Des Péruviens présentent des objets précieux, les mains ouvertes.La richesse montrée ne leur vaut aucun ménagement.
TEXTE original · Françoise de Graffigny, Lettres d’une Péruvienne, édition augmentée de 1752 · extrait de l’Introduction historique. L’Introduction historique, ajoutée à l’édition augmentée de 1752, raconte la conquête du Pérou avant que Zilia prenne la parole. L’extrait passe du massacre au pillage des richesses.
Quelque hommage que les Péruviens eussent rendu à leurs tyrans, ils avaient trop laissé voir leurs immenses richesses pour obtenir des ménagements de leur part.
Un peuple entier, soumis et demandant grâce, fut passé au fil de l'épée. Tous les droits de l'humanité violés laissèrent les Espagnols les maîtres absolus des trésors d'une des plus belles parties du monde. « Mécaniques victoires ! s'écrie Montaigne en se rappelant le vil objet de ces conquêtes. Jamais l'ambition, ajoute-t-il, jamais les inimitiés publiques ne poussèrent les hommes les uns contre les autres à si horribles hostilités ou calamités si misérables. »*
C'est ainsi que les Péruviens furent les tristes victimes d'un peuple avare, qui ne leur témoigna d'abord que de la bonne foi et même de l'amitié. L'ignorance de nos vices et la naïveté de leurs mœurs les jetèrent dans les bras de leurs lâches ennemis. En vain des espaces infinis avaient séparé les villes du Soleil de notre monde, elles en devinrent la proie et le domaine le plus précieux.
Quel spectacle pour les Espagnols, que les jardins du temple du Soleil, où les arbres, les fruits et les fleurs étaient d'or, travaillés avec un art inconnu en Europe ! Les murs du temple revêtus du même métal, un nombre infini de statues couvertes de pierres précieuses, et quantité d'autres richesses inconnues jusqu'alors éblouirent les conquérants de ce peuple infortuné. En donnant un libre cours à leurs cruautés, ils oublièrent que les Péruviens étaient des hommes.
Un Espagnol dissimule une épée derrière lui en recevant un présent péruvien.L’apparence de bonne foi dissimule la violence.
Le passage est dur : il raconte un massacre et un pillage. Pour entrer dans sa logique, garde deux groupes en tête, les Péruviens et les conquérants espagnols. Nous allons suivre ce que chacun fait, puis voir comment le récit nous conduit à juger la conquête.
Si une phrase te résiste, ne reste pas bloqué dessus. Garde le texte sous les yeux : nous reviendrons à ses mots, un petit morceau après l’autre.
Des Péruviens agenouillés lèvent les mains devant deux conquérants espagnols debout.La demande de grâce reste sans effet.
Nous sommes encore avant la première lettre. L’Introduction historique, ajoutée en 1752, donne un arrière-plan collectif à l’histoire de Zilia. Dans la première lettre, la violence de la conquête prendra le visage d’une personne qui raconte ce qu’elle subit.
Une épée froide posée en travers d’une place désertée, sans corps ni sang.Le récit condamne un massacre sans l’héroïser.
Tu sais maintenant ce qui se passe. Pour ouvrir ton explication, il reste à présenter le texte à quelqu’un qui ne l’a pas encore lu. Prenons les choses dans l’ordre. Les phrases en vert te donnent une formulation possible ; tu pourras les redire avec tes mots.
Un, l’autrice.
Ce que tu disFrançoise de Graffigny, écrivaine du XVIIIe siècle, donne une place centrale aux expériences et à la parole d’une femme.
Deux, le contexte.
Ce que tu disLe roman appartient au siècle des Lumières. Le regard d’une étrangère permet d’interroger des usages qui paraissent aller de soi à ceux qui les pratiquent.
Trois, l’œuvre.
Ce que tu disLes Lettres d’une Péruvienne paraissent en 1747, puis dans une édition augmentée en 1752. Le roman suit Zilia, séparée d’Aza et conduite en France. Le parcours « Un nouvel univers s’est offert à mes yeux » invite à examiner les effets de cette découverte.
Quatre, le passage.
Ce que tu disL’Introduction historique, ajoutée à l’édition augmentée de 1752, raconte la conquête du Pérou avant que Zilia prenne la parole. L’extrait passe du massacre au pillage des richesses.
Cinq, ta question (la problématique).
Ce que tu disEn quoi le spectacle des richesses péruviennes accuse-t-il les conquérants ?
Six, les mouvements.
Ce que tu disQue vaut une victoire obtenue contre un peuple soumis ? De quelle manière l’amitié affichée a-t-elle préparé la capture ? Pourquoi l’émerveillement devant les objets finit-il par effacer leurs propriétaires ?
Des sandales abandonnées devant une maison vide.Les absences rendent perceptible l’anéantissement d’un peuple.
D’abord, oublie l’image d’un duel entre deux armées. Ici, un peuple demande grâce. Le récit commence par montrer pourquoi on ne peut pas appeler ce massacre une victoire glorieuse.
Nous allons de « Quelque hommage » à « calamités si misérables. ».
La soumission pouvait‑elle sauver les Péruviens ?
« Quelque hommage que les Péruviens eussent rendu à leurs tyrans, ils avaient trop laissé voir leurs immenses richesses »
La phrase dit que, même s’ils rendent hommage aux conquérants, cela ne les protège pas. Pourquoi ? Ils ont montré leurs richesses. L’or pèse davantage dans la décision des Espagnols que l’attitude de leurs victimes.
Ce que tu viens d’observer porte un nom : Subordonnée concessive (« Quelque hommage que »). La phrase admet un élément, mais montre qu’il ne change pas sa conclusion.
Ce que tu disJ’observe une subordonnée concessive (« Quelque hommage que »). Quelque... que admet l’hommage rendu, mais le retire aussitôt de la causalité réelle. Dans ce récit, l’hommage rendu ne protège pas les Péruviens : l’avidité l’emporte sur les signes de soumission. Leur richesse les expose à la violence.
Qui subit l’action ?
« Un peuple entier, soumis et demandant grâce, fut passé au fil de l’épée »
Le peuple est placé au début de la phrase, mais il n’agit pas : il est massacré. C’est une construction passive. Elle nous fait d’abord voir ceux qui subissent, et rappelle qu’ils étaient soumis et demandaient grâce.
Pour nommer ce geste d’écriture, on parle ici de ce procédé : Voix passive (« fut passé au fil de l’épée »). Le sujet est présenté comme celui qui subit l’action, et non comme celui qui l’accomplit.
Ce que tu disJ’observe une voix passive (« fut passé au fil de l’épée »). Le groupe « Un peuple entier » occupe la première place. Le récit démonte le vocabulaire de la victoire : l’événement est un massacre d’êtres désarmés.
Pourquoi le mot « victoires » sonne‑t‑il mal ?
« Mécaniques victoires ! » […] « le vil objet de ces conquêtes »
C’est Montaigne qui est cité ici. « Mécaniques » ne parle pas de machines modernes : le mot rabaisse ces victoires à un intérêt matériel. La richesse gagnée ne suffit pas à donner de la grandeur à la conquête.
Le terme utile pour décrire cette construction est le suivant : Discours direct (« Mécaniques victoires ! »). Les paroles sont rapportées directement, en conservant la façon dont elles sont formulées.
Ce que tu disJ’observe un discours direct (« Mécaniques victoires ! »). L’adjectif mécaniques rabaisse la victoire vers une opération servile et matérielle. Montaigne sert de témoin intérieur contre l’orgueil européen. La grandeur littéraire est placée du côté de ceux qui refusent la grandeur militaire.
Fais une petite pause. Rassemblons ce que nous venons de voir, sans reprendre tous les détails.
Les Péruviens demandent grâce. Ils sont massacrés malgré leur soumission. La citation de Montaigne retire sa grandeur au mot victoire.
Un coffre rempli d’or prend toute une table, une famille est repoussée au bord.La possession des trésors domine la relation aux personnes.
Le texte revient ensuite sur ce qui a rendu les Péruviens vulnérables : ils ont cru aux signes d’amitié des Espagnols. Nous allons regarder comment une confiance offerte devient un piège.
Nous allons de « C’est ainsi » à « le domaine le plus précieux. ».
L’amitié annoncée était‑elle sincère ?
« les tristes victimes d’un peuple avare, qui ne leur témoigna d’abord que de la bonne foi et même de l’amitié »
Le récit nomme d’abord l’avidité des Espagnols, puis rappelle leurs marques d’amitié. Tu connais donc déjà leur intention quand tu lis leurs gestes aimables. Le contraste fait apparaître la tromperie.
Ce que tu viens d’observer porte un nom : Antithèse (« avare » / « bonne foi »). Deux idées opposées sont rapprochées pour que leur contraste apparaisse.
Ce que tu disJ’observe une antithèse (« avare » / « bonne foi »). Peuple avare nomme la vérité du sujet. La violence coloniale commence par une falsification des signes. La confiance est exploitée avant que les corps et les biens ne le soient.
Pourquoi la confiance devient‑elle dangereuse ?
« L’ignorance de nos vices et la naïveté de leurs mœurs les jetèrent dans les bras de leurs lâches ennemis »
Les Péruviens ignorent les vices de leurs visiteurs. L’image des « bras » pourrait évoquer un accueil rassurant ; elle mène pourtant aux ennemis. C’est ce renversement qu’il faut faire entendre.
Pour nommer ce geste d’écriture, on parle ici de ce procédé : Métaphore (« dans les bras de leurs lâches ennemis »). Une réalité est présentée à travers l’image d’une autre, sans un outil de comparaison tel que « comme ».
Ce que tu disJ’observe une métaphore (« dans les bras de leurs lâches ennemis »). Nos vices implique la voix européenne ; « leurs mœurs » maintient la différence. Graffigny refuse de confondre naïveté et infériorité. Les Péruviens sont vaincus parce qu’ils ne connaissent pas encore les vices nécessaires pour soupçonner une amitié mensongère.
La distance les protégeait‑elle ?
« En vain des espaces infinis avaient séparé les villes du Soleil de notre monde, elles en devinrent la proie et le domaine le plus précieux. »
« En vain » répond tout de suite : non. Même d’immenses espaces n’ont pas empêché la capture. Le mot « proie » fait ensuite penser à une chasse, où les Péruviens sont ceux dont on s’empare.
Le terme utile pour décrire cette construction est le suivant : Métaphore (« la proie »). Une réalité est présentée à travers l’image d’une autre, sans un outil de comparaison tel que « comme ».
Ce que tu disJ’observe une métaphore (« la proie »). « En vain » annule d’avance la protection des « espaces infinis ». La conquête transforme un monde en objet appropriable. Elle abolit l’espace qui séparait les peuples sans créer de rencontre humaine.
Fais une petite pause. Rassemblons ce que nous venons de voir, sans reprendre tous les détails.
Les Espagnols avaient donné des signes d’amitié. Les Péruviens leur ont fait confiance. Le récit montre ensuite que cette confiance les a livrés à des ennemis intéressés par leurs richesses.
Une plume et un livre ouverts face à une épée et des pièces.La parole critique conteste le prestige des victoires.
Enfin, les objets d’or remplissent la description. Tu peux toi-même les imaginer et les admirer. Mais attends la dernière phrase : elle oblige à regarder de nouveau les hommes que ce spectacle a fait oublier.
Nous allons de « Quel spectacle » à « les Péruviens étaient des hommes. ».
À travers quels yeux regardons‑nous les jardins ?
« Quel spectacle pour les Espagnols, que les jardins du temple du Soleil »
Le récit précise que c’est un spectacle pour les Espagnols. La beauté décrite n’est donc pas séparée de leur regard intéressé. Nous entrons dans ce qui les éblouit.
Ce que tu viens d’observer porte un nom : Exclamation (« Quel spectacle »). La construction fait entendre une réaction vive plutôt qu’un simple constat.
Ce que tu disJ’observe une exclamation (« Quel spectacle »). « Quel spectacle » place l’objet sous le regard. Graffigny ne nie pas la beauté du trésor. Elle montre comment l’admiration, lorsqu’elle se sépare du respect, prépare l’appropriation.
Pourquoi tant d’objets dans la même phrase ?
« les arbres, les fruits et les fleurs étaient d’or » […] « un nombre infini de statues » […] « quantité d’autres richesses »
Les arbres, les fruits, les fleurs et les statues s’accumulent. Cette liste est une énumération. Elle donne une impression d’abondance, comme si chaque objet découvert en faisait apparaître un autre.
Pour nommer ce geste d’écriture, on parle ici de ce procédé : Énumération (« les arbres, les fruits et les fleurs »). Plusieurs éléments sont placés à la suite : leur réunion donne de l’ampleur ou précise un ensemble.
Ce que tu disJ’observe une énumération (« les arbres, les fruits et les fleurs »). Le végétal, l’architecture et les figures sculptées entrent successivement dans l’énumération. Le merveilleux péruvien risque de devenir catalogue de butin. L’accumulation reproduit le passage d’une œuvre de civilisation à une masse de richesses disponibles.
Que nous rappelle la dernière phrase ?
« En donnant un libre cours à leurs cruautés, ils oublièrent que les Péruviens étaient des hommes »
Après tant de richesses, voici enfin les hommes. Le verbe « oublièrent » accuse le regard des conquérants : ils ont laissé leur désir d’or effacer une vérité élémentaire, l’humanité des Péruviens.
Le terme utile pour décrire cette construction est le suivant : Proposition complétive (« que les Péruviens étaient des hommes »). Une proposition complète le verbe en indiquant ici ce qui est oublié.
Ce que tu disJ’observe une proposition complétive (« que les Péruviens étaient des hommes »). Donner libre cours représente la cruauté comme une force volontairement libérée. La conquête est un oubli actif de l’humanité, provoqué par un regard qui ne voit plus que la valeur des choses. Le passage donne ainsi au roman sa mémoire première : le nouvel univers de Zilia naît du monde que l’Europe a détruit.
Fais une petite pause. Rassemblons ce que nous venons de voir, sans reprendre tous les détails.
Le texte décrit l’or et les objets fabriqués. Les conquérants sont éblouis. La dernière phrase rappelle ce que leur regard ne veut plus voir : les Péruviens sont des hommes.
Une petite roue mécanique entraîne une épée suspendue au-dessus d’un lingot.La victoire dite mécanique perd sa grandeur morale.
Revenons à notre question : En quoi le spectacle des richesses péruviennes accuse-t-il les conquérants ?
La description des richesses ne sert donc pas seulement à faire admirer le Pérou. Elle prépare une accusation : les conquérants voient des objets à prendre, là où ils devraient reconnaître des êtres humains.
Ce que tu disEn conclusion, le récit oppose les gestes des victimes au désir de richesse des conquérants. Il fait admirer les objets du Pérou, puis accuse le regard qui ne voit plus que leur valeur matérielle.
Une balance oppose un petit tas d’or à plusieurs silhouettes humaines.Le vil objet de la conquête dévalue les vies.
Pour finir, tu peux rapprocher ce passage d’un autre moment du livre. Ce rapprochement doit aider à mieux comprendre ce que nous avons lu.
Ce que tu disLa première lettre donnera une voix singulière à cette histoire collective : Zilia racontera l’enlèvement et la séparation depuis sa propre expérience.
L’or offert et la confiance rencontrent la violence de la conquête.
Reprends le texte du début et relis-le. Tu comprends pourquoi le récit insiste sur la soumission des Péruviens, leur confiance et leurs richesses : rien de tout cela ne les protège de la violence des conquérants. Et surtout, tu sais maintenant nommer ce que fait Graffigny : une subordonnée concessive, une voix passive, une antithèse, une énumération. Ces noms ne sont plus une liste à apprendre : tu peux montrer les mots du texte qui leur correspondent et expliquer ce qu’ils font comprendre. Tu es passé de « je n’y comprends rien » à « je sais l’expliquer ». C’est un très beau chemin pour une soirée.
Un dernier conseil pour être tranquille : ce soir, nous avons pris le temps de tout regarder, pour que tu maîtrises le passage. Le jour de l’oral, tu ne rediras pas absolument tout, et c’est normal. Tu garderas les moments les plus forts : la soumission qui ne protège pas, la confiance trahie, puis les richesses qui font oublier aux conquérants l’humanité de leurs victimes. À chaque étape, garde une citation précise et explique-la. Le dragon ne réclame pas l’exhaustivité ; il veut une explication claire, dans l’ordre du texte. Et ça, tu as maintenant de quoi le faire.
Trois phrases avant la riveLes trois dernières dalles de la lame avant la rive, numérotées un, deux, trois, et une flèche rouge qui indique la rive.①②③Trois dalles numérotées : après elles commence la rive de la grammaire.
L’adresse commune
Les sept leçons de grammaire
Le verbe : valeurs temporelles, aspectuelles et modales.
Il reste un dernier morceau, qui peut impressionner : la question de grammaire. À l’oral, le dragon te montre une phrase du texte, te pose une question précise, et tu y réponds. On va s’entraîner sur trois questions, chacune sur une notion différente. Tu n’as pas à tout savoir d’un coup : nous allons refaire le même petit geste.
Le réflexe en cinq pas. Un, la phrase est-elle simple ou complexe ? Repère les verbes conjugués, sans compter deux fois l’auxiliaire et le participe d’un temps composé. Deux, qu’est-ce qu’on te demande de regarder ? Trois, analyse doucement, mot par mot. Quatre, nomme les natures et les fonctions utiles à la question. Cinq, conclus en nommant la notion. S’il y a une ellipse, pense aussi aux mots sous-entendus : compter ne suffit pas toujours.
Une concession
L’hommage concédé n’empêche pas le fait énoncé dans la principale.
Une voix passive
À l’actif, un peuple entier devient COD ; l’agent est rétabli d’après le contexte.
Une complétive
La proposition en que se remplace par cela : elle est complément direct.
Le dragon te montre cette phrase : « Quelque hommage que les Péruviens eussent rendu à leurs tyrans, ils avaient trop laissé voir leurs immenses richesses pour obtenir des ménagements de leur part. »
Et il te demande : Analysez « Quelque hommage que les Péruviens eussent rendu à leurs tyrans ».
Commençons par les verbes. La phrase est complexe, déclarative et affirmative. Elle comporte deux formes verbales conjuguées : « eussent rendu » et « avaient laissé ». Le sujet principal « ils » reprend « les Péruviens ».
Regardons ce qui est demandé. Le début signifie : quel que soit l’hommage rendu. Cet hommage est admis, mais il n’empêche pas ce qui suit. C’est pour cela qu’on parle de concession, et non de cause. Pour nommer le temps, décompose « eussent rendu » : auxiliaire puis participe passé. Tu peux maintenant nommer la construction et expliquer comment tu l’as reconnue.
La concession emploie le subjonctif ; quelque hommage est le complément direct.
Ce que tu disLa construction « quelque… que » introduit une proposition subordonnée conjonctive circonstancielle de concession. « Quelque » détermine le nom singulier « hommage ». Le groupe « quelque hommage » est complément d’objet direct de « eussent rendu » ; « à leurs tyrans » est complément indirect. « Eussent rendu » est un plus-que-parfait du subjonctif : auxiliaire avoir au subjonctif imparfait et participe passé. La concession admet l’hommage, quelle qu’en soit la nature ou l’importance, sans lui laisser modifier le fait énoncé dans la principale. Elle ne formule pas une condition qui rendrait ce fait possible.
Le dragon te montre cette phrase : « Un peuple entier, soumis et demandant grâce, fut passé au fil de l’épée. »
Et il te demande : Identifiez la voix et le temps de « fut passé », puis proposez une transformation active.
Commençons par les verbes. La phrase est simple, déclarative et affirmative. Elle comporte une seule forme verbale conjuguée, « fut passé ». Son sujet est « Un peuple entier ». « Soumis » et « demandant » sont des participes.
Regardons ce qui est demandé. Qui subit l’action ? « Un peuple entier ». La forme « fut passé » est donc passive. « Fut » donne le temps : le passé simple. Pour vérifier, passe à l’actif : « Les Espagnols passèrent un peuple entier au fil de l’épée. » Cette transformation est ton exercice, pas une nouvelle citation du texte. Tu peux maintenant nommer la construction et expliquer comment tu l’as reconnue.
Fut passé est un passif au passé simple, accordé avec peuple.
Ce que tu dis« Fut passé » est une forme passive au passé simple de l’indicatif : auxiliaire être au passé simple, suivi du participe passé « passé », accordé avec le sujet masculin singulier. Le groupe sujet reçoit l’action. Aucun complément d’agent n’est exprimé. Une transformation active possible, qui rétablit l’agent fourni par le contexte, est : « Les Espagnols passèrent un peuple entier au fil de l’épée. » Le sujet passif devient complément d’objet direct. Ce n’est pas un passé antérieur actif : ce temps emploierait ici avoir, dans « eurent passé ».
Le dragon te montre cette phrase : « En donnant un libre cours à leurs cruautés, ils oublièrent que les Péruviens étaient des hommes. »
Et il te demande : Analysez la proposition « que les Péruviens étaient des hommes ».
Commençons par les verbes. La phrase est complexe, déclarative et affirmative. Deux verbes sont conjugués : « oublièrent » et « étaient ». Le sujet principal est « ils ». « En donnant » est un gérondif.
Regardons ce qui est demandé. Pose la question « ils oublièrent quoi ? ». La réponse est toute la proposition commençant par « que ». Tu peux la remplacer par « cela » : c’est le complément d’objet direct. À l’intérieur, repère encore un sujet et un verbe : « les Péruviens étaient ». Tu peux maintenant nommer la construction et expliquer comment tu l’as reconnue.
La complétive complète oublièrent ; elle contient un sujet et son attribut.
Ce que tu dis« Que les Péruviens étaient des hommes » est une proposition subordonnée conjonctive complétive, complément d’objet direct de « oublièrent ». La conjonction « que » introduit la proposition sans y exercer de fonction. La substitution « ils oublièrent cela » vérifie la fonction de complément. Dans la subordonnée, « les Péruviens » est sujet de « étaient » et « des hommes » est attribut de ce sujet. La complétive n’exprime ni le but ni une conséquence : elle donne le contenu de ce qui est oublié. Le gérondif initial a le même sujet implicite que « oublièrent ».
1Repérer les verbes
2Lire la question
3Observer les mots
4Nommer et justifier
5Conclure
Une phrase, une question, puis cinq gestes pour construire ta réponse.
Tu as vu le geste : une phrase, une question posée, une réponse. Nous avons travaillé trois points différents : une concession, une voix passive et une complétive. Chaque fois, tu es parti des mots pour expliquer leur construction. Le jour de l’oral, reprends ces cinq pas et réponds à la question posée, sans réciter tout un cours. Ce réflexe se construit en s’entraînant ; tu viens de le faire trois fois.
Deux continents schématiques séparés par une large mer et reliés par un navire minuscule.L’éloignement n’a pas protégé les villes du Soleil.
Pour ce soir, tu peux t’arrêter ici. Tu as suivi une voix, compris son chemin et regardé de près quelques phrases.
La description des richesses ne sert donc pas seulement à faire admirer le Pérou. Elle prépare une accusation : les conquérants voient des objets à prendre, là où ils devraient reconnaître des êtres humains.
Demain, reprends une seule de ces phrases et explique-la avec tes mots. Si tu veux maintenant les analyses développées, les procédés et le mémo, le dossier qui suit les rassemble. Tu n’es pas obligé de tout faire ce soir.
Ce que tu viens de lire, c’est le texte expliqué comme on l’explique à voix
haute, à côté de toi. Si c’était ton but, c’est fini : tu as compris le texte.
Le même commentaire linéaire, sous l’angle institutionnel et administratif.
Une ville andine simple derrière laquelle se ferme une grande main gantée.Le territoire devient proie et domaine.Le texte dit simplementOn raconte ce qui se passe, sans jargon.Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Le texte dit simplement
Les Péruviens demandent grâce. Ils sont massacrés malgré leur soumission. La citation de Montaigne retire sa grandeur au mot victoire.
Les Espagnols avaient donné des signes d’amitié. Les Péruviens leur ont fait confiance. Le récit montre ensuite que cette confiance les a livrés à des ennemis intéressés par leurs richesses.
Le texte décrit l’or et les objets fabriqués. Les conquérants sont éblouis. La dernière phrase rappelle ce que leur regard ne veut plus voir : les Péruviens sont des hommes.
Un jardin du temple porte trois arbres entièrement dorés.La splendeur du jardin éblouit les conquérants.L’introduction rédigéeCe qu’on écrit en tête de copie, mot pour mot.Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
L’introduction rédigée
L’autrice. Françoise de Graffigny, écrivaine du XVIIIe siècle, donne une place centrale aux expériences et à la parole d’une femme.
Le contexte. Le roman appartient au siècle des Lumières. Le regard d’une étrangère permet d’interroger des usages qui paraissent aller de soi à ceux qui les pratiquent.
L’œuvre. Les Lettres d’une Péruvienne paraissent en 1747, puis dans une édition augmentée en 1752. Le roman suit Zilia, séparée d’Aza et conduite en France. Le parcours « Un nouvel univers s’est offert à mes yeux » invite à examiner les effets de cette découverte.
Le passage. L’Introduction historique, ajoutée à l’édition augmentée de 1752, raconte la conquête du Pérou avant que Zilia prenne la parole. L’extrait passe du massacre au pillage des richesses.
La question. En quoi le spectacle des richesses péruviennes accuse-t-il les conquérants ?
Mouvements. Que vaut une victoire obtenue contre un peuple soumis ? De quelle manière l’amitié affichée a-t-elle préparé la capture ? Pourquoi l’émerveillement devant les objets finit-il par effacer leurs propriétaires ?
Une branche, ses feuilles et ses fruits entièrement dorés, sur un petit socle gris.Le détail des fruits révèle un art raffiné.L’explication linéaireL’analyse complète, mouvement par mouvement.Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
L’explication linéaire
Une victoire privée de gloire
De « Quelque hommage » à « calamités si misérables. ».
★ I.a. Une soumission inutile : la richesse suffit à condamner
Le passage commence par reconnaître la soumission des Péruviens avant d’en montrer l’inutilité.
Citation. « Quelque hommage que les Péruviens eussent rendu à leurs tyrans, ils avaient trop laissé voir leurs immenses richesses »
Procédé principal. Subordonnée concessive (« Quelque hommage que »)
Analyse. Quelque... que admet l’hommage rendu, mais le retire aussitôt de la causalité réelle. Le groupe concessif se place avant la proposition principale et lui fournit un obstacle attendu : l’hommage devrait normalement infléchir le traitement reçu. « Quelque » et « que » encadrent le nom « hommage » ; le subjonctif « eussent rendu » envisage cet hommage quelle qu’en soit l’importance. La principale ne discute pourtant pas sa sincérité. Elle déplace la phrase vers « leurs immenses richesses ». Le système « trop… pour » relie le degré d’exposition de ces richesses à l’impossibilité d’obtenir des ménagements. « Laissé voir » fait de la visibilité le point de rencontre entre le peuple soumis et ceux qui le regardent. Les possessifs « leurs » et « leur » renvoient successivement aux deux groupes et maintiennent leur dissymétrie. Aucun combat n’est raconté dans cette phrase : la causalité est portée par l’hommage, la richesse et le refus de ménager.
Effet sur le lecteur. Le lecteur constate que l’hommage rendu ne protège pas ceux qui le rendent.
Interprétation. Dans ce récit, l’hommage rendu ne protège pas les Péruviens : l’avidité l’emporte sur les signes de soumission. Leur richesse les expose à la violence.
Phrase de liaison. Que vaut alors la victoire remportée sur un peuple qui demande grâce ?
★ I.b. Une victoire sans combat : le peuple subit le massacre
Une phrase brève réduit la conquête à son résultat humain.
Citation. « Un peuple entier, soumis et demandant grâce, fut passé au fil de l’épée »
Procédé principal. Voix passive (« fut passé au fil de l’épée »)
Analyse. Le groupe « Un peuple entier » occupe la première place. Le sujet « Un peuple entier » rassemble les victimes sous un nom collectif, au singulier. L’adjectif « entier » refuse d’en limiter l’étendue à un groupe de combattants. Entre deux virgules, « soumis et demandant grâce » suspend l’arrivée du verbe principal et précise l’état des victimes. Le participe « soumis » donne un résultat acquis ; « demandant » présente une demande en cours. Le passif « fut passé » place ensuite l’action subie au centre de l’énoncé, sans complément d’agent exprimé. Le passé simple considère l’événement globalement. La locution « au fil de l’épée » indique le moyen violent de l’exécution. La phrase suivante conserve cette organisation par le participe « violés » appliqué aux droits et fait apparaître les Espagnols comme les détenteurs des trésors. Les bénéficiaires se nomment ainsi après les victimes.
Effet sur le lecteur. Le lecteur voit le peuple occuper la place grammaticale de celui qui subit la violence.
Interprétation. Le récit démonte le vocabulaire de la victoire : l’événement est un massacre d’êtres désarmés.
Phrase de liaison. Quelle autorité peut nommer cette fausse victoire sans reprendre le langage des conquérants ?
◆ I.c. Le prestige renversé : Montaigne rabaisse la conquête
Graffigny introduit une voix européenne capable de juger l’Europe.
Citation. « Mécaniques victoires ! » […] « le vil objet de ces conquêtes »
Procédé principal. Discours direct (« Mécaniques victoires ! »)
Analyse. L’adjectif mécaniques rabaisse la victoire vers une opération servile et matérielle. Les guillemets font entendre une voix citée à l’intérieur du récit historique. L’incise « s’écrie Montaigne » l’identifie et donne à l’exclamation un locuteur distinct. Le nom « victoires », normalement associé au succès militaire, reçoit l’adjectif dévalorisant « mécaniques ». Dans ce contexte, il est ramené à un gain matériel et intéressé ; le texte précise lui-même ce point par « le vil objet ». La seconde citation se construit sur deux groupes introduits par « jamais » : l’ambition et les inimitiés publiques sont successivement écartées comme causes d’hostilités comparables. Le verbe « poussèrent » conserve les hommes comme objets d’un mouvement violent. Cette parole empruntée ne raconte pas un nouvel épisode : elle réévalue le même événement par un jugement explicitement attribué à un auteur européen.
Effet sur le lecteur. Le lecteur entend une voix qui retire brusquement tout prestige aux victoires.
Interprétation. Montaigne sert de témoin intérieur contre l’orgueil européen. La grandeur littéraire est placée du côté de ceux qui refusent la grandeur militaire.
Transition vers le mouvement suivant. Les Péruviens demandent grâce. De quelle manière l’amitié affichée a-t-elle préparé la capture ?
Une confiance retournée contre les victimes
De « C’est ainsi » à « le domaine le plus précieux. ».
★ II.a. Une amitié de façade : les signes de confiance sont trompeurs
Les qualités affichées par les Espagnols masquent le vice qui organise leur conduite.
Citation. « les tristes victimes d’un peuple avare, qui ne leur témoigna d’abord que de la bonne foi et même de l’amitié »
Analyse. Peuple avare nomme la vérité du sujet. Le groupe « d’un peuple avare » complète « victimes » et désigne celui qui a fait subir le dommage. La relative introduite par « qui » reprend ce peuple. Elle porte non sur ce qu’il est, mais sur ce qu’il « témoigna », verbe qui renvoie à des signes donnés à autrui. La restriction « ne… que » limite ces manifestations à « de la bonne foi » et « de l’amitié ». « Même » ajoute le second nom comme un degré supplémentaire dans la relation affichée. Le complément temporel « d’abord » réserve explicitement un autre moment, connu par le récit du massacre qui précède. Le contraste n’est donc pas une simple opposition abstraite entre bien et mal : le texte fait coexister un caractère attribué au peuple et les gestes contraires qu’il a présentés avant l’attaque.
Effet sur le lecteur. Le lecteur distingue le calcul du conquérant de la confiance de ceux qu’il trompe.
Interprétation. La violence coloniale commence par une falsification des signes. La confiance est exploitée avant que les corps et les biens ne le soient.
Phrase de liaison. Pourquoi les Péruviens ont-ils cru ces signes ?
◆ II.b. Des bras qui capturent : la confiance devient une prise
La phrase explique la confiance par une ignorance qui honore ceux qu’elle perd.
Citation. « L’ignorance de nos vices et la naïveté de leurs mœurs les jetèrent dans les bras de leurs lâches ennemis »
Procédé principal. Métaphore (« dans les bras de leurs lâches ennemis »)
Analyse. Nos vices implique la voix européenne ; « leurs mœurs » maintient la différence. Deux groupes nominaux coordonnés occupent la place du sujet : « L’ignorance de nos vices » et « la naïveté de leurs mœurs ». Ils désignent des dispositions et non des agents capables d’un déplacement matériel. Le verbe « jetèrent » leur attribue pourtant une action brusque sur le pronom « les », qui reprend les Péruviens. Le complément « dans les bras » donne au mouvement une destination corporelle. Cette expression pourrait désigner un accueil, mais le complément du nom « de leurs lâches ennemis » exclut cette valeur protectrice. Les possessifs changent de point de vue à l’intérieur de la phrase : « nos » rattache les vices au groupe européen dont parle la voix historique ; « leurs » rattache les mœurs aux victimes. La syntaxe précise ainsi qui ignore quoi et dans quelle relation cette ignorance les engage.
Effet sur le lecteur. Le lecteur voit un mouvement d’accueil se transformer en remise de soi aux ennemis.
Interprétation. Graffigny refuse de confondre naïveté et infériorité. Les Péruviens sont vaincus parce qu’ils ne connaissent pas encore les vices nécessaires pour soupçonner une amitié mensongère.
Phrase de liaison. L’éloignement géographique pouvait-il les protéger de cette violence ?
★ II.c. De la distance au domaine : un monde devient un bien
L’espace immense qui séparait les mondes se révèle impuissant.
Citation. « En vain des espaces infinis avaient séparé les villes du Soleil de notre monde, elles en devinrent la proie et le domaine le plus précieux. »
Analyse. « En vain » annule d’avance la protection des « espaces infinis ». L’expression « En vain » annonce d’emblée que la séparation antérieure n’a pas produit la protection attendue. Le plus-que-parfait « avaient séparé » place cette séparation avant « devinrent », passé simple qui marque le changement d’état. Les deux propositions sont juxtaposées par une virgule. Le pronom « elles » reprend « les villes du Soleil » ; « en » renvoie au monde dont elles sont devenues la possession. Deux attributs se succèdent après « devinrent » : « la proie », qui appartient au vocabulaire de la capture, puis « le domaine », qui désigne un territoire possédé. Le superlatif « le plus précieux » fait aboutir la transformation à une évaluation de richesse. La progression tient donc dans le passage de la séparation entre deux mondes à leur relation de capture et de propriété.
Effet sur le lecteur. Le lecteur se représente les villes comme des êtres livrés à un prédateur.
Interprétation. La conquête transforme un monde en objet appropriable. Elle abolit l’espace qui séparait les peuples sans créer de rencontre humaine.
Transition vers le mouvement suivant. Les Espagnols avaient donné des signes d’amitié. Pourquoi l’émerveillement devant les objets finit-il par effacer leurs propriétaires ?
L’or devant les yeux, les hommes oubliés
De « Quel spectacle » à « les Péruviens étaient des hommes. ».
★ III.a. Un temple sous les yeux : le trésor devient spectacle
La phrase adopte d’abord l’émerveillement des conquérants.
Citation. « Quel spectacle pour les Espagnols, que les jardins du temple du Soleil »
Procédé principal. Exclamation (« Quel spectacle »)
Analyse. « Quel spectacle » place l’objet sous le regard. La phrase commence par un groupe exclamatif sans verbe principal, « Quel spectacle pour les Espagnols ». Le nom qui précise ce spectacle, « les jardins du temple du Soleil », vient après la virgule et le mot « que ». Le complément « pour les Espagnols » attribue expressément la perception à un groupe de spectateurs ; il empêche d’en faire une description détachée de tout regard. La relative de lieu « où » conduit ensuite du jardin à ses éléments. « Les arbres, les fruits et les fleurs » forment un sujet composé dont l’attribut est « d’or ». L’indication « travaillés avec un art inconnu en Europe » ajoute un jugement sur la fabrication et réintroduit l’Europe comme terme de comparaison. Le développement part ainsi d’une réaction visuelle pour détailler les objets qui la produisent.
Effet sur le lecteur. Le lecteur partage d’abord l’émerveillement devant le jardin précieux.
Interprétation. Graffigny ne nie pas la beauté du trésor. Elle montre comment l’admiration, lorsqu’elle se sépare du respect, prépare l’appropriation.
Phrase de liaison. Comment la phrase amplifie-t-elle cet éblouissement ?
◆ III.b. La richesse s’accumule : les formes cèdent au métal
Les richesses se multiplient jusqu’à saturer le regard.
Citation. « les arbres, les fruits et les fleurs étaient d’or » […] « un nombre infini de statues » […] « quantité d’autres richesses »
Procédé principal. Énumération (« les arbres, les fruits et les fleurs »)
Analyse. Le végétal, l’architecture et les figures sculptées entrent successivement dans l’énumération. La première liste rassemble trois formes végétales, puis le complément « d’or » les réunit par leur matière. La description se poursuit avec « les murs », « un nombre infini de statues » et « quantité d’autres richesses ». Les marqueurs de quantité ne donnent pas un inventaire chiffré : « infini » et « quantité » suggèrent un ensemble qui dépasse le décompte. Les éléments architecturaux et sculptés deviennent les sujets coordonnés du verbe « éblouirent ». Ce verbe donne aux choses observées une action sur « les conquérants », placés comme complément. Le complément « de ce peuple infortuné » rappelle toutefois à qui appartiennent ces richesses. La phrase entretient donc simultanément une abondance de matières précieuses et un rapport de possession humaine que le regard porté sur elles risque de perdre.
Effet sur le lecteur. Le lecteur découvre successivement les objets qui composent une abondance presque inépuisable.
Interprétation. Le merveilleux péruvien risque de devenir catalogue de butin. L’accumulation reproduit le passage d’une œuvre de civilisation à une masse de richesses disponibles.
Phrase de liaison. Quelle réalité cette lumière matérielle finit-elle par cacher ?
★ III.c. Le dernier mot rendu aux victimes : ce sont des hommes
La conclusion interrompt l’inventaire et prononce l’accusation essentielle.
Citation. « En donnant un libre cours à leurs cruautés, ils oublièrent que les Péruviens étaient des hommes »
Procédé principal. Proposition complétive (« que les Péruviens étaient des hommes »)
Analyse. Donner libre cours représente la cruauté comme une force volontairement libérée. Le gérondif initial « En donnant un libre cours à leurs cruautés » a le même sujet implicite que « ils oublièrent » : les conquérants. Il accompagne l’action principale d’une manière d’agir et ne présente pas les violences comme un accident venu de l’extérieur. Le possessif « leurs » leur rattache les cruautés. « Oublièrent », au passé simple, commande une complétive qui donne le contenu de l’oubli. À l’intérieur de celle-ci, le sujet « les Péruviens » est suivi du verbe être et de l’attribut « des hommes ». Cette structure est plus simple que les énumérations de richesses précédentes. Le dernier nom ne précise plus un métal, un objet ou un prix ; il attribue aux victimes une appartenance commune. La conclusion du passage repose sur ce déplacement grammatical du contenu de la vision vers celui du jugement.
Effet sur le lecteur. Le lecteur entend le mot « hommes » interrompre la fascination pour les richesses.
Interprétation. La conquête est un oubli actif de l’humanité, provoqué par un regard qui ne voit plus que la valeur des choses. Le passage donne ainsi au roman sa mémoire première : le nouvel univers de Zilia naît du monde que l’Europe a détruit.
Phrase de liaison vers la conclusion. En quoi le spectacle des richesses péruviennes accuse-t-il les conquérants ?
Trois fleurs entièrement dorées, tiges et feuilles comprises, dans un petit parterre surélevé.La richesse est aussi le résultat d’un travail artistique.La conclusion rédigéeLe bilan et l’ouverture.Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
La conclusion rédigée
Le bilan. Montaigne sert de témoin intérieur contre l’orgueil européen. La grandeur littéraire est placée du côté de ceux qui refusent la grandeur militaire. La conquête transforme un monde en objet appropriable. Elle abolit l’espace qui séparait les peuples sans créer de rencontre humaine. La conquête est un oubli actif de l’humanité, provoqué par un regard qui ne voit plus que la valeur des choses. Le passage donne ainsi au roman sa mémoire première : le nouvel univers de Zilia naît du monde que l’Europe a détruit.
La réponse. Le récit oppose les gestes des victimes au désir de richesse des conquérants. Il fait admirer les objets du Pérou, puis accuse le regard qui ne voit plus que leur valeur matérielle.
La portée. L’histoire est racontée depuis une orientation critique explicite. La citation d’un Européen, Montaigne, empêche de confondre la condamnation de la conquête avec une simple opposition entre deux peuples.
L’ouverture. La première lettre donnera une voix singulière à cette histoire collective : Zilia racontera l’enlèvement et la séparation depuis sa propre expérience.
Un artisan péruvien façonne un petit fruit doré avec des outils simples.L’art péruvien n’est pas réductible au métal possédé.Le mémo de l’oralCe qu’on dit vraiment en dix minutes.Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Le mémo de l’oral
Françoise de Graffigny, Lettres d’une Péruvienne, édition augmentée de 1752. Objet d’étude : le roman et le récit. Parcours : « Un nouvel univers s’est offert à mes yeux ».
Situer et lire
L’Introduction historique, ajoutée à l’édition augmentée de 1752, raconte la conquête du Pérou avant que Zilia prenne la parole. L’extrait passe du massacre au pillage des richesses.
Lire le passage en faisant entendre les phrases, les interrogations et les changements de mouvement.
En quoi le spectacle des richesses péruviennes accuse-t-il les conquérants ?
Une victoire privée de gloire
★ I.a « Quelque hommage que les Péruviens eussent rendu à leurs tyrans, ils avaient trop laissé voir leurs immenses richesses » J’observe une subordonnée concessive (« Quelque hommage que »). Quelque... que admet l’hommage rendu, mais le retire aussitôt de la causalité réelle. Le lecteur constate que l’hommage rendu ne protège pas ceux qui le rendent. Dans ce récit, l’hommage rendu ne protège pas les Péruviens : l’avidité l’emporte sur les signes de soumission. Leur richesse les expose à la violence.
★ I.b « Un peuple entier, soumis et demandant grâce, fut passé au fil de l’épée » J’observe une voix passive (« fut passé au fil de l’épée »). Le groupe « Un peuple entier » occupe la première place. Le lecteur voit le peuple occuper la place grammaticale de celui qui subit la violence. Le récit démonte le vocabulaire de la victoire : l’événement est un massacre d’êtres désarmés.
Les Péruviens demandent grâce. De quelle manière l’amitié affichée a-t-elle préparé la capture ?
Une confiance retournée contre les victimes
★ II.a « les tristes victimes d’un peuple avare, qui ne leur témoigna d’abord que de la bonne foi et même de l’amitié » J’observe une antithèse (« avare » / « bonne foi »). Peuple avare nomme la vérité du sujet. Le lecteur distingue le calcul du conquérant de la confiance de ceux qu’il trompe. La violence coloniale commence par une falsification des signes. La confiance est exploitée avant que les corps et les biens ne le soient.
★ II.c « En vain des espaces infinis avaient séparé les villes du Soleil de notre monde, elles en devinrent la proie et le domaine le plus précieux. » J’observe une métaphore (« la proie »). « En vain » annule d’avance la protection des « espaces infinis ». Le lecteur se représente les villes comme des êtres livrés à un prédateur. La conquête transforme un monde en objet appropriable. Elle abolit l’espace qui séparait les peuples sans créer de rencontre humaine.
Les Espagnols avaient donné des signes d’amitié. Pourquoi l’émerveillement devant les objets finit-il par effacer leurs propriétaires ?
L’or devant les yeux, les hommes oubliés
★ III.a « Quel spectacle pour les Espagnols, que les jardins du temple du Soleil » J’observe une exclamation (« Quel spectacle »). « Quel spectacle » place l’objet sous le regard. Le lecteur partage d’abord l’émerveillement devant le jardin précieux. Graffigny ne nie pas la beauté du trésor. Elle montre comment l’admiration, lorsqu’elle se sépare du respect, prépare l’appropriation.
★ III.c « En donnant un libre cours à leurs cruautés, ils oublièrent que les Péruviens étaient des hommes » J’observe une proposition complétive (« que les Péruviens étaient des hommes »). Donner libre cours représente la cruauté comme une force volontairement libérée. Le lecteur entend le mot « hommes » interrompre la fascination pour les richesses. La conquête est un oubli actif de l’humanité, provoqué par un regard qui ne voit plus que la valeur des choses. Le passage donne ainsi au roman sa mémoire première : le nouvel univers de Zilia naît du monde que l’Europe a détruit.
Conclure
Le récit oppose les gestes des victimes au désir de richesse des conquérants. Il fait admirer les objets du Pérou, puis accuse le regard qui ne voit plus que leur valeur matérielle.
La première lettre donnera une voix singulière à cette histoire collective : Zilia racontera l’enlèvement et la séparation depuis sa propre expérience.
Un pan de mur du temple revêtu de plaques d’or.L’accumulation des métaux nourrit la convoitise.Le tableau des procédésTout ce qui se révise en un coup d’œil.Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Le tableau des procédés
Procédé désigné
Analyse dans le texte
Effet sur le lecteur
Interprétation
★ I.a · Subordonnée concessive (« Quelque hommage que »)
Quelque... que admet l’hommage rendu, mais le retire aussitôt de la causalité réelle. Le groupe concessif se place avant la proposition principale et lui fournit un obstacle attendu : l’hommage devrait normalement infléchir le traitement reçu. « Quelque » et « que » encadrent le nom « hommage » ; le subjonctif « eussent rendu » envisage cet hommage quelle qu’en soit l’importance. La principale ne discute pourtant pas sa sincérité. Elle déplace la phrase vers « leurs immenses richesses ». Le système « trop… pour » relie le degré d’exposition de ces richesses à l’impossibilité d’obtenir des ménagements. « Laissé voir » fait de la visibilité le point de rencontre entre le peuple soumis et ceux qui le regardent. Les possessifs « leurs » et « leur » renvoient successivement aux deux groupes et maintiennent leur dissymétrie. Aucun combat n’est raconté dans cette phrase : la causalité est portée par l’hommage, la richesse et le refus de ménager.
Le lecteur constate que l’hommage rendu ne protège pas ceux qui le rendent.
Dans ce récit, l’hommage rendu ne protège pas les Péruviens : l’avidité l’emporte sur les signes de soumission. Leur richesse les expose à la violence.
★ I.b · Voix passive (« fut passé au fil de l’épée »)
Le groupe « Un peuple entier » occupe la première place. Le sujet « Un peuple entier » rassemble les victimes sous un nom collectif, au singulier. L’adjectif « entier » refuse d’en limiter l’étendue à un groupe de combattants. Entre deux virgules, « soumis et demandant grâce » suspend l’arrivée du verbe principal et précise l’état des victimes. Le participe « soumis » donne un résultat acquis ; « demandant » présente une demande en cours. Le passif « fut passé » place ensuite l’action subie au centre de l’énoncé, sans complément d’agent exprimé. Le passé simple considère l’événement globalement. La locution « au fil de l’épée » indique le moyen violent de l’exécution. La phrase suivante conserve cette organisation par le participe « violés » appliqué aux droits et fait apparaître les Espagnols comme les détenteurs des trésors. Les bénéficiaires se nomment ainsi après les victimes.
Le lecteur voit le peuple occuper la place grammaticale de celui qui subit la violence.
Le récit démonte le vocabulaire de la victoire : l’événement est un massacre d’êtres désarmés.
◆ I.c · Discours direct (« Mécaniques victoires ! »)
L’adjectif mécaniques rabaisse la victoire vers une opération servile et matérielle. Les guillemets font entendre une voix citée à l’intérieur du récit historique. L’incise « s’écrie Montaigne » l’identifie et donne à l’exclamation un locuteur distinct. Le nom « victoires », normalement associé au succès militaire, reçoit l’adjectif dévalorisant « mécaniques ». Dans ce contexte, il est ramené à un gain matériel et intéressé ; le texte précise lui-même ce point par « le vil objet ». La seconde citation se construit sur deux groupes introduits par « jamais » : l’ambition et les inimitiés publiques sont successivement écartées comme causes d’hostilités comparables. Le verbe « poussèrent » conserve les hommes comme objets d’un mouvement violent. Cette parole empruntée ne raconte pas un nouvel épisode : elle réévalue le même événement par un jugement explicitement attribué à un auteur européen.
Le lecteur entend une voix qui retire brusquement tout prestige aux victoires.
Montaigne sert de témoin intérieur contre l’orgueil européen. La grandeur littéraire est placée du côté de ceux qui refusent la grandeur militaire.
★ II.a · Antithèse (« avare » / « bonne foi »)
Peuple avare nomme la vérité du sujet. Le groupe « d’un peuple avare » complète « victimes » et désigne celui qui a fait subir le dommage. La relative introduite par « qui » reprend ce peuple. Elle porte non sur ce qu’il est, mais sur ce qu’il « témoigna », verbe qui renvoie à des signes donnés à autrui. La restriction « ne… que » limite ces manifestations à « de la bonne foi » et « de l’amitié ». « Même » ajoute le second nom comme un degré supplémentaire dans la relation affichée. Le complément temporel « d’abord » réserve explicitement un autre moment, connu par le récit du massacre qui précède. Le contraste n’est donc pas une simple opposition abstraite entre bien et mal : le texte fait coexister un caractère attribué au peuple et les gestes contraires qu’il a présentés avant l’attaque.
Le lecteur distingue le calcul du conquérant de la confiance de ceux qu’il trompe.
La violence coloniale commence par une falsification des signes. La confiance est exploitée avant que les corps et les biens ne le soient.
◆ II.b · Métaphore (« dans les bras de leurs lâches ennemis »)
Nos vices implique la voix européenne ; « leurs mœurs » maintient la différence. Deux groupes nominaux coordonnés occupent la place du sujet : « L’ignorance de nos vices » et « la naïveté de leurs mœurs ». Ils désignent des dispositions et non des agents capables d’un déplacement matériel. Le verbe « jetèrent » leur attribue pourtant une action brusque sur le pronom « les », qui reprend les Péruviens. Le complément « dans les bras » donne au mouvement une destination corporelle. Cette expression pourrait désigner un accueil, mais le complément du nom « de leurs lâches ennemis » exclut cette valeur protectrice. Les possessifs changent de point de vue à l’intérieur de la phrase : « nos » rattache les vices au groupe européen dont parle la voix historique ; « leurs » rattache les mœurs aux victimes. La syntaxe précise ainsi qui ignore quoi et dans quelle relation cette ignorance les engage.
Le lecteur voit un mouvement d’accueil se transformer en remise de soi aux ennemis.
Graffigny refuse de confondre naïveté et infériorité. Les Péruviens sont vaincus parce qu’ils ne connaissent pas encore les vices nécessaires pour soupçonner une amitié mensongère.
★ II.c · Métaphore (« la proie »)
« En vain » annule d’avance la protection des « espaces infinis ». L’expression « En vain » annonce d’emblée que la séparation antérieure n’a pas produit la protection attendue. Le plus-que-parfait « avaient séparé » place cette séparation avant « devinrent », passé simple qui marque le changement d’état. Les deux propositions sont juxtaposées par une virgule. Le pronom « elles » reprend « les villes du Soleil » ; « en » renvoie au monde dont elles sont devenues la possession. Deux attributs se succèdent après « devinrent » : « la proie », qui appartient au vocabulaire de la capture, puis « le domaine », qui désigne un territoire possédé. Le superlatif « le plus précieux » fait aboutir la transformation à une évaluation de richesse. La progression tient donc dans le passage de la séparation entre deux mondes à leur relation de capture et de propriété.
Le lecteur se représente les villes comme des êtres livrés à un prédateur.
La conquête transforme un monde en objet appropriable. Elle abolit l’espace qui séparait les peuples sans créer de rencontre humaine.
★ III.a · Exclamation (« Quel spectacle »)
« Quel spectacle » place l’objet sous le regard. La phrase commence par un groupe exclamatif sans verbe principal, « Quel spectacle pour les Espagnols ». Le nom qui précise ce spectacle, « les jardins du temple du Soleil », vient après la virgule et le mot « que ». Le complément « pour les Espagnols » attribue expressément la perception à un groupe de spectateurs ; il empêche d’en faire une description détachée de tout regard. La relative de lieu « où » conduit ensuite du jardin à ses éléments. « Les arbres, les fruits et les fleurs » forment un sujet composé dont l’attribut est « d’or ». L’indication « travaillés avec un art inconnu en Europe » ajoute un jugement sur la fabrication et réintroduit l’Europe comme terme de comparaison. Le développement part ainsi d’une réaction visuelle pour détailler les objets qui la produisent.
Le lecteur partage d’abord l’émerveillement devant le jardin précieux.
Graffigny ne nie pas la beauté du trésor. Elle montre comment l’admiration, lorsqu’elle se sépare du respect, prépare l’appropriation.
◆ III.b · Énumération (« les arbres, les fruits et les fleurs »)
Le végétal, l’architecture et les figures sculptées entrent successivement dans l’énumération. La première liste rassemble trois formes végétales, puis le complément « d’or » les réunit par leur matière. La description se poursuit avec « les murs », « un nombre infini de statues » et « quantité d’autres richesses ». Les marqueurs de quantité ne donnent pas un inventaire chiffré : « infini » et « quantité » suggèrent un ensemble qui dépasse le décompte. Les éléments architecturaux et sculptés deviennent les sujets coordonnés du verbe « éblouirent ». Ce verbe donne aux choses observées une action sur « les conquérants », placés comme complément. Le complément « de ce peuple infortuné » rappelle toutefois à qui appartiennent ces richesses. La phrase entretient donc simultanément une abondance de matières précieuses et un rapport de possession humaine que le regard porté sur elles risque de perdre.
Le lecteur découvre successivement les objets qui composent une abondance presque inépuisable.
Le merveilleux péruvien risque de devenir catalogue de butin. L’accumulation reproduit le passage d’une œuvre de civilisation à une masse de richesses disponibles.
★ III.c · Proposition complétive (« que les Péruviens étaient des hommes »)
Donner libre cours représente la cruauté comme une force volontairement libérée. Le gérondif initial « En donnant un libre cours à leurs cruautés » a le même sujet implicite que « ils oublièrent » : les conquérants. Il accompagne l’action principale d’une manière d’agir et ne présente pas les violences comme un accident venu de l’extérieur. Le possessif « leurs » leur rattache les cruautés. « Oublièrent », au passé simple, commande une complétive qui donne le contenu de l’oubli. À l’intérieur de celle-ci, le sujet « les Péruviens » est suivi du verbe être et de l’attribut « des hommes ». Cette structure est plus simple que les énumérations de richesses précédentes. Le dernier nom ne précise plus un métal, un objet ou un prix ; il attribue aux victimes une appartenance commune. La conclusion du passage repose sur ce déplacement grammatical du contenu de la vision vers celui du jugement.
Le lecteur entend le mot « hommes » interrompre la fascination pour les richesses.
La conquête est un oubli actif de l’humanité, provoqué par un regard qui ne voit plus que la valeur des choses. Le passage donne ainsi au roman sa mémoire première : le nouvel univers de Zilia naît du monde que l’Europe a détruit.
Hiérarchie claire pour la révision
Les étoiles sont les repères à ne pas omettre. Les losanges permettent d’approfondir si le temps le permet.
★ I.a · Subordonnée concessive (« Quelque hommage que »)
★ I.b · Voix passive (« fut passé au fil de l’épée »)
★ II.a · Antithèse (« avare » / « bonne foi »)
★ II.c · Métaphore (« la proie »)
★ III.a · Exclamation (« Quel spectacle »)
★ III.c · Proposition complétive (« que les Péruviens étaient des hommes »)
Deux statues du temple décorées de petits aplats de pierres colorées.Les pierres précieuses prolongent l’inventaire des richesses.Vérifier son mémoVérifier qu’on n’a rien laissé de côté.Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
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Repère indispensable
Citation dans le mémo
Explication et interprétation
Présent
I.a
« Quelque hommage que les Péruviens eussent rendu à leurs tyrans, ils avaient trop laissé voir leurs immenses richesses »
Quelque... que admet l’hommage rendu, mais le retire aussitôt de la causalité réelle. Dans ce récit, l’hommage rendu ne protège pas les Péruviens : l’avidité l’emporte sur les signes de soumission. Leur richesse les expose à la violence.
oui
I.b
« Un peuple entier, soumis et demandant grâce, fut passé au fil de l’épée »
Le groupe « Un peuple entier » occupe la première place. Le récit démonte le vocabulaire de la victoire : l’événement est un massacre d’êtres désarmés.
oui
II.a
« les tristes victimes d’un peuple avare, qui ne leur témoigna d’abord que de la bonne foi et même de l’amitié »
Peuple avare nomme la vérité du sujet. La violence coloniale commence par une falsification des signes. La confiance est exploitée avant que les corps et les biens ne le soient.
oui
II.c
« En vain des espaces infinis avaient séparé les villes du Soleil de notre monde, elles en devinrent la proie et le domaine le plus précieux. »
« En vain » annule d’avance la protection des « espaces infinis ». La conquête transforme un monde en objet appropriable. Elle abolit l’espace qui séparait les peuples sans créer de rencontre humaine.
oui
III.a
« Quel spectacle pour les Espagnols, que les jardins du temple du Soleil »
« Quel spectacle » place l’objet sous le regard. Graffigny ne nie pas la beauté du trésor. Elle montre comment l’admiration, lorsqu’elle se sépare du respect, prépare l’appropriation.
oui
III.c
« En donnant un libre cours à leurs cruautés, ils oublièrent que les Péruviens étaient des hommes »
Donner libre cours représente la cruauté comme une force volontairement libérée. La conquête est un oubli actif de l’humanité, provoqué par un regard qui ne voit plus que la valeur des choses. Le passage donne ainsi au roman sa mémoire première : le nouvel univers de Zilia naît du monde que l’Europe a détruit.
oui
Un conquérant remplit un sac de fragments d’ornement retirés d’un mur.Le trésor admiré devient objet de pillage.Les erreurs à éviterCe qui coûte des points, et pourquoi.Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
Les erreurs à éviter
A. Les erreurs de fond
Erreur à ne pas commettre
Pourquoi c’est une erreur
Formulation correcte
⛔ Raconter une bataille équilibrée
Le peuple est dit soumis et demandant grâce.
Le passif décrit un massacre, pas un combat entre deux armées.
⛔ Comprendre « mécaniques » comme une référence aux machines modernes
L’adjectif dévalorise ici l’objet matériel et intéressé de la conquête.
La citation de Montaigne rabaisse le prestige des victoires.
⛔ Attribuer à Graffigny tous les mots placés entre guillemets
Le texte nomme Montaigne et signale sa parole.
Le récit accueille un jugement cité et attribué.
B. La méthode à l’oral
Erreur de méthode
Correction attendue
⚠ Résumer seulement « Une victoire privée de gloire ».
Partir de « Quelque hommage que les Péruviens eussent rendu à leurs tyrans, ils avaient trop laissé voir leurs immenses richesses » puis expliquer : Quelque... que admet l’hommage rendu, mais le retire aussitôt de la causalité réelle.
⚠ Résumer seulement « Une confiance retournée contre les victimes ».
Partir de « les tristes victimes d’un peuple avare, qui ne leur témoigna d’abord que de la bonne foi et même de l’amitié » puis expliquer : Peuple avare nomme la vérité du sujet.
⚠ Résumer seulement « L’or devant les yeux, les hommes oubliés ».
Partir de « Quel spectacle pour les Espagnols, que les jardins du temple du Soleil » puis expliquer : « Quel spectacle » place l’objet sous le regard.
C. Des formulations à préciser
Formulation à éviter
Formulation précise
· « C’est frappant. »
Le lecteur constate que l’hommage rendu ne protège pas ceux qui le rendent. Dans ce récit, l’hommage rendu ne protège pas les Péruviens : l’avidité l’emporte sur les signes de soumission. Leur richesse les expose à la violence.
· « C’est une critique. »
Le lecteur distingue le calcul du conquérant de la confiance de ceux qu’il trompe. La violence coloniale commence par une falsification des signes. La confiance est exploitée avant que les corps et les biens ne le soient.
· « C’est une belle fin. »
Le lecteur entend le mot « hommes » interrompre la fascination pour les richesses. La conquête est un oubli actif de l’humanité, provoqué par un regard qui ne voit plus que la valeur des choses. Le passage donne ainsi au roman sa mémoire première : le nouvel univers de Zilia naît du monde que l’Europe a détruit.
D. Identifier les procédés
Erreur à ne pas commettre
Pourquoi c’est une erreur
Correction attendue
⚠ Présenter « une victoire sans combat » comme un procédé.
Ce titre formule un enjeu ; il ne nomme pas un moyen d’écriture.
Voix passive (« fut passé au fil de l’épée ») : Le groupe « Un peuple entier » occupe la première place.
⚠ Présenter « des bras qui capturent » comme un procédé.
Ce titre formule un enjeu ; il ne nomme pas un moyen d’écriture.
Métaphore (« dans les bras de leurs lâches ennemis ») : Nos vices implique la voix européenne ; « leurs mœurs » maintient la différence.
⚠ Présenter « la richesse s’accumule » comme un procédé.
Ce titre formule un enjeu ; il ne nomme pas un moyen d’écriture.
Énumération (« les arbres, les fruits et les fleurs ») : Le végétal, l’architecture et les figures sculptées entrent successivement dans l’énumération.
Une main humaine ouverte derrière un masque rond d’or tenu par un Européen.La fascination matérielle empêche de voir l’humanité.L’analyse grammaticaleLes trois questions au format de l’épreuve.Ouvrir le tiroirRefermer le tiroir
L’analyse grammaticale
Question 1 : Une concession
Phrase étudiée. « Quelque hommage que les Péruviens eussent rendu à leurs tyrans, ils avaient trop laissé voir leurs immenses richesses pour obtenir des ménagements de leur part. »
Question de grammaire. Analysez « Quelque hommage que les Péruviens eussent rendu à leurs tyrans ».
Leçon de grammaire. 4 · Les circonstancielles
Nature de la phrase. La phrase est complexe, déclarative et affirmative. Elle comporte deux formes verbales conjuguées : « eussent rendu » et « avaient laissé ». Le sujet principal « ils » reprend « les Péruviens ».
Analyse grammaticale. La construction « quelque… que » introduit une proposition subordonnée conjonctive circonstancielle de concession. « Quelque » détermine le nom singulier « hommage ». Le groupe « quelque hommage » est complément d’objet direct de « eussent rendu » ; « à leurs tyrans » est complément indirect. « Eussent rendu » est un plus-que-parfait du subjonctif : auxiliaire avoir au subjonctif imparfait et participe passé. La concession admet l’hommage, quelle qu’en soit la nature ou l’importance, sans lui laisser modifier le fait énoncé dans la principale. Elle ne formule pas une condition qui rendrait ce fait possible.
Cette phrase relève de la leçon 4, parce que quelque… que introduit une concession au subjonctif.
Question 2 : Une voix passive
Phrase étudiée. « Un peuple entier, soumis et demandant grâce, fut passé au fil de l’épée. »
Question de grammaire. Identifiez la voix et le temps de « fut passé », puis proposez une transformation active.
Leçon de grammaire. 1 · Le verbe
Nature de la phrase. La phrase est simple, déclarative et affirmative. Elle comporte une seule forme verbale conjuguée, « fut passé ». Son sujet est « Un peuple entier ». « Soumis » et « demandant » sont des participes.
Analyse grammaticale. « Fut passé » est une forme passive au passé simple de l’indicatif : auxiliaire être au passé simple, suivi du participe passé « passé », accordé avec le sujet masculin singulier. Le groupe sujet reçoit l’action. Aucun complément d’agent n’est exprimé. Une transformation active possible, qui rétablit l’agent fourni par le contexte, est : « Les Espagnols passèrent un peuple entier au fil de l’épée. » Le sujet passif devient complément d’objet direct. Ce n’est pas un passé antérieur actif : ce temps emploierait ici avoir, dans « eurent passé ».
Cette phrase relève de la leçon 1, parce que l’analyse porte sur la voix passive et la formation du temps verbal.
Question 3 : Une complétive
Phrase étudiée. « En donnant un libre cours à leurs cruautés, ils oublièrent que les Péruviens étaient des hommes. »
Question de grammaire. Analysez la proposition « que les Péruviens étaient des hommes ».
Leçon de grammaire. 2 · Les relations dans la phrase
Nature de la phrase. La phrase est complexe, déclarative et affirmative. Deux verbes sont conjugués : « oublièrent » et « étaient ». Le sujet principal est « ils ». « En donnant » est un gérondif.
Analyse grammaticale. « Que les Péruviens étaient des hommes » est une proposition subordonnée conjonctive complétive, complément d’objet direct de « oublièrent ». La conjonction « que » introduit la proposition sans y exercer de fonction. La substitution « ils oublièrent cela » vérifie la fonction de complément. Dans la subordonnée, « les Péruviens » est sujet de « étaient » et « des hommes » est attribut de ce sujet. La complétive n’exprime ni le but ni une conséquence : elle donne le contenu de ce qui est oublié. Le gérondif initial a le même sujet implicite que « oublièrent ».
Cette phrase relève de la leçon 2, parce que une subordonnée complétive est enchâssée comme complément du verbe principal.