Un coffre d’objets péruviens ouverts devant deux lecteurs européens.Les richesses du Pérou devraient susciter le respect.
TEXTE original · Françoise de Graffigny, Lettres d’une Péruvienne, édition augmentée de 1752 · extrait de l’Avertissement. Dans l’Avertissement placé avant les lettres, une voix d’éditeur présente le recueil et explique comment la parole de Zilia serait arrivée au public français.
Enrichis par les précieuses dépouilles du Pérou, nous devrions au moins regarder les habitants de cette partie du monde comme un peuple magnifique ; et le sentiment du respect ne s'éloigne guère de l'idée de la magnificence.
Mais toujours prévenus en notre faveur, nous n'accordons du mérite aux autres nations qu'autant que leurs mœurs imitent les nôtres, que leur langue se rapproche de notre idiome. Comment peut-on être Persan ? (Lettres persanes.)
Nous méprisons les Indiens ; à peine accordons-nous une âme pensante à ces peuples malheureux ; cependant leur histoire est entre les mains de tout le monde ; nous y trouvons partout des monuments de la sagacité de leur esprit et de la solidité de leur philosophie.
Un de nos plus grands poètes a crayonné les mœurs indiennes dans un poème dramatique, qui a dû contribuer à les faire connaître. (Alzire.)
Avec tant de lumières répandues sur le caractère de ces peuples, il semble que l'on ne devrait pas craindre de voir passer pour une fiction des lettres originales, qui ne font que développer ce que nous connaissons déjà de l'esprit vif et naturel des Indiens ; mais le préjugé a-t-il des yeux ? Rien ne rassure contre son jugement, et l'on se serait bien gardé d'y soumettre cet ouvrage, si son empire était sans bornes.
Il semble inutile d'avertir que les premières lettres de Zilia ont été traduites par elle-même : on devinera aisément qu'étant composées dans une langue et tracées d'une manière qui nous sont également inconnues, le recueil n'en serait pas parvenu jusqu'à nous, si la même main ne les eût écrites dans notre langue. Nous devons cette traduction au loisir de Zilia dans sa retraite. La complaisance qu'elle a eu de les communiquer au chevalier Déterville, et la permission qu'il obtint enfin de les garder.
On connaîtra facilement aux fautes de grammaire et aux négligences du style combien on a été scrupuleux de ne rien dérober à l'esprit d'ingénuité qui règne dans cet ouvrage. On s'est contenté de supprimer un grand nombre de figures hors d'usage dans notre style : on n'en a laissé que ce qu'il en fallait pour faire sentir combien il était nécessaire d'en retrancher.
On a cru aussi pouvoir, sans rien changer au fond de la pensée, donner une tournure plus intelligible à de certains traits métaphysiques, qui auraient pu paraître obscurs. C'est la seule part que l'on ait à ce singulier ouvrage.
Une pièce d’orfèvrerie péruvienne examinée avec attention par une main européenne.La magnificence peut contredire le mépris.
Ce soir, ne cherche pas encore à retenir des noms de procédés. Entre simplement dans le livre. Une voix t’accueille avant les lettres de Zilia et te demande de revoir ta façon de juger les autres peuples. Nous allons écouter ce qu’elle dit, puis regarder ce qu’elle fait elle-même.
Si une phrase te résiste, ne reste pas bloqué dessus. Garde le texte sous les yeux : nous reviendrons à ses mots, un petit morceau après l’autre.
Un Européen mesure deux silhouettes étrangères avec un cadre identique.Le préjugé juge autrui à la mesure de soi.
Qui parle ? Ce n’est pas encore Zilia. C’est la voix qui présente ses lettres aux lecteurs français, comme le ferait un éditeur.
Que se passe-t-il ? Elle défend les Péruviens contre le mépris des Européens. Puis elle raconte comment les lettres de Zilia seraient arrivées jusqu’à nous.
Qu’est-ce qui compte ici ? Elle veut faire entendre une voix étrangère. Mais elle reconnaît aussi l’avoir corrigée. Garde cette difficulté en tête : aider quelqu’un à être entendu, est-ce déjà changer sa parole ?
Deux personnages aux habits différents parlent, avec des gestes ouverts mais sans bulles.La différence des langues devient un obstacle arbitraire à la reconnaissance.
Nous sommes avant les lettres. Cette présentation prépare la façon dont tu vas écouter Zilia. Le récit de la traduction et des corrections fait partie de la fiction du livre : ne le transforme pas en preuve qu’une Péruvienne réelle aurait envoyé cette correspondance.
Un lecteur européen détourne la tête d’un livre que présente une Péruvienne.Le refus de reconnaître précède parfois la lecture.
Tu sais maintenant ce qui se passe. Pour ouvrir ton explication, il reste à présenter le texte à quelqu’un qui ne l’a pas encore lu. Prenons les choses dans l’ordre. Les phrases en vert te donnent une formulation possible ; tu pourras les redire avec tes mots.
Un, l’autrice.
Ce que tu disFrançoise de Graffigny, écrivaine du XVIIIe siècle, donne une place centrale aux expériences et à la parole d’une femme.
Deux, le contexte.
Ce que tu disLe roman appartient au siècle des Lumières. Le regard d’une étrangère permet d’interroger des usages qui paraissent aller de soi à ceux qui les pratiquent.
Trois, l’œuvre.
Ce que tu disLes Lettres d’une Péruvienne paraissent en 1747, puis dans une édition augmentée en 1752. Le roman suit Zilia, séparée d’Aza et conduite en France. Le parcours « Un nouvel univers s’est offert à mes yeux » invite à examiner les effets de cette découverte.
Quatre, le passage.
Ce que tu disDans l’Avertissement placé avant les lettres, une voix d’éditeur présente le recueil et explique comment la parole de Zilia serait arrivée au public français.
Cinq, ta question (la problématique).
Ce que tu disL’Avertissement peut-il défendre la voix de Zilia sans la transformer ?
Six, les mouvements.
Ce que tu disPourquoi profiter d’un peuple n’empêche-t-il pas de le mépriser ? À quoi servent les preuves lorsque celui qui juge refuse de voir ? Que reste-t-il de la voix de Zilia après la traduction et les corrections ?
Plusieurs lecteurs consultent un même volume ouvert sur un lutrin.L’histoire connue fournit des preuves accessibles.
Commençons par le reproche adressé aux Européens. Ils ont pris des richesses au Pérou, mais continuent de mépriser ses habitants. Le texte ne nous laisse pas regarder cette contradiction de loin : son « nous » place le lecteur du côté de ceux qui doivent réfléchir.
Nous allons de « Enrichis » à « Comment peut-on être Persan ? ».
Qui s’est enrichi ?
« Enrichis par les précieuses dépouilles du Pérou, nous devrions au moins regarder les habitants de cette partie du monde comme un peuple magnifique »
Le premier mot désigne les Européens. Leur richesse vient pourtant du Pérou. Le texte commence donc par ce qu’ils ont reçu avant de leur demander comment ils traitent ceux à qui ils le doivent.
Ce que tu viens d’observer porte un nom : Antithèse (« Enrichis » / « dépouilles »). Deux idées opposées sont rapprochées pour que leur contraste apparaisse.
Ce que tu disJ’observe une antithèse (« Enrichis » / « dépouilles »). Le participe « Enrichis », placé en tête, présente le résultat avantageux pour les Européens. Le complément « par les précieuses dépouilles du Pérou » en révèle aussitôt l’origine. Le pronom « nous » inclut la voix éditoriale et son public dans la dette. Le roman place son lecteur dans une dette avant de lui présenter Zilia. La critique du préjugé commence ainsi par une contradiction matérielle : profiter d’un peuple tout en lui refusant sa grandeur.
À quelle condition accepte‑t‑on les autres ?
« nous n’accordons du mérite aux autres nations qu’autant que leurs mœurs imitent les nôtres, que leur langue se rapproche de notre idiome »
Arrête-toi sur « qu’autant que ». Cela veut dire : seulement dans la mesure où. Les autres peuples sont estimés à condition de nous ressembler. Ce n’est donc pas vraiment leur différence que l’on accepte.
Pour nommer ce geste d’écriture, on parle ici de ce procédé : Négation restrictive (« n’accordons… qu’autant que »). La phrase limite ce qu’elle affirme : elle dit en quelque sorte « seulement ».
Ce que tu disJ’observe une négation restrictive (« n’accordons… qu’autant que »). N’accordons [...] qu’autant que forme une restriction. La seconde proposition en « que » place parallèlement les mœurs et la langue sous la même condition de ressemblance. Les possessifs opposent « leurs » à « les nôtres » et « notre ». Le préjugé européen fonctionne comme une traduction forcée : avant même d’écouter l’autre, il exige qu’il adopte ses signes. La future parole de Zilia devra donc traverser un critère qui la nie comme différente.
Pourquoi cette question paraît‑elle étrange ?
« Comment peut-on être Persan ? »
Être persan n’a rien d’impossible. La question empruntée à Montesquieu devient ridicule parce qu’elle traite une autre manière de vivre comme une anomalie. Le lecteur est invité à entendre l’absurdité du préjugé.
Le terme utile pour décrire cette construction est le suivant : Interrogation oratoire (« Comment peut-on être Persan ? »). La forme est celle d’une question, mais elle fait comprendre une réponse sans attendre celle d’un interlocuteur.
Ce que tu disJ’observe une interrogation oratoire (« Comment peut-on être Persan ? »). Le mot interrogatif « Comment » demande apparemment la manière dont une chose est possible. La citation vise le regard européen, non l’identité persane. Elle prépare la critique du mépris qui atteint ensuite les Indiens.
Fais une petite pause. Rassemblons ce que nous venons de voir, sans reprendre tous les détails.
L’Europe possède les richesses prises au Pérou. Pourtant, elle ne reconnaît le mérite des autres peuples que s’ils lui ressemblent. La voix de l’éditeur commence par relever cette contradiction.
Un sage péruvien assemble des pierres en équilibre sous le regard d’un visiteur.La sagacité dément l’idée d’une infériorité de l’esprit.
Tu pourrais penser que les Européens jugent mal parce qu’ils ne savent rien du Pérou. Le texte va justement écarter cette excuse. Des livres et une pièce de théâtre sont là. Il faut donc se demander pourquoi ces connaissances ne changent pas le jugement.
Nous allons de « Nous méprisons les Indiens » à « si son empire était sans bornes. ».
Les preuves sont‑elles difficiles à trouver ?
« cependant leur histoire est entre les mains de tout le monde ; nous y trouvons partout des monuments de la sagacité de leur esprit et de la solidité de leur philosophie »
Regarde « tout le monde » et « partout ». Ces mots donnent l’impression que les preuves sont largement disponibles. Le mépris persiste donc malgré ce que les lecteurs peuvent apprendre.
Ce que tu viens d’observer porte un nom : Connecteur adversatif (« cependant »). Un petit mot, comme « mais » ou « cependant », fait passer d’une idée à ce qui lui résiste.
Ce que tu disJ’observe un connecteur adversatif (« cependant »). Tout le monde désigne les lecteurs ; « partout » multiplie les preuves. Les compléments « de la sagacité » et « de la solidité » attribuent aux peuples méprisés finesse et constance intellectuelles. Le préjugé persiste contre les faits qu’il possède. Le passage déplace donc la faute : elle ne tient plus au manque d’information, mais à l’organisation du regard européen.
Pourquoi faire entrer le théâtre dans la discussion ?
« Un de nos plus grands poètes a crayonné les mœurs indiennes dans un poème dramatique, qui a dû contribuer à les faire connaître. »
Le texte évoque une pièce, Alzire, de Voltaire. « Crayonné » fait penser à un dessin : le théâtre a déjà donné à voir ces peuples. L’argument devient simple : nous avions des moyens de les connaître.
Pour nommer ce geste d’écriture, on parle ici de ce procédé : Périphrase (« Un de nos plus grands poètes »). On désigne une chose ou une personne par plusieurs mots au lieu de donner directement son nom.
Ce que tu disJ’observe une périphrase (« Un de nos plus grands poètes »). Le poète est d’abord désigné par une périphrase superlative, puis la note « Alzire » identifie l’œuvre. Le verbe « crayonné » présente le drame comme une esquisse visible des mœurs. Cette autorité européenne sert paradoxalement à autoriser la voix péruvienne. Le texte exploite le prestige des Lumières tout en préparant une parole qui ne devrait plus dépendre de ce garant.
Le préjugé veut‑il voir ?
« mais le préjugé a-t-il des yeux ? » […] « Rien ne rassure contre son jugement »
Imagine un juge qui refuse de regarder les preuves mais rend tout de même sa décision. Le texte donne des yeux et un jugement au préjugé, comme à une personne. C’est une personnification ; elle rend son injustice facile à saisir.
Le terme utile pour décrire cette construction est le suivant : Personnification (« le préjugé a-t-il des yeux ? »). On prête à une idée ou à une chose une manière d’agir ou une qualité humaine.
Ce que tu disJ’observe une personnification (« le préjugé a-t-il des yeux ? »). La question attribue au préjugé des yeux qu’elle lui refuse implicitement. La phrase suivante lui donne pourtant un « jugement », comme s’il siégeait au tribunal. Les Lumières rencontrent leur limite : répandre le savoir ne suffit pas lorsque le juge refuse de voir. Le roman doit donc produire une expérience de lecture capable de déplacer ce regard.
Fais une petite pause. Rassemblons ce que nous venons de voir, sans reprendre tous les détails.
Des livres et une pièce de théâtre font déjà connaître les peuples méprisés. Le problème n’est donc pas seulement le manque d’information. L’image du préjugé sans yeux explique qu’on peut disposer de preuves et ne pas en tenir compte.
Une petite scène de théâtre avec deux personnages péruviens et un rideau rouge.Le théâtre contribue à faire connaître d’autres mœurs.
À présent, le sujet se rapproche du livre que tu lis. Qui a traduit les lettres ? Qui les a gardées ? Qui les a modifiées ? Suis ce petit trajet. Il te permettra de voir pourquoi une parole peut être défendue et transformée en même temps.
Nous allons de « Il semble inutile d’avertir » à « C’est la seule part que l’on ait à ce singulier ouvrage. ».
Qui aurait traduit les lettres ?
« les premières lettres de Zilia ont été traduites par elle-même » […] « si la même main ne les eût écrites dans notre langue »
La réponse annoncée est Zilia elle-même. Le texte veut ainsi rapprocher la traduction de la parole d’origine. Attention : cette histoire de transmission appartient au roman ; elle ne prouve pas que Zilia a réellement existé.
Ce que tu viens d’observer porte un nom : Pronom personnel renforcé (« elle-même »). Un ajout insiste sur la personne désignée : ici, c’est bien elle et non quelqu’un d’autre.
Ce que tu disJ’observe un pronom personnel renforcé (« elle-même »). Elle-même exclut un traducteur intermédiaire. La même main relie matériellement les deux écritures, tandis que l’hypothèse en « si » explique comment le recueil a pu parvenir au public. La traduction autonome protège Zilia contre l’effacement complet. Elle ne supprime pas l’asymétrie : sa voix devient lisible lorsqu’elle entre dans la langue du public qui doit apprendre à la reconnaître.
Comment les lettres passent‑elles à Déterville ?
« La complaisance qu’elle a eu de les communiquer au chevalier Déterville, et la permission qu’il obtint enfin de les garder. »
Deux gestes sont distingués : Zilia les lui montre, puis il obtient de les garder. Ce détour donne au recueil l’apparence de papiers passés de main en main. On nous raconte comment nous pouvons les avoir sous les yeux.
Pour nommer ce geste d’écriture, on parle ici de ce procédé : Construction nominale (« La complaisance… et la permission… »). La phrase s’organise autour de groupes nominaux, sans verbe principal exprimé.
Ce que tu disJ’observe une construction nominale (« La complaisance… et la permission… »). « La complaisance » et « la permission » forment deux groupes nominaux coordonnés sans verbe principal exprimé. Les infinitifs « communiquer » et « garder » bornent le trajet de Zilia à Déterville. La fiction éditoriale insiste sur le consentement de Zilia, tout en laissant une lacune entre la garde privée des lettres et leur lecture publique.
Les éditeurs se sont‑ils vraiment effacés ?
« On s’est contenté de supprimer un grand nombre de figures hors d’usage dans notre style » […] « On a cru aussi pouvoir, sans rien changer au fond de la pensée, donner une tournure plus intelligible » […] « C’est la seule part que l’on ait à ce singulier ouvrage »
Cherche les actions qu’ils reconnaissent : supprimer, retrancher, reformuler. Puis écoute la façon de les présenter : ils se seraient seulement « contentés » de cela. Ce petit mot réduit une intervention qui, en réalité, change la forme de la parole.
Le terme utile pour décrire cette construction est le suivant : Restriction (« la seule part »). Un mot ou une construction limite la portée de ce qui est affirmé.
Ce que tu disJ’observe une restriction (« la seule part »). Le pronom indéfini « on » efface l’identité de l’éditeur. Les verbes « supprimer », « retrancher » et « donner une tournure » décrivent pourtant des opérations précises. S’est contenté et « seule part » cherchent à en réduire la portée. L’Avertissement accomplit un geste remarquable : il rend visible le filtre qui prétend transmettre la voix étrangère. L’authenticité du roman ne repose donc pas sur une absence de fabrication, mais sur l’aveu partiel de cette fabrication. Le lecteur est invité à entendre Zilia tout en surveillant l’atelier qui la rend audible.
Fais une petite pause. Rassemblons ce que nous venons de voir, sans reprendre tous les détails.
L’éditeur raconte que Zilia a traduit ses lettres et permis à Déterville de les garder. Puis il avoue des suppressions et des reformulations. La parole étrangère arrive au lecteur à travers plusieurs interventions.
Un écrivain européen dessine un personnage péruvien sur une page sans caractères.La représentation dramatique reste une médiation.
Revenons à notre question : L’Avertissement peut-il défendre la voix de Zilia sans la transformer ?
Tu peux maintenant tenir ensemble les deux côtés du passage : il combat le mépris d’une parole étrangère et montre les retouches qui la rendent acceptable aux lecteurs français. C’est cette tension qui fait son intérêt.
Ce que tu disEn conclusion, l’Avertissement demande au lecteur de reconnaître une pensée étrangère, mais il montre aussi le filtre de sa transmission. La voix de Zilia ne parvient pas au public sans traduction ni choix éditoriaux.
Une balance porte d’un côté une lettre, de l’autre un bandeau opaque.Le préjugé menace le jugement avant même l’examen.
Pour finir, tu peux rapprocher ce passage d’un autre moment du livre. Ce rapprochement doit aider à mieux comprendre ce que nous avons lu.
Ce que tu disLa lettre où Zilia apprend le français prolonge cette difficulté : découvrir une langue ouvre un monde, mais change aussi la manière de comprendre sa propre situation.
Du quipu au livre, tu peux suivre la voix de Zilia et les changements qu’elle subit.
Reprends le texte du début et relis-le. Tu vois comment le texte nous fait passer du mépris des Européens pour les Péruviens à une autre question : qui décide de la façon dont la voix de Zilia sera entendue ? Et surtout, tu sais maintenant nommer ce que fait Graffigny : une antithèse, une négation restrictive, une interrogation oratoire, une personnification. Ces noms ne sont plus une liste à apprendre : tu peux montrer les mots du texte qui leur correspondent et expliquer ce qu’ils font comprendre. Tu es passé de « je n’y comprends rien » à « je sais l’expliquer ». C’est un très beau chemin pour une soirée.
Un dernier conseil pour être tranquille : ce soir, nous avons pris le temps de tout regarder, pour que tu maîtrises le passage. Le jour de l’oral, tu ne rediras pas absolument tout, et c’est normal. Tu garderas les moments les plus forts : la dette des Européens envers le Pérou, les preuves que le préjugé refuse de voir, puis les corrections apportées aux lettres de Zilia. À chaque étape, garde une citation précise et explique-la. Le dragon ne réclame pas l’exhaustivité ; il veut une explication claire, dans l’ordre du texte. Et ça, tu as maintenant de quoi le faire.
Trois phrases avant la riveLes trois dernières dalles de la lame avant la rive, numérotées un, deux, trois, et une flèche rouge qui indique la rive.①②③Trois dalles numérotées : après elles commence la rive de la grammaire.
L’adresse commune
Les sept leçons de grammaire
Le verbe : valeurs temporelles, aspectuelles et modales.
Il reste un dernier morceau, qui peut impressionner : la question de grammaire. À l’oral, le dragon te montre une phrase du texte, te pose une question précise, et tu y réponds. On va s’entraîner sur trois questions, chacune sur une notion différente. Tu n’as pas à tout savoir d’un coup : nous allons refaire le même petit geste.
Le réflexe en cinq pas. Un, la phrase est-elle simple ou complexe ? Repère les verbes conjugués, sans compter deux fois l’auxiliaire et le participe d’un temps composé. Deux, qu’est-ce qu’on te demande de regarder ? Trois, analyse doucement, mot par mot. Quatre, nomme les natures et les fonctions utiles à la question. Cinq, conclus en nommant la notion. S’il y a une ellipse, pense aussi aux mots sous-entendus : compter ne suffit pas toujours.
Une restriction
Ne… que limite la quantité de figures laissée dans le texte.
Une condition
La condition à l’imparfait commande une conséquence au conditionnel passé.
Une relative
Le pronom qui reprend le poème dramatique et devient sujet du verbe.
Le dragon te montre ce passage : « […] on n’en a laissé que ce qu’il en fallait pour faire sentir combien il était nécessaire d’en retrancher. »
Et il te demande : Analysez la construction restrictive « n’en a laissé que ».
Commençons par les verbes. Le segment est déclaratif et complexe. Il contient trois formes verbales conjuguées : « a laissé », « fallait » et « était ». Le sujet du verbe principal est « on ». La forme est restrictive.
Regardons ce qui est demandé. Ne lis pas « ne » tout seul. Cherche son partenaire : c’est « que ». On peut remplacer l’ensemble par « seulement ». Une partie des figures reste donc présente. « Ne… pas » aurait nié l’action ; « ne… que » la limite. Tu peux maintenant nommer la construction et expliquer comment tu l’as reconnue.
La restriction conserve une quantité ; le pronom en reprend les figures.
Ce que tu disLa locution discontinue « ne… que » encadre le groupe verbal et limite la quantité laissée. « Ne » est élidé devant « en ». Le premier « en » reprend les figures mentionnées auparavant ; « que » introduit la quantité conservée, exprimée par « ce qu’il en fallait ». Il ne s’agit pas de nier toute conservation : une partie a été laissée. La manipulation « on en a laissé seulement la quantité nécessaire » conserve cette restriction, contrairement à « on n’en a laissé aucune ». « Faire », « sentir » et « retrancher » sont des infinitifs, non trois propositions supplémentaires à verbes conjugués.
Le dragon te montre cette phrase : « Rien ne rassure contre son jugement, et l’on se serait bien gardé d’y soumettre cet ouvrage, si son empire était sans bornes. »
Et il te demande : Analysez la proposition introduite par « si » et les temps qui lui sont associés.
Commençons par les verbes. La phrase est complexe et déclarative. Elle comporte trois formes verbales conjuguées : « rassure », « se serait gardé » et « était ». « Rien » est sujet de la première proposition ; « l’on » est sujet de la deuxième ; « son empire » est sujet de la subordonnée.
Regardons ce qui est demandé. Sépare les deux éléments : la condition est « si son empire était sans bornes » ; sa conséquence est « l’on se serait bien gardé… ». Repère ensuite les formes verbales : « était » est un imparfait, « se serait gardé » un conditionnel passé. Tu n’as pas besoin de commenter les idées du passage pour analyser cette construction. Tu peux maintenant nommer la construction et expliquer comment tu l’as reconnue.
Si introduit une condition, avec était et se serait gardé.
Ce que tu dis« Si son empire était sans bornes » est une proposition subordonnée conjonctive circonstancielle de condition, complément de la proposition « l’on se serait bien gardé d’y soumettre cet ouvrage ». La conjonction « si » ne remplit aucune fonction à l’intérieur de la subordonnée. L’imparfait de l’indicatif « était » s’associe au conditionnel passé « se serait gardé ». La condition porte sur un état envisagé ; la conséquence non réalisée est située dans le passé. Déplacer la subordonnée en tête conserve cette relation : « Si son empire était sans bornes, l’on se serait bien gardé d’y soumettre cet ouvrage. »
Le dragon te montre cette phrase : « Un de nos plus grands poètes a crayonné les mœurs indiennes dans un poème dramatique, qui a dû contribuer à les faire connaître. »
Et il te demande : Analysez la relative « qui a dû contribuer à les faire connaître ».
Commençons par les verbes. La phrase est complexe, déclarative et affirmative. Deux formes verbales sont conjuguées : « a crayonné » et « a dû ». Le sujet principal est « Un de nos plus grands poètes ».
Regardons ce qui est demandé. Demande-toi ce qui « a dû contribuer ». La réponse est : le poème dramatique. « Qui » reprend ce nom et devient le sujet du verbe dans la relative. La virgule montre que cette proposition ajoute une précision. Tu peux maintenant nommer la construction et expliquer comment tu l’as reconnue.
La relative ajoute une précision ; qui est sujet et le pronom les reprend les mœurs.
Ce que tu dis« Qui a dû contribuer à les faire connaître » est une proposition subordonnée relative adjective. Elle complète l’antécédent « un poème dramatique ». Détachée par une virgule, elle apporte une précision explicative. Le pronom relatif « qui » reprend ce groupe nominal et exerce la fonction de sujet de « a dû ». La manipulation « ce poème dramatique a dû contribuer à les faire connaître » permet de vérifier cette fonction. « Contribuer », « faire » et « connaître » sont des infinitifs ; « les » reprend « les mœurs indiennes ». Il ne faut donc pas attribuer au pronom « qui » la fonction de complément du verbe principal.
1Repérer les verbes
2Lire la question
3Observer les mots
4Nommer et justifier
5Conclure
Une phrase, une question, puis cinq gestes pour construire ta réponse.
Tu as vu le geste : une phrase, une question posée, une réponse. Nous avons travaillé trois points différents : une restriction, une condition et une relative. Chaque fois, tu es parti des mots pour expliquer leur construction. Le jour de l’oral, reprends ces cinq pas et réponds à la question posée, sans réciter tout un cours. Ce réflexe se construit en s’entraînant ; tu viens de le faire trois fois.
Gros plan des mains de Zilia, entre un cordon noué et une plume sur une feuille vierge.La même main relie deux systèmes d’expression.
Pour ce soir, tu peux t’arrêter ici. Tu as suivi une voix, compris son chemin et regardé de près quelques phrases.
Tu peux maintenant tenir ensemble les deux côtés du passage : il combat le mépris d’une parole étrangère et montre les retouches qui la rendent acceptable aux lecteurs français. C’est cette tension qui fait son intérêt.
Demain, reprends une seule de ces phrases et explique-la avec tes mots. Si tu veux maintenant les analyses développées, les procédés et le mémo, le dossier qui suit les rassemble. Tu n’es pas obligé de tout faire ce soir.
Ce que tu viens de lire, c’est le texte expliqué comme on l’explique à voix
haute, à côté de toi. Si c’était ton but, c’est fini : tu as compris le texte.
Le même commentaire linéaire, sous l’angle institutionnel et administratif.
Zilia à sa table dans une retraite paisible, avec une seule plante.Le loisir de la retraite rend possible la traduction.Le texte dit simplementOn raconte ce qui se passe, sans jargon.Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Le texte dit simplement
L’Europe possède les richesses prises au Pérou. Pourtant, elle ne reconnaît le mérite des autres peuples que s’ils lui ressemblent. La voix de l’éditeur commence par relever cette contradiction.
Des livres et une pièce de théâtre font déjà connaître les peuples méprisés. Le problème n’est donc pas seulement le manque d’information. L’image du préjugé sans yeux explique qu’on peut disposer de preuves et ne pas en tenir compte.
L’éditeur raconte que Zilia a traduit ses lettres et permis à Déterville de les garder. Puis il avoue des suppressions et des reformulations. La parole étrangère arrive au lecteur à travers plusieurs interventions.
Zilia remet un petit paquet de lettres à Déterville en habit bleu.La communication des lettres conditionne leur transmission.L’introduction rédigéeCe qu’on écrit en tête de copie, mot pour mot.Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
L’introduction rédigée
L’autrice. Françoise de Graffigny, écrivaine du XVIIIe siècle, donne une place centrale aux expériences et à la parole d’une femme.
Le contexte. Le roman appartient au siècle des Lumières. Le regard d’une étrangère permet d’interroger des usages qui paraissent aller de soi à ceux qui les pratiquent.
L’œuvre. Les Lettres d’une Péruvienne paraissent en 1747, puis dans une édition augmentée en 1752. Le roman suit Zilia, séparée d’Aza et conduite en France. Le parcours « Un nouvel univers s’est offert à mes yeux » invite à examiner les effets de cette découverte.
Le passage. Dans l’Avertissement placé avant les lettres, une voix d’éditeur présente le recueil et explique comment la parole de Zilia serait arrivée au public français.
La question. L’Avertissement peut-il défendre la voix de Zilia sans la transformer ?
Mouvements. Pourquoi profiter d’un peuple n’empêche-t-il pas de le mépriser ? À quoi servent les preuves lorsque celui qui juge refuse de voir ? Que reste-t-il de la voix de Zilia après la traduction et les corrections ?
Déterville place avec soin des lettres dans un petit coffret.Conserver le recueil suppose une permission.L’explication linéaireL’analyse complète, mouvement par mouvement.Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
L’explication linéaire
Une Europe qui se prend pour mesure
De « Enrichis » à « Comment peut-on être Persan ? ».
★ I.a. Une richesse à charge : le butin oblige au respect
Le passage commence par une richesse qui porte en elle la violence de son acquisition.
Citation. « Enrichis par les précieuses dépouilles du Pérou, nous devrions au moins regarder les habitants de cette partie du monde comme un peuple magnifique »
Analyse. Le participe « Enrichis », placé en tête, présente le résultat avantageux pour les Européens. Le complément « par les précieuses dépouilles du Pérou » en révèle aussitôt l’origine. Le pronom « nous » inclut la voix éditoriale et son public dans la dette. La phrase se déploie en deux temps : elle pose d’abord un fait accompli, puis la conduite qui devrait en découler. Le participe passé détaché s’accorde avec « nous » ; l’enrichissement est ainsi attribué à ceux qui formulent le jugement. « Par » introduit la cause matérielle de cet enrichissement. Le nom « dépouilles » désigne des biens enlevés et non des dons : il inscrit la perte d’un peuple dans le gain de l’autre. À la fin, « magnifique » reprend la famille de la magnificence et qualifie cette fois le peuple plutôt que les objets. La valeur passe ainsi des richesses possédées à ceux qui les ont produites. Le groupe « au moins » fixe un seuil, tandis que le conditionnel de devoir signale que la conséquence souhaitable n’est pas donnée comme réalisée.
Effet sur le lecteur. Le lecteur rapproche immédiatement la richesse des Européens de ce qui a été pris aux Péruviens.
Interprétation. Le roman place son lecteur dans une dette avant de lui présenter Zilia. La critique du préjugé commence ainsi par une contradiction matérielle : profiter d’un peuple tout en lui refusant sa grandeur.
Phrase de liaison. Si cette richesse devrait imposer le respect, selon quelle règle l’Europe continue-t-elle à distribuer le mérite ?
★ I.b. Un mérite sous condition : ressembler pour être reconnu
Le texte formule la loi secrète du jugement européen : l’autre ne vaut qu’à proportion de sa ressemblance.
Citation. « nous n’accordons du mérite aux autres nations qu’autant que leurs mœurs imitent les nôtres, que leur langue se rapproche de notre idiome »
Procédé principal. Négation restrictive (« n’accordons… qu’autant que »)
Analyse. N’accordons [...] qu’autant que forme une restriction. La seconde proposition en « que » place parallèlement les mœurs et la langue sous la même condition de ressemblance. Les possessifs opposent « leurs » à « les nôtres » et « notre ». Les deux membres possèdent chacun un sujet et un verbe : « leurs mœurs imitent » et « leur langue se rapproche ». La seconde occurrence de « que » reprend le même cadre de dépendance et évite de répéter « autant que ». La restriction ne dit pas que toute qualité étrangère est refusée ; elle précise à quelle condition elle est accordée. Le verbe « imitent » exige un modèle, exprimé par « les nôtres ». « Se rapproche » décrit un mouvement vers une référence, indiquée par « notre idiome ». Les possessifs répètent donc la même distribution dans les deux propositions. Le présent « accordons » ne renvoie pas à une rencontre datée : il énonce une pratique habituelle, renforcée par le pluriel « autres nations ». La symétrie grammaticale fait se succéder deux applications d’une seule règle.
Effet sur le lecteur. Le lecteur remarque que les deux conditions imposent à l’étranger de ressembler aux Européens.
Interprétation. Le préjugé européen fonctionne comme une traduction forcée : avant même d’écouter l’autre, il exige qu’il adopte ses signes. La future parole de Zilia devra donc traverser un critère qui la nie comme différente.
Phrase de liaison. De quelle façon le texte fait-il entendre l’absurdité de cette règle sans interrompre son argumentation ?
◆ I.c. Une question célèbre : l’étranger rendu inconcevable
La voix éditoriale emprunte à Montesquieu une question qui résume le refus de la différence.
Analyse. Le mot interrogatif « Comment » demande apparemment la manière dont une chose est possible. Or le prédicat « être Persan » désigne une identité, non une action dont il faudrait expliquer le mécanisme. Le verbe modal « peut » place cette identité sous le signe d’une possibilité mise en doute. Le sujet indéfini « on » ne nomme aucun interlocuteur particulier. La brièveté de la phrase, détachée après les deux conditions de ressemblance, isole donc une réaction que le développement vient de préparer. La référence aux Lettres persanes signale une parole empruntée : ce n’est pas Zilia qui parle ici et ce n’est pas une demande documentaire sur la Perse. Le nom propre change la nation considérée tout en conservant la question européenne. La reprise littéraire donne une forme ramassée à la règle générale qui précède.
Effet sur le lecteur. Le lecteur entend une question qui traite l’existence même du Persan comme une chose étonnante.
Interprétation. La citation vise le regard européen, non l’identité persane. Elle prépare la critique du mépris qui atteint ensuite les Indiens.
Transition vers le mouvement suivant. L’Europe possède les richesses prises au Pérou. À quoi servent les preuves lorsque celui qui juge refuse de voir ?
Des preuves face au préjugé
De « Nous méprisons les Indiens » à « si son empire était sans bornes. ».
★ II.a. Des preuves disponibles : le mépris contredit par les faits
Le texte oppose au déni européen des preuves déjà disponibles et largement diffusées.
Citation. « cependant leur histoire est entre les mains de tout le monde ; nous y trouvons partout des monuments de la sagacité de leur esprit et de la solidité de leur philosophie »
Procédé principal. Connecteur adversatif (« cependant »)
Analyse. Tout le monde désigne les lecteurs ; « partout » multiplie les preuves. Les compléments « de la sagacité » et « de la solidité » attribuent aux peuples méprisés finesse et constance intellectuelles. Le connecteur « cependant » fait pivoter le développement après le constat du mépris. Il oppose à ce constat non une supposition mais la disponibilité d’une histoire écrite. « Entre les mains » localise matériellement le document chez les lecteurs. Le pronom « y » dans « nous y trouvons » reprend cette histoire : l’affirmation suivante demeure donc attachée à une source précise. « Tout le monde » élargit le cercle des détenteurs et « partout » élargit les lieux où des preuves peuvent être trouvées. Les deux compléments du nom « monuments » sont construits de façon parallèle : « de la sagacité de leur esprit » et « de la solidité de leur philosophie ». Chaque qualité reçoit ainsi son domaine. La phrase revient au sujet « nous », déjà employé pour le mépris : les mêmes personnes disposent de ce qui devrait contredire leur jugement.
Effet sur le lecteur. Le lecteur rencontre une objection qui interrompt la justification du mépris.
Interprétation. Le préjugé persiste contre les faits qu’il possède. Le passage déplace donc la faute : elle ne tient plus au manque d’information, mais à l’organisation du regard européen.
Phrase de liaison. Une œuvre européenne peut-elle au moins préparer le public à reconnaître cette humanité ?
◆ II.b. Un garant reconnu : le théâtre appelé comme témoin
La voix éditoriale appelle à la barre une œuvre dramatique consacrée aux peuples américains.
Citation. « Un de nos plus grands poètes a crayonné les mœurs indiennes dans un poème dramatique, qui a dû contribuer à les faire connaître. »
Procédé principal. Périphrase (« Un de nos plus grands poètes »)
Analyse. Le poète est d’abord désigné par une périphrase superlative, puis la note « Alzire » identifie l’œuvre. Le verbe « crayonné » présente le drame comme une esquisse visible des mœurs. Le groupe nominal ne donne pas d’abord un nom propre. Le superlatif relatif « un de nos plus grands » sélectionne un auteur dans un ensemble prestigieux que le possessif « nos » rattache au public européen. Le sujet ainsi valorisé est suivi d’un passé composé, « a crayonné », qui présente son œuvre comme un fait disponible. Le verbe appartient au vocabulaire du dessin ; appliqué aux « mœurs », il désigne une représentation partielle plutôt qu’une copie exhaustive. Le complément « dans un poème dramatique » précise le support. La relative introduite par « qui » a pour antécédent ce poème ; « a dû contribuer » formule une déduction sur son action, non une mesure de son influence. L’indication « Alzire » permet d’identifier le drame de Voltaire sans faire de cette œuvre une preuve historique indépendante.
Effet sur le lecteur. Le lecteur reconnaît l’appel à une autorité littéraire, même si le poète n’est pas nommé dans la phrase.
Interprétation. Cette autorité européenne sert paradoxalement à autoriser la voix péruvienne. Le texte exploite le prestige des Lumières tout en préparant une parole qui ne devrait plus dépendre de ce garant.
Phrase de liaison. Si tant de lumières ont déjà été répandues, pourquoi la fiction doit-elle encore se défendre d’être invraisemblable ?
★ II.c. Un juge sans yeux : le préjugé résiste à la lumière
Le passage transforme le préjugé en personnage afin de montrer sa résistance à toute preuve.
Citation. « mais le préjugé a-t-il des yeux ? » […] « Rien ne rassure contre son jugement »
Procédé principal. Personnification (« le préjugé a-t-il des yeux ? »)
Analyse. La question attribue au préjugé des yeux qu’elle lui refuse implicitement. La phrase suivante lui donne pourtant un « jugement », comme s’il siégeait au tribunal. Le nom abstrait « préjugé » devient sujet d’un verbe de possession portant sur un organe humain. Le groupe interrogatif « a-t-il » reprend ce sujet par un pronom : le préjugé est traité comme un être que l’on pourrait examiner. La question ne demande pas le nombre ou la qualité de ses yeux, mais leur existence même. La phrase suivante continue cette personnification avec le possessif « son » devant « jugement ». Le sujet négatif « Rien » ne désigne aucune protection particulière et refuse toute garantie. Plus loin, « empire » ajoute à l’activité du juge l’image d’un pouvoir territorial. Ces mots organisent une série cohérente : organe de perception, faculté de décider, domaine d’autorité. La formule interrogative tranche avec les longues phrases d’argumentation qui l’entourent et concentre leur difficulté dans une image saisissable.
Effet sur le lecteur. Le lecteur se représente le préjugé comme un juge incapable de voir.
Interprétation. Les Lumières rencontrent leur limite : répandre le savoir ne suffit pas lorsque le juge refuse de voir. Le roman doit donc produire une expérience de lecture capable de déplacer ce regard.
Transition vers le mouvement suivant. Des livres et une pièce de théâtre font déjà connaître les peuples méprisés. Que reste-t-il de la voix de Zilia après la traduction et les corrections ?
Une parole transmise, mais retouchée
De « Il semble inutile d’avertir » à « C’est la seule part que l’on ait à ce singulier ouvrage. ».
★ III.a. La même main : Zilia conserve sa voix entre deux langues
La vraisemblance du recueil repose d’abord sur une solution simple : la même personne aurait écrit puis traduit.
Citation. « les premières lettres de Zilia ont été traduites par elle-même » […] « si la même main ne les eût écrites dans notre langue »
Analyse. Elle-même exclut un traducteur intermédiaire. La même main relie matériellement les deux écritures, tandis que l’hypothèse en « si » explique comment le recueil a pu parvenir au public. La construction passive « ont été traduites » place les lettres en position de sujet grammatical. Le complément « par elle-même » identifie l’agent et le renforce : la personne qui traduit n’est pas présentée comme extérieure à la correspondance. Dans la suite, « la même main » reprend cette identité en nommant la partie du corps qui trace les signes. Le déterminant « même » établit un lien d’identité, non une simple ressemblance entre deux interventions. La proposition en « si » imagine l’absence de réécriture pour expliquer que le recueil ne serait pas arrivé jusqu’aux lecteurs. « Notre langue » nomme le terme de cette opération ; le possessif marque le groupe auquel s’adresse l’Avertissement. Le mouvement syntaxique va ainsi de lettres présentées comme déjà traduites à la condition matérielle de leur transmission.
Effet sur le lecteur. Le lecteur entend l’insistance sur la participation personnelle de la Péruvienne à la transmission de ses lettres.
Interprétation. La traduction autonome protège Zilia contre l’effacement complet. Elle ne supprime pas l’asymétrie : sa voix devient lisible lorsqu’elle entre dans la langue du public qui doit apprendre à la reconnaître.
Phrase de liaison. Une fois la traduction accomplie, par quelles mains le texte voyage-t-il jusqu’à nous ?
◆ III.b. Une permission, puis un silence : le trajet des lettres reste incomplet
Le texte détaille les circonstances privées de conservation des lettres, mais ne raconte plus explicitement leur passage au public.
Citation. « La complaisance qu’elle a eu de les communiquer au chevalier Déterville, et la permission qu’il obtint enfin de les garder. »
Procédé principal. Construction nominale (« La complaisance… et la permission… »)
Analyse. « La complaisance » et « la permission » forment deux groupes nominaux coordonnés sans verbe principal exprimé. Les infinitifs « communiquer » et « garder » bornent le trajet de Zilia à Déterville. La phrase coordonne les noms « complaisance » et « permission » au moyen de « et ». Chacun reçoit une relative : « qu’elle a eu de les communiquer » puis « qu’il obtint enfin de les garder ». Les formes « a eu » et « obtint » sont conjuguées, mais elles se trouvent à l’intérieur de relatives et ne fournissent pas de verbe principal aux deux noms coordonnés. Les infinitifs « communiquer » et « garder » précisent deux actes distincts, avec le même pronom objet « les » qui renvoie aux lettres. « Au chevalier Déterville » nomme le destinataire du premier acte ; le sujet « il » reprend ce destinataire dans le second. L’adverbe « enfin » ajoute une attente à l’obtention de la permission. Dans la phrase telle qu’elle est donnée, aucun verbe principal ne raconte ensuite le passage des lettres de Déterville au public.
Effet sur le lecteur. Le lecteur attend un verbe principal qui ne vient pas : la phrase présente ensemble deux autorisations.
Interprétation. La fiction éditoriale insiste sur le consentement de Zilia, tout en laissant une lacune entre la garde privée des lettres et leur lecture publique.
Phrase de liaison. L’éditeur peut-il maintenant affirmer qu’il n’a rien changé, ou doit-il reconnaître sa propre part ?
★ III.c. Une fidélité retouchée : les corrections avouent un filtre
La dernière étape promet la fidélité, puis énumère des interventions qui rendent cette fidélité problématique.
Citation. « On s’est contenté de supprimer un grand nombre de figures hors d’usage dans notre style » […] « On a cru aussi pouvoir, sans rien changer au fond de la pensée, donner une tournure plus intelligible » […] « C’est la seule part que l’on ait à ce singulier ouvrage »
Procédé principal. Restriction (« la seule part »)
Analyse. Le pronom indéfini « on » efface l’identité de l’éditeur. Les verbes « supprimer », « retrancher » et « donner une tournure » décrivent pourtant des opérations précises. S’est contenté et « seule part » cherchent à en réduire la portée. Les verbes d’intervention sont présentés sous plusieurs atténuations : « s’est contenté de », « a cru […] pouvoir » et « seule part ». La première locution limite en apparence l’ampleur de l’action, alors que son complément contient « un grand nombre ». La seconde introduit une permission estimée possible, non un simple constat. L’incise « sans rien changer au fond de la pensée » distingue le contenu et sa formulation avant d’admettre une nouvelle tournure. Le possessif « notre » dans « notre style » situe la norme utilisée pour décider quelles figures retrancher. Enfin, « C’est » reprend l’ensemble de ces opérations dans un groupe nominal réduit par « seule ». La succession met donc côte à côte des actes précis et des expressions qui en restreignent la portée déclarée. Cette tension est écrite dans la phrase, sans qu’il soit nécessaire de supposer une intervention supplémentaire non mentionnée.
Effet sur le lecteur. Le lecteur entend à la fois une limitation du travail de l’éditeur et l’aveu de ses retouches.
Interprétation. L’Avertissement accomplit un geste remarquable : il rend visible le filtre qui prétend transmettre la voix étrangère. L’authenticité du roman ne repose donc pas sur une absence de fabrication, mais sur l’aveu partiel de cette fabrication. Le lecteur est invité à entendre Zilia tout en surveillant l’atelier qui la rend audible.
Phrase de liaison vers la conclusion. L’Avertissement peut-il défendre la voix de Zilia sans la transformer ?
Une main d’éditeur aligne des feuilles légèrement irrégulières sans les retailler.L’éditeur affirme respecter les négligences du style.La conclusion rédigéeLe bilan et l’ouverture.Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
La conclusion rédigée
Le bilan. La citation vise le regard européen, non l’identité persane. Elle prépare la critique du mépris qui atteint ensuite les Indiens. Les Lumières rencontrent leur limite : répandre le savoir ne suffit pas lorsque le juge refuse de voir. Le roman doit donc produire une expérience de lecture capable de déplacer ce regard. L’Avertissement accomplit un geste remarquable : il rend visible le filtre qui prétend transmettre la voix étrangère. L’authenticité du roman ne repose donc pas sur une absence de fabrication, mais sur l’aveu partiel de cette fabrication. Le lecteur est invité à entendre Zilia tout en surveillant l’atelier qui la rend audible.
La réponse. L’Avertissement demande au lecteur de reconnaître une pensée étrangère, mais il montre aussi le filtre de sa transmission. La voix de Zilia ne parvient pas au public sans traduction ni choix éditoriaux.
La portée. Cette présentation appartient à la fiction du roman. Elle invite à examiner à la fois les préjugés du lecteur et les conditions dans lesquelles une parole devient audible.
L’ouverture. La lettre où Zilia apprend le français prolonge cette difficulté : découvrir une langue ouvre un monde, mais change aussi la manière de comprendre sa propre situation.
Deux plumes différentes déposées près d’une même page vierge.La voix de Zilia et celle de l’éditeur se rencontrent sur le texte.Le mémo de l’oralCe qu’on dit vraiment en dix minutes.Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Le mémo de l’oral
Françoise de Graffigny, Lettres d’une Péruvienne, édition augmentée de 1752. Objet d’étude : le roman et le récit. Parcours : « Un nouvel univers s’est offert à mes yeux ».
Situer et lire
Dans l’Avertissement placé avant les lettres, une voix d’éditeur présente le recueil et explique comment la parole de Zilia serait arrivée au public français.
Lire le passage en faisant entendre les phrases, les interrogations et les changements de mouvement.
L’Avertissement peut-il défendre la voix de Zilia sans la transformer ?
Une Europe qui se prend pour mesure
★ I.a « Enrichis par les précieuses dépouilles du Pérou, nous devrions au moins regarder les habitants de cette partie du monde comme un peuple magnifique » J’observe une antithèse (« Enrichis » / « dépouilles »). Le participe « Enrichis », placé en tête, présente le résultat avantageux pour les Européens. Le complément « par les précieuses dépouilles du Pérou » en révèle aussitôt l’origine. Le pronom « nous » inclut la voix éditoriale et son public dans la dette. Le lecteur rapproche immédiatement la richesse des Européens de ce qui a été pris aux Péruviens. Le roman place son lecteur dans une dette avant de lui présenter Zilia. La critique du préjugé commence ainsi par une contradiction matérielle : profiter d’un peuple tout en lui refusant sa grandeur.
★ I.b « nous n’accordons du mérite aux autres nations qu’autant que leurs mœurs imitent les nôtres, que leur langue se rapproche de notre idiome » J’observe une négation restrictive (« n’accordons… qu’autant que »). N’accordons [...] qu’autant que forme une restriction. La seconde proposition en « que » place parallèlement les mœurs et la langue sous la même condition de ressemblance. Les possessifs opposent « leurs » à « les nôtres » et « notre ». Le lecteur remarque que les deux conditions imposent à l’étranger de ressembler aux Européens. Le préjugé européen fonctionne comme une traduction forcée : avant même d’écouter l’autre, il exige qu’il adopte ses signes. La future parole de Zilia devra donc traverser un critère qui la nie comme différente.
L’Europe possède les richesses prises au Pérou. À quoi servent les preuves lorsque celui qui juge refuse de voir ?
Des preuves face au préjugé
★ II.a « cependant leur histoire est entre les mains de tout le monde ; nous y trouvons partout des monuments de la sagacité de leur esprit et de la solidité de leur philosophie » J’observe un connecteur adversatif (« cependant »). Tout le monde désigne les lecteurs ; « partout » multiplie les preuves. Les compléments « de la sagacité » et « de la solidité » attribuent aux peuples méprisés finesse et constance intellectuelles. Le lecteur rencontre une objection qui interrompt la justification du mépris. Le préjugé persiste contre les faits qu’il possède. Le passage déplace donc la faute : elle ne tient plus au manque d’information, mais à l’organisation du regard européen.
★ II.c « mais le préjugé a-t-il des yeux ? » […] « Rien ne rassure contre son jugement » J’observe une personnification (« le préjugé a-t-il des yeux ? »). La question attribue au préjugé des yeux qu’elle lui refuse implicitement. La phrase suivante lui donne pourtant un « jugement », comme s’il siégeait au tribunal. Le lecteur se représente le préjugé comme un juge incapable de voir. Les Lumières rencontrent leur limite : répandre le savoir ne suffit pas lorsque le juge refuse de voir. Le roman doit donc produire une expérience de lecture capable de déplacer ce regard.
Des livres et une pièce de théâtre font déjà connaître les peuples méprisés. Que reste-t-il de la voix de Zilia après la traduction et les corrections ?
Une parole transmise, mais retouchée
★ III.a « les premières lettres de Zilia ont été traduites par elle-même » […] « si la même main ne les eût écrites dans notre langue » J’observe un pronom personnel renforcé (« elle-même »). Elle-même exclut un traducteur intermédiaire. La même main relie matériellement les deux écritures, tandis que l’hypothèse en « si » explique comment le recueil a pu parvenir au public. Le lecteur entend l’insistance sur la participation personnelle de la Péruvienne à la transmission de ses lettres. La traduction autonome protège Zilia contre l’effacement complet. Elle ne supprime pas l’asymétrie : sa voix devient lisible lorsqu’elle entre dans la langue du public qui doit apprendre à la reconnaître.
★ III.c « On s’est contenté de supprimer un grand nombre de figures hors d’usage dans notre style » […] « On a cru aussi pouvoir, sans rien changer au fond de la pensée, donner une tournure plus intelligible » […] « C’est la seule part que l’on ait à ce singulier ouvrage » J’observe une restriction (« la seule part »). Le pronom indéfini « on » efface l’identité de l’éditeur. Les verbes « supprimer », « retrancher » et « donner une tournure » décrivent pourtant des opérations précises. S’est contenté et « seule part » cherchent à en réduire la portée. Le lecteur entend à la fois une limitation du travail de l’éditeur et l’aveu de ses retouches. L’Avertissement accomplit un geste remarquable : il rend visible le filtre qui prétend transmettre la voix étrangère. L’authenticité du roman ne repose donc pas sur une absence de fabrication, mais sur l’aveu partiel de cette fabrication. Le lecteur est invité à entendre Zilia tout en surveillant l’atelier qui la rend audible.
Conclure
L’Avertissement demande au lecteur de reconnaître une pensée étrangère, mais il montre aussi le filtre de sa transmission. La voix de Zilia ne parvient pas au public sans traduction ni choix éditoriaux.
La lettre où Zilia apprend le français prolonge cette difficulté : découvrir une langue ouvre un monde, mais change aussi la manière de comprendre sa propre situation.
Des ciseaux coupent seulement une longue volute décorative autour d’une feuille.Les figures jugées hors d’usage sont retranchées.Le tableau des procédésTout ce qui se révise en un coup d’œil.Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Le tableau des procédés
Procédé désigné
Analyse dans le texte
Effet sur le lecteur
Interprétation
★ I.a · Antithèse (« Enrichis » / « dépouilles »)
Le participe « Enrichis », placé en tête, présente le résultat avantageux pour les Européens. Le complément « par les précieuses dépouilles du Pérou » en révèle aussitôt l’origine. Le pronom « nous » inclut la voix éditoriale et son public dans la dette. La phrase se déploie en deux temps : elle pose d’abord un fait accompli, puis la conduite qui devrait en découler. Le participe passé détaché s’accorde avec « nous » ; l’enrichissement est ainsi attribué à ceux qui formulent le jugement. « Par » introduit la cause matérielle de cet enrichissement. Le nom « dépouilles » désigne des biens enlevés et non des dons : il inscrit la perte d’un peuple dans le gain de l’autre. À la fin, « magnifique » reprend la famille de la magnificence et qualifie cette fois le peuple plutôt que les objets. La valeur passe ainsi des richesses possédées à ceux qui les ont produites. Le groupe « au moins » fixe un seuil, tandis que le conditionnel de devoir signale que la conséquence souhaitable n’est pas donnée comme réalisée.
Le lecteur rapproche immédiatement la richesse des Européens de ce qui a été pris aux Péruviens.
Le roman place son lecteur dans une dette avant de lui présenter Zilia. La critique du préjugé commence ainsi par une contradiction matérielle : profiter d’un peuple tout en lui refusant sa grandeur.
★ I.b · Négation restrictive (« n’accordons… qu’autant que »)
N’accordons [...] qu’autant que forme une restriction. La seconde proposition en « que » place parallèlement les mœurs et la langue sous la même condition de ressemblance. Les possessifs opposent « leurs » à « les nôtres » et « notre ». Les deux membres possèdent chacun un sujet et un verbe : « leurs mœurs imitent » et « leur langue se rapproche ». La seconde occurrence de « que » reprend le même cadre de dépendance et évite de répéter « autant que ». La restriction ne dit pas que toute qualité étrangère est refusée ; elle précise à quelle condition elle est accordée. Le verbe « imitent » exige un modèle, exprimé par « les nôtres ». « Se rapproche » décrit un mouvement vers une référence, indiquée par « notre idiome ». Les possessifs répètent donc la même distribution dans les deux propositions. Le présent « accordons » ne renvoie pas à une rencontre datée : il énonce une pratique habituelle, renforcée par le pluriel « autres nations ». La symétrie grammaticale fait se succéder deux applications d’une seule règle.
Le lecteur remarque que les deux conditions imposent à l’étranger de ressembler aux Européens.
Le préjugé européen fonctionne comme une traduction forcée : avant même d’écouter l’autre, il exige qu’il adopte ses signes. La future parole de Zilia devra donc traverser un critère qui la nie comme différente.
Le mot interrogatif « Comment » demande apparemment la manière dont une chose est possible. Or le prédicat « être Persan » désigne une identité, non une action dont il faudrait expliquer le mécanisme. Le verbe modal « peut » place cette identité sous le signe d’une possibilité mise en doute. Le sujet indéfini « on » ne nomme aucun interlocuteur particulier. La brièveté de la phrase, détachée après les deux conditions de ressemblance, isole donc une réaction que le développement vient de préparer. La référence aux Lettres persanes signale une parole empruntée : ce n’est pas Zilia qui parle ici et ce n’est pas une demande documentaire sur la Perse. Le nom propre change la nation considérée tout en conservant la question européenne. La reprise littéraire donne une forme ramassée à la règle générale qui précède.
Le lecteur entend une question qui traite l’existence même du Persan comme une chose étonnante.
La citation vise le regard européen, non l’identité persane. Elle prépare la critique du mépris qui atteint ensuite les Indiens.
★ II.a · Connecteur adversatif (« cependant »)
Tout le monde désigne les lecteurs ; « partout » multiplie les preuves. Les compléments « de la sagacité » et « de la solidité » attribuent aux peuples méprisés finesse et constance intellectuelles. Le connecteur « cependant » fait pivoter le développement après le constat du mépris. Il oppose à ce constat non une supposition mais la disponibilité d’une histoire écrite. « Entre les mains » localise matériellement le document chez les lecteurs. Le pronom « y » dans « nous y trouvons » reprend cette histoire : l’affirmation suivante demeure donc attachée à une source précise. « Tout le monde » élargit le cercle des détenteurs et « partout » élargit les lieux où des preuves peuvent être trouvées. Les deux compléments du nom « monuments » sont construits de façon parallèle : « de la sagacité de leur esprit » et « de la solidité de leur philosophie ». Chaque qualité reçoit ainsi son domaine. La phrase revient au sujet « nous », déjà employé pour le mépris : les mêmes personnes disposent de ce qui devrait contredire leur jugement.
Le lecteur rencontre une objection qui interrompt la justification du mépris.
Le préjugé persiste contre les faits qu’il possède. Le passage déplace donc la faute : elle ne tient plus au manque d’information, mais à l’organisation du regard européen.
◆ II.b · Périphrase (« Un de nos plus grands poètes »)
Le poète est d’abord désigné par une périphrase superlative, puis la note « Alzire » identifie l’œuvre. Le verbe « crayonné » présente le drame comme une esquisse visible des mœurs. Le groupe nominal ne donne pas d’abord un nom propre. Le superlatif relatif « un de nos plus grands » sélectionne un auteur dans un ensemble prestigieux que le possessif « nos » rattache au public européen. Le sujet ainsi valorisé est suivi d’un passé composé, « a crayonné », qui présente son œuvre comme un fait disponible. Le verbe appartient au vocabulaire du dessin ; appliqué aux « mœurs », il désigne une représentation partielle plutôt qu’une copie exhaustive. Le complément « dans un poème dramatique » précise le support. La relative introduite par « qui » a pour antécédent ce poème ; « a dû contribuer » formule une déduction sur son action, non une mesure de son influence. L’indication « Alzire » permet d’identifier le drame de Voltaire sans faire de cette œuvre une preuve historique indépendante.
Le lecteur reconnaît l’appel à une autorité littéraire, même si le poète n’est pas nommé dans la phrase.
Cette autorité européenne sert paradoxalement à autoriser la voix péruvienne. Le texte exploite le prestige des Lumières tout en préparant une parole qui ne devrait plus dépendre de ce garant.
★ II.c · Personnification (« le préjugé a-t-il des yeux ? »)
La question attribue au préjugé des yeux qu’elle lui refuse implicitement. La phrase suivante lui donne pourtant un « jugement », comme s’il siégeait au tribunal. Le nom abstrait « préjugé » devient sujet d’un verbe de possession portant sur un organe humain. Le groupe interrogatif « a-t-il » reprend ce sujet par un pronom : le préjugé est traité comme un être que l’on pourrait examiner. La question ne demande pas le nombre ou la qualité de ses yeux, mais leur existence même. La phrase suivante continue cette personnification avec le possessif « son » devant « jugement ». Le sujet négatif « Rien » ne désigne aucune protection particulière et refuse toute garantie. Plus loin, « empire » ajoute à l’activité du juge l’image d’un pouvoir territorial. Ces mots organisent une série cohérente : organe de perception, faculté de décider, domaine d’autorité. La formule interrogative tranche avec les longues phrases d’argumentation qui l’entourent et concentre leur difficulté dans une image saisissable.
Le lecteur se représente le préjugé comme un juge incapable de voir.
Les Lumières rencontrent leur limite : répandre le savoir ne suffit pas lorsque le juge refuse de voir. Le roman doit donc produire une expérience de lecture capable de déplacer ce regard.
★ III.a · Pronom personnel renforcé (« elle-même »)
Elle-même exclut un traducteur intermédiaire. La même main relie matériellement les deux écritures, tandis que l’hypothèse en « si » explique comment le recueil a pu parvenir au public. La construction passive « ont été traduites » place les lettres en position de sujet grammatical. Le complément « par elle-même » identifie l’agent et le renforce : la personne qui traduit n’est pas présentée comme extérieure à la correspondance. Dans la suite, « la même main » reprend cette identité en nommant la partie du corps qui trace les signes. Le déterminant « même » établit un lien d’identité, non une simple ressemblance entre deux interventions. La proposition en « si » imagine l’absence de réécriture pour expliquer que le recueil ne serait pas arrivé jusqu’aux lecteurs. « Notre langue » nomme le terme de cette opération ; le possessif marque le groupe auquel s’adresse l’Avertissement. Le mouvement syntaxique va ainsi de lettres présentées comme déjà traduites à la condition matérielle de leur transmission.
Le lecteur entend l’insistance sur la participation personnelle de la Péruvienne à la transmission de ses lettres.
La traduction autonome protège Zilia contre l’effacement complet. Elle ne supprime pas l’asymétrie : sa voix devient lisible lorsqu’elle entre dans la langue du public qui doit apprendre à la reconnaître.
◆ III.b · Construction nominale (« La complaisance… et la permission… »)
« La complaisance » et « la permission » forment deux groupes nominaux coordonnés sans verbe principal exprimé. Les infinitifs « communiquer » et « garder » bornent le trajet de Zilia à Déterville. La phrase coordonne les noms « complaisance » et « permission » au moyen de « et ». Chacun reçoit une relative : « qu’elle a eu de les communiquer » puis « qu’il obtint enfin de les garder ». Les formes « a eu » et « obtint » sont conjuguées, mais elles se trouvent à l’intérieur de relatives et ne fournissent pas de verbe principal aux deux noms coordonnés. Les infinitifs « communiquer » et « garder » précisent deux actes distincts, avec le même pronom objet « les » qui renvoie aux lettres. « Au chevalier Déterville » nomme le destinataire du premier acte ; le sujet « il » reprend ce destinataire dans le second. L’adverbe « enfin » ajoute une attente à l’obtention de la permission. Dans la phrase telle qu’elle est donnée, aucun verbe principal ne raconte ensuite le passage des lettres de Déterville au public.
Le lecteur attend un verbe principal qui ne vient pas : la phrase présente ensemble deux autorisations.
La fiction éditoriale insiste sur le consentement de Zilia, tout en laissant une lacune entre la garde privée des lettres et leur lecture publique.
★ III.c · Restriction (« la seule part »)
Le pronom indéfini « on » efface l’identité de l’éditeur. Les verbes « supprimer », « retrancher » et « donner une tournure » décrivent pourtant des opérations précises. S’est contenté et « seule part » cherchent à en réduire la portée. Les verbes d’intervention sont présentés sous plusieurs atténuations : « s’est contenté de », « a cru […] pouvoir » et « seule part ». La première locution limite en apparence l’ampleur de l’action, alors que son complément contient « un grand nombre ». La seconde introduit une permission estimée possible, non un simple constat. L’incise « sans rien changer au fond de la pensée » distingue le contenu et sa formulation avant d’admettre une nouvelle tournure. Le possessif « notre » dans « notre style » situe la norme utilisée pour décider quelles figures retrancher. Enfin, « C’est » reprend l’ensemble de ces opérations dans un groupe nominal réduit par « seule ». La succession met donc côte à côte des actes précis et des expressions qui en restreignent la portée déclarée. Cette tension est écrite dans la phrase, sans qu’il soit nécessaire de supposer une intervention supplémentaire non mentionnée.
Le lecteur entend à la fois une limitation du travail de l’éditeur et l’aveu de ses retouches.
L’Avertissement accomplit un geste remarquable : il rend visible le filtre qui prétend transmettre la voix étrangère. L’authenticité du roman ne repose donc pas sur une absence de fabrication, mais sur l’aveu partiel de cette fabrication. Le lecteur est invité à entendre Zilia tout en surveillant l’atelier qui la rend audible.
Hiérarchie claire pour la révision
Les étoiles sont les repères à ne pas omettre. Les losanges permettent d’approfondir si le temps le permet.
★ I.a · Antithèse (« Enrichis » / « dépouilles »)
★ I.b · Négation restrictive (« n’accordons… qu’autant que »)
★ II.a · Connecteur adversatif (« cependant »)
★ II.c · Personnification (« le préjugé a-t-il des yeux ? »)
★ III.a · Pronom personnel renforcé (« elle-même »)
★ III.c · Restriction (« la seule part »)
Un rouleau très orné et un court fragment de volute conservé sur la table.Le reste visible signale l’ampleur de la suppression.Vérifier son mémoVérifier qu’on n’a rien laissé de côté.Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
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Repère indispensable
Citation dans le mémo
Explication et interprétation
Présent
I.a
« Enrichis par les précieuses dépouilles du Pérou, nous devrions au moins regarder les habitants de cette partie du monde comme un peuple magnifique »
Le participe « Enrichis », placé en tête, présente le résultat avantageux pour les Européens. Le complément « par les précieuses dépouilles du Pérou » en révèle aussitôt l’origine. Le pronom « nous » inclut la voix éditoriale et son public dans la dette. Le roman place son lecteur dans une dette avant de lui présenter Zilia. La critique du préjugé commence ainsi par une contradiction matérielle : profiter d’un peuple tout en lui refusant sa grandeur.
oui
I.b
« nous n’accordons du mérite aux autres nations qu’autant que leurs mœurs imitent les nôtres, que leur langue se rapproche de notre idiome »
N’accordons [...] qu’autant que forme une restriction. La seconde proposition en « que » place parallèlement les mœurs et la langue sous la même condition de ressemblance. Les possessifs opposent « leurs » à « les nôtres » et « notre ». Le préjugé européen fonctionne comme une traduction forcée : avant même d’écouter l’autre, il exige qu’il adopte ses signes. La future parole de Zilia devra donc traverser un critère qui la nie comme différente.
oui
II.a
« cependant leur histoire est entre les mains de tout le monde ; nous y trouvons partout des monuments de la sagacité de leur esprit et de la solidité de leur philosophie »
Tout le monde désigne les lecteurs ; « partout » multiplie les preuves. Les compléments « de la sagacité » et « de la solidité » attribuent aux peuples méprisés finesse et constance intellectuelles. Le préjugé persiste contre les faits qu’il possède. Le passage déplace donc la faute : elle ne tient plus au manque d’information, mais à l’organisation du regard européen.
oui
II.c
« mais le préjugé a-t-il des yeux ? » […] « Rien ne rassure contre son jugement »
La question attribue au préjugé des yeux qu’elle lui refuse implicitement. La phrase suivante lui donne pourtant un « jugement », comme s’il siégeait au tribunal. Les Lumières rencontrent leur limite : répandre le savoir ne suffit pas lorsque le juge refuse de voir. Le roman doit donc produire une expérience de lecture capable de déplacer ce regard.
oui
III.a
« les premières lettres de Zilia ont été traduites par elle-même » […] « si la même main ne les eût écrites dans notre langue »
Elle-même exclut un traducteur intermédiaire. La même main relie matériellement les deux écritures, tandis que l’hypothèse en « si » explique comment le recueil a pu parvenir au public. La traduction autonome protège Zilia contre l’effacement complet. Elle ne supprime pas l’asymétrie : sa voix devient lisible lorsqu’elle entre dans la langue du public qui doit apprendre à la reconnaître.
oui
III.c
« On s’est contenté de supprimer un grand nombre de figures hors d’usage dans notre style » […] « On a cru aussi pouvoir, sans rien changer au fond de la pensée, donner une tournure plus intelligible » […] « C’est la seule part que l’on ait à ce singulier ouvrage »
Le pronom indéfini « on » efface l’identité de l’éditeur. Les verbes « supprimer », « retrancher » et « donner une tournure » décrivent pourtant des opérations précises. S’est contenté et « seule part » cherchent à en réduire la portée. L’Avertissement accomplit un geste remarquable : il rend visible le filtre qui prétend transmettre la voix étrangère. L’authenticité du roman ne repose donc pas sur une absence de fabrication, mais sur l’aveu partiel de cette fabrication. Le lecteur est invité à entendre Zilia tout en surveillant l’atelier qui la rend audible.
oui
Deux mains dénouent un cordon multicolore près de feuilles dont les lignes ne forment aucun texte lisible.Rendre intelligible peut transformer l’expression de la pensée.Les erreurs à éviterCe qui coûte des points, et pourquoi.Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Les erreurs à éviter
A. Les erreurs de fond
Erreur à ne pas commettre
Pourquoi c’est une erreur
Formulation correcte
⛔ Faire parler Zilia dans l’Avertissement
La voix présente Zilia à la troisième personne et s’adresse au public.
Une voix éditoriale met en scène la transmission du recueil.
⛔ Présenter le recueil comme une correspondance historiquement prouvée
La provenance racontée fait partie du dispositif romanesque.
Le texte produit une impression d’authenticité, distincte d’une preuve documentaire.
⛔ Dire que l’éditeur ne modifie rien
Il avoue supprimer des figures et reformuler certains traits.
La fidélité revendiquée coexiste avec des interventions explicites.
B. La méthode à l’oral
Erreur de méthode
Correction attendue
⚠ Résumer seulement « Une Europe qui se prend pour mesure ».
Partir de « Enrichis par les précieuses dépouilles du Pérou, nous devrions au moins regarder les habitants de cette partie du monde comme un peuple magnifique » puis expliquer : Le participe « Enrichis », placé en tête, présente le résultat avantageux pour les Européens. Le complément « par les précieuses dépouilles du Pérou » en révèle aussitôt l’origine. Le pronom « nous » inclut la voix éditoriale et son public dans la dette.
⚠ Résumer seulement « Des preuves face au préjugé ».
Partir de « cependant leur histoire est entre les mains de tout le monde ; nous y trouvons partout des monuments de la sagacité de leur esprit et de la solidité de leur philosophie » puis expliquer : Tout le monde désigne les lecteurs ; « partout » multiplie les preuves. Les compléments « de la sagacité » et « de la solidité » attribuent aux peuples méprisés finesse et constance intellectuelles.
⚠ Résumer seulement « Une parole transmise, mais retouchée ».
Partir de « les premières lettres de Zilia ont été traduites par elle-même » […] « si la même main ne les eût écrites dans notre langue » puis expliquer : Elle-même exclut un traducteur intermédiaire. La même main relie matériellement les deux écritures, tandis que l’hypothèse en « si » explique comment le recueil a pu parvenir au public.
C. Des formulations à préciser
Formulation à éviter
Formulation précise
· « C’est frappant. »
Le lecteur rapproche immédiatement la richesse des Européens de ce qui a été pris aux Péruviens. Le roman place son lecteur dans une dette avant de lui présenter Zilia. La critique du préjugé commence ainsi par une contradiction matérielle : profiter d’un peuple tout en lui refusant sa grandeur.
· « C’est une critique. »
Le lecteur rencontre une objection qui interrompt la justification du mépris. Le préjugé persiste contre les faits qu’il possède. Le passage déplace donc la faute : elle ne tient plus au manque d’information, mais à l’organisation du regard européen.
· « C’est une belle fin. »
Le lecteur entend à la fois une limitation du travail de l’éditeur et l’aveu de ses retouches. L’Avertissement accomplit un geste remarquable : il rend visible le filtre qui prétend transmettre la voix étrangère. L’authenticité du roman ne repose donc pas sur une absence de fabrication, mais sur l’aveu partiel de cette fabrication. Le lecteur est invité à entendre Zilia tout en surveillant l’atelier qui la rend audible.
D. Identifier les procédés
Erreur à ne pas commettre
Pourquoi c’est une erreur
Correction attendue
⚠ Présenter « un mérite sous condition » comme un procédé.
Ce titre formule un enjeu ; il ne nomme pas un moyen d’écriture.
Négation restrictive (« n’accordons… qu’autant que ») : N’accordons [...] qu’autant que forme une restriction. La seconde proposition en « que » place parallèlement les mœurs et la langue sous la même condition de ressemblance. Les possessifs opposent « leurs » à « les nôtres » et « notre ».
⚠ Présenter « un garant reconnu » comme un procédé.
Ce titre formule un enjeu ; il ne nomme pas un moyen d’écriture.
Périphrase (« Un de nos plus grands poètes ») : Le poète est d’abord désigné par une périphrase superlative, puis la note « Alzire » identifie l’œuvre. Le verbe « crayonné » présente le drame comme une esquisse visible des mœurs.
⚠ Présenter « une permission, puis un silence » comme un procédé.
Ce titre formule un enjeu ; il ne nomme pas un moyen d’écriture.
Construction nominale (« La complaisance… et la permission… ») : « La complaisance » et « la permission » forment deux groupes nominaux coordonnés sans verbe principal exprimé. Les infinitifs « communiquer » et « garder » bornent le trajet de Zilia à Déterville.
Deux enveloppes de papier crème et bleu accompagnent un grand sceau rouge.L’éditeur dit modifier la tournure sans changer le fond.L’analyse grammaticaleLes trois questions au format de l’épreuve.Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
L’analyse grammaticale
Question 1 : Une restriction
Phrase étudiée. « […] on n’en a laissé que ce qu’il en fallait pour faire sentir combien il était nécessaire d’en retrancher. »
Question de grammaire. Analysez la construction restrictive « n’en a laissé que ».
Leçon de grammaire. 6 · La négation
Nature de la phrase. Le segment est déclaratif et complexe. Il contient trois formes verbales conjuguées : « a laissé », « fallait » et « était ». Le sujet du verbe principal est « on ». La forme est restrictive.
Analyse grammaticale. La locution discontinue « ne… que » encadre le groupe verbal et limite la quantité laissée. « Ne » est élidé devant « en ». Le premier « en » reprend les figures mentionnées auparavant ; « que » introduit la quantité conservée, exprimée par « ce qu’il en fallait ». Il ne s’agit pas de nier toute conservation : une partie a été laissée. La manipulation « on en a laissé seulement la quantité nécessaire » conserve cette restriction, contrairement à « on n’en a laissé aucune ». « Faire », « sentir » et « retrancher » sont des infinitifs, non trois propositions supplémentaires à verbes conjugués.
Cette phrase relève de la leçon 6, parce que la construction ne… que limite un complément au lieu de nier toute la proposition.
Question 2 : Une condition
Phrase étudiée. « Rien ne rassure contre son jugement, et l’on se serait bien gardé d’y soumettre cet ouvrage, si son empire était sans bornes. »
Question de grammaire. Analysez la proposition introduite par « si » et les temps qui lui sont associés.
Leçon de grammaire. 4 · Les circonstancielles
Nature de la phrase. La phrase est complexe et déclarative. Elle comporte trois formes verbales conjuguées : « rassure », « se serait gardé » et « était ». « Rien » est sujet de la première proposition ; « l’on » est sujet de la deuxième ; « son empire » est sujet de la subordonnée.
Analyse grammaticale. « Si son empire était sans bornes » est une proposition subordonnée conjonctive circonstancielle de condition, complément de la proposition « l’on se serait bien gardé d’y soumettre cet ouvrage ». La conjonction « si » ne remplit aucune fonction à l’intérieur de la subordonnée. L’imparfait de l’indicatif « était » s’associe au conditionnel passé « se serait gardé ». La condition porte sur un état envisagé ; la conséquence non réalisée est située dans le passé. Déplacer la subordonnée en tête conserve cette relation : « Si son empire était sans bornes, l’on se serait bien gardé d’y soumettre cet ouvrage. »
Cette phrase relève de la leçon 4, parce que si introduit une circonstancielle dont dépend la réalisation de la proposition principale.
Question 3 : Une relative
Phrase étudiée. « Un de nos plus grands poètes a crayonné les mœurs indiennes dans un poème dramatique, qui a dû contribuer à les faire connaître. »
Question de grammaire. Analysez la relative « qui a dû contribuer à les faire connaître ».
Leçon de grammaire. 3 · Les propositions relatives
Nature de la phrase. La phrase est complexe, déclarative et affirmative. Deux formes verbales sont conjuguées : « a crayonné » et « a dû ». Le sujet principal est « Un de nos plus grands poètes ».
Analyse grammaticale. « Qui a dû contribuer à les faire connaître » est une proposition subordonnée relative adjective. Elle complète l’antécédent « un poème dramatique ». Détachée par une virgule, elle apporte une précision explicative. Le pronom relatif « qui » reprend ce groupe nominal et exerce la fonction de sujet de « a dû ». La manipulation « ce poème dramatique a dû contribuer à les faire connaître » permet de vérifier cette fonction. « Contribuer », « faire » et « connaître » sont des infinitifs ; « les » reprend « les mœurs indiennes ». Il ne faut donc pas attribuer au pronom « qui » la fonction de complément du verbe principal.
Cette phrase relève de la leçon 3, parce que il faut identifier l’antécédent et la fonction sujet du pronom relatif qui.