Ce que tu dis« Qu’on appelait le Capa Inca » est une proposition subordonnée relative adjective explicative, détachée par deux virgules. Son antécédent est « L’Inca régnant ». Le pronom relatif « qu’ », forme élidée de « que », est complément d’objet direct de « appelait » ; « on » en est le sujet. La phrase transformée « on appelait l’Inca régnant le Capa Inca » fait apparaître la place du complément repris. « Le Capa Inca » est attribut du complément d’objet direct : il donne le nom attribué à la personne. La relative n’est pas une interrogative indirecte.
Le dragon te montre cette phrase : « La subordination n’effrayait point les esprits parce qu’on en montrait la nécessité de très bonne heure et que la tyrannie et l’orgueil n’y avaient aucune part. »
Et il te demande : Analysez la négation dans la proposition principale.
Commençons par les verbes. La phrase est complexe et déclarative. Elle contient trois formes conjuguées : « effrayait », « montrait » et « avaient ». Le sujet principal est « La subordination ». La principale et la seconde subordonnée sont négatives.
Regardons ce qui est demandé. Commence seulement par « La subordination n’effrayait point les esprits ». Retire « n’ » et « point » : tu obtiens la phrase affirmative. La négation porte sur le fait d’effrayer. Tu peux ensuite distinguer l’autre négation de la phrase, « n’y avaient aucune part ». Tu peux maintenant nommer la construction et expliquer comment tu l’as reconnue.
Ne… point porte sur la principale ; n’… aucune se trouve ailleurs dans la phrase.
Ce que tu disDans la principale, « ne… point » encadre le verbe « effrayait » à l’imparfait. Il s’agit d’une négation totale : elle nie la proposition affirmative « La subordination effrayait les esprits ». « Ne » est élidé devant la voyelle du verbe. Les deux propositions causales coordonnées, introduites par « parce que » puis « que », restent subordonnées à cette principale. Dans la seconde, la négation « n’… aucune » porte sur le groupe nominal « aucune part » ; elle ne doit pas être confondue avec la locution « ne… point » étudiée dans la principale.
Le dragon te montre cette phrase : « La nation était encore dans l’enfance à cet égard, mais elle était dans la force de son bonheur. »
Et il te demande : Identifiez les temps verbaux et leur valeur temporelle.
Commençons par les verbes. La phrase est complexe, déclarative et affirmative. Deux propositions sont coordonnées par « mais ». Elles ont pour sujets « La nation » puis « elle » et contiennent chacune « était ».
Regardons ce qui est demandé. Les deux verbes sont identiques : « était ». Ils ne racontent pas deux actions successives. Ils décrivent deux états au même moment du passé. Le mot « mais » les oppose ; il ne signifie pas « puis ». Tu peux maintenant nommer la construction et expliquer comment tu l’as reconnue.
Les imparfaits décrivent des états sans limite finale ; mais ne marque pas une suite.
Ce que tu disLes deux occurrences de « était » sont à la troisième personne du singulier de l’imparfait de l’indicatif. Elles décrivent deux états simultanés dans le cadre passé du récit historique. Aucune borne finale n’est indiquée pour ces états : l’aspect est inaccompli. L’adverbe « encore » marque la continuation du premier état au moment considéré. La coordination « mais » oppose les deux caractérisations sans établir une succession chronologique. Il ne faut donc pas lire le second imparfait comme une action venue après la première.
1Repérer les verbes
2Lire la question
3Observer les mots
4Nommer et justifier
5Conclure
Une phrase, une question, puis cinq gestes pour construire ta réponse.
Tu as vu le geste : une phrase, une question posée, une réponse. Nous avons travaillé trois points différents : le pronom relatif « que », la négation « ne… point » et deux imparfaits. Chaque fois, tu es parti des mots pour expliquer leur construction. Le jour de l’oral, reprends ces cinq pas et réponds à la question posée, sans réciter tout un cours. Ce réflexe se construit en s’entraînant ; tu viens de le faire trois fois.
Un jeune Péruvien rend un objet trouvé à son propriétaire.La vérité et la droiture fondent la confiance collective.
Pour ce soir, tu peux t’arrêter ici. Tu as suivi une voix, compris son chemin et regardé de près quelques phrases.
Tu n’as pas besoin de conclure que cette société est parfaite. Le passage te fait changer de critères : le savoir compte aussi par ses usages, l’éducation et la vie qu’il rend possible.
Demain, reprends une seule de ces phrases et explique-la avec tes mots. Si tu veux maintenant les analyses développées, les procédés et le mémo, le dossier qui suit les rassemble. Tu n’es pas obligé de tout faire ce soir.
Ce que tu viens de lire, c’est le texte expliqué comme on l’explique à voix
haute, à côté de toi. Si c’était ton but, c’est fini : tu as compris le texte.
Le même commentaire linéaire, sous l’angle institutionnel et administratif.
Un amauta montre des étoiles stylisées à trois élèves assis.Les philosophes transmettent les découvertes scientifiques.Le texte dit simplementOn raconte ce qui se passe, sans jargon.Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Le texte dit simplement
Le temple est immense, mais l’Inca contrôle son ouverture. La vie des vierges du Soleil est réglée. La description fait donc voir une organisation du pouvoir derrière la splendeur.
Le texte distingue la croyance religieuse et les qualités morales. Il présente une éducation qui explique l’ordre et refuse la tyrannie. L’absence de mensonge est donnée comme un trait exemplaire, non comme un résultat statistique.
Les Péruviens sont décrits comme moins avancés dans certaines sciences, mais heureux et pourvus du nécessaire. Les quipos sont expliqués par ce qu’ils permettent de conserver et de transmettre.
Un amauta montre au sol une figure simple délimitée par un trait et quelques cailloux.Le savoir prend des formes concrètes d’enseignement.L’introduction rédigéeCe qu’on écrit en tête de copie, mot pour mot.Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
L’introduction rédigée
L’autrice. Françoise de Graffigny, écrivaine du XVIIIe siècle, donne une place centrale aux expériences et à la parole d’une femme.
Le contexte. Le roman appartient au siècle des Lumières. Le regard d’une étrangère permet d’interroger des usages qui paraissent aller de soi à ceux qui les pratiquent.
L’œuvre. Les Lettres d’une Péruvienne paraissent en 1747, puis dans une édition augmentée en 1752. Le roman suit Zilia, séparée d’Aza et conduite en France. Le parcours « Un nouvel univers s’est offert à mes yeux » invite à examiner les effets de cette découverte.
Le passage. Dans l’Introduction historique, la description du monde péruvien présente le temple, l’éducation et les quipos, des cordons à nœuds employés comme supports de mémoire et de comptes.
La question. Sur quels critères cette description invite-t-elle à juger la civilisation inca ?
Mouvements. Qui peut agir librement dans le temple décrit comme magnifique ? Sur quoi reposent le respect des rois et la confiance entre les habitants ? Avoir moins de connaissances signifie-t-il manquer de ce qui est nécessaire ?
Une famille assemble un abri et quelques biens nécessaires.Le bonheur est rapporté à la suffisance du nécessaire.L’explication linéaireL’analyse complète, mouvement par mouvement.Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
L’explication linéaire
Un ordre sacré concentré
De « Il y avait cent portes » à « du dieu qu’on y servait. ».
★ I.a. Cent portes, un seul droit : la grandeur concentre le pouvoir
L’ampleur du temple semble d’abord annoncer l’ouverture, mais la phrase concentre tous les droits.
Citation. « cent portes » […] « avait seul droit de les faire ouvrir » […] « à lui seul »
Procédé principal. Répétition (« seul » / « à lui seul »)
Analyse. Le nombre « cent » multiplie les accès possibles. Le nombre « cent » désigne d’abord la multiplicité des portes. La phrase suivante déplace la mesure vers le nombre de personnes autorisées à les ouvrir. Le groupe « seul droit » réserve cette permission au sujet « L’Inca régnant ». Après le point-virgule, la construction « c’était à lui seul […] qu’appartenait » reprend la même restriction, avec cette fois le pronom personnel renforcé. Deux infinitifs distinguent les actes : « faire ouvrir » implique un ordre exécuté, tandis que « pénétrer » désigne l’accès personnel à l’intérieur. « Aussi » relie les deux privilèges. La description ne détaille ni le matériau des portes ni leur décoration : elle s’attarde sur leur régime d’accès. Le contraste entre l’ampleur architecturale et l’unicité du bénéficiaire est donc porté par la distribution des nombres, pronoms et constructions restrictives.
Effet sur le lecteur. Le lecteur voit la multitude des accès contraster avec le droit accordé à un seul homme.
Interprétation. Graffigny présente un ordre sacré où l’espace commun dépend d’un privilège souverain. L’admiration du temple conserve donc une inquiétude politique.
Phrase de liaison. Quelle place ce pouvoir réserve-t-il aux femmes consacrées ?
★ I.b. Une vie réglée d’avance : les femmes dans l’ordre du temple
Le paragraphe suit les femmes depuis la naissance jusqu’au mariage éventuel et au travail.
Citation. « élevées presque en naissant » […] « perpétuelle virginité » […] « à moins que les lois ne les destinassent à épouser des Incas »
Procédé principal. Subordonnée exceptive (« à moins que »)
Analyse. Presque en naissant place l’institution au commencement de la vie. L’imparfait passif « étaient élevées » présente les vierges comme les destinataires d’une organisation déjà en place. Le groupe « presque en naissant » situe son commencement au début de la vie ; « perpétuelle » étend ensuite la règle de virginité sans borne finale. « À moins que » ouvre une exception, mais le sujet de « destinassent » est « les lois », et non les femmes concernées. La relative « qui devaient toujours s’unir » développe à son tour l’obligation des Incas. Les adverbes et déterminants de durée se répondent ainsi entre les deux sexes, sans devenir des choix individuels. La dernière phrase passe de la règle matrimoniale à une occupation matérielle, « travailler aux diadèmes ». L’organisation du paragraphe relie donc l’éducation, la destination familiale et le travail à l’intérieur d’une même institution.
Effet sur le lecteur. Le lecteur perçoit l’exception comme étroitement limitée par une règle générale.
Interprétation. Le texte rend visible la discipline cachée dans la magnificence religieuse. Les femmes entretiennent matériellement le signe du pouvoir qui organise leur existence.
Phrase de liaison. Cette domination reste-t-elle intérieure au Pérou, ou le temple garde-t-il aussi la trace de peuples soumis ?
◆ I.c. Des cultes réunis : l’ornement porte une histoire de pouvoir
Le temple rassemble les cultes, mais cette réunion suit une conquête.
Citation. « Le temple était orné des différentes idoles des peuples qu’avaient soumis les Incas après leur avoir fait accepter le culte du Soleil »
Procédé principal. Proposition relative (« qu’avaient soumis les Incas »)
Analyse. Le groupe principal décrit un état : « Le temple était orné ». Les « idoles » y sont données comme des éléments visibles du décor. Leur complément « des peuples » est immédiatement précisé par une relative au plus-que-parfait, « qu’avaient soumis les Incas » : cette forme situe une action antérieure à l’état décrit. « Les Incas » est le sujet placé après le verbe ; le pronom relatif « qu’ » reprend les peuples et en fait l’objet de la soumission. Le groupe infinitif passé introduit par « après » ajoute l’acceptation du culte du Soleil comme antérieure à cette soumission dans la construction écrite. Il ne faut pas inverser mécaniquement cet ordre. La phrase ne décrit pas les négociations ni les violences de cette histoire ; elle inscrit deux actions de domination dans les expansions du nom qui paraissait seulement décoratif.
Effet sur le lecteur. Le lecteur retrouve, derrière la diversité des vêtements, le rappel d’une conquête.
Interprétation. Le Pérou peut servir d’étalon critique à l’Europe sans devenir un monde innocent. Graffigny laisse apparaître sa propre politique d’expansion.
Transition vers le mouvement suivant. Le temple est immense, mais l’Inca contrôle son ouverture. Sur quoi reposent le respect des rois et la confiance entre les habitants ?
L’éducation et les liens politiques
De « L’obéissance et le respect » à « un Péruvien n’avait jamais menti. ».
★ II.a. Respect et amour : deux fondements du lien politique
Une structure parallèle distingue deux sources de l’autorité.
Citation. « étaient fondés sur l’opinion » […] « Mais l’attachement et l’amour » […] « étaient le fruit de leurs propres vertus, et de l’équité des Incas »
Procédé principal. Parallélisme (« étaient fondés » / « étaient le fruit »)
Analyse. Les deux phrases ont une construction proche : deux noms coordonnés forment le sujet, suivis du verbe être à l’imparfait et d’un développement sur leur origine. La première associe « obéissance » et « respect » ; la seconde « attachement » et « amour ». Le connecteur « Mais » empêche de confondre les deux explications. « Fondés sur l’opinion » introduit une croyance dont le contenu est donné par une complétive : le Soleil serait le père des rois. « Étaient le fruit » emploie ensuite une image de production et met en relation des dispositions des Péruviens et « l’équité des Incas ». Le possessif « leurs propres » ne doit pas être attribué d’emblée aux seuls souverains : le nom des Incas est justement répété pour préciser leur équité. La symétrie répartit donc les sources du lien sans les réduire à une origine sacrée.
Effet sur le lecteur. Le lecteur distingue deux fondements du pouvoir, présentés dans des constructions semblables.
Interprétation. Le texte distingue la croyance en une filiation sacrée et les qualités qui entretiennent le lien avec les souverains. Le respect ne suffit donc pas à expliquer l’attachement.
Phrase de liaison. Comment l’éducation prépare-t-elle les sujets à cet ordre ?
◆ II.b. Une obéissance expliquée : les causes remplacent la peur
Le passage explique l’acceptation de l’ordre par la manière dont il est enseigné et exercé.
Citation. « et que la tyrannie et l’orgueil n’y avaient aucune part »
Procédé principal. Coordination de causales (« parce que… et que »)
Analyse. La négation « n’effrayait point » porte sur l’effet. La principale pose une négation, « n’effrayait point », avant de donner ses raisons. La première subordonnée, introduite par « parce que », a pour sujet « on » et pour complément « la nécessité » : elle décrit une action d’explication. La seconde commence par « et que », reprise de la conjonction qui évite de répéter parce que. Elle a pour sujet coordonné « la tyrannie et l’orgueil » et leur refuse « aucune part » dans l’organisation présentée. Ces deux causes ne se confondent pas : l’une concerne ce qui est enseigné, l’autre ce qui est exclu de la pratique. « De très bonne heure » indique que l’explication commence tôt. Les trois imparfaits installent des habitudes générales. La phrase construit ainsi un rapport entre une absence de crainte, une transmission et une limite posée à l’exercice du pouvoir.
Effet sur le lecteur. Le lecteur suit les raisons données à l’obéissance, au lieu de rencontrer un ordre sans explication.
Interprétation. Le texte propose un critère de légitimité : la subordination cesse d’être servitude lorsqu’elle peut être expliquée et ne sert pas l’orgueil du supérieur.
Phrase de liaison. Quel résultat moral cet enseignement prétend-il produire ?
★ II.c. Une vérité exemplaire : le mensonge donné comme absent
Un exemple unique condense l’ensemble de l’éducation.
Citation. « Il est des vertus qui en supposent beaucoup d’autres » […] « un Péruvien n’avait jamais menti »
Procédé principal. Négation temporelle (« n’avait jamais menti »)
Analyse. La première phrase annonce une vertu-synthèse. Le développement commence par une formule générale au présent, « Il est des vertus ». Le pronom « en » reprend d’autres vertus sans les énumérer. La phrase suivante annonce une illustration avec « Pour donner une idée » et « il suffit de dire ». Elle encadre toutefois l’affirmation par « il passait pour constant » : le texte rapporte une réputation reçue comme certaine, non le résultat d’un relevé de tous les comportements. À l’intérieur de la complétive, le singulier générique « un Péruvien » vaut pour un membre quelconque du peuple. « Jamais » étend la négation à toute la période considérée, bornée par « avant la descente des Espagnols ». Le plus-que-parfait place cette absence de mensonge dans l’antériorité. Le caractère absolu appartient ainsi à une représentation historique qu’il faut identifier comme telle.
Effet sur le lecteur. Le lecteur retient une affirmation sans exception sur la parole du souverain.
Interprétation. La vérité devient le signe d’une confiance sociale entière. L’hyperbole construit cependant un modèle, davantage qu’une statistique : le Pérou sert à rendre les mensonges européens visibles.
Transition vers le mouvement suivant. Le texte distingue la croyance religieuse et les qualités morales. Avoir moins de connaissances signifie-t-il manquer de ce qui est nécessaire ?
D’autres mesures du savoir
De « Les amautas » à « par l’usage de l’écriture. ».
★ III.a. Moins savants, mais heureux : deux mesures d’une civilisation
Le texte reconnaît une moindre avancée des sciences, puis refuse d’en déduire une infériorité globale.
Citation. « La nation était encore dans l’enfance à cet égard, mais elle était dans la force de son bonheur »
Procédé principal. Antithèse (« l’enfance » / « la force »)
Analyse. Le complément « à cet égard » limite l’enfance au domaine scientifique. Le sujet « La nation » est repris par « elle » dans la seconde proposition, ce qui maintient un seul objet de comparaison. Les deux verbes « était » sont au même temps et décrivent des états simultanés, non un progrès entre deux moments. « Encore » retient la première image dans une phase inachevée, « l’enfance ». Le complément « à cet égard » en limite la portée aux sciences dont la phrase précédente vient de parler. Après « mais », le groupe « dans la force de son bonheur » reprend la construction « dans » suivie d’un nom et lui donne une valeur opposée. Le bonheur n’est donc pas déclaré enfantin : les deux domaines sont dissociés par la structure même de la phrase. Le parallèle permet d’attribuer à une nation deux niveaux différents sans faire du premier la mesure universelle du second.
Effet sur le lecteur. Le lecteur rencontre, dans la même phrase, un signe de faiblesse et un signe de force.
Interprétation. Une civilisation peut être moins savante selon l’Europe et mieux accomplie selon ses propres fins.
Phrase de liaison. Comment le paragraphe suivant transforme-t-il cette idée en raisonnement comparatif ?
◆ III.b. De « moins » à « assez » : la comparaison change de critère
Une concession quantitative déplace la comparaison vers les besoins.
Citation. « moins de lumières, moins de connaissances, moins d’arts que nous, et cependant ils en avaient assez »
Analyse. Les trois « moins » semblent installer une échelle défavorable. Trois groupes de quantité commencent par « moins de », devant « lumières », « connaissances » et « arts ». Le complément final « que nous » vaut pour l’ensemble et indique le terme européen de la comparaison. Cette construction semble d’abord accumuler des déficits. La coordination « et cependant » conserve ces écarts tout en introduisant une conclusion qui n’en découle pas mécaniquement. « Assez » ne reprend pas une quantité égale à celle de l’Europe ; il fixe une quantité suffisante pour un usage. Le groupe « pour ne manquer d’aucune chose nécessaire » énonce cet usage et le borne par la nécessité. « En » reprend les biens intellectuels précédemment énumérés. La phrase ne remplace donc pas trois infériorités par trois supériorités : elle passe d’une mesure relative à une mesure fondée sur la satisfaction des besoins.
Effet sur le lecteur. Le lecteur entend la répétition de « moins de » retourner une infériorité apparente en avantage.
Interprétation. Graffigny substitue la suffisance à l’accumulation. La comparaison des civilisations devient examen des usages.
Phrase de liaison. Quel objet prouve concrètement cette efficacité ?
★ III.c. Des nœuds qui servent : les quipos jugés par leurs usages
La description matérielle conduit à un inventaire des usages sociaux.
Citation. « Les finances, les comptes, les tributs, toutes les affaires, toutes les combinaisons »
Procédé principal. Énumération (« Les finances, les comptes, les tributs »)
Analyse. Les cordons et les nœuds sont d’abord décrits. Les listes couvrent ensuite mémoire historique, droit, religion et administration. La description commence par la matière et l’assemblage des cordons, puis leur attribue des fonctions de mémoire avec « leur rappelaient ». La place des nœuds « de distance en distance » est mentionnée comme un élément de ce rappel. Une première liste nomme les annales, les codes et les rituels ; la dernière élargit les usages aux comptes et à « toutes les affaires ». La répétition de « toutes » tend à totaliser le champ administratif. La comparaison « aussi aisément […] qu’ils auraient pu l’être » porte sur le traitement des affaires, non sur l’identité matérielle entre nœuds et lettres alphabétiques. Le pronom « l’ » évite de répéter « traités ». Cette égalité est celle que construit la voix historique du roman : elle ne dispense pas de distinguer cette représentation de ce que l’histoire des systèmes de notation peut établir par ailleurs.
Effet sur le lecteur. Le lecteur découvre les quipos à travers plusieurs usages concrets, du compte à la mémoire.
Interprétation. Le texte refuse de définir l’écriture par sa seule forme européenne. Les quipos tiennent un monde ensemble parce qu’ils enregistrent, transmettent et administrent.
Phrase de liaison vers la conclusion. Sur quels critères cette description invite-t-elle à juger la civilisation inca ?
Un quipu seul, cordon principal et fils rouges, bleus, verts munis de nœuds.Les quipos constituent un système de signes.La conclusion rédigéeLe bilan et l’ouverture.Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
La conclusion rédigée
Le bilan. Le Pérou peut servir d’étalon critique à l’Europe sans devenir un monde innocent. Graffigny laisse apparaître sa propre politique d’expansion. La vérité devient le signe d’une confiance sociale entière. L’hyperbole construit cependant un modèle, davantage qu’une statistique : le Pérou sert à rendre les mensonges européens visibles. Le texte refuse de définir l’écriture par sa seule forme européenne. Les quipos tiennent un monde ensemble parce qu’ils enregistrent, transmettent et administrent.
La réponse. Le passage ne mesure pas une société à la seule quantité de ses connaissances. Il examine les usages du savoir, l’éducation et la suffisance matérielle, sans faire disparaître les privilèges de son organisation politique.
La portée. Ce Pérou est une représentation construite par le roman et ses sources. Ses images exemplaires ne sont pas des données qu’il faudrait présenter comme vérifiées sur chaque individu.
L’ouverture. Les premiers messages de Zilia donnent aux quipos une fonction intime : les cordons qui servent à la mémoire collective deviennent aussi un moyen de maintenir le lien avec Aza.
Deux mains font un nœud à distance d’un autre sur un cordon.La place des nœuds participe à la mémoire.Le mémo de l’oralCe qu’on dit vraiment en dix minutes.Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Le mémo de l’oral
Françoise de Graffigny, Lettres d’une Péruvienne, édition augmentée de 1752. Objet d’étude : le roman et le récit. Parcours : « Un nouvel univers s’est offert à mes yeux ».
Situer et lire
Dans l’Introduction historique, la description du monde péruvien présente le temple, l’éducation et les quipos, des cordons à nœuds employés comme supports de mémoire et de comptes.
Lire le passage en faisant entendre les phrases, les interrogations et les changements de mouvement.
Sur quels critères cette description invite-t-elle à juger la civilisation inca ?
Un ordre sacré concentré
★ I.a « cent portes » […] « avait seul droit de les faire ouvrir » […] « à lui seul » J’observe une répétition (« seul » / « à lui seul »). Le nombre « cent » multiplie les accès possibles. Le lecteur voit la multitude des accès contraster avec le droit accordé à un seul homme. Graffigny présente un ordre sacré où l’espace commun dépend d’un privilège souverain. L’admiration du temple conserve donc une inquiétude politique.
★ I.b « élevées presque en naissant » […] « perpétuelle virginité » […] « à moins que les lois ne les destinassent à épouser des Incas » J’observe une subordonnée exceptive (« à moins que »). Presque en naissant place l’institution au commencement de la vie. Le lecteur perçoit l’exception comme étroitement limitée par une règle générale. Le texte rend visible la discipline cachée dans la magnificence religieuse. Les femmes entretiennent matériellement le signe du pouvoir qui organise leur existence.
Le temple est immense, mais l’Inca contrôle son ouverture. Sur quoi reposent le respect des rois et la confiance entre les habitants ?
L’éducation et les liens politiques
★ II.a « étaient fondés sur l’opinion » […] « Mais l’attachement et l’amour » […] « étaient le fruit de leurs propres vertus, et de l’équité des Incas » J’observe un parallélisme (« étaient fondés » / « étaient le fruit »). Les deux phrases ont une construction proche : deux noms coordonnés forment le sujet, suivis du verbe être à l’imparfait et d’un développement sur leur origine. Le lecteur distingue deux fondements du pouvoir, présentés dans des constructions semblables. Le texte distingue la croyance en une filiation sacrée et les qualités qui entretiennent le lien avec les souverains. Le respect ne suffit donc pas à expliquer l’attachement.
★ II.c « Il est des vertus qui en supposent beaucoup d’autres » […] « un Péruvien n’avait jamais menti » J’observe une négation temporelle (« n’avait jamais menti »). La première phrase annonce une vertu-synthèse. Le lecteur retient une affirmation sans exception sur la parole du souverain. La vérité devient le signe d’une confiance sociale entière. L’hyperbole construit cependant un modèle, davantage qu’une statistique : le Pérou sert à rendre les mensonges européens visibles.
Le texte distingue la croyance religieuse et les qualités morales. Avoir moins de connaissances signifie-t-il manquer de ce qui est nécessaire ?
D’autres mesures du savoir
★ III.a « La nation était encore dans l’enfance à cet égard, mais elle était dans la force de son bonheur » J’observe une antithèse (« l’enfance » / « la force »). Le complément « à cet égard » limite l’enfance au domaine scientifique. Le lecteur rencontre, dans la même phrase, un signe de faiblesse et un signe de force. Une civilisation peut être moins savante selon l’Europe et mieux accomplie selon ses propres fins.
★ III.c « Les finances, les comptes, les tributs, toutes les affaires, toutes les combinaisons » J’observe une énumération (« Les finances, les comptes, les tributs »). Les cordons et les nœuds sont d’abord décrits. Les listes couvrent ensuite mémoire historique, droit, religion et administration. Le lecteur découvre les quipos à travers plusieurs usages concrets, du compte à la mémoire. Le texte refuse de définir l’écriture par sa seule forme européenne. Les quipos tiennent un monde ensemble parce qu’ils enregistrent, transmettent et administrent.
Conclure
Le passage ne mesure pas une société à la seule quantité de ses connaissances. Il examine les usages du savoir, l’éducation et la suffisance matérielle, sans faire disparaître les privilèges de son organisation politique.
Les premiers messages de Zilia donnent aux quipos une fonction intime : les cordons qui servent à la mémoire collective deviennent aussi un moyen de maintenir le lien avec Aza.
Des écheveaux de coton près d’un cordon déjà achevé.Les matières ordinaires portent des fonctions élaborées.Le tableau des procédésTout ce qui se révise en un coup d’œil.Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Le tableau des procédés
Procédé désigné
Analyse dans le texte
Effet sur le lecteur
Interprétation
★ I.a · Répétition (« seul » / « à lui seul »)
Le nombre « cent » multiplie les accès possibles. Le nombre « cent » désigne d’abord la multiplicité des portes. La phrase suivante déplace la mesure vers le nombre de personnes autorisées à les ouvrir. Le groupe « seul droit » réserve cette permission au sujet « L’Inca régnant ». Après le point-virgule, la construction « c’était à lui seul […] qu’appartenait » reprend la même restriction, avec cette fois le pronom personnel renforcé. Deux infinitifs distinguent les actes : « faire ouvrir » implique un ordre exécuté, tandis que « pénétrer » désigne l’accès personnel à l’intérieur. « Aussi » relie les deux privilèges. La description ne détaille ni le matériau des portes ni leur décoration : elle s’attarde sur leur régime d’accès. Le contraste entre l’ampleur architecturale et l’unicité du bénéficiaire est donc porté par la distribution des nombres, pronoms et constructions restrictives.
Le lecteur voit la multitude des accès contraster avec le droit accordé à un seul homme.
Graffigny présente un ordre sacré où l’espace commun dépend d’un privilège souverain. L’admiration du temple conserve donc une inquiétude politique.
★ I.b · Subordonnée exceptive (« à moins que »)
Presque en naissant place l’institution au commencement de la vie. L’imparfait passif « étaient élevées » présente les vierges comme les destinataires d’une organisation déjà en place. Le groupe « presque en naissant » situe son commencement au début de la vie ; « perpétuelle » étend ensuite la règle de virginité sans borne finale. « À moins que » ouvre une exception, mais le sujet de « destinassent » est « les lois », et non les femmes concernées. La relative « qui devaient toujours s’unir » développe à son tour l’obligation des Incas. Les adverbes et déterminants de durée se répondent ainsi entre les deux sexes, sans devenir des choix individuels. La dernière phrase passe de la règle matrimoniale à une occupation matérielle, « travailler aux diadèmes ». L’organisation du paragraphe relie donc l’éducation, la destination familiale et le travail à l’intérieur d’une même institution.
Le lecteur perçoit l’exception comme étroitement limitée par une règle générale.
Le texte rend visible la discipline cachée dans la magnificence religieuse. Les femmes entretiennent matériellement le signe du pouvoir qui organise leur existence.
Le groupe principal décrit un état : « Le temple était orné ». Les « idoles » y sont données comme des éléments visibles du décor. Leur complément « des peuples » est immédiatement précisé par une relative au plus-que-parfait, « qu’avaient soumis les Incas » : cette forme situe une action antérieure à l’état décrit. « Les Incas » est le sujet placé après le verbe ; le pronom relatif « qu’ » reprend les peuples et en fait l’objet de la soumission. Le groupe infinitif passé introduit par « après » ajoute l’acceptation du culte du Soleil comme antérieure à cette soumission dans la construction écrite. Il ne faut pas inverser mécaniquement cet ordre. La phrase ne décrit pas les négociations ni les violences de cette histoire ; elle inscrit deux actions de domination dans les expansions du nom qui paraissait seulement décoratif.
Le lecteur retrouve, derrière la diversité des vêtements, le rappel d’une conquête.
Le Pérou peut servir d’étalon critique à l’Europe sans devenir un monde innocent. Graffigny laisse apparaître sa propre politique d’expansion.
★ II.a · Parallélisme (« étaient fondés » / « étaient le fruit »)
Les deux phrases ont une construction proche : deux noms coordonnés forment le sujet, suivis du verbe être à l’imparfait et d’un développement sur leur origine. La première associe « obéissance » et « respect » ; la seconde « attachement » et « amour ». Le connecteur « Mais » empêche de confondre les deux explications. « Fondés sur l’opinion » introduit une croyance dont le contenu est donné par une complétive : le Soleil serait le père des rois. « Étaient le fruit » emploie ensuite une image de production et met en relation des dispositions des Péruviens et « l’équité des Incas ». Le possessif « leurs propres » ne doit pas être attribué d’emblée aux seuls souverains : le nom des Incas est justement répété pour préciser leur équité. La symétrie répartit donc les sources du lien sans les réduire à une origine sacrée.
Le lecteur distingue deux fondements du pouvoir, présentés dans des constructions semblables.
Le texte distingue la croyance en une filiation sacrée et les qualités qui entretiennent le lien avec les souverains. Le respect ne suffit donc pas à expliquer l’attachement.
◆ II.b · Coordination de causales (« parce que… et que »)
La négation « n’effrayait point » porte sur l’effet. La principale pose une négation, « n’effrayait point », avant de donner ses raisons. La première subordonnée, introduite par « parce que », a pour sujet « on » et pour complément « la nécessité » : elle décrit une action d’explication. La seconde commence par « et que », reprise de la conjonction qui évite de répéter parce que. Elle a pour sujet coordonné « la tyrannie et l’orgueil » et leur refuse « aucune part » dans l’organisation présentée. Ces deux causes ne se confondent pas : l’une concerne ce qui est enseigné, l’autre ce qui est exclu de la pratique. « De très bonne heure » indique que l’explication commence tôt. Les trois imparfaits installent des habitudes générales. La phrase construit ainsi un rapport entre une absence de crainte, une transmission et une limite posée à l’exercice du pouvoir.
Le lecteur suit les raisons données à l’obéissance, au lieu de rencontrer un ordre sans explication.
Le texte propose un critère de légitimité : la subordination cesse d’être servitude lorsqu’elle peut être expliquée et ne sert pas l’orgueil du supérieur.
★ II.c · Négation temporelle (« n’avait jamais menti »)
La première phrase annonce une vertu-synthèse. Le développement commence par une formule générale au présent, « Il est des vertus ». Le pronom « en » reprend d’autres vertus sans les énumérer. La phrase suivante annonce une illustration avec « Pour donner une idée » et « il suffit de dire ». Elle encadre toutefois l’affirmation par « il passait pour constant » : le texte rapporte une réputation reçue comme certaine, non le résultat d’un relevé de tous les comportements. À l’intérieur de la complétive, le singulier générique « un Péruvien » vaut pour un membre quelconque du peuple. « Jamais » étend la négation à toute la période considérée, bornée par « avant la descente des Espagnols ». Le plus-que-parfait place cette absence de mensonge dans l’antériorité. Le caractère absolu appartient ainsi à une représentation historique qu’il faut identifier comme telle.
Le lecteur retient une affirmation sans exception sur la parole du souverain.
La vérité devient le signe d’une confiance sociale entière. L’hyperbole construit cependant un modèle, davantage qu’une statistique : le Pérou sert à rendre les mensonges européens visibles.
★ III.a · Antithèse (« l’enfance » / « la force »)
Le complément « à cet égard » limite l’enfance au domaine scientifique. Le sujet « La nation » est repris par « elle » dans la seconde proposition, ce qui maintient un seul objet de comparaison. Les deux verbes « était » sont au même temps et décrivent des états simultanés, non un progrès entre deux moments. « Encore » retient la première image dans une phase inachevée, « l’enfance ». Le complément « à cet égard » en limite la portée aux sciences dont la phrase précédente vient de parler. Après « mais », le groupe « dans la force de son bonheur » reprend la construction « dans » suivie d’un nom et lui donne une valeur opposée. Le bonheur n’est donc pas déclaré enfantin : les deux domaines sont dissociés par la structure même de la phrase. Le parallèle permet d’attribuer à une nation deux niveaux différents sans faire du premier la mesure universelle du second.
Le lecteur rencontre, dans la même phrase, un signe de faiblesse et un signe de force.
Une civilisation peut être moins savante selon l’Europe et mieux accomplie selon ses propres fins.
◆ III.b · Anaphore (« moins de »)
Les trois « moins » semblent installer une échelle défavorable. Trois groupes de quantité commencent par « moins de », devant « lumières », « connaissances » et « arts ». Le complément final « que nous » vaut pour l’ensemble et indique le terme européen de la comparaison. Cette construction semble d’abord accumuler des déficits. La coordination « et cependant » conserve ces écarts tout en introduisant une conclusion qui n’en découle pas mécaniquement. « Assez » ne reprend pas une quantité égale à celle de l’Europe ; il fixe une quantité suffisante pour un usage. Le groupe « pour ne manquer d’aucune chose nécessaire » énonce cet usage et le borne par la nécessité. « En » reprend les biens intellectuels précédemment énumérés. La phrase ne remplace donc pas trois infériorités par trois supériorités : elle passe d’une mesure relative à une mesure fondée sur la satisfaction des besoins.
Le lecteur entend la répétition de « moins de » retourner une infériorité apparente en avantage.
Graffigny substitue la suffisance à l’accumulation. La comparaison des civilisations devient examen des usages.
★ III.c · Énumération (« Les finances, les comptes, les tributs »)
Les cordons et les nœuds sont d’abord décrits. Les listes couvrent ensuite mémoire historique, droit, religion et administration. La description commence par la matière et l’assemblage des cordons, puis leur attribue des fonctions de mémoire avec « leur rappelaient ». La place des nœuds « de distance en distance » est mentionnée comme un élément de ce rappel. Une première liste nomme les annales, les codes et les rituels ; la dernière élargit les usages aux comptes et à « toutes les affaires ». La répétition de « toutes » tend à totaliser le champ administratif. La comparaison « aussi aisément […] qu’ils auraient pu l’être » porte sur le traitement des affaires, non sur l’identité matérielle entre nœuds et lettres alphabétiques. Le pronom « l’ » évite de répéter « traités ». Cette égalité est celle que construit la voix historique du roman : elle ne dispense pas de distinguer cette représentation de ce que l’histoire des systèmes de notation peut établir par ailleurs.
Le lecteur découvre les quipos à travers plusieurs usages concrets, du compte à la mémoire.
Le texte refuse de définir l’écriture par sa seule forme européenne. Les quipos tiennent un monde ensemble parce qu’ils enregistrent, transmettent et administrent.
Hiérarchie claire pour la révision
Les étoiles sont les repères à ne pas omettre. Les losanges permettent d’approfondir si le temps le permet.
★ I.a · Répétition (« seul » / « à lui seul »)
★ I.b · Subordonnée exceptive (« à moins que »)
★ II.a · Parallélisme (« étaient fondés » / « étaient le fruit »)
★ II.c · Négation temporelle (« n’avait jamais menti »)
★ III.a · Antithèse (« l’enfance » / « la force »)
★ III.c · Énumération (« Les finances, les comptes, les tributs »)
Un quipocamaio range plusieurs quipos sur une barre de bois.Une charge publique protège les archives.Vérifier son mémoVérifier qu’on n’a rien laissé de côté.Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Vérifier son mémo
Repère indispensable
Citation dans le mémo
Explication et interprétation
Présent
I.a
« cent portes » […] « avait seul droit de les faire ouvrir » […] « à lui seul »
Le nombre « cent » multiplie les accès possibles. Graffigny présente un ordre sacré où l’espace commun dépend d’un privilège souverain. L’admiration du temple conserve donc une inquiétude politique.
oui
I.b
« élevées presque en naissant » […] « perpétuelle virginité » […] « à moins que les lois ne les destinassent à épouser des Incas »
Presque en naissant place l’institution au commencement de la vie. Le texte rend visible la discipline cachée dans la magnificence religieuse. Les femmes entretiennent matériellement le signe du pouvoir qui organise leur existence.
oui
II.a
« étaient fondés sur l’opinion » […] « Mais l’attachement et l’amour » […] « étaient le fruit de leurs propres vertus, et de l’équité des Incas »
Les deux phrases ont une construction proche : deux noms coordonnés forment le sujet, suivis du verbe être à l’imparfait et d’un développement sur leur origine. Le texte distingue la croyance en une filiation sacrée et les qualités qui entretiennent le lien avec les souverains. Le respect ne suffit donc pas à expliquer l’attachement.
oui
II.c
« Il est des vertus qui en supposent beaucoup d’autres » […] « un Péruvien n’avait jamais menti »
La première phrase annonce une vertu-synthèse. La vérité devient le signe d’une confiance sociale entière. L’hyperbole construit cependant un modèle, davantage qu’une statistique : le Pérou sert à rendre les mensonges européens visibles.
oui
III.a
« La nation était encore dans l’enfance à cet égard, mais elle était dans la force de son bonheur »
Le complément « à cet égard » limite l’enfance au domaine scientifique. Une civilisation peut être moins savante selon l’Europe et mieux accomplie selon ses propres fins.
oui
III.c
« Les finances, les comptes, les tributs, toutes les affaires, toutes les combinaisons »
Les cordons et les nœuds sont d’abord décrits. Les listes couvrent ensuite mémoire historique, droit, religion et administration. Le texte refuse de définir l’écriture par sa seule forme européenne. Les quipos tiennent un monde ensemble parce qu’ils enregistrent, transmettent et administrent.
oui
Un ancien déroule un quipu devant une petite assemblée.Les annales transmettent les événements mémorables.Les erreurs à éviterCe qui coûte des points, et pourquoi.Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Les erreurs à éviter
A. Les erreurs de fond
Erreur à ne pas commettre
Pourquoi c’est une erreur
Formulation correcte
⛔ Décrire cent portes ouvertes à tous
Le droit de les ouvrir est réservé à l’Inca.
La multiplicité des accès matériels contraste avec l’unicité du droit.
⛔ Confondre quipos et écriture alphabétique
Le passage compare leurs usages, non la forme de leurs signes.
Les cordons remplissent, dans cette description, plusieurs fonctions de mémoire et de comptes.
⛔ Affirmer qu’aucun Péruvien n’a jamais menti comme un fait mesuré
La formule est encadrée par « il passait pour constant ».
Le texte rapporte une réputation exemplaire et généralisante.
B. La méthode à l’oral
Erreur de méthode
Correction attendue
⚠ Résumer seulement « Un ordre sacré concentré ».
Partir de « cent portes » […] « avait seul droit de les faire ouvrir » […] « à lui seul » puis expliquer : Le nombre « cent » multiplie les accès possibles.
⚠ Résumer seulement « L’éducation et les liens politiques ».
Partir de « étaient fondés sur l’opinion » […] « Mais l’attachement et l’amour » […] « étaient le fruit de leurs propres vertus, et de l’équité des Incas » puis expliquer : Les deux phrases ont une construction proche : deux noms coordonnés forment le sujet, suivis du verbe être à l’imparfait et d’un développement sur leur origine.
⚠ Résumer seulement « D’autres mesures du savoir ».
Partir de « La nation était encore dans l’enfance à cet égard, mais elle était dans la force de son bonheur » puis expliquer : Le complément « à cet égard » limite l’enfance au domaine scientifique.
C. Des formulations à préciser
Formulation à éviter
Formulation précise
· « C’est frappant. »
Le lecteur voit la multitude des accès contraster avec le droit accordé à un seul homme. Graffigny présente un ordre sacré où l’espace commun dépend d’un privilège souverain. L’admiration du temple conserve donc une inquiétude politique.
· « C’est une critique. »
Le lecteur distingue deux fondements du pouvoir, présentés dans des constructions semblables. Le texte distingue la croyance en une filiation sacrée et les qualités qui entretiennent le lien avec les souverains. Le respect ne suffit donc pas à expliquer l’attachement.
· « C’est une belle fin. »
Le lecteur découvre les quipos à travers plusieurs usages concrets, du compte à la mémoire. Le texte refuse de définir l’écriture par sa seule forme européenne. Les quipos tiennent un monde ensemble parce qu’ils enregistrent, transmettent et administrent.
D. Identifier les procédés
Erreur à ne pas commettre
Pourquoi c’est une erreur
Correction attendue
⚠ Présenter « une vie réglée d’avance » comme un procédé.
Ce titre formule un enjeu ; il ne nomme pas un moyen d’écriture.
Subordonnée exceptive (« à moins que ») : Presque en naissant place l’institution au commencement de la vie.
⚠ Présenter « une obéissance expliquée » comme un procédé.
Ce titre formule un enjeu ; il ne nomme pas un moyen d’écriture.
Coordination de causales (« parce que… et que ») : La négation « n’effrayait point » porte sur l’effet.
⚠ Présenter « de « moins » à « assez » » comme un procédé.
Ce titre formule un enjeu ; il ne nomme pas un moyen d’écriture.
Anaphore (« moins de ») : Les trois « moins » semblent installer une échelle défavorable.
Un officier consulte un quipu entre deux personnes venues exposer un différend.Le cordon peut garder des règles et des codes.L’analyse grammaticaleLes trois questions au format de l’épreuve.Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
L’analyse grammaticale
Question 1 : Le pronom relatif « que »
Phrase étudiée. « L’Inca régnant, qu’on appelait le Capa Inca, avait seul droit de les faire ouvrir ; […] »
Question de grammaire. Analysez « qu’on appelait le Capa Inca ».
Leçon de grammaire. 3 · Les propositions relatives
Nature de la phrase. Le segment étudié est complexe, déclaratif et affirmatif. Il comprend deux formes conjuguées : « appelait » et « avait ». Le sujet principal est « L’Inca régnant ».
Analyse grammaticale. « Qu’on appelait le Capa Inca » est une proposition subordonnée relative adjective explicative, détachée par deux virgules. Son antécédent est « L’Inca régnant ». Le pronom relatif « qu’ », forme élidée de « que », est complément d’objet direct de « appelait » ; « on » en est le sujet. La phrase transformée « on appelait l’Inca régnant le Capa Inca » fait apparaître la place du complément repris. « Le Capa Inca » est attribut du complément d’objet direct : il donne le nom attribué à la personne. La relative n’est pas une interrogative indirecte.
Cette phrase relève de la leçon 3, parce que le pronom relatif que reprend un antécédent et occupe la fonction de complément d’objet direct.
Question 2 : La négation « ne… point »
Phrase étudiée. « La subordination n’effrayait point les esprits parce qu’on en montrait la nécessité de très bonne heure et que la tyrannie et l’orgueil n’y avaient aucune part. »
Question de grammaire. Analysez la négation dans la proposition principale.
Leçon de grammaire. 6 · La négation
Nature de la phrase. La phrase est complexe et déclarative. Elle contient trois formes conjuguées : « effrayait », « montrait » et « avaient ». Le sujet principal est « La subordination ». La principale et la seconde subordonnée sont négatives.
Analyse grammaticale. Dans la principale, « ne… point » encadre le verbe « effrayait » à l’imparfait. Il s’agit d’une négation totale : elle nie la proposition affirmative « La subordination effrayait les esprits ». « Ne » est élidé devant la voyelle du verbe. Les deux propositions causales coordonnées, introduites par « parce que » puis « que », restent subordonnées à cette principale. Dans la seconde, la négation « n’… aucune » porte sur le groupe nominal « aucune part » ; elle ne doit pas être confondue avec la locution « ne… point » étudiée dans la principale.
Cette phrase relève de la leçon 6, parce que l’exercice demande de repérer les deux éléments et la portée d’une négation totale.
Question 3 : Deux imparfaits
Phrase étudiée. « La nation était encore dans l’enfance à cet égard, mais elle était dans la force de son bonheur. »
Question de grammaire. Identifiez les temps verbaux et leur valeur temporelle.
Leçon de grammaire. 1 · Le verbe
Nature de la phrase. La phrase est complexe, déclarative et affirmative. Deux propositions sont coordonnées par « mais ». Elles ont pour sujets « La nation » puis « elle » et contiennent chacune « était ».
Analyse grammaticale. Les deux occurrences de « était » sont à la troisième personne du singulier de l’imparfait de l’indicatif. Elles décrivent deux états simultanés dans le cadre passé du récit historique. Aucune borne finale n’est indiquée pour ces états : l’aspect est inaccompli. L’adverbe « encore » marque la continuation du premier état au moment considéré. La coordination « mais » oppose les deux caractérisations sans établir une succession chronologique. Il ne faut donc pas lire le second imparfait comme une action venue après la première.
Cette phrase relève de la leçon 1, parce que les deux imparfaits se décrivent par leur mode, leur temps et leur valeur d’état simultané.