Zilia observe une jeune femme face à deux adultes qui la jugent.L’enquête cherche la cause du mépris pour les femmes.
TEXTE original · Françoise de Graffigny, Lettres d’une Péruvienne, édition augmentée de 1752 · lettre 34. Dans la lettre 34 de l’édition augmentée, Zilia recherche la cause du mépris des femmes. Elle examine la formation des enfants puis l’éducation réservée aux filles.
Il m’a fallu beaucoup de temps, mon cher Aza, pour approfondir la cause du mépris que l’on a presque généralement ici pour les femmes. Enfin je crois l’avoir découverte dans le peu de rapport qu’il y a entre ce qu’elles font et ce qu’on s’imagine qu’elles devraient être. On voudrait, comme ailleurs, qu’elles eussent du mérite et de la vertu ; mais il faudrait que la nature les fît ainsi, car l’éducation qu’on leur donne est si opposée à la fin qu’on leur propose, qu’elle me paraît être le chef-d’œuvre de l’inconséquence française.
On sait au Pérou, mon cher Aza, que pour préparer les humains à la pratique des vertus, il faut leur inspirer dès l’enfance un courage et une certaine fermeté d’âme qui leur forment un caractère décidé ; on l’ignore en France. Dans le premier âge, les enfants ne paraissent destinés qu’au divertissement des parents et de ceux qui les gouvernent. Il semble que l’on veuille tirer un honteux avantage de leur incapacité à découvrir la vérité. On les trompe sur ce qu’ils ne voient pas ; on leur donne des idées fausses de ce qui se présente à leurs sens, et l’on rit inhumainement de leurs erreurs ; on augmente leur sensibilité et leur faiblesse naturelle par une puérile compassion pour les petits accidents qui leur arrivent ; on oublie qu’ils doivent être des hommes.
Je ne sais quelles sont les suites de l’éducation qu’un père donne à son fils, je ne m’en suis pas informée ; mais je sais que, du moment que les filles commencent à être capables de recevoir des instructions, on les enferme dans une maison religieuse pour leur apprendre à vivre dans le monde ; que l’on confie le soin d’éclairer leur esprit à des personnes auxquelles on ferait peut-être un crime d’en avoir, et qui sont incapables de leur former le cœur, qu’elles ne connaissent pas.
Les principes de la religion, si propres à servir de germe à toutes les vertus, ne sont appris que superficiellement et par mémoire. Les devoirs à l’égard de la divinité ne sont pas inspirés avec plus de méthode. Ils consistent dans de petites cérémonies d’un culte extérieur, exigées avec tant de sévérité, pratiquées avec tant d’ennui, que c’est le premier joug dont on se défait en entrant dans le monde ; et si l’on en conserve encore quelques usages, à la manière dont on s’en acquitte, on croirait volontiers que ce n’est qu’une espèce de politesse que l’on rend par habitude à la divinité.
D’ailleurs, rien ne remplace les premiers fondements d’une éducation mal dirigée. On ne connaît presque point en France le respect pour soi-même dont on prend tant de soin de remplir le cœur de nos vierges. Ce sentiment généreux, qui nous rend le juge le plus sévère de nos actions et de nos pensées, qui devient un principe sûr quand il est bien senti, n’est ici d’aucune ressource pour les femmes. Au peu de soin que l’on prend de leur âme, on serait tenté de croire que les Français sont dans l’erreur de certains peuples barbares qui leur en refusent une.
Régler les mouvements du corps, arranger ceux du visage, composer l’extérieur, sont les points essentiels de l’éducation. C’est sur les attitudes plus ou moins gênantes de leurs filles que les parents se glorifient de les avoir bien élevées. Ils leur recommandent de se pénétrer de confusion pour une faute commise contre la bonne grâce ; ils ne leur disent pas que la contenance honnête n’est qu’une hypocrisie si elle n’est l’effet de l’honnêteté de l’âme. On excite sans cesse en elles ce méprisable amour-propre qui n’a d’effet que sur les agréments extérieurs ; on ne leur fait pas connaître celui qui forme le mérite et qui n’est satisfait que par l’estime. On borne la seule idée qu’on leur donne de l’honneur à n’avoir point d’amants, en leur présentant sans cesse la certitude de plaire pour récompense de la gêne et de la contrainte qu’on leur impose ; et le temps le plus précieux pour former l’esprit est employé à acquérir des talents imparfaits, dont on fait peu d’usage dans la jeunesse et qui deviennent des ridicules dans un âge plus avancé.
Un adulte montre à une fille une coupe honorifique tout en lui retirant un livre.Le but annoncé ne correspond pas aux moyens donnés.
Zilia remarque que les femmes sont méprisées, puis cherche pourquoi. Sa réponse n’est pas : elles seraient incapables. Elle regarde ce qu’on leur apprend. Pour la suivre, garde une question très simple : peut-on reprocher à quelqu’un de ne pas avoir appris ce qu’on ne lui a pas enseigné ?
Si une phrase te résiste, ne reste pas bloqué dessus. Garde le texte sous les yeux : nous reviendrons à ses mots, un petit morceau après l’autre.
Une éducatrice péruvienne aide une enfant à tenir debout sur une petite pierre stable.La fermeté d’âme s’apprend dès l’enfance.
Qui parle ? Zilia écrit à Aza après avoir observé l’éducation donnée en France.
Que se passe-t-il ? Elle met côte à côte les qualités attendues des femmes et la formation qu’elles reçoivent.
Qu’est-ce qui compte ici ? La société réclame du jugement et de la vertu, mais apprend surtout aux filles à plaire. Zilia cherche la cause de cet écart.
Deux parents regardent une enfant faire une révérence comme un spectacle.L’enfant est traité comme un divertissement.
Nous sommes dans la lettre 34 de l’édition augmentée de 1752. Zilia ne découvre plus seulement des objets ou des paysages : elle examine les règles de la vie sociale. L’éducation des filles devient ici le centre de sa réflexion.
Un adulte dissimule un objet dans sa manche en montrant une boîte vide à une enfant.Tromper l’enfant fausse son rapport au vrai.
Tu sais maintenant ce qui se passe. Pour ouvrir ton explication, il reste à présenter le texte à quelqu’un qui ne l’a pas encore lu. Prenons les choses dans l’ordre. Les phrases en vert te donnent une formulation possible ; tu pourras les redire avec tes mots.
Un, l’autrice.
Ce que tu disFrançoise de Graffigny, écrivaine du XVIIIe siècle, donne une place centrale aux expériences et à la parole d’une femme.
Deux, le contexte.
Ce que tu disLe roman appartient au siècle des Lumières. Le regard d’une étrangère permet d’interroger des usages qui paraissent aller de soi à ceux qui les pratiquent.
Trois, l’œuvre.
Ce que tu disLes Lettres d’une Péruvienne paraissent en 1747, puis dans une édition augmentée en 1752. Le roman suit Zilia, séparée d’Aza et conduite en France. Le parcours « Un nouvel univers s’est offert à mes yeux » invite à examiner les effets de cette découverte.
Quatre, le passage.
Ce que tu disDans la lettre 34 de l’édition augmentée, Zilia recherche la cause du mépris des femmes. Elle examine la formation des enfants puis l’éducation réservée aux filles.
Cinq, ta question (la problématique).
Ce que tu disL’éducation donnée aux femmes les prépare-t-elle à remplir les exigences de la société ?
Six, les mouvements.
Ce que tu disPourquoi les résultats attendus ne peuvent-ils pas naître de l’éducation donnée ? Par quels gestes les adultes entretiennent-ils l’ignorance qu’ils devraient corriger ? Que manque-t-il à une éducation qui travaille surtout l’apparence ?
Une enfant s’étonne d’une ombre de marionnette tandis que deux adultes se divertissent.Le rire des adultes exploite une erreur de compréhension.
D’abord, Zilia ne se contente pas de répéter un jugement entendu. Elle cherche une cause. Le texte va déplacer la question : au lieu de condamner les femmes, il examine ce qu’on fait pour les former.
Nous allons de « Il m’a fallu beaucoup de temps » à « le chef-d’œuvre de l’inconséquence française. ».
Pourquoi commencer par le temps de la recherche ?
« Il m’a fallu beaucoup de temps » […] « pour approfondir la cause du mépris »
« Il m’a fallu beaucoup de temps » présente une conclusion élaborée, pas un avis jeté au passage. Le verbe « approfondir » annonce qu’elle veut aller sous les apparences.
Ce que tu viens d’observer porte un nom : Modalisation (« je crois l’avoir découverte »). Celui qui parle laisse entendre son degré de certitude ou son jugement sur ce qu’il dit.
Ce que tu disJ’observe une modalisation (« je crois l’avoir découverte »). Approfondir indique une enquête sous les apparences. Le regard étranger n’est pas une naïveté instantanée. Il devient savoir construit sur la société française.
Que compare‑t‑elle exactement ?
« le peu de rapport qu’il y a entre ce qu’elles font et ce qu’on s’imagine qu’elles devraient être »
Ce que les femmes font et ce que la société voudrait qu’elles soient. Ce sont deux choses différentes. L’explication cherchera pourquoi la formation reçue ne permet pas de rejoindre le modèle imposé.
Pour nommer ce geste d’écriture, on parle ici de ce procédé : Parallélisme (« ce qu’elles font » / « ce qu’on s’imagine »). Deux groupes ou deux phrases reprennent une construction semblable ; on peut alors comparer ce qu’ils disent.
Ce que tu disJ’observe un parallélisme (« ce qu’elles font » / « ce qu’on s’imagine »). Ce qu’elles font désigne les actes observés. Zilia ne nie pas l’écart ; elle demande qui a produit les sujets et qui a fixé la norme servant à les condamner.
Pourquoi parler d’un « chef‑d’œuvre » ?
« l’éducation qu’on leur donne est si opposée à la fin qu’on leur propose, qu’elle me paraît être le chef-d’œuvre de l’inconséquence française »
D’ordinaire, c’est un grand compliment. Ici, il qualifie une incohérence : le moyen employé contredit le but annoncé. Le mot devient ironique, puisqu’il fait semblant d’admirer ce qu’il dénonce.
Le terme utile pour décrire cette construction est le suivant : Ironie (« chef-d’œuvre de l’inconséquence »). On emploie une formulation dont le contexte fait entendre la distance critique, parfois à l’inverse d’un compliment apparent.
Ce que tu disJ’observe une ironie (« chef-d’œuvre de l’inconséquence »). Si... que mesure le degré d’opposition entre moyen et fin. Les femmes ne manquent pas naturellement de vertu : la société organise méthodiquement l’échec de la vertu qu’elle exige.
Fais une petite pause. Rassemblons ce que nous venons de voir, sans reprendre tous les détails.
La société exige mérite et vertu, mais n’organise pas l’éducation pour les développer. Zilia cherche la cause de cet écart au lieu d’attribuer d’emblée les défauts aux femmes.
Plusieurs mains entourent excessivement une enfant près d’un petit ruban tombé.La compassion disproportionnée entretient la faiblesse.
Regardons ensuite les gestes des adultes. Ils trompent les enfants, rient de leurs erreurs, puis enferment les filles pour leur apprendre à vivre dans le monde. Prends le temps d’entendre ces contradictions.
Nous allons de « On sait au Pérou » à « qu’elles ne connaissent pas. ».
À quoi sert la comparaison avec le Pérou ?
« On sait au Pérou » […] « on l’ignore en France »
Elle donne un autre point de départ : former le courage et la fermeté. Le contraste entre « on sait » et « on l’ignore » rend plus visible ce qui manque dans l’éducation française décrite.
Ce que tu viens d’observer porte un nom : Antithèse (« On sait au Pérou » / « on l’ignore en France »). Deux idées opposées sont rapprochées pour que leur contraste apparaisse.
Ce que tu disJ’observe une antithèse (« On sait au Pérou » / « on l’ignore en France »). La longue proposition expose le courage et la fermeté nécessaires. La différence ne vient pas d’une nature nationale, mais d’un savoir éducatif adopté ou ignoré.
Qui produit les erreurs des enfants ?
« On les trompe » […] « on leur donne des idées fausses » […] « l’on rit inhumainement de leurs erreurs »
Les adultes leur donnent d’abord des idées fausses, puis se moquent d’eux. Suis bien cet ordre. Il empêche d’attribuer simplement l’erreur à l’incapacité des enfants.
Pour nommer ce geste d’écriture, on parle ici de ce procédé : Anaphore (« On les » / « on leur » / « l’on »). Un mot ou un groupe revient au début de plusieurs phrases ou de plusieurs groupes successifs.
Ce que tu disJ’observe une anaphore (« On les » / « on leur » / « l’on »). Les adultes créent d’abord l’erreur, puis la prennent pour objet de rire. La faiblesse enfantine est entretenue par ceux qui prétendront ensuite la corriger. La société produit son propre prétexte de domination.
Comment apprendre le monde en restant enfermé ?
« on les enferme dans une maison religieuse pour leur apprendre à vivre dans le monde »
Le début et la fin de la phrase vont en sens contraire : enfermer, puis apprendre à vivre dans le monde. Il suffit de rapprocher ces mots pour entendre l’objection de Zilia.
Le terme utile pour décrire cette construction est le suivant : Antithèse (« enferme » / « vivre dans le monde »). Deux idées opposées sont rapprochées pour que leur contraste apparaisse.
Ce que tu disJ’observe une antithèse (« enferme » / « vivre dans le monde »). Le verbe « enferme » retire l’expérience que le but « vivre dans le monde » exigerait. L’ignorance future des femmes n’est pas accidentelle : elle est inscrite dans une institution qui prétend préparer ce qu’elle empêche d’expérimenter.
Fais une petite pause. Rassemblons ce que nous venons de voir, sans reprendre tous les détails.
Ils trompent les enfants et rient ensuite de leurs erreurs. Les filles sont enfermées pour apprendre à vivre dans le monde. Le passage suit plusieurs contradictions entre ce qu’on fait et ce qu’on prétend vouloir.
Une fillette avec un petit baluchon entre dans la porte d’un couvent.L’enfermement est censé préparer à la vie dans le monde.
Enfin, la description oppose l’intérieur et l’extérieur. Le jugement personnel reçoit peu de soin, tandis que les gestes et le visage sont travaillés. Tu vas voir comment une liste de verbes résume tout ce déplacement.
Nous allons de « Les principes de la religion » à « dans un âge plus avancé. ».
Pourquoi passer du « germe » au « joug » ?
« servir de germe à toutes les vertus » […] « le premier joug dont on se défait en entrant dans le monde »
Un germe peut grandir ; un joug pèse et contraint. Ces images opposent ce que la religion pourrait développer en soi à la façon extérieure et pesante dont elle est apprise ici.
Ce que tu viens d’observer porte un nom : Métaphores opposées (« germe » / « joug »). Deux images contraires font sentir deux manières très différentes de comprendre une même réalité.
Ce que tu disJ’observe des métaphores opposées (« germe » / « joug »). Le « germe » suppose un développement intérieur. Graffigny critique moins les principes religieux que leur transmission sans compréhension ni adhésion.
Qui devrait devenir notre juge ?
« Ce sentiment généreux, qui nous rend le juge le plus sévère de nos actions et de nos pensées »
Le respect de soi permettrait de juger ses propres actes et pensées. Il ne s’agit plus seulement de paraître convenable devant les autres. Le texte cherche une règle que l’on puisse porter en soi.
Pour nommer ce geste d’écriture, on parle ici de ce procédé : Métaphore (« le juge le plus sévère »). Une réalité est présentée à travers l’image d’une autre, sans un outil de comparaison tel que « comme ».
Ce que tu disJ’observe une métaphore (« le juge le plus sévère »). Le respect de soi devient un « juge » intérieur. Former une femme exige de lui donner les moyens de se juger elle-même. L’éducation française préfère rendre son comportement dépendant du regard extérieur.
Sur quoi portent les derniers verbes ?
« Régler les mouvements du corps, arranger ceux du visage, composer l’extérieur »
Sur les mouvements du corps, le visage et l’extérieur. « Régler », « arranger » et « composer » montrent un travail très précis, mais dirigé vers l’apparence. C’est ce contraste avec le jugement délaissé qu’il faut retenir.
Le terme utile pour décrire cette construction est le suivant : Énumération d’infinitifs (« Régler » / « arranger » / « composer »). Plusieurs éléments sont placés à la suite : leur réunion donne de l’ampleur ou précise un ensemble.
Ce que tu disJ’observe une énumération d’infinitifs (« Régler » / « arranger » / « composer »). « Régler », « arranger » et « composer » font du corps un objet travaillé. L’éducation enseigne à paraître sous le regard d’autrui, puis appelle « honneur » l’absence d’amants et « récompense » la certitude de plaire. Elle substitue donc la désirabilité au mérite.
Fais une petite pause. Rassemblons ce que nous venons de voir, sans reprendre tous les détails.
La religion est apprise comme une obligation extérieure. Le respect de soi est négligé. Les gestes, le visage et les talents pour plaire prennent la place du jugement personnel.
Un mur de couvent sépare une élève d’une rue sociale figurée par trois silhouettes.La séparation du monde rend la préparation paradoxale.
Revenons à notre question : L’éducation donnée aux femmes les prépare-t-elle à remplir les exigences de la société ?
La critique porte sur une éducation qui fabrique l’écart qu’elle reproche ensuite aux femmes. Zilia rend cette contradiction visible en rapprochant les buts proclamés et les gestes réellement accomplis.
Ce que tu disEn conclusion, zilia fait apparaître des mécanismes éducatifs qui produisent l’écart reproché aux femmes. Les moyens donnés contredisent les fins proclamées ; l’apparence remplace la formation du jugement.
Une religieuse montre un livre fermé à trois filles alignées.L’instruction reste limitée à un cadre étroit.
Pour finir, tu peux rapprocher ce passage d’un autre moment du livre. Ce rapprochement doit aider à mieux comprendre ce que nous avons lu.
Ce que tu disLe programme d’apprentissage réciproque proposé à Déterville dans la dernière lettre offre une autre voie : développer l’esprit et les vertus sans réduire la femme à l’art de plaire.
L’éducation ne devrait pas s’arrêter à l’apparence : elle doit nourrir la pensée.
Reprends le texte du début et relis-le. Tu sais pourquoi Zilia ne s’en prend pas à une incapacité des femmes. Elle montre que l’éducation reçue les prépare à paraître, alors qu’on leur reproche ensuite de manquer de jugement. Et surtout, tu sais maintenant nommer ce que fait Graffigny : une ironie, une antithèse, une anaphore, une métaphore, une énumération d’infinitifs. Ces noms ne sont plus une liste à apprendre : tu peux montrer les mots du texte qui leur correspondent et expliquer ce qu’ils font comprendre. Tu es passé de « je n’y comprends rien » à « je sais l’expliquer ». C’est un très beau chemin pour une soirée.
Un dernier conseil pour être tranquille : ce soir, nous avons pris le temps de tout regarder, pour que tu maîtrises le passage. Le jour de l’oral, tu ne rediras pas absolument tout, et c’est normal. Tu garderas les moments les plus forts : la recherche de la cause du mépris, les contradictions de l’éducation, puis le soin donné à l’apparence au détriment du jugement personnel. À chaque étape, garde une citation précise et explique-la. Le dragon ne réclame pas l’exhaustivité ; il veut une explication claire, dans l’ordre du texte. Et ça, tu as maintenant de quoi le faire.
Trois phrases avant la riveLes trois dernières dalles de la lame avant la rive, numérotées un, deux, trois, et une flèche rouge qui indique la rive.①②③Trois dalles numérotées : après elles commence la rive de la grammaire.
L’adresse commune
Les sept leçons de grammaire
Le verbe : valeurs temporelles, aspectuelles et modales.
Il reste un dernier morceau, qui peut impressionner : la question de grammaire. À l’oral, le dragon te montre une phrase du texte, te pose une question précise, et tu y réponds. On va s’entraîner sur trois questions, chacune sur une notion différente. Tu n’as pas à tout savoir d’un coup : nous allons refaire le même petit geste.
Le réflexe en cinq pas. Un, la phrase est-elle simple ou complexe ? Repère les verbes conjugués, sans compter deux fois l’auxiliaire et le participe d’un temps composé. Deux, qu’est-ce qu’on te demande de regarder ? Trois, analyse doucement, mot par mot. Quatre, nomme les natures et les fonctions utiles à la question. Cinq, conclus en nommant la notion. S’il y a une ellipse, pense aussi aux mots sous-entendus : compter ne suffit pas toujours.
Une conséquence
Si opposée appelle la conséquence introduite par qu’elle.
Trois infinitifs sujets
Régler, arranger et composer forment ensemble le sujet du verbe sont.
Une interrogation indirecte
La question sur les suites de l’éducation dépend du verbe sais.
Le dragon te montre ce passage : « […] car l’éducation qu’on leur donne est si opposée à la fin qu’on leur propose, qu’elle me paraît être le chef-d’œuvre de l’inconséquence française. »
Et il te demande : Analysez la proposition « qu’elle me paraît être le chef-d’œuvre de l’inconséquence française ».
Commençons par les verbes. Le segment est complexe, déclaratif et affirmatif. Il comporte quatre formes conjuguées : « donne », « est », « propose » et « paraît ». Le sujet de « est » est « l’éducation qu’on leur donne ».
Regardons ce qui est demandé. Il y a trois « que », mais ils ne font pas le même travail. Les deux premiers reprennent « l’éducation » et « la fin ». Le dernier répond à « si opposée » : il introduit la conséquence. Regarde donc toute la construction, pas seulement le mot « que ». Tu peux maintenant nommer la construction et expliquer comment tu l’as reconnue.
Le dernier que introduit une conséquence ; les deux précédents sont relatifs.
Ce que tu disLe système corrélatif « si… que » relie le degré de l’adjectif « opposée » à une conséquence. La proposition « qu’elle me paraît être le chef-d’œuvre de l’inconséquence française » est une subordonnée conjonctive circonstancielle consécutive. Sa conjonction « que » n’a pas de fonction à l’intérieur de la proposition ; son sujet est « elle ». Il faut la distinguer des deux relatives « qu’on leur donne » et « qu’on leur propose » : dans celles-ci, les pronoms relatifs « qu’ » ont un antécédent nominal et la fonction de complément d’objet direct. « Si » est ici un adverbe de degré, pas une conjonction de condition.
Le dragon te montre cette phrase : « Régler les mouvements du corps, arranger ceux du visage, composer l’extérieur, sont les points essentiels de l’éducation. »
Et il te demande : Analysez la fonction des trois groupes à l’infinitif placés avant « sont ».
Commençons par les verbes. La phrase est simple, déclarative et affirmative. Elle ne comporte qu’une forme verbale conjuguée, « sont ». Les trois infinitifs « régler », « arranger » et « composer » forment le sujet composé.
Regardons ce qui est demandé. Demande « qu’est-ce qui constitue les points essentiels ? ». La réponse est l’ensemble des trois groupes : régler, arranger, composer. Ils servent de sujet. Il n’y a qu’un verbe conjugué, « sont » : ne compte pas les trois infinitifs comme trois impératifs. Tu peux maintenant nommer la construction et expliquer comment tu l’as reconnue.
Les groupes infinitifs sont sujets ; le groupe après sont est leur attribut.
Ce que tu disLes groupes « Régler les mouvements du corps », « arranger ceux du visage » et « composer l’extérieur » sont juxtaposés et exercent ensemble la fonction sujet de « sont ». Chaque infinitif possède son complément d’objet direct. Le groupe nominal « les points essentiels de l’éducation » est attribut du sujet. Ces infinitifs ne sont pas des impératifs : aucun ordre n’est formulé. Ils ne constituent pas non plus des propositions infinitives à sujet propre distinct ; il s’agit de groupes infinitifs employés comme sujets. Le pluriel « sont » correspond à leur réunion.
Le dragon te montre ce passage : « Je ne sais quelles sont les suites de l’éducation qu’un père donne à son fils, je ne m’en suis pas informée ; […] »
Et il te demande : Analysez « quelles sont les suites de l’éducation qu’un père donne à son fils ».
Commençons par les verbes. Le segment est complexe et déclaratif, avec deux propositions principales négatives juxtaposées. Il contient quatre formes verbales conjuguées : « sais », « sont », « donne » et « me suis informée ».
Regardons ce qui est demandé. Après « je ne sais », repère ce qui est ignoré : « quelles sont les suites… ». La question est intégrée à la phrase. Elle est partielle, car elle porte sur la nature des suites, et non sur une réponse par oui ou non. Tu peux maintenant nommer la construction et expliquer comment tu l’as reconnue.
L’interrogative est COD de sais et contient elle-même une relative.
Ce que tu dis« Quelles sont les suites de l’éducation qu’un père donne à son fils » est une proposition subordonnée interrogative indirecte partielle, complément d’objet direct de « sais ». Le mot interrogatif « quelles » est attribut du sujet « les suites de l’éducation qu’un père donne à son fils ». La question directe correspondante est « Quelles sont les suites de cette éducation ? ». La relative « qu’un père donne à son fils » est enchâssée dans le groupe sujet et complète « éducation ». L’énoncé entier n’est pas une interrogation directe : il constate une absence de savoir.
1Repérer les verbes
2Lire la question
3Observer les mots
4Nommer et justifier
5Conclure
Une phrase, une question, puis cinq gestes pour construire ta réponse.
Tu as vu le geste : une phrase, une question posée, une réponse. Nous avons travaillé trois points différents : une conséquence, trois infinitifs sujets et une interrogation indirecte. Chaque fois, tu es parti des mots pour expliquer leur construction. Le jour de l’oral, reprends ces cinq pas et réponds à la question posée, sans réciter tout un cours. Ce réflexe se construit en s’entraînant ; tu viens de le faire trois fois.
Une élève accomplit une révérence devant un petit autel sobre sous un regard sévère.La cérémonie extérieure est exigée avec rigueur.
Pour ce soir, tu peux t’arrêter ici. Tu as suivi une voix, compris son chemin et regardé de près quelques phrases.
La critique porte sur une éducation qui fabrique l’écart qu’elle reproche ensuite aux femmes. Zilia rend cette contradiction visible en rapprochant les buts proclamés et les gestes réellement accomplis.
Demain, reprends une seule de ces phrases et explique-la avec tes mots. Si tu veux maintenant les analyses développées, les procédés et le mémo, le dossier qui suit les rassemble. Tu n’es pas obligé de tout faire ce soir.
Ce que tu viens de lire, c’est le texte expliqué comme on l’explique à voix
haute, à côté de toi. Si c’était ton but, c’est fini : tu as compris le texte.
Le même commentaire linéaire, sous l’angle institutionnel et administratif.
Une jeune femme quitte une porte en laissant derrière elle un ruban trop serré.Le premier joug est rejeté à l’entrée dans le monde.Le texte dit simplementOn raconte ce qui se passe, sans jargon.Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Le texte dit simplement
La société exige mérite et vertu, mais n’organise pas l’éducation pour les développer. Zilia cherche la cause de cet écart au lieu d’attribuer d’emblée les défauts aux femmes.
Ils trompent les enfants et rient ensuite de leurs erreurs. Les filles sont enfermées pour apprendre à vivre dans le monde. Le passage suit plusieurs contradictions entre ce qu’on fait et ce qu’on prétend vouloir.
La religion est apprise comme une obligation extérieure. Le respect de soi est négligé. Les gestes, le visage et les talents pour plaire prennent la place du jugement personnel.
Une adulte exécute machinalement un petit salut devant une chapelle.L’habitude peut réduire le culte à une politesse.L’introduction rédigéeCe qu’on écrit en tête de copie, mot pour mot.Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
L’introduction rédigée
L’autrice. Françoise de Graffigny, écrivaine du XVIIIe siècle, donne une place centrale aux expériences et à la parole d’une femme.
Le contexte. Le roman appartient au siècle des Lumières. Le regard d’une étrangère permet d’interroger des usages qui paraissent aller de soi à ceux qui les pratiquent.
L’œuvre. Les Lettres d’une Péruvienne paraissent en 1747, puis dans une édition augmentée en 1752. Le roman suit Zilia, séparée d’Aza et conduite en France. Le parcours « Un nouvel univers s’est offert à mes yeux » invite à examiner les effets de cette découverte.
Le passage. Dans la lettre 34 de l’édition augmentée, Zilia recherche la cause du mépris des femmes. Elle examine la formation des enfants puis l’éducation réservée aux filles.
La question. L’éducation donnée aux femmes les prépare-t-elle à remplir les exigences de la société ?
Mouvements. Pourquoi les résultats attendus ne peuvent-ils pas naître de l’éducation donnée ? Par quels gestes les adultes entretiennent-ils l’ignorance qu’ils devraient corriger ? Que manque-t-il à une éducation qui travaille surtout l’apparence ?
Une jeune Péruvienne tient la main sur sa poitrine devant un miroir simple posé au sol.Le respect de soi fournit un principe intérieur.L’explication linéaireL’analyse complète, mouvement par mouvement.Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
L’explication linéaire
Trouver la cause de l’écart
De « Il m’a fallu beaucoup de temps » à « le chef-d’œuvre de l’inconséquence française. ».
★ I.a. Un jugement travaillé : le mépris demande une enquête
Zilia ne présente pas son jugement comme une réaction immédiate.
Citation. « Il m’a fallu beaucoup de temps » […] « pour approfondir la cause du mépris »
Procédé principal. Modalisation (« je crois l’avoir découverte »)
Analyse. Approfondir indique une enquête sous les apparences. La formule impersonnelle « Il m’a fallu » présente le temps comme une nécessité éprouvée, avec « me » pour complément. L’infinitif « approfondir » attribue à la recherche un mouvement au-delà des apparences. Le nom « cause » donne un objet précis à cette démarche : il ne s’agit pas seulement de constater le mépris. « Enfin » marque ensuite l’aboutissement attendu, mais « je crois » en limite la certitude. Le pronom « l’ » reprend la cause et assure la continuité entre la question posée et la réponse annoncée. Le groupe « presque généralement ici » localise le jugement et ménage une réserve dans son étendue. La phrase ne présente donc pas Zilia comme omnisciente ; elle expose la durée, l’objet et le degré d’assurance de son observation.
Effet sur le lecteur. Le lecteur suit une découverte présentée avec prudence, et non comme une certitude immédiate.
Interprétation. Le regard étranger n’est pas une naïveté instantanée. Il devient savoir construit sur la société française.
Phrase de liaison. Quelle contradiction cette enquête met-elle au jour ?
★ I.b. Des actes face à une norme : qui fabrique l’écart ?
Le mépris repose sur une comparaison entre conduite réelle et idéal attendu.
Citation. « le peu de rapport qu’il y a entre ce qu’elles font et ce qu’on s’imagine qu’elles devraient être »
Procédé principal. Parallélisme (« ce qu’elles font » / « ce qu’on s’imagine »)
Analyse. Ce qu’elles font désigne les actes observés. La préposition « entre » place deux groupes en relation dans le complément de « rapport ». Le premier commence par « ce qu’elles font » et retient des actes comme terme de comparaison. Le second introduit un niveau supplémentaire : « ce qu’on s’imagine qu’elles devraient être ». Le verbe de représentation « s’imagine » donne la norme à un sujet collectif indéfini ; le conditionnel de devoir en exprime la dimension attendue. « Elles » est répété, mais passe du sujet de faire à celui d’être dans la complétive. La différence de longueur entre les deux groupes rend perceptible cet emboîtement du jugement. La phrase n’oppose donc pas simplement les femmes à un idéal fixé par la narratrice : elle distingue leurs actes et ce que d’autres attendent d’elles.
Effet sur le lecteur. Le lecteur distingue les actes des femmes de ce que les autres imaginent à leur sujet.
Interprétation. Zilia ne nie pas l’écart ; elle demande qui a produit les sujets et qui a fixé la norme servant à les condamner.
Phrase de liaison. Pourquoi l’éducation rend-elle cet idéal impossible à atteindre ?
◆ I.c. Un chef‑d’œuvre d’incohérence : les moyens contredisent la fin
Une formule brillante résume la contradiction centrale.
Citation. « l’éducation qu’on leur donne est si opposée à la fin qu’on leur propose, qu’elle me paraît être le chef-d’œuvre de l’inconséquence française »
Procédé principal. Ironie (« chef-d’œuvre de l’inconséquence »)
Analyse. Si... que mesure le degré d’opposition entre moyen et fin. Le nom « chef-d’œuvre » appartient normalement au vocabulaire de la réussite. Son complément « de l’inconséquence » le rattache ici à l’absence de cohérence. Le renversement est préparé par un système consécutif : « si opposée […] qu’elle me paraît ». Deux relatives brèves précisent les termes du conflit, « l’éducation qu’on leur donne » et « la fin qu’on leur propose ». Le même sujet indéfini « on » organise les moyens et fixe le résultat souhaité. Le pronom « leur » maintient les femmes comme destinataires des deux opérations. « Me paraît » attribue à Zilia le jugement qui conclut le rapprochement. L’ironie ne repose donc pas sur une formule isolée : elle condense une contradiction démontrée par la relation entre les deux groupes nominaux.
Effet sur le lecteur. Le lecteur entend un terme élogieux appliqué à un défaut, ce qui rend le jugement ironique.
Interprétation. Les femmes ne manquent pas naturellement de vertu : la société organise méthodiquement l’échec de la vertu qu’elle exige.
Transition vers le mouvement suivant. La société exige mérite et vertu, mais n’organise pas l’éducation pour les développer. Par quels gestes les adultes entretiennent-ils l’ignorance qu’ils devraient corriger ?
Des moyens qui contredisent le but
De « On sait au Pérou » à « qu’elles ne connaissent pas. ».
★ II.a. Un savoir inégalement transmis : le Pérou sert de comparaison
Deux savoirs opposés distribuent la formation du caractère.
Citation. « On sait au Pérou » […] « on l’ignore en France »
Procédé principal. Antithèse (« On sait au Pérou » / « on l’ignore en France »)
Analyse. La longue proposition expose le courage et la fermeté nécessaires. La première proposition ouvre un long développement sur ce qu’il faut inspirer dès l’enfance. Les noms « courage » et « fermeté d’âme » reçoivent la relative « qui leur forment un caractère décidé », qui en donne la fonction. La seconde proposition, après le point-virgule, réduit le constat français à « on l’ignore en France ». Le pronom « l’ » reprend le contenu du savoir précédent sans le répéter. « Sait » et « ignore » sont deux présents de sens opposés ; les compléments de lieu donnent à ce contraste une distribution géographique. La brièveté finale tranche avec la description du programme éducatif. Il ne faut pas transformer cette opposition dans la lettre en enquête historique exhaustive sur tous les enfants des deux pays : elle appartient au raisonnement comparatif de Zilia.
Effet sur le lecteur. Le lecteur entend le Pérou et la France opposés par les deux verbes savoir et ignorer.
Interprétation. La différence ne vient pas d’une nature nationale, mais d’un savoir éducatif adopté ou ignoré.
Phrase de liaison. Que fait la société française à la place de cette formation ?
◆ II.b. Fabriquer l’erreur, puis en rire : les adultes se déchargent
Une série de verbes transforme l’éducation en manipulation.
Citation. « On les trompe » […] « on leur donne des idées fausses » […] « l’on rit inhumainement de leurs erreurs »
Procédé principal. Anaphore (« On les » / « on leur » / « l’on »)
Analyse. Les adultes créent d’abord l’erreur, puis la prennent pour objet de rire. La répétition de « on » maintient les adultes comme agents des actions successives. Les pronoms « les » et « leur » reprennent les enfants, tantôt objets de tromperie, tantôt destinataires d’idées fausses. Le passage commence par les choses qu’ils « ne voient pas », puis atteint ce qui « se présente à leurs sens » : l’erreur ne se limite donc pas aux objets absents. Le rire arrive après ces deux fabrications. Son complément « de leurs erreurs » attribue alors aux enfants ce que les propositions précédentes ont fait produire aux adultes. L’adverbe « inhumainement » évalue cet acte à l’intérieur de la phrase. La suite prolonge l’action éducative par « on augmente » puis « on oublie ». La série décrit une responsabilité continue plutôt qu’une incapacité naturelle isolée de l’enfant.
Effet sur le lecteur. Le lecteur entend les adultes agir à répétition sur les enfants, placés en position de subir.
Interprétation. La faiblesse enfantine est entretenue par ceux qui prétendront ensuite la corriger. La société produit son propre prétexte de domination.
Phrase de liaison. Comment cette logique générale devient-elle spécifiquement féminine ?
★ II.c. Préparer au monde en enfermant : le but contredit l’action
Le couvent rassemble en une formule l’incompatibilité entre moyen et fin.
Citation. « on les enferme dans une maison religieuse pour leur apprendre à vivre dans le monde »
Procédé principal. Antithèse (« enferme » / « vivre dans le monde »)
Analyse. Le verbe « enferme » retire l’expérience que le but « vivre dans le monde » exigerait. Le groupe « dans une maison religieuse » désigne le lieu de l’enfermement, tandis que « dans le monde » désigne celui auquel la jeune fille doit être préparée. Les deux groupes de même préposition se rattachent pourtant à des verbes incompatibles dans leur orientation : fermer l’accès et apprendre à vivre dehors. « Pour » explicite le but officiel de l’action. Le sujet « on » conserve l’institution comme un agent indéfini, tandis que « les » reprend les filles au moment où elles deviennent capables d’instruction. La phrase continue par une nouvelle contradiction entre « éclairer leur esprit » et les personnes auxquelles cet esprit pourrait être reproché. Les moyens et les fins sont donc confrontés dans deux constructions successives. Le commentaire doit analyser cette relation écrite, sans supposer que tout apprentissage en lieu clos serait par nature impossible.
Effet sur le lecteur. Le lecteur voit l’enfermement présenté comme une préparation à la vie en société.
Interprétation. L’ignorance future des femmes n’est pas accidentelle : elle est inscrite dans une institution qui prétend préparer ce qu’elle empêche d’expérimenter.
Transition vers le mouvement suivant. Ils trompent les enfants et rient ensuite de leurs erreurs. Que manque-t-il à une éducation qui travaille surtout l’apparence ?
L’intérieur délaissé, l’extérieur travaillé
De « Les principes de la religion » à « dans un âge plus avancé. ».
★ III.a. Du germe au joug : la religion apprise sans adhésion
Une possibilité morale est détruite par la manière dont elle est enseignée.
Citation. « servir de germe à toutes les vertus » […] « le premier joug dont on se défait en entrant dans le monde »
Analyse. Le « germe » suppose un développement intérieur. Le groupe initial décrit les principes religieux comme « propres à servir de germe », image qui suppose un développement à partir d’un commencement. La restriction « ne sont appris que » limite ensuite l’apprentissage à la surface et à la mémoire. La phrase suivante détaille des « petites cérémonies d’un culte extérieur ». Deux participes parallèles, « exigées » et « pratiquées », distinguent l’autorité qui demande et l’élève qui exécute. Les groupes « tant de sévérité » et « tant d’ennui » conduisent à la conséquence introduite par « que ». Le nom « joug » donne alors à ce qui devait croître intérieurement la forme d’un poids que l’on retire. La relative « dont on se défait » précise ce retrait au moment d’entrer dans le monde. Les deux images encadrent donc une description des conditions de transmission.
Effet sur le lecteur. Le lecteur passe de l’image d’une croissance possible à celle d’une contrainte pesante.
Interprétation. Graffigny critique moins les principes religieux que leur transmission sans compréhension ni adhésion.
Phrase de liaison. Quel principe intérieur aurait pu prendre la place de cette obéissance extérieure ?
◆ III.b. Se juger soi‑même : le respect devient une règle intérieure
Le modèle péruvien place le jugement moral dans la conscience du sujet.
Citation. « Ce sentiment généreux, qui nous rend le juge le plus sévère de nos actions et de nos pensées »
Procédé principal. Métaphore (« le juge le plus sévère »)
Analyse. Le respect de soi devient un « juge » intérieur. Le démonstratif « Ce sentiment » reprend le respect pour soi-même nommé dans la phrase précédente. Deux relatives en « qui » lui attribuent des fonctions avant que la principale constate son absence de ressource pour les femmes. Dans la première, « nous » est complément de « rend » et reçoit l’attribut « le juge le plus sévère ». Le superlatif situe ce juge par rapport à d’autres possibles. Le complément « de nos actions et de nos pensées » réunit ce qui est visible et ce qui ne l’est pas. La seconde relative transforme ce sentiment en « principe sûr », avec la condition « quand il est bien senti ». Le jugement intérieur n’est donc pas posé comme spontané et infaillible : sa formation et son appropriation sont inscrites dans les expansions du nom. Cette construction prépare le contraste avec l’éducation tournée vers l’extérieur.
Effet sur le lecteur. Le lecteur se représente la conscience comme une autorité capable de juger les actes.
Interprétation. Former une femme exige de lui donner les moyens de se juger elle-même. L’éducation française préfère rendre son comportement dépendant du regard extérieur.
Phrase de liaison. Comment cette dépendance se grave-t-elle dans les gestes et le visage ?
★ III.c. Le corps composé : l’éducation s’arrête à l’apparence
La dernière partie expose le programme réel de l’éducation.
Citation. « Régler les mouvements du corps, arranger ceux du visage, composer l’extérieur »
Analyse. « Régler », « arranger » et « composer » font du corps un objet travaillé. Les trois groupes infinitifs sont sujets de « sont » et forment un programme d’éducation. Leurs compléments passent des « mouvements du corps » à « ceux du visage », puis à « l’extérieur » qui les rassemble. La proposition suivante déplace l’évaluation vers les parents et leur fierté. Le texte distingue ensuite deux expressions proches, « contenance honnête » et « honnêteté de l’âme » : une relation de condition sépare leur coïncidence possible de l’hypocrisie. Plus loin, les restrictions « ne […] que sur les agréments extérieurs » et « n’est satisfait que par l’estime » opposent deux orientations de l’amour-propre. La fin revient au temps de formation dépensé dans des talents « imparfaits ». L’analyse ne doit donc pas s’arrêter aux gestes du corps : les reprises et restrictions développent leur conséquence dans l’idée d’honneur et l’usage du temps éducatif.
Effet sur le lecteur. Le lecteur suit trois gestes de fabrication qui portent sur l’apparence extérieure.
Interprétation. L’éducation enseigne à paraître sous le regard d’autrui, puis appelle « honneur » l’absence d’amants et « récompense » la certitude de plaire. Elle substitue donc la désirabilité au mérite.
Phrase de liaison vers la conclusion. L’éducation donnée aux femmes les prépare-t-elle à remplir les exigences de la société ?
Une jeune fille seule replace volontairement un objet qui ne lui appartient pas.La conscience peut devenir le juge de ses propres actions.La conclusion rédigéeLe bilan et l’ouverture.Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
La conclusion rédigée
Le bilan. Les femmes ne manquent pas naturellement de vertu : la société organise méthodiquement l’échec de la vertu qu’elle exige. L’ignorance future des femmes n’est pas accidentelle : elle est inscrite dans une institution qui prétend préparer ce qu’elle empêche d’expérimenter. L’éducation enseigne à paraître sous le regard d’autrui, puis appelle « honneur » l’absence d’amants et « récompense » la certitude de plaire. Elle substitue donc la désirabilité au mérite.
La réponse. Zilia fait apparaître des mécanismes éducatifs qui produisent l’écart reproché aux femmes. Les moyens donnés contredisent les fins proclamées ; l’apparence remplace la formation du jugement.
La portée. La démonstration est située : Zilia reconnaît ne pas avoir étudié l’éducation des fils et utilise une image valorisée du Pérou. Ces limites n’annulent pas les contradictions précises qu’elle relève.
L’ouverture. Le programme d’apprentissage réciproque proposé à Déterville dans la dernière lettre offre une autre voie : développer l’esprit et les vertus sans réduire la femme à l’art de plaire.
Une maîtresse de danse règle la position des bras d’une élève.Les mouvements du corps occupent le centre de l’éducation.Le mémo de l’oralCe qu’on dit vraiment en dix minutes.Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Le mémo de l’oral
Françoise de Graffigny, Lettres d’une Péruvienne, édition augmentée de 1752. Objet d’étude : le roman et le récit. Parcours : « Un nouvel univers s’est offert à mes yeux ».
Situer et lire
Dans la lettre 34 de l’édition augmentée, Zilia recherche la cause du mépris des femmes. Elle examine la formation des enfants puis l’éducation réservée aux filles.
Lire le passage en faisant entendre les phrases, les interrogations et les changements de mouvement.
L’éducation donnée aux femmes les prépare-t-elle à remplir les exigences de la société ?
Trouver la cause de l’écart
★ I.a « Il m’a fallu beaucoup de temps » […] « pour approfondir la cause du mépris » J’observe une modalisation (« je crois l’avoir découverte »). Approfondir indique une enquête sous les apparences. Le lecteur suit une découverte présentée avec prudence, et non comme une certitude immédiate. Le regard étranger n’est pas une naïveté instantanée. Il devient savoir construit sur la société française.
★ I.b « le peu de rapport qu’il y a entre ce qu’elles font et ce qu’on s’imagine qu’elles devraient être » J’observe un parallélisme (« ce qu’elles font » / « ce qu’on s’imagine »). Ce qu’elles font désigne les actes observés. Le lecteur distingue les actes des femmes de ce que les autres imaginent à leur sujet. Zilia ne nie pas l’écart ; elle demande qui a produit les sujets et qui a fixé la norme servant à les condamner.
La société exige mérite et vertu, mais n’organise pas l’éducation pour les développer. Par quels gestes les adultes entretiennent-ils l’ignorance qu’ils devraient corriger ?
Des moyens qui contredisent le but
★ II.a « On sait au Pérou » […] « on l’ignore en France » J’observe une antithèse (« On sait au Pérou » / « on l’ignore en France »). La longue proposition expose le courage et la fermeté nécessaires. Le lecteur entend le Pérou et la France opposés par les deux verbes savoir et ignorer. La différence ne vient pas d’une nature nationale, mais d’un savoir éducatif adopté ou ignoré.
★ II.c « on les enferme dans une maison religieuse pour leur apprendre à vivre dans le monde » J’observe une antithèse (« enferme » / « vivre dans le monde »). Le verbe « enferme » retire l’expérience que le but « vivre dans le monde » exigerait. Le lecteur voit l’enfermement présenté comme une préparation à la vie en société. L’ignorance future des femmes n’est pas accidentelle : elle est inscrite dans une institution qui prétend préparer ce qu’elle empêche d’expérimenter.
Ils trompent les enfants et rient ensuite de leurs erreurs. Que manque-t-il à une éducation qui travaille surtout l’apparence ?
L’intérieur délaissé, l’extérieur travaillé
★ III.a « servir de germe à toutes les vertus » […] « le premier joug dont on se défait en entrant dans le monde » J’observe des métaphores opposées (« germe » / « joug »). Le « germe » suppose un développement intérieur. Le lecteur passe de l’image d’une croissance possible à celle d’une contrainte pesante. Graffigny critique moins les principes religieux que leur transmission sans compréhension ni adhésion.
★ III.c « Régler les mouvements du corps, arranger ceux du visage, composer l’extérieur » J’observe une énumération d’infinitifs (« Régler » / « arranger » / « composer »). « Régler », « arranger » et « composer » font du corps un objet travaillé. Le lecteur suit trois gestes de fabrication qui portent sur l’apparence extérieure. L’éducation enseigne à paraître sous le regard d’autrui, puis appelle « honneur » l’absence d’amants et « récompense » la certitude de plaire. Elle substitue donc la désirabilité au mérite.
Conclure
Zilia fait apparaître des mécanismes éducatifs qui produisent l’écart reproché aux femmes. Les moyens donnés contredisent les fins proclamées ; l’apparence remplace la formation du jugement.
Le programme d’apprentissage réciproque proposé à Déterville dans la dernière lettre offre une autre voie : développer l’esprit et les vertus sans réduire la femme à l’art de plaire.
Une mère ajuste la coiffe de sa fille devant un miroir sans reflet détaillé.Composer l’extérieur passe avant la formation de l’esprit.Le tableau des procédésTout ce qui se révise en un coup d’œil.Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Le tableau des procédés
Procédé désigné
Analyse dans le texte
Effet sur le lecteur
Interprétation
★ I.a · Modalisation (« je crois l’avoir découverte »)
Approfondir indique une enquête sous les apparences. La formule impersonnelle « Il m’a fallu » présente le temps comme une nécessité éprouvée, avec « me » pour complément. L’infinitif « approfondir » attribue à la recherche un mouvement au-delà des apparences. Le nom « cause » donne un objet précis à cette démarche : il ne s’agit pas seulement de constater le mépris. « Enfin » marque ensuite l’aboutissement attendu, mais « je crois » en limite la certitude. Le pronom « l’ » reprend la cause et assure la continuité entre la question posée et la réponse annoncée. Le groupe « presque généralement ici » localise le jugement et ménage une réserve dans son étendue. La phrase ne présente donc pas Zilia comme omnisciente ; elle expose la durée, l’objet et le degré d’assurance de son observation.
Le lecteur suit une découverte présentée avec prudence, et non comme une certitude immédiate.
Le regard étranger n’est pas une naïveté instantanée. Il devient savoir construit sur la société française.
★ I.b · Parallélisme (« ce qu’elles font » / « ce qu’on s’imagine »)
Ce qu’elles font désigne les actes observés. La préposition « entre » place deux groupes en relation dans le complément de « rapport ». Le premier commence par « ce qu’elles font » et retient des actes comme terme de comparaison. Le second introduit un niveau supplémentaire : « ce qu’on s’imagine qu’elles devraient être ». Le verbe de représentation « s’imagine » donne la norme à un sujet collectif indéfini ; le conditionnel de devoir en exprime la dimension attendue. « Elles » est répété, mais passe du sujet de faire à celui d’être dans la complétive. La différence de longueur entre les deux groupes rend perceptible cet emboîtement du jugement. La phrase n’oppose donc pas simplement les femmes à un idéal fixé par la narratrice : elle distingue leurs actes et ce que d’autres attendent d’elles.
Le lecteur distingue les actes des femmes de ce que les autres imaginent à leur sujet.
Zilia ne nie pas l’écart ; elle demande qui a produit les sujets et qui a fixé la norme servant à les condamner.
◆ I.c · Ironie (« chef-d’œuvre de l’inconséquence »)
Si... que mesure le degré d’opposition entre moyen et fin. Le nom « chef-d’œuvre » appartient normalement au vocabulaire de la réussite. Son complément « de l’inconséquence » le rattache ici à l’absence de cohérence. Le renversement est préparé par un système consécutif : « si opposée […] qu’elle me paraît ». Deux relatives brèves précisent les termes du conflit, « l’éducation qu’on leur donne » et « la fin qu’on leur propose ». Le même sujet indéfini « on » organise les moyens et fixe le résultat souhaité. Le pronom « leur » maintient les femmes comme destinataires des deux opérations. « Me paraît » attribue à Zilia le jugement qui conclut le rapprochement. L’ironie ne repose donc pas sur une formule isolée : elle condense une contradiction démontrée par la relation entre les deux groupes nominaux.
Le lecteur entend un terme élogieux appliqué à un défaut, ce qui rend le jugement ironique.
Les femmes ne manquent pas naturellement de vertu : la société organise méthodiquement l’échec de la vertu qu’elle exige.
★ II.a · Antithèse (« On sait au Pérou » / « on l’ignore en France »)
La longue proposition expose le courage et la fermeté nécessaires. La première proposition ouvre un long développement sur ce qu’il faut inspirer dès l’enfance. Les noms « courage » et « fermeté d’âme » reçoivent la relative « qui leur forment un caractère décidé », qui en donne la fonction. La seconde proposition, après le point-virgule, réduit le constat français à « on l’ignore en France ». Le pronom « l’ » reprend le contenu du savoir précédent sans le répéter. « Sait » et « ignore » sont deux présents de sens opposés ; les compléments de lieu donnent à ce contraste une distribution géographique. La brièveté finale tranche avec la description du programme éducatif. Il ne faut pas transformer cette opposition dans la lettre en enquête historique exhaustive sur tous les enfants des deux pays : elle appartient au raisonnement comparatif de Zilia.
Le lecteur entend le Pérou et la France opposés par les deux verbes savoir et ignorer.
La différence ne vient pas d’une nature nationale, mais d’un savoir éducatif adopté ou ignoré.
◆ II.b · Anaphore (« On les » / « on leur » / « l’on »)
Les adultes créent d’abord l’erreur, puis la prennent pour objet de rire. La répétition de « on » maintient les adultes comme agents des actions successives. Les pronoms « les » et « leur » reprennent les enfants, tantôt objets de tromperie, tantôt destinataires d’idées fausses. Le passage commence par les choses qu’ils « ne voient pas », puis atteint ce qui « se présente à leurs sens » : l’erreur ne se limite donc pas aux objets absents. Le rire arrive après ces deux fabrications. Son complément « de leurs erreurs » attribue alors aux enfants ce que les propositions précédentes ont fait produire aux adultes. L’adverbe « inhumainement » évalue cet acte à l’intérieur de la phrase. La suite prolonge l’action éducative par « on augmente » puis « on oublie ». La série décrit une responsabilité continue plutôt qu’une incapacité naturelle isolée de l’enfant.
Le lecteur entend les adultes agir à répétition sur les enfants, placés en position de subir.
La faiblesse enfantine est entretenue par ceux qui prétendront ensuite la corriger. La société produit son propre prétexte de domination.
★ II.c · Antithèse (« enferme » / « vivre dans le monde »)
Le verbe « enferme » retire l’expérience que le but « vivre dans le monde » exigerait. Le groupe « dans une maison religieuse » désigne le lieu de l’enfermement, tandis que « dans le monde » désigne celui auquel la jeune fille doit être préparée. Les deux groupes de même préposition se rattachent pourtant à des verbes incompatibles dans leur orientation : fermer l’accès et apprendre à vivre dehors. « Pour » explicite le but officiel de l’action. Le sujet « on » conserve l’institution comme un agent indéfini, tandis que « les » reprend les filles au moment où elles deviennent capables d’instruction. La phrase continue par une nouvelle contradiction entre « éclairer leur esprit » et les personnes auxquelles cet esprit pourrait être reproché. Les moyens et les fins sont donc confrontés dans deux constructions successives. Le commentaire doit analyser cette relation écrite, sans supposer que tout apprentissage en lieu clos serait par nature impossible.
Le lecteur voit l’enfermement présenté comme une préparation à la vie en société.
L’ignorance future des femmes n’est pas accidentelle : elle est inscrite dans une institution qui prétend préparer ce qu’elle empêche d’expérimenter.
Le « germe » suppose un développement intérieur. Le groupe initial décrit les principes religieux comme « propres à servir de germe », image qui suppose un développement à partir d’un commencement. La restriction « ne sont appris que » limite ensuite l’apprentissage à la surface et à la mémoire. La phrase suivante détaille des « petites cérémonies d’un culte extérieur ». Deux participes parallèles, « exigées » et « pratiquées », distinguent l’autorité qui demande et l’élève qui exécute. Les groupes « tant de sévérité » et « tant d’ennui » conduisent à la conséquence introduite par « que ». Le nom « joug » donne alors à ce qui devait croître intérieurement la forme d’un poids que l’on retire. La relative « dont on se défait » précise ce retrait au moment d’entrer dans le monde. Les deux images encadrent donc une description des conditions de transmission.
Le lecteur passe de l’image d’une croissance possible à celle d’une contrainte pesante.
Graffigny critique moins les principes religieux que leur transmission sans compréhension ni adhésion.
◆ III.b · Métaphore (« le juge le plus sévère »)
Le respect de soi devient un « juge » intérieur. Le démonstratif « Ce sentiment » reprend le respect pour soi-même nommé dans la phrase précédente. Deux relatives en « qui » lui attribuent des fonctions avant que la principale constate son absence de ressource pour les femmes. Dans la première, « nous » est complément de « rend » et reçoit l’attribut « le juge le plus sévère ». Le superlatif situe ce juge par rapport à d’autres possibles. Le complément « de nos actions et de nos pensées » réunit ce qui est visible et ce qui ne l’est pas. La seconde relative transforme ce sentiment en « principe sûr », avec la condition « quand il est bien senti ». Le jugement intérieur n’est donc pas posé comme spontané et infaillible : sa formation et son appropriation sont inscrites dans les expansions du nom. Cette construction prépare le contraste avec l’éducation tournée vers l’extérieur.
Le lecteur se représente la conscience comme une autorité capable de juger les actes.
Former une femme exige de lui donner les moyens de se juger elle-même. L’éducation française préfère rendre son comportement dépendant du regard extérieur.
« Régler », « arranger » et « composer » font du corps un objet travaillé. Les trois groupes infinitifs sont sujets de « sont » et forment un programme d’éducation. Leurs compléments passent des « mouvements du corps » à « ceux du visage », puis à « l’extérieur » qui les rassemble. La proposition suivante déplace l’évaluation vers les parents et leur fierté. Le texte distingue ensuite deux expressions proches, « contenance honnête » et « honnêteté de l’âme » : une relation de condition sépare leur coïncidence possible de l’hypocrisie. Plus loin, les restrictions « ne […] que sur les agréments extérieurs » et « n’est satisfait que par l’estime » opposent deux orientations de l’amour-propre. La fin revient au temps de formation dépensé dans des talents « imparfaits ». L’analyse ne doit donc pas s’arrêter aux gestes du corps : les reprises et restrictions développent leur conséquence dans l’idée d’honneur et l’usage du temps éducatif.
Le lecteur suit trois gestes de fabrication qui portent sur l’apparence extérieure.
L’éducation enseigne à paraître sous le regard d’autrui, puis appelle « honneur » l’absence d’amants et « récompense » la certitude de plaire. Elle substitue donc la désirabilité au mérite.
Hiérarchie claire pour la révision
Les étoiles sont les repères à ne pas omettre. Les losanges permettent d’approfondir si le temps le permet.
★ I.a · Modalisation (« je crois l’avoir découverte »)
★ I.b · Parallélisme (« ce qu’elles font » / « ce qu’on s’imagine »)
★ II.a · Antithèse (« On sait au Pérou » / « on l’ignore en France »)
★ II.c · Antithèse (« enferme » / « vivre dans le monde »)
Deux parents présentent fièrement leur fille figée dans une posture cérémonieuse.La gêne corporelle devient une preuve de bonne éducation.Vérifier son mémoVérifier qu’on n’a rien laissé de côté.Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Vérifier son mémo
Repère indispensable
Citation dans le mémo
Explication et interprétation
Présent
I.a
« Il m’a fallu beaucoup de temps » […] « pour approfondir la cause du mépris »
Approfondir indique une enquête sous les apparences. Le regard étranger n’est pas une naïveté instantanée. Il devient savoir construit sur la société française.
oui
I.b
« le peu de rapport qu’il y a entre ce qu’elles font et ce qu’on s’imagine qu’elles devraient être »
Ce qu’elles font désigne les actes observés. Zilia ne nie pas l’écart ; elle demande qui a produit les sujets et qui a fixé la norme servant à les condamner.
oui
II.a
« On sait au Pérou » […] « on l’ignore en France »
La longue proposition expose le courage et la fermeté nécessaires. La différence ne vient pas d’une nature nationale, mais d’un savoir éducatif adopté ou ignoré.
oui
II.c
« on les enferme dans une maison religieuse pour leur apprendre à vivre dans le monde »
Le verbe « enferme » retire l’expérience que le but « vivre dans le monde » exigerait. L’ignorance future des femmes n’est pas accidentelle : elle est inscrite dans une institution qui prétend préparer ce qu’elle empêche d’expérimenter.
oui
III.a
« servir de germe à toutes les vertus » […] « le premier joug dont on se défait en entrant dans le monde »
Le « germe » suppose un développement intérieur. Graffigny critique moins les principes religieux que leur transmission sans compréhension ni adhésion.
oui
III.c
« Régler les mouvements du corps, arranger ceux du visage, composer l’extérieur »
« Régler », « arranger » et « composer » font du corps un objet travaillé. L’éducation enseigne à paraître sous le regard d’autrui, puis appelle « honneur » l’absence d’amants et « récompense » la certitude de plaire. Elle substitue donc la désirabilité au mérite.
oui
Une élève regarde un ruban de maintien tandis qu’un livre demeure fermé sur une chaise.Le temps de penser est absorbé par la contrainte.Les erreurs à éviterCe qui coûte des points, et pourquoi.Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Les erreurs à éviter
A. Les erreurs de fond
Erreur à ne pas commettre
Pourquoi c’est une erreur
Formulation correcte
⛔ Dire que Graffigny explique le mépris par une incapacité naturelle des femmes
Le passage cherche la cause dans l’éducation donnée.
La société réclame des qualités qu’elle ne permet pas de former.
⛔ Lire les trois infinitifs comme des ordres
Ils forment ensemble le sujet de « sont ».
« Régler », « arranger » et « composer » énumèrent les objets de l’éducation.
⛔ Étendre l’enquête aux garçons sans réserve
Zilia dit ne pas s’être informée de leurs suites éducatives.
Le passage précise lui-même la limite de son observation.
B. La méthode à l’oral
Erreur de méthode
Correction attendue
⚠ Résumer seulement « Trouver la cause de l’écart ».
Partir de « Il m’a fallu beaucoup de temps » […] « pour approfondir la cause du mépris » puis expliquer : Approfondir indique une enquête sous les apparences.
⚠ Résumer seulement « Des moyens qui contredisent le but ».
Partir de « On sait au Pérou » […] « on l’ignore en France » puis expliquer : La longue proposition expose le courage et la fermeté nécessaires.
⚠ Résumer seulement « L’intérieur délaissé, l’extérieur travaillé ».
Partir de « servir de germe à toutes les vertus » […] « le premier joug dont on se défait en entrant dans le monde » puis expliquer : Le « germe » suppose un développement intérieur.
C. Des formulations à préciser
Formulation à éviter
Formulation précise
· « C’est frappant. »
Le lecteur suit une découverte présentée avec prudence, et non comme une certitude immédiate. Le regard étranger n’est pas une naïveté instantanée. Il devient savoir construit sur la société française.
· « C’est une critique. »
Le lecteur entend le Pérou et la France opposés par les deux verbes savoir et ignorer. La différence ne vient pas d’une nature nationale, mais d’un savoir éducatif adopté ou ignoré.
· « C’est une belle fin. »
Le lecteur suit trois gestes de fabrication qui portent sur l’apparence extérieure. L’éducation enseigne à paraître sous le regard d’autrui, puis appelle « honneur » l’absence d’amants et « récompense » la certitude de plaire. Elle substitue donc la désirabilité au mérite.
D. Identifier les procédés
Erreur à ne pas commettre
Pourquoi c’est une erreur
Correction attendue
⚠ Présenter « des actes face à une norme » comme un procédé.
Ce titre formule un enjeu ; il ne nomme pas un moyen d’écriture.
Parallélisme (« ce qu’elles font » / « ce qu’on s’imagine ») : Ce qu’elles font désigne les actes observés.
⚠ Présenter « fabriquer l’erreur, puis en rire » comme un procédé.
Ce titre formule un enjeu ; il ne nomme pas un moyen d’écriture.
Anaphore (« On les » / « on leur » / « l’on ») : Les adultes créent d’abord l’erreur, puis la prennent pour objet de rire.
⚠ Présenter « se juger soi-même » comme un procédé.
Ce titre formule un enjeu ; il ne nomme pas un moyen d’écriture.
Métaphore (« le juge le plus sévère ») : Le respect de soi devient un « juge » intérieur.
Un masque ovale entièrement lisse, sans ouvertures ni traits, se tient près d’un cœur rouge dans une petite boîte ouverte.La contenance honnête ne garantit pas l’honnêteté intérieure.L’analyse grammaticaleLes trois questions au format de l’épreuve.Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
L’analyse grammaticale
Question 1 : Une conséquence
Phrase étudiée. « […] car l’éducation qu’on leur donne est si opposée à la fin qu’on leur propose, qu’elle me paraît être le chef-d’œuvre de l’inconséquence française. »
Question de grammaire. Analysez la proposition « qu’elle me paraît être le chef-d’œuvre de l’inconséquence française ».
Leçon de grammaire. 4 · Les circonstancielles
Nature de la phrase. Le segment est complexe, déclaratif et affirmatif. Il comporte quatre formes conjuguées : « donne », « est », « propose » et « paraît ». Le sujet de « est » est « l’éducation qu’on leur donne ».
Analyse grammaticale. Le système corrélatif « si… que » relie le degré de l’adjectif « opposée » à une conséquence. La proposition « qu’elle me paraît être le chef-d’œuvre de l’inconséquence française » est une subordonnée conjonctive circonstancielle consécutive. Sa conjonction « que » n’a pas de fonction à l’intérieur de la proposition ; son sujet est « elle ». Il faut la distinguer des deux relatives « qu’on leur donne » et « qu’on leur propose » : dans celles-ci, les pronoms relatifs « qu’ » ont un antécédent nominal et la fonction de complément d’objet direct. « Si » est ici un adverbe de degré, pas une conjonction de condition.
Cette phrase relève de la leçon 4, parce que la subordonnée consécutive est corrélée à l’adverbe de degré si.
Question 2 : Trois infinitifs sujets
Phrase étudiée. « Régler les mouvements du corps, arranger ceux du visage, composer l’extérieur, sont les points essentiels de l’éducation. »
Question de grammaire. Analysez la fonction des trois groupes à l’infinitif placés avant « sont ».
Leçon de grammaire. 2 · Les relations dans la phrase
Nature de la phrase. La phrase est simple, déclarative et affirmative. Elle ne comporte qu’une forme verbale conjuguée, « sont ». Les trois infinitifs « régler », « arranger » et « composer » forment le sujet composé.
Analyse grammaticale. Les groupes « Régler les mouvements du corps », « arranger ceux du visage » et « composer l’extérieur » sont juxtaposés et exercent ensemble la fonction sujet de « sont ». Chaque infinitif possède son complément d’objet direct. Le groupe nominal « les points essentiels de l’éducation » est attribut du sujet. Ces infinitifs ne sont pas des impératifs : aucun ordre n’est formulé. Ils ne constituent pas non plus des propositions infinitives à sujet propre distinct ; il s’agit de groupes infinitifs employés comme sujets. Le pluriel « sont » correspond à leur réunion.
Cette phrase relève de la leçon 2, parce que l’exercice étudie l’organisation de groupes infinitifs dans la phrase et leur fonction sujet.
Question 3 : Une interrogation indirecte
Phrase étudiée. « Je ne sais quelles sont les suites de l’éducation qu’un père donne à son fils, je ne m’en suis pas informée ; […] »
Question de grammaire. Analysez « quelles sont les suites de l’éducation qu’un père donne à son fils ».
Leçon de grammaire. 5 · L’interrogation
Nature de la phrase. Le segment est complexe et déclaratif, avec deux propositions principales négatives juxtaposées. Il contient quatre formes verbales conjuguées : « sais », « sont », « donne » et « me suis informée ».
Analyse grammaticale. « Quelles sont les suites de l’éducation qu’un père donne à son fils » est une proposition subordonnée interrogative indirecte partielle, complément d’objet direct de « sais ». Le mot interrogatif « quelles » est attribut du sujet « les suites de l’éducation qu’un père donne à son fils ». La question directe correspondante est « Quelles sont les suites de cette éducation ? ». La relative « qu’un père donne à son fils » est enchâssée dans le groupe sujet et complète « éducation ». L’énoncé entier n’est pas une interrogation directe : il constate une absence de savoir.
Cette phrase relève de la leçon 5, parce que une question partielle est subordonnée au verbe savoir.